Massanutten, avant la bête

J’entends au loin la voix de Joan, qui s’est emparé du micro pour annoncer mon arrivée en français. Les derniers hectomètres du parcours du Massanutten Mountain Trail 100 étant arrangés pour que les gens qui attendent les coureurs à partir de la tente du quartier général de la course puissent les voir arriver, mon apparition dans la clairière a créé une mini-commotion chez mes amis québécois.

Je souris. Voilà, c’est fait. Tous ces traitements que j’ai subis. Tous ces exercices qu’on m’a prescrits et que j’ai faits, religieusement. Et tous ces étirements… Deux fois par jour, tous les jours. Tout ça pour ce moment. Pour être là, pour pouvoir le vivre, encore une fois.

Profites-en vieux, tu l’as mérité.

Récit d’une course pas comme les autres.

***

(** BLASPHÊME À TROIS SYLLABES **)  !!!

Bien que j’ai bel et bien laissé sortir le gros mot préféré des Québécois à maintes reprises depuis le départ, il ne provient pas de ma bouche cette fois-ci. En fait, il me surprend un peu puisque je n’aurais pas pensé qu’il puisse être lâché avec un tel naturel par Joan, mon compagnon de course. Un « beau » sacre en bonne et due forme, prononcé sans la moindre teinte d’accent français, quelque part dans l’infernale section de roches qui relie les stations Gap Creek I (mile 69.6) et Visitor Center (mile 78.1).

Sa présence à mes côtés à ce moment de la course est également surprenante. Surtout qu’il avait pris le départ en première ligne, avec les meilleurs. Pour ma part, j’étais parti un petit peu en retrait et, apercevant mes comparses Pierre et Martin devant sur la route, je m’étais mis à leur poursuite.

11 des 13 Québécois quelques minutes avant le départ… pendant que nous avions encore le sourire (photo: Éric Côté)

Rapidement, j’ai constaté qu’ils étaient dans un bon jour et comme je m’étais juré de la jouer « en dedans », après avoir placoté un peu, je m’étais mis à la marche dans une des montées du chemin de terre qui nous menait aux premiers sentiers. À demain les boys !

Vu mon entraînement relativement limité qui suivait une année où ma « base » s’était effritée à cause des satanées blessures, je m’étais fixé un objectif plutôt modeste pour cette course: faire un top 10… chez les Québécois. Dans de telles conditions, comme me le faisait remarquer Martin, si je terminais, mon objectif serait forcément atteint puisque le taux d’abandon allait probablement être assez élevé.

Quelles conditions, vous dites ?  De l’eau. Beaucoup d’eau. Il avait énormément plu dans la région au cours des derniers jours, au point où les écoles avaient été fermées la veille (j’aimerais bien les voir avec nos tempêtes de neige…). Durant les heures précédant le départ, il était tombé 50 millimètres supplémentaires.

Ça tombait toujours, avec une intensité toutefois acceptable, au point où je n’avais pas enfilé mon imper. Mais les torrents qui traversaient le petit chemin de terre n’auguraient rien de bon pour la suite.

Dans la première grosse montée, une chose m’a frappé: le silence. Les années précédentes, on y entendait Amy jacasser sans arrêt. Là, rien. Juste les petits bruits des coureurs qui escaladaient les sentiers rocailleux dans la nuit. Le calme complet.

Tiens, voilà-ti-pas ma « préférée » qui s’amenait… À part un petit « Thank you » alors que je lui laissais le passage, pas un mot pour répondre au compliment poli que je lui ai dit alors qu’elle me laissait sur place. Sympathique comme toujours.

« Fred ?  Est-ce que ça va ? ».

C’était Gilles. Sa voix trahissait son étonnement de constater qu’il me rejoignait, peu avant Edinburg Gap (mile 12.1). Oui Gilles ça va. Ce n’est pas une blague quand je dis que je suis pourri dans les roches. « C’est vrai qu’on en a pogné des belles, hein ? », Ouaip. En fait, les roches de cette section sont probablement parmi les pires du parcours. Toutefois, comme elles sont situées au début, on n’y porte pas tellement attention.

Gilles parlait de sa course (le Bromont Ultra, bien sûr) à un coureur qui l’accompagnait et lui raconta au passage que j’avais fait partie de toutes les éditions jusqu’à maintenant. Je vais y être encore cette année Gilles, peu importe mon rôle. Je ne peux pas manquer ça. Je les ai regardés ensuite s’éloigner, tranquillement.

J’ai beau commencer à être habitué, ça demeure un peu frustrant de me faire dépasser par des coureurs théoriquement moins rapides que moi. Avant le départ, j’avais enfilé mes gants de vélo, question de me donner un certain sentiment de sécurité pour me permettre de « pousser » un peu plus dans ces foutues roches. Rien à faire. J’avançais là-dedans avec l’agilité d’un poulain qui tente de se lever debout immédiatement après être venu au monde.

Je suis parvenu à les rejoindre une fois rendu à la route et à arriver en même temps qu’eux au ravito. Après avoir fait remplir mon réservoir par mon fidèle crew (mon papa) et lui avoir laissé ma lampe, c’était l’heure du buffet. Ha, la bouffe dans les ultras, j’adore…

La bouche pleine en repartant, une habitude chez moi… (photo: Éric Côté)

Gilles et moi sommes repartis ensemble. On mémérait chemin faisant et, constatant que le terrain le permettait, je me suis mis à la course. Au bout d’un moment, j’étais pour dire à mon ami que ça faisait du bien de ne plus avoir de roches. Quand je me suis retourné, il n’était plus là. Oups.

Arriva ensuite l’extase du grimpeur: la montée vers la crête. Devant moi, ma proie : un gars montant péniblement, les mains sur les hanches. Arrivé à proximité, il était rendu les mains sur la tête, comme le font les coureurs de demi-fond après une course. Tu vas trouver la ride longue, mon ami… Il m’a fait signe de passer. Euh… j’espère !  Je lui ai dit qu’il allait me rejoindre sur la crête de la montagne. Ce qu’il a fait un peu plus loin.

Bien que cette section ne soit pas particulièrement difficile, plusieurs l’imiteront par la suite. Pas que je m’en faisais outre mesure, surtout que j’avais d’autres préoccupations.

Tout d’abord, mes bobos. Car bien que les brûlements d’estomac que j’avais endurés jeudi étaient disparus et que les symptômes liés à ma labyrinthite avaient cessé de se manifester, mon fessier, mon genou droit et ma cheville gauche demeuraient aux aguets. Et les deux derniers avaient montré des signes de grand retour avant même le lever du soleil.

Courir sur une cheville blessée, ça peut se faire. Sur une petite distance. Mais sur plus de 140 kilomètres ?  Pas sûr. Je n’étais pas pour commencer à gober des Advil si tôt…

Puis il y avait l’eau. Déjà, plusieurs torrents s’étaient formés et nous avions dû les traverser. Avant le départ, Martin nous avait dit de ne pas nous en faire, que le terrain se drainait bien ici. Le problème, c’est qu’il se drainait sur nous.

Photo de provenance inconnue prise sur le parcours. juste pour vous donner une idée des conditions…

Sur les crêtes, c’était mouillé, mais sans plus. Mais quand on descendait, hou la la… En fait, je n’ai pas pris beaucoup de temps avant de déterminer un certain pattern: quand le sentier se transformait en ruisseau, ça signifiait que la station d’aide approchait. Mon raisonnement était simple: les ravitos à Massanutten sont établis dans des creux. Et comme l’eau descend, ben…

L’expérience a été vécue à son comble entre Woodstock Tower (mile 20.3) et Powells Fort (mile 25.8). J’avais débuté la section avec une fille et comme c’était un peu technique, je l’avais laissée passer. Sauf que je demeurais derrière et je pense que ça l’énervait. Au point où elle est tombée et, après m’être assuré qu’elle était correcte, j’ai poursuivi.

Ce n’est que dans la descente finale qu’elle m’a rejoint. À ce point, il y avait tellement d’eau que c’en était ridicule. L’entendant arriver, je me suis tassé et lui ai lâché « You’re a better rafter than me ! » finissant le tout par un petit rire. Ok, je l’avoue, ce n’était pas drôle, mais bon, elle aurait pu sourire poliment, surtout que je la laissais passer.

« What’s the funny part ? » qu’elle m’a demandé.

Rafter, rafting, canot pneumatique, descente de rapides… Non ?  Ha pis, laisse faire. Et comme je la suivais, que s’est-il passé ? Oups, mon majeur droit s’est mis à pointer vers le ciel. Puis le gauche de faire de même. Et voilà-tu pas mes deux mains qui se sont mises à faire des mouvements alternatifs de haut en bas. Ben voyons, qu’est-ce qui m’arrivait, donc ?  😉

Enfin, après avoir secrètement souhaité qu’elle prenne un petit bain, je me suis fait un devoir de continuer à dire des niaiseries une fois arrivé au ravito. Les bénévoles me trouvaient drôle, eux. Ou ils faisaient semblant. Au moins, je ne promenais pas un air bête comme l’autre… qui a d’ailleurs foutu le camp rapidement, probablement en espérant ne plus me revoir.

Message à mes amis coureurs: je sais qu’un ultra, c’est dur et que le parcours nous fait parfois sacrer. Mais de grâce, soyez gentils et souriants avec les bénévoles. Ils prennent leur fin de semaine au complet juste pour vous aider, alors forcez-vous un peu. Ces gens ne sont pas vos serviteurs. Pour l’avoir vécu, j’ai gardé un très mauvais souvenir des airs bêtes avec qui j’ai eu à dealer lorsque j’étais au ravito principal à Bromont.

Commençaient alors les « vraies affaires ». J’avais, naïvement, anticipé un petit 2 miles facile sur un chemin de terre avant d’entrer dans le vif du sujet. Erreur. Le ruisseau qui longe normalement le chemin grondait comme les chutes Niagara. À tous bouts de champ, il le traversait, m’obligeant à m’enfoncer dans l’eau jusqu’aux genoux pour poursuivre ma route.

J’entendis quelqu’un arriver derrière. Aussitôt il m’annonça qu’il ne faisait pas partie de la course. On s’est mis à jaser. Grand fan des Capitals, il faisait une sortie de 15 miles pour tenter de se calmer puisqu’il y avait un match très important cet après-midi-là. Apprenant d’où je venais, il me demanda si j’étais un fan du Canadien. Bof…

Voyez-vous ça d’ici ?  Un Canadien et un Américain qui courent ensemble et c’est le représentant du pays de l’Oncle Sam qui est fan de hockey. Le monde à l’envers.

En tout cas, je le trouvais bien courageux de courir là-dedans alors qu’il n’était pas « obligé » comme moi (vrai que lui n’avait pas payé pour être là, alors que moi…). D’ailleurs, il a fini par comprendre que s’il voulait éviter un tant soit peu l’eau, il n’avait qu’à grimper. Bravo mon grand !

Malgré tout, je suis arrivé de bonne humeur à Elizabeth Furnace (mile 33.3). Mon père me fit un update de la situation: Martin était passé 1h15 avant moi, Pierre 15 minutes plus tard. Quant à Joan, il avait 50 minutes sur moi. Je savais qu’il y avait deux autres Québécois devant, mais il ne les connaissait pas, alors…

J’avoue avoir été surpris par ces temps-là. Si Martin avait tant d’avance, c’est qu’il était soit dans un très grand jour, soit parti trop vite. En tout cas, il s’enlignait pour me mettre 5 à 6 heures dans le buffet. Quant à Pierre, son avance sur moi m’étonnait également, mais moins. Une autre performance magistrale de la part de mon partner ?  Fort possible. Et Joan qui était derrière eux ?  De ce côté, ça ne s’annonçait pas bien…

« Et toi, comment ça va ? ». Plutôt bien, je devais dire. « En tout cas, il y en a qui arrivent bien plus mal en point que toi… ». Ouin, ils étaient probablement plus « accotés » que moi. L’avantage d’être nul dans le technique: on ménage vraiment le reste de la machine en avançant plus lentement.

Avant de quitter pour Shawl Gap (mile 38.0), j’ai donné un devoir à mon papa : me préparer de l’eau pour me nettoyer les pieds, une serviette pour les essuyer ainsi qu’une paire de bas propres. Car je m’attendais à moins d’eau pour quelque temps après ce ravito-là.

Je quitte pour Shawl Gap, encore la bouche et les mains pleines. (photo: Jacques Giguère)

Entre temps toutefois…

…fallait passer au travers d’une enième section rocailleuse. Section que j’ai appris à moins détester avec les années, puisqu’elle se termine par une belle descente roulante. Mais avant de m’y rendre, je devais affronter les foutues roches qui, plaisir suprême, étaient rendues très glissantes. Comme de raison, fallait que je me fasse rattraper.

Le gars, fort sympathique, en était à sa première expérience ici. Je lui ai dit qu’il était chanceux puisqu’il ignorait ce qui s’en venait. Il m’a répondu que je n’étais pas le premier à lui faire la remarque.

Bien évidemment, je l’ai perdu de vue. Et bien évidemment, je l’ai rejoint dans la partie roulante. En fait, elle est habituellement roulante. Là, elle était tellement boueuse que je passais mon temps à slalomer, à la recherche de la trajectoire idéale. Pas moyen de me laisser aller. (** SOUPIR **)

Toujours est-il que rendu au ravito, je me suis fait un petit ménage. Mes pieds étaient détrempés et sales, mais ne présentaient aucun problème majeur. On nettoie ça, on essuie bien comme il faut, puis on enfile des bas propres. J’ai toutefois décidé de garder mes Peregrine, même s’ils étaient mouillés: je ne faisais tout simplement pas confiance aux Skechers dans de telles conditions.

« You’re a new man now ! » m’a glissé un bénévole avec le sourire. You bet !

J’ai dit un gros merci à mon papa, nous allions nous revoir dans 16 miles, à Habron Gap.

La petite section de route menant à Veach Gap (mile 41.1), on a tendance à la négliger. Erreur. Elle comporte de belles montées me rappelant le Vermont et comme par les années passées, j’en ai arraché plus que j’avais prévu.

N’empêche, j’étais très positif en quittant le ravito pour Indian Grave (mile 50.1). Là, je savais ce qui m’attendait. Tout d’abord, la grosse montée. La sympathique recrue que j’avais rencontrée un peu plus tôt avait amorcé cette section sur mes talons. Intérieurement, je souriais: on était dans mon domaine. On allait voir s’il serait en mesure de me suivre.

Après 1 kilomètre de montée, il était hors de ma vue. C’est donc seul que je suis arrivé sur la crête, 1.5 kilomètre plus loin. Petite victoire morale. Ça a pris un sapré bout de temps avant qu’il me rejoigne dans les roches et il m’avoua candidement qu’il avait dû s’arrêter à deux reprises dans la montée, son cœur étant sur le bord d’exploser.

Ha si j’étais en mesure d’avancer sur les roches…

Mais rien à faire, cette section-là, elle sera toujours trop dure pour mes capacités. Aussi bien m’y résigner. Surtout qu’il ne sera pas le seul à me dépasser.

Après une éternité, je suis parvenu au ravito où les bénévoles nous empressaient de bouffer, bouffer, bouffer. La section suivante serait courte (3.9 miles) et sur la route, mais l’autre après… Il vous faut des calories, qu’ils ne cessaient de répéter. Ben oui, ben oui… Capotez pas !

Sur la route, j’essayais de courir le plus possible, mais la fatigue commençait à se faire sentir, après presque 12 heures sur mes pieds. À ce moment, constatant que mon entraînement limité commençait à faire son œuvre et connaissant le reste du parcours, je me suis mis comme objectif de terminer sous les 30 heures. 54 miles en 18 heures, c’était jouable.

À Habron Gap (mile 54.0), mon père était avec Éric, (excellent) photographe à ses heures et futur pacer pour Vincent. Ils m’apprirent que Pierre s’était perdu dans la montagne et ça lui avait coûté suffisamment de temps pour qu’il arrive alors que Joan quittait le ravito. Ils sont repartis ensemble 15 minutes avant mon arrivée, bien déterminés à prendre ça relaxe. Les conditions commençaient vraiment à taxer les organismes… Quant à Martin, il continuait de survoler le parcours, 2 pleines heures en avant. Pierre-Michel ?  Il était avec Jason Lantz, c’est pour dire… Alexandre avait fait une mauvaise chute et avait eu besoin de soins, mais il était toujours en course. De leur côté, aux dernières nouvelles, Pat, Gilles et Vincent poursuivaient leur petit bonhomme de chemin, quelques minutes derrière.

Ok, autre petit ménage. Envisageant des heures un peu plus chaudes et fatigué de porter un t-shirt mouillé, j’ai décidé d’enfiler une camisole et de changer ma casquette. Et la frontale, je l’amenais ou pas ?  Il était 16h30, je me donnais trois heures pour me rendre à Camp Roosevelt (mile 63.8).

Père et fils à l’oeuvre au ravito (merci Éric pour la photo)

« Trois heures ?!?  C’est vrai que ça monte… ». J’ai expliqué à Éric qu’à partir de là, on avançait grosso modo à 3 miles à l’heure. Ce qui nous attendait était un véritable monstre. J’allais prendre la frontale, juste au cas.

Bon, côté bouffe, il y avait quoi ?  Fallait absorber des calories, non ?

À la table, pas grand-chose. Soit l’offre n’était pas très généreuse, soit les autres avaient tout pris. Mais on aurait dit que les bénévoles préparaient des lunchs puisqu’à peu près tout était prêt à emporter, bien emballé dans des ziplocs. J’ai choisi un wrap et me suis dirigé vers la sortie.

J’étais fatigué, oui, mais je me sentais bien. Les bobos qui s’étaient manifestés en début de course se tenaient maintenant tranquilles. Je savais que ce serait long, mais j’étais prêt.

Amenez-la, votre bête.

Dernier moment avec mon papa avant d’affronter la bête (photo: Éric Côté)

Course islandaise: Skogafoss

WOO-HOU !  WOOOU-HOOOU !!!

Ces cris qui sortent de ma bouche, ils viennent de loin. De très loin. Ça doit bien faire une douzaine d’années qu’ils sont en « préparation » et là, ils sortent tout naturellement. Des cris de pure joie, de pur bonheur.

C’est que voyez-vous, vers le milieu de la dernière décennie, mon grand ami d’enfance était posté en Suède avec sa petite famille. À maintes reprises, ils nous ont invités à aller les visiter. Imaginez: pouvoir visiter un pays scandinave sans avoir à payer le moindre sou pour l’hébergement. Quoi demander de mieux ?

Malheureusement, à l’époque, la santé de ma douce était… chancelante, si je peux m’exprimer ainsi. La maladie l’obligeait à demeurer à la maison et les douze heures de sommeil qu’elle prenait quotidiennement lui permettaient à peine de fonctionner le reste du temps. Vous devinerez donc que les longs voyages, ce n’était tout simplement pas envisageable.

À peu près à la même époque (est-ce une coïncidence ?  Je ne peux pas dire…), je me suis mis à la course. Pour moi, l’objectif était clair: j’allais faire un marathon un an plus tard.

Marathon il y a eu. Vous connaissez la suite: d’autres marathons, puis après quelques années, les ultras, le tout entrecoupé de blessures, etc. Pendant ce temps, un nouveau médicament avait commencé à faire son effet de telle sorte que, voulant profiter au maximum de cette « fenêtre d’opportunité » qui s’offrait à nous (lorsqu’on doit dealer avec une maladie chronique, on apprend vite à prendre le peu qu’elle nous donne), nous avons développé une véritable passion pour les voyages. Et par la bande, je me suis mis à chérir les opportunités de courir dans des endroits nouveaux.

Durant une tournée des trois sommets suite à son retour d’Islande, Pierre m’avait parlé d’un endroit très particulier: la chute Skogafoss. Je le cite approximativement ici: « Les touristes arrivent en bas, ils prennent 15-20 photos devant la chute, puis ils s’en vont. Pourtant, si tu te donnes la peine de monter les marches, non seulement la vue de la chute y est superbe, mais il y a un sentier qui mène à une autre chute. Puis une autre un peu plus loin. Puis une autre. Encore une autre. Et une autre. Au total, il y a une vingtaine de chutes à voir pis y’a presque personne ! »

Superbe Skogafoss…

Fallait que je vois ça.

Nous avions commencé notre journée par aller visiter la fameuse épave du DC3 échoué sur la plage. Au total, ce sont entre 7 et 8 kilomètres de marche qu’il faut se taper pour « l’admirer ». Facile, vous dites ? Pas dans des conditions météo typiquement islandaises: 2-3 degrés, des vents à 55 km/h avec rafales à 75 (non, je n’exagère pas), les averses de neige alternant périodiquement avec de rares percées de soleil.

La fameuse carcasse du DC3. Cette photo a été prise à peine deux heures avant la précédente. Quand je dis que le climat islandais est un tantinet changeant…

Bref, médicament efficace ou pas, c’était le gros effort physique que Barbara allait pouvoir se taper pour cette journée. Je suis donc parti en éclaireur, prenant d’assaut les 428 marches (certains sites parlent de 500, je ne les ai pas comptées), pour voir si ça valait la peine qu’elle revienne pour les monter le lendemain.

Je dois vous faire une confidence ici: je me suis un peu bidonné dans la montée. Les touristes sont relativement jeunes en Islande, alors de voir des petits coqs tenter de se faire l’ascension au pas de course… Allant à mon rythme habituel en montée, je les ai rattrapés un à un. Les entendre souffler péniblement alors que le vieux passait sans ralentir ?  Priceless !  🙂

Arrivé en haut, j’ai découvert les chutes « secondaires » dont mon ami m’avait parlé. Elles sont magnifiques. Et même si le sentier était fermé au bout de la troisième ou quatrième, ça valait lle coup qu’on revienne le lendemain pour que Barbara voit ça.

Une des chutes « secondaires ». Pas mal, hein ?

Comme je retournais vers l’escalier pour descendre, j’ai croisé un couple qui arrivait à la course d’un autre sentier. Moi qui suis habituellement trop antisocial pour parler aux étrangers, fallait que je sache: est-ce que ça va loin ?

« C’est un vieux chemin. Oui, c’est pas mal long, vous pouvez aller y marcher, c’est très beau. »

Ho que non: j’irais le courir !

Je me suis donc retrouvé le lendemain, encore une fois au pied des marches. Barbara irait prendre des photos des chutes « secondaires » et moi, j’irais découvrir ledit vieux chemin.

Dès que je l’ai commencé, je me suis retrouvé seul. Un vieux, très vieux chemin de terre et de pierre qui montait, montait… Mais qu’est-ce qu’ils foutaient avec ce chemin ?  Il n’y a pas un véhicule autre qu’un tank qui pourrait passer ici. Pas étonnant qu’il soit laissé à l’abandon… à la grande joie du coureur.

Monte, monte encore. La pente n’était pas trop abrupte, mais quand même… Peu importe où je regardais, la vue était magnifique. Des bouts, je me demandais si je n’étais pas en train de rêver.

Puis, je suis arrivé à un endroit à partir duquel le chemin était enneigé. Il faut dire que nous avions subi des averses de neige à tous les jours depuis notre arrivée et ce matin n’avait pas fait exception. En fait, il s’agissait plutôt de petits grêlons qui fondaient en quelques minutes une fois l’averse terminée. Mais là où je me trouvais, il faut croire qu’il faisait en-dessous du point de congélation…

Paysage lunaire dans la montée.

Au bout d’un certain temps, je me suis rendu compte que si je poursuivais ainsi, je risquais de dépasser l’heure de rendez-vous pour le retour. Demi-tour donc.

Me disant que si je me plantais, j’aurais bien des chances de mourir d’hypothermie avant que quelqu’un finisse par me trouver, j’ai tout d’abord joué de prudence dans la descente. Surtout que je suis pris avec une labyrinthite qui n’en finit plus de finir. Puis progressivement, je me suis laissé aller.

Et c’est là que c’est arrivé: j’ai ressenti un sentiment de liberté totale. Les enjambées s’enfilaient les unes après les autres, sans effort. Je repensais à toutes années passées à combattre cette maudite maladie et je remerciais le ciel pour cette rémission (ils appellent ça comme ça pour l’arthrite) qui nous permettait d’être ici, maintenant.

Et j’ai crié. Une, deux, trois fois. À m’en faire mal à la gorge.

WOOOU-HOOOU !!!

Bon, personne n’a pu m’entendre, mais on dirait bien que les dieux n’appréciaient guère ma voix mélodieuse puisqu’au moment même où je suis pour en pousser un autre, une tempête de grêlons commence à s’abattre sur moi.

Je ne peux m’empêcher d’en rire. Ok, c’est beau, j’ai compris, j’arrête… Non mais, j’arrête, je vous dis ! Rien à faire, la tempête se poursuit.

Ouch ! C’est que ça pince, ces petits maudits morceaux de glace tombés du ciel. Ayoye bout de viarge !

Pas le choix, malgré le vent de face à écorner un boeuf, je dois ramener la visière de ma casquette vers l’avant et couvrir mon visage avec ma main gantée. Essayez de descendre un vieux chemin cabossé et enneigé avec une main devant le visage…

Puis, comme elle a commencé, la tempête s’arrête. À peine quelques minutes plus tard, je me retrouve à nouveau sur la partie du chemin où il n’y a pas de neige. Est-ce qu’il est tombé de la schnoutte ici ou c’était vraiment une volonté de dieux de me faire taire en m’envoyant une averse très localisée ?  Je ne le saurai jamais.

Devant moi, la montagne et à ses pieds, la plaine qui va jusqu’à l’océan tout près. Ha les vues ici…

Arrive un passage plus technique. Je ralentis, pas le moment de me péter la gueule. Puis quand la pente d’adoucit à nouveau, je reprends de plus belle. Les chute sont proches, je les entends d’ici…

Se produit alors une scène qui m’est maintenant trop familière: mon pied butte sur une roche anodine, un « toc » sec se fait entendre. Comme à chaque fois, l’espace d’une fraction de seconde, je pense pouvoir rattraper la situation. Comme à chaque fois, je me retrouve face contre terre. Calv… !

Ok, pas besoin d’arrêter le chrono puisque depuis ma dernière blessure, j’ai décidé de ne plus mesurer mes sorties (j’avoue tout de même que je vais ensuite voir sur Google pour savoir les distances :-)). Deuxième étape: est-ce que quelqu’un m’a vu ?  Non. Good, l’honneur est sauf. Troisième étape; les dégâts.

Avant-bras du coupe-vent ainsi que pantalons de course bien souillés, un gant de déchiré. J’ai probablement quelques éraflures, mais rien ne parait en surface. On verra plus tard.

Je peux courir encore ?  Ouf, les genoux ont mangé un coup, c’est raide. Mais je peux reprendre et c’est en courant pleins gaz que je me retrouve sur le bord de la rivière. Allez, un dernier petit aller-retour du côté amont avant de redescendre. Ce sera peut-être la dernière fois de ma vie que je pourrai voir ces chutes-là.

Devant une autre des chutes « secondaires » (mes amis Facebook reconnaitront peut-être ce selfie que je leur ai déjà fait subir)

J’arrive à l’auto le sourire aux lèvres, tout juste après Barbara.

Puis mon amour, on va voir quoi maintenant ?

Qu’est-ce qu’il fout là, lui ?

C’est que je vois rien. Foutrement rien. Mais rien de rien…

J’avoue avoir été un peu déçu deux jours plus tôt lorsque j’ai pris l’autobus qui fait la navette entre l’aéroport et le village de Radisson, situé à une trentaine de kilomètres. La raison ?  La route était bien dégagée, sur le beau bitume. Moi qui espérais pouvoir courir sur une neige sèche qui fait des crounch-crounch… Sur le chemin de la centrale, peut-être ?  Il est tout de même moins utilisé…

Niet. La même asphalte bien proprette. Au moins les accotements sont en terre, ça allait faire l’affaire.

« T’es mieux d’aller à la centrale à la course que d’en revenir, parce que la côte avant le village va t’arracher les poumons ! ». Euh, c’est justement pourquoi j’affectionne tant la Baie James: il y a des côtes. Et mettons que celle-là, avec son kilomètre de longueur et son gradient de 7% (au maximum), bof…

Toujours est-il que côté logistique, c’était moins compliqué de courir après le travail et donc, vers 18h45, je me suis élancé en direction du plussssse gros complexe hydro-électrique souterrain au monde. Et après une trentaine de minutes, me voilà en train de grimper (façon de parler) vers le belvédère. Enfin, je me retrouve sur de la neige qui fait crounch-crounch !  Mais j’ai beau écarquiller les yeux, je suis incapable de détecter les endroits où les véhicules ont passé, question de trouver la trajectoire idéale. Ben voyons… Ok, âge oblige, ma vue a légèrement baissé ces dernières années, mais au point de ne plus voir les subtiles différences dans la neige ?  Come on

Rien à faire, je ne vois rien. J’avance donc en priant pour ne pas m’enfarger dans un trou et me péter une jambe dans cet endroit perdu où l’hypothermie (il fait tout de même -10 degrés) me gagnerait bien avant l’arrivée d’une aide quelconque.

J’arrive en haut sans encombre, admire un peu la vue. Pas mal. Pas mal du tout même. J’aurais préféré le fameux évacuateur de crues, mais il est quelques kilomètres plus loin et avec l’heure tardive, ça aurait impliqué un retour à la noirceur. Peut-être pas la meilleure des idées…

Chemin du retour, pas un chat. Le son de mes pas et les ondulations de la route sont mes seuls compagnons de course. Le bonheur. Arrive la « fameuse » côte. Ok, je l’avais peut-être un peu sous-estimée, mais malgré le vent de face, elle passe plutôt bien. J’avais cependant négligé l’autre, en long faux-plat qui mène à l’entrée du village. Hou la la, celle-là rentre dans les jambes…

Peu importe, je décide de me faire un tour du propriétaire avant de rentrer. Tant qu’à y être.

Autre montée. Le frottement de mes pieds sur le sable qui sert d’abrasif au revêtement attire l’attention de celui qui semble être la seule personne à se tenir à l’extérieur ce soir. Il me regarde longuement alors que je passe lentement (je vous rappelle que je suis tout de même en train de monter) devant sa propriété. Tout près de lui, un petit barbecue. Il est en train de faire cuire son souper dehors, par cette température.  Et il est en plein milieu de sa cour, pas sur le bord de la maison où il pourrait aller se réfugier le temps que la cuisson soit complétée…

À ce moment précis, je suis certain qu’on pense exactement la même chose: « Mais qu’est-ce qu’il fout là, lui ?!? ».

Je ris tout seul en complétant mon tour. Avant de rentrer, dilemme: je passe au dépanneur ou pas ?  Et ce billet de 20$ qui s’est retrouvé « par hasard » dans mon coupe-vent qui se permet de jouer au petit démon avec ma conscience…

Bah, on a fait une bonne job, on « redescend » demain, je mérite bien une petite récompense, non ?J’entre dans ledit dépanneur. Oh boy, pas grand chose ici… Mais il y a l’essentiel: des chips et de la bière.

Le réfrigérateur est plutôt garni, mais le choix, somme toute limité. Pas vraiment l’endroit pour jouer les fines bouches et s’enquérir sur leur inventaire d’IPA… Mon « choix » s’arrête sur une valeur sûre, mais voilà tu-pas que le petit démon qui en remet une couche et qui me pousse à doubler la mise. Ha la maudite grosse cannette qui me fait de l’œil. Ha pis, tant qu’à…

La commis au comptoir est hyper-sympathique, mais me surprend un peu lorsqu’elle me glisse que le printemps tarde à arriver. Hein ?  Il y a un printemps ici ?  Êtes-vous bien certaine ? Moi qui croyais que c’était toujours l’hiver…

Puis, la loi de l’offre et de la demande me frappe gentiment: 6.60 $ pour mon « petit » boire. Tu veux boire mon coco, ben c’est ça qui est ça !  Ouin…

En ouvrant la télé une fois arrivé dans ma chambre, je vois que c’est « Tout le monde en parle » qui est en ondes. Prendre une bière avant souper en regardant « Tout le monde en parle »… On est vraiment dans un autre monde ici.

Vivement le retour à la maison !

Riches sans le savoir

J’ai écrit ce billet suite à la tuerie de Parkland. Je n’étais pas certain de vouloir le publier, mais suite aux manifestations des jeunes Américains de la semaine dernière, j’ai décidé de le rendre public. Bonne lecture !  🙂

« Les gens sont riches au Canada… »

Hein ?!?  De quessé ?  D’où pouvait-elle bien sortir ça ?

« Elle », c’était la gentille préposée au comptoir de l’hôtel Howard Johnson de Bellmawr (New Jersey), une banlieue ouvrière de Philadelphie. Oui je sais, Philadelphie est en Pennsylvanie, mais de l’autre côté de la rivière, c’est le New Jersey. Oui oui, je vous le jure !  😉

C’était le lendemain de Massanutten en 2016. Mon père et moi venions de passer la journée à arpenter la merveilleuse Washington (mettons qu’il avait dû m’attendre à quelques reprises quand nous avions à descendre des escaliers) sous un soleil radieux et nous étions sur le chemin du retour. Dépassé 22 heures, voyant quelques hôtels annoncés en bordure de l’autoroute, nous avions décidé de nous arrêter pour la nuit.

La préposée, intriguée par mon accent, me demanda d’abord quelle langue je parlais. « Le français ?  Vous venez d’où ? ». J’avais répondu par le Canada parce que je me doutais bien qu’elle ne connaissait pas vraiment sa géographie, alors lui parler du Québec…

« Il y a des gens qui parlent français au Canada ? ». Ha les Américains… Comment ça se fait que je sais qu’il y a plusieurs millions d’hispaniques aux USA, qu’il y a trois langues officielles en Belgique, quatre en Suisse et qu’eux sont même pas foutus de savoir que ça parle français à 600 kilomètres au nord ?

Pendant que mon père attendait dans l’auto, j’ai tenté tant bien que mal de donner un cours d’histoire du Canada en accéléré. Elle continuait à me poser des questions, visiblement intéressée… et probablement heureuse de parler à quelqu’un parce qu’elle devait foutrement s’emmerder dans ce bled perdu.

Et c’est là qu’elle m’a sorti sa remarque à propos de notre supposée richesse. Euh chère demoiselle, croyez-vous que si nous étions si riches, nous serions ici ?  Parce que bien que mieux coté que le Super 8 voisin, cet hôtel-là tendait vers le miteux sur les bords… On s’est entendus pour dire que les Canadiens n’étaient pas nécessairement riches, mais qu’effectivement, le tissu social faisait qu’il y avait moins de pauvres et que surtout, les pauvres l’étaient moins.

Je songeais à cette conversation en courant le long de la Black Creek, direction est. La veille, j’avais suivi les conseils de Michelle et avais pris la direction ouest jusqu’au parc. Elle m’avait dit que c’était moins « invitant » côté est, vu que la piste bordait des quartiers plus « douteux ».

Elle avait raison. De l’autre côté du canal, Irma avait transformé un quartier populaire en véritable bidonville. Les toitures de vieilles petites maisons arrachées et remplacées par des bâches bleues, des portes et fenêtres placardées avec des planches de bois, des débris amoncelés sur les terrains. Pas l’ombre de la moindre verdure. Plusieurs mois s’étaient écoulés depuis le passage de l’ouragan et visiblement, les habitants de la place n’avaient pas les ressources pour reconstruire le peu qu’ils avaient auparavant.

Je me suis mis à penser : s’il y a un quartier complet qui peut avoir l’air de ça ici, combien peut-il y en avoir ailleurs en Floride ?  Et dans le reste du pays ?

Oui, on est bien de ce côté-ci de la frontière. Tout n’est pas parfait, loin de là. Des inégalités sociales perdurent. Mais jamais à ce point et à si grande échelle. Sans parler de leur obsession maladive pour les armes à feu…

(Non Fred, ne commence pas à chiâler sur ça, non Fred… Respire, oui c’est ça, respire… Et puis merde… Bout de viarge, armer les enseignants, vraiment ?!?)

Dans le fond, cette gentille réceptionniste avait raison: on est riches de ce côté-ci de la frontière.

Matin de semaine

Lu sur l’enseigne extérieure: « Boot camp urbain ». C’est quoi quoi ça, un boot camp urbain ?

Je viens de dévaler de la Gauchetière en sautillant. La neige qui couvrait les rues de notre petite banlieue ce matin n’est pas tombée en ville et il n’y en a plus vraiment qui reste de l’hiver qui s’achève. Mais cette rue, entre Beaver Hall et le quartier chinois est une véritable zone de guerre, alors je la cours comme un sentier. Tout juste avant Bleury, il y a ça. Le boot camp urbain.

Au travers la vitrine, j’observe la demi-douzaine de coureurs qui se tapent des intervalles sur des tapis roulants, les coups de sifflet d’un coach signalant les changements de cadence. Tout près d’eux, d’autres braves s’échinent sur des appareils qu’on retrouve typiquement dans un gym. Il n’est même pas 7 heures, le soleil commence à peine à montrer ses lueurs. Le slogan d’une pub de mon enfance me revient en tête : « Viens jouer dehors ! ». Dire que j’ai envisagé m’abonner à un gym cet hiver pour ménager mon fessier…

Ce matin-là, le thermomètre indiquait -2 degrés. 2 petits centimètres de neige étaient tombés durant la nuit. Pas de quoi fouetter un chat.

Après avoir complété mon échauffement (le seul que je ferai dans la journée, mea culpa)  et enfilé mon coupe-vent orangé-hyper-flashant de Boston 2014, j’ai pris ma frontale dont je n’avais pas vraiment besoin et un brassard réfléchissant. Le but: me faire voir dans la nuit. Une fois le sac Salomon (acheté originalement en vue de l’UTMB, il doit maintenant s’adapter à une autre « carrière ») contenant mon lunch du midi ainsi que quelques trucs utilitaires attaché sur mon dos, j’étais prêt à partir.

Bonne journée mon amour !  Pas de réponse. Elle s’était rendormie. Petit sourire en coin, j’ai éteint la lumière et suis sorti dans la nuit.

Tiens, vent du nord-est ce matin. J’allais l’avoir dans le dos. Premières enjambées un peu raides, mais ça allait mieux que la veille vu que je n’étais pas en lendemain « d’intervalles » (façon de parler). À peine 300-400 mètres franchis, premier obstacle en vue. C’est une situation que j’ai vécue mille fois. À une intersection, un véhicule est arrivé en trombe sur ma gauche. Sa vitesse et son angle d’approche ne laissaient aucun doute : le chauffeur allait à peine ralentir à l’arrêt obligatoire, jeter un œil rapide à sa gauche et s’il n’y avait rien, allait tourner à droite sans regarder. C’est précisément là où je me trouvais.

Déjà que nos rues sont conçues pour être utilisées seulement par des automobiles, quand les automobilistes agissent comme s’ils en étaient les seuls usagers…

Faut croire que je n’étais pas assez voyant. J’ai ralenti, attendu qu’il passe en lâchant quelques jurons, puis repris ma route. Prudemment. Parce que voyez-vous, il s’agissait de ma première sortie sur la neige depuis ma désormais fameuse débarque et comme je trouvais que ça semblait être luisant à certains endroits…

Coin Brébeuf, un pick-up est arrivé en même temps que moi à l’intersection. Lui, il ne pouvait pas me manquer, j’avais la voie libre pour poursuivre sans ralentir.

Erreur. Il est reparti aussitôt. Ben voyons, ne viens pas me dire que tu ne m’as pas vu, du con ! Heille le redneck, c’est-tu si forçant de garder le pied sur le break 2 petites maudites secondes ?!?   Vraiment pas mon matin. Enfin…

Sur la piste multifonctionnelle de la rue St-Laurent, j’ai retrouvé une certaine quiétude et ré-apprivoisé progressivement la surface. Devant, le petit tracteur de la ville poussait la neige. La piste serait dégagée… jusqu’au garage municipal. Après ?  Arrange-toi !

Ben non, ce n’était pas si pire, il n’y avait presque rien. De toute façon, je devais mettre le cap vers le sud et donc reprendre la rue. J’ai croisé un poids lourd qui lui, a remarqué ma présence et dévié sa trajectoire pour me laisser de l’espace. Je l’ai remercié en lui envoyant la main. J’ai pour mon dire que si on montre notre appréciation de leur comportement aux conducteurs, ils vont poursuivre dans la même veine et à long terme, le partage de la route se fera de manière plus harmonieuse. En tout cas, ça ne coûte pas cher d’essayer.

Après un petit arrêt pour cause de feu de circulation (faut bien traverser la route 132 à quelque part), c’était le faux-plat ascendant (quand on s’éloigne du fleuve, c’est normal que ça monte) dans les petites rues de St-Constant. Arrivé à l’école située à 500 mètres de la gare, vérification de l’heure.

5h47, 19 minutes avant le passage du train. J’ai prévu plusieurs parcours alternatifs selon l’heure de passage à ce point, définitivement que ça allait être un des plus longs ce matin…

Après plusieurs spaghettis dans le quartier résidentiel autour, je me suis retrouvé dans le stationnement de la gare avec 2 minutes d’avance. Le temps de marcher pour faire un petit cool down, le train se présentait.

Je prends toujours la première voiture et demeure debout, près de la porte. Mon objectif est double : éviter de trop figer et aussi, être le premier à sortir. Sans compter que je veux éviter de détremper les sièges…

Coup d’œil autour. L’être humain est un être d’habitudes: toujours à peu près les mêmes personnes, assises à peu près aux mêmes places. Ça fait quelque temps que je n’ai pas vu (et entendu) le moulin à paroles qui racontait les détails ennuyants de sa vie à tue-tête et je ne m’en plains pas. Il y a des gens comme ça qui ont le don de faire connaître à qui veut bien (et à qui ne veut pas) l’entendre les menus détails de leur quotidien. Tu sais, Chose, on s’en fout un peu de l’heure à laquelle tu te lèves ou ce que ton boss t’a dit/pas dit/redit hier…

Au bout d’une trentaine de minutes, tout près du terminus, comme à tous les matins, les plus pressés se sont précipités vers la sortie bien avant que le train s’immobilise. Ce qui fait que j’ai eu à contourner 3-4 personnes une fois descendu sur le quai. Le jour où ils en auront marre de se faire frôler par l’illuminé qui court à proximité des trains, peut-être finiront-ils par le laisser sortir en premier ?

Pas bol ce matin, un autre train est arrivé tout juste avant le nôtre. J’ai donc eu à éviter quelques personnes supplémentaires à l’intérieur de la gare en passant devant l’énorme poster d’un Carey Price affichant un timide sourire. Quand j’étais petit, je rêvais un jour d’aller voir jouer le Canadien au vieux Forum. Aujourd’hui, je prends à tous les jours un train qui arrive au centre Bell et honnêtement, le Canadien, gagne ou perd, bof…

Donc, après être passé en courant devant quelques-uns des buildings les plus imposants au pays, je me retrouve le nez collé à une vitre à me demander ce qui peut bien motiver ces gens-là. Comment font-ils ?  Probablement qu’eux se posent la même question quand ils me voient passer. Comment fait-il ?  Le froid, la neige, le vent… Faut croire qu’il y en a pour tous les goûts.

Le feu tourne au vert, je reprends ma course qui se terminera pas tellement plus loin au complexe Guy-Favreau, tout juste après être passé près de l’arche annonçant l’entrée du quartier chinois. De là, je peux me rendre au Saint-Siège, via le fameux Montréal sous-terrain. L’entrée principale étant toujours verrouillée à cette heure matinale, ça demeure le chemin le plus efficace pour me rendre à mon bureau. J’en profite pour effectuer un deuxième cool down à la marche.

Il est 6h50 quand j’arrive à mon poste. Bon, que s’est-il passé dans nos centrales cette nuit ?

Bravo mon champion !

Nous, les coureurs en sentiers, avons un sixième sens. Perdre l’équilibre, ça fait partie de notre « quotidien ». Nous sommes habitués de redresser des situations périlleuses et éviter les chutes. Surtout que nous, les Québécois, qui courons l’hiver. Le sol glissant et les changements de texture, ça nous connait. Et quand nous tombons, c’est contrôlé. Nous savons limiter les dégâts, nous. Glisser et se péter la fiole comme Eugénie Bouchard ?  Pffff… Jamais !

Ben oui mon homme, c’est ça qui arrive quand on crache en l’air… Il y a quelques secondes, tu as fait une belle erreur de débutant. Tu ne te méfiais pas. Une petite neige avait commencé à tomber, elle recouvrait l’asphalte. No big deal. La neige, tu connais ça. Mais t’avais oublié les quelques plaques de glace qui étaient encore là, recouvrant quoi, 1% du sol ? 1%, c’est rien, mais quand il est camouflé sous la neige…

Ça fait que tu courais insouciamment. Et sous la neige, sans que tu sois assez intelligent pour le prévoir, une petite section de glace recouvrait l’asphalte. Avant même que tu t’en rendes compte, ton pied est parti vers l’avant et ton corps, vers l’arrière. Ta tête a heurté violemment le sol. Bravo mon champion !

Monsieur… Monsieur…

Dès l’impact, je me suis dit: « Non, pas la tête ! ». Une commotion, je n’ai vraiment pas le goût. Ça voudrait dire plusieurs jours, peut-être des semaines sans courir. Et les maux de tête, la fatigue… Sans compter l’absence au travail. Non, s’il-vous-plaît, pas de commotion…

Monsieur ! MONSIEUR !!!

OK, on arrête le chrono (j’ai la présence d’esprit de le faire, ce qui me rassure un peu), on essaie de se relever et on tâche de répondre à la dame qui a vu ma pirouette et dont le timbre de voix semble contenir certaines intonations de panique.

Je vous ai vu tomber, votre tête a cogné vraiment fort par terre. Je vais aller vous reconduire chez vous.

Les gens sont vraiment gentils. J’hésite avant d’accepter son offre. Maintenant à quatre pattes, je constate les dégâts: définitivement rien de cassé et la tête, à mon étonnement, ne me fait pas vraiment mal. En superficie, un peu, mais rien de plus. Tiens, une tache rouge sur la glace… Une plante qui a gelé là ?  Quelle plante est rouge comme ça, donc ?

Je prends un peu de neige, l’applique à l’endroit où ma tête est sensible. Quand je la retire, elle est pleine de sang. Oups…

Vous saignez… Ça va vous prendre des soins. Venez, je vais aller vous reconduire chez vous…

Mon cerveau semble fonctionner comme d’habitude (je n’irais pas jusqu’à utiliser l’adverbe « normalement » dans mon cas) et je me sens relativement bien physiquement. Je réussis à convaincre la dame que je vais être en mesure de me rendre à la maison par mes propres moyens, surtout que je viens tout juste de commencer ma sortie (mon chrono a été arrêté à 2:40) et je ne suis vraiment pas loin.

Je prends donc le chemin de la maison en marchant. Puis me dis que tant qu’à faire, aussi bien me rendre à la course. Mollo, là… Pas si mal. Bah, pourquoi pas un petit tour du quartier ?  Tant que je ne m’éloigne pas trop. Un tour du quartier voisin peut-être ?

Quand on dit que j’ai la tête dure… J’ai donc poursuivi ma course prudemment, en demeurant à l’affût des symptômes. Nausées ?  Étourdissements ?  Maux de tête ?  Non, non et non.

Après une quinzaine de minutes, j’ai jeté un œil à ma casquette. Ensanglantée. Quelques minutes plus tard ?  Elle n’avait pas empiré, alors je me suis dit que ça avait arrêté de saigner. Grand champion, je vous dis…

Quand je suis arrivé à la maison après avoir couru le temps que j’avais prévu faire, Barbara était sur FaceTime avec sa mère et était en train de lui raconter comment son amie Louise était tombée sur la glace pendant qu’elles promenaient les chiens au parc. Elle aussi s’était cogné la tête.

Ah ben, une autre qui n’est pas capable de se tenir debout !

J’ai dit ça en agitant ma caquette. Pas ma meilleure idée. Tout de suite, ma douce s’est précipitée et a évalué les dégâts. Verdict: « Ça va te prendre des points de suture ».

Joli, hein ?

Nah, ça va s’arrêter tout seul. C’est en enlevant mon coupe-vent que j’ai constaté à quel point ça pouvait saigner: il était maculé. Ouin… Une fois dans la douche, j’ai bien dû me rendre à l’évidence qu’il n’y avait pas grand chose à faire. J’ai bien tenté de négocier, mais rien à faire, alors aussi bien me résigner: j’allais devoir aller perdre le restant de mon dimanche à la supposée urgence…

Louise, qui avait des symptômes de commotion cérébrale, fit également partie du voyage. On me dit que pour que des points de suture soient efficaces, il fallait qu’il soient appliqués au maximum 8 heures après la blessure. Je me disais donc que je ne m’en sortirais finalement pas trop mal.

Eh non. Comme plusieurs personnes étaient tombées ce jour-là et que mon cas était loin d’être prioritaire, c’est 12 heures plus tard que je suis sorti, le cuir chevelu recousu (il semblerait qu’il y a eu au moins 6 points, je ne sais pas moi, je n’ai pas la faculté de voir à cet endroit) et coiffé d’un pansement retenu par un joli filet. Sexy vous dites ?  Je vous épargne l’image.

Vas-tu faire attention la prochaine fois, champion ?

Après quelques jours, il semblerait que ça guérit bien. Pas près de me faire couper les cheveux, par contre…

 

Une coupure de l’hiver

J’étouffe, je n’en peux plus…  Coup d’oeil au chrono: ça fait presque 3 minutes que je suis parti. Oui mesdames et messieurs, 180 pleines secondes que je cours et je ne m’endure plus. Je suffoque. Littéralement… ou presque.

L’hiver a débuté sur les chapeaux de roue au Québec, avec des froids polaires dès la mi-décembre. Je crois bien avoir établi un record personnel avec une sortie à -27 degrés (c’était au thermomètre, sans compter le vent et l’humidité) dans les rangs de campagne près de chez mes parents, le 1er janvier au matin. Le plus drôle, c’est que j’y ai rencontré mon bon golden retriever qui ne semblait même pas se rendre compte de la température et qui était tout énervé de pouvoir m’accompagner durant une bonne trentaine de minutes. C’est le coeur gros que j’ai été obligé de le chasser alors qu’il voulait me suivre sur la route principale.

Toujours est-il qu’après avoir subi toutes les conditions d’hiver possibles et imaginables (vent, pluie, neige, verglas, alouette), je n’ai pas eu de difficulté à me laisser convaincre par ma douce: nous allions prendre une petite pause de cette saison maudite à la fin janvier. Après quelques discussions (car je suis intraitable: PAS de « tout-inclus », je suis trop antisocial pour même envisager ça pour des vacances), nous avons choisi de nous établir dans une petite « boutique » annexée à une maison d’un quartier aisé de la banlieue sud de Miami.

Par chance, il y a une piste cyclable qui longe une « rivière » (ça ressemble plutôt à un canal, mais bon) tout juste derrière la propriété et j’ai décidé d’en profiter, avant même le lever du soleil, le lendemain de notre arrivée.

Mais là, mon corps n’est plus vraiment habitué à ça… Chaud, très humide, ouf ! Pas moyen d’endurer ma camisole, je décide de l’enfouir sous l’écorce d’un palmier qui ne s’est pas encore remis du passage d’Irma. À moins que ce soit normal qu’un palmier perde son écorce, je le sais-tu, moi ?  Comment voulez-vous que je sache ça ?  Bref, je me dis que je la reprendrai au retour.

Je regarde ma bouteille d’eau. 16 onces (les buveurs de bière à tendance geek comme moi savent que ça fait 473 mL). J’ai prévu courir une heure. Loin d’être certain que ça va être suffisant.

Je repars, plus léger. C’est fou la différence que ça fait, courir torse nu quand il fait chaud. Puis soudain, alerte: petit animal noir et blanc à 11 heures. J’applique instinctivement les freins. Vraiment pas le moment de me faire arroser. Vous imaginez l’odeur au retour dans l’avion ?  Surtout que nous voyageons sans bagages de soute…

Mon cerveau se détend cependant: ce n’est pas une moufette, mais bien un des nombreux canards qui ont élu domicile sur les bords de la Black Creek. Dans la pénombre matinale, pas facile de distinguer correctement les formes.

En passant à côté de lui, je ne peux m’empêcher de lui lancer:  » T’es laid en tab… toé ! ». Ok, je l’admets, ce n’est pas tellement gentil de traiter mes hôtes ainsi, mais les mâles de cette espèce de canard abhorrent un gros motton rouge sur le dessus du bec qui leur donne un air… particulier. Ils pensent séduire les femelles avec ça ?  Bonne chance. Avouez qu’il y a plus sexy…  Mais dans un autre sens, quand j’aperçois une femelle avec ses 10-12 canetons, je me dis que ça doit marcher un peu.

Version floridienne du canard

Je poursuis mon chemin en riant tout seul. Je prendrais quelques degrés de moins, mais maudit que c’est plaisant de ne pas spinner une enjambée sur deux. Un peu plus loin, je vois trois jeunes femmes devant qui font leur work-out matinal. Sur la piste. Pourraient pas faire ça ailleurs ?  Enfin…

Je passe près de m’évanouir en voyant leur accoutrement: pantalons et manches longues. Dans cette fournaise. Définitivement que nos corps ne sont pas adaptés au même climat.

Finalement, la destination de ma sortie se pointe: le parc Larry et Penny Thompson. Un tantinet différent des parcs que je connais, mettons: palmiers en lieu et place des érables et autres feuillus, le reste de la végétation est constitué d’une version locale de nos buissons. Ça va faire la job, surtout que Michelle, notre hôtesse Airbnb, m’a dit qu’il y a un parcours de cross-country qui en fait le tour.

Je trouve rapidement ledit parcours, qui compte 5 kilomètres (les kilomètres ainsi que les miles sont même marqués). Parfait. Après quelques centaines de mètres, j’accroche un « buisson » et retentit aussitôt un bruit s’apparentant à une grande feuille d’aluminium qu’on secoue. Quessé ça ?!?

Je m’attends à voir sortir un serpent à sonnette ou quelque chose du genre. Un alligator peut-être ?  Nah, ça ne bouge pas, ces créatures-là. Quand même…

Quelques secondes s’écoulent. Rien. Je m’approche tout doucement du buisson suspect, empoigne une branche et la fait shaker bien comme il faut. Et le bruit d’aluminium qui se fait entendre à nouveau, pas mal plus fort. Ayoye… Bruyants, ces machins-là !  Je l’avais à peine effleuré… Va falloir que je m’habitue, j’en ai pour une semaine quand même.

Le parcours m’amène sur le bord d’un étang où je sens encore une fois mes genoux fléchir. La raison ?  Un homme est installé à une table de pique-nique, son vélo à ses côtés. Il regarde l’eau paisible en écoutant le silence matinal. Il porte… un kangourou.  Avec le capuchon sur la tête en plus !  Comment il fait pour endurer ça ce matin ?!?  Il vient de m’asséner le coup de grâce.

J’en ai assez. Mes 473 malheureux millilitres d’eau descendant à vue d’oeil, je prends le chemin du retour. En cours de route, je remarque les pancartes demandant aux gens de ne pas nourrir les animaux. Et quel représentant de la faune ont-ils choisi pour illustrer leur propos ?  L’alligator, évidemment. Je me prends à rêver d’en croiser un. Ce serait cool, non ?

(Pour la petite histoire, nous en verrons un paquet durant notre séjour. Il y en a partout, particulièrement dans les Everglades. Et ils font tous la même chose: rien.  Voyez par vous-mêmes… Et non, nous n’étions pas dans un zoo !  Mais bon, il n’y en a pas dans les villes.).

Michelle me voit arriver torse nu, en sueurs, avec ma camisole dans les mains. Elle me fait un large sourire en m’envoyant la main. Un mélange terrier-chihuahua appartenant aux voisins me rappelle bruyamment qui est le patron du quartier.

J’ouvre la porte de la « boutique » qui donne directement sur le lit où Barbara est encore étendue, pas pressée de se lever. J’ai le réflexe de fermer rapidement pour éviter qu’elle ait froid, puis suis pris d’un fou rire. Pas facile de se débarrasser de nos réflexes hivernaux.

Ha, ça a fait du bien… La journée peut commencer. Où est-ce qu’on va aujourd’hui ?