Le 28 km XC Harricana: du départ jusqu’à la montagne Noire

Barbara et moi (et Charlotte !) arrivons au mont Grand-Fonds très tôt samedi matin, en partance de notre petit chalet que nous avons loué avec Maryse. En fait, il est si tôt que notre amie a préféré embarquer avec d’autres amis qui logent eux aussi dans un des chalets Bellevue et qui vont partir un peu plus tard, soit à une heure raisonnable.

La raison de cette arrivée si hâtive ?  À part le fait que je suis maladivement ponctuel (c’est fou le temps que je peux perdre dans ma vie parce que je ne veux jamais arriver en retard), je redoutais des difficultés pour récupérer le chèque qui m’est dû, par rapport à mon changement d’épreuve. Donc, aussitôt arrivés, nous nous dirigeons vers le chalet de ski où se tient la remise les dossards. Déjà, ça grouille car plusieurs concurrents ont choisi l’option de camper sur place. Quelques VR sont stationnés, des dizaines de tentes sont installées dans le stationnement et, pour faire vraiment coureur des bois, un gars (je suppose que c’est un gars) a poussé le minimalisme à l’extrême: nous apercevons un hamac attaché entre deux arbres et recouvert d’un abri de fortune. Wow, ça c’est un vrai !

Arrivé aux dossards, petite frousse: j’ai oublié mon portefeuille au chalet (en fait, il est dans l’auto, mais je l’ignore). Oups. Quand la préposée me demande une pièce d’identité, je me mets à patiner. Ce que je dois avoir l’air du gars qui invente des histoires, moi là…  En tout cas, à sa place, je ne me croirais pas !  Heureusement, j’ai deux courriels: un confirmant mon inscription, l’autre pour le chèque. Ça semble lui suffire. Ouf, pas besoin de retourner au chalet… Non mais, m’auriez-vous vu retourner au chalet pour un portefeuille qui était dans l’auto ? Je prends possession du précieux dossard et des quelques cossins fournis avec. Mais pas de t-shirt pour moi, je n’ai pas payé pour.

Au tour du chèque maintenant. Connaissant le côté un peu broche-à-foin des courses en sentiers, je m’attends à avoir à tout expliquer, encore et encore. En plus, sans pièce d’identité…  Hé bien non. J’ai juste à présenter le courriel à la gentille bénévole pour qu’elle se mette à fouiller dans une enveloppe où il y a une pile de chèques. Et miracle, il y en a un à mon nom !  C’est mon jour de chance, je devrais peut-être acheter un billet de loterie après la course…

Finalement, nous avons évidemment du temps à la tonne à tuer. Après avoir fait un peu le tour de la place, jasé avec quelques personnes (Charlotte a le don d’attirer les gens), nous retournons à l’auto. Tiens, Maryse et ses amis sont arrivés et leur voiture est stationnée tout près. Le non-verbal est assez clair: les filles, qui font le 10 km, sont relaxes et de bonne humeur. Les gars, qui font le 28 km et pour qui il s’agit de LA grande course de leur vie, transpirent la nervosité.

Je les observe et ne peux réprimer un petit sourire. Je me sens comme le vieux lion qui voit les jeunes arriver. Disons que j’en ai vu d’autres, mais eux… Pendant que je relaxe, confortablement assis à mâchouiller un bagel, eux restent debout sur place, tournent en rond, sautillent. Il n’y a pas meilleure façon de vous fatiguer les jambes avant de commencer, les boys !   Je fais la remarque à Maryse, qui se dépêche de la relayer à Seb. Celui-ci me regarde et tasse rapidement mon conseil du revers de la main. Ok,  on verra bien tantôt… Mais bon, ils sont jeunes. Seb n’a probablement pas 35 ans et JF le très jeunot, en a 22. Shit, il pourrait être mon fils (théoriquement du moins: il fait 6’3 » et 240 livres; on pourrait assez difficilement passer pour père et fils) !  À leur âge, je ne courais même pas.

Après une éternité, l’heure du départ approche. Nous nous dirigeons tranquillement vers la ligne de départ/arrivée. Petit réchauffement, je monte et redescends une partie de la montagne en trottinant. Pour l’occasion, j’ai choisi mes Salomon, que je connais beaucoup mieux que mes Montrail. Comme la première montée semble être sur du gazon mouillé, je préfère y aller « safe », quitte à être moins confortable.

8h55, c’est le moment de nous aligner pour le grand moment. Baiser à Barbara, caresse à Charlotte, petit câlin à Maryse en lui souhaitant bonne chance, high fives à Marie-Claude et Julie, puis je me place place tout juste devant Seb et JF, dans le milieu du peloton d’environ 150 coureurs. Le directeur de course nous donne un petit briefing, nous rappelant les règles et nous avisant de bien suivre les rubans roses (ça semble être la couleur-fétiche des trails au Québec). Il nous avertit également que les 16 derniers kilomètres se feront sur le même parcours que le 65 km, alors de ne pas nous en faire avec le changement de couleur des pancartes (hé oui, une course en sentiers marquée à chaque kilomètre, cool hein ?).

Finalement, le briefing s’allonge et on doit attendre 3 minutes pour partir à 9h05 juste. 3 minutes qui semblent bien trop longues pour mes compagnons. Nerveux les gars ?  Seb fait « oui » de la tête en sautillant. J’essaie de leur dire de prendre cette course comme un entrainement, mais ça ne marche pas tellement.

Le départ est donné. Première section de notre parcours: la montée du mont Grand-Fonds. Au complet. Tout le monde court dans la première petite montée, alors je suis la cadence. Après un petit faux-plat, la vraie montée se dresse devant nous et rapidement, je me mets en mode power-hiking, beaucoup moins difficile sur le cardio pour une vitesse presque équivalente. D’ailleurs, je suis en mesure de demeurer avec ceux qui courent encore, alors…

Passe à côté de moi un gars que j’ai croisé à St-Donat et avec qui j’avais fait 7-8 km avant qu’il me laisse sur place dans les parties techniques. Je me mets donc en frais de le suivre. Tout le monde est maintenant à la marche, mis à part deux freaks à l’avant. Le peloton s’étire, s’étire. On entend les souffles courts tout autour. Ça monte en ta…

Pour le plaisir, coup d’oeil à la cadence moyenne: 9:39/km !  À la blague, je fais l’annonce aux autres, leur disant qu’on est pourris en ta… Réponse: rien. Pas un son. *Criquets, criquets…* Moi et mon humour « différent »… Puis, quand je me retourne pour admirer le paysage, spectaculaire malgré les nuages bas, même réaction quand je lâche un « Wow ! ». Décidément… Vous manquez quelque chose, les gars, c’est vraiment beau !

À l’approche du sommet, je m’aperçois que je suis assurément dans les 10 premiers car je suis dans le premier peloton et il y a seulement 3-4 gars devant nous. Pas mal pour un convalescent, hein ?  🙂  Ok, je l’admets: c’est pratique de n’avoir que 150 livres à trainer. Un gars demande combien de temps a pris l’ascension: 16 minutes. C’est définitivement plus haut de la côte de l’enfer à St-Donat, qui m’avait pris 13 minutes à gravir après 48 km dans la bouette.

En fait, ça fait presque 2 kilomètres de montée car peu de temps après avoir atteint le sommet, nous passons la pancarte nous annonçant qu’il reste 26 km à franchir. Une fois en haut, je me dis que maintenant, pas le choix, ça va descendre. Déjà que je suis pourri d’avance dans les descentes, si on ajoute le manque de pratique et le fait que je doive demeurer prudent à cause de mes genoux, je suis cuit. Je m’attends donc à perdre de vue mes compagnons de montée et à me faire shifter à tour de bras.

Mais, agréable surprise, c’est plutôt une section de chemin pour quatre-roues qui nous attend. Suffisamment large, vallonnée, assez technique avec de la roche. Je perds évidemment du terrain quand ça descend et me fais également rattraper, mais je ne me fais pas larguer. Ok, si j’étais seul, il y a bien quelques montées que je ferais en marchant, mais orgueil oblige… Je demeure avec mes 5-6 compagnons sans trop forcer.

Les kilomètres passent alors assez rapidement, notre cadence avoisinant les 5:00/km. Puis, autour du 7e kilomètre, la vraie descente se pointe. Dans un chemin de terre carrossable. Je tâche de faire des petits pas, d’y aller relaxe pour ne pas taxer mon genou. Et comme c’est assez abrupt, les autres ne se laissent pas aller complètement non plus.

Mais merde, c’est bien long comme descente !  Ça ne finit plus…  Ce que ça peut être gossant, faire attention comme ça ! Arrive enfin un bout moins abrupt et autour du 9e kilomètre, la première station d’aide. J’y avale un verre d’eau (pour faire changement du GU Brew que je transporte dans ma super-veste), puis repars.

Section technique maintenant. Très technique. C’est étroit, des roches, des racines, ce n’est jamais plat. Je suis toujours en train d’essayer de relancer, mais rien à faire, mon jeu de pied ne suit tout simplement pas. On dirait que je choisis toujours la mauvaise roche, qu’il y a toujours un pied qui coince à quelque part. Manque de pratique, encore une fois. Dire qu’à Lake Placid, il y avait un sentier très semblable à ça et je me faisais un devoir de l’éviter. Du con.

Je laisse passer deux gars qui me suivent de près. Puis un autre qui me remercie en m’appelant « Monsieur ». Comment ça, « Monsieur » ?!?  Bout de viarge, j’ai 43 ans, pas 83 !  C’est quoi la prochaine affaire ?  « J’espère être aussi rapide que vous quand j’aurai votre âge » ?  Ou pourquoi pas un « Vraiment bon pour un membre de la FADOQ ! » ?  Je vais t’en faire un « Monsieur », jeune perdu !  Mais que voulez-vous, je suis dans l’incapacité totale de le suivre. De toute façon, j’entends déjà deux autres gars qui arrivent derrière moi… en jasant. Je sens qu’ils gagnent du terrain juste à entendre leurs voix. Merde, ils me rattrapent en placottant !  Je suis vraiment nul quand ça devient technique, il n’y a pas à dire !  D’autres passeront aussi avant la fin de la section. J’ai l’impression qu’une quinzaine de gars m’ont dépassé, je m’attends à voir Seb et JF arriver. Allez, un gel au miel pour s’encourager !

Finalement, plus personne dans le derrière. Ça y est, je suis dernier (je niaise, évidemment, la première femme ne m’ayant pas rejoint). Heureusement pour moi, il y en a un gars devant, presque aussi nul que moi. Nous rencontrons des randonneurs juste avant de retrouver un semblant de civilisation: un autre chemin pour quatre-roues qui nous mènera à la deuxième station d’aide, au 13e kilomètre.

Cette station est carrément bordélique car les gens du 10 km y arrivent en même temps que nous. Je crie mon numéro de dossard en arrivant, mais je ne suis pas certain que la bénévole, qui semble dépassée, l’ait entendu. On s’en fout, je n’ai pas l’intention de me perdre dans le bois, moi… J’avale deux morceaux de banane et part dans le sentier menant à la montagne Noire. En espérant que ce ne sera pas trop technique.

On déménage !

Ça a l’air que ça me pogne à chaque fois que nous campons au sud de la frontière.  Ça m’est arrivé à Burlington, puis à Lake George l’an passé. Mais cette fois-ci, c’est encore pire: je veux ABSOLUMENT déménager ici !

Je vous raconte. Depuis mardi, nous sommes installés au camping KOA de Wilmington NY, à précisément 17 km de Lake Placid. Il n’y a qu’un seul mot pour décrire notre environnement: le paradis. Devant moi, alors que j’écris ce billet, derrière les arbres se cache Whiteface Mountain, là où se sont déroulées les épreuves de ski alpin des Jeux d’hiver de 1980 (et fort probablement ceux de 1932 aussi). On n’a pas de montagne comme celle-là par chez nous. La preuve: il faut faire toutes sortes de contorsions pour essayer de fabriquer une pente assez longue pour tenir la descente des hommes. Ici, pas besoin.

Tout en promenant Charlotte autour du camping, qui est super propre, tranquille, ombragé et qui possède même une « pet trail » spécialement pour les toutous, qu’ai-je découvert ?  Un sentier qui mène à… un réseau de sentiers !  Après l’avoir exploré en compagnie de ma compagne à quatre pattes, j’y ai fait mon deuxième essai à course jeudi, un 10 km. Tout a tenu le coup, mais on est loin de la coupe aux lèvres. Contrairement à mon « retour au jeu » de décembre, je sens encore quelque chose, tant au niveau du sciatique que du genou. Mais je suis capable de courir et avec un tel terrain de jeux, pas question m’en passer !

Ce matin, autre essai. Un 13 km qui s’est transformé en 14, vu que je me suis un petit peu perdu dans les sentiers. Et comme j’ai emprunté les sentiers les plus techniques, avec de bonnes côtes et beaucoup de roche, je suis revenu aussi fatigué que si j’avais fait un 30-35 jadis. Comme quoi la forme, ça se perd vite. Mais il semblerait que ça revient assez rapidement aussi. De toute façon, je m’en balance: je me sens revivre. La nature, les sentiers, une température parfaite, que demander de plus ?

Ce qu’il y a de merveilleux avec cet endroit-là, c’est qu’il y a assez de sentiers « lisses » et relativement plats pour que Barbara puisse venir marcher avec nous, comme hier après-midi. Et détail non négligeable pour la gente féminine: la rivière tout près avec son bruit si apaisant.

Mais Lake Placid, c’est bien plus que ça. Comme c’est ici qu’on retrouve le centre d’entraînement de l’équipe nationale américaine, on constate rapidement que tout est axé sur le sport. À voir le nombre disproportionné de magasins de sports sur la rue principale, pas difficile de s’en convaincre.

D’ailleurs la clientèle du camping donne un bon indice. Des vélos, des kayaks, ça aussi, on en a vu beaucoup plus que d’habitude. Ici, les gens ne passent pas leur journée à boire de la bière et parler fort. Ils bougent et le soir, ils dorment.

Parlant de vélo… J’ai amené le mien, question de ne pas me transformer en monstre en cas de retour sur la liste des éclopés. J’ai fait une sortie hier, une petite virée du côté de Lake Placid avec des détours, dont un dus tremplins utilisés pour les sauts à ski. Non mais, ça prend-tu des maudits débiles pour se lancer en bas de ça avec deux planches dans les pieds ?  Impressionnant ?  Le mot est faible !  Je n’en reviens pas encore…

Pour ce qui est du vélo en tant que tel, j’ai fait connaissance avec les routes PARFAITES de l’état de New York. Une surface plus qu’idéale, un accotement d’un mètre de large et des automobilistes qui font réellement attention et pour qui les panneaux « Partageons la route » veulent dire quelque chose. Le paradis, je vous dis !

Alors mon amour, on déménage quand, question d’avoir une vraie connexion internet ?  😉

Essais et erreurs

Ha le Québec et ses changements de températures…  C’est assez incroyable: pas plus tard que dimanche dernier, j’ai dû composer avec le froid et aujourd’hui, c’était écrasant, au point où j’ai fait une saucette dans la piscine dès mon réveil. Cinq petites journées pour passer d’un extrême à l’autre (pour la saison, on s’entend).

Comme la chaleur semblait vouloir se montrer le bout du nez hier matin, j’ai décidé de faire un test. Car c’est une règle établie en course à pied: ne jamais essayer en compétition ce qu’on n’a pas testé à l’entrainement. L’occasion était idéale: 30 km de prévus dans les sentiers du Mont Royal, température et humidité à la hausse, pourquoi ne pas en profiter pour essayer une nouvelle méthode d’hydratation ?

Car voyez-vous, depuis que j’ai découvert les sentiers, à chaque fois que je vais en terrain accidenté, c’est avec mon Camelbak sur le dos. Sauf que ça a certains inconvénients: c’est lourd, particulièrement au début, c’est un peu chaud et à chaque fois que je fais une course de plus de 30 km, j’en suis quitte pour un mal d’épaules. J’ai réussi à l’endurer pour 50 milles, mais pour 100 ?  Oubliez ça !

Or, à observer les autres coureurs au Vermont 50, à voir les photos de plusieurs ultras et aussi à lire des récits de courses, j’ai remarqué que la grande majorité des ultrarunners courent avec une bouteille à la main. Cette façon de faire comporte plusieurs avantages: plus grande liberté de mouvement, meilleure aération du corps et rapidité au moment du remplissage.

Étant de constitution plutôt frêle pour un homme (5’10 », 150 livres, la plupart concentrées dans les jambes), je doutais avoir la force nécessaire pour tenir une bouteille remplie d’eau « naturellement » en courant. Mais bon, il fallait bien que j’essaie. De plus, je ne peux pas courir seulement à l’eau, ça me prend du Gatorade ou un de ses dérivés. Parce que l’eau, au bout d’un certain temps, pas capable… Ça fait que je suis également parti avec ma ceinture d’hydratation remplie de Gatorade à la taille avec l’idée d’alterner les deux.

En partant, j’ai vite constaté que je me sentais plus léger. Bon point. Mais dès la première montée, premier problème. C’est que la plupart de montées en sentiers, surtout celles que j’emprunte, sont plutôt abruptes, alors je les fais en marchant. En fait, c’est plus du power hiking: je me penche vers l’avant et avance à grands pas en accentuant le mouvement de mes bras. Cette façon de faire plutôt efficace m’a permis de dépasser bien des concurrents au Vermont 50 et m’a aussi valu quelques « Great pace ! » au passage, alors ça ne doit pas être si mal.

Sauf qu’avec un poids supplémentaire dans une main, j’étais tout désynchronisé dans mon mouvement de bras. J’avais beau essayer de me remettre en phase, rien à faire. J’ai fini par balancer seulement le bras avec la main libre, ce qui est moins efficace comme façon de faire.

Autre problème: quand la bouteille commence à se vider, le liquide bouge dedans, faisant déplacer le poids de l’eau d’une extrémité à l’autre. Je suppose que ça ne dérange pas les gars plus costauds ou qu’on finit par s’habituer, mais bon, ça me gossait un peu.

La cerise sur le sundae ?  Elle est arrivée quand une des bouteilles de ma ceinture d’hydratation s’est mise dans la tête qu’elle n’aimait pas les descentes trop cahoteuses ou trop rapides et a décidé d’appuyer sur le bouton du siège éjectable. Après trois fois, j’ai laissé échapper un juron qui a probablement été entendu jusqu’à Ste-Anne-de-Bellevue. Je me voyais être obligé d’arrêter à tout bout de champ sur les sentiers menant à St-Donat et disons que cette vision ne me faisait pas vraiment plaisir.

Je me suis mis à faire les descentes sur les talons, question de ne plus perdre des morceaux. Je me retenais carrément en descendant, ce qui n’est vraiment pas la chose à faire. Au bout d’un certain temps, je me suis mis à courir avec la bouteille récalcitrante dans une main et la bouteille d’eau dans l’autre. C’était mieux, mais je n’étais pas à l’aise.

J’ai fini par un peu m’habituer, mais j’ai constaté que j’allais plus lentement que d’habitude. Ok, il faisait plus chaud, mais ça n’expliquait pas tout. Je n’étais vraisemblablement pas à l’aise avec quelque chose dans les mains, je préfère définitivement avoir les mains totalement libres.

Quand j’ai parlé de ça à ma douce au souper, je lui ai dit que ça me gossait un peu, que si tout le monde courait avec une bouteille à la main, il devait bien y avoir une raison. Elle m’a répondu que ce ne serait pas la première fois que je serais différent des autres (je suis un des très rares, particulièrement à mon niveau, à faire des courses sur route avec une ceinture d’hydratation) et que si je préférais le Camelbak, pourquoi pas ?

En effet, pourquoi pas ?

Mais il y a bien d’autres trucs qu’il me reste à essayer. Après plusieurs essais et erreurs, peut-être trouverai-je la combinaison idéale. Mais je doute que ce soit d’ici la fin juin…

Un bel événement

Ceux qui me connaissent savent que ce n’est vraiment pas mon style. J’aime courir seul, m’entrainer seul. À mon rythme, arrêter quand je veux, accélérer quand ça me tente, aller où mes jambes m’amènent.

Mais hier, c’était définitivement une occasion spéciale. Quand j’ai appris qu’un regroupement de coureurs était organisé pour rendre hommage aux victimes de l’attentat de Boston, je n’ai pas hésité une seconde: j’y serais, beau temps mauvais temps.

Les dieux de la course étaient de notre bord: il faisait frais et un soleil éclatant. Marc Cassvi, l’initiateur de ce mouvement via Twitter, avait fixé rendez-vous à tout le monde à 11 heures, au monument de Sir George-Étienne Cartier au pied du Mont-Royal.

Comme j’étais un peu d’avance, j’ai repris contact avec les sentiers avant le rendez-vous. MES sentiers. Étonnamment, ils étaient à peu près tous dans un état impeccable, peu ou pas de boue, presque plus de neige. J’y suis allé doucement, reprenant avec joie ce plaisir que je n’avais pas vécu depuis… le Vermont 50. En fait, j’étais tellement absorbé par ce que je faisais qu’il était 10h40 quand j’ai regardé l’heure. J’étais encore au sommet. Oups…

J’ai donc dévalé la montagne en passant par tous les raccourcis que je connais et suis arrivé en bas avec un gros 5 minutes d’avance. Pas que ça aurait été grave, mais les retards et moi…

Des centaines de coureurs étaient déjà arrivés, le jaune et le bleu de Boston étant bien en évidence. La télé aussi était bien présente: TVA, Radio-Canada, CBC, RDS. J’ai regardé un peu autour, personne que je connaissais. Après avoir enfilé mon t-shirt de Boston (d’un beau jaune pétant), je me suis mis à me promener dans la foule, au cas où je croiserais une connaissance.

Un monsieur et sa femme donnaient une entrevue à RDS. Le monsieur avait terminé 5 minutes avant les explosions et on pouvait encore lire l’émotion dans ses yeux. J’ai écouté son entrevue, puis ai échangé quelques mots avec lui. La communauté des coureurs était tissée serrée d’avance, alors après des événements comme celui-là…

Puis, sans signal ni appel particulier, la course s’est mise en branle. Pas de cérémonie, juste un rassemblement de coureurs pour un simple hommage. Ça faisait bizarre, me retrouver dans un peloton, à zigzaguer comme dans un vrai début de course. Car comme on dit, le but n’était peut-être pas de faire une course, mais à un moment donné, il faut aussi aller à un rythme qui nous convient…

Parlant de rythme, qui est apparu sur le bord du chemin Olmsted ?  Hé oui, monsieur « Courir au bon rythme » lui-même, Jean-Yves Cloutier et sa bouille sympathique. Plusieurs le saluaient au passage, il répondait avec un large sourire, semblant reconnaitre tous ceux qui appelaient son nom. Mais il n’a pas pu s’empêcher de pousser un: « Allez, on y va au bon rythme ! ». Il n’en démord, y’a rien à faire…  J’ai même eu envie de retourner pour lui dire qu’il aurait été impossible que je gagne 36 minutes sur mon temps en courant à son ridicule de « bon rythme ». mais bon, ce n’était vraiment pas le moment.

Au bout d’un certain temps, le peloton s’est étiré et j’ai fini par me retrouver en avant, avec Cassivi et quelques personnes. Tout le monde avait une histoire à raconter, que nous étions à Boston ou non. Et comme pour montrer que le « deuil » était en train de se faire, nous avons parlé des événements, oui, mais de bien d’autres choses aussi. Par exemple, un de mes compagnons s’impliquait dans la cause qui aide les jeunes provenant d’un milieu défavorisé à s’entrainer pour faire un marathon. D’autres parlaient des marathons qu’ils avaient faits, ceux qu’il recommandaient de faire. Nous avons échangé sur nos performances, nos ambitions. Je n’ai pas osé parler d’ultras, vu que ça ne cadrait pas tellement bien avec la conversation.

Preuve qu’il ne voulait pas trop déranger les habitudes des gens de la montagne, Cassivi s’inquiétait de la densité des coureurs. Finalement, le peloton s’étant étiré, nous n’avons probablement pas trop dérangé. Ou si peu.

Arrivés au chalet, nous avons entrepris de faire la boucle du sommet par la droite. Or, quand nous avons commencé à descendre, nous nous sommes mis à croiser des coureurs. Beaucoup de coureurs. Les gens avaient définitivement pris la boucle par la gauche. À toutes les 10 personnes, il y en avait une qui félicitait notre « organisateur ». Il ne l’a pas dit, mais je pense qu’il était fier de la tournure des événements.

Il a de quoi être fier. Ce qui avait été planifié comme un hommage silencieux a plutôt tourné en ce que devrait toujours, toujours être un rassemblement de coureurs: une partie de plaisir. À la fin, on s’est tous donnés la main et dits au revoir, le sourire aux lèvres.

Un bien beau rassemblement. Merci Marc…