D’une cheville à l’autre

Contrairement à ce que Springsteen chantait, nous ne sommes peut-être pas nés pour courir après tout… Mais non, je blague. J’ai lu avec beaucoup d’attention le livre Born to Run de Christopher McDougall et ce dernier m’a confirmé que l’être humain est génétiquement programmé pour courir. Sauf qu’il faut le faire correctement, sinon les blessures…

Il faut croire que je ne le fais pas tout à fait comme il le faudrait parce que depuis Philadelphie, mon ischio-jambier droit m’embêtait. Pour le protéger, je me suis mis à porter un bandage autour du mollet droit. Conséquence: ledit mollet s’est mis à mal travailler et mon pied droit cognait lourdement au sol. Des « tocs » successifs à chaque emjambée, ce n’est pas nécessairement le genre de musique qu’un coureur aime entendre quand il s’entraine. À un moment donné, ces chocs répétés finissaient par engourdir la cheville. Et qu’est-ce que je faisais pour essayer de régler ça ? Je compensais par la jambe gauche.

Ça fait qu’hier soir, j’ai senti revenir en force ma vieille blessure au tendon de la cheville gauche, subie l’année passée. En fait, elle ne revient pas vraiment en force, mais disons qu’elle fait sentir sa présence, un peu comme il y a 12 mois.

Le point positif dans tout ça ?  Ça m’a forcé à ralentir la cadence pour ma longue sortie de 27 km ce matin. Ça et la neige, bien évidemment. Pendant plus de deux heures, j’ai porté attention à ma cheville et c’est avec un certain soulagement que je n’ai constaté aucune détérioration supplémentaire en arrivant. Ouf !

J’ai tout de même pu apprécier une autre superbe journée d’hiver pour la course, comme dimanche dernier. Un beau soleil, température froide, mais loin d’être glaciale, vent calme. Le sol ?  Ouais, enneigé et glissant par endroits, mais j’ai connu pire. Pas mal pire. Bien honnêtement, la neige n’a pas été un si gros problème pour courir cet hiver.

À un moment donné, je longeais la « frontière » entre la ville et la réserve de Kahnawake. Chemin faisant, je n’ai pas pu m’empêcher de songer aux déboires du sénateur Patrick Brazeau. Oui, je sais, Kahnawake est une réserve mohawk alors que Brazeau est un Algonquin, mais bon… Je me disais que cet homme avait une chance unique de devenir un modèle, une inspiration pour son peuple. Mais non, il a choisi d’abuser bêtement du système en faisant de fausses déclarations et ne se présentant pas en chambre. Mais le pire, c’est qu’il est un homme foncièrement violent (je ne m’étendrai pas sur les charges qui ont été retenues contre lui), qui a probablement eu énormément de mal à se remettre émotivement de la râclée que Justin Trudeau lui a infligée dans le ring.

Bref, il a des problèmes. Je me suis alors demandé: et s’il canalisait ses énergies vers autre chose chose que le karaté ou la boxe, peut-être qu’il serait plus en paix avec lui-même, non ? Si je pense à la course en disant ça ?  Bien sûr.  Attention, comprenez-moi bien ici: je ne veux aucunement sous-entendre que le karaté et la boxe transforment les gens qui les pratiquent en être violents une fois sortis du gymnase. Bien au contraire, ces sports requièrent une discipline hors norme et apprenent le respect de l’adversaire à ceux qui les pratiquent. Ils ne rendent pas les gens violents.

Mais quand quelqu’un a des pulsions violentes à la base, peut-être qu’il devrait au moins essayer autre chose. Courir ou faire du ski de fond pendant des heures dans le superbe parc de la Gatineau ferait fort probablement un plus grand bien au sénateur Brazeau que de taper sur un sac de sable. Et à la longue, lui, son entourage et peut-être même son peuple tout entier en sortiraient gagnants.

Je sais, j’ai fait du coq à l’âne aujourd’hui. Un peu comme mon mal qui est passé d’une cheville à l’autre, je suis passé d’un sujet à un autre. Ce sont des choses qui arrivent…

Les réseaux sociaux

Aujourd’hui, j’aurais bien envie de chiâler contre la neige, mais je vais me retenir… pour le moment !  😉   Je vais plutôt parler d’un phénomène avec lequel nous avons parfois une drôle de relation: les réseaux sociaux.

Je vais commencer par un petit retour en arrière. Cet automne, une tragédie a frappé les Chiefs de Kansas City, de la NFL (National Football League). Un de leurs joueurs, le secondeur de ligne Jovan Belcher, a assassiné sa conjointe avant de se diriger vers le site où l’équipe tient ses entraînements pour s’enlever la vie une fois rendu sur place, sous les yeux de son entraîneur et du directeur général de l’équipe qui ont tenté en vain de le convaincre de ne pas appuyer sur la gâchette. Le couple avait un bébé de 3 mois.

Suite aux événements, le quart-arrière de l’équipe, Brady Quinn, a eu ce commentaire qui en disait long: “Nous vivons dans un monde de réseaux sociaux, avec des pages Twitter et Facebook, et c’est correct. Mais dans nos interactions avec nos collègues, notre famille, nos amis, on dirait que la moitié du temps, nous sommes plus préoccupés par notre téléphone et tout le reste que par la personne qui est tout près de nous”.

J’aime bien le football, mais ne suis pas un fan fini. Toutefois, cette tragédie m’a ébranlé. À mon humble avis, le fait que les joueurs passent leur temps à fouiner sur leur cellulaire n’a pas changé grand chose. Jovan Belcher serait fort probablement passé aux actes s’il s’était senti de la même façon il y a 10 ans. Mais le commentaire du quart-arrière m’a fait tout de même réfléchir.

Je ne suis pas un adepte des réseaux que l’on dit “sociaux”. Je pense toutefois que la mission originale de Facebook, qui consiste à reprendre et garder contact avec des vieilles connaissances est géniale. L’an passé, nous avons eu une soirée de retrouvailles des finissants du secondaire et sans Facebook, il aurait été impossible d’organiser le tout. Je le sais, ma tendre moitié faisait partie du comité d’organisation. Ceci dit, non, je n’ai pas de compte Facebook.

À mon avis, comme dans bien des situations de la vie, c’est l’utilisation que font les gens des réseaux sociaux qui est problématique, pas les réseaux sociaux en tant que tels. Ils en deviennent complètement accrocs et ne sont tout simplement plus capables de se séparer de leur cellulaire. J’ai un collègue au bureau qui a toujours le nez rivé sur son téléphone, même quand on est en réunion. On dirait que ce petit gadget électronique est rendu plus important que les personnes qui l’entourent. Et j’observe ce phénomène partout. Ce qui m’attriste le plus, c’est de voir un couple au restaurant qui ne se parle pas, chacun étant trop occupé à regarder ses courriels, mettre à jour son compte Twitter ou aller voir ce qui se passe sur Facebook. Le comble pour moi ?  La personne qui photographie son repas et le publie sur les réseaux sociaux. Et l’être humain devant soi, on en fait quoi ?  La personne avec qui on est sorti, elle n’est pas plus importante ?

Le rapport avec la course ?  Oui oui, il y en a un. J’ai lu beaucoup de récits sur des courses, beaucoup d’histoires inspirantes de gens qui ont surmonté des grandes difficultés soit pour faire des compétitions, soit pour compléter une dure épreuve. Bien évidemment, mes lectures sont la plupart du temps orientées vers les ultras, mais le raisonnement s’applique aussi pour les courses sur route. Car quel est le fil conducteur de toutes ces histoires ?  Les contacts entre les gens, les émotions partagées, peu importe la distance parcourue.

À prime abord, ça pourrait paraitre étonnant. La course, c’est avant tout un sport individuel. On passe des heures et des heures seul à s’entrainer. Certains le font en groupe, mais d’autres, comme moi, préfèrent la solitude. Et pourtant, quand on lit les récits, et les miens font partie du lot, tous les coureurs parlent des gens qu’ils ont côtoyés avant, pendant et après la course. Ils parlent d’émotions vécues, mais surtout, partagées. Ils ont tous de bons mots pour les bénévoles, l’organisation, leur équipe de support, leur pacer.

Ha, le pacer… À première vue, il n’y a aucune raison pour laquelle quelqu’un serait prêt à se taper cette job-là. Attendre longtemps, parfois des heures, avant que le coureur arrive. Puis l’accompagner sur de longues distances, souvent plus longues qu’un marathon, par toutes sortes de conditions. Il doit toujours garder l’oeil ouvert, surveiller “son” coureur, être son ange-gardien, en quelque sorte. Certains sont même prêts à le faire pour des gens qu’ils ne connaissent pas. Et pourquoi le fait-il ?  Pour le simple plaisir d’aider, de donner à l’autre. Pour l’accolade qu’il recevra à la fin, pour la joie et la reconnaissance qu’il verra dans les yeux de celui qui se sera rendu au bout de ses limites, au bout de ses rêves.

D’après vous, dans ces moments-là, le cellulaire et les réseaux sociaux, ils sont où dans les priorités des gens ?  Là où ils devraient toujours être quand on est avec quelqu’un: loin, très loin.

Bon ça y est, j’entends d’ici ma fan numéro 1 me dire que de toute façon, les cellulaires sont tout simplement incapables de capter le moindre signal dans les endroits perdus où sont organisés les ultras. Bla bla bla…  😉

Une petite gêne

Je ne sais pas quel genre de relation vous avez avec vos voisins. Pour nous, à part pour un couple dont nous sommes plus proches, nos relations avec ceux qui habitent tout autour de notre humble maison se résument à peu près ainsi: petits sourires, beaux bonjours, signes de la main quand on se croise en auto et petits services à l’occasion. Bref, la vie moderne étant ce qu’elle est, chacun va à ses affaires, chacun entretient les bonnes relations entre voisins. On sait qu’on peut compter sur eux si on est dans le trouble, c’est la même chose pour eux, mais sans plus.

Ça fait qu’à chaque fois qu’un voisin se met à me parler de ma course, ça me gêne un peu. C’est arrivé encore hier. Je revenais de ma petite sortie de semaine quand j’ai croisé mon jeune voisin. Je dis “jeune” car je pense bien qu’il n’a pas encore 35 ans. Très gentil, deux jeunes enfants, vie rangée, le banlieusard typique. Je m’attendais à ce qu’on se dise un petit bonjour, peut-être un traditionnel “Comment ça va ?”. À la limite, il me demanderait un petit service, mais c’est plutôt rare en hiver.

Mais non, il m’a demandé quelle distance j’avais couru. “11 km” que j’ai répondu. “Je voyais bien que tu partais pas mal plus longtemps que moi (il court lui aussi de temps en temps). Fais-tu de la compétition ?”. Comme je voulais bien lui faire comprendre que je suis loin de faire partie de l’élite, j’ai essayé de dimiunuer la portée du terme “compétition”, mais dans le fond, oui j’en fais. “Des demi-marathons ?  Des MARATHONS ?”. Heu, oui, entre autres. Mais comment parler de ce que je fais sans avoir l’air du gars qui se vante ?  Merde, que j’haïs ça…  Je ne cours pas pour impressionner la galerie, je cours parce que j’aime ça, parce que ça me fait du bien, parce que j’aime relever des défis. Mais parler des distances que je cours à quelqu’un qui ne me connait pas beaucoup ?  Ça me rend mal à l’aise.

J’ai donc essayé de couper court, question de ne pas en mettre trop. J’ai dit que oui, je ferais un marathon cette année (en prenant bien soin de ne pas parler des autres auparavant) et trois ultras (en prenant bien soin de demeurer vague sur le sujet).  J’étais pour ajouter que je n’avais pas d’enfant, donc j’avais probablement plus de temps que lui pour m’entrainer, et qu’en plus, à son âge, je ne courais même pas, alors il avait du temps en masse pour me rattraper. Mais ça n’a pas été nécessaire, il m’a dit de ne pas lâcher et souhaité bonne chance dans mes courses. Ouf, je n’ai pas passé pour un frais-chié.

Je ne sais pas pourquoi je suis comme ça. Peut-être parce que je n’aime pas entendre les gens se vanter en long et en large de leurs « exploits ». Écrire ce que je fais sur mon blogue ?  Pas de problème. Si ça n’intéresse pas les gens, ils n’ont qu’à ne pas le lire. Mais en parler ?  Ça m’indispose toujours.  Mais si quelqu’un montre un véritable intérêt, je m’ouvre un peu. Puis, progressivement, si je sens que cet intérêt se maintient, alors je peux en parler pendant des heures. Parce que ça me passionne. Mais je me garde toujours une petite gêne, au cas où…

Suis-je le seul comme ça ?

On se sent toujours mieux après

Il était 21 heures hier soir quand je me suis mis à cogner des clous. Oui, 21 heures un samedi soir, méchant party animal, n’est-ce pas ?  Barbara, qui, je tiens à le rappeler, souffre d’arthrite rhumatoïde et qui devrait théoriquement être toujours plus fatiguée que moi, était découragée. Moins de 30 minutes plus tard, j’étais au lit.

Quand j’ai ouvert l’oeil à 7 heures ce matin, je ne pouvais pas croire que la nuit était déjà terminée. Je me suis littéralement trainé en dehors du lit, ne me sentant pas une miette plus reposé que lorsque je m’étais étendu. Mais que se passait-il donc ?  Le souper d’hier qui ne passait pas ?  Courir ce matin ?  Ho que ça me semblait un long shot… Je me suis mis à craindre une répétition du mois d’octobre, alors qu’un virus m’avait tenu à l’inactivité pendant une semaine.

Le déjeuner a plutôt bien rentré, mais je n’avais pas plus le goût de courir. Moi qui suis d’une lenteur hors normes pour me préparer en temps normal, je rivalisais maintenant avec le plus lent des escargots. Comme elle s’apprêtait à aller promener Charlotte, Barbara m’a regardé et s’est exclamée: « T’as bien l’air fatigué ! ». Merci mon amour, trop gentil… Mais effectivement, je ne me sentais vraiment pas terrible. « Es-tu certain que c’est une bonne idée d’aller courir ? ». Non, je n’étais pas certain et si j’avais la même chose qu’à l’automne dernier, ça ne prendrait pas trop de temps avant que j’en sois informé…

La température n’était pas mauvaise pour la course. Je me serais bien passé de la petite neige qui était tombée toute la journée d’hier, mais bon. Je me disais qu’elle m’inciterait peut-être à aller moins vite… en supposant que je sois capable de courir le moindrement.

Je suis parti et après 2-3 km, à part mon pied droit qui cognait au sol (problème que j’ai depuis ma blessure), je me sentais plutôt bien. La piste cyclable était encore enneigée et me faisait sacrer. Si je maudissais la neige, c’était plutôt bon signe, non ?  Arrivé tout près du parc à Candiac, la neige était vraiment chiante. J’ai fini par m’arrêter pour secouer mes souliers. Juste avant, j’avais vu une fille qui s’en venait en sens inverse. Comme je repartais, il y avait quelque chose dans mon champ de vision qui clochait, quelque chose que mon cerveau a pris quelques secondes à analyser.

La dame était dans une position disons… inhabituelle. Et ses pantalons de courses étaient « couleur peau », genre. Pervère pépère a fini par allumer: c’était une cuisse et une fesse qu’il était en train de regarder. Et ça avait l’air vraiment pas si mal, je dois avouer (ne vous en faites pas, j’ai tout raconté à ma tendre moitié en revenant). La pauvre coureuse était victime du nombre très limité de toilettes disponibles durant la saison hivernale et devait y aller de façon plutôt primitive. À la vitesse à laquelle elle a fait ça, ce n’était certainement pas une première. Quand je l’ai croisée, on s’est fait un petit sourire.

Cette rencontre un peu impromptue m’a mis de bonne humeur pour le reste de ma course. Rendu à Laprairie, j’ai emprunté une piste cyclable qui était enneigée, oui, mais bizarrement, pas glissante. Mes articulations étaient donc moins sollicitées. Pas de voitures, une piste praticable, un beau soleil, un vent calme. Le bonheur. Dieu que j’étais content d’avoir au moins essayé de courir.

Le retour a été parfois plus difficile, en partie à cause du fait que mes jambes refusaient obstinément d’écouter ce que je leur ordonnais de faire: ralentir. Et dans les deux derniers kilomètres, j’avais faim. Avez-vous déjà essayé de courir pendant que vous avez faim ?  Aussi bien essayer de remettre le dentrifice dans son tube.

Durant ma marche de retour au calme, une chose m’a frappé: j’étais bien. Je me suis rappelé Dean Karnazes à qui on demandait pourquoi il aimait tant courir. Sa réponse: « Parce qu’à chaque fois que je cours, je me sens mieux après avoir terminé qu’avant de commencer ». Jamais ça n’avait été aussi vrai pour moi. La fatigue d’avant-course était maintennt chose du passé. Je me sentais revigoré alors que théoriquement, 25 km, ça aurait été supposé me fatiguer.

Devinez ce que je vais faire la prochaine fois où je vais me sentir moche avant de courir ?

Ferme-la, Lance !

J’ai failli pleurer en voyant la scène. Oui, je regardais bien une course de vélo et des larmes se sont quand même bousculées à mes yeux. C’était en 1995. Lance Armstrong venait de gagner une étape du Tour de France et en franchissant la ligne d’arrivée, il a regardé vers le ciel, pointé les index dans cette direction et crié: “This one is for you, Fabio !”. Le Texan un peu baveux, mais que je trouvais tellement divertissant, dédiait sa victoire à son coéquipier Fabio Casartelli qui avait trouvé la mort dans la descente d’un col trois jours auparavant. J’étais ému, surtout que les deux jeunes hommes avaient à peu près mon âge.

TOUR DE FRANCE 18

J’ai aussi été ébranlé à peine un an plus tard quand j’ai appris qu’Armstrong était atteint d’un cancer. Quoi, un gars plus jeune que moi, en pleine forme, risquait de mourir ?

Après sa guérison, j’ai suivi son retour à la compétition, constaté sa transformation. Plus jeune, il était costaud. À partir de 1999, on aurait droit à une version 2.0 de Lance Armstrong: plus mince, plus complet, invincible sur le Tour de France. Se dopait-il ?  Je n’en ai jamais douté. Celui qui ne savait pas grimper quelques années auparavant était maintenant devenu le meilleur dans le domaine. Ses adversaires se faisaient prendre. Ses anciens  coéquipiers, une fois qu’ils changeaient d’équipe, finissaient pas se faire prendre également. Et lui aurait été propre ?  Ben voyons donc…

Ça ne m’empêchait pas de l’admirer. Obsédé du détail, il ne laissait rien au hasard. Rien. Il voyait à tout, pour lui, mais aussi pour ses coéquipiers: l’équipement à utiliser, l’alimentation, la stratégie de course, l’horaire, etc. Le dopage n’était qu’une partie de l’équation. Je savais qu’il était un être antipathique, manipulateur, tout le contraire de ce qu’on appelle “un bon gars”. Mais je m’en foutais, c’était la machine à gagner des Tours de France qui m’impressionnait.

En 2009, pour son deuxième retour, il a réussi à terminer troisième du Tour de France. Un autre exploit. Puis vinrent les accusations, les aveux d’anciens équipiers, les témoignages. Les poursuites en diffamation qu’il avait pris l’habitude de lancer contre ceux qui osaient dire la vérité ne portaient plus. Traqué, il a fini par lâcher le morceau et avouer: oui, il s’était dopé.

Il a confessé la plupart des “crimes” qui lui étaient reprochés, mais a affirmé qu’il était propre en 2009 et 2010. Yeah right… Bah, un menteur, ça reste un menteur. C’est toutefois la lecture d’une entrevue qu’il a accordée au site spécialisé CyclingNews.com qui m’a fait sursauter.

Au cours de celle-ci, il affirme haut et fort que TOUS (les majuscules sont de lui, pas de moi) les sports d’endurance sont gangrénés par le dopage, pas seulement le cyclisme. Pardon ?!?  Qu’est-ce qu’il connait aux autres sports d’endurance, au juste ?  Lui qui s’était relancé dans les triathlons, parle-t-il en connaissance de cause ?  Connait-il intimement les meilleurs marathoniens au monde ?  Assez intimement pour savoir qu’ils se dopent TOUS ?  Ou est-il en train de prendre l’approche  “Si je tombe, les autres vont tomber aussi” ?  Tu sais Lance, ce n’est pas parce que tu as eu toutes les misères du monde à descendre sous les 3 heures à ton premier marathon tout en étant propre que tous ceux qui t’ont devancé avaient triché…

J’ai déjà parlé de dopage sur ce blogue. Je le dis et je le répète: je ne suis pas naïf. Je me doute bien que  certains coureurs de haut niveau font probablement usage de produits améliorant les performances. Mais j’y reviens encore: si ça se fait, ça ne se fait pas à la même échelle que dans le monde du cyclisme. Jamais de la vie. Si un jour un marathonien se mettait à gagner 4 ou 5 marathons par année, effectivement, ce serait très douteux. Mais ça n’arrive tout simplement pas. Les meilleurs se contentent de deux ou trois courses au maximum par année, question de laisser le temps au corps de récupérer. Rien à voir avec la rigueur des grands Tours en cyclisme au cours desquels un petit coup de pouce est souvent le bienvenu pour reprendre des forces.

En ce qui concerne les ultramarathons, ce n’est tout simplement pas dans la mentalité du milieu. Ces compétitions sont tellement “low profile” que le bénéfice que le gagnant en retirerait en trichant serait ridiculement faible par rapport au prix à payer, tant au niveau de la santé du coureur que du coût en argent en tant que tel. Car les ultras, c’est bien connu, n’offrent même pas de bourses aux gagnants. Pourquoi se doper alors si ça ne rapporte à peu près rien ?  Pour peut-être avoir des commanditaires en bout de ligne ?  Le seul qui fait vraiment de l’argent en marge des ultras, c’est Dean Karnazes. Et à voir ses résultats, il serait assez étonnant qu’il soit dopé…

Après avoir attendu des années avant que Lance Armstrong finisse par cracher le morceau, le voilà qu’il se met à lancer des accusations à tort et à travers quand il ouvre la bouche. Encore une fois, on voit l’oeuvre du manipulateur: il essaie de détourner l’attention vers d’autres au lieu de dire ce qui s’est réellement passé dans son équipe.

Si c’est pour faire ça que tu as décidé de parler, je n’ai qu’une chose à te dire, Lance: ferme-la donc !

En shorts !!!

Je ne rêve pas, on est bel et bien le 30 janvier…

Je vais essayer de m’en rappeler car ça devrait être un autre record: 8 jours après m’être gelé jusqu’au trognon en faisant une petite sortie de soir de semaine, j’ai couru en shorts ce soir. En shorts au mois de janvier !  Je n’en reviens pas encore. Moi qui étais tout fier de l’avoir fait en mars l’an dernier…. Et en plus, après être parti avec un coupe-vent, j’ai été obligé d’enlever les manches parce que j’avais chaud !  Incroyable.

Le mercure est supposé retourner à des valeurs plus de saison d’ici 24 à 36 heures. Vendredi, ce sera encore une fois tout emmitouflé que j’irai m’oxygéner. Bah, tant qu’il ne neige pas… (fallait que je le dise  :-))

Regarder des deux côtés

Quand j’étais petit, avant même de savoir attacher nos souliers, une des premières choses qu’on apprenait était: « Regarde bien de deux côtés de la rue avant de traverser ».  Comme tous les enfants, il a probablement fallu un paquet de répétitions de la part de mes parents avant que ça rentre définitivement dans ma caboche, mais l’idée a fini par faire son chemin. Pour ne plus en sortir.

Bizarrement, une fois rendus à la vie adulte, certaines personnes semblent l’oublier, particulièrement quand ils ont un volant entre les mains. Avec le temps, j’ai fini par les spotter de loin. Juste à voir la vitesse à laquelle leur bolide (habituellement un SUV, une mini-va ou bien entendu, un pickup !) se dirige vers le prochain arrêt, je sais qu’ils ne verront pas le coureur qui s’en vient. Ils foncent, la tête déjà tournée vers la gauche pour voir si quelqu’un s’en vient. La droite ?  Ça n’existe pas, la droite, c’est seulement l’endroit vers où ils se dirigent, vraiment pas besoin de regader de ce côté-là, voyons !

Ça s’est produit encore une fois vendredi après-midi. Comme j’arrivais à une intersection en « T », une dame pressée dans une mini-van m’a dépassé, l’angle de son véhicule ne laissant aucun doute: elle allait repartir vers la droite dès qu’elle verrait que le champ est libre à sa gauche. Pourtant, elle venait de me dépaser, elle aurait dû au moins avoir une petite idée qu’un coureur allait peut-être vouloir traverser le boulevard pour aller joindre la piste cyclable sur le bord du fleuve. C’était dans le domaine du possible, non ?  Mais non, elle avait le feu au derrière la madame. Elle a bien sûr eu droit à un petit char de bêtises, gracieuseté du coureur qui a dû briser son rythme pour que Madame puisse repartir 2 secondes plus vite. Un tata s’est permis de me klaxonner en guise de réponse. De quoi tu te mêles, du con ?

Tout ça pour dire que la cohabitation entre les coureurs/cyclistes et les automobilistes, bien qu’elle se soit énormément améliorée depuis les années 80, est encore loin d’être parfaite. À cette époque, bien peu de gens faisaient du sport, alors les cyclistes et coureurs étaient des nuisances, tout simplement. Et ça, c’était dans le meilleur des cas: ça voulait dire qu’ils nous avaient vus. Aujourd’hui, même les non-sportifs acceptent la présence de « bizarres » sur les roues. Et depuis l’interdiction des cellulaires au volant (voulez-vous bien me dire qu’est-ce qu’il y avait de si pressant pour empoigner son cell dès qu’on prenait le volant ?!?), j’ai remarqué une nette amélioration. Mais il y aura toujours des inconscients, on ne s’en sort pas, particulièrement les soirs de semaine où les gens ont tendance à courir à gauche et à droite.

Je dois toutefois avouer qu’aujourd’hui dimanche, une situation très propice à un conflit s’est présentée et le tout s’est très bien déroulé. Un gros pickup s’est pointé à une intersection en T. J’arrivais de sa droite, j’étais certain qu’il me couperait. Mais non, il m’a vu et laissé passer. Je l’ai remercié en lui envoyant la main. Je me suis dit que lorsqu’un conducteur a un comportement exemplaire, il fallait bien le souligner. Car la route ne m’appartient pas plus qu’elle apprtient aux automobilistes. Je dois la partager, ce que certains cyclistes (particulièrement les « hots » qui parlent fort) semblent parfois oublier durant l’été. Mais ça, c’est une autre histoire…

Composer avec les éléments

Je l’ai déjà dit, je le répète: ce n’est pas le froid qui me dérange, c’est la neige.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que j’ai dû travailler fort pour respecter cet « engagement » cette semaine ! En fait, j’ai composé avec les éléments, m’appuyant sur les prévsisions météo pour programmer mes sorties. Ainsi, le froid de canard, le vrai, était prévu pour mercredi (j’ai d’ailleurs pu observer live de mon bunker du 5e sous-sol la pointe record de consommation d’électricité du matin). Donc, mardi soir, comme il ne faisait « que » -17 degrés, j’ai décidé d’y aller.  Il faisait -28 avec le facteur vent ?  Bah, c’est une donnée qui est toujours exagérée que je me disais… Certaines personnes, voisins et connaissances n’en sont tout simplement pas revenues que je puisse courir volontairement ce soir-là.  L’expression que j’ai lue sur le visage de mon voisin René que j’ai croisé en revenant disait tout. Et pourtant… Je ne me suis pas fait traiter de « criss de fou » comme certains, mais j’ai comme le sentiment que plusieurs le pensaient.

Habituellement, je commence toujours par me rendre au coin de ma rue (c’est environ 500 mètres) en marchant, question de compléter mon réchauffement avant de commencer à courir. Cette fois-là, disons que je marchais rapidement et que j’ai incorporé quelques petites combinaisons course-marche pour combattre la « fraicheur » ambiante. Les deux premiers kilomètres le vent dans le dos se sont bien passés, mais une fois le vent dans la figure: ouch !

C’est là que je me suis dit: faut vraiment vouloir !  Confiant qu’il « ne faisait pas si froid que ça » au départ, je n’avais pas enfilé mon armure complète. Erreur. J’aurais bien pris une couche de plus car j’avais définitivement froid… Après deux autres kilomètres, je me suis réfugié dans une toilette bleue sur un  chantier de construction. Là, c’était moi qui me traitais de « criss de fou ». Mon côté rationnel me suppliait de retourner à la maison et même mon côté irrationnel s’est mis de la partie, cherchant des excuses: il faisait sombre, je ne pouvais pas voir clairement les plaques de glace, le vent glacial rendait la respiration difficile, etc. En plus, comme le vent était d’ouest, je devais me diriger vers le parc industriel, le coin où je déteste tellement courir. Mais je savais que si je laissais tomber, je m’en voudrais, alors je suis reparti. En serrant les dents et en me promettant de me rappeler de cette température maudite lorsque je vais mourir de chaleur à St-Donat cet été. Sauf qu’il y avait un problème: je ne pouvais m’imaginer qu’il pourrait faire chaud un jour. C’était le début d’une autre ère glaciale, j’en étais convaincu.

Rendu assez loin pour faire demi-tour, je me suis promptement exécuté. Ha, le bonheur de la course qui revenait !  J’ai fait bien attention de ne plus jamais avoir le vent dans la figure du reste de la soirée, quitte à me taper des allers-retours poches dans l’axe nord-sud. À la fin, je courais avec autorité, le sourire aux lèvres. Arrivé à la maison, j’étais satisfait. Dieu que j’ai bien fait de ne pas m’écouter…

Hier en fin d’après-midi, l’hiver avait relâché légèrement son emprise et j’en ai profité. Vent relativement calme, surface très adéquate, petit soleil discret… Quoi demander de mieux ?   Quand je me suis arrêté, je n’avais pas couru aussi rapidement depuis la semaine précédant Philadelphie, au mois de novembre: 14 km à 4:12/km de moyenne. Ça, c’est sans compter le fait que je n’ai pas encore commencé à faire du travail de vitesse. Et beau bonus: l’ischio-jambier se tient encore et toujours tranquille.

En résumé, je me suis adapté à ce que Dame Nature m’offrait et je suis heureux du résultat: j’ai réussi à courir malgré le vent dimanche et le froid des derniers jours. J’ai déjà hâte à demain matin !

Un petit mot à mes amis skieurs en terminant. Pour les skieurs de fond, je serai clément car le dégel suivi des températures glaciales ont tout simplement scappé les pistes. Par contre, à ceux qui dévalent les montagnes, j’aimerais dire ceci: quand il n’y a pas de neige, vous vous plaignez. Je peux difficilement croire que les grands froids ne permettent pas la fabrication de neige artificielle, alors la surface de ne doit pas être si mauvaise que ça ces jours-ci. À ce moment-là, si c’est le froid qui vous arrête, j’aimerais vous rappeler que le ski alpin est un sport d’hiver et que par définition, il peut arriver qu’il fasse froid. J’ai donc une question pour vous: aimez-vous vraiment ça ?

Dans ma boîte de courriels (bis)

Autre message reçu la semaine dernière, de la part du Marathon de Mississauga cette fois-ci. « Gros » coup de pub de la part des organisateurs: ils me disaient de me dépêcher, les coûts d’inscription pour leur épreuve allaient augmenter à partir du 30 janvier. Hou, je ne sais pas ce que je fais là à attendre, moi…  😉

Plus loin dans le courriel, on remerciait les 59 personnes (que je surnommerais affectueusement les masos) qui ont participé à chaucune des neuf premières éditions du marathon et qui sont inscrites pour la dixième. Wow, il faut quand même le faire, participer 10 fois à la même épreuve. J’ai fait le Marathon de Montréal 5 fois et vous auriez dû voir la tête de ma chiro quand je lui ai dit. C’était écrit sur son visage: « C’est quoi que tu n’as pas compris ? ». C’est vrai qu’avec la relation d’amour-aime que j’entretiens avec notre marathon local, j’aurais bien pu trouver quelques alternatives avant. Par contre, celle que j’ai fini par trouver, le VT50, risque d’être là pour un bout…  🙂

Mais ce qui m’a frappé dans le courriel, c’était le petit paragraphe intitulé (traduction libre): « Établissez un record Guiness lors de votre participation au Marathon de Mississauga ». Hein ?  Quoi, il existe un record pour le nombre de participations à des marathons poches ? En lisant un peu plus loin, ils donnaient des exemples de records qu’on pouvait viser:

  • Temps combiné par un couple marié dans un même marathon: 5:46:53
  • Temps combiné par un duo parent-enfant du même sexe: 6:03:07
  • Temps combiné par un duo parent-enfant de sexe différent: 6:22:05

Je n’y ai pas trop porté attention au début, mais après analyse, je me suis rendu compte que si je voulais entrer un jour dans le fameux livre des records, ce serait assez compliqué merci !

5h46 pour un couple marié ?  Pour battre ça à Philadelphie, il aurait fallu que je sois marié avec celle qui a terminé… 4e chez les femmes !  Mon amour, tu t’y mets quand ? 😉  Ça aurait peut-être été plus facile s’ils acceptaient des conjoints du même sexe, mais bon, je ne suis pas prêt à aller jusque là pour un record, quand même…  Ok,  on va s’essayer avec le duo parent-enfant. Oups, je n’ai pas d’enfant. Mon père alors ?  Sous les 3 heures pour lui, ce serait faisable, non ?  Ou peut-être ma mère en 3h16 ?

Tout ça pour dire que je ne comprends pas trop le rapport de mettre ça dans leur envoi. Mississauga est un petit marathon sans prétention, organisé un peu « à la bonne franquette », au cours duquel le lapin de 3h15 a terminé en 56e position l’an denier. Pensent-ils vraiment réussir à attirer des gens qui visent des records du monde ?  Par exemple, pour battre le record du couple marié l’an passé, il aurait fallu que la gagnante soit mariée à celui qui a terminé…  en 4e position. Pas impossible que ça arrive, mais je pense que si un couple de coureurs était assez fort pour avoir de telles ambitions, il choisirait un endroit plus glamour pour le faire:  Boston, Chicago, New York, je ne sais pas moi…

Mais Mississauga ?

Au revoir, Monsieur Garneau

J’avais à peine 6 km dans les jambes ce matin quand j’ai croisé ma douce moitié qui promenait Charlotte au recréo-parc. C’est là qu’elle m’a appris la triste nouvelle: les complications subséquentes à une chirurgie cardiaque avaient finalement eu raison de Richard Garneau.

J’avais prévu faire 20 km et il ventait à écorner les boeufs. J’ai terminé ma sortie en pensant à ce monsieur qui a été une partie intégrante de la vie du jeune passionné de sports que j’étais durant mon enfance et mon adolescence, sans trop me proccuper du dieu Éole qui s’acharnait à me ralentir.

Ce midi, ses anciens collègues lui rendaient hommage. Bien des fois, on sent que ces hommages sont forcés. Pas cette fois-ci. On ressentait très bien le respect, l’affection, l’admiration que ses confrères et amis avaient pour ce grand homme. J’espère juste qu’ils ont pu le lui dire pendant qu’il était encore parmi nous.

Je termine en citant Stéphane Laporte, qui résume encore une fois très bien l’opinion que j’ai eue et que j’aurai toujours de celui qui vient de nous quitter: merci, monsieur Garneau…