Le numéro deux

Dès qu’elle va lire les premières lignes de ce billet, je sens que ma douce va rouler les yeux en soupirant, puis se tourner vers moi et me dire tout doucement: “Dis-moi que tu n’as pas écrit là-dessus…”.

Hé oui mon amour, j’en ai déjà glissé un mot, mais aujourd’hui, j’aborde le sujet de front. Peut-être suis-je dans les derniers relents de ma phase anale ou je ne sais pas trop, mais il fallait bien que j’en parle un jour tellement ça a influencé mes entrainements. Je parle bien sûr du numéro deux, du human waste ou pour être plus clair, de caca. Pourquoi ?  Parce que quand j’avais ce problème, j’aurais bien aimé trouver un endroit où on en parlait. Je ne pouvais pas croire que j’étais le seul au monde à devoir composer avec ça. Alors si ça peut aider quelqu’un…

Les non-sportifs ou ceux qui ne souffrent pas de ce mal vraiment désagréable trouvent ça très comique et multiplient les blagues faciles à ce sujet. Mais quand ça nous empêche de pratiquer notre sport préféré, on la trouve moins drôle. Pendant des années, j’ai été affligé par la diarrhée du coureur. Ça a même commencé avant que je me mette à la course: j’étais pris avec la version cycliste de ce fléau. Dès que je faisais plus de 40-50 km à vélo, ou bien je devais m’arrêter en chemin, ou bien je revenais rapidement à la maison. Dans les meilleurs cas, ça me prenait quelques heures après mon arrivée. Mais c’était immanquable, ça m’arrivait à chaque fois.

J’en ai glissé un mot à mon voisin, fervent cyclotouriste et il m’a suggéré que ça pouvait être un problème de déshydratation. Hum, pas bête… Je me faisais un “honneur” de boire peu quand je faisais du vélo, me contentant de quelques gorgées seulement quand j’avais soif, ce qui n’était pas tellement intelligent. Lors d’une randonnée d’une centaine de kilomètres faite en sa compagnie, j’ai bu à chaque fois qu’il buvait et magie magie, aucun problème intestinal. Coïncidence ?  Lors de mes sorties subséquentes à vélo, j’ai appliqué le même principe et je n’ai plus jamais eu de problèmes de ce côté.

Quand je me suis mis à la course, je n’ai pas pris de chance, je me suis immédiatement procuré une ceinture d’hydratation. Et la plus grosse, celle à 6 bouteilles. Jamais je ne pars courir sans une telle ceinture (j’en suis à ma troisième) ou un Camelbak. Ça me surprend à chaque fois de constater la très grande quantité de coureurs qui pratiquent ce sport sans le moindre accessoire pour l’hydratation. Comment font-ils ?   Même en course, malgré les nombreux points d’eau, j’ai toujours ma ceinture. C’est la meilleure façon de savoir ce que j’ingurgite. Au demi Scotia Bank, on m’a déjà “servi” de l’eau du robinet: j’ai eu l’impression d’avaler une tasse de chlore.

Ceci dit, malgré ce que je considérais être une très bonne discipline côté hydratation, mes problèmes intestinaux se sont rapidement chargés de me rappeler qu’ils étaient bien vivants. Habituellement, quand ça me prenait, c’était après une quarantaine de minutes de course. Mais ça arrivait que ça prenne plus de temps. Ou moins. Mon record ?  3 kilomètres, soit à peine 13 minutes. Par un jour de grande canicule, je suis parti en me disant que je ferais un petit 7 km. Après 3, je cherchais désespérément une toilette. Car à peu près tous les coureurs vont vous le confirmer: ils savent où sont les endroits stratégiques dans un rayon de 10-15 km de chez eux. En été, avec l’ouverture des blocs sanitaires dans les parcs publics, c’est plus facile. Mais en hiver…

Moi qui étais un anti-cellulaire, j’avoue bien candidement que ma diarrhée du coureur est la raison principale pour laquelle je m’en suis procuré un. Je ne compte plus le nombre de fois où ma tendre moitié est accourue pour venir cueillir son mari désespéré. Et que dire des endroits hétéroclites où j’ai dû me résigner à laisser aller la pression ?  Dans un boisé près de Métis-sur-Mer, dans une toilette perdue du sous-sol d’un building municipal de Baie-St-Paul (elle ne semblait pas avoir d’eau), dans les toilettes d’une aire de pique-nique abandonnée à Niagara Falls… Embêtant vous dites ?

J’ai fait quelques recherches, mais n’ai pas trouvé grand chose sur le sujet à l’époque (Kmag a publié un article très instructif dans son numéro du printemps, ça m’aurait été bien utile !). Des discussions sur un forum et c’est à peu près tout. Pourtant, je me répétais que je n’étais certainement pas le seul à souffrir, parce que c’est vraiment le bon mot pour décrire ce que je vivais…  Si le grand Lasse Viren avait été foudroyé en plein marathon des Jeux de Moscou en 1980, il devait bien y en avoir d’autres, non ?  Étions-nous les seuls au monde ?

Ma mère m’a suggéré un produit naturel, une espèce de pilule de “charbon” qu’elle disait. Pour elle, ça faisait des miracles. Je l’ai essayée. À ma deuxième sortie sous l’influence de cette pilule, retour obligé à la maison. Ma mère a insisté pour que j’essaie encore, mais pour moi, ça ne pouvait pas marcher: si une fois ça n’avait pas fait le travail, comment pourrais-je m’y fier ?

Puis, un jour où elle avait (encore) été obligée de venir me chercher en vitesse, Barbara m’a fait part d’une grande observation: “As-tu remarqué que ça t’arrive presque toujours le samedi, et jamais quand tu cours le soir ?”.  Heu, ha oui ?  Vrai que ça ne m’était jamais arrivé en compétition (Dieu merci !). Mais le samedi… Et le matin ?  Qu’est-ce qui se passait de spécial les samedis matins ?

Premièrement, fatigue accumulée de la semaine. J’avais d’ailleurs remarqué que lorsque j’étais en vacances, ces troubles disparaissaient. Et deuxièmement, le déjeuner. Il y avait forcément quelque chose qui ne fonctionnait pas au déjeuner. Je ne bois pas de café, alors ce n’était pas ça. J’ai essayé de remplacer le jus d’oranges par du lait. Et vice-versa. Toujours le même résultat. Les rôties (des bonnes vielles toasts) ont été remplacées par des bagels, plus faciles à digérer. Je suis passé au beurre d’arachides naturel. J’ai coupé tous les fruits riches en fibres au déjeuner pour me tourner vers les bananes et le yogourt qui, selon mes souvenirs d’une visite chez le médecin durant mon enfance, aidaient dans les cas de diarrhée. Les confitures ?  Coupées. Et à la fin, le lait a été enlevé à son tour, pour être remplacé par de l’eau.

Eureka !  J’ai finalement réussi à trouver une combinaison presque parfaite. Je dis “presque” parce que ça m’est encore arrivé récemment, pour la première fois depuis plus d’un an. J’ai toutefois mis la faute sur un dîner dans un restaurant asiatique la veille. Heureusement, je n’avais pas perdu mes réflexes et avais identifié un endroit approprié sur mon trajet, au cas où…

Vous devinez les complications qu’un tel “régime alimentaire” peut amener lorsque je fais des courses à l’extérieur… Déjeuner au resto ?  Vraiment pas question (à Niagara…). Alors nous devons trimballer le nécessaire pour que je puisse nourrir mon corps capricieux convenablement. Trainer le grille-pain dans un hôtel du centre-ville de Philadelphie, ça faisait un peu bizarre…

Ceci dit, j’ai réussi à trouver une combinaison qui fonctionne pour moi. Malheureusement, nous sommes tous différents, alors je suggère à ceux qui sont pris avec un tel va-vite du (et qui veulent s’en débarrasser !) de faire des tests et peut-être réussirez-vous comme moi à trouver une combinaison qui fera que vous pourrez courir l’esprit en paix. Croyez-moi, c’est très agréable !

Retour sur une année de rêve

Les temps des Fêtes, c’est le temps des réjouissances, des célébrations avec notre famille et nos amis. C’est aussi le moment de l’année où on regarde en arrière. On pense à nos bons coups, à nos moins bons, à nos mauvais, à tout ce qu’on a fait au cours des 12 derniers mois. C’est aussi le moment des résolutions en vue de l’année qui se pointe, résolutions qu’on se fait habituellement un devoir de ne pas tenir.

Côté course, l’année 2012 a été exceptionnelle pour moi. Elle a commencé en janvier par une remise en forme progressive suite à une blessure à la cheville, blessure que je m’étais infligée parce que je n’avais pas respecté la règle du 10% d’augmentation de la charge d’entrainement hebdomadaire. Bien décidé à ne pas brusquer les choses et aidé par un hiver clément, j’ai repris graduellement la forme.

Toujours en m’inpirant des programmes du coach Jean-Yves Cloutier (mais bien évidemment, prenant bien soin de ne pas suivre les cadences ridiculement lentes et les distances toutes aussi ridicules qu’il propose), je me suis fixé mon premier objectif de la saison: le Marathon d’Ottawa. Première escale: la course de Laval à Champfleury, un 10 km. Mon premier 10 km depuis… 2006. Le déclic s’est opéré entre les 2e et 3e kilomètres de la course. Nous venions de faire un demi-tour et devions maintenant affronter un vent de face sur 2 km.  Les jumelles Puntous étaient une centaine de mètres devant moi et ont commencé à se relayer. J’ai rattrapé un gars et en le dépassant, lui ai glissé: « Let’s go, il faut aller chercher les deux soeurs ! ». Quand il m’a répondu: « Je pense que j’avais juste un 5 km dans les jambes aujourd’hui », je me suis retenu de toutes mes forces pour ne pas le traiter de con sur place. Je me suis résigné à faire la poursuite seul, face au vent. Et miracle: même à deux, avec toute leur expérience, les jumelles n’étaient pas capable de me distancer. À ce moment précis, j’ai su que ma forme était à un niveau que je n’avais jamais atteint.

À partir du quatrième kilomètre, j’ai constaté que la distance qui nous séparait diminuait. Au sixième, j’étais sur leurs talons. Voyant que j’ennuyais celle de devant, je me suis amusé à courir entre les deux pendant un certain temps, puis ai passé après qu’elles se soient échangé des gros mots. Je ne peux décrire cette sensation: ces femmes-là ont déjà gagné l’Ironman d’Hawaii et je me permettais de passer devant elles !  Pour faire image, c’est un peu l’équivalent d’un joueur de hockey de ligue de garage qui se permettrait trois buts contre Patrick Roy. Ok, il n’est plus à son top, mais ça reste Patrick Roy, bout de viarge !

J’ai terminé en 39:37, moi qui ne pensais jamais pouvoir faire sous les 40 minutes sur un 10 km un jour. Bah, le parcours ne faisait pas vraiment 10 km (9.83 sur mon GPS), mais bon… J’étais sur une lancée.

Deux semaines plus tard avait lieu le demi Scotia Bank au parc Jean-Drapeau. Mon PB d’alors, légèrement sous 1h34, me semblait relativement facile à battre. À ma grande surprise, il y avait un lapin de cadence pour 1h30, alors je me suis accroché à lui. Après quelques kilomètres un peu trop rapides (dont un en 4:01 !), la cadence s’est stabilisée et quand je me suis retrouvé à l’avant du peloton à jaser avec ledit lapin autour du 14e kilomètre, je me suis dit que je prenais ça trop relaxe. Alors je suis parti et ai terminé en 1:28:33. Un autre record personnel, un deuxième en trois semaines !

Arriva Ottawa que j’ai débuté le moral dans les talons suite à des troubles intestinaux que j’avais eus la veille. L’histoire ayant déjà été racontée ici, je n’y reviendrai pas. Sauf ceci: traverser la foule du centre-ville d’Ottawa en sachant que Boston et le record personnel sont dans la poche ?  Priceless !  🙂

Le reste de ma saison (entrainement en trail, Vermont 50, Philadelphie) a été longuement décrit sur ce blogue, alors je ne m’étendrai pas trop non plus sur ces sujets, ce ne serait que de la répétition (déjà qu’à mon âge vénérable, on a cette tendance en partant… ;-))

Mes moments forts de la saison ?  Au top, définitivement le Vermont 50. La course en trail, c’est tout simplement magique. L’ambiance y est différente, on sent qu’on est tous dans le même bateau et on veut que tout le monde réussisse. La vue du Ascutney Mountain Resort avant la descente finale est imprégnée à jamais dans ma mémoire.

Philadelphie suit toutefois d’assez près. Ce jour-là, j’étais dans ma « zone ». Le temps était parfait, la ville et le parcours rayonnaient de beauté. Sans compter une organisation de premier ordre. Un record personnel que je risque d’amener dans la tombe…

En troisième place, Ottawa. Mon ticket pour Boston 2013 et en prime, mon amie Maryse qui termine le demi (peut-être son dernier, mais j’en doute) avec le sourire, faisant oublier sa mauvaise expérience de Montréal 2011.

La pire journée de mon année ?  Le 11 décembre dernier, quand je suis revenu de ma sortie du soir avec le constat que j’étais encore blessé. J’étais vraiment découragé. À quatre mois de Boston, je me voyais condamné à l’inactivité, sans savoir pour combien de temps. Et si je recommençais et que je me blessais de nouveau ?  Cette incertitude me rongeait littéralement de l’intérieur, je me voyais devoir annuler Boston, retarder tous mes beaux projets d’une année… Heureusement, quelqu’un de compétent a rallumé la lumière au bout du tunnel. 🙂

Les bons coups maintenant.

En premier lieu, j’ai eu la confirmation de ce que j’ai toujours pensé: en course il n’y a pas de miracle. Je ne crois pas aux théories du genre: « Courez moins, courez mieux ». C’est bien évident qu’il ne faut pas seulement courir toujours au même rythme si on veut s’améliorer. Ça prend des intervalles, du travail en côte, etc. Mais il faut aussi courir longtemps si on veut faire des longues distances. On ne s’en sort pas, il n’y a pas de recette magique. S’il en existait une, ça se saurait. En fait, il y en a une: l’entrainement.

Aussi, j’ai appris (un peu par accident) cette année à éviter le micro-management. Entre le Vermont 50 et Philadelphie, je ne savais pas trop quoi adopter comme programme d’entrainement. De plus, j’ai été malade pendant une semaine et ai dû m’adapter. Arrivé à Philadelphie, j’ai tout simplement pété le feu. Je retiens donc la leçon: avoir une vision globale de ce qu’on veut faire, pas seulement penser que je dois faire ces intervalles-là mardi, ceux-là jeudi, etc.

Troisième point: l’entrainement en montagne. Je me suis rendu compte de son effet bénéfique en toute fin de saison à… Philadelphie, bien évidemment !  J’y ai avalé les montées et descentes avec une facilité déconcertante et que dire de ma vitesse ?  À conserver dans mon programme d’entrainement, même si je devais un jour ne plus faire de trail (yeah right !).

Les choses à améliorer maintenant…

J’ai terminé dans le top 5% à Philadelphie et dans le top 13% au Vermont 50. Ça dit ce que ça dit… Plein de pistes d’amélioration s’offrent à moi. D’abord et avant tout, je dois faire et refaire des montées et descentes. Car si je ressors du lot sur la route, en trail, je suis au mieux dans la moyenne de ce domaine. Autre point à améliorer: la stratégie aux stations d’aide. J’y ai perdu beaucoup trop de temps en ne sachant pas trop ce dont j’avais besoin en y arrivant et lors du changement de vêtements. J’étais mal préparé à cet aspect tout nouveau pour moi.

Je vais aussi faire des essais sur l’équipement que j’aurai à apporter. Le Camelbak, c’est bien utile à l’entrainement, mais en course, je devrai apprendre à m’en passer. Trop lourd à trainer sur 80 km. Malgré mon physqiue un peu frêle, je devrai peut-être me faire à l’idée que la bouteille à la main demeure la façon la plus efficace de faire un ultra, les bouteilles à la taille étant trop longues à remplir.

Donc, peut-être un peu de (gulp !)… musculation pour moi cet hiver ?  Je dis bien: un peu…

Petit wrap-up

Petite journée tristounette aujourd’hui, ça me rappelle une certaine partie de la Nouvelle-Angleterre…

Bon, pour en finir avec le Vermont 50 (ça fait tout de même deux semaines…), un petit complément, question de faire un wrap-up.

L’après-course s’est somme toute plutôt bien déroulée. Bon, ok, ça faisait à peine trois minutes que la ligne d’arrivée était franchie que mes muscles ont décidé de « jammer » tous en même temps. Dès lors, tout mouvement était extrêmement difficile. La petite descente (d’au moins 5 pieds) m’amenant au buffet a été très très compliquée pour moi à négocier. Mais elle en valait la peine: j’y ai mangé le meilleur burger au monde. Patrice, je comprends maintenant ce que tu veux dire !  🙂

Tout en mangeant, j’ai entendu l’annonceur nous dire que les cérémonies de remise des prix allaient commencer. Cool, j’avais fini AVANT la remise des prix !  🙂

Mais que dire de la montée démentielle vers le stationnement ?  Atroce !  J’avançais à pas de tortues, comme un vieillard. Pathétique. Rendu au RAV4, j’ai essayé de faire quelques étirements, c’était peine perdue: j’étais figé de partout. Vous devinez que ce n’est pas moi qui ai conduit pour le retour à l’hôtel. Pauvre Barbara, pognée avec un handicapé sentant le… après avoir passé une journée à la pluie.

À l’hôtel, j’ai d’abord pris une douche pour enlever la boue sur mes jambes (il y en avait une belle croûte), puis un long bain pour détendre les muscles. Ça a fait du bien, mais les épaules m’ont fait beaucoup souffrir. Il va définitivement falloir que je revoie ma stratégie avec le Camelbak.

La pizza que nous avons mangée pour souper est desendue en deux temps, trois mouvements. La bière ?  Pas une goutte: le tab… de dépanneur en face de l’hôtel était fermé. J’ai envisagé lancer une roche au travers de la vitrine, mais à la vitesse que j’avançais, je n’aurais même pas eu le temps de m’emparer d’une misérable canette que les policiers m’auraient attrapé par le collet. J’aurais pu plaider la démence passagère, mais bon, pour une bière, je me suis dit que ça ne valait pas tout à fait la peine de prendre le risque.

Au niveau des résultas en tant que tels, voici quelques chiffres:

1er chez les hommes: Brian Rusiecki en 6:27:48 (comment il fait ?!?)

1ère femme: Amy Rusiecki (tiens tiens…) en 8:1830

Quant à moi, mon temps officiel de 8:42:22 me donne le 40e rang sur 321 partants. J’ai terminé 5e sur 91 partants dans ma catégorie (les hommes de 40-49 ans), ce qui me surprend un peu et m’enchante beaucoup. Je suis aussi 3e chez les Québécois. En tout, 271 personnes ont terminé sur 321 au départ. On remarque donc que le taux d’abandon est très élevé par rapport à ce qu’on voit en courses sur route.

Quoi, vous voulez des nouvelles de Louise et des autres ?  Ça va venir cette semaine, le temps que je fasse quelques recherches (parce que je vous connais, vous allez vouloir des photos).

Maintenant, l’heure des bilans. Comme je suis très compétitif avec moi-même, j’essaie toujours de m’améliorer et dans ce cas-ci, je vois beaucoup de pistes pour les améliorations. Bon, mon objectif initial de 8 heures était peut-être légèrement optimiste. Si j’avais réussi, j’aurais fini 14e au général et premier dans ma catégorie !

Ceci dit, je me rends compte que j’ai perdu beaucoup aux stations d’aide, particulièrement quand j’ai changé de vêtements. Une gestion plus efficace de cet arrêt aurait pu me sauver facilement 3 ou 4 minutes. Aux autres stations, un petit 30 secondes à chaque fois, ça fait bien un autre 4 minutes à l’arrivée, non ? Au total, entre 7 et 8 minutes que j’aurais pu couper facilement.

Pour l’équipement, je devrai revoir. Le Camelbak pourrait sauter, surtout que je n’ai pas la carrure pour trainer autant de stock. Avec 6-7 livres de moins sur moi, c’est évident que j’irais plus vite. Et mes épaules m’en remercieraient grandement !  Plusieurs avaient des bouteilles dans les mains, mais je ne suis pas certain que c’est adapté pour moi. Comme je disais, pas vraiment costaud, le gars… Une ceinture d’hydratation avec du Gatorade et de l’eau ?  C’est une avenue que je vais explorer. Par contre, c’est loin d’être efficace au niveau remplissage.

Pour ce qui est de l’entrainement en tant que tel, je pense avoir fait les bonnes choses, sauf un point: définitivement que je devrai faire plus de montagne. Quand je retournerai au mont St-Bruno, il y a deux côtes en particulier que je prenais bien soin d’éviter mais que je devrai dorénavent faire à répétition, autant en montée qu’en descente. Surtout sur la fin de mes longues sorties, de façon à habituer mes quads à la souffrance. Le mont St-Hilaire risque de recevoir plus féquemment ma visite et mes parents seront heureux (du moins, je l’espère !) d’apprendre que je compte bien aller m’entrainer dans leur coin l’an prochain.

Parce que oui, j’ai définitivement l’intention de recommencer. Plein de beaux projets, hein ?  🙂

6 chevreuils et 2 experts

Lundi matin, quand j’ai sorti Charlotte pour qu’elle puisse faire ses petits besoins, j’ai eu, encore une fois, un choc: il devait faire 22 degrés, c’était humide… Merde, il n’était même pas encore 5 heures !  J’avais 50 km au programme, moi !

J’ai tout de même fait mes petites affaires et me suis rendu au mont St-Bruno, en espérant que tout se passe bien malgré tout. J’avais à peine commencé mes réchauffements (il faudrait vraiment trouver un autre terme, moi me « réchauffer » quand il fait presque 30 degrés…) que deux gentils toutous se sont purement et simplement garrochés sur moi, comme s’ils me connaissaient depuis toujours. Étais-je pour refuser une si belle marque d’affection spontanée ?  Disons que ça m’a mis de bonne humeur avant de partir. 🙂

J’étais bien déterminé à prendre ça cool, rester « en dedans », comme on dit. Je ne sais pas si mon deuxième kilomètre était complété quand j’ai croisé mes premiers chevreuils, tout près d’un lac. Une mère insouciante avec deux petits plus craintifs. Quelles merveilleuses bêtes !  Je les ai observés quelques minutes,  puis suis reparti, le sourire aux lèvres.

Comme il faisait chaud, j’avais décidé de tester une nouvelle méthode d’hydratation. Je transportais mon Camelbak rempli de Gatorade sur mon dos et ma ceinture de route à la taille avec trois bouteilles remplies d’eau. J’allais alterner les deux liquides et essayer de m’arranger pour avoir à remplir l’eau à chaque « tour », soit aux 9-10 km.

À la fin de mon premier tour, je me dirigeais allègrement vers une petite cabane près du terrain de jeu, là où je savais qu’il y avait de l’eau quand j’ai été immédiatement alerté: le pick-up !!!  J’ai tout de suite appliqué les freins et ai rebroussé chemin. Non mais, je n’avais pas envie de faire encore semblant d’aller me faire sécher dans mon char, moi là (parce que non, le parc n’était pas officiellement ouvert) !

Après m’être trouvé de l’eau, je suis reparti. Ma cadence pour le premier tour avait été de 5:01/km, bien correct pour moi. J’étais à la fin de la montée du début du deuxième tour quand j’ai croisé une femelle. Vraiment un bon matin côté chevreuils, il n’y avait pas à dire !  Et qu’est-ce j’ai vu quelques kilomètres plus loin ? Deux autres, encore de belles femelles habituées de voir du monde, mais pas apprivoisées pour autant… Selon moi, c’est l’équilibre parfait entre l’homme et la nature.

J’ai poursuivi mon petit bonhomme de chemin, prenant une pause predzels-gel après environ 19 km. Les kilomètres passaient bien et j’ai bien pris soin de noter le moment où je passerais le 25e. J’ai alors eu un petit sourire. Si j’avais fait une longue sortie en préparation d’un marathon, il ne m’en aurait resté seulement 7 à faire. En marathon, ça aurait été 17. Et là, il m’en restait 25… Ha ben cout’ donc ! 🙂

Après 28.5 km, autre arrêt à l’accueil. Comme j’aidais une jeune mère de famille à faire entrer son giga-carrosse dans la salle de toilettes familiale, Patrice Godin est passé. Pas que je voulais le suivre, mais bon, il allait à la même place que moi, alors… Pas facile de trouver quelqu’un qui connaît les ultras. Or, il a le malheur d’être connu, accessible et de faire des ultras. J’ai donc commencé à lui jaser. Pendant que lui pissait et se changeait et que de mon côté, je buvais et remplissais mes bouteilles, il m’en a beaucoup appris. Par exemple, lui ne fait jamais plus de 50 km à l’entraînement, même en préparation pour un 100 milles. Il m’a jasé stratégie, « drop bags », de l’effet que ça peut faire de voir sa blonde quand on commence à trouver le parcours long, etc.  On a parlé de Virgil Crest, son prochain défi (100 milles). J’avoue que celui-là me ferait un peu peur… Rendus dehors, placotte, placotte, c’est fou ce que la course me rend sociable !  En tout cas, merci Patrice pour les conseils et petits « hints », ça va m’être fort utile !

Tour suivant sans histoire à part que mon ventre commençait à crier famine, alors une autre pause-bouffe s’imposait. Pendant que j’emplissais mon creux, une jolie jeune femme à l’allure athlétique m’a abordé: « Parti pour une longue sortie ? ».

Je ne sais jamais quoi répondre dans ce temps-là… Les chiffres, Fred, les chiffres, il n’y a rien de plus objectif. « Ben j’en suis rendu à 37.5 et je m’enligne sur 50… »  Quand des coureurs se rencontrent comme ça ils se demandent toujours à propos de leur prochaine course. J’ai donc parlé du Vermont 50. Elle connaissait, elle y avait déjà fait le 50 km. Sa saison de compétition était terminé, elle avait fait entre autres le 38 km à St-Donat et le XC de la Vallée. « Les trois jours ? » ai-je demandé. « Oui, oui » qu’elle m’a répondu nonchalamment. Ok! Une vraie de vraie… Donc, quand elle m’avait félicité sur mon pace, elle savait de quoi elle parlait…

Elle m’a appris qu’elle faisait de la trail depuis 6 ans (mon Dieu, elle a quel âge ?) et qu’elle était chiropraticienne. Cool, j’allais savoir le nom du muscle d’arrière-cuisse qui s’amuse à me faire peur: c’est ischio-jambier (pas certain de l’orthographe). Elle m’a donné quelques trucs pour contourner mon problème et faire travailler d’autres muscles. Vraiment gentil de sa part… 🙂

J’ai terminé ma run, comme on dit, puis suis retourné à la maison. Fatigué, mais totalement satisfait. La confiance est là, la forme aussi. Avec ce que je m’impose comme régime, si je suis intelligent le jour de la course, ça devrait bien aller.

Mais ma curiosité était piquée: qui était cette jeune femme ?  Je suis allé voir les résultats du XC de la Vallée et je n’ai pas eu à chercher longtemps: il s’agit de Marie-Josée Dufour de Québec (que faisait-elle à St-Bruno un lundi ?). C’est elle qui a gagné chez les femmes, tout comme à St-Donat d’ailleurs. Elle est également championne québécoise de course en raquettes. Quand je dis que les coureurs ne sont pas vantards de nature…

En tout cas, sortie très profitable au final: j’ai vraiment pu travailler mon endurance, tester l’hydratation et en bonus, ai reçu plein d’infos utiles de la part de deux experts. Que demander de plus ?