Les fous et autres petites vites d’avril

Les fous – Ça a fait 10 ans hier. Après deux kilomètres courus «en dedans», j’avais pris un rythme qui me semblait confortable. Mes temps de passage (c’était avant les montres à GPS) m’indiquaient des kilomètres courus en 5 minutes. Compte tenu du fait tout ce que j’avais dans ma besace de compétitions était un 10 kilomètres fait en un peu moins de 47 minutes, je trouvais ce rythme acceptable pour mon premier demi-marathon. Surtout qu’une blessure au mollet m’avait mis sur la touche pour une quinzaine de jours deux mois auparavant.

À 5 kilomètres de l’arrivée, la souffrance a commencé à s’installer. Elle est demeurée avec moi jusqu’à ce que je vienne (presque) littéralement mourir sur la ligne d’arrivée.

«Y’a juste les fous pour courir des marathons !» que j’ai pensé tout haut à ce moment-là.

5 mois plus tard, je devenais tout de même marathonien. 14 marathons et autant d’ultras plus tard, je le confirme : il faut être fou pour faire ça. Faut croire que j’ai trouvé mon créneau.

« On dirait que tu t’es trempé les doigts dans la peinture !!! » – Mon beau-papa n’est pas facile à impressionner. Mais je pense avoir réussi ça par un beau soir, il y a quelque temps.

J’étais sorti de la ville en courant pour aller prendre mon auto garée sur la rive sud. Il faisait autour de zéro degré, il tombait un petit crachin. L’horreur pour quelqu’un qui souffre du syndrôme de Raynaud: les gants deviennent mouillés et le moindre petit vent nous fait geler des mains.

Dans la voiture, j’ai eu beau mettre le chauffage, la circulation dans mes doigts n’était pas revenue à mon arrivée à la maison, où ma douce m’attendait avec son papa pour le souper.

Quand il a vu mes mains… J’ai presque eu peur pour son coeur.

J’ai cru comprendre que plusieurs de mes amis coureurs sont pris à divers degrés avec ce mal qui je l’avoue, est un peu emmerdant. Non, je dirais plutôt: très emmerdant. On doit toujours trouver la combinaison parfaite pour que les mains soient à la bonne température pendant qu’on court. Si on a froid, on gèle (duh !) et si on a chaud, on transpire et les mains risquent de geler plus parce qu’elles sont mouillées. Et ça fait mal en ta…

Si vous ne connaissez pas ça, je vous suggère d’aller voir. Vous risquez vous aussi d’être… impressionnés. 🙂

« En tout cas, tu ne… » – Les gens sont bizarres. Bon, qui suis-je pour parler hein ? Ok, je vous l’accorde. Mais quand même.

Ça s’est produit à deux reprises. Dans le cadre du travail, il m’arrive d’avoir à aller en installation avec des collègues. Sur place, on interagit avec d’autres collègues qui ne me connaissent pas et, au fil des jours, on finit par parler d’autre chose que de travail durant les pauses-repas.

Ce n’est pas écrit dans ma face que je cours beaucoup. Or, quand un collègue qui me connait se met à me taquiner en me disant que je pourrais me rendre à un endroit déterminé en courant, les autres s’étonnent. La plupart posent des questions, s’intéressent à ce que je fais, même s’ils ne semblent pas trop comprendre pourquoi.

Sauf qu’un jour, il y en a une qui m’a sorti : « En tout cas, tu ne serais jamais capable de faire un Ironman ! ». Une autre fois, un gars m’a lancé : « En tout cas, tu ne cours pas autant qu’Untel. Lui, il court en ta… »

Tu en sais quoi, Chose ?  Sur quoi tu te bases pour affirmer ça ?!?  Tu ne me connais même pas !  Penses-tu que les gens qui font des sports un peu extrêmes déambulent avec une aura autour d’eux ?  Qu’ils flottent dans les airs ? Hé non, on a l’air tout à fait ordinaires (mis à part qu’on est fous, évidemment).  On a juste des passe-temps… différents. Il y en a qui collectionnent les papillons, moi je fais ça.

Pour la petite histoire, comme je nage comme une roche, l’Ironman, effectivement… Quant à monsieur Untel, je le connais très bien et il est fort sympathique. Il court pas mal plus vite que moi (sous les 3 heures au marathon), mais il ne s’imagine pas faire des ultras.

Courir dans le royaume du truck – Autour des centrales Eastmain d’où je vous écris ce soir, les routes sont ondulées et en terre. Ici, les VUS sont considérés comme des sous-compactes. De plus, comme les routes sont larges et qu’il y a très peu de circulation, ça roule vite.

On m’avait mis en garde contre les roches propulsées par ces mastodontes. Sans compter les histoires à propos des loups, des ours, etc. Bah, je suis un ultrarunner, donc par définition inconscient du danger sur les bords. Jeudi, comme nos essais n’allaient débuter que le lendemain, j’ai profité d’une belle matinée pour travailler de ma chambre… et aller m’aventurer sur les routes, bien sûr !

J’amorçais une montée qui fait tout de même 1.5 km de long quand j’ai vu un giga pick-up qui s’en venait. Le nuage de poussière qu’il soulevait ne laissait aucun doute : il roulait. Et pas à peu près.

Puis, j’ai remarqué que ledit nuage diminuait peu à peu, pour presque disparaître : le conducteur avait levé le pied. Rendu à ma hauteur, je l’ai remercié d’un signe de la main, il m’a salué de la même façon avant de repartir en trombe.

Constat : au royaume du truck, le coureur est plus respecté que dans la grande ville…

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Impressionné

Ça y est, je suis trop vieux. Dépassé, plus juste bon pour le CSHLD et le manger « texturé ». Je ne comprenais rien de quoi on causait. Ha, je sais c’est quoi un hashtag, mais là, quand le représentant de l’est du pays s’est mis à expliquer comment les utiliser, on m’aurait parlé en mandarin que je n’aurais pas plus compris. Moi qui n’en utilise jamais, comment voulez-vous que je sache où les placer, de quelle manière, et patati et patata ?  Euh…

C’était au début du mois, à la soirée des athlètes et ambassadeurs dans les bureaux de Skechers. J’en étais à ma deuxième expérience, alors je savais plus à quoi m’attendre: une gang d’introvertis anormalement minces qui allaient bouffer du Subway avant de se faire briefer sur les nouveaux produits.

Bon, ce n’était pas du Subway, c’était de la pizza (mauvais timing, j’en avais mangé pas mal ces derniers temps, rapport au foutu dégât d’eau qui nous empêche de vivre normalement depuis une éternité), mais pour le reste, c’était pas mal ça. Bah, les gens n’étaient pas si introvertis non plus, certains se connaissant depuis des années. J’ai jasé un peu avec un monsieur de 60 ans dont j’oublie le nom (maudite mémoire) et qui s’en allait à Boston pour la cinquième fois. Il m’a raconté qu’il venait de traverser la ligne d’arrivée en 2013 quand ça a pété. Il a même senti le souffle des explosions. Ouf…

J’étais un peu rassuré quand il m’a demandé si je comprenais de quoi on causait. Lui aussi a semblé l’être quand il a vu ma face en point d’interrogation. On était au moins deux. Je me demande si les autres « seniors » sur place étaient comme nous.

Toujours est-il qu’à part ça, j’ai très bien compris de quoi il était question lors de ce briefing. Et j’ai été très, très impressionné.

Remise en contexte. Fin 2015, j’étais invité à devenir ambassadeur pour Skechers. Originalement, je ne comprenais pas trop pourquoi, surtout quand j’ai vu le calibre des athlètes qui étaient à la soirée. Puis j’ai compris: l’ultra-trail était sous-représenté dans l’équipe, seulement mon ami Benjamin faisant partie du domaine. La compagnie voulait avoir l’avis de plusieurs personnes qui testeraient les divers produits. Ha…

Je vous ai déjà fait part de mes craintes face à ce « contrat ». Je ne voulais pas perdre mon « indépendance » et devenir un panneau publicitaire pour Skechers. En même temps, la compagnie n’allait pas me fournir des équipements juste pour mes beaux yeux.

Je suis donc demeuré relativement discret sur le sujet. Mais j’ai pris à cœur mon rôle de cobaye. Ainsi, dans un long courriel envoyé à mon représentant, j’ai détaillé tout ce que j’aimais et ce que je n’aimais pas des divers produits, photos à l’appui.

Et qu’ai-je découvert (à part mon ignorance sur les subtilités des réseaux sociaux) durant le briefing ?  Que la compagnie écoute les athlètes !  Et ça ne lui prend pas 5 ou 10 ans avant de se revirer de bord, elle le fait en un an. Wow !

Ainsi, deux choses me chicotaient avec les modèles de l’an passé : la semelle s’usait rapidement et l’empeigne (la partie « bottine » du soulier) des modèles de trail n’était pas résistante. Et qu’est-ce que Skechers a fait ?  Elle a développé de nouveaux matériaux pour rendre les semelles plus résistantes tout en conservant les acquis au niveau légèreté et confort. Quant à l’empeigne des souliers de trail, elle a été renforcée.

Il me reste à tester le tout et je dois dire que les essais préliminaires donnent des résultats remarquables. Déjà que l’avis des utilisateurs soit écouté et surtout, appliqué, c’est remarquable en soit. Mais qu’ils apportent les changements proposés, wow.

Oui, je suis impressionné.

Petit brin de chiâlage

Que serait la vie sans Fred qui chiâle de temps en temps ?  Il me semble que j’ai été pas mal tranquille cet hiver, surtout pour un gars qui a été blessé. Ce qui fait que pas le choix, il faut ce qu’il faut… 😉

Les USA, on y a ou pas ?

Suite à l’élection de l’inqualifiable Donald Trump à la tête du pays voisin, je suis certain que plusieurs, comme les chroniqueurs Patrick Lagacé et  Yves Boisvert de La Presse, se sont posé la même question: les USA, on y va ou pas ?  En tout cas, moi j’ai eu cette interrogation.

En effet, pourquoi aller encourager l’économie d’un pays qui a élu un tel énergumène ?  Cet homme a tous les défauts qui peuvent me répugner: il est un menteur compulsif, raciste, égocentrique à l’extrême, misogyne en plus d’être manipulateur et paranoïaque (inqualifiable, je disais ?). Quand quelqu’un passe son temps à dire que tout le monde autour a un problème, c’est peut-être lui le problème, non ?  J’ai déjà eu un patron comme ça…

Mais bon, tout comme ces deux messieurs, ma douce et moi affectionnons justement les endroits et surtout les gens « anti-Trump »: la Nouvelle-Angleterre, l’état de New York, Washington (le district de Columbia a donné plus de 90% d’appui à Hillary Clinton) et nous irons certainement en Californie un jour. Bizarrement, le Texas et l’Alabama, bof… Et le Nebraska ?  Comment peut-on oublier le Nebraska ? 😉

Déjà qu’un voyage outre-mer était dans les plans (c’était avant que Dame Nature décide d’envahir notre sous-sol, là c’est un peu moins sûr), irions-nous y ajouter une semaine de camping au sud de Lacolle ?  Si leurs douaniers n’étaient pas toujours des plus sympathiques avant, imaginez maintenant…

Dans le même ordre d’idées, devrait-on aller faire des compétitions aux États-Unis ?  Car une course, ça implique évidemment des dépenses: bouffe, essence, logement, bière (je blague, enfin presque…). Veut-on dépenser cet argent là-bas ou serait-il préférable de le faire ailleurs ?

Pour ma part, l’offre des courses de 100 miles étant somme toute assez limitée au Québec, j’ai décidé d’aller au Vermont quand même. Et sans ma blessure, je serais allé à Massanutten. Mais ça ne veut pas dire que je vais faire ça à chaque année !

Le Tiers-Monde sportif ?

Selon ses propres dires, Jean-Luc Brassard est sorti de ses gonds une première fois le 14 février dernier, puis une deuxième fois dans une lettre envoyée à la section Débats de La Presse lundi. La raison ?  Le manque de couverture en direct des compétitions des sports dits « olympiques ». Il a utilisé le terme « pathétique » pour qualifier la situation et il a foutrement raison.

Quand j’étais enfant/pré-ado, les télés dites sportives n’existaient pas. On devait se rabattre sur Radio-Canada pour voir autre chose que les sports « traditionnels ». Ce qui fait que j’ai vu skier les fameux Crazy Canucks dans les montagnes mythiques de Kitzbühel ou de Val d’Isère. J’avais aussi vu patiner Gaétan Boucher sur un anneau extérieur (oui les jeunes, un anneau extérieur en glace naturelle en plus) avant qu’il ne gagne des médailles olympiques. Sans compter que le Marathon de Montréal était présenté en direct à cette époque.

Aujourd’hui, il existe 2 chaînes « offrant » du sport 24 heures sur 24 au Québec (et chacune d’elles « offre » deux programmations). Et pourtant, dans les 5-6 dernières années où nous avions la télé câblée (ben, c’était par satellite, mais ça revenait au même), je ne les ai pour ainsi dire à peu près jamais regardées. Pour la simple et bonne raison que ça ne parle que de trois choses: de hockey, de hockey et de hockey.

On y analyse chaque détail, on s’interroge sur un tel ou un tel, qui devrait jouer avec qui, qu’est-ce que le coach a dit, ce qu’il n’a pas dit, est-ce important qu’il parle français, bla bla bla… Il y a l’avant-match, l’après-match. La partie en temps compressé. Et les autres sports, eux ?

Oui, il y en a d’autres. Je vais passer outre les compétitions canines et les dards, mais les autres ? La plupart présentent avec un léger retard les images de l’émission américaine afin de permettre aux commentateurs en studio de savoir ce qui  va se passer et pouvoir le dire aux téléspectateurs. Ça me faisait hurler de rire quand j’entendais l’analyste du golf dire que le coup avait été « tiré à gauche » alors que la balle n’avait même pas encore été frappée. C’est beau, j’ai compris, je vais l’écouter au réseau américain…

Pendant ce temps-là, des athlètes de très haut niveau se démènent comme des diables dans l’eau bénite juste pour survivre car personne ne les connait, ou à peine. Ils apparaissent sur nos écrans lors des Jeux olympiques, puis disparaissent ensuite pour 4 ans. Après ça, on est déçus « parce que le Canada n’a pas eu beaucoup de médailles ». Ben oui…

D’ailleurs, à ce sujet, j’aime bien ce que dit Brassard: les Olympiques d’hiver, ça peut être un peu n’importe quoi car ils se déroulent souvent dans un endroit où, ho surprise, il n’y a pas vraiment d’hiver. Des Jeux d’hiver à Sotchi, vraiment ?  À Vancouver ? À Pékin ?!?  Ce qui donne des conditions de neige aléatoires et donc, des résultats tout aussi aléatoires. D’où l’intérêt de suivre nos athlètes en dehors de ce cadre artificiel.

Vous savez ce qu’il y a de plus ironique dans tout ça ?  C’est que la première sortie de Brassard est survenue le jour même du congédiement de l’entraîneur du Canadien. De quoi les médias ont-ils parlé, vous vous en souvenez ?  Heureusement, sa deuxième sortie, survenue suite au titanesque exploit d’Alex Harvey en Finlande, a des chances d’avoir plus de portée.  C’est à suivre.

Un marathon en 2 heures ?

Au cours de l’histoire de l’athlétisme, plusieurs barrières mythiques se sont dressées devant les athlètes de haut niveau. Ces barrières semblaient infranchissables pendant de très longues années avant de tomber sous les assauts répétés de l’amélioration des techniques d’entrainement, des stratégies de compétition et aussi, il faut le dire, probablement de l’évolution humaine.

Il y a eu les 8 pieds au saut en hauteur, les 6 mètres au saut à la perche. Les 10 secondes au 100 mètres, les 4 minutes au mile. Aujourd’hui, il y a les 2 heures au marathon.

Le record de l’épreuve a suivi une progression que je qualifierais de « normale » depuis de nombreuses années, quelques secondes étant retranchées du temps de référence précédent à chaque fois. Ceci se produit habituellement dans le cadre du Marathon de Berlin, réputé très rapide à cause de son parcours plat, et les conditions ne se prêtent pas à ce genre d’exploit à chaque année.

Présentement, le record est de 2:02:57, détenu par le Kenyan Dennis Kimetto depuis 2014. Logiquement, si la tendance se maintient, la barrière des 2 heures devrait tenir au moins 10 autres années, 15 ou 20 si on veut être plus réaliste.

Or, certains en ont décidé autrement. Ainsi, Sub 2 Hours a lancé un vaste projet de recherche et se donne un échéancier de 5 ans pour produire (c’est le cas de le dire) un athlète capable de terminer un marathon avec un « 1 » comme premier chiffre dans son temps final.

Et surtout, il y a Nike, qui de leur côté, ne niaisent pas avec le puck avec le projet Breaking2: ils veulent le faire dès cette année. Ils ont sélectionné trois athlètes de leur écurie et ils vont tout faire pour qu’au moins l’un d’eux réussisse.

Quoi ?  Gagner 3 minutes sur le meilleur temps jamais réalisé dès cette année ?  Ça va pas ?

J’ai vu passer un article cette semaine à propos de la « répétition générale » sur la distance du demi-marathon qui a eu lieu récemment. Et là j’ai compris: on dirait bien que ce ne sera pas un « vrai » record. Oui je sors encore le mot « vrai », j’espère que ça ne créera pas trop de controverse cette fois-ci ! 😉

Je m’explique. L’IAAF, l’organisme qui supervise les compétitions d’athlétisme et ratifie les différents records établis à travers le monde, a des règles très strictes pour qu’une performance soit considérée pour un record.

Ainsi, le parcours doit être vérifié et accrédité, ce qui est le cas du parcours où a eu lieu la répétition générale. De plus, il y a des règles concernant la distance géographique et le dénivelé entre le départ et l’arrivée (c’est pour cette raison qu’un record ne peut pas être établi lors du Marathon de Boston). Encore là, pas de problème, vu que l’essai se faisait sur un circuit de 2.4 kilomètres.

Là où j’en ai, c’est contre la méthode de drafting qui sera utilisée. En partant, une Tesla (auto électrique, excellente idée pour les coureurs qui n’auront pas à respirer des gaz d’échappement) transportant un tableau indiquant une mine d’informations sur la progression de l’épreuve (des capteurs ont été installés à tous les 200 mètres !) roulera devant les coureurs. Or, à voir les photos, ceux-ci couraient plutôt près de cette voiture, l’utilisant comme protection contre le vent. Déjà là, on n’est pas vraiment dans la légalité…

Ajoutez à ça l’utilisation de pacers. Ha, ils ne sont pas interdits et la formation en « diamant » prévue pour la tentative est vraiment bien pensée. Mais selon les règlements de l’IAAF, les pacers doivent prendre le départ de l’épreuve en même temps que tout le monde et abriter les coureurs « protégés » tant qu’ils le peuvent. Ainsi, on veut éviter qu’un athlète qui vise un record bénéficie de pacers frais qui entreraient dans la course à divers endroits et ce, pour de courtes périodes. Or, c’est précisément ce que l’organisation a prévu faire.

À mon avis, si le projet réussit (si on se fie à Eliud Kipchoge qui a complété son demi « d’entraînement » en 59:17 en courant à 60% de ses capacités, disons que les chances sont bonnes), un gros « Oui, mais… » s’installera dans l’esprit des observateurs. Car c’est bien beau faire la distance sous les deux heures, si on crée artificiellement et surtout « illégalement » les conditions pour le faire…

Un petit moteur dans les souliers avec ça ?

 

« Tirer la plogue »

Voilà, c’est fait: j’ai « tiré la plogue », comme on dit. En fait, elle s’est tirée par elle-même quand je n’ai pas confirmé mon inscription, mais ça revient à la même chose: je ne serai pas à Massanutten en mai prochain. Je me faisais peu à peu à l’idée depuis quelque temps, c’est maintenant officiel… et ça me fait tout drôle. Cette course, je l’avais tellement détestée à mes débuts, en 2015, pendant les longues heures que j’avais passées sur les foutues roches, sous le soleil de plomb… J’avais fini par l’apprivoiser en faisant la deuxième moitié de l’infernal parcours avec mon ami Pierre puis l’an passé, je m’étais carrément attaché. L’organisation, les gens, le site, tout. Le monde des ultras tel qu’on l’apprécie. Sans compter le fait qu’il y aura encore cette année une belle délégation québécoise. Mais bon, je n’en ferai pas partie.

Pourtant,  il y a quelqu’un qui a rallumé la lumière au bout du tunnel. Cette personne, c’est Annie-Claude, la physio que j’ai consultée à la clinique de la gare centrale. Sentant que j’étais allé au bout de l’ostéopathie pour la blessure que j’avais et constatant que la guérison stagnait, je me suis dit: pourquoi ne pas essayer la physio ?

À notre premier rendez-vous, elle m’a demandé un ordre de grandeur de mon volume habituel d’entraînement. J’ai répondu que je faisais entre 80 à 100 kilomètres par semaine, parfois 110 en « période de pointe ».

Pas de réaction. « Vos prochaines compétitions ? ». 50 kilomètres début avril (Runamuck) et 167 kilomètres début mai (Massanutten, évidemment). À peine un sourcillement. Soulagement: je n’allais pas passer pour un hurluberlu et ne me ferait pas dire « que j’en faisais beaucoup trop, que ça n’avait pas de bon sens, et patati et patata… ». Cool.

Après m’avoir examiné, fait faire un paquet de petits tests, taponné mon ischio de tous bords, tous côtés, elle m’a expliqué ce que j’avais et ce qu’il fallait faire pour guérir. En gros, oui, le muscle avait déchiré, mais il était en train de reprendre. Sauf qu’il fallait qu’il reprenne « comme il faut » et pour ça, je devais faire à tous les jours une série d’exercices qu’elle allait me prescrire.

La question me brûlait évidemment les lèvres : pouvais-je reprendre la course ?  « Pas cette semaine, mais à partir de la semaine prochaine, si vous faites vos exercices, le retour progressif à la course va faire partie de votre réhabilitation ».

Enfin !!!  Ça faisait 6 semaines que je m’étais blessé, ma dernière tentative remontait à 10 jours. Dire que je trouvais le temps long serait un euphémisme.

Et mon début de saison ?  « Je pense qu’il vaut mieux prévoir un retour progressif dans le but d’avoir un bon milieu et une bonne fin de saison qu’essayer d’aller trop vite. »

Flûte-caca-boudin. Mais bon, disons que je m’y attendais. J’allais définitivement « tirer la plogue ».

Je me suis donc mis à la tâche, assidûment, soir après soir. D’ailleurs, je ne comprendrai jamais pourquoi certaines personnes vont voir un professionnel comme un physio ou un ostéo pour ensuite ne pas faire les exercices prescrits. Ils pensent quoi, que ça va se faire tout seul ?  Que le pro a une baguette magique et va nous faire guérir en un claquement de doigts ?  C’est comme aller voir le médecin et ensuite, ne pas aller chercher les médicaments prescrits. Pourquoi y aller, voulez-vous bien me dire ?

Bref, après une semaine, deuxième rendez-vous. J’ai eu droit à des félicitations pour mes progrès et, extase, ai reçu mes instructions de course. Je devais commencer par une sortie de 20 minutes au cours de laquelle j’alternerais 3 minutes de course avec 1 minute de marche.

Moi, le gars plate, le gars de chiffres, fallait que je demande : 20 minutes, est-ce que c’est juste pour la course ou c’est pour le total. « Pour le total ». Ouin… Si ça allait bien, je pouvais ensuite monter progressivement: 30 minutes, 40 minutes. Puis passer à 5/1, 6/1, etc. Vous voyez le principe. Dans le genre progressif…

***

« Ça va pas ?!? ». C’en était presque comique. Ma belle-maman était à la maison pour quelque jours et lorsque je suis revenu de ma première sortie, peu habituées à me voir partir si peu longtemps, elle et Barbara ont posé cette question exactement en même temps.

Vous savez, 20 minutes, ce n’est pas tellement long… Et pas tellement épuisant non plus, à vrai dire, surtout quand on fait du 3/1. 5 petits blocs de 4 minutes et c’est terminé.

C’était il y a 3 semaines. Depuis, j’ai revu Annie-Claude à 2 reprises et ne devrais plus avoir à y retourner. Le retour graduel se poursuit. Une raideur (qui est tout à fait normale, à ce qu’il paraît) se pointe de temps à autre, me rappelant de ne pas brûler les étapes.

Maintenant, aurais-je pu faire Massanutten ?  Aucune idée. Et on ne le saura jamais…

Mais disons qu’avec le satané rhume qui m’est tombé dessus (oui oui, une vraie grippe d’homme !  Une chance que j’avais écrit le squelette de ce texte il y a quelques jours…), je ne suis pas trop fâché de ne pas avoir cette pression-là.

Chronologie d’une cr… de blessure

Le préambule – On s’envoie sa plus grosse année de course en « carrière » : trois 100 miles en plus d’un 120 km très costaud. On pace des amis au travers de la nuit. Après le dernier 100 miles, au lieu de se reposer, on « veut profiter de la belle température » pour essayer de retrouver sa pointe de vitesse d’antan. Et ce, même si on sait très bien qu’avec l’hiver qui s’en vient, ladite pointe de vitesse va se perdre.

L’incident – On est en plein milieu d’un intervalle, devant Habitat 67. On ressent un élancement au niveau de l’arrière de la cuisse.

La minimisation (oui, ça se dit !) – On a déjà ressenti ça, on se dit que c’est possiblement une contracture vu qu’une crampe est peu probable à ce stade d’une sortie relativement courte. No big deal. Un rendez-vous en ostéo et ce sera réglé. On prendra peut-être sa pause annuelle, question de reprendre pour les Fêtes.

La stupidité (I) – On repart, malgré la douleur. En fait, c’est plus un inconfort. S’il fallait s’arrêter à chaque inconfort…

La stupidité (II) – On reprend les intervalles. En plus, on ne coupe pas court, non, non, non, ce serait trop intelligent. On se tape le parcours prévu originalement en faisant le tour du circuit Gilles-Villeneuve. Les conditions sont tellement bonnes… Sauter les clôtures du pont est plus pénible que d’habitude. On finit par se faire une sortie de 17 kilomètres.

Le doute – La nuit, on se réveille en se retournant car la cuisse fait mal. Hum…

Le rendez-vous  (I) – L’ostéopathe parle de déchirure musculaire et « prescrit » la pause annuelle.

La pause – On se convainc que c’est probablement un mal pour un bien, que le corps en avait sans doute besoin. On en profite pour faire autre chose, pour dormir le dimanche matin.

Le retour (I) – En échauffement, on sent qu’il y a toujours un élancement. On l’ignore. Comme c’est un matin de tempête, on se dit que c’est parfait, qu’on va être « obligé » de prendre ça mollo.

La stupidité  (III et IV) – Dès les premières enjambées, le mal revient. On croit naïvement que ça va passer et on persiste. Sur 11 kilomètres. Et le pire, c’est qu’on remet ça le surlendemain… en courant plus vite !

Le soupçon de sagesse (I) – On décide de prendre un autre rendez-vous et de demeurer au repos d’ici là. On en profite aller prendre un verre avec les copains du bureau. C’est la dernière journée avant Noël, après tout !

Le rendez-vous (II) – On se sent bien, « il ne reste presque plus rien ». L’ostéo travaille longuement sur le muscle blessé. De vives douleurs se pointent à des endroits insoupçonnés. Quand pourra-t-on reprendre ?  « Il faut écouter votre corps ». Re-hum…

Le soupçon de sagesse (II) – Pause de 5 jours avant la reprise qui se fera très, très progressivement se promet-on. En alternant course et marche.

Le retour (II) – Règle auto-imposée: dès qu’on ressent une tension, on marche. Connaissant son esprit compétitif, on laisse la Suunto à la maison. Tout se fera au feeling. Premier essai 50-50 course-marche. Deuxième essai, on court plus, on marche moins. Troisième essai, on court encore plus, on marche encore moins.

La stupidité (V) – Quatrième essai. On court trop, on ne marche pas assez.

Le soupçon de sagesse (III) – Nouvelle pause de 5 jours. On veut attendre « de ne plus rien sentir »

Le retour (III) – Aucune douleur, aucune raideur, la vie est belle, nouvel essai. Au bout d’environ 500 mètres, inconfort dans une région assez éloignée de « l’épicentre ». Bah, c’est probablement autre chose…  11 kilomètres sans marcher, même si son épouse fait remarquer qu’il « court sur les brakes ».

Le découragement – Le lendemain, la raideur est revenue. La guérison a été retardée. Que faire ?  Quand pourra-t-on reprendre ?  Le moral est à plat; l’humeur, massacrante.

La revue à la baisse de objectifs – Le printemps qui était chargé risque de l’être moins. En effet, comment envisager de faire 100 miles sur ses deux jambes quand on n’est pas foutu d’en faire 5 ?

On vise d’être en mesure de faire le marathon d’Ottawa avec sa petite sœur.

Le rendez-vous (III) – « C’est beaucoup mieux que la dernière fois. Le muscle est en train de guérir. Faut juste lui laisser le temps. »

Les loteriesMassanutten in. On a jusqu’au mois de février pour s’engager. Et après ça, jusqu’en avril, il en coûtera seulement 25$ si on se retire. On a le temps d’y penser.

UTMB out.

Le soupçon de sagesse (IV) – Autre pause auto-imposée de deux semaines. On croise les doigts.

2016: retour sur une drôle d’année

Les traditions étant les traditions, celle-là en est une incontournable depuis que j’ai démarré l’écriture de ce blogue, alors la voici donc: ma drôle d’année 2016 en quelques flashes.

« Je fais des ultramarathons parce que des marathons, c’est trop dur » – C’est ainsi que je me suis présenté lors de ma première rencontre des ambassadeurs Skechers. Tout le monde s’est mis à rire, mais je n’exagérais pas tant que ça. C’est très dur un marathon, vous savez…

Jamais je n’aurais pensé qu’une compagnie puisse être intéressée à commanditer quelqu’un de mon niveau. Imaginez: le gars qui était assis à côté de moi était le champion en titre du marathon de Montréal !  Je n’avais pas vraiment rapport. Et justement, c’est parce que je n’avais pas rapport que j’étais là: je suis ultramarathonien, alors que les autres faisaient de la piste, de la route ou du triathlon.

L’association a été fructueuse, pour moi en tout cas. Je cours maintenant presque exclusivement sur du Skechers et les vêtements fournis commencent à être sérieusement usés. Notre entente a été renouvelée pour 2017, à mon grand bonheur.

Les pauses-bobos – Février, mon sciatique a fait des siennes. Résultat: un mois on and off. Je suis arrivé à Massanutten légèrement sous-entrainé, avec comme conséquence que j’ai fait le même temps qu’en 2015, mais dans des conditions pas mal plus faciles.

Décembre, déchirure au niveau de l’ischio-jambier droit. J’attends « patiemment » que ça guérisse. Moi qui fais des sorties course-marche, on aura tout vu…

C’est fou le nombre de blessures qui peuvent se produire dans un sport sans contact. Les coureurs en ont tous, à divers degrés. Mes collègues me voient souvent boiter au travail et me demandent si je me suis fait une compétition quelques jours auparavant. Hé non, ce sont la plupart du temps mes tendons d’Achille qui se plaignent. Mais comme ils n’empêchent rien, je cours dessus.

Mais bon, ça ne se passe (malheureusement) pas comme ça avec l’ischio.

Les controverses – Paradoxalement, j’ai moins publié en 2016 que les années précédentes et pourtant, jamais je n’ai créé autant de controverses. Car non pas une, mais bien deux fois mes articles ont entrainé des réactions… pas toutes positives, disons.

Les discussions privées demeureront privées, mais je tiens à souligner ici l’apport de Patrick au débat « principal ». Je voudrais le remercier pour le ton très cordial qu’il a utilisé, pour son ouverture et ainsi pour les arguments qu’il a apportés qui m’ont amené à voir la situation d’un autre oeil. J’ai appris à connaitre un homme remarquable que j’espère bien recroiser très prochainement.

De tout ça, je retiens une chose: nous sommes chanceux de vivre dans un endroit où un sujet comme la course à pied peut mener à de telles discussions. Il faut croire que nos vies ne se portent pas si mal. Je me demande bien ce que les gens d’Alep pourraient en penser…

Le fat ass – L’appel a été lancé au hasard sur Facebook par un ami. Il s’attendait à ce qu’il y ait 10-15 coureurs qui se présentent. Le soleil radieux aidant, il y en a eu une quarantaine. Un beau parcours de 50 kilomètres empruntant des chemins de campagne comme je les affectionne. Merci Stéphane.

fatass

La gang du fat ass avant le départ. Crédit photo: je l’ignore. Guy, je te l’ai empruntée sur ta page Facebook…

« Je ne crèverai pas icitte ! » – Ça a été ma mantra lors de mes deux premiers 100 miles de la saison. La première fois que je me suis dit ça, c’était à Massanutten, peu de temps après le départ. Je commençais à frustrer à force de me faire dépasser dans les roches et tâchais tant bien que mal (surtout mal) d’accélérer le pas. Après avoir perdu l’équilibre à quelques reprises, j’ai eu cet éclair de lucidité: valait mieux arriver un peu plus tard que ne pas arriver du tout. Je suis nul dans le technique, aussi bien l’accepter. Avec le recul, je l’ai peut-être trop « accepté », mais bon…

C’est dans un tout autre contexte que je me suis juré de demeurer vivant lors de l’Eastern States. Je venais d’accompagner un gars qui se vomissait les tripes jusqu’au ravito du 33e mile. La section qui suivait était relativement facile, je pensais pouvoir rouler un peu. C’est ce moment que la chaleur a choisi pour me tomber dessus. J’ai vraiment eu l’impression que si je persistais à courir, j’allais y rester. Je me suis mis à marcher.

Les roches – À Massanutten, je les connaissais. Je savais qu’elles me donneraient du fil à retordre. Disons qu’elles ne m’ont pas déçu. À Eastern States, par contre… Ha, il y en a moins, mais bout de viarge, elles bougent !

Québec Power – Sur 199 partants à Massanutten, nous étions 7 de la belle province. On dirait bien qu’il va falloir que les Américains s’habituent à entendre parler français.

La décision – Shawl Gap, mile 38. Sachant qu’une longue section sans ravito s’en vient, je change mon système d’hydratation, question d’avoir une plus grande réserve de liquide avec moi. Dans le transfert des trucs, j’hésite à prendre un imperméable de secours, car je trouve qu’il prend de la place pour rien. Je décide finalement de l’emporter avec moi, au cas où…

Cette décision sauvera littéralement ma course. À peine une heure plus tard, la pluie se mettra à tomber et la température, à chuter. Sans ce cossin à 1$, l’hypothermie me guettait. Quand on pense que c’est arrivé à une coureuse d’expérience comme Amy…

La pluie – Trois courses de 100 miles, trois fois de la pluie, au moins une heure à chaque fois. Vais-je faire un 100 miles sans pluie un jour ?

La perf – Je sais qu’il n’aime pas tellement qu’on en parle, mais je suis encore béat d’admiration devant la perf que mon ami Pierre nous a sortie à Massanutten. 24h38, bon pour une quinzième place. Wow. Sur un tel parcours, chapeau bien bas.

Mention très honorable à Stéphane-le-métronome, qui a terminé de boucler le grand « 8* à peine une heure plus tard.

Le lapin – Pour la deuxième année, j’ai eu la chance de jouer au lapin de cadence lors de la Course des 7 qui se déroulait dans mon patelin. Les conditions aidant (il y avait un vent très « montérégien » ce jour-là), j’ai eu des clients (des clientes, en fait) jusqu’à la toute fin. Les high fives de remerciement que j’ai reçus à l’arrivée n’avaient pas de prix.

La Maison bleue – Étant réservé de nature, je ne suis pas vraiment  (en fait, je devrais dire: vraiment pas) porté vers tout ce qui a rapport à la sollicitation. Mais bon, Julie, ma partner de la Petite Trotte, m’a convaincu de nous lancer dans une levée de fonds pour la Maison bleue, un organisme qui vient en aide aux jeunes familles.

J’avoue avoir été impressionné par cet organisme et surtout, par les gens qui y travaillent. Un bel exemple pour tous. J’ai porté le macaron de la Maison bleue tout au long de notre périple à travers les bois de St-Donat et il se retrouve toujours sur mon sac. Il devrait être de la partie le jour où de prendrai le départ de l’UTMB.

Courir en équipe – 28 heures. C’est le temps que nous avons passé ensemble dans les bois, Julie et moi. Ajoutez à ça le voyage en auto, le dîner, etc. Des discussions, nous en avons eu plein et peu à peu, les barrières socio-naturelles sont tombées. J’ai déjà lu quelque part que si vous voulez vraiment connaitre quelqu’un, vous devez courir un ultra avec cette personne. Hé bien, nous ne nous connaissions pas beaucoup avant le départ, mais  ces heures ont fini par faire de nous de véritables amis.

Le dimanche matin au déjeuner, quand la serveuse a demandé avec lequel de Lambert ou de moi Julie était en couple, j’ai eu envie de répondre qu’elle avait passé la dernière nuit avec lui, mais la précédente avec moi.

Mais bon, je me suis gardé une petit gêne…  🙂

Le pacer – Course Chamfleury, avril 2012. J’approche du dernier kilomètre de cette course qui en compte 10. Ça va super bien mon affaire, les soeurs Puntous sont environ 200 mètres derrière, je suis déjà entièrement satisfait de ma course.

Devant, je vois un gars qui cours à bonne allure parmi les coureurs plus lents qui font le 5 kilomètres. Je me dis que je vais essayer de le rattraper, juste pour voir. Après dur effort, je suis sur ses talons et me laisse « tirer » par lui. Ouf, juste demeurer derrière, c’est déjà dur…

Puis, je réussis à reprendre mon souffle un peu et tente de le dépasser. Il terminera quelques secondes après moi. On s’échangera quelques mots de félicitations par après et je croyais ne plus le revoir.

J’oubliais que le monde est petit. En effet, 4 ans plus tard, j’aurai comme mission d’amener mon ami Martin vers son objectif, soit de descendre sous les 20 heures dans une course de 100 miles. Malheureusement, la chaleur du jour a fini par faire son effet et mon coureur en a été affecté. Il faut aussi dire que c’est lui qui a le don de me faire rire à chaque fois qu’il parle, alors que normalement, c’est moi qui aurais dû être là pour le distraire. Mais bon, il est tellement drôle que c’est dur à accoter, comme on dit…

Pour clôturer sa saison, après s’être envoyé une multitude d’ultras, Martin fracassera la barrière des 3 heures à Toronto. Je me demande encore comment j’ai pu le rejoindre par ce beau matin d’avril.

La vie d’ultra… un peu – Je le dis souvent: je suis trop douillet pour faire la « vraie » vie d’ultra. Vous savez, se taper de longues heures de route pour coucher dans sa voiture ou sous une tente… Je suis plus du type « hôtel », une vraie poule de luxe.

J’en ai tout de même eu un aperçu lors de cette fin de semaine au Vermont. Stéphane et moi nous sommes rendus sur place le samedi, avons pacé nos coureurs respectifs, puis avons dormi dans l’auto sans prendre de douche avant de revenir le lendemain.

Le bilan ?  Mon compagnon de voyage a été extraordinaire et on a eu beaucoup de plaisir. Si je le referais ?  Absolument !  Même si je ne suis pas vraiment fait pour ça…

« It makes sense«  – Frontière américaine. Le douanier ne semble pas surpris que je lui dise que je m’en vais faire une course de 100 miles. Il s’interroge toutefois sur la présence d’un matelas de sol dans mon VUS. Je lui explique que je suis avec ma soeur et mon père, que nous allons coucher à l’hôtel…

Son visage exprime une réflexion: aucune des combinaisons s’offrant à nous (père-fils, père-fille, frère-soeur) ne semble possible pour partager un lit, alors effectivement, nous aurons besoin d’un troisième matelas.

« Yeah, it makes sense…« 

Le sauna – On a dit des marathons de Boston et d’Ottawa qu’ils s’étaient déroulés dans des « saunas » cette année. Que dire de l’Eastern States, alors ?  Quand j’ai ouvert la portière du véhicule la veille de la course, la chaleur était écrasante. Il faisait 35 degrés, plus de 45 degrés avec le facteur humidex. Étouffant vous dites ?

À partir de ce moment, j’ai eu peur, peur comme jamais avant une course. Comment pourrais-je faire 100 miles là-dedans alors que je peinais à respirer ?

« Coin-coin, le petit canard a pris la pluie ! » –  Commentaire de mon ami René suite à la parution d’une photo prise lors de la course.

Le problème ?  Au moment où ladite photo a été prise, il n’avait pas encore plu.

L’orage – Grosse chaleur, grosse humidité, ça amène quoi, habituellement ?  Hé oui, de gros orages. Celui-là a été particulièrement effrayant. Surtout quand la foudre est tombée sur l’abri sous lequel je me tenais.

Le plus dur ? – Ce fut un véritable massacre: 197 au départ, 66 à l’arrivée. Les conditions ont probablement faussé les données, mais comme dirait l’autre, la chaleur en Pennsylvanie au mois d’août, fallait s’y attendre un peu.

Maintenant, est-ce que ce parcours est plus difficile que celui de Massanutten ?  Vrai que j’y ai mis près de 3h30 de plus, mais comme je disais, avec la chaleur… Honnêtement, je ne sais pas. Certaines montées (et certaines descentes !) sont épiques, rien de ce que j’avais vu auparavant ne s’y compare. Mais en ce qui me concerne, dans des conditions similaires, je pense que Massanutten est plus difficile pour moi, rapport à mes lacunes techniques.

Mais pour tout le monde ?  Il vous faudra essayer !  🙂

Le paradis – Les rues de Londres, les étroits chemins ondulés et verdoyants du Devon, les environs de Bath, ha… Durant ces deux semaines en Angleterre, j’ai eu la chance de voir à la course un côté moins connu de ce si beau pays . Définitivement que cette manière de visiter est là pour rester.

Les vieux routiers – Ligne de départ du Bromont Ultra. Je suis avec Pierre, Louis et Pat. On jase, on rigole. Tout autour, je sens la nervosité chez quelques coureurs qui en sont à leur première expérience sur la distance. Pas trop déplaisant d’être un vieux routier…

« Tu peux prendre ton temps, vous êtes quatrièmes » – Ian et moi venons d’arriver au ravito du lac Bromont, au kilomètre 41. Je me doutais bien être en plutôt bonne position (ce que mon père venait de me confirmer) et pourtant, j’ai l’impression de ne pas avancer depuis le départ. Impression que je conserverai jusqu’à l’arrivée. Tout comme la quatrième place d’ailleurs.

Le jeunots – Les ultramarathons, c’était habituellement réservé aux coureurs plus matures, si on peut s’exprimer ainsi. Mais depuis peu, je constate l’arrivée d’une nouvelle génération qui nous fait la vie dure. Je connaissais déjà Vincent et Benjamin, voilà que cette année, j’ai eu la chance de côtoyer Xavier (qui s’est enfilé le trio Petite Trotte – Vermont 100 – Bromont 160) et Ian, qui a terminé deuxième à Bromont en me mettant plus d’une heure dans le buffet.

Pépère Fred n’a pas fini de se faire botter le derrière !  🙂

Le cri dans la nuit – Bien qu’ils soient toujours pris avec des bobos à gauche et à droite, il est rare d’entendre des coureurs, particulièrement des ultramarathoniens, se plaindre d’avoir mal. Alors quand j’ai entendu le cri de Stéphane déchirer la nuit, j’en ai eu des frissons. Fallait que ça fasse mal pas à peu près pour qu’il le laisse échapper.

Verdict: cheville tordue, contraint à l’abandon. Il va revenir plus fort pour nous refaire le coup du métronome.

L’autre cri dans la nuit – Celui-là, il est sorti de ma bouche. La descente menant au deuxième passage au ravito P5 avait été rendue impraticable par la pluie. Je me suis retrouvé à glisser sur mon postérieur de manière incontrôlable et quand le toboggan a fini par finir par s’arrêter, j’ai laissé échapper ce cri de frustration… parsemé de mots religieux de circonstance. De toute façon, que serait un ultra sans quelques mots religieux ?

Perdu – Par deux fois, j’ai manqué un virage dans la section relativement bénigne du mont des Pins. Maudite vision-tunnel !  Une autre raison pour invoquer les saints.

Plusieurs minutes perdues. Sans ça, aurais-je pu terminer une position plus haut ?  On ne le saura jamais.

La sérénité – Avant de m’élancer dans la dernière mini-boucle de 6 kilomètres, on m’a dit que je n’avais que 3 minutes de retard sur celui qui me précédait. J’ai poussé sur un ou deux kilomètres, mais ne l’ai jamais aperçu. Voyant cela, j’ai levé le pied et ai terminé en appréciant le moment. Étais-ce bien grave de ne pas terminer sur le podium ?  Bien sûr que non.

La bière – Véritable obsession parfois, à croire qu’on ne court que pour ça. Mais mon papa avait prévu le coup !  🙂  On dirait qu’elle est meilleure à 10 heures le matin…

bierebromont

Ha, la bière d’après-course…

Un podium à cinq marches ? – Bromont a le don de me mettre par terre. Durant la course, ça va bien, mais après, je tombe en mode zombie assez rapidement. Je savais que ma « fenêtre » pour être en mesure de retourner à la maison était courte, alors j’ai voulu partir. C’est alors qu’on m’a appris que le podium comptait cinq marches et non pas trois. J’en faisais donc partie.

Hein, cinq marches ?!?  De quessé ?

J’ai confirmé auprès de Gilles, qui m’a dit que si j’étais à bout, d’y aller, que ce n’était vraiment pas la fin du monde. Au moment où la cérémonie a eu lieu, j’étais étendu sur le lit de la chambre d’amis, incapable de bouger, notre Charlotte blottie contre moi. Je trouvais ça poche de ne pas être là, mais j’étais vraiment brûlé.

Merci Gilles – C’est lui qui a eu l’idée saugrenue de se lancer dans l’aventure d’organiser un ultramarathon à Bromont. L’événement ne cesse de grandir depuis, de sorte qu’il est devenu un incontournable. Merci Gilles.

Travail d’équipe – Paradoxalement, bien que le sport que je pratique soit individuel, je préfère les sports d’équipe. Malheureusement, l’individualisme vient trop souvent briser la beauté de ces derniers, ce qui a le don de me mettre en rogne, alors…

Je peux toutefois faire équipe dans le cadre d’un ultra, que ce soit avec un autre coureur ou avec mon équipe de support. Et dans ce domaine, comment oublier l’apport de mon papa encore cette année ?  Quand c’est rendu que les membres d’une équipe de support se font reconnaitre par les autres coureurs…

Et avec ma petite soeur dans le portrait, je sens que l’équipe pourrait s’agrandir de temps en temps…  🙂

Zéro marathon – Il y a à peine 10 ans, je me suis mis à courir, « pour voir ». L’année suivante, je complétais mon premier marathon. À chaque année depuis, j’en avais fait au moins un. C’était jusqu’à 2016. Pas de marathon, ça fait tout de même bizarre quand on y pense. Bah, ça va avec la drôle d’année que j’ai eue.

Est-ce à dire que c’est terminé pour moi ?  Sais pas. Je vais définitivement en faire d’autres pour accompagner des parents et amis, mais en faire d’autres « pour moi » ?  Pas sûr.

Mais bon, Pierre et Martin m’ont lancé l’idée de me tirer vers les 3 heures à Philadelphie…

Pour 2017 ? –  Ha, cette période de l’année où on décide de son calendrier de courses avec une bière dans la main…

Tout comme en 2016, l’année risque d’être tracée en fonction du résultat du tirage au sort en vue de l’UTMB. Pour le moment, je ne suis inscrit qu’au Runamuck 50k (avril) et au marathon d’Ottawa (mai) que je ferai comme pacer personnel pour ma frangine préférée qui en sera à son premier marathon.

Pour le reste, j’envisage un retour à Massanutten (c’est qu’on s’attache à ces petites bêtes-là) en mai, un petit voyage en Estrie pour le 50k de Five Peaks à Orford en juin ainsi que peut-être le Vermont en juillet. Bromont en octobre ?  Un incontournable, je l’ai déjà dit.

J’ai regardé toutes sortes d’épreuves en Europe (surtout en Écosse et en France) si jamais je n’étais pas pris, mais j’en suis venu à la conclusion que le désir de prendre part à ces courses ne valait pas l’investissement de temps et d’argent qu’elles impliquent. Par contre, la Transmartinique en décembre, hum… À voir.

Bonne année 2017 !  🙂

Zatopek et le point d’interrogation

« Ouin, si je me plante, je suis un peu dans la m… »  – Le soleil était radieux, le ciel sans nuage, le vent à peine perceptible. Et l’air, que dire de l’air ? Il était si pur… Il faisait -12 degrés, mais là-bas, c’est comme lorsqu’il en fait 10 de plus chez nous. Non mais, ce que je pouvais être bien !

Depuis 3-4 minutes, je courais sur la digue du réservoir Eastmain servant à alimenter les centrales du même nom. J’étais là en vue d’une semaine d’essais (dont je vous épargne les détails), mais en ce beau samedi de décembre, comme l’installation des équipements nécessaires était toujours en cours, j’avais décidé de demeurer au camp pour travailler sur d’autres dossiers à partir de ma chambre… et en profiter aller courir.

Sans blague, comment pouvais-je passer à côté de ça ? Des chemins de terre larges, ondulés, où un véhicule passe à toutes les 20 minutes. J’allais demeurer à ma chambre ? Duh ! Je travaillerais quand le soleil serait couché et de toute façon, il n’y a pas que l’argent dans la vie.

Je m’étais donc fait un petit échauffement autour des « roulottes » nous servant d’hébergement, puis m’étais dirigé vers la centrale où auraient lieu les essais, question de connaître la distance à parcourir si jamais il me venait l’idée saugrenue (moi ? Non….) de voyager à la course les jours suivants. Verdict : 5.37 kilomètres. Bof…

Puis, après un crochet par la centrale-sœur, j’avais gravi la longue montée menant à l’endroit où l’eau est amenée dans les deux installations. Comme il y a des centaines de mètres cubes d’eau qui y pénètrent à chaque seconde, je m’attendais à tout un spectacle.

Constat : Re-bof. Un tout petit tourbillon digne de la plus simple des baignoires. Ouais… Et c’est à ce moment que j‘ai aperçu la digue. Elle était si attirante…

Je courais à bon rythme, écoutant le bruit de mes pas sur le sol quand j’ai eu mon flash. Je me voyais glisser ou m’enfarger, me retrouver face contre terre, incapable de bouger. Ou pire, me voyais plonger dans le réservoir. En été, des gens se promènent ici, viennent faire de l’observation d’oiseaux. Mais en hiver… Mis à part quelques renards, mettons qu’il n’y a pas grand monde et je ne pouvais pas vraiment compter sur eux pour aller chercher de l’aide. À -12 degrés, le temps avait beau être sec, ça restait tout de même -12 degrés. Je doutais pouvoir résister longtemps à l’hypothermie. Valait mieux retourner au camp.

Le point d’interrogation – En fin de journée samedi, j’ai appris que les essais étaient annulés suite à un bris d’équipement. Or, comme le prochain avion ne passait que le lundi (hé non, il n’y a pas de vols à tous les jours à l’aéroport de Némiscau, incroyable, non ?), j’ai encore été pogné pour courir sur de la neige sèche et bien tapée. Ha petite vie…

Cette fois-là, j’ai mis le cap vers La Sarcelle, une centrale située… à 110 kilomètres de là. Oui, c’est vaste la Baie James. Et évidemment non, je n’avais aucune intention de m’y rendre (je ne suis pas cinglé à ce point). Je voulais juste essayer un autre chemin.

Si c’était tranquille, vous me demandez ? Pas un chat (seulement un autre renard, en fait). La route enneigée juste à moi, les « crounch-crouch » de mes pieds sur la neige comme accompagnement. Décidément, je finirais peut-être par m’attacher à ce coin de pays…

Un bruit familier est venu déranger mes rêveries: un poids lourd approchait. Il y en a relativement souvent la semaine, mais un dimanche, sa présence m’a tout de même un peu surpris. Comme il approchait, je me suis tassé pour lui laisser le chemin.

« Voyons, qu’est-ce qu’il niaise ? » Il n’avançait à peu près plus. Quand il arriva finalement à ma hauteur, j’ai regardé en direction du chauffeur, question de savoir de quoi il en retournait. Malgré le froid (il faisait tout de même -18 degrés ce matin-là), sa vitre était abaissée et un point d’interrogation avait remplacé son visage. C’était clair: il n’avait jamais vu un gars courir dans ces contrées perdues, se demandait ce que je foutais là et surtout, si j’allais bien. Je lui ai envoyé la main, à la fois pour lui montrer que tout était sous contrôle et aussi, pour le remercier d’avoir ainsi ralenti à ma hauteur.

Il m’a répondu par un signe de la main et a poursuivi sa route, se demandant probablement s’il avait rêvé. En tout cas, il aurait quelque chose à raconter aux boys le soir au souper.

Le selfie – Une fois n’étant pas coutume, j’ai pris l’initiative de me faire un petit selfie ce jour-là après être revenu au camp. Sauf que la température froide aidant, mon nez s’était transformé en véritable robinet en cours de route et comme j’ai supposé que certains de mes lecteurs me lisaient au petit déjeuner, j’ai décidé de ne pas leur faire subir ce spectacle. Ce sera pour une prochaine fois. 🙂

Zatopek – Le lundi, j’ai repris l’avion pour revenir à l’humidité. Mon collègue a dû rester une journée de plus, pour une raison que je vais (encore) vous épargner. Un technicien de la centrale lui a demandé : « Pis, Zatopek est parti ? ».

Voilà, je commence à me faire une réputation à la grandeur de l’entreprise. Et bon, se faire comparer à Zatopek, il y a pire dans la vie, pas vrai ?

Pause forcée, encore…  – Novembre a été superbe cette année. Pour la course en tout cas. Donc, par un beau matin, j’étais dans la descente du chemin Olmsted, avec d’excellentes chances de fracasser le prestigieux record du Olmsted-aller-retour-avec-deux-boucles-du-sommet dans la catégorie reine, soit celle des hommes-de-46-ans-qui-habitent-sur-une-rue-portant-un-nom-d’oiseau-qui-fait-rire-le-monde.

Je croise Benjamin, mon « coéquipier » Skechers, qui monte tranquillement en sens inverse. Le record attendra, les copains, c’est plus important. «Tu ne prends jamais de break, toi, hein ? ». Il avait vu que j’étais pas mal à fond. Bah, juste quand je suis blessé que je lui ai répondu, un peu à la blague.

Ben c’est ça, je suis maintenant en break. Encore. À mon retour du grand nord, je faisais un peu de vitesse quand j’ai senti mon ischio droit me demander grâce. Bah, ça va passer…

Ça n’a pas passé. Visite chez Marie-Ève, qui me suggère de prendre une pause, ce serait le bon temps, car mes muscles sont fatigués (elle sait ça comment ?). Ok…

Re-visite, on patiente quelques jours, on essaie pour un petit 10. Re-crack. Comme pour confirmer, j’ai refait un autre essai deux jours plus tard, pour 12 kilomètres cette fois. Je l’ai achevé. En fait, c’est le genre de blessure très traître parce qu’elle ne nous empêche pas vraiment de courir et même, on ne la sent presque pas si on ne pousse pas la note. Mais bon, si je veux recommencer à pousser un peu…

Bref, je suis bien décidé à attendre de ne plus rien ressentir avant de reprendre le collier. Et d’arrêter dès que je sens que la moindre chose ne va pas. À suivre.