Marathon de Boston: de Wellesley College à l’arrivée

Note: j’ai écrit le récit qui suit, tout comme celui de la première moitié, en tentant de me remettre dans le même état d’esprit que celui dans lequel je me retrouvais durant la course et juste après. Les événements qui ont suivi ont toutefois altéré ma perspective par rapport à ma performance, qui est bien secondaire maintenant…  Je reprends donc la course où je l’avais laissée, soit à Wellesley College.

“Awesome !  Awsome !”

C’est le gars qui court à côté de moi. Nous venons de terminer la traversée du scream tunnel et nous sommes revigorés. Et en plus, ça descend (vu que ça ne monte pas), alors nous y allons gaiement. Et moi de lancer: “Already done ?”. Ben quoi…

Ok, revenons aux choses sérieuses. Je passe le demi en 1:33:13, un peu mieux qu’à Philadelphie. Mais je sais pertinemment que je ne pourrai pas faire mieux dans la deuxième moitié du parcours, à cause des côtes. Mais un 1h35 pour un temps dans les 3h08 est envisageable. Surtout que j’ai un plan pour les 3 prochains milles. Il est simple: ralentir. Le but: me garder du jus pour les fameuses Newton Hills et puis ensuite, profiter de mon expérience en ultra pour regagner du temps dans les descentes.

Sauf qu’il y a un premier hic à tout ça: je me rends compte que je n’ai rien mangé depuis le départ, à part deux gels. Shit, je dois prévoir le mur, c’est impératif. Je commence donc à fouiller dans mes poches pour prendre un morceau de Power Bar. Après m’être battu avec le foutu ziploc cheap, je réussis à en prendre un et à l’avaler. Puis j’en prends un autre. Aussitôt l’opération complétée, je sens mon estomac plein: en fin de compte, je n’avais pas besoin de manger.

J’essaie de prendre un verre d’eau pour faire passer le tout: je me sens encore plus plein. Merde !  Ok, ça va descendre, ça va descendre… Pas tellement plus loin, je sens un reflux gastrique. Et là, mon esprit se met à imaginer toute la nourriture que j’ai engloutie depuis ce matin qui trempe dans l’acide de mon estomac, avec les bubulles, les émanations et tout le tralala. Merveilleux comme pensée durant un marathon, il n’y a pas à dire.

Au point d’eau suivant, je ne prends même pas d’eau. Au 15e mille, je regarde ma cadence: je n’ai pas ralenti, trop préoccupé par mon système digestif. On aurait pu croire que ça aurait pu, que ça aurait dû me ralentir, mais non, j’ai conservé la même vitesse. Donc, pas suivi le plan. Et je me sens un peu juste, surtout avec les côtes à venir.

Descente vers Charles River et j’atteins la pancarte du 16e mille. Ok, plus que 10, soit 16 km. J’essaie de me convaincre qu’il ne me reste plus qu’une sortie de semaine à faire, sans les intervalles. Mais mes jambes ne sont jamais fatiguées à ce point quand je pars courir la semaine. En plus, mes pieds ont commencé à enfler et je me sens trop serré dans mes souliers. Pas le temps de m’arrêter, je dois endurer car j’ai un ennemi à abattre: le chronomètre. Le maudit chronomètre. Au moins, mon estomac semble s’être replacé.

Arrivée à Newton: le party commence. Et ça monte, ça monte. Définitivement la côte la plus difficile du parcours jusqu’à présent. Pourtant, je suis perplexe. Dans un petit vidéo sur YouTube, Bill Rodgers, 4 fois vainqueur de l’épreuve (je plains le patient qui va vouloir me faire courir ce marathon-là 4 fois !  Quoique la dernière étudiante de Wellesley…  ;-)), nous faisait faire une petite reconnaissance de ces fameuses côtes. Or, selon ma mémoire, il nous disait que tout commençait à la caserne des pompiers de la ville (en fait, il le dit clairement: c’est la deuxième côte qui se présente après ladite caserne; moi et ma mémoire…). C’est que je n’ai jamais vu de caserne, moi… Et ça monte toujours !  Ne me dites pas que cette côte-là ne fait pas partie du lot ?  Ça en ferait 5 ?  Bande de sadiques !

Suite à mes (pas tellement efficaces) devoirs d’avant-course, j’avais prévu perdre une seconde sur ma moyenne globable à chaque côte. J’arrive en haut de ce que j’espère être la première Newton Hill (elle était vraiment longue !) avec une moyenne globale de 4:25/km. Comme prévu, j’ai perdu 1 seconde. Pas de dommage par ailleurs. So far, so good.

Je continue de chercher la fameuse caserne du regard, profitant du plat relatif avant la suite des choses. Finalement, à la hauteur du 17e mille, la fameuse caserne. Mais au moins, je suis certain qu’il ne reste plus que 3 montées, car je suis rendu trop loin. Je pousse un ouf relatif. Nous tournons sur Commonwealth Avenue et la voilà, devant nous, la deuxième. Shit, elle semble assez abrupte merci… Celle-là me rentre un peu plus dans les jambes. Vive les ultras où on se donne le droit de monter en marchant. Au moins, elle est plus courte et comme prévu, j’arrive en haut à 4:26 de moyenne globale.

Le parcours nous donne un certain répit en nous offrant une descente en douceur avant la suite des choses. J’entends d’autres coureurs se plaindre que les descentes sont difficiles pour les jambes. Vous ne savez pas c’est quoi, des descentes, vous autres !  Malheureusement, je ne peux toutefois pas me laisser aller comme je l’aimerais, mes jambes me réclamant une certaine récupération.

30e kilomètre en 2:13:41. Plus que 12. Allez, t’es rendu !  Je calcule qu’à 5 minutes du kilomètre, je me requalifie. C’est déjà ça de pris. Sauf que le simple fait que je me rassure avec ce calcul m’inquiète. Mon subconscient saurait-il des choses que j’ignore ?

19 mille: troisième Newton Hill. À peu près identique à la précédente. Celle-là fait mal. Ce que j’aimerais que ce soit la dernière !  Il fait beau, il vente légèrement, la température est fraiche, nous sommes tous des coureurs expérimentés. Et pourtant, le parcours fait des victimes. Certains marchent. Je tiens le coup, mais ce n’est pas facile. Moyenne en haut: 4:27.

20e mille, le fameux 20e mille. C’est ici que le mur peut commencer à se dresser. Je ne crois pas que ça va m’arriver, j’ai fait mes devoirs de ce côté. 6 sorties de 32 km et plus, quelques gels durant la course, un estomac bien rempli, mes réserves devraient être suffisantes. Mais le reste ?

Une autre montée se pointe. Est-ce Heartbreak Hill ?  Ça doit être Heartbreak Hill. Il FAUT que ce soit Heartbreak Hill !   Les autres autour de moi se posent la même question. Ils ne pourraient pas l’indiquer clairement, question de nous encourager ?  J’ai l’impression de ne plus avancer. Tant qu’à faire, je pourrais bien marcher, comme en ultra ?  C’est aussi efficace et moins fatigant. Je regarde mon GPS pour voir… Ma cadence est encore largement sous les 6 minutes/km, malgré la montée. Merde, si je marche, ça va vraiment me ralentir, je dois continuer à courir. Plusieurs marchent, s’arrêtent sur les côtés. Ce n’est plus que la volonté qui me permet de continuer de courir. Si on peut appeler ça courir…

Comme la pente comence enfin à s’adoucir, je jette un oeil à ma moyenne: 4:28. Cool !  J’ai tenu le coup. Mais la joie est de très courte durée. J’ai à peine baissé mon bras que ma jambe droite en entier, du mollet jusqu’à l’ischio, est terrassée par une crampe, me faisant perdre l’équilibre. J’en ai pour 3 ou 4 foulées à tituber avant de me redresser. “Shit, merde, fuck, TABARNAK !!!” (désolé pour la vulgarité, mais c’est comme ça que c’est sorti). Au même moment, j’entends un son très caractéristique: un gars est accoté sur une clôture, en train de se vomir les tripes. Je l’envie presque. Si j’étais pris comme lui, j’aurais une excuse pour arrêter…

J’essaie de reprendre mes esprits. 21e mille, plus que 5. Ok, c’était certainement HeartBreak Hill. Maintenant, ça descend jusqu’à l’arrivée. Un petit 8 km, t’es capable ! Sauf que je suis maintenant en mode damage control. Je n’ai pas le choix, je dois avancer à petites enjambées et ralentir le rythme, sinon les crampes vont revenir, plus fortes et plus rapprochées. Et cette descente qui se présente, elle est si belle !  Je devrais la faire à 4:00/km, j’en suis réduit à 4:30-4:40. En descente !

À partir de maintenant, je ne pense qu’à une seule chose: finir. Je ne vois plus le parcours, plus les spectateurs. Je sais qu’il y en a maintenant des milliers, mais je ne les vois pas, ou à peine. Chaque mille dure une éternité (vive les kilomètres !). Je dépasse certains coureurs plus maganés que moi, mais je me fais dépasser beaucoup. J’ai horreur de cette sensation: ne pas m’être ménagé assez et me faire dépasser par des gens qui ont mieux géré la course que moi. J’aime terminer en force et là, je suis en damage control. Maudit que j’haïs ça !

23e mille. Cout’ donc, elle est où, votre ville ?  On est encore en banlieue. Ce n’est pas supposé être le marathon de Boston ? À un certain moment, je sens que ma jambe a récupéré, alors j’y vais un peu plus fort. Aussitôt, la crampe revient. Merde !  J’ai l’impression de ne plus avancer, ce que confirme mon GPS: 4:46-4:48/km, ma moyenne est maintenant rendue à 4:29. Je risque de ne pas être en mesure de battre mon temps d’Ottawa…

24e mille. Plus que deux et des poussières. 3.5 km et tout sera fini. Moyenne à 4:30/km. Re-merde. Ça vas-tu finir par finir ?  Plus jamais Boston, plus jamais !  Comme pour nous rappeler que nous sommes toujours en train de faire le Marathon de Boston, il y a une petite côte pour nous avant d’atteindre le 25 mille.  Elle est probablement insignifiante, mais dans l’état où je me trouve…

RuesBoston1

La souffrance des derniers milles…

Enfin la pancarte “One mile to go !!!”. Moyenne à 4:31/km. Pendant une éternité, je pense à ce blogue et me demande si je suis bel et bien dans le dernier kilomètre. En tout cas, je vis la course en microcosme: c’est dur, je souffre, j’ai hâte que ça finisse et me promets encore une fois de ne plus jamais revenir !

Puis, c’est Boylston Street. Et à l’autre bout du monde, l’arrivée. On la voit de loin, de très loin. Je bloque mon regard dessus et avance, une mini-foulée à la fois. Je n’entends ni ne vois la foule. La ligne semble s’éloigner. Maudit que c’est dur !

Finalement, j’atteins l’arrivée. J’aperçois 3:16 sur le chrono officiel. J’arrête mon GPS: 3:12:26. Je suis vidé, complètement brûlé. Sur mes 10 marathons, je le classerais 3e au niveau de la souffrance. Côté performance, je le classerais 2e, mieux qu’à Ottawa où j’avais été une quarantaine de secondes plus rapide, mais sur un parcours tellement plus facile que je n’ose même pas comparer.

La nuée de bénévoles se met alors à l’oeuvre autour de moi. Aussitôt la ligne d’arrivée franchie, on me couvre d’une couverture de survie. Il y a même des bénévoles attitrés à coller un morceau de ruban gommé pour l’aider à tenir en place. Je reçois ma médaille. Ho, très class, je dois dire !  Jamais je n’ai autant senti avoir mérité ma médaille à l’arrivée d’un marathon !

ApresArrivee

Heureux d’avoir terminé, après une performance tout de même pas si mal

Commence alors le long processus qui m’amènera à la sortie. On nous donne de l’eau, du Gatorade, des Power Bar, un petit lunch. Pendant que j’attends en ligne, je me permets enfin de regarder autour de moi. Je regarde la ville, si belle. Et je me dis: “Wow, tu viens de terminer Boston !”. La souffrance se  transforme subtilement en émotion. Je me sens envoûté par ce qui se passe autour de moi. Ça me prend tout mon petit change pour retenir mes larmes. Si Barbara était là, juste à côté, je m’effondrerais dans ses bras, c’est certain.

Ok, un peu de retenue, je me laisserai aller tantôt… Je poursuis ma lente progression vers la sortie. Les indications sont claires, les bénévoles tout autant. Sur une affiche, je vois les temps des premiers. Ça s’est gagné en 2:10:22 ?  Il me semble que c’est lent, non  (ok, j’adorerais être « lent » comme ça) ?  Ça m’encourage un peu, par rapport à ma relative contre-performance.

J’arrive à l’autobus qui est supposé avoir ramené le sac jaune contenant mes affaires que j’avais laissé en consigne avant le départ. Je me place en file devant la fenêtre où il devrait normalement se trouver et j’attends. La bénévole à l’intérieur est tout simplement incapable de trouver un sac, alors c’est long, c’est long… Les gens s’impatientent, commencent à crier leur numéro. Quand elle finit pas sortir un sac, trois numéros sont criés en même temps. Un gars à côté de moi a la bonne idée de tout simplement brandir son dossard dans les airs. Je fais de même et après une ou deux années, je revois enfin mon gros machin jaune identifié 6883.

Les longues minutes resté planté sur place, alors qu’i ne fait pas tellement chaud, ont contribué à faire figer mes muscles. J’ai les mains pleines, il y a du monde partout, mais je dois enfiler quelque chose de plus chaud: je suis vraiment en train de figer. Finalement, je me dirige vers le devant de l’autobus et dépose mes choses dans l’escalier (le sol est vraiment trop bas) , question de pouvoir me changer sans avoir à me pencher. Je réussis à enfiler un chandail avant de me faire gentiment “expulser” de l’entrée de l’autobus.

Direction aire des familles maintenant. Je cherche du regard la lettre “G” et vois tout de suite Barbara qui m’envoie la main. J’envoie la main à mon tour. Et belle surprise: ma mère est là !  Hier, elle avait manqué le souper à cause d’une migraine et nous craignions tous qu’elle ne puisse pas être présente aujourd’hui. Mais elle est là !

Je titube jusqu’à eux et me jette dans les bras de Barbara, tout heureux d’enfin la voir. Mais beaucoup de temps s’est écoulé depuis mon arrivée et la vague d’émotion s’est dissipée. Je sers ensuite ma mère et mon père dans mes bras. Je sens leur fierté. Merci à tous d’être là pour partager ce moment avec moi. Je vous aime…

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Avec ma tendre moitié, celle qui réussit si bien à s’adapter à mes horaires parfois bizarres… Merci mon amour !

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Le fou et son équipe de soutien

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Stratégie ? Quelle stratégie ?

Voilà, la prochaine fois que je vais courir, ce sera durant le Marathon de Boston. J’avoue avoir peine à y croire… Les Olympiques des coureurs du dimanche et j’y serai. Wow.

Cette semaine, tel que prévu, j’ai fait mes deux sorties de 10 km, mardi et jeudi. À peu près tous les programmes d’entrainement suggèrent de prendre ça relaxe la semaine avant un marathon. Sauf que je ne sais pas ce qui se passe dans ma tête, mais quand je pars pour 10 km, on dirait que je me dis « Bof, ce ne sera pas long de toute façon, alors… » Ça fait que j’avais beau essayer de me retenir, j’ai terminé avec des temps de 41:05 et 41:08. Je sais, beaucoup trop vite, vraiment pas fort de ma part… En plus du risque de blessure, je taxais mes jambes. Mais il y a un détail à ne pas négliger: le côté psychologique de la chose. Je n’étais pas totalement à fond et n’étais définitivement pas à bout de souffle en terminant, alors je me dis que la vitesse est bonne et qu’avec trois jours de repos, mes jambes devraient logiquement être capables d’endurer le quadruple de cette distance si je vais plus lentement…

Enfin, on verra bien. Pour le moment, la neige tant annoncée a (finalement) commencé à tomber. La dernière tempête de l’hiver qui obsède les gens alors que dans le fond, est-ce que ça dérange vraiment ?  Dans quelques jours, ce ne sera plus qu’un mauvais souvenir. Il m’arrive souvent de ne pas comprendre l’obsession que nous avons (et je m’inclus dans le lot) pour la météo. Qu’est-ce qu’on y peut de toute façon ?  Nous avions prévu partir tôt demain matin, question de pouvoir s’installer à l’hôtel et aller à l’expo-marathon avant sa fermeture, à 18h.  Mais s’il fait tempête, on retardera le départ de quelques heures et on ira à l’expo-marathon dimanche, c’est tout. Est-ce bien grave ?  Qu’est-ce qui nous fait plus de tort: s’en faire pour une chose sur laquelle on n’a aucun contrôle ou avoir à tout simplement s’adapter ?

Mais bon, tant qu`à être sur le sujet, la météo est optimiste pour le jour de la course: alternance de soleil et de nuages avec un maximum de 57 degrés Farenheit (14 Celcius). Le vent: 10-15 km/h du sud. Donc, pas vraiment de soucis à me faire de ce côté. Un vent d’est aurait été plus problématique…

La stratégie maintenant.  Heu, quelle stratégie au juste ?  Ben non, j’ai tout de même fait une petite base de devoirs… Mais pas tellement. J’ai regardé le profil du parcours (il est pas mal plus clair dans le petit guide qu’ils nous ont envoyé que sur cette page web), consulté les conseils d’experts, lu quelques récits de course, etc. Sauf qu’on dirait que je n’accroche pas. J’ai l’impression qu’ils en mettent plus que le client en demande.

Le parcours est descendant sur les 4 premiers milles, puis relativement plat sur les 12 suivants. Le gros du travail se retrouve entre les 16e et 21e milles où on retrouve les infâmes Newton Hills, la pire étant la désormais célèbre Heartbreak Hill, la quatrième et dernière du lot. Puis, les 5 derniers milles sont en descendant ou à peu près.

C’est un profil qui s’apparente un peu à ce que j’ai vu à Mississauga: début descendant, relativement plat par la suite, puis des montées-descentes dans la partie cruciale du parcours. La côte au 34e kilomètre me restera toujours en mémoire… En plus, les 17 derniers kilomètres avaient été parcourus avec un vent de 30 km/h dans le visage, sous la pluie. Je m’imagine difficilement de pires conditions pour un marathon.

Dans les récits, plusieurs ont dit que les montées des Newton Hills étaient surévaluées, mais que c’étaient plutôt les descentes à répétition qui avaient tué leurs quadriceps. Hein ?!?  Si c’est vrai, je suis en voiture. Heartbreak Hill aurait une pente de 4.5 – 5% et c’est la plus difficile. J’imagine que les descentes ne sont pas tellement plus abruptes (mais je ne peux en être absolument certain), alors je ne vois vraiment pas comment mes quads pourraient avoir de la difficulté à composer avec ça. Je pense qu’ils ont déjà vu pire… et sur une distance pas mal plus longue !  🙂

Ceci dit, il ne faut pas non plus partir en fou. Je me souviendrai toujours du monsieur qui m’avait raconté, avant le départ du Marathon de Montréal en 2010, que lui était parti vite parce que ça descendait, puis en avait payé le prix par la suite.  Il m’avait donc conseillé de faire attention. Je me suis toujours demandé pourquoi il m’avait dit ça vu qu’à ce moment-là, je n’étais pas qualifié… J’ai la tête d’un gars qui est supposé être qualifié pour Boston ou quoi ?

Je compte donc faire les premiers kilomètres bien sagement, en restant « en dedans » comme on dit. D’ailleurs, j’ai déjà remarqué qu’en course, ça va souvent très bien quand je me retiens, probablement parce que je suis plus détendu à ce moment-là. Je m’ajusterai ensuite. L’hydratation et l’alimentation joueront un rôle crucial, question de ne pas choker dans la partie de la course la plus difficile. Je n’ai toutefois pas de plan précis d’établi, je vais y aller à l’instinct. Ça m’a plutôt bien servi la dernière fois. 🙂

Le marathon pour les nuls: la stratégie (spécial marathon de Montréal)

C’est avec un brin de nostalgie que je vois la fin de semaine se pointer. Car ce dimanche aura lieu le marathon de Montréal et pour la première fois depuis que je suis devenu marathonien, je ne serai pas de la fête. J’en ai expliqué mes raisons dans un article  précédent, la principale étant évidemment ma participation au Vermont 50 le dimanche suivant et qu’il n’est vraiment pas recommandé de se taper deux épreuves aussi longues à une semaine d’intervalle. Mais bon, disons que ma tête sera ailleurs quand je parcourrai les sentiers du mont St-Bruno pour la dernière fois (avant le Vermont, on s’entend !) dimanche.

L’occasion est toutefois excellente pour un nouvel article dans la lignée des « marathons pour les nuls ». Ce soir, discutons donc stratégie.

Encore une fois, je me base seulement sur mon expérience pour écrire ce qui suit. Ce qui marche pour moi ne marchera peut-être pas pour vous. Mais bon, il y a tout de même des principes qui peuvent s’appliquer. Et bien que je parle plus de marathon, tout ce que je vais dire s’applique également au demi-marathon et même, au 10 km.

Ok, allons-y. Votre corps a été entrainé, vous êtes en période de « tapering » (diminution de l’entrainement pour reposer le corps avant le grand jour, de façon à créer un effet de manque, en quelque sorte). Maintenant, que reste-t-il à faire ?  Chose que je fais toujours: aller voir la carte du parcours. Et les dénivelés. Ça me permet de planifier ma stratégie de course: où faire attention, où attaquer.  Sans oublier les faux-plats qui sont particulièrement mortels en course longue distance. Il faut savoir où ils sont de façon à ralentir quand on arrive dans ces secteurs.

À chaque marathon, je deviens également obsédé par la météo. Pas tellement le temps qu’il fera, mais surtout la température. Ordinairement, les prévisions sont plutôt précises de ce côté, même quelques jours à l’avance, ce qui me fascinera toujours. La température pour dimanche semble vouloir être favorable: 15-16 degrés. Pour les averses, il ne fait pas s’en faire. Autre élément: le vent. Lui aussi a une importance sur la stratégie. Pour ma part, je m’arrange toujours pour être en groupe dans les parties avec vent défavorable et accélère (si je suis capable !) quand j’ai le vent dans le dos.

Maintenant, que faire la veille de la course ?  Depuis cette année, je ne cours plus la veille. Une petite promenade avec mon chien suffit. Le reste de la journée ?  Je suis en mode « plante verte », comme le dit si bien mon épouse: je bois de l’eau. Beaucoup d’eau. Et je passe mon temps aux toilettes. Le but ?  Tenir le réservoir plein côté hydratation. Le dernier souper quant à lui est le classique: des pâtes. Mais rien d’extravagant: ce n’est pas le temps de faire de nouveaux essais côté gastronomie.

Des problèmes à dormir ?  Moi aussi.  Il ne faut vraiment pas s’en faire. Si la semaine a été correcte au niveau sommeil, une nuit blanche ne devrait pas affecter les performances. J’ai fait de loin ma meilleure course à Ottawa cette année avec 3 heures de sommeil dans le corps. Un ami m’a déjà suggéré de prendre des pilules pour dormir. Ma réponse: JAMAIS !!!  La raison ?  À moins de l’avoir testé à l’entrainement (ce qui est très peu probable), on ne connait pas les autres effets d’un médicament sur l’organisme. Certains déshydratent, d’autres peuvent causer des nausées, diarrhées, etc. Sans compter que l’effet somnolence pourrait évidemment être encore présent, causant bien plus de tort à la performance qu’une nuit sans sommeil.

Le matin, je suggère de vous laisser le plus de temps possible pour vous rendre sur place. Car des imprévus, il y en a toujours et une course, ça n’arrive pas souvent. Ce serait tellement bête de manquer le départ… Par exemple, cette année, le départ du demi et du marathon se feront simultanément. Ça veut dire beaucoup, beaucoup de monde pour la station de métro Jean-Drapeau. Il vaut mieux arriver trop tôt que trop tard…

Pour le déjeuner, encore là, rien d’extraordinaire. Certains suggèrent de manger moins, à cause de la nervosité. Pour ma part, comme il y a plus de temps que d’habitude entre le moment du repas et l’heure où je commence à courir, je mange la même quantité, mais traine un bagel supplémentaire pour manger tranquillement,  jusqu’à une heure avant le départ.

Au départ, il est important de se placer au bon endroit de façon à ne pas nuire aux coureurs plus rapides et ne pas avoir des coureurs plus lents dans les jambes non plus. C’est fou le temps qu’on peut perdre dans les 2-3 premiers kilomètres quand on est mal placé… Les pancartes indiquant où se placer dans le peloton au départ selon le temps visé sont difficiles à manquer, ça aide de les suivre… même si ce n’est pas tout le monde qui les comprend, semble-t-il.

Pour la course de la fin de semaine, petit conseil du gars qui y va souvent: tenez-vous dans le milieu du chemin dans la descente vers le fleuve peu après avoir quitté le pont Jacques-Cartier. Car après la caserne des pompiers, le chemin est très abîmé et les nids-de-poule se comptent par dizaines sur les côtés. Une fois rendus sur les bords du fleuve, vous pourrez y aller plus à votre guise.

En ce qui concerne la cadence à suivre, ça dépend évidemment de chacun. Mais je sais par expérience que si on part trop vite, on le paie toujours cher à la fin. Et conserver une vitesse constante est toujours mieux qu’y aller par variations brusques. Le meilleur moyen d’y parvenir, c’est de suivre un lapin de cadence, bien évidemment. Mais n’oubliez pas que ce sont des êtres humains, pas des machines, alors il se peut qu’ils aient de la difficulté à garder une vitesse uniforme. Surtout que ce n’est pas leur vitesse « naturelle »…  Autre avantage des lapins de cadence: ils sont toujours accompagnés de grands groupes. Donc, il n’y a pas meilleur moyen de courir à l’abri du vent sans passer son temps à regarder le chrono.

Côté hydratation, je ne suis pas une référence: je bois plus que la moyenne. Quand la température est bonne, c’est une ou deux gorgées de Gatorade à tous les deux kilomètres et deux verres d’eau à chaque point d’eau. Vaut mieux être obligé de faire une pause-pipi que d’être déshydraté au 32e kilomètre…

En ce qui concerne les points particuliers à surveiller sur le parcours, voici les opinions de celui qui connait la première moitié par coeur, mais ne connait pas la deuxième partie, nouvelle de cette année. Donc, gens du demi, ceci est pour vous. Jusqu’au 10e kilomètre, le parcours sillonne le parc Jean-Drapeau. C’est un endroit plutôt plat et facile. Il faut toutefois se méfier du vent. Celui-ci peut d’ailleurs être problématique sur le pont de la Concorde et en passant devant Habitat 67 (à ne pas manquer si vous n’avez pas l’occasion de voir ça souvent !).

Autre chose à ne pas oublier: si vous courez au niveau du fleuve, c’est qu’il vous reste des côtes à monter, car l’arrivée est située sur le plateau Mont-Royal, donc plus haut en altitude. Gardez-vous des forces !  Deux montées ne sont pas à négliger: la place Jacques-Cartier au 15e kilomètre (très bonne idée des organisateurs, c’est beaucoup plus joli que la montée St-Laurent par où passait l’ancien parcours) et évidemment, la fameuse côte Berri au 19e. Pour le reste du parcours, je me méfierais de St-Joseph où le vent risque de jouer un rôle majeur, mais surtout de Christophe-Colomb vers le nord. Je suis persuadé qu’il s’agit d’un long faux-plat ascendant. Si je participais, j’irais y faire une petite reconnaissance… Et Pie IX, dont la montée n’est pas faite au complet, mais en partie. Hum…

Finalement, un conseil que je tente d’appliquer moi-même à chaque fois: relaxez !  Ça court toujours mieux quand on est relaxe. Ce qui m’aide, c’est jaser un peu avec le monde, passer des commentaires, essayer de faire des blagues. Parce que oui, on est supposé être capable parler, sinon, c’est une signe qu’on va trop vite… Et quand on s’amuse, les kilomètres passent sans qu’on s’en rende compte.

Bonne chance à toutes et à tous !  🙂