« Rien qu’à toi que ça arrive ! »

« Vous avez été piqué sur une fesse… EN COURANT ?!? »

Vacances au Parc national de la Baie de Fundy. Endroit génial s’il en est un, mis à part le fait qu’il soit situé à 1000 km de la maison. La mer, la forêt, de multiples sentiers pour tous les goûts. Le bonheur.

Toujours en mode « réhabilitation » à cause de mon foutu tendon d’Achille, je me devais de trouver un sentier relativement plat et surtout pas trop technique pour mes petites sorties puisque j’étais encore dans l’obligation d’alterner course et marche en suivant des « intervalles » précis. Le but ?  Y aller très progressivement et pour ce faire, pas d’autre choix que de mesurer chaque minute passée à courir. C’est plate, mais c’est de même.

À ma première sortie, alors que je faisais le tour du camping sur un joli sentier en poussière de pierre, je suis tombé sur un couple qui promenait un chien et… un cochon !

Trop cool. Ça se comporte comme un chien ?

« Exactement comme un chien : elle est très affectueuse, répond quand on l’appelle par son nom, elle dort avec les enfants… Vous pouvez la caresser. »

Ok, ce n’était pas un cochon, c’était une truie. Peu importe, je l’ai appelée pendant qu’elle sniffait un peu partout autour. Elle s’est approchée en remuant la queue et a semblé apprécier les caresses. Comme un chien. Un peu bizarre, je dois dire. mais tellement cute !

Le monsieur portait un t-shirt de Boston. Il me semblait qu’il avait l’air d’un coureur, aussi… On a un peu jasé course, puis je suis reparti. Quelques minutes plus tard, je trouvais mon terrain de jeu pour le séjour: le sentier Cheval noir. Genre mont St-Bruno avec quelques montées et descentes, mais pas technique. C’était ce que je cherchais.

J’y suis donc retourné, à tous les deux jours. Le dimanche, peu de temps après avoir terminé, une douleur a fait son apparition sur ma fesse droite. Après quelques tergiversations (je ne sais pas pourquoi, mais on obsède avec les tiques cet été…), nous avons déterminé que ça devait être une piqûre de mouche à chevreuil et que ça allait probablement être disparu le lendemain.

Lundi, c’était pire. Mardi, juste l’effleurement de mes shorts de course sur la piqûre envoyait des décharges électriques partout dans mon corps. Je vous épargne les 1000 km de conduite automobile pour le retour à la maison…

C’était définitivement infecté. Pas le choix, fallait voir un médecin. Ben oui Chose, un médecin. Au Québec. Je n’étais tout de même pas pour aller sécher 16 heures à l’urgence… J’ai finalement réussi à obtenir un rendez-vous dans une clinique « sans rendez-vous »  (avis à mes amis européens: ça n’a aucun sens, je le sais, mais c’est comme ça ici) pour le lendemain.

C’est quand j’ai raconté à l’infirmière au triage (un triage quand on a un rendez-vous ?  Toujours pas de sens…) qu’elle a posé la question qui tue.

Dans son visage, j’ai lu toutes sortes de choses. Genre qu’elle s’imaginait le vieux bonhomme assis devant elle courir en costume d’Adam, sa baguette qui battant la mesure. Une-deux, une-deux, une-deux…

Je l’ai tout de suite rassurée : je portais des shorts, mais le sous-vêtement intégré a tendance à remonter, exposant mon postérieur aux attaques potentielles. Un taon ou une mouche à chevreuil ne s’est pas gêné.

Mon histoire a semblé la soulager un peu.

J’avoue avoir été un peu surpris par le médecin qui m’a « reçu » peu après. Jeune trentaine, il me tutoyait gros comme le bras et n’était pas des plus sympathiques. Plutôt différent des médecins que je vois habituellement qui sont hyper-gentils et qui me vouvoient alors qu’ils sont plus vieux que moi. En fait, j’ai même failli lui demander si on avait déjà élevé les cochons ensemble (tant qu’à être dans le thème), mais bon, c’est lui qui tenait la clé de la guérison de mon bobo, alors j’allais passer par-dessus.

« Un coureur, hein ? Hum… Étends-toi sur la table, on va regarder ça. ».

Je me sentais dans un épisode des Beaux malaises. Ça faisait quoi que je sois coureur ? Quand il s’est mis à gosser après la piqûre, on aurait dit que toutes mes terminaisons nerveuses liées à la douleur étaient concentrées sur ma fesse droite. Mal, vous dites ?

« C’était probablement un piqûre d’insecte. Il y avait un [ne me demandez pas de répéter], je l’ai enlevé, ça devrait être plus confortable. Mais c’est infecté, ça va te prendre des antibiotiques. »

Et voilà, une semaine d’antibiotiques, le tout accompagné d’une petite crème à appliquer et pansement à changer deux fois par jour. Vous avez déjà essayé de courir sous antibiotiques ?  Et de changer un pansement sur une fesse alors que vous êtes au bureau ?

La joie. Heureusement que ça se termine demain.

Le mot de la fin à ma douce : « Y’a bien rien qu’à toi que ça arrive ! ».

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De la route aux sentiers: deuxième partie

Ce soir, deuxième partie sur le thème « ce que j’aurais aimé savoir quand j’ai commencé à courir des ultras en sentiers ».

Ok, chose essentielle qu’il faut développer pour bien réussir son ultra: sa facilité d’adaptation. Car entendons-nous bien, sur la route, les courses durent habituellement  moins de 4 heures. Les conditions sont connues au départ et changent peu durant le déroulement de l’épreuve. On peut donc choisir son équipement (c’est-à-dire, son habillement et c’est à peu près tout) en conséquence. En ultra ?  Les courses sont parfois tellement longues qu’on peut souffrir d’hyperthermie et d’hypothermie… durant la même épreuve !  Ce qui fait que des petits détails peuvent créer une énorme différence. Comme choisir un réservoir plus grand pour transporter du liquide. Ou avoir un imperméable avec soi quand la pluie se met à tomber. Car c’est bien beau être en mesure de garder sa chaleur en courant, si ça se met à tomber alors qu’on est dans une section lente…

Il faut dire que les conditions météo viennent jouer un rôle de premier plan en ultra, pas mal plus que sur la route en tout cas. Voyez-vous, en général, les courses sur route (et particulièrement les marathons) sont organisées à des moments de l’année où les conditions sont habituellement favorables à l’effort physique, soient le printemps et l’automne. Bien sûr, il arrive que Dame Nature ait des sursauts et amène des températures chaudes quand on ne s’y attend pas vraiment, mais règle générale, tout est mis en place afin maximiser les chances de bonnes performances de la part des athlètes.

En ultra ?  On dirait que les organisateurs se disent que si on est assez fous pour se taper plus d’un marathon sur nos deux jambes, aussi bien nous rendre ça plus difficile encore. Tant qu’à faire. Ce qui fait que plusieurs courses sont organisées… en plein été. Je me souviendrai toujours, au moment où je suis sorti de la voiture la veille de l’Eastern States,  m’être demandé comment je pourrais bien être en mesure de faire 100 (102.9, en fait) miles sur mes deux pattes alors qu’il faisait 35 degrés avec une humidité avoisinant les 100%. Ben oui, en Pennsylvanie au mois d’août, tu t’attendais à quoi, du con ?

L’adaptation, c’est aussi apprendre à poursuivre malgré certains bobos: ampoules, irritations cutanées causées par le frottement répété (petit conseil messieurs: quand ça atteint les parties intimes, n’essayez pas le Deep Relief), quads détruits par les descentes, problèmes gastriques… Toutes des choses que je ne connaissais pas du temps où je ne faisais que du bitume. J’ai donc dû apprendre, quand c’est possible, à traiter ces bobos avec les moyens du bord. Ou à les endurer. De toute façon, ce sont des épreuves d’endurance, non ?  Mais l’idéal, c’est de les prévenir. Par exemple, en tentant de diminuer la longueur des enjambées dans les descentes pour sauver les quads. Sauf qu’il y aura toujours quelque chose, quelque part qui ne fonctionnera pas comme on l’avait anticipé. Faut vivre avec.

Dans un autre créneau, un grand principe que j’essaie le plus possible d’appliquer : toujours, toujours avancer. Comme ils disent en anglais: keep moving forward. C’est que voyez-vous, contrairement à la route où on attrape un verre au vol en passant en coup de vent aux points d’eau, la tendance est à prendre ça plus relaxe lors des courses en sentiers. On s’arrête, on se change, on regarde le « menu », on rigole avec les copains, on jase avec l’équipe de support. Et on a parfois le don de niaiser, comme on dit en bon français.

J’essaie donc de ne pas perdre trop de temps, autant aux ravitos qu’ailleurs. Les selfies et les vidéos en course, ce n’est pas le genre de la maison. Bien évidemment, quand je dois remplir mon réservoir ou changer de vêtements/chaussures, je prends le temps qu’il faut, mais j’essaie le plus possible de ne pas m’attarder. Je dois manger ?  Je prends des choses avec moi et je mange le tout en marchant. 5 minutes d’arrêt à chaque poste de ravitaillement, s’il y a 20 postes sur le parcours, ça fait 100 minutes au final. Si je peux en sauver ici et là…

Pour ce faire, il faut savoir se préparer avant d’arriver à un ravito. Donc, quand j’approche, j’essaie de faire une liste mentale des choses que j’aurai à faire. Ai-je besoin d’un remplissage ?  Qu’est-ce que j’ai le goût de manger ?  Est-ce que je prends un coupe-vent ?  Ou mes lampes frontales ?  Le but étant de ne pas perdre de temps inutilement tout en prenant soin de ne rien oublier dans la précipitation.

Évidemment, ce n’est pas infaillible et il m’arrive encore (trop) souvent de zigonner devant une table à ne pas savoir quoi prendre, puis de repartir en oubliant des trucs. Ça arrive surtout la nuit, quand on est fatigué et que le cerveau commence à se laisser aller.

Ha, la nuit… La belle affaire !  Quand elle se présente à nous, on a habituellement entre 12 et 16 heures de course dans les jambes et ce, après avoir peu dormi la veille. Bref, la fatigue commence à nous envahir. Ce qui fait que le cerveau devient… moins fiable, disons.

À la lueur des lampes frontales, les arbres et plantes de la forêt prennent des allures bizarres et produisent des jeux d’ombres… étonnants, je dirais. On finit par s’y habituer, à savoir que ce qu’on voit n’est pas vraiment la réalité, mais on y porte tout de même attention. Et on n’avance pas, Dieu qu’on n’avance pas !  Sur les portions de route, ce n’est pas si mal, mais dans les sentiers, surtout s’ils sont le moindrement techniques…

Le manque de sommeil, vous demandez ?  Pour ma part, c’est très variable. À Bromont, les deux fois j’ai traversé mes nuits sans avoir à combattre. Mais il m’est aussi arrivé d’avancer comme un zombie, luttant de toutes mes forces pour demeurer réveillé. Le pire que j’ai vécu s’est produit à Eastern States où je me sentais comme dans un cours de philo jadis: ça m’a pris tout mon petit change pour ne pas littéralement tomber endormi en plein milieu du sentier.

Quant à la peur du noir, ça dépend des gens. Un ultramarathonien m’a déjà confié qu’il avait abandonné son premier 100 miles parce qu’il avait eu la peur de sa vie durant la nuit. Moi, on dirait que je redeviens un adolescent et suis inconscient du danger potentiel. Les ours ?  Bah, les autres devant les auront certainement fait partir !  Un serpent à sonnette ?  Il doit être parti avec les ours…  Une blessure en pleine nuit ?  On trouvera bien un moyen…

Certains se demandent comment on peut bien faire pour demeurer en course aussi longtemps. Avant de le vivre, je ne comprenais pas moi non plus. Je me souviens m’être levé un beau samedi matin et être allé voir comment mes amis se débrouillaient à Virgil Crest, qu’ils avaient débuté quelques heures plus tôt. Je suis allé faire ma course matinale et suis revenu. Mes amis couraient encore. J’ai fait mes étirements, dîné, vaqué à mes occupations. Ils couraient encore. Le souper, la petite marche avec le chien, la douche, le petit film avant d’aller se coucher. Hé oui, ils couraient encore ! Et quand je me suis levé le lendemain matin, ils venaient à peine de terminer. Je n’en revenais tout simplement pas.

Eh bien voilà ce que j’ai appris depuis : quand on est dedans, ce n’est vraiment pas si pire que ça. On trouve même ça « normal ». On a une « job » à faire, on la fait, c’est tout. Et quand on fait quelque chose qu’on aime, le temps passe tellement vite, c’est fou.

Ça ne doit pas être la même chose pour les équipes de support. Dans le cadre des courses sur route, nos proches viennent parfois assister à nos « exploits » en tant que spectateurs, rien de plus. Ha, il arrive qu’on leur laisse un cossin ou deux en passant, mais à part ça… Il en est tout autre quand on fait un ultra. En effet, pour ceux qui ont la chance d’en avoir une, l’équipe de support peut jouer un rôle déterminant dans le déroulement d’une épreuve. Car non seulement sa présence nous permet de découper mentalement le parcours en sections plus courtes, mais elle nous assure également qu’on pourra disposer de toutes nos affaires à plusieurs endroits prédéterminés. Ceci permet au coureur de profiter de sa saveur de boisson sportive préférée tout au long de l’épreuve ou que s’il se produit un pépin, il n’aura pas à faire trop long avant de pouvoir régler son problème. Et ça, c’est très rassurant.

Mais ce que ça doit être long… Il m’arrive de quitter un ravito et de dire à mon équipe qu’on devrait se revoir « dans trois heures ». C’est presque la durée d’un marathon !  Si on compte un maximum de 30 minutes pour trouver le ravito suivant, ça fait quand même 2 heures et demi à tuer… J’avoue que ça m’impressionne et ça me met un peu mal à l’aise. Mais à chaque fois, les membres de mon équipe m’ont assuré avoir adoré l’expérience et bon, si mon père a toujours été de la partie, je me dis qu’à quelque part, il doit aimer ça !

Et si on n’a pas d’équipe de support, on fait quoi ? On doit utiliser des sacs d’appoint ou drop bags. Ça, c’est la planification à l’état pur puisque non seulement on doit prévoir ce dont on aura besoin durant la course, mais on doit également prévoir où on en aura besoin. En effet, ces sacs sont laissés à des endroits pré-déterminés et ne « suivent » pas le coureur de ravito en ravito.

Personnellement, je ne m’en suis servi qu’une seule fois, lors de la Petite Trotte en juin, et ça s’est plutôt bien passé. Mais bon, les conditions de course ont été pas mal uniformes ce jour-là, alors…

Quant aux pacers, il semblerait qu’on les retrouve seulement de ce côté-ci de l’océan. Si j’ai déjà joué le rôle à deux reprises, je n’ai pas encore pu profiter de la présence de quelqu’un qui me changerait les idées durant les longues heures de fin de course. Comme je dis souvent à la blague quand on me demande en cours de route si j’aurai un pacer plus tard: je n’ai pas assez d’amis pour ça !  😉

Il faut dire qu’il est recommandé d’être accompagné par quelqu’un de proche et idéalement, de son calibre ou à peu près. Car à la fin d’une longue épreuve, on peut devenir un véritable trou du c… et perdre facilement patience pour des niaiseries. D’où l’idée que la personne accompagnatrice connaisse suffisamment son coureur pour ne pas lui en tenir rigueur.

J’ai entendu des histoires de coureurs qui s’engueulaient littéralement avec leur pacer, entrainant des « congédiements » et/ou « démissions » sur le champ. Je dois avouer que j’éprouverais probablement un plaisir coupable à assister à un tel spectacle… Non mais, deux zigotos qui s’enguirlandent en pleine nuit, dans le milieu de nulle part, ça doit être surréaliste.

Je reviendrai justement sur la partie plus « humaine » de notre sport très prochainement.

La transition de la route aux sentiers: première partie

Un gentil lecteur m’a récemment proposé de parler d’un sujet que je n’avais pas encore vraiment abordé, soit le « passage » de la course sur route à la course en sentiers. Il aimerait savoir à quoi s’attendre, qu’est-ce que je savais, qu’est-ce que j’aurais aimé savoir, etc.

Comme je ne peux (presque) rien refuser à un lecteur, je me suis lancé à fond la caisse dans le sujet. Ce qui fait que, même si j’avais l’impression de seulement effleurer quelques aspects, j’étais parti pour écrire une encyclopédie. J’ai donc décidé de rendre la bouchée moins difficile à avaler en morcelant le tout. Première partie aujourd’hui, la(les ?) suite(s ?) très bientôt.

Tout d’abord, je voudrais vous dire que vu que je n’ai à peu près pas d’expérience dans les courses en sentiers plus courtes (je n’en ai seulement fait qu’une, le 28 kilomètres à Harricana), ces billets seront orientés vers les ultramarathons en général. Également, vous reconnaitrez probablement certains aspects qui sont particuliers aux très longues courses (100 miles, genre).

Ok, la première chose que j’ai apprise, c’est qu’il faut regarder où on va. Ça peut sembler une évidence, mais quand ça fait des années qu’on court sur la route en demeurant dans sa bulle, on peut être déstabilisé au début. En sentiers, si on ne porte pas attention aux petits obstacles, eh bien on s’enfarge (souvent) et on se retrouve (parfois) face contre terre. Ça m’arrive encore. Régulièrement. D’ailleurs, suivant les conseils de mon ami Pierre, je me suis même mis à courir avec des gants de vélo, question de prévenir les blessures dites « défensives » qui se produisent quand on essaie (souvent en vain) d’amortir sa chute avec les mains.

Aussi, dans un cadre plus large, si on n’est pas assez attentif, on rate des virages et on peut se retrouver à perdre la trace du parcours. Eh oui, ça aussi ça arrive. Dans le bois, il n’y a pas de barrières, pas de spectateurs, pas de ligne bleue tracée à même le sol pour nous indiquer le chemin à suivre. Il y a seulement des petits rubans et parfois, des pancartes. C’est tout. On doit donc être toujours aux aguets et croyez-moi, ce n’est pas jojo d’avoir à revenir sur ses pas parce qu’on avait la tête ailleurs !  La quantité d’insultes qu’on peut se balancer chemin faisant…

La deuxième chose que j’ai apprise (et que je n’ai pas encore tout à fait assimilée, je dois l’avouer), c’est que la cadence, en sentiers, ça ne veut pas dire grand-chose. On peut aller très vite même si on ne va qu’à 8:00/km et on peut être lent à 4:00/km. Pourquoi ?  Tout simplement parce que non seulement le relief est très variable, mais le sol sur lequel on avance l’est tout autant. Courir dans un chemin de terre ou un beau sentier lisse, ça se fait bien, mais quand il y a un enchevêtrement infini de racines et de roches, hou la la…

Bizarrement, ce fut seulement à mon deuxième ultra que cette « dure » réalité m’a frappé. J’avais commencé ça smooth avec le Vermont 50, qui est constitué d’enchainements de très beaux sentiers et de chemins de terre. Mais quand je suis arrivé à St-Donat, ouch !  La pluie avait rendu presque impraticables des sentiers déjà très difficiles. En fait, je ne sais même pas si le terme « sentiers » pouvait encore s’appliquer. J’ai passé plus de 8 heures à sacrer et ai juré qu’on ne m’y reprendrait plus.

Vous connaissez la suite : j’y suis retourné trois fois. Car ça aussi, je ne le savais pas quand je me suis lancé là-dedans : on passe son temps à se faire des promesses qu’on ne tient pas.

Ceci dit, même dans les cas où les sentiers sont relativement faciles à courir, on peut se retrouver à ne pas avancer à cause des nombreux virages très serrés (qu’on appelle switchbacks dans notre jargon). Sur la route, on ne ralentit pas vraiment quand ça tourne, mais dans les bois…

Ça, je l’ai bien vu au Vermont jadis. Mais ce que j’ai surtout vu cette fois-là, ce sont des côtes que je considérais comme monstrueuses. Je me souviens encore de m’être mis à rire à gorge déployée à la vue d’une autre montée en face de cochon en quittant une station d’aide. Je ne pouvais pas croire que le parcours réussissait à nous en sortir encore ! Donc, si vous décidez de tenter l’expérience d’un ultra, attendez-vous à une chose : monter et descendre. Longtemps. Souvent.

Plusieurs font grand état du très accidenté parcours du Marathon de Boston. Il l’est, effectivement… pour une course sur route. Mais il est pour ainsi dire plat comme une crêpe si on le compare à ce qu’on voit dans les monde des ultras. Pour vous donner une idée, vous savez, les gens qui vont « monter une montagne » par une belle journée d’automne ?  Ils font leur randonnée, pique-niquent au sommet, redescendent en souriant et retournent à la maison satisfaits de leur journée. Et avec raison.

Eh bien dans le cadre d’un ultra, vous allez la monter et le descendre à plusieurs reprises, ladite montagne. S’il y a un centre de ski alpin dans les environs, ne vous inquiétez surtout pas, les organisateurs vont s’arranger pour vous le faire visiter. Par tous ses versants si possible. Et pas seulement au début de la course, ce serait trop facile.

Il faut donc savoir grimper sans dépenser trop d’énergie. Pour l’immense majorité d’entre nous, ça veut dire marcher. Car pour la différence de vitesse que le fait de courir amène, le gain ne vaut vraiment pas la dépense supplémentaire d’énergie requise. De plus, une fois arrivé en haut, on peut reprendre une cadence de course normale plus rapidement si on ne s’est pas mis à bout de souffle dans la montée.

Pour ma part, étant relativement léger, je me débrouille fort bien dans les parties ascendantes. Mais dans l’autre sens… Mes lecteurs en savent quelque chose.

C’est fou le temps qu’un bon descendeur peut réussir à gagner par rapport à un mauvais (lire: pathétique) comme moi. Mais bon, descendre, c’est un art. On aura beau peindre et peindre pendant des années, n’est pas van Gogh qui veut. Ça prend un talent, talent que je ne possède pas. Mais on peut devenir un descendeur potable avec de la pratique. À ce qu’il parait…

Ceci dit, je ne suis pas si pire car tout coureur en sentiers vous le dira: la plupart des coureurs sur route ne savent tout simplement pas descendre. Pourquoi je dis ça ?  Parce qu’ils freinent !  Sur une belle descente, à 6-7%, sur l’asphalte, on les voit avoir peur de perdre le contrôle. Ils feraient quoi dans des sentiers très techniques ?  Dans des pentes bordées par des arbres dépassant les 15% ?

Par contre, trop se laisser aller dans les descentes peut avoir un effet pervers: la « destruction » des quadriceps. J’y reviendrai très bientôt.

Bromont Ultra 2016, première partie

Le récit de mon dernier Bromont Ultra aurait pu tenir en un seul « morceau », mais j’ai préféré le scinder en deux, question de ne pas vous endormir avant la fin. Aujourd’hui, la première partie. La suite dans quelques jours… 

Tu me niaises…

Cette phrase que je laisse tomber, je ne l’adresse à personne en particulier. Elle exprime toutefois un certain découragement. Non, plutôt une exaspération. C’est ça, oui, une exaspération.

Devant moi, un ruban rose tendu entre deux arbres, à la hauteur de ma taille. Le parcours est marqué par des petits rubans roses attachés un peu partout ainsi que par des fanions de la même couleur plantés à même sol. À ça s’ajoutent parfois des pancartes avec des flèches noires sur fond jaune pour nous indiquer les virages et aussi, des longs rubans roses (vous voyez le thème sous-jacent) tendus à une certaine hauteur pour nous indiquer clairement un endroit où il ne faut pas aller.

Je me trouve face à un de ces rubans. Pas de problème direz-vous, j’ai juste à ne pas le franchir. Sauf que les petits fanions que je devrais normalement suivre pour me guider se trouvent de l’autre côté dudit ruban, ce qui veut dire que j’arrive d’un sentier où je ne devrais normalement pas me trouver. Doh !

Surprise, je me suis perdu. Encore. C’est la deuxième fois que ça m’arrive depuis que j’ai entamé cette section relativement bénigne dans l’érablière du mont des Pins (érablière, mont des Pins, je ne vois pas vraiment le rapport, mais bon…). Tabar…

Évidemment, l’option de traverser le ruban et poursuivre sur le « droit chemin » s’offre à moi. Mais comment je pourrais vivre avec ma conscience au cours des prochaines heures, hein ?  Et puis, admettons que je court-circuite une bonne partie du parcours et que je me retrouve par le fait même à dépasser des coureurs qui sont devant, j’aurais l’air de quoi en arrivant au ravito avant eux ?  De toute façon, de un, je ne peux pas être absolument certain que je ne suis pas déjà passé là et de deux, comment savoir de quel côté aller ?  Il n’y a pas de flèches pour aider les tricheurs. Bref, je dois rebrousser chemin.

Je le sentais pourtant. Ça faisait un petit bout que je n’avais pas vu de petits rubans roses. Mais j’étais sur un chemin de quads, ça descendait et j’avais fini par sortir du brouillard, alors je pouvais enfin courir. Je m’étais laissé aller. Erreur.

Comment on peut manquer un virage, vous me demandez ?  Facile. J’ai 109 kilomètres dans le pattes, ça fait 16 heures que mes amis et moi nous sommes élancés dans la bonne humeur, sous un ciel gris. Dire que je commence à être fatigué et être moins attentif serait un euphémisme. Ajoutez à ça le brouillard qui m’oblige à utiliser ma frontale à la main comme une lampe de poche. C’est d’ailleurs une autre affaire que je ne comprends pas : comment il peut y avoir du brouillard alors qu’il vente tout de même considérablement ?  Seule explication possible : les nuages couvrent le sommet de la montagne.

avantdepart

Avec Pierre, Louis et Stéphane, avant le départ

Bref, quand je fais passer ma frontale de mon front (duh !) à ma main, je perds le parcours de vue quelques secondes et comme le chemin de quads est très invitant, c’est facile de poursuivre dessus sans se casser la tête.

Je songe à ça en remontant péniblement la pente que je viens de descendre d’un pas si léger. Je scrute l’obscurité des yeux, à l’affût d’une lumière indiquant l’arrivée imminente d’un poursuivant. Rien. Pourtant, quand j’ai quitté le ravito P5 (kilomètre 95) plus tôt, quelqu’un arrivait. Bizarre.

Dire que je comptais sur cette section pour, peut-être, reprendre du terrain… Car, pour une raison que j’ignore, je suis en quatrième position. Malgré le fait que depuis le début de la course, j’ai l’impression de ne pas avancer, même dans les (rares) sections roulantes où mes jambes me réclament des repos. Repos que je leur accorde parfois.

Que dire des sections techniques ?  Pathétique. J’ai atteint les bas-fonds dans la descente qui suit la désormais célèbre montée Lieutenant Dan. La pente y est très abrupte et la pluie qui nous est tombée dessus pendant quelques heures l’a rendue quasi-impraticable… si on avait évolué à la lumière du jour. Imaginez de nuit…

Glissant, vous dites ?  L’enfer (en supposant que l’enfer puisse être glissant). Une première fois, j’ai perdu pied et me suis retrouvé sur mon postérieur. J’ai laissé échapper quelques jurons, puis suis reparti. Quelques mètres plus bas, à la vue d’un autre mur semblable, j’ai décidé de le descendre sur les fesses. Comme ça, je serais safe, non ?

Nope. Mes deux pieds ont perdu prise simultanément et je me suis mis à glisser sur le dos comme si j’étais en crazy carpet. J’ai tenté de m’agripper de mon mieux avec mes mains, rien à faire, pas moyen de m’arrêter. L’image qui me traversa l’esprit à ce moment ?  Celle que j’allais finir ma descente le coccyx bien étampé sur une roche. Ou avec une jambe de chaque côté d’un arbre.

Rien de tout ça ne s’est produit et après m’être arrêté sans savoir comment, j’ai crié, non, j’ai hurlé ma frustration. Je vous épargne le chapelet de mots religieux qui est sorti de ma bouche. Je me demande s’ils m’ont entendu au ravito, un peu plus bas…

Aussitôt, j’ai pensé à Stéphane. Ha Stéphane, le métronome. Au départ, il était parmi ceux qui faisaient que je n’avais pas trop d’illusions à propos de mes chances de répéter mon « exploit » de terminer deuxième comme en 2014. Déjà, Florent faisait bande à part. Ajoutez Pierre, qui m’avait mis presque 4 heures à Massanutten. Bruno, deuxième l’an passé, avait la réputation lui aussi d’être un métronome. Sans compter Louis, et tous les autres au pedigree impressionnant. Et évidemment Stéphane, qui m’avait devancé lors de des dernières courses que nous avions faites ensemble, le Vermont et Massanutten. Comme Bromont se trouve à être un « hybride » entre ces deux-là, ben…

Il était parti fort et bien que je l’avais rejoint à la fin de la première montée de la Lieutenant Dan après environ 12 kilomètres, il m’avait ensuite déposé sur place et je ne l’avais revu qu’à la mi-parcours, alors qu’il se préparait pour la nuit. Profitant du fait que j’ai une équipe de support (mon indestructible papa) pour faire un arrêt court, j’avais réussi à repartir pas trop loin derrière et espérais, encore une fois, le rejoindre dans la Lieutenant Dan.

Mais dans la longue descente juste avant, son cri avait déchiré la nuit. Nous descendions une pente de ski pas trop difficile, il était en contre-bas. Arrivé à sa hauteur, il m’a appris la mauvaise nouvelle : il s’était retourné une cheville. Et d’aplomb à part ça. Il a essayé de poursuivre, mais rien à faire, il peinait juste à marcher. Il m’a dit de continuer, que ça allait bien mes affaires, de ne pas perdre de temps. Il allait s’arrêter au prochain ravito.

Du coup, je me retrouvais en troisième position. Je n’aime vraiment pas gagner des places de cette manière, particulièrement quand c’est un ami qui en fait les frais. Et puis merde, le prochain ravito était sans bénévole, il n’y aurait personne pour l’aider. Et pas question pour lui de se taper la Lieutenant Dan et la descente qui suit dans de telles conditions. Que faire ?

J’ai poursuivi la descente à la marche et empoigné mon cellulaire. Mon père était probablement déjà rendu au P5, il pourrait demander aux bénévoles d’envoyer quelqu’un prendre Stéphane. Pendant que je faisais ça, Ian, un très fort jeunot (je lui concède un « passif » de 20 ans) qui en était à son premier 100 miles, m’a dépassé. Je m’en balançais royalement, la sécurité passant bien avant ma course.

Une fois que j’ai eu la certitude qu’un lift se pointerait le nez, j’ai voulu m’assurer que Stéphane soit mis au courant de ma démarche. S’il avait fallu qu’il poursuive son chemin avant l’arrivée de l’aide…

J’ai donc attendu au ravito. Au bout de 5 minutes, inquiet, je suis reparti en sens inverse, l’appelant en criant dans la nuit. Finalement, nous sommes parvenus à communiquer et, la conscience tranquille, j’ai pu reprendre la course.

Je sors de mes pensées en apercevant l’endroit où je me suis fourvoyé. Il faudrait bien que je tâche de demeurer l’œil ouvert, au moins pour ce qui reste de la nuit. Ma Suunto m’indiquera que je me suis rallongé d’environ 800 mètres. Comme si le parcours n’était déjà pas assez long comme ça…

C’est frustrant parce que je devrais normalement être avantagé ici. En effet, dans ma tête, le parcours de ce Bromont Ultra se divise en quatre parties majeures. La première, qui fait 15 kilomètres, est très difficile et technique avec ses trois longues montées et ses descentes se faisant en bonne partie dans du single track, question de les rendre encore plus difficiles. D’ailleurs, nous avons dû partager les sentiers avec les vélos montagne du Raid, en début de course. Expérience pas tellement plaisante parce que contrairement à ce que j’avais vécu au Vermont 50, les gens qui chevauchaient une monture étaient loin d’être respectueux et n’annonçaient pas leurs couleurs quand ils fonçaient sur nous à vive allure. En plus, il n’y en a pas un sacrament qui a eu la gentillesse de me remercier de lui avoir laissé le passage. J’étais très heureux de ne plus les revoir après être passé pour la première fois à P5 (kilomètre 15).

Ensuite, partie plus facile qui commence par du terrain presque plat sur 8 kilomètres, puis enchaîne avec l’érablière du mont des Pins (où je me trouve), la section de route qui passe par Chez Bob (kilomètres 32 et 112) et se termine au lac Bromont (kilomètres 41 et 121). Les 5 kilomètres qui nous amènent à P7 (kilomètres 46 et 126) m’avantagent également car peu techniques en partant, ils se terminent par une montée très abrupte. C’est sur ces 31 kilomètres que je devrais faire un move et au lieu de ça, je m’amuse à m’égarer dans les bois.

La troisième partie fait 19 kilomètres, entre P7 et le lac Gale (kilomètres 65 et 145). Très difficile, elle est également très lente parce qu’après une longue montée, suit une interminable section composée d’une quantité infinie de lacets techniques. Avec mon agilité légendaire, je vous laisse deviner comment je m’en tire. J’y ai définitivement perdu Bruno de vue lors du premier passage et Ian n’est pas demeuré en reste. Pas l’endroit idéal pour compter les rejoindre, mettons.

Toutefois, autour du 60e kilomètre, après m’être fait shifter par deux jeunes femmes (non, je dirai pas qu’elles étaient jolies, non, je ne le dirai pas) qui faisaient le relais, j’ai commencé à apercevoir un gars qui avançait lentement, plus lentement que moi en tout cas. Son allure générale ne laissait aucun doute : c’était un coureur du 160k. Il s’agissait de celui qui avait tenté de s’accrocher à Florent. Mal lui en prit, il s’était épuisé et voilà, je fondais sur lui. Autant je n’apprécie guère reprendre un coureur blessé (même si je sais bien que ça fait partie du jeu), autant dépasser quelqu’un qui a fait une erreur de gestion de course me satisfait. Je lui ai bien glissé quelques mots d’encouragement au passage, mais dans mon for intérieur, je n’ai pu réprimer un « Tiens toé !!! ».

La quatrième et dernière partie, ce sont 15 kilomètres relativement faciles entre le lac Gale et la mi-parcours/arrivée (kilomètres 80 et 160) avec au passage, une boucle de 6 kilomètres dans les spaghettis du mont Oak.

Partie facile, oui, mais j’y ai tout de même vécu une bonne baisse de régime lors de ma première boucle. Le classique blues de l’avant mi-parcours, quand la fatigue s’installe bien comme il faut alors que la moitié du chemin n’est même pas encore franchie. J’avoue avoir douté de terminer alors que je grimpais le mont Gale. La journée s’achevait, la pluie tombait depuis un bon moment, la nuit s’annonçait froide. Ouais… Il me semble que 80 kilomètres aujourd’hui, ça aurait été suffisant.

Surtout que des crampes ont commencé à se manifester sur la route menant au camp de base. 73 kilomètres, déjà des crampes. Ça augurait bien pour la suite…

Comme par miracle, les crampes ont disparu et la section-spaghetti a bien passé. À la pesée de la mi-parcours, j’ai fait osciller la balance à 144 livres, soit 4 livres de déficit par rapport au départ. « Tu te sens bien ? » de me demander la si gentille Guylaine, responsable de tout ce qui a trait au médical. Heu… oui, en autant qu’on peut se sentir bien après avoir couru 80 kilomètres. Comme elle sait que je suis un coureur d’expérience, je n’ai pas senti le besoin de lui cacher mes troubles de crampes, lui glissant que c’était probablement causé par un léger déficit au niveau de l’hydratation (confirmé par la perte de poids ). Elle n’en a pas fait de cas et m’a demandé : « Tu repars ? ». De quessé ?  Ben sûr que j’allais repartir, j’en étais juste rendu à la moitié !

Tout ça me semble bien loin alors que je reprends le « droit chemin » en direction de Chez Bob (kilomètre 112). Je passe assez rapidement devant le ruban qui m’a barré le chemin un peu plus tôt, puis poursuis ma route, satisfait de ma décision de suivre les règles. Le sol est gorgé d’eau et la faible lueur de ma frontale ne me permet pas de voir clairement les endroits plus « potables » où je pourrais passer. Ce qui fait que j’enfile les trous de boue les uns après les autres. Vivement le ravito pour que je puisse changer de souliers.

La route, enfin ! Toujours personne derrière et évidemment, personne devant. Je suis seul. Quand je me présente chez Bob, c’est l’accueil royal : tout le monde est après moi, m’offre de la soupe, des boissons chaudes, etc. Toutefois, une seule chose m’importe : mes maudits souliers !

Depuis le départ, je porte le dernier venu de la grande famille Skechers, le Gotrail Ultra à semelle (plus) mince. Je n’ai absolument rien à leur reprocher, bien au contraire, ils sont même excellents dans de telles conditions. Mais bon, la pluie ayant fait son œuvre, je dois maintenant me résoudre à faire appel au modèle plus heavy duty pour le reste de la course.

Avant toute chose, dernière pesée qui donne un résultat… nébuleux. Les balances utilisées sont du type que ma grand-mère avait dans sa salle de bain avait jadis. Vous savez, le genre de machin qui se dérègle à chaque fois que quelqu’un embarque dessus ?  D’ailleurs, avant de monter, j’avertis les bénévoles qu’il y a un offset de 10 livres sur celle-là. Et c’est avec ça qu’ils comptent surveiller les coureurs ?

Bon, retour à mes pieds. Comme c’est souvent le cas en ultra, j’en profite pour m’asseoir pour une première fois depuis le départ. Ho, que la levée du corps va être pénible… Juste enlever les souliers demande un effort considérable (il faut quand même que je me rende à mes pieds, déjà que ça tient de l’exploit en temps normal…). Je constate les dégâts. Tiens, c’est bizarre : une seule ampoule, tout autour de l’ongle du troisième orteil du pied droit. J’ai eu ça une fois dans ma vie, ici même en 2014. Faut croire que c’est le parcours qui me fait cet effet-là. Vraiment bizarre…

Je n’ai pas encore terminé de me changer que Xavier se pointe dans le garage où nous sommes tous à l’abri. Bout de viarge, il arrive d’où ?  Je termine de me préparer en vitesse et retourne à l’extérieur question d’essayer de le distancer un peu. Je ne le reverrai plus.

À suire…

The North Face Endurance Challenge, D.C.: la dernière boucle et le retour

Great Falls III (mile 29.1) à Great Falls IV (mile 36.0): la troisième boucle

On nous avait dit que le parcours serait à l’ombre. Léger détail cependant : cette évaluation a probablement été faite durant l’été. Or, nous sommes au début du printemps, alors on ne peut pas dire qu’il y a beaucoup de feuilles dans les arbres ! Donc côté ombre, bof… D’ailleurs, moi qui ne mets jamais de lotion solaire, je remarque que mes bras commencent à prendre une teinte rougeâtre. Vais-je me lamenter cette nuit ?

Bon, j’en entends s’étonner : « Quoi, il ne met pas de lotion solaire ?!? ». Hé non. Malgré l’amincissement de la couche d’ozone, ma peau ne brûle que très rarement, alors je n’en vois pas l’utilité. Ce qui explique que j’ai le teint basané à longueur d’année, au point où je ne passe pas un hiver sans me faire demander si je reviens d’un voyage dans le sud. Il est même déjà arrivé qu’un collègue de travail refuse de croire que je n’étais pas allé me faire dorer au soleil au cours des semaines précédentes. Une autre, qui est devenue une de mes meilleures amies par la suite, m’a un jour avoué que la première fois qu’elle m’a rencontré, elle a cru que j’étais du genre à passer mon temps dans les salons de bronzage ! C’est pour dire… Pour la petite histoire, je ne porte jamais de verres fumés non plus. Ça m’emmerde, ces bidules-là et je me dis qu’un iris, ça doit servir à quelque chose, non ?  Donc, si je meurs aveugle et d’un cancer de la peau, ne vous demandez pas pourquoi !

Revenons à nos moutons…

Heureusement, la très longue montée (que plus personne ne court, je tiens à le préciser) se fait dans une partie plus fraiche du parc. Non, je ne sais pas comment ça se fait, mais c’est comme ça ! Une fois dans le sentier, je croise à nouveau mes deux adorables schnauzers. « It’s you again !!! » que je leur lance. Je reçois des aboiements en guise de réponse (les schnauzers ont une légère tendance à être bavards…). Je réussis à caresser le plus brave des deux, échange quelques mots avec les propriétaires, puis me remets en route.

Malgré ce petit intermède joyeux, je sens que je n’avance plus : je suis dans une mauvaise passe. Sentant mon estomac plein, j’ai fait l’erreur de négliger mon apport en gels. J’essaie donc de compenser, en espérant que ça se replace.

Troisième et dernier passage au premier demi-tour. J’avoue que je commence en avoir ras le pompon de ces allers-retours, vivement que ça finisse. Un « tour » de plus et je faisais une demande d’amitié Facebook à la bénévole au sharpie.

À Old Dominion, l’enthousiaste bénévole réussit l’exploit de monter son entrain d’une coche quand il gueule à tout le monde d’ici jusqu’au Capitole que j’en suis à mon dernier passage. La coureuse à côté de moi me demande alors : « Is it really your third pass ? ». Oui madame, et je ne m’en taperai certainement pas un autre !  Au moins, j’aurai réussi à impressionner quelqu’un aujourd’hui…  🙂

Après être passé à côté de la « All American Girl » une dernière fois (elle a perdu son sourire et est maintenant toute « éjarrée » sur sa chaise), j’attaque à fond la caisse la partie technique. Je vole littéralement, laisse sur place plusieurs coureurs. Ça va super bien, ça roule mes affaires, le gel ayant réussi des miracles. En fait, ça va tellement bien que je néglige une racine et en moins de deux, je me retrouve face contre terre.

« Man, are you all right ?» me demande celui que je viens de dépasser. Oui, oui, ça va. J’ai eu la chance de tomber sur de la terre et non des roches. Sauf que j’HAÏS planter après plus de 50 km de course. C’est si dur de se relever… Et pas question que celui qui m’a demandé si ça allait m’aide à me relever, évidemment. Il est reparti devant sans demander son reste. Tu ne perds rien pour attendre, toi…

Je le rejoindrai avant le dernier demi-tour et le laisserai dans mon sillage. Tiens toi !

Sur le chemin me ramenant à Great Falls, j’ai un premier accrochage avec des passants. Alors que le chemin est assez large pour accommoder bien du monde, un troupeau de promeneurs viennent à ma rencontre à 3-4 personnes de large alors que je m’apprête à dépasser une coureuse beaucoup plus lente. Ils s’écartent à peine pour la laisser passer, alors pas de place pour moi. Je m’impatiente et finit par lâcher : « Tassez-vous donc, TABAR… ! ».

Ouais, je commence à être fatigué, je pense…

Great Falls IV (mile 36.0) à Carwood (mile 40.8)

Mes trois boucles sont terminées, ne me reste plus qu’à retourner au départ. À Great Falls, c’est ma dernière chance d’avoir accès à mon drop bag. Comme je m’en doutais, je décide de ne rien changer. Je serais peut-être plus confortable avec mes Montrail, mais le temps perdu pour faire le changement ne pourrait être rattrapé, alors je reste comme je suis.

Sur l’ardoise, il est indiqué que j’en suis rendu à 36.0 miles. Ok, plus que 14, soit un peu plus de 22 kilomètres. Ha, à peine un demi-marathon. 1h30 et ce sera fini !

Je ris intérieurement. Ça ne se passera évidemment pas comme ça. Mais j’ai 5h46 au chrono, alors les 8 heures demeurent dans le domaine du possible.

Je ne sais pas si j’ai mal fait sortir l’air de mon sac d’hydratation, mais toujours est-il que ma mixture de GU Brew n’est pas trop discrète. C’est tout de même pratique pour avertir quand j’approche d’un coureur plus lent (j’en rattraperai beaucoup qui font le 50k). C’est par ce moyen de communication que les deux jeunots qui faisaient la course ensemble sont mis au parfum ce ma présence. La détresse que je lis dans le regard du petit criss d’arrogant à lunettes quand il se retourne pour me voir arriver vaut à elle seule le prix d’entrée. Pis mon jeune, ce n’est pas aussi facile que tantôt ?  Fatigué, peut-être ?  Ça te fait quoi de te faire dépasser par un pépère maigrichon ?  Son style est quelconque, mais tu dois avouer que le bonhomme est plus tough que toi, hein ? N’oublie jamais: « Quebecers are fucking tough ». Mets ça dans ta pipe !

Peu après, les gros obstacles se présentent. Une montée en particulier est très abrupte, me rappelant même Bromont par bouts. Ça commence à être pénible, mais on dirait que ça l’est moins pour moi que pour les autres, car je réussis à rejoindre et dépasser du monde.  Malheureusement, pas beaucoup de participants du 50 miles

Il y en a un qui me dépasse par contre : le meneur du marathon qui passe comme une balle. Il gambade littéralement, sautillant d’un obstacle à l’autre sans ralentir. Il est d’une agilité à couper le souffle, agilité que je n’aurai jamais, et surtout pas avec 6 heures de course dans les jambes. Il sera suivi quelques  minutes plus tard par la première femme du marathon. Une autre qui vient d’une planète dont j’ignorais l’existence…

Carwood (mile 40.8) à Fraiser (mile 43.5)

À Carwood, la fatigue est bien installée. La chaleur et les heures de course font leur effet. Je m’asperge d’eau comme je peux et surtout, remplis mon sac une dernière fois. Je devrai boire beaucoup si je ne veux pas tomber.

C’est là que commence réellement l’interminable retour. Un long single track super beau, mais bon, quand il fait chaud et qu’on est brûlé, on a hâte que ça finisse. Et ça ne finit plus… J’espérais que le Potomac que nous longeons nous apporte un peu de fraicheur, mais non, rien.

Voilà, c’est fait, la souffrance s’est bien installée. Est-elle mentale ou physique ?  Je ne sais plus trop. Plusieurs marchent, je parviens à tenir le coup en ne sachant pas trop comment. À chaque fois que je reprends un coureur, il me lance un « Great job ! » au passage. Great job, ouais…  Si tu savais à quel point je souffre !  Et pourtant, je continue, encore et toujours. C’est dur.

Fraiser (mile 43.5) à Sugarland (mile 49.2)

Peu de temps après la station, j’arrive au ruisseau. Yes !  Je plonge littéralement dedans… ou presque. À quatre pattes par terre, je m’asperge joyeusement un peu partout. Puis, sachant fort bien que c’est la tête qui a le plus d’influence sur comment on se sent, je l’enfonce carrément dans l’eau. Haaaaaaa…

Les coureurs (et particulièrement les coureuses) du 50k admirent la scène de loin, un large sourire leur fendant le visage. Vous devriez essayer, vous verrez bien qui vous dépassera tantôt…

Je suis revigoré. À nouveau, je dévore le sentier. Comme prévu, je rejoins plusieurs personnes du 50k et les dépasse facilement. Puis, peu à peu, la chaleur reprend ses droits. C’est le retour graduel vers l’enfer. Je vérifie mon GPS à tous les 300 mètres, c’est pathétique. J’ai chaud, je n’en peux plus.

La vue du terrain de golf me réjouit un peu : le dernier ravito est proche. Je me permets même de blaguer avec une concurrente à propos du fait qu’on devrait jouer au golf au lieu de se taper un ultra dans une telle fournaise. J’aimais ça, le golf, pourquoi je ne joue plus, donc ?

Finalement, Sugarland, dernière station. À ma Garmin, il y a un peu moins de 77 km d’indiqués. Ok, ce sera à peu près 80 km, les 8 heures sont encore dans le domaine du possible.

Puis, c’est le coup de poing à l’estomac : le bénévole m’informe que je dois faire la loop de 2.2 miles avant de me rendre vers l’arrivée, 1.7 mile plus loin.

WHAT ?!?

Comme dans: « What the fuck ?!? ». Je n’arrive pas à y croire. J’avais bien lu que le parcours faisait 50.9 miles, mais on aurait dit que mon ordinateur mental avait chassé cette donnée. Et comme habituellement le GPS est optimiste (surtout que je m’étais perdu, donc allongé de quelques centaines de mètres), j’aurais dû savoir. Mais j’avais bloqué cette information, comme si en voulant que ça finisse plus vite, ça finirait effectivement plus vite.

Je suis complètement découragé. En plus, tous ceux du 50k que j’ai dépassés n’ont pas à se taper la foutue loop et ils passent tout droit. Je suis en beau fusil. Puis, je vois madame Clark sortir de la loop et me fais une raison : je vais devoir me la taper aussi, que ça me le tente ou non.

Je m’élance donc à contre-cœur sur le petit chemin asphalté. Je croise plein de coureurs du relais marathon, tout pimpants. Certains me dépassent en passant comme des flèches, question de me faire sentir encore plus misérable. I can’t wait for this fucking thing to be over

Je me permettrai de marcher en guise de pause-pipi dans la partie la plus éloignée (et en boucle) de cet aller-retour tellement j’en ai plein les baskets. Et pour la petite histoire, je taperai les 80 kilomètres en 8h01. Si je ne m’étais pas entêté à Sugarland et si je n’avais pas pris du temps pour caresser les chiens, j’aurais fait sous les 8 heures sur 80 km, mais rendu à ce point, je m’en balance complètement.

Après une éternité, je suis enfin de retour à Surgarland. Pour la dernière fois.

Sugarland (mile 49.2) à l’arrivée (mile 50.9)

Cette dernière section est, ho surprise, une pure torture. Par contre, le fait de partager à nouveau le parcours avec les coureurs du 50 km m’encourage car chacun d’eux constitue une cible pour moi : à chaque fois que j’en rejoins un, je me concentre sur le prochain. En serrant les dents.

Ça peut paraitre surprenant, mais les crampes se sont tenues à carreau en cette fin de course. Je me serais attendu à être terrassé à tout moment, mais non. Ha, certaines semblent vouloir se profiler, mais rien de sérieux.

Finalement, j’arrive dans le parc. Et au loin, l’arrivée. J’entends l’annonceur crier mon nom, dans quelques secondes, ce sera fini.

Après 8 heures, 18 minutes et 28 secondes, je traverse la ligne, sous les applaudissements. Enfin…

Xtrail Asics Orford: le wrap-up

Comme c’est maintenant devenu la tradition, je vous propose aujourd’hui un dernier petit wrap-up sur la dernière compétition à laquelle j’ai pris part, le Xtrail Asics Orford.

Sur le site de l’événement, il est annoncé que cette course est la plus grosse course en sentiers au pays, réunissant un total 2200 coureurs. Aussi, on nous dit qu’elle a été votée comme étant une des 10 plus belles courses à faire au pays. Bref, à ne pas manquer.

À plusieurs égards, c’est tout à fait vrai. Le site du Mont Orford est vraiment magnifique et les vues qu’on a à partir du sommet valent à elles seules le déplacement. L’organisation est très bien rodée, les bénévoles sont nombreux et enthousiastes. Aussi, pour une course en sentiers, c’est le paradis des spectateurs car ils peuvent emprunter le remonte-pente pour se rendre au sommet assister à la fin de l’ascension de la montagne par les coureurs. Le fait d’avoir des spectateurs en haut complètement a certainement aidé la motivation de certains. Bien évidemment, si des spectateurs décidaient d’assister au passage de leur coureur au sommet, il leur était impossible d’assister à son arrivée à la base de la montagne. On ne peut pas tout avoir.

Je ne peux pas parler pour les autres parcours, mais en ce qui concerne les sentiers empruntés par le 11.5 km, ils étaient dans un très bon état. Il y a seulement des bouts dans la dernière descente qui avaient plus souffert, probablement parce que beaucoup de coureurs étaient déjà passés par là. Mais pour le reste, rien à redire.

En ce qui concerne la difficulté du parcours, elle était au rendez-vous. Après une première partie rappelant le mont St-Bruno, la deuxième représentait tout un défi. La montée et la descente du mont Orford, c’est quelque chose. En plus, le tout n’était pas très technique, ce qui me plait particulièrement, n’étant vraiment pas habile pour “danser” dans les roches et les racines.

Toutefois, et vous l’aurez deviné, il y avait un gros problème dans tout ça. Peut-être que je n’étais pas dans la bonne course. En effet, si je n’avais pas été là pour accompagner mes amis, j’aurais fait le 20  km cross-country ou le 23 km en sentiers. Aussi, nous sommes partis dans la deuxième vague du 11.5 km alors que mon niveau me situe définitivement dans la première vague. Toujours est-il que le fait d’avoir à attendre que les autres coureurs avancent dans les sections “plus étroites” de la montée (c’est ainsi que c’est décrit sur le site de l’événement) m’a beaucoup dérangé. Je me sentais comme quand je dois conduire sur une route secondaire sinueuse et que l’auto à l’avant d’une longue filée roule à 60 km/h. C’était frustrant.

Daniel et Sylvain m’ont dit qu’ils en avaient profité pour se reposer et ça ne les avait pas dérangés. Sauf que ces sections avaient un effet “nivellement par le bas”. En effet, il fallait avancer au rythme du plus lent, un point c’est tout. Sur une course très longue, c’est bien correct. Mais sur à peine plus de 10 km ?  Et à voir le nombre de personnes que nous étions à attendre notre tour, j’imagine difficilement que ça pouvait se passer beaucoup mieux dans la première vague.

Je dirais donc que cette épreuve de 11.5 km constitue une excellente initiation à la course en sentiers et à voir le nombre impressionnant de gens qui y participaient (presque 1000 !), je crois que ce but est atteint. Par contre, malgré les départs par vagues, ce nombre est trop élevé pour la capacité des sentiers, ce qui fait je ne la recommanderais pas à quelqu’un de niveau plus avancé qui devrait plutôt se tourner vers une  des deux épreuves plus longues pour éviter les frustrations.

Dans un autre ordre d’idées, cette course m’a fait réaliser quelque chose. La boucle que formaient la montée et la descente du mont Orford, qui faisait environ 6 km au total, ne doit pas être tellement différente de la “Alpine Loop” de Virgil Crest. J’ai vérifié et cette boucle-là, qui doit être effectuée 4 fois dans le cadre du 100 milles, présente un dénivelé moins important que son équivalente à Orford. Or, c’est la pièce de résistance de cette course. Comme je me débrouille très bien dans ce genre d’effort, je me dis que finalement, Virgil Crest, c’est peut-être dans mes cordes. Ça risquerait de chambouler mon calendrier de courses pour l’an prochain…  🙂

En terminant, les photos de cette belle journée entre amis étant maintenant disponibles, en voici quelques unes. Les deux premières ont été prises avant de débuter la grande montée.

Sylvain2

Sylvain accompagné de son chaperon

Daniel2

Notre ami Daniel à l’effort

Puis, dans la partie technique de la descente…

Sylvain1

Admirez l’élégance !

Fred1

Pourri en descente + problèmes aux genoux = …

Daniel1

Le Daniel Paré de Varennes dans son habitat naturel

Xtrail Asics Orford: la montagne

En regardant vers le haut, je me suis rendu compte de l’ampleur de la tâche qui attendait mes amis. Le serpent multicolore que formaient les gens qui montaient les lacets de la montagne semblait s’allonger à l’infini. Et le pente avoisinait probablement les 20-25% côté inclinaison à certains endroits. Ouch !  Sylvain s’est tout de suite mis en mode power hiking et nous avons amorcé la montée. Tout autour de nous, ça soufflait. Ça soufflait très fort. Certains utilisaient déjà leurs mains pour appuyer sur leurs genoux afin de les aider à monter. Ça me faisait bizarre parce que le rythme auquel nous avancions m’était très confortable, au point de pouvoir respirer seulement par le nez. J’en profitais pour admirer le paysage, me retourner pour essayer de voir Daniel. À un moment donné, sentant que mon soulier un peu “lousse”, j’ai piqué une petite accélération question de prendre un peu d’avance avant de m’installer pour resserrer les lacets. Ceci m’a valu un gentil char de bêtises de la part de Sylvain quand il m’a rejoint. 🙂

Arriva ensuite une section de single track technique et la mauvaise surprise: embouteillage. C’était quoi cette affaire-là ?  Ça n’avançait tout simplement plus, chaque centimètre de sentier étant occupé. On pouvait toujours essayer de dépasser un ou deux coureurs de temps en temps, mais ça ne donnait vraiment pas grand chose car c’était aussi jammé que l’autoroute Décarie à 7h30 un lundi matin.

Ben voyons, c’était une course, oui ou merde ? Rester immobile à attendre que les autres avancent pendant une course ?  Ridicule.

Heureusement, ce n’était pas trop long. On dirait même que ça m’a plus dérangé que ça a dérangé Sylvain. Nous avons repris l’ascension, longue et toujours très abrupte. Ouais, je vous dis que c’est de la montée !  Côte de l’enfer à St-DonatMont Grand-Fonds à La Malbaie ?  Ils peuvent aller se rhabiller. C’était  la montée la plus difficile que j’avais faite en course. Heureusement, le sol était bien sec.

Puis, une autre foutue section de single track. Encore plus abrupte. Il fallait maintenant prendre appui sur les roches et sur les arbres pour grimper. Et c’était encore l’embouteillage. Merde, ce que ça peut être gossant !  Tout au long de cette section, Sylvain a réussi à se faufiler, de sorte qu’il y avait une vingtaine de personnes en lui et moi. À un certain point, un spectateur/bénévole nous encourageait: “Vous êtes rendus aux trois quarts de la montée”. S’il avait dit que le dernier quart se faisait en single track, je lui arrachais la tête…

Finalement non (et pour le single track, et pour la tête). À mon grand bonheur, nous sommes retombés sur le chemin utilisé par la machinerie et j’ai pu rejoindre Sylvain. Il semblait bien aller. Nous avons poursuivi, sans trop jaser. Mais suite à cette autre section à ne pas avancer, je commençais en me sentir refroidir. En plus, j’ai eu envie de voir ce que ça donnerait si je faisais la montée à mon rythme, alors je suis parti.

Je me suis mis à zigzaguer au travers des gens, sentant mon coeur qui commençait à pomper. Ha, ça faisait du bien ! À l’approche du sommet, les bénévoles et spectateurs me félicitaient pour ma cadence. Heu… Arrivé en haut, j’ai attendu Sylvain. Il m’a rejoint après 2-3 minutes, toujours à un rythme constant. Coup d’oeil vers le bas, toujours pas de Daniel en vue.

J’ai demandé à Sylvain comment il allait: très bien. Ses bobos se tenaient à carreau et il ne s’était pas vidé dans la montée. Good. La semaine dernière, suite à notre sortie au mont St-Hilaire, il nous avait dit qu’il prendrait une pause au sommet pour admirer le paysage (qui était à couper le souffle, soit dit en passant), mais il ne s’est pas arrêté. Dès que la pente s’est mise à redescendre, il a recommencé à courir.

Je m’attendais à une réplique de la montagne Noire du Harricana comme descente. C’était à peu près ça. Heureusement, Sylvain est aussi prudent que je le suis devenu par la force des choses, alors je ne me suis pas fait larguer. Arriva une section plus technique et boueuse. Welcome to the swamp ! Ha hiiiii !  Au milieu de cette section, alors que Sylvain poursuivait sa descente, j’ai croisé Éric Turgeon qui remontait la pente. Non mesdames, il n’était pas torse nu…

Je lui ai demandé s’il était blessé, il m’a répondu que non, qu’il avait terminé (il faisait le 23 km). Il a ajouté que le field était très fort car il avait terminé en 6e position (soit la même qu’à Bear Mountain !) malgré le fait qu’il avait couru tout le long de la course (!) et que David Le Porho n’était pas là. Ces gars-là courent même dans ces pentes de fous ?  Ils pratiquent définitivement un sport avec lequel je ne suis pas familier. À ce moment, il faisait le chemin en sens inverse pour aller retrouver sa blonde qui faisait le 11.5 km. Je l’ai félicité pour sa course et suis reparti.

Sylvain avait pris pas mal d’avance pendant que je faisais du social, mais heureusement, il y avait une petite montée à la sortie de la section technique, ce qui m’a permis de le rejoindre. Le reste, c’était de la descente pure avec au passage, quelques trous de bouette juste pour nous rappeler que nous faisions de la course en sentiers. Nous nous sommes suivis durant toute la descente de la montagne et tradition oblige, il a terminé devant moi.

C’est vrai: à chaque fois que j’ai accompagné quelqu’un dans une course, la personne a terminé devant moi et ce, sans que je fasse exprès. Avec Maryse au Lac Brome, nous avons fini en nous tenant par la taille et sa puce a traversé la ligne avant la mienne. Au demi-marathon de Magog l’an passé, mon (autre) ami Sylvain était parti dans un sprint déchaîné que je n’avais pas pu égaler. Cette fois-ci, je ne voulais pas me scrapper les genoux… ni me casser la marboulette. Ça fait que j’ai terminé 2 secondes derrière, en 1:26:06.

Après les félicitations à mon chum qui venait de terminer sa plus longue course en “carrière”, on nous a remis nos médailles. À la préposée qui nous félicitait en parlant de la difficulté de la montagne, Sylvain a répondu que c’était plus difficile au mont St-Hilaire qu’ici. Hein ?  De quessé ?  La bénévole ne semblait pas trop le croire elle non plus. Puis il a précisé qu’au niveau technique, Orford, ce n’était pas tellement compliqué. Effectivement  (dans la partie qu’on a vue en tout cas; on n’avait pas fait le sentier des Crêtes). Mais le mont St-Hilaire non plus à certains endroits. Et c’est définitivement moins haut qu’ici !

Alors que normalement, nous aurions dû sortir de l’aire d’arrivée, nous étions pris dans notre troisième embouteillage de la journée. C’était la première fois que je voyais ça dans une course en trail, on se serait crus au Marathon de Montréal du temps de l’arrivée au Stade. Pourquoi ça n’avançait pas, donc ?

Bah, ça nous a permis de surveiller si Daniel arrivait. Rapidement, tout en haut, j’ai aperçu un kangourou avec un t-shirt bleu qui dévalait la pente: il ne courait pas, il sautait. Ça ne pouvait pas être quelqu’un d’autre que lui. Je me suis dit qu’à descendre comme ça, il aurait définitivement les quads détruits avant même d’être rendu au quart d’un ultra…  Il a traversé la ligne en volant littéralement, peinant à s’arrêter pour recevoir sa médaille. Sapré Daniel ! Au final, un très bon temps de 1:28:13.

Mes deux comparses avaient l’air très heureux de leur expérience. En tout cas, moi je l’étais. Après les étirements et le changement de vêtements, nous nous sommes dirigés au chalet pour le repas fourni avec l’inscription. Pendant que Daniel retournait à son auto pour récupérer son dossard, je suis tombé sur Pat qui était venu pour faire du bénévolat. Encore du placotage à mettre à jour.

Je pouvais enfin lui remettre la AK Vest qu’il m’avait prêtée… en juin !  Il m’a tout de suite remercié (heu Pat, c’est moi qui te l’avais empruntée, tu n’avais pas à me remercier parce que je te la rendais !) puis on s’est mis à jaser bobos et prochaines courses. Il m’a appris qu’il s’était inscrit à la loterie pour le Hardrock. J’étais un peu mêlé dans les courses, puis j’ai allumé: le Hardrock, c’est la course de fous dans les Rocheuses du Colorado !  Une affaire complètement débile: 100 milles avec 34000 pieds de dénivelés (en plus ET en moins), en altitude. Temps limite: 48 heures. Pour avoir le droit de s’y inscrire, il faut s’être qualifié en complétant au moins une des courses se retrouvant sur la liste qu’on retrouve à la fin de cette page. Imaginez, le Vermont 100 n’en fait même pas partie… Pat, grâce à son Massanutten, est éligible.

Quand je lui ai fait la remarque qu’il ne pourrait pas faire cette course-là et le Vermont 100 la même année (elles se déroulent deux semaines consécutives), il m’a fait un clin d’oeil avec un sourire en coin et lancé: “Peut-être…”.

Et il y en a pour dire que je suis fou ?  😉   Le pire, c’est que je l’envie !