2016: retour sur une drôle d’année

Les traditions étant les traditions, celle-là en est une incontournable depuis que j’ai démarré l’écriture de ce blogue, alors la voici donc: ma drôle d’année 2016 en quelques flashes.

« Je fais des ultramarathons parce que des marathons, c’est trop dur » – C’est ainsi que je me suis présenté lors de ma première rencontre des ambassadeurs Skechers. Tout le monde s’est mis à rire, mais je n’exagérais pas tant que ça. C’est très dur un marathon, vous savez…

Jamais je n’aurais pensé qu’une compagnie puisse être intéressée à commanditer quelqu’un de mon niveau. Imaginez: le gars qui était assis à côté de moi était le champion en titre du marathon de Montréal !  Je n’avais pas vraiment rapport. Et justement, c’est parce que je n’avais pas rapport que j’étais là: je suis ultramarathonien, alors que les autres faisaient de la piste, de la route ou du triathlon.

L’association a été fructueuse, pour moi en tout cas. Je cours maintenant presque exclusivement sur du Skechers et les vêtements fournis commencent à être sérieusement usés. Notre entente a été renouvelée pour 2017, à mon grand bonheur.

Les pauses-bobos – Février, mon sciatique a fait des siennes. Résultat: un mois on and off. Je suis arrivé à Massanutten légèrement sous-entrainé, avec comme conséquence que j’ai fait le même temps qu’en 2015, mais dans des conditions pas mal plus faciles.

Décembre, déchirure au niveau de l’ischio-jambier droit. J’attends « patiemment » que ça guérisse. Moi qui fais des sorties course-marche, on aura tout vu…

C’est fou le nombre de blessures qui peuvent se produire dans un sport sans contact. Les coureurs en ont tous, à divers degrés. Mes collègues me voient souvent boiter au travail et me demandent si je me suis fait une compétition quelques jours auparavant. Hé non, ce sont la plupart du temps mes tendons d’Achille qui se plaignent. Mais comme ils n’empêchent rien, je cours dessus.

Mais bon, ça ne se passe (malheureusement) pas comme ça avec l’ischio.

Les controverses – Paradoxalement, j’ai moins publié en 2016 que les années précédentes et pourtant, jamais je n’ai créé autant de controverses. Car non pas une, mais bien deux fois mes articles ont entrainé des réactions… pas toutes positives, disons.

Les discussions privées demeureront privées, mais je tiens à souligner ici l’apport de Patrick au débat « principal ». Je voudrais le remercier pour le ton très cordial qu’il a utilisé, pour son ouverture et ainsi pour les arguments qu’il a apportés qui m’ont amené à voir la situation d’un autre oeil. J’ai appris à connaitre un homme remarquable que j’espère bien recroiser très prochainement.

De tout ça, je retiens une chose: nous sommes chanceux de vivre dans un endroit où un sujet comme la course à pied peut mener à de telles discussions. Il faut croire que nos vies ne se portent pas si mal. Je me demande bien ce que les gens d’Alep pourraient en penser…

Le fat ass – L’appel a été lancé au hasard sur Facebook par un ami. Il s’attendait à ce qu’il y ait 10-15 coureurs qui se présentent. Le soleil radieux aidant, il y en a eu une quarantaine. Un beau parcours de 50 kilomètres empruntant des chemins de campagne comme je les affectionne. Merci Stéphane.

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La gang du fat ass avant le départ. Crédit photo: je l’ignore. Guy, je te l’ai empruntée sur ta page Facebook…

« Je ne crèverai pas icitte ! » – Ça a été ma mantra lors de mes deux premiers 100 miles de la saison. La première fois que je me suis dit ça, c’était à Massanutten, peu de temps après le départ. Je commençais à frustrer à force de me faire dépasser dans les roches et tâchais tant bien que mal (surtout mal) d’accélérer le pas. Après avoir perdu l’équilibre à quelques reprises, j’ai eu cet éclair de lucidité: valait mieux arriver un peu plus tard que ne pas arriver du tout. Je suis nul dans le technique, aussi bien l’accepter. Avec le recul, je l’ai peut-être trop « accepté », mais bon…

C’est dans un tout autre contexte que je me suis juré de demeurer vivant lors de l’Eastern States. Je venais d’accompagner un gars qui se vomissait les tripes jusqu’au ravito du 33e mile. La section qui suivait était relativement facile, je pensais pouvoir rouler un peu. C’est ce moment que la chaleur a choisi pour me tomber dessus. J’ai vraiment eu l’impression que si je persistais à courir, j’allais y rester. Je me suis mis à marcher.

Les roches – À Massanutten, je les connaissais. Je savais qu’elles me donneraient du fil à retordre. Disons qu’elles ne m’ont pas déçu. À Eastern States, par contre… Ha, il y en a moins, mais bout de viarge, elles bougent !

Québec Power – Sur 199 partants à Massanutten, nous étions 7 de la belle province. On dirait bien qu’il va falloir que les Américains s’habituent à entendre parler français.

La décision – Shawl Gap, mile 38. Sachant qu’une longue section sans ravito s’en vient, je change mon système d’hydratation, question d’avoir une plus grande réserve de liquide avec moi. Dans le transfert des trucs, j’hésite à prendre un imperméable de secours, car je trouve qu’il prend de la place pour rien. Je décide finalement de l’emporter avec moi, au cas où…

Cette décision sauvera littéralement ma course. À peine une heure plus tard, la pluie se mettra à tomber et la température, à chuter. Sans ce cossin à 1$, l’hypothermie me guettait. Quand on pense que c’est arrivé à une coureuse d’expérience comme Amy…

La pluie – Trois courses de 100 miles, trois fois de la pluie, au moins une heure à chaque fois. Vais-je faire un 100 miles sans pluie un jour ?

La perf – Je sais qu’il n’aime pas tellement qu’on en parle, mais je suis encore béat d’admiration devant la perf que mon ami Pierre nous a sortie à Massanutten. 24h38, bon pour une quinzième place. Wow. Sur un tel parcours, chapeau bien bas.

Mention très honorable à Stéphane-le-métronome, qui a terminé de boucler le grand « 8* à peine une heure plus tard.

Le lapin – Pour la deuxième année, j’ai eu la chance de jouer au lapin de cadence lors de la Course des 7 qui se déroulait dans mon patelin. Les conditions aidant (il y avait un vent très « montérégien » ce jour-là), j’ai eu des clients (des clientes, en fait) jusqu’à la toute fin. Les high fives de remerciement que j’ai reçus à l’arrivée n’avaient pas de prix.

La Maison bleue – Étant réservé de nature, je ne suis pas vraiment  (en fait, je devrais dire: vraiment pas) porté vers tout ce qui a rapport à la sollicitation. Mais bon, Julie, ma partner de la Petite Trotte, m’a convaincu de nous lancer dans une levée de fonds pour la Maison bleue, un organisme qui vient en aide aux jeunes familles.

J’avoue avoir été impressionné par cet organisme et surtout, par les gens qui y travaillent. Un bel exemple pour tous. J’ai porté le macaron de la Maison bleue tout au long de notre périple à travers les bois de St-Donat et il se retrouve toujours sur mon sac. Il devrait être de la partie le jour où de prendrai le départ de l’UTMB.

Courir en équipe – 28 heures. C’est le temps que nous avons passé ensemble dans les bois, Julie et moi. Ajoutez à ça le voyage en auto, le dîner, etc. Des discussions, nous en avons eu plein et peu à peu, les barrières socio-naturelles sont tombées. J’ai déjà lu quelque part que si vous voulez vraiment connaitre quelqu’un, vous devez courir un ultra avec cette personne. Hé bien, nous ne nous connaissions pas beaucoup avant le départ, mais  ces heures ont fini par faire de nous de véritables amis.

Le dimanche matin au déjeuner, quand la serveuse a demandé avec lequel de Lambert ou de moi Julie était en couple, j’ai eu envie de répondre qu’elle avait passé la dernière nuit avec lui, mais la précédente avec moi.

Mais bon, je me suis gardé une petit gêne…  🙂

Le pacer – Course Chamfleury, avril 2012. J’approche du dernier kilomètre de cette course qui en compte 10. Ça va super bien mon affaire, les soeurs Puntous sont environ 200 mètres derrière, je suis déjà entièrement satisfait de ma course.

Devant, je vois un gars qui cours à bonne allure parmi les coureurs plus lents qui font le 5 kilomètres. Je me dis que je vais essayer de le rattraper, juste pour voir. Après dur effort, je suis sur ses talons et me laisse « tirer » par lui. Ouf, juste demeurer derrière, c’est déjà dur…

Puis, je réussis à reprendre mon souffle un peu et tente de le dépasser. Il terminera quelques secondes après moi. On s’échangera quelques mots de félicitations par après et je croyais ne plus le revoir.

J’oubliais que le monde est petit. En effet, 4 ans plus tard, j’aurai comme mission d’amener mon ami Martin vers son objectif, soit de descendre sous les 20 heures dans une course de 100 miles. Malheureusement, la chaleur du jour a fini par faire son effet et mon coureur en a été affecté. Il faut aussi dire que c’est lui qui a le don de me faire rire à chaque fois qu’il parle, alors que normalement, c’est moi qui aurais dû être là pour le distraire. Mais bon, il est tellement drôle que c’est dur à accoter, comme on dit…

Pour clôturer sa saison, après s’être envoyé une multitude d’ultras, Martin fracassera la barrière des 3 heures à Toronto. Je me demande encore comment j’ai pu le rejoindre par ce beau matin d’avril.

La vie d’ultra… un peu – Je le dis souvent: je suis trop douillet pour faire la « vraie » vie d’ultra. Vous savez, se taper de longues heures de route pour coucher dans sa voiture ou sous une tente… Je suis plus du type « hôtel », une vraie poule de luxe.

J’en ai tout de même eu un aperçu lors de cette fin de semaine au Vermont. Stéphane et moi nous sommes rendus sur place le samedi, avons pacé nos coureurs respectifs, puis avons dormi dans l’auto sans prendre de douche avant de revenir le lendemain.

Le bilan ?  Mon compagnon de voyage a été extraordinaire et on a eu beaucoup de plaisir. Si je le referais ?  Absolument !  Même si je ne suis pas vraiment fait pour ça…

« It makes sense«  – Frontière américaine. Le douanier ne semble pas surpris que je lui dise que je m’en vais faire une course de 100 miles. Il s’interroge toutefois sur la présence d’un matelas de sol dans mon VUS. Je lui explique que je suis avec ma soeur et mon père, que nous allons coucher à l’hôtel…

Son visage exprime une réflexion: aucune des combinaisons s’offrant à nous (père-fils, père-fille, frère-soeur) ne semble possible pour partager un lit, alors effectivement, nous aurons besoin d’un troisième matelas.

« Yeah, it makes sense…« 

Le sauna – On a dit des marathons de Boston et d’Ottawa qu’ils s’étaient déroulés dans des « saunas » cette année. Que dire de l’Eastern States, alors ?  Quand j’ai ouvert la portière du véhicule la veille de la course, la chaleur était écrasante. Il faisait 35 degrés, plus de 45 degrés avec le facteur humidex. Étouffant vous dites ?

À partir de ce moment, j’ai eu peur, peur comme jamais avant une course. Comment pourrais-je faire 100 miles là-dedans alors que je peinais à respirer ?

« Coin-coin, le petit canard a pris la pluie ! » –  Commentaire de mon ami René suite à la parution d’une photo prise lors de la course.

Le problème ?  Au moment où ladite photo a été prise, il n’avait pas encore plu.

L’orage – Grosse chaleur, grosse humidité, ça amène quoi, habituellement ?  Hé oui, de gros orages. Celui-là a été particulièrement effrayant. Surtout quand la foudre est tombée sur l’abri sous lequel je me tenais.

Le plus dur ? – Ce fut un véritable massacre: 197 au départ, 66 à l’arrivée. Les conditions ont probablement faussé les données, mais comme dirait l’autre, la chaleur en Pennsylvanie au mois d’août, fallait s’y attendre un peu.

Maintenant, est-ce que ce parcours est plus difficile que celui de Massanutten ?  Vrai que j’y ai mis près de 3h30 de plus, mais comme je disais, avec la chaleur… Honnêtement, je ne sais pas. Certaines montées (et certaines descentes !) sont épiques, rien de ce que j’avais vu auparavant ne s’y compare. Mais en ce qui me concerne, dans des conditions similaires, je pense que Massanutten est plus difficile pour moi, rapport à mes lacunes techniques.

Mais pour tout le monde ?  Il vous faudra essayer !  🙂

Le paradis – Les rues de Londres, les étroits chemins ondulés et verdoyants du Devon, les environs de Bath, ha… Durant ces deux semaines en Angleterre, j’ai eu la chance de voir à la course un côté moins connu de ce si beau pays . Définitivement que cette manière de visiter est là pour rester.

Les vieux routiers – Ligne de départ du Bromont Ultra. Je suis avec Pierre, Louis et Pat. On jase, on rigole. Tout autour, je sens la nervosité chez quelques coureurs qui en sont à leur première expérience sur la distance. Pas trop déplaisant d’être un vieux routier…

« Tu peux prendre ton temps, vous êtes quatrièmes » – Ian et moi venons d’arriver au ravito du lac Bromont, au kilomètre 41. Je me doutais bien être en plutôt bonne position (ce que mon père venait de me confirmer) et pourtant, j’ai l’impression de ne pas avancer depuis le départ. Impression que je conserverai jusqu’à l’arrivée. Tout comme la quatrième place d’ailleurs.

Le jeunots – Les ultramarathons, c’était habituellement réservé aux coureurs plus matures, si on peut s’exprimer ainsi. Mais depuis peu, je constate l’arrivée d’une nouvelle génération qui nous fait la vie dure. Je connaissais déjà Vincent et Benjamin, voilà que cette année, j’ai eu la chance de côtoyer Xavier (qui s’est enfilé le trio Petite Trotte – Vermont 100 – Bromont 160) et Ian, qui a terminé deuxième à Bromont en me mettant plus d’une heure dans le buffet.

Pépère Fred n’a pas fini de se faire botter le derrière !  🙂

Le cri dans la nuit – Bien qu’ils soient toujours pris avec des bobos à gauche et à droite, il est rare d’entendre des coureurs, particulièrement des ultramarathoniens, se plaindre d’avoir mal. Alors quand j’ai entendu le cri de Stéphane déchirer la nuit, j’en ai eu des frissons. Fallait que ça fasse mal pas à peu près pour qu’il le laisse échapper.

Verdict: cheville tordue, contraint à l’abandon. Il va revenir plus fort pour nous refaire le coup du métronome.

L’autre cri dans la nuit – Celui-là, il est sorti de ma bouche. La descente menant au deuxième passage au ravito P5 avait été rendue impraticable par la pluie. Je me suis retrouvé à glisser sur mon postérieur de manière incontrôlable et quand le toboggan a fini par finir par s’arrêter, j’ai laissé échapper ce cri de frustration… parsemé de mots religieux de circonstance. De toute façon, que serait un ultra sans quelques mots religieux ?

Perdu – Par deux fois, j’ai manqué un virage dans la section relativement bénigne du mont des Pins. Maudite vision-tunnel !  Une autre raison pour invoquer les saints.

Plusieurs minutes perdues. Sans ça, aurais-je pu terminer une position plus haut ?  On ne le saura jamais.

La sérénité – Avant de m’élancer dans la dernière mini-boucle de 6 kilomètres, on m’a dit que je n’avais que 3 minutes de retard sur celui qui me précédait. J’ai poussé sur un ou deux kilomètres, mais ne l’ai jamais aperçu. Voyant cela, j’ai levé le pied et ai terminé en appréciant le moment. Étais-ce bien grave de ne pas terminer sur le podium ?  Bien sûr que non.

La bière – Véritable obsession parfois, à croire qu’on ne court que pour ça. Mais mon papa avait prévu le coup !  🙂  On dirait qu’elle est meilleure à 10 heures le matin…

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Ha, la bière d’après-course…

Un podium à cinq marches ? – Bromont a le don de me mettre par terre. Durant la course, ça va bien, mais après, je tombe en mode zombie assez rapidement. Je savais que ma « fenêtre » pour être en mesure de retourner à la maison était courte, alors j’ai voulu partir. C’est alors qu’on m’a appris que le podium comptait cinq marches et non pas trois. J’en faisais donc partie.

Hein, cinq marches ?!?  De quessé ?

J’ai confirmé auprès de Gilles, qui m’a dit que si j’étais à bout, d’y aller, que ce n’était vraiment pas la fin du monde. Au moment où la cérémonie a eu lieu, j’étais étendu sur le lit de la chambre d’amis, incapable de bouger, notre Charlotte blottie contre moi. Je trouvais ça poche de ne pas être là, mais j’étais vraiment brûlé.

Merci Gilles – C’est lui qui a eu l’idée saugrenue de se lancer dans l’aventure d’organiser un ultramarathon à Bromont. L’événement ne cesse de grandir depuis, de sorte qu’il est devenu un incontournable. Merci Gilles.

Travail d’équipe – Paradoxalement, bien que le sport que je pratique soit individuel, je préfère les sports d’équipe. Malheureusement, l’individualisme vient trop souvent briser la beauté de ces derniers, ce qui a le don de me mettre en rogne, alors…

Je peux toutefois faire équipe dans le cadre d’un ultra, que ce soit avec un autre coureur ou avec mon équipe de support. Et dans ce domaine, comment oublier l’apport de mon papa encore cette année ?  Quand c’est rendu que les membres d’une équipe de support se font reconnaitre par les autres coureurs…

Et avec ma petite soeur dans le portrait, je sens que l’équipe pourrait s’agrandir de temps en temps…  🙂

Zéro marathon – Il y a à peine 10 ans, je me suis mis à courir, « pour voir ». L’année suivante, je complétais mon premier marathon. À chaque année depuis, j’en avais fait au moins un. C’était jusqu’à 2016. Pas de marathon, ça fait tout de même bizarre quand on y pense. Bah, ça va avec la drôle d’année que j’ai eue.

Est-ce à dire que c’est terminé pour moi ?  Sais pas. Je vais définitivement en faire d’autres pour accompagner des parents et amis, mais en faire d’autres « pour moi » ?  Pas sûr.

Mais bon, Pierre et Martin m’ont lancé l’idée de me tirer vers les 3 heures à Philadelphie…

Pour 2017 ? –  Ha, cette période de l’année où on décide de son calendrier de courses avec une bière dans la main…

Tout comme en 2016, l’année risque d’être tracée en fonction du résultat du tirage au sort en vue de l’UTMB. Pour le moment, je ne suis inscrit qu’au Runamuck 50k (avril) et au marathon d’Ottawa (mai) que je ferai comme pacer personnel pour ma frangine préférée qui en sera à son premier marathon.

Pour le reste, j’envisage un retour à Massanutten (c’est qu’on s’attache à ces petites bêtes-là) en mai, un petit voyage en Estrie pour le 50k de Five Peaks à Orford en juin ainsi que peut-être le Vermont en juillet. Bromont en octobre ?  Un incontournable, je l’ai déjà dit.

J’ai regardé toutes sortes d’épreuves en Europe (surtout en Écosse et en France) si jamais je n’étais pas pris, mais j’en suis venu à la conclusion que le désir de prendre part à ces courses ne valait pas l’investissement de temps et d’argent qu’elles impliquent. Par contre, la Transmartinique en décembre, hum… À voir.

Bonne année 2017 !  🙂

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Eastern States 100: coeurs sensibles s’abstenir

« L’Eastern States ?   La Pennsylvanie, en août ?  Vraiment ? Ça va pas, non ?  En plus, ça prend un doctorat pour réussir à acheter de la bière dans cet état ! ».

À qui je disais ça ?  À personne, mais je le pensais très fort en cette chaude soirée de mai 2015 au ravito Gap Creek I installé au mile 69.6 du diabolique Massanutten. C’est que voyez-vous, James Blanford, un des meilleurs coureurs dans l’est du continent, avait dû abandonner quelques heures plus tôt et il nous faisait part de ses plans pour le reste de l’été.

Et qui se retrouve à jogger à mes côtés alors que je me présente à la station Ritchie Road, située au mile 38.5 dudit Eastern States que je m’étais juré de ne jamais faire ?  Hé oui, ce même James Blanford !

« J’ai la chienne, t’as pas idée… ». C’était le mot que j’avais laissé à ma douce avant de quitter l’hôtel. Pas ma meilleure idée, ça risquait juste de l’inquiéter. Mais il fallait que je le dise à quelqu’un, il fallait que ça sorte. J’avais une trouille sans nom, comme jamais ça m’était arrivé avant une course.

J’avais peur de quoi, vous me demandez ?  Comme ma mère l’avait prédit, j’avais peur de la chaleur. De la cr… de chaleur. Je savais que j’allais avoir chaud, mais jamais je ne m’étais imaginé qu’il ferait aussi chaud. Quand nous sommes arrivés vendredi en fin d’après-midi, le mercure indiquait 35 degrés et l’humidité était à couper au couteau. L’été a été chaud au Québec, mais ce n’était absolument rien comparé à ça. Et j’allais me taper 100 (102.9, en fait) miles dans de telles conditions… J’en tremblais dans mes shorts.

J’ai tout de même décidé de suivre mon plan à la lettre : partir rapidement vers le devant du peloton, question de ne pas me retrouver dans un embouteillage lorsque la première grosse montée (celle du sixième kilomètre) allait se montrer la face, puis demeurer « en dedans » pour le reste de la course.

Après les deux premiers kilomètres franchis en 10 minutes (c’est rare qu’on fait du 5:00/km dans un ultra, mais bon…) et 4 kilomètres de single track, la fameuse côte s’est présentée. Hou la la, une vraie de vraie !  Longue, abrupte, elle allait donner le ton au reste de la journée car dès lors, le rythme serait très, très lent.

Pour vous dire, j’ai remarqué que je passais le 20e kilomètre en 3 heures pile. Un calcul rapide me donnait une arrivée en 25 heures à ce rythme-là. Quand on sait qu’on ralentit invariablement en cours de route, ouch !

Toujours est-il que j’avançais, tant bien que mal, malgré la chaleur qui se faisait de plus en plus présente. Dès que je le pouvais, je m’arrêtais pour tremper mon chiffon J (j’ai toujours un chiffon J sur moi, pour les « urgences », si on peut dire) dans les quelques ruisseaux qu’on croisait et m’asperger d’eau. Si bien qu’en arrivant tout près de Lower Pine Bottom (mile 17.8), je me sentais relativement bien.

Ça c’était jusqu’à ce que le bénévole me dise que le ravito était en haut d’une interminable montée… en asphalte et au gros soleil. « I HATE you !!! » que je lui ai lancé, un sourire en coin.

Tout en haut, mon dream team du Vermont (composé de mon père et de ma sœur) m’attendait. Pour la première fois, ils allaient s’étonner de mon relatif état de fraîcheur. Remplissage rapide du réservoir de ma veste que je siphonnais à la vitesse grand V pendant que je me choisissais de quoi bouffer à la table et voilà, j’étais reparti. Non sans avoir constaté, comme me l’avait fait remarquer mon père en me pointant un drapeau américain tout à fait immobile, que le vent était totalement absent. Tant qu’à se sentir dans un sauna de toute façon…

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Little Pine Bottom, mile 17.8. Il ne vente crissement pas…

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Quand on a chaud juste à regarder la photo… Et il n’est même pas encore 10 heures !

Après être passé par Browns Run (mile 25.8), j’ai pris la direction de Happy Dutchman, (mile 31.6). Les montées et descentes s’enchainaient, la difficulté du terrain étant variable. Des gens me dépassaient, je les redépassais. Bref, un ultra dans ce qu’il y a de plus classique.

Mais qu’étaient-ce ces bruits ?  Le ravito qui approchait ?  Cooool !  Et en plus, j’apercevais un gars devant, j’allais pouvoir en shifter un…

J’avais juste à moitié raison. Il y avait effectivement un gars devant et j’allais indéniablement le shifter. Mais les bruits, c’était lui qui les produisait. En se vomissant le corps. Et il faisait ça avec une puissance admirable, je dois dire. Ça devait lui faire mal jusque dans le… Cœurs sensibles s’abstenir.

Will you be all right ?  “Don’t know...”  Autre salve conique d’un merveilleux mélange solide-liquide que j’imaginais sûrette sur les bords. Hummm… Do you want me to stay with you ?

Quand il a réussi l’exploit de produire un autre jet, je n’ai pas attendu sa réponse. I’m staying with you. Il ne s’est pas obstiné et nous avons repris le sentier à la marche.  Le gars présentait des symptômes de début de coup de chaleur, je ne pouvais tout simplement pas le laisser seul. Sur la route, on s’en fout un peu, il y a toujours du monde. Mais là, dans le milieu du bois ?  Il aurait pu en mourir, alors pas question de le quitter.

Fallait tout de même avoir l’estomac bien accroché pour assister à un tel spectacle et pendant qu’il s’exécutait, disons que j’avais une vague pensée pour tout ce que j’avais bouffé depuis le début de la course : sandwichs, fruits, chips, quelques gels. Heureusement que le mélange était assez équilibré, car je n’aurais pas pu garantir sa « stabilité ». Déjà que j’avais laissé tomber le Gatorade à saveur de « pisse de schtroumpf » parce qu’il me donnait des rapports…

Feeling a bit better ?  Oui, il allait un peu mieux, assez pour réussir à jaser un peu. Tout jeune (il avait l’air d’avoir 30 ans), le gars venait de Pennsylvanie. Et pas plus habitué que ça à la chaleur locale ?  Hé ben…  Deux autres nous ont rejoints et quand je leur ai raconté ce qui arrivait à mon nouvel ami, on s’est tous mis à élaborer sur nos symptômes: mains enflées, pas uriné depuis des heures, nausées. Tout ça en riant. Parce que oui, on fait ça parce qu’on a du fun !

Toujours est-il que le ravito est arrivé et à partir de là, je le laissais entre les mains du personnel médical. Il m’a remercié de l’avoir accompagné, je lui ai simplement répondu qu’il allait me botter le derrière avant même que la nuit ne tombe. Lui comme moi n’en croyions pas un mot.

Devant moi, une section facile selon les bénévoles. Yeah right. Y’a rien de facile ici.

Pourtant elle l’était : un beau sentier de motoneige (il y a vraiment des motoneiges ici ?  Comment peut-on avoir de la neige ET des serpents à sonnette ?!?), mais c’est là que la providence a décidé que j’allais vraiment commencer à ressentir les effets de la chaleur et souffrir. Dès que je me mettais au pas de course, je sentais la pression grimper à l’intérieur de mon presto. Et juste pour faire exprès, pas un petit maudit ruisseau digne de ce nom dans les alentours, alors qu’il y en avait toujours un dans les parages depuis le début de la course. Juste des minuscules trous de bouette, que je commençais à envisager avec envie. Si c’est bon pour les cochons, ça doit être bon pour moi, non ?

Au moins, il n’y avait plus de roches. Car, parlons-en des roches. Ha, elles étaient moins présentes qu’à Massanutten, mais elles avaient une particularité. Oui mesdames et messieurs, une particularité : elles bougeaient !  Donc, avant de poser le pied, pas moyen de savoir si ce qui se trouvait en-dessous allait se dérober pou pas. La joie.

Un gars muni de bâtons de marche m’a rejoint puis dépassé. Ça a l’air efficace ces machins-là, je devrais peut-être essayer. Un peu plus loin, alors qu’il était arrêté pour faire son petit pipi (certainement doré), je lui ai fait la remarque comme quoi il était chanceux car moi, ça faisait un bon 6 heures que je n’avais pas uriné.

Il se mit alors en frais de me faire peur… et de réussir. 6 heures ?  Tu ne t’hydrates pas assez qu’il disait. Ben oui Chose, je siphonne mon réservoir de 2 litres entre deux ravitos et ce n’est pas assez ?  Et il en remettait, me parlant de coup de chaleur, etc.

Voilà, mon moral était atteint. Cette chaleur, c’était trop pour moi, mon corps de Québécois ne pouvait tout simplement pas s’y adapter. Et les idées d’abandon commencèrent à s’immiscer dans mon esprit. Il était encore tôt, si je fermais boutique, on passerait une nuit tranquille à l’hôtel, puis on pourrait retourner à la maison une journée en avance…

Comme quoi les dieux de la course en sentiers n’étaient pas tous contre moi, ils ont mis Blanford sur mon chemin. En le reconnaissant, je me suis arrêté et me suis mis à lui jaser ça. Il sautait une année, il était là comme crew pour un de ses amis et allait le pacer pour les 22 derniers miles. S’il se rendait.

Hey, you’re here to run, not to talk !”. Celle que je présume être sa femme. James, très gentil, s’est offert de continuer à la « course » avec moi jusqu’au ravito et sur ces minuscules 200 mètres, il a changé ma course. Car même lui, il a de la difficulté à uriner quand il fait chaud et il a découvert que finalement, forcer les choses, ça ne donne rien. On a continué à échanger un peu et nous sommes arrivés à ma gang. Savoir qu’un coureur d’élite vit les mêmes choses que moi m’a rassuré. Merci James.

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Échange sur les besoins de base avec un des grands ultrarunners de ce coin du monde

Je devais toutefois en avoir le cœur net et suis monté sur la balance. Verdict : 141.8 (pour mes amis européens, ça donne environ 64 kg). 4 livres de perdues depuis le départ, moins de 3%. Pas l’idéal, mais rien de dramatique. Alors l’autre avec son coup de chaleur…

Or donc, après avoir vidé mon réservoir d’eau sur ma tête et l’avoir rempli de LG1, puis m’être remonté le moral auprès de mon dream team en tâchant de manger un peu, je suis reparti, prêt à affronter la section au soleil, sous la ligne électrique.

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Je souris, je vous l’assure. C’est juste que je garde tout à l’intérieur !

How the fuck did I miss that turn ?!?”.  C’est ainsi que je fais la connaissance de Jess, une blondinette qui revient en sens inverse à toutes jambes, alors que je gravis les derniers mètres d’une xième  montée sous le soleil de plomb. Quand une femme utilise le mot en « f », c’est qu’elle est en petit crapaud, c’est le moins que l’on puisse dire.  Tâchant de profiter de son adrénaline, je tente de m’accrocher à elle quand nous retrouvons finalement les bois, mais c’est peine perdue, elle s’envole (presque) littéralement.

Ça n’empêche pas que nous quitterons Hyner Run (mile 43.2) ensemble pour la longue montée graduelle de 9 kilomètres, accompagnés son pacer. Elle a l’air de s’être calmée et placote sans arrêt. Pour ma part, j’ai repris du poil de la bête et c’est la crainte de tomber sur une section technique qui m’empêche de leur demander le passage.

Au sommet, ho miracle : je dois m’arrêter pour uriner. J’allais pouvoir m’en vanter à mon crew à notre prochaine rencontre ! 🙂

Cet arrêt combiné à la descente très technique qui a suivi ont fait que je me retrouve seul. Bah, pas grave, on a la vie devant soi. Le ciel s’est couvert, mais ça fait des heures qu’on entend le tonnerre gronder et qu’il ne se passe rien. Et là, il gronde à nouveau. Ben oui, des promesses…

Car je souhaite de la pluie depuis le début. Une averse de 10 minutes à chaque heure, ce ne serait pas trop demander, non ?

Le vent se lève. Hum, ça pourrait être vrai cette fois-ci… Quelques minutes plus tard, la pluie commence. Ha, ça fait du bien !

C’est qu’elle ne ralentit pas… Ouais, ça finit par être désagréable. Et ça tombe de plus en plus. Merde, c’est que je commence à me les geler ! C’est le monde à l’envers…  Alors que mon corps a combattu la chaleur toute la journée, il doit maintenant se battre pour la conserver.

Pas le choix, imperméable d’urgence, que j’avais inséré sans grande conviction dans ma veste. Vivement le ravito, il ne doit pas être bien bien loin…

Aussitôt demandé, aussitôt arrivé : le ravito Dry Run (mile 51.1) est là. J’y arrive, hilare, alors qu’une dizaine de coureurs (dont Jess) et 4-5 bénévoles se tiennent à l’abri du mieux qu’ils le peuvent. Dry Run, sous une telle pluie, c’est drôlement ironique, non ?  On dirait bien que je suis le seul à trouver ça drôle.

Il faut dire que ça tombe comme une vache qui pisse, il y a de l’eau partout. Le vent est incroyablement fort, la foudre frappe à une fréquence phénoménale. Ce serait de la pure folie de repartir.

Un bruit assourdissant vient nous faire sursauter. Au même moment, je sens un chatouillement dans mes pieds. « I was shocked !!! » s’exclame une bénévole qui tente de retenir l’abri… que la foudre vient de frapper.

Ouais, ce n’est plus drôle, là… Je n’ai pas peur des orages, mais il y a des limites. Si ça n’arrête pas, je hisse le drapeau blanc. Pas question que je me tape l’autre moitié du parcours dans de telles conditions. Je prends soin de coller mes pieds ensemble et attends que ça finisse par finir.

Un gars est passé et ne s’est même pas arrêté. D’autres se sont tannés d’attendre et sont repartis. Finalement, la pluie diminue progressivement d’intensité et Jess repart. 2-3 minutes plus tard, ce sera mon tour.

Petite section relativement facile débutée sous la pluie et terminée avec mon imper dans les mains. À Halfway House (mile 54.7), une charmante dame avec un dossard de pacer m’accueille. « Do you have a pacer ?». Hein ?  Heu… non. J’ai un crew, est-ce que ça fait pareil ?  « Ho, sorry… ». Pas trop compris ce qu’elle voulait, probablement une pacer dont le coureur avait abandonné et qui se cherchait un coureur à accompagner. Ça aurait pu être plaisant, mais moi, jaser en anglais quand je suis brûlé…

Ok, changement de souliers, mes Skechers GoTrail Ultra 3 sont complètement détrempés. La pluie a cessé et je sens des débuts d’ampoules sur les côtés des talons.

 « Mon Dieu, tes pieds !!! »

Ils sont ratatinés et tout blancs (vous savez, comme les bouts des doigts après un long bain ?), gracieuseté de la pluie. Ajoutez à ça le bleu des orthèses qui ont déteint et mettons que ce n’est pas joli-joli. D’où la réaction de ma petite sœur adorée.

J’observe le tout, prenant mon air de gars qui en a vu d’autres. Pas si pire. Pas d’ampoule en-dessous, on va essuyer ça bien comme il faut et changer pour du sec. Ça devrait être correct. Tant qu’à faire, on change de camisole, puis on embarque les frontales et on reprend la route en prenant bien soin de s’empiffrer. Je pense que ma remontée impressionne mon équipe. Allez, on se revoit dans 9 miles !

9 miles pénibles car en plus d’être très techniques, les sentiers sont rendus glissants au possible suite à la pluie. Je ne compte plus les roches qui ont cogné sur mes chevilles suite à des mini-éboulements. Les mots d’église qui sortent de ma bouche viennent briser la quiétude de la forêt à de maintes occasions.

Toujours est-il que j’arrive tout de même à Slate Run (mile 63.8). En fait, c’est où, Slate Run ?  Il y a bel et bien un bistrot où des gens s’amusent en prenant un verre sur la terrasse (belle soirée pour ça), mais la station, elle est où ?  Doit-on entrer dans le bistrot ?  Moi, si j’entre là-dedans, je n’en sors pas… Ha, une bonne bière en fût…

Un bon samaritain m’indique le chemin à suivre et je retrouve mon équipe derrière, dans le stationnement. Au menu du ravito ?  De la pizza, gracieuseté du bistrot. D’ailleurs, qui a eu la brillante idée de se partir un bistrot ici ?  En tout cas… Le gars qui arrive juste après moi en dévore une pointe, mais moi, ça ne me dit rien. Je me contente donc des plus traditionnels sandwichs.

Au moment de repartir, léger problème : je ne sais pas où aller !  Et je ne suis pas le seul car les bénévoles ne semblent pas trop au courant. Finalement, quelqu’un le sait et c’est accompagné de mon équipe que je fais les premiers 200-300 mètres dans l’obscurité du sentier. Hé oui, ils veulent savoir « de quoi ça a l’air la nuit ».  Hé bien voilà !  « Je ne changerais pas de place avec toi ! » finit par me lancer mon père avant de rebrousser chemin. Ça tombe bien, moi non plus. On est fait pour s’entendre ! 🙂

J’aurais bien aimé qu’on frappe une fameuse montée avant qu’ils fassent demi-tour, mais bon, ce sera pour une prochaine fois. N’empêche, je le dis à chaque fois, mais mon équipe de support accomplit un travail colossal et ce, toujours dans la bonne humeur. Attendre des heures pour me voir passer en coup de vent ou presque, ça dépasse mon entendement.

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Les joies d’être équipe de support !

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C’est qu’ils ont l’air d’aimer ça, en plus…

Oups, que se passe-t-il ? 2-3 kilomètres après le ravito, mes paupières sont soudainement lourdes. Très lourdes. Un gel à la caféine peut-être ?  Sans effet.  Pourtant, il n’est pas si tard… Ça va passer, ça va passer…

Nope. Et contrairement à Massanutten, je n’ai pas Pierre pour me guider pendant que je suis en train de me transformer en zombie. Allez, on se rend à Algerines (mile 69.1) et on dort là. Un petit coup de cœur…

Rien à faire. Tout ce que mon esprit pense, c’est trouver un endroit où je pourrais dormir. Vite, ça presse !  Ce buisson-là ?  Sous cet arbre ?  Si ça continue, je vais littéralement tomber de sommeil…

Tiens, une grosse roche plate au pied d’un arbre, le nirvana. Je m’assois, m’appuie le dos et la tête sur l’arbre, éteint mes lampes… et ferme les lumières. Les serpents à sonnette ?  Qu’ils aillent se faire voir, je dors ici, point final.

Combien de temps je reste là ?  5 minutes, pas plus. Un coureur passe et me « réveille ». Ok, on va faire un test. Hou la la, que c’est dur de se relever !  Petite marche. Ok. On reprend graduellement le rythme… Toujours ok et miracle, je ne m’endors plus !  Je suis évidemment fatigué, mais au moins, je suis réveillé.

Réveillé au point où je parviens à rejoindre un gars avec qui j’ai joué au yo-yo depuis le début. Pourquoi je le rattrape si facilement ?  Il a une grosse ampoule et marche difficilement. Ok, je comprends, mais tu ne pourrais pas te tasser ?  Pourquoi dès que je sens que quelqu’un est plus rapide que moi, je le laisse passer et que moi, si je tombe sur du monde qui en arrache, je dois avoir l’odieux de demander le passage ?  Tasse-toé, joual vert!

Je parviens à passer dans une montée légèrement plus large et arrive à Algerines (qui est installé en plein milieu du bois) au son d’une cloche. Définitivement que j’ai bien fait de dormir avant…

Sur un grand tableau, le classement : je suis le 26e à passer là. Hé, pas si mal. Avec un peu de chance, un top 20 n’est pas impossible.

Sans trop m’attarder question de ne pas être encore pris derrière mon téteux-à-l’ampoule, je poursuis ma route à travers la nuit. Une route lente, ponctuée de (pas tellement) de hauts et (pas mal plus) de bas et marquée par une conversation que j’ai avec une grenouille. Dis, tu connais le Québécois ?  Wrebbitt, wrebbitt, wrebbitt… Je pense qu’elle a décidé de la jouer « hard to get » car elle finit par s’en aller.

Blackwell, mile 80.3. Le capitaine de la station me dit qu’à partir de là, on finit, pas le choix. Heu, si j’ai décidé de passer la nuit, je vais finir, ne t’en fais pas vieux !

James Blanford me reconnait et me demande comment ça se passe. « Not too bad, actually ». Vraiment pas si mal. Et son ami ?  Il a abandonné. Ha, c’est triste. Mais si je n’étais pas si gêné, je lui demanderais de me pacer. Sauf qu’il serait encore plus gêné de me refuser, alors je laisse tomber.

Je décide de faire une entorse à ma façon de faire habituelle et m’assois en arrivant pour bouffer. J’informe mon crew pour mon dodo et que ça va mieux depuis. Au moment de partir, je leur dis qu’on se voit dans 12 miles.

« Heu non, c’est la dernière station accessible. ». Mon père fait le tour de ses feuilles et selon l’info dont il dispose, il s’agit bel et bien de la dernière. Je suis persuadé du contraire. Pour en avoir le cœur net, ma sœur va aux infos : j’ai raison. Sauf qu’il y a un léger problème : en plus de ne pas avoir les indications, le réservoir de mon RAV4 est à sec. Oubli de ma part en arrivant vendredi, sans compter le fait que la seule station d’essence de Waterville… n’avait plus d’essence !

Bah, on se reverra à l’arrivée, ce n’est pas la fin du monde. Au rythme où j’avance et avec un tel terrain, ce ne sera pas avant 7 heures.

« On va trouver une solution ! ». Je n’en doute pas une seconde, mais je préfère ne pas me faire d’illusion, au cas où je serais déçu.

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La meilleure façon de s’assurer d’être là quand la station-service va ouvrir.

Bon, à l’attaque de Skytop maintenant. Une petite pancarte l’annonce : dans 4.5 miles. Puis la montée commence. Ouch. Face de cochon, face de singe, appelez ça comme vous voulez, ça monte en s’il-vous-plait ! Selon les données, ce serait à 17% de moyenne. Avec plus de 80 miles dans les jambes.

En haut, avec le jour qui se lève en arrière-plan, la vue est à couper le souffle. Mais ça ne fait pas 4.5 miles que je monte, ça c’est certain. Hum… Sentier technique qui descend trop longtemps à mon goût. Si ça descend, va falloir remonter, parce que Skytop, il me semble que le mot le dit.

Hé oui, faut remonter. Encore et encore. Calv…  Moi qui aime monter, j’en ai marre de le faire en tâchant de demeurer « en dedans » question de ne pas me brûler. En fait, une chance que je suis demeuré « en dedans », car en vérité, je SUIS brûlé.

Mais j’arrive tout de même au ravito sur mes deux jambes. « Skytop » mon c… C’est bien en haut, mais il n’y a foutrement rien à voir. Ceci dit, les bénévoles sont extraordinaires et l’ambiance est à la fête. On m’assure que la descente est douce et sans roches boueuses (Hallelujah !) et que les montées, bien que difficiles, ne sont pas si pires. Bon ben, amenez-les !

Effectivement, c’est une section qui passe plutôt bien (dans les circonstances) et Barrens (mile 92.8) ne tarde pas trop à se montrer. Et qui vois-je dans le sentier ?  Ma sœur !  La belle surprise !!!

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Barrens, mile 92.8. Si près et si loin encore…

Ils me racontent rapidement leurs aventures avec la station-service, et pendant que je me ravitaille, mon père effectue un dernier plein de ma veste. Encore une fois, je demande du Coke. Le Coke, ça me donne le coup de fouet dont j’ai besoin à chaque fois.

Pas de Coke. Comment ça, pas de Coke ?!?  Même les élites prennent du Coke !  « On a du Ginger Ale et du café ». Beuh… Ouin, va falloir faire avec.

Des gens parlent français derrière, je leur placote ça un peu. Ils attendent un coureur que je ne connais pas qui serait 45 minutes derrière moi. Ouais, bon, parle parle, jase jase, j’ai une course à faire moi !  16 kilomètres ?  Bah, une heure et c’est fini ! 😉

Un des membres de l’équipe de support québécoise part à rire, car il sait de quoi je parle : moins de 4 minutes au kilomètre. Bon, ok, ça va prendre un peu plus de temps…

Mon équipe me suit encore une fois dans le sentier. C’est vraiment le fun, ces petits moments-là en famille. Peut-être ma petite sœur voudra-t-elle me pacer un jour, qui sait ? Mais bon, comme c’est courable, je commence à jogger et leur dit un dernier au revoir.

Dès le début de la section, je rejoins Jess, qui marche avec des bâtons. Elle est au bout du rouleau. Quant à moi, je me sens revivre. Tel qu’on m’en avait parlé, c’est roulant, alors j’y vais au pas de course. Mon objectif de 30 heures est hors de portée, mais peut-être que descendre sous les 31 heures, si jamais…

Ça va bien mon affaire, ça va bien… Les kilomètres doivent passer, jamais je ne croirai (ma Suunto a rendu l’âme depuis des heures) !  Puis, un ruisseau à traverser, une petite montée, des racines plein le sol, pas moyen de reprendre un rythme… et je frappe un mur. Merde, merde, merde !  Je n’avance plus !

Et ne voilà ti pas un gars qui arrive à pleine vitesse et me laisse sur place. You’re flying, man !  « Yeah, I’m finally feeling good ! ». Ha pis, va donc ch… !

Les gels ne font pas effet, je suis fatigué comme en pleine nuit. Pourtant, la lumière du jour devrait me réveiller, mais il n’en est rien. J’avance péniblement, un pas à la fois. La section de 6.5 miles s’éternise, elle ne finit plus !

Après 2-3 éternités, Hacketts (mile 99.1), dernier ravito. Du Coke, je veux du Coke !!!

Pepsi, ça fait pareil ?  Ok, on y va avec ça. « Only 3.8 miles left ! ». Ils sont comment, ces 6 foutus kilomètres ?  Plats, droits, sans roches ni racines ?

Bien sûr que non !  Techniques au bout, je n’en peux plus. Puis une montée. La dernière. Allez, un petit coup de cœur, ça achève.

Au fur et à mesure que je monte, je remarque que de plus en plus, les chances que je doive descendre avant l’arrivée sont grandes. Ha non…

Hé oui !  Une face de singe pas possible. À tout moment, j’ai peur qu’un pied parte et de me casser la figure. Freiner, freiner, toujours freiner. 10 fois plus pénible que monter. Et pourtant, je rejoins un gars et son pacer. À ce point de la course, il faudrait bien terminer ensemble, mais il n’avance tellement pas (il ne faut vraiment pas avancer pour aller moins vite que moi) que je passe en lui lâchant un encouragement.

Je croise un monsieur qui m’assure qu’il ne reste qu’un demi-mile. Ça achève, ça achève…

La pente s’adoucit finalement et comme je reprends le pas de course, j’entends les deux zigotos que je viens de dépasser approcher. Ils passent en coup de vent en arrivant dans le parc, avec l’arche d’arrivée en vue. Cheap shot, mais ce n’est pas tellement grave : c’est fini.

31:38:44, 24e sur 197 au départ.

Ça aurait pu être mieux, mais ça aurait pu être pas mal pire !

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Ha, fini…

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Recevoir un câlin de la part d’une des organisatrices, un des « bénéfices marginaux » de terminer cette course… 😉

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Avec mon Dream Team II. Merci encore à vous deux, vous êtes extraordinaires. Je vous aime !!!

Comme ils disent: Eastern States, pas pour les débutants !

Citations estivales

Ce soir, quelques citations que j’ai retenues d’un été bien rempli. 🙂

« C’est le fun, tu jases. Les lapins sont loin d’être tous comme toi !» – Course des 7, peu après le départ du 21 km. Éric, qui m’a auparavant spotté dans mon costume de lapin, m’entretient ça depuis le début. De temps à autre, je réussis à placer une phrase. Les autres lapins devaient être foutrement silencieux…

« On est chanceux, on est entourés de plein de belles femmes ! »  – Maude était avec nous depuis le départ. Puis il y a eu Stéphanie qui est arrivée en trombe autour du 3e kilomètre. Relativement « costaude » (façon de parler) pour une coureuse, je m’étonnais qu’elle puisse tenir le rythme que mon rôle imposait. Et comme elle savait le souffle court en plus…  Disons que je ne m’attendais pas à ce qu’elle tienne le coup jusqu’à l’arrivée. S’ajouta ensuite Sophie au début du deuxième tour. Amie de Stéphanie et physiothérapeute de profession, elle s’ennuyait sur le site de départ-arrivée car au froid de canard qu’il faisait, il n’y avait pour ainsi dire pas un chat sur place qui sollicitait ses services.

Bref, Éric-le-moulin-à-paroles qui semblait les connaitre n’avait pas tort : leur compagnie était fort agréable. Et il ne se gênait pas pour le dire. Et le répéter.

Pour la petite histoire, Éric a décroché autour du 12e kilomètre et Stéphanie m’a fait mentir quand elle et Sophie se sont envolées à la fin du 2e des 3 tours. Quant à Maude, elle a fait une course bigrement intelligente, demeurant derrière moi quand le vent était à son plus fort et quand elle a senti qu’elle pouvait y aller, a ouvert la machine. J’avais fait mon travail.

Le tout s’est terminé dans la bonne humeur et les high fives.

« Ça c’est décourageant, hein ? » – La course de 7 kilomètres débutait exactement 1h45 après le départ du 21 kilomètres. J’avais demandé à l’organisation si je pouvais m’insérer et comme la réponse avait été positive, dès mon arrivée, je me suis précipité vers le départ.

Sauf que la course était déjà lancée et je n’étais pas avec les gens qui auraient normalement suivi ma cadence de 5 minutes au kilomètre. Je remontais donc le troupeau, dépassant les coureurs les uns après les autres quand j’ai entendu un monsieur dire ça à sa partenaire.

Et il a ajouté : « En plus, lui il a déjà 21 kilomètres dans les jambes… »

« Ça prend juste un bon tapering. Au moins 3 semaines » – Gilles, le grand manitou derrière le Bromont Ultra. Je venais de lui parler de l’Eastern States qui a la réputation d’être très difficile, qu’il va faire chaud, et patati, et patata…

J’ai l’habitude d’être assez négligent du côté tapering, mais j’ai décidé de m’essayer pour une fois. Mais je me suis laissé deux semaines, pas trois. On verra ce que ça donne.

« Hé content de te voir !  Câl… qu’il fait fait chaud ! » – Louis venait d’arriver au ravito Camp 10 Bear pour la première fois. Ouais, la canicule que nous avions subie durant la semaine s’était un tantinet résorbée, mais on ne peut pas dire que c’était frisquet, mettons. Toutefois, il avait l’air plus amoché moralement que physiquement. Ce satané Vermont 100, qu’on dit supposément facile, il a le don de nous rentrer dedans. Monte, descend, monte, descend…

Nous devions être 4 ou 5 autour de lui à essayer de lui amener de la bouffe, de l’aider avec ses affaires. Au moment de repartir, il m’a glissé : « Je ne suis pas certain que je vais finir… ». Je l’ai pris par les épaules et lui ai dit de prendre ça un ravito à la fois, de ne pas penser au reste. Dans un ultra, tout finit par passer. Dans le genre cliché, c’est dur à battre, mais bon, si j’avais de la répartie, je ferais peut-être un autre métier.

Au BBQ le lendemain, il me dira que je lui avais vraiment donné le boost dont il avait besoin. Ça m’a vraiment fait plaisir.

« Je t’avertis, ça va être long… » – Martin vient de se présenter pour la deuxième fois à Camp 10 Bear et à partir de là, je peux l’accompagner. La chaleur ne semble pas trop l’avoir affecté, mais les mouches à chevreuil, hou la la… Il a au moins une quinzaine de piqûres dans le dos.

Tu as du lousse en masse pour les 24 heures, tu sais… « C’est 20 heures que je vise ! ». C’est possible, vu qu’il a 5 minutes d’avance sur mon temps de l’an passé. À moi de l’amener vers son objectif, maintenant.

« À quoi ?!? » – À la demande de Martin, MON coureur, tel un Capitaine Caverne fouillant dans sa barbe, je suis parti à la recherche d’un gel à travers les multiples racoins de ma veste. Le premier que j’ai réussi à trouver était à saveur de… root beer. Oui Martin, de root beer.

Ils sont comme ça, GU avec leurs gels: ils offrent plein de saveurs bizarres. Bacon à l’érable, caramel salé, menthe concombre (?!?), « espresso love » (pourquoi « love » ?) et plusieurs autres. Dont root beer. Je m’étais dit que je l’essaierais, mais bon, c’est Martin qui sera mon cobaye. Autour du 130e kilomètre d’un ultra. Dans le genre timing pas tellement idéal…

J’ai d’autres sortes si tu veux… « Non, ça va être correct. » Il a à peine terminé sa phrase qu’il commence à engouffrer ledit gel. « Ost… !  Il a failli ressortir deux fois plus vite qu’il est entré ! ». Oups, on dirait bien que le mot « root » était de trop dans la description de la saveur du gel pour que ça passe mieux.

Car Martin, en tant qu’ultrarunner (en tout cas, en tant qu’ultrarunner québécois) a une légère tendance vers le houblon, le malt et autres produits dérivés. Et en plus, j’ai pu le constater depuis mon arrivée ici, le Vermont regorge de bières de microbrasseries. Non mais dites-moi, est-ce le paradis ici ou pas ?  De superbes chemins de campagne bien ondulés, des paysages magnifiques, des habitants  accueillants et respectueux qui élisent Bernie Sanders et qui en plus, produisent un éventail impressionnant de bières artisanales… Qui dit mieux ?

« C’est une fille, elle a du Cutex » – Martin et sa logique implacable. C’est que depuis que j’ai commencé à le pacer, nous jouons au yoyo avec une personne dont le genre est difficile à préciser. La queue de cheval tressée donne un indice, mais ne confirme pas tout. Nous lui avons même parlé, question d’en avoir le cœur net, mais sans confirmation définitive, sa voix s’apparentant à celle de Caitlyn Jenner. Dans le genre pas clair…

Mais avec une preuve comme celle que Martin vient de sortir…

« FRED !!!  Douleur, ça se dit comment en anglais ? » – Ravito Bill’s, mile 88. Martin a mal à un pied depuis quelques kilomètres et les Advil que j’ai sortis de ma barbe-de-Capitaine-Caverne n’ont pas réussi à tout endormir. Il tente tant bien que mal d’expliquer ce qui se passe au personnel médical et fatigue oblige, les mots ne viennent pas facilement.

Pain mon chum, pain. Finalement, c’est un bleu. Sous le regard sceptique de l’infirmière/médecin, il installe un morceau de bon vieux duct tape par-dessus son bas et enfile son soulier. La douleur disparaitra comme par enchantement.

« Je suis détruit » – Je suis définitivement un mauvais pacer. Pourquoi ?  Je n’ai pas de foutue mémoire. Tout comme à Bromont, je ne me souviens plus qu’il y avait tant de montées dans cette partie du parcours. Je savais qu’il y en avait, mais à ce point ?

Alors quand je dis que les montées achèvent, j’ai l’air de quoi quand une autre se présente ?  Ben c’est ça, d’un mauvais pacer.

Mon coureur est à bout, sa journée a été très longue. Et c’est en ces mots qu’il me résume son état. Je sais qu’il va se rendre au bout et aura probablement un sursaut d’énergie vers la fin. Mais en ce moment, je ne sais pas trop quoi faire pour l’encourager. Je ne suis tout de même pas pour commencer à lui chanter Sweet Caroline. En tout cas, je n’irai pas lui dire que la dernière montée était vraiment la dernière…

« Ça goûte la Laurentide » – Polly’s, mile 95. La veille, un bénévole a promis une bière à Martin à cet endroit. Chose promise, chose due et mon coureur se retrouve avec un verre de Genesee à la main.

Genesee ?  Connais pas. « Elle a du goût. Ne me parlez pas des Michelob, Budweiser, Miller, ça ne goûte rien. Celle-là goûte quelque chose et n’est pas chère : on peut en avoir une caisse de 30 pour 16$»

Pas rassurant. Vous savez, je suis persuadé que mon urine a du goût et elle ne coûte définitivement pas cher, ce n’est pas une raison pour en boire. Martin me confirme le tout pas cette simple phrase… et m’en offre une gorgée. Je pense que je vais laisser faire.

« Awesome ! » – C’est Amy Rusiecki, la directrice de course. Martin vient de terminer en 20 heures et 33 minutes (j’ai définitivement mal fait mon travail), en 27e position. Elle est mariée au grand gagnant, elle a fait cette course sous les 20 heures à quelques reprises et pourtant, elle accueille et félicite chaque participant avec un bel et sincère enthousiasme, comme si elle venait d’assister à un véritable exploit. Je l’adore.

Elle me jette un coup d’œil, je me demande si elle reconnait le zigoto qui lui a suggéré de lui foutre une claque sur la gueule il y a quelques semaines à peine. Si oui, elle ne le montre pas.

« Fred, je l’ai clenchée !!! » – Pierre vient d’arriver. Son mollet lui a causé des soucis tout au long de la journée, mais il est tout content de m’annoncer qu’il a dépassé la seule personne qui n’est pas sympathique dans le monde des ultras. On en avait parlé lors de notre dernière virée, on en rêvait presque : si on pouvait lui botter le derrière au moins une fois… Voilà, Pierre a réussi, se payant le luxe de la dépasser définitivement dans les 5 derniers miles.

Ha, si je pouvais lui faire le coup à Eastern States, que ce serait jouissif !  🙂

« Si t’as des problèmes intimes, tu diras à ta femme que c’est parce que tout ton sang est rendu dans ton mollet » (version censurée) – Pierre nous montrait son mollet. Pourtant déjà plutôt bien pourvu dans le domaine, celui qui est blessé dépasse tout de même de 50%  son collègue en volume. Martin dormait sur la chaise à côté il n’y a même pas 15 secondes de ça, mais ça ne l’a pas empêché de nous sortir celle-là du champ gauche.

Je la ris encore.

« Après 22 kilomètres, on aurait dit que tu venais juste de commencer à courir !» – Jonathan, le fils de 14 ans de mon amie Marie-Josée. Très bon coureur à son école, il est fasciné par les distances que je peux parcourir. À chaque fois qu’on se voit, il ne tarit pas de questions.

Par ce beau samedi matin, je m’étais élancé sur le chemin Gosford, près du lac Nicolet, me promettant de revenir « prendre » Jonathan ainsi que mes amis d’enfance Sylvain et Louis une fois que j’aurais une vingtaine de kilomètres dans les jambes. Après les avoir manqués, j’ai poursuivi ma route et ai fini par croiser le jeune homme. Il avait fière allure, ça semblait bien aller son affaire. Il a beaucoup de potentiel, à mon humble avis.

Mais bon, les distances, ça impressionne toujours. Et pourtant…

« Je vais faire un demi » – Dimanche, je termine ma dernière tournée du mont St-Bruno avant Eastern States. Un 20 kilomètres sans forcer, sans aller dans les plus grosses montées. À l’accueil, je croise Pat qui en est à sa dernière avant son prochain défi, le Bigfoot 200.

On placote un peu, parle du Bigfoot. Il se rappelle que je fais aussi une course en même temps que lui, c’est là que je lui dis ça.

« Tu vas à Eastern States ?  Tu le fais au complet, non ? ». C’est ce que je dis : ça fait un « demi ». Je pense qu’il l’a trouvée bonne.

« Tu n’as pas peur d’avoir chaud ? » – Une mère, ça demeure toujours une mère : ça s’inquiète pour ses enfants. Non maman, je n’ai pas peur d’avoir chaud, je VAIS avoir chaud. En plus, les sentiers risquent d’être complètement gorgés d’eau. On dirait bien qu’encore une fois, je ne pourrai pas vivre un 100 miles sans pluie. Le bonheur.

Pourquoi je fais ça, donc ? 😉

Semaine de loterie

Cette semaine, la fameuse loterie Powerball était partout dans les médias. C’était purement et simplement la folie, au point où nos compatriotes se sont garrochés dans les dépanneurs  situés tout  juste au sud de la frontière. On rapportait jusqu’à une heure d’attente à certains endroits. Attendre une heure pour un billet de loto ?  Wow.

Dans le petit monde des ultras, c’était aussi semaine de loterie. Et dans mon cas, c’était deux fois plutôt qu’une.

Tout d’abord, en arrivant à la maison mardi, je me suis précipité sur les cotes de la Bourse. En fait, tout comme l’an passé à pareille date, c’était seulement la valeur du Dow Jones à la fermeture des marchés qui m’intéressait. La raison ?  Pour savoir si j’allais faire partie du contingent de coureurs qui allait se lancer à l’assaut du diabolique parcours de Massanutten dans 4 mois (j’ai déjà résumé un peu le processus légèrement compliqué de la loterie de cette course ici).

Pour dire la vérité, je n’avais pas vraiment à m’en faire. En effet, si on se fie aux années passées, il n’est jamais arrivé qu’un finisher d’une précédente édition se retrouve le bec à l’eau à la fin du processus d’inscription. C’est qu’il y a tellement de gens qui s’inscrivent à la loterie pour ensuite reculer, qui omettent de payer à temps, qui se retirent pour diverses raisons, etc. que beaucoup de coureurs qui se retrouvent initialement sur la liste d’attente finissent par prendre le départ de la course. Et comme les finishers ont priorité sur ceux qui n’ont jamais terminé l’épreuve quand vient le temps de piger parmi les « perdants » de la loterie pour combler les places laissées vacantes, mes chances (façon de parler) de prendre le départ étaient excellentes de toute façon.

Mais je préférais être fixé tout de suite et je l’ai été : tout comme l’an passé, j’ai été pris au premier tour. Donc, dossier réglé : à la mi-mai, je passerai une journée complète, et même plus, à sacrer après les roches.

Le lendemain matin, au réveil, autres résultats de loterie. Cette fois-ci, c’était en vue de l’UTMB. Bien que cette course me fiche la trouille, j’y tenais beaucoup. Le parcours mythique, les Alpes, l’ambiance à Chamonix…  Barbara et moi nous étions fait un paquet de scénarios quant à savoir ce que nous irions visiter après : la Suisse, le sud de la France, le nord de l’Italie ?  Plein de possibilités.

Puis j’ai vu « Refusé » à côté de mon nom. Flûte-caca-boudin !  Ce sera pour une prochaine fois.

Quelques heures plus tard, j’étais inscrit à l’Eastern States. Oui oui, le 100 miles qui se court en Pennsylvanie, dans la canicule du mois d’août, dans un état où il est mission impossible d’acheter de la bière. Sur un parcours qu’on dit plus difficile que Massanutten. Pensez-vous que ça se soigne ?

Parlant de soigner, j’ai eu un retour du médecin cette semaine, rapport à la torture que j’ai eu à subir (les gens normaux appellent ça des prises de sang) avant les Fêtes. La secrétaire m’a tout simplement dit que « le médecin voulait me revoir d’ici deux mois pour un suivi ». Parait-il que je dois la revoir, mais qu’elle a d’autres suivis urgents à faire avant, alors elle ne veut pas me voir avant une semaine ou deux.

Ça veut dire quoi, ça ?  La secrétaire m’a assuré que vu que ce n’était pas urgent, ça ne pouvait pas être grave. Ha oui ?  Et comment puis-je être certain de ça, moi ?  C’est quoi cette manie qu’ils ont d’en dire juste assez pour nous énerver, mais pas plus ?  Calv… !!!

Bon, revenons à nos moutons. Quand Pat a franchi la ligne d’arrivée à Massanutten en 2013, il était seulement le deuxième Québécois à le faire et le premier en 13 ans. En 2015, Joan a été le troisième à réussir à dompter la bête et, quelques heures plus tard, Pierre et moi l’avons suivi.

J’ai fait un petit survol de la liste des « gagnants » en vue de la course de cette année. En tout, nous sommes 8 Québécois. Ajoutez à ça les 4 qui sont sur la liste d’attente et qui, s’ils sont patients, devraient eux aussi être mesure de prendre le départ. Donc, potentiellement, nous pourrions être 12 de la belle province, soit 3 fois plus que l’an passé.  En tout cas, Gary Knipling n’a pas fini d’entendre parler « some kind of French » sous la tente la veille de la course ! 🙂

Quant à l’UTMB, la présence québécoise y est plus soutenue depuis quelques années et 2016 ne fera pas exception.

La tendance observée ces dernières années semble donc se confirmer: notre sport, bien qu’il serait ennuyant à mourir à suivre à la télé, gagne rapidement en popularité ici. Et cette popularité risque d’être accompagnée d’une émergence de coureurs de haut niveau. Les prochaines années risquent d’être très intéressantes à suivre…

2015, une drôle d’année

Les traditions étant les traditions, pas moyen de passer à côté de celle qui en est rendue à sa quatrième édition, soit la revue de ma dernière année dans le merveilleux monde de la course.

Voici donc ce qui m’a « frappé » au cours des 12 derniers mois…

Les femmes de la course – Contrairement aux années précédentes, j’ai cru remarquer qu’elles avaient eu un rôle plus important dans mon activité en 2015. Je ne peux donc tout simplement pas laisser leur apport sous silence.

Tout d’abord, je me dois évidemment de souligner, encore une fois, tout le soutien venant de la part de ma (la plupart du temps) tendre épouse Barbara. Contrairement à bien d’autres qui prétendent soutenir leur homme et qui profitent ensuite de la moindre occasion pour leur ramener ça sur le nez quand ça va moins bien, je sens vraiment qu’elle est derrière moi. Elle me connait mieux que personne et sait que je pourrais difficilement vivre sans mon sport. Or, quand je me suis blessé et aussi quand j’ai eu une grosse baisse de régime en fin d’année, au lieu de me casser les oreilles avec les classiques « Je te l’avais dit » et « Tu en fais trop », elle a cherché avec moi à trouver des solutions. Ajoutez à ça qu’elle a passé une autre nuit blanche à me suivre dans les coins le plus reculés de la Virginie profonde pour ensuite avoir l’immense bonheur d’avoir à me ramasser quand je suis tombé dans les pommes dans la salle de bain…

Donc, très humblement, merci pour tout, mon amour.

Une qui n’a pas eu à passer une nuit blanche, mais presque, et qui a gardé le sourire tout le long, c’est ma « petite » sœur Élise. Prise pour dormir sur le fauteuil de la chambre d’hôtel avant et après la course, elle n’a jamais perdu sa contagieuse bonne humeur tout au long de la journée. Et le sourire, elle l’avait encore par cette belle journée de novembre, quand elle a complété avec brio son premier demi-marathon. Je l’ai dit et le répète, il y a une marathonienne et même une ultramarathonienne dans ma frangine.

Dans un autre créneau, que dire de Fanny, celle pour qui j’ai joué au pacer à Bromont ?  Je l’ai rejointe alors qu’elle avait 124 longs kilomètres dans les jambes. Elle claudiquait, avançait lentement. Mais elle avait un moral d’acier et son esprit était si vif que je me suis trouvé nul de me sentir moche alors que j’avais dormi quelques heures.

Comme le lapin Energizer, elle a avancé, encore et toujours, grugeant lentement, mais sûrement un à un les obstacles qui se dressaient devant elle. Jamais je ne l’ai entendue se plaindre. Une battante, une vraie de vraie. Une inspiration.

Puis, comment oublier Christina, Kathleen et Amy, celles qui m’ont donné tant de fil à retordre en compétition ?

Christina, elle n’avait l’air de rien. Mais elle enfilait les kilomètres en enchainant les petites enjambées à une cadence époustouflante. Au fur et à mesure que la course progressait à Washington, elle s’éloignait de moi, me laissant croire que je n’étais pas vraiment dans une bonne journée. Et pourtant…

De Kathleen, je me rappellerai toujours le fait qu’elle n’arrête jamais, mais jamais de courir, même si elle avance plus lentement que quelqu’un qui marche dans certaines montées.  Et surtout, elle est ce qu’on appelle ici un cr… d’air bête. Autant à Massanutten qu’au Vermont, nous avons fait de longs bouts ensemble et la seule fois qu’elle m’a glissé un mot, c’était pour répondre au « Great job ! » que je lui avais lancé. Elle m’a répondu « You too ! » pour, quelques centaines de mètres plus loin, me dépasser sans me dire un foutu mot. Bout de viarge, elle a parlé plus aux chevaux qu’à moi durant toutes ces heures !

Quant à Amy, bien que son flot incessant de paroles m’ait un peu agacé à Massanutten, la longue jasette qu’on s’est piqué après le Vermont (où elle était directrice de course) m’a fait découvrir une femme charmante et drôle à souhait. Une vraie de vraie trail runneuse, contrairement à l’autre…

Aussi, un petit mot pour Anne, qui aurait bien pu être la première femme à me chicker dans un ultra au Québec. Si ce n’est pas elle, ce sera une autre, car le monsieur ne rajeunit pas et les femmes commencent à pousser pas mal fort ici…

En terminant, bien qu’on ne se soit pas côtoyés en course, j’ai suivi de près (mais à distance) l’impressionnante progression de mon amie Julie cette année. 4 ultras, en plus de plusieurs autres courses pas piquées des vers, c’est toute une saison qu’elle a eue. Et en juin prochain, nous ferons équipe dans le cadre de la Petite Trotte à Joan. J’y reviendrai.

Monsieur dream team – Il a été de tous mes 100 miles, il est sans contredit mon fan numéro un. Homme discret qui n’aime pas être le centre d’attention (c’est génétique, que voulez-vous…), il tient mordicus à faire partie de mon équipe de soutien. Et sa place est réservée à perpétuité (sauf pour les épreuves que je ferai en solo, bien évidemment). Un gros, gros merci pour tout papa.

Mon « entourage » – Bien que la course soit le sujet de ce blogue et que mes interventions Facebook ont presque toutes rapport à ça, c’est seulement quelque chose que je fais, ce n’est pas ce que je suis. Non mais, est-ce qu’il y a quelque chose de plus fatigant que quelqu’un qui parle toujours de la même affaire ?

Ma femme, ma famille, mes amis, mes collègues de travail me permettent d’échanger sur d’autres sujets d’intérêt. En fait, même entre ultrarunners, on parle souvent d’autre chose. Car, il n’y a pas que la course dans la vie, n’est-ce pas ?

« Mes jeunes » – C’est comme ça que je surnommais les étudiants de l’école Gérard-Filion avec qui je courais les lundis. Eux s’entrainaient pour le Grand Défi Pierre-Lavoie et moi, ben, je courais, comme d’habitude.

C’était beau de voir des jeunes motivés par le projet et des profs dévoués les encadrer. Une belle expérience de vie.

Ils nous ont quittés –  Quelques jours avant la course à Washington, j’ai appris le décès de mon oncle Claude, qui n’avait que 70 ans. Je ne le voyais pas tellement souvent, mais c’était toujours un immense plaisir d’être en sa compagnie. Il avait le don de nous faire rire, alternant taquineries et autodérision. Les funérailles ayant lieu le jour où nous partions, nous n’avons pas pu y assister.

Dans les 10 derniers miles, alors que le soleil était à son zénith et que je serrais les dents pour tâcher de terminer, je l’entendais me traiter de débile et rire de moi. J’ai ri tout seul parce que j’étais un peu d’accord avec lui…

Puis, peu avant le Vermont 100, j’ai appris le décès de Christian. Celui-là, je l’ai pris encore plus dur, probablement parce qu’il avait mon âge. Durant la course, dans les moments les plus difficiles, je me rappelais de ses expressions colorées et encore là, je riais tout seul. Deux jours plus tard, à la sortie de l’église de Ste-Julie, je n’ai pas retenu mes larmes. Il me manquait déjà.

Le froid – C’est difficile à croire avec le mois de décembre hyper-clément que nous avons eu, mais l’hiver a été dur dans la partie nord-est du continent. Très dur, même. Jamais vu autant de journées avec des températures descendant sous les -20 degrés, jamais vu un hiver aussi long. Pas les conditions idéales pour se préparer en vue de la saison des ultras, mettons.

La chaleur – Bon, j’ai beau m’en plaindre, mais mon corps vit plutôt bien avec le froid. Malgré les conditions extrêmes, je ne suis jamais allé au bout de ma garde-robe. Je ne protège que très rarement mon visage et n’ai aucun problème à respirer dans le froid. Ha, si mes mains pouvaient être comme le reste de mon corps…

Par contre, la chaleur… Ouch !  Là, c’est plus difficile. Et comme le hasard fait « bien » les choses, il fallait qu’il fasse chaud autant à Washington qu’à Massanutten. Si au moins ça s’était déroulé en fin de saison…  Mais non, c’était en avril et en mai. Dire que j’ai souffert serait un euphémisme.

Un parcours à ma mesure – En banlieue de Washington, sur les bords du Potomac. Deux parcs reliés entre eux par un sentier. Parcours peu technique, relativement rapide. Des boucles, des allers-retours. Un parcours fait pour moi (il le serait encore plus s’il y avait de vraies montées, mais bon…). Je pensais que j’aurais pu faire mieux, mais finalement…

WHAT ?!? – C’est ce qui est sorti de ma bouche. La première fois, alors que j’avais 75 km dans les jambes et que le pauvre bénévole m’annonçait que je devais me taper le foutue boucle de 2.2 miles qu’on s’était tapée plusieurs heures auparavant. Pendant que je bougonnais, les coureurs du 50 km que je venais de dépasser passaient tout droit. Quand j’ai vu Christina sortir de ladite boucle, je me suis résigné : j’y suis allé, la queue entre les jambes, comme si on m’envoyait à l’abattoir.

Puis, une fois l’arrivée franchie, alors que j’envisageais sérieusement de retourner à mon auto pour aller récupérer moi-même mon drop bag, je suis passé à la tente de chronométrage. Comme j’avais eu une course somme toute correcte, je m’attendais à avoir terminé entre les 20e et 30e places. Au mieux, la 15e. Puis, j’ai vu le chiffre : 9e, avec à la clé, une première place dans ma catégorie.

WHAT ?!?

Les roches – Massanutten Mountain Trail 100-Mile Run. Les roches en font sa réputation. J’en ai fait une indigestion, littéralement.

Abandonner ? – En course, j’y avais souvent songé, mais jamais sérieusement. C’était avant de connaitre Massanutten. Il faisait chaud, le parcours très technique faisait que j’avançais à pas de tortue. Je détestais ça profondément. Je voulais juste partir, être ailleurs. Avant même le premier tiers, j’ai songé à abandonner.

Je me suis trainé jusqu’au ravito. Puis jusqu’au suivant. Mon enthousiasme est revenu, avant de repartir. À la mi-parcours, j’étais en mode death walk. La providence a mis Pierre sur mon chemin. Sa présence m’a rassuré, revigoré. Ce n’est que beaucoup plus tard que je resongerai à abandonner, quand, envahi par la fatigue, mon corps ne voulait tout simplement plus avancer.

Le bourbon – Bird Knob, mile 81.6. Je me demande comment je fais pour tenir debout. Le ravito est minuscule et sur place, les bénévoles sont sur le party. Ils nous offrent du bourbon, il me reste tout juste assez d’intelligence pour décliner. Pierre accepte avec plaisir, alors que je me contente d’un concentré de café au chocolat (ou était-ce du chocolat au café ?).

En tout cas, c’est ce que Pierre m’a raconté, car honnêtement, ceci n’est qu’un vague souvenir pour moi.

Pas un pique-nique – Picnic Area, mile 87.9. Je suis au bout du rouleau. J’ignore si c’est la fin ou pas, mais je dois prendre un temps d’arrêt : je dors debout. Le problème est que je ne dors pas une fois couché, alors j’attrape au passage mon partner avant qu’il quitte et nous repartons ensemble.

Quelques centaines de mètres plus loin, mon système digestif me signifie son ras-le-bol. Il refera plusieurs fois des siennes pendant les 3 heures que durera le trajet nous menant au dernier ravito, à peine 9 miles plus loin.

Voulez-vous bien me dire pourquoi ils ont appelé ce ravito Picnic Area ?!?

Les hallucinations – Une dame qui nous fait des grands signes. Un chapiteau. Je les vois, clairement même. Mais Pierre ne les vois pas. J’hallucine, mais le pire est passé. Nous en rions encore.

Le « sprint » –  Nous avons enfin regagné la route. Plus que 6 petits kilomètres. Ma Garmin ayant rendu l’âme, je ne sais pas à quelle vitesse nous allons, mais j’ai l’impression que c’est très vite. Un à un, nous rejoignons des coureurs, les laissant dans notre sillage.

Quelques heures auparavant, je pensais que j’allais mourir. Pourtant, en ce moment, je vole. Et je n’ai jamais pris de repos entre les deux. C’est bizarre, le corps humain.

Mon partner – Nous avons passé 17 heures ensemble. 17 heures à échanger sur tout, à se soutenir, à s’encourager. On dit que pour vraiment connaitre une personne, il faut courir un ultra avec elle. Hé bien, je crois qu’on a vraiment eu la chance de se connaitre tout au long de cette journée et de cette nuit.

J’ai pris le départ de cette course sans trop savoir à quoi m’attendre. Je l’ai terminée avec un ami.

Lapin de cadence – Un rêve devenu réalité 8 ans plus tard. À cause de mon déguisement (ou malgré lui, c’est selon), plusieurs personnes sont venues me parler. Et pendant plus d’une heure, j’ai été leur guide. Une responsabilité que j’assumais pleinement, espérant secrètement avoir contribué un tantinet à la réussite de certains d’entre eux.

Je n’avais juste pas prévu faire les 6-7 derniers kilomètres tout seul…

On s’habitue à tout – St-Donat, la première fois, j’ai détesté. Profondément détesté. Trop technique, trop de bouette, pas moyen de prendre un semblant de rythme. Puis, par masochisme, j’y suis retourné. Bah, pas si pire, que je me disais. J’en ai donc remis une couche cette année.

Ha ben bout de viarge, j’ai même aimé ça !  Comme quoi, on s’habitue vraiment à tout.

Perdu – Mon ami Pierre a la fâcheuse tendance à se perdre quand il court des ultras et j’avoue que nous le taquinons un peu avec ça. Mais cette fois-ci, à St-Donat, c’est moi qui me suis royalement fourvoyé peu après le sommet de la Noire.

Têtu comme une mule, je me suis enfoncé, encore et encore. C’est par une chance incroyable que j’ai fini par retrouver le bon sentier. À ne pas refaire.

Le kyste – Je le trainais depuis longtemps. Des mois, des années ?  Je ne sais pas trop. Il était dans mon dos, alors il ne paraissait pas et ne me dérangeait pas, alors pas de presse à le faire enlever, n’est-ce pas ?

Erreur. Durant les 8 heures que j’ai passées dans les sentiers de St-Donat, le frottement incessant de ma veste d’hydratation a probablement fini par causer une ou plusieurs micro-blessures et ledit kyste s’est infecté. Après quelques jours à l’endurer, j’ai dû me rendre à l’évidence : je ne m’en sortirais pas seul.

On l’a ouvert, vidé, puis on y a installé une mèche que je devais faire changer tous les jours. On m’avait dit que ça durerait 7 à 10 jours, le temps que la plaie se referme. Ça a pris 6 interminables semaines.

Finalement, c’est un chirurgien que j’ai rencontré par hasard la veille du Vermont 100 qui m’en a débarrassé, plusieurs semaines après.

« And you ran a 100 miles with that… » – C’était Amy, après le Vermont 100, alors que je venais de lui expliquer pourquoi je devais retourner au Québec avant le traditionnel barbecue. Tu aurais fait pareil, chère Amy.

« Il est tout mouillé » – L’infirmière qui a effectué le changement de pansement-mèche le lendemain du Vermont. C’est que voyez-vous, j’ai couru 100 miles dans la grosse humidité et pour couronner le tout, je me suis fait arroser non pas par un, mais bien deux orages.

Alors oui, c’est possible qu’il soit mouillé.

Monte, descend, monte, descend… – Dans le milieu, on le dit « facile ». Vrai qu’il n’est pas tellement technique, vu qu’il se passe à 70% sur des chemins de terre. Quand on sait que le record de parcours se situe sous les 15 heures…

Ceci dit, ça n’empêche pas le Vermont 100 d’être tout un test. 100 miles, 161 foutus kilomètres, toujours en montée ou en descente. Aucune de ces montées ne peut se targuer d’être une véritable ascension. Il en va de même pour les descentes, qui se font à peu près toutes à pleine vitesse. Mais c’est l’ensemble, qui est beaucoup plus difficile que la somme des parties, qui fait de ce parcours ce qu’il est : un défi à ne pas sous-estimer.

La cheville – Bang, bang, bang. Des milliers de fois, mes pieds ont frappé le sol. Au bout d’un certain temps, ma cheville en a eu marre. Deux semaines de repos, je la pensais guérie. Erreur. La persistance de ce mal m’a forcé à essayer de changer ma technique de course.

Changement de technique – En course à pied, il faut toujours, toujours y aller graduellement. Ce que je n’ai évidemment pas fait. Des mollets et des tendons d’Achille sollicités au maximum, des malaises qui ne finissent plus de guérir. Je suis maintenant contraint de recommencer à zéro, en espérant que ma cheville me le permette…

Pacer – Étant dans l’impossibilité de compétitionner pour moi-même, je me suis rabattu sur le pacing en fin de saison. Tour à tour, Sylvain, Fanny et ma sœur Élise ont eu à m’endurer, parfois pendant des heures. Je les plains.

Porteur de bière – Mon ami Sylvain était blessé, je me sentais tellement, mais tellement inutile. Quand il m’a réclamé de la bière, j’ai tout d’abord cru à une blague. Constatant son sérieux, je me suis exécuté avec plaisir. Si au moins je pouvais servir à ça…

Réflexion toutefois : 5$, était-ce suffisant pour acheter cette grosse canette de Heineken dans un dépanneur ?

Bénévole –  C’était ma première « vraie » expérience en tant que bénévole dans un ultra. Observer les autres agir, ça nous permet d’en apprendre beaucoup, autant sur eux que sur soi-même, tout en se rendant utile. À refaire.

Courir à travers l’histoire – Rome, Florence. La Place St-Pierre, le Tibre, le Circo Massimo, le Colisée, l’Arno, le Ponte Vecchio, le Duomo, le Palazzo Vecchio.  Des endroits célèbres, « courus » par les touristes. Hé bien moi, j’étais le touriste qui les ai découverts en courant au (très) petit matin, alors qu’il n’y avait personne.

Une manière de découvrir le monde autrement. Je ne l’avais jamais fait, je ne pourrai plus m’en passer. Merci pour le tuyau, Didier.

Ambassadeur – Hé oui, je suis maintenant ambassadeur Skechers. Qui l’eût cru ?

Le down – Retour d’Italie, petite sortie de 10 km en vue du demi avec ma sœur trois jours plus tard. Catastrophe : je fais du 4:23/km de moyenne, de peine et misère. Je mets ça sur le compte du décalage horaire.

Les semaines se suivent et je n’avance toujours pas. La nouvelle technique peut être en cause, mais comme je reviens peu à peu à mes premières amours, il me semble que… Puis, un dimanche, après 11 petits kilomètres à St-Bruno, étourdissements. Je persiste, puis finis par capituler après 18 kilomètres. La semaine suivante, ma « longue sortie » ne fera que 16 misérables kilomètres.

Entre les deux, les sorties plus courtes étaient somme toute convenables. J’en parle aux copains qui ont des propos rassurants. Je consulte tout de même un médecin qui décèle un léger souffle au cœur et commande un bilan médical complet. Une fois « sevré » d’alcool, je me retrouve une aiguille enfoncée dans le bras avant de faire pipi dans le petit pot pour ensuite jouer dans mon caca avec un petit bâton. La joie. J’aurai les résultats d’ici 2 semaines.

Entre temps, j’ai décidé de contrôler ce que je peux contrôler, soit mon alimentation. Donc, moins de sucre et moins d’alcool. Pas de coupure drastique (la vie serait tellement plate et c’est tout de même le temps des Fêtes !), mais un certain contrôle. Ça ne peut pas nuire.

Depuis deux semaines, je sens que je remonte la pente. J’étais peut-être juste fatigué après tout…

Les loteries – L’année a commencé par celle de Massanutten, où j’ai « gagné ». Elle s’est terminée par une « défaite » en vue du Western States (j’avais un gros 3.6% de chance d’être pigé) et un suspens en vue de l’UTMB. Hé oui, j’ai appris tout récemment que mon résultat à Massanutten était admissible pour l’obtention des fameux « points » nécessaires pour avoir le droit de participer à la mythique épreuve.

Mais, tout comme quelques-uns de mes comparses, j’avoue que toutes ces loteries commencent à me peser. Bientôt, on ne pourra plus avoir la moindre idée de notre programme de la saison avec tous ces foutus jeux de hasard…

2016 ? – Le programme se dessine tranquillement. Encore une fois, pas de marathons, à moins que ce soit comme accompagnateur. Les marathons et moi…

Malgré toutes mes belles promesses, je compte retourner à Massanutten. J’ai un compte à régler avec cette course-là et comme je l’ai déjà terminée, j’ai à peu près 100% des chances d’y retourner si c’est ce que je veux.

Ensuite, ce sera la Petite Trotte à Joan, puis, comme je ne suis qu’un être humain, je ne crois pas que ce soit une bonne idée de me faire le Vermont 100 trois petites semaines plus tard. De toute façon, si je suis pris à l’UTMB… Je sais, Joan s’est farci les trois l’an passé, mais je le répète, je ne suis qu’un être humain, moi. Et si ça ne fonctionnait pas du côté des Alpes, ce sera l’Eastern States, qu’on dit très, très difficile. Ok, c’est moins glamour, mais bon, c’est aussi pas mal moins loin !

À l’automne, j’espère bien effectuer un retour à Bromont, mais c’est encore loin. Puis, j’aimerais bien me faire  quelque chose de plus petit en mars ou avril. Un 50 km ou un 50 miles. On verra.

Encore une fois, bien des beaux projets ! 🙂

Bonne année 2016 à tous !

Massanutten, les 53.7 derniers miles… en équipe

Pierre avait son sourire si caractéristique, mais son visage était marqué par l’effort.

« J’ai bien pensé que tu n’étais pas loin. Martin était trop fort, je l’ai laissé partir. Moi, j’ai explosé. Tout ce que je pense maintenant, c’est que je veux juste finir. Pis toi, comment ça va ? »

Explosé, c’était exactement ça. J’avais explosé. On était à la même place. Alors quand il a suggéré qu’on fasse un bout ensemble pour se soutenir, j’ai sauté sur l’occasion. À deux, peut-être qu’on avancerait toujours au rythme du plus lent, mais on serait là pour s’encourager et peut-être que le plus lent, justement, le serait moins.

Avant de quitter, le bénévole nous donna ses conseils. « Profitez bien des 6 prochains kilomètres (oui, il a parlé en kilomètres !  Je ne sais pas si c’est parce que nous avions un accent…  ;-))  pour aller le plus vite que vous pourrez parce que c’est de la route et ça roule bien. Rendus à Habron Gap, mangez jusqu’à ce que votre ventre soit sur le bord d’exploser (tant qu’à être sur ce thème): la section suivante est très longue et très difficile. »

Encourageant, il n’y a pas à dire…

Détail que le gentil bénévole avait omis dans son équation : nous étions à bout. 11 heures à courir, marcher et grimper dans la chaleur et les roches, c’est dur. Pierre et moi étions d’accord : on allait courir relaxe sur les plats et les descentes, mais les montées se feraient à la marche. Et tout comme la mienne, la définition de Pierre du terme « montée » était prise au pied de la lettre : à partir de 1% de dénivelé positif, on appellerait ça une montée.

Ça ne nous a pas empêchés d’arriver à Habron Gap (mile 54.0) au bout du rouleau, ou presque. Mon dream team était là, nous attendant patiemment. J’ai senti une certaine inquiétude dans la voix et le regard de ma tendre moitié. Mon père non plus n’avait pas l’air rassuré par ce qu’il voyait. « On a explosé », ai-je dit simplement.

Mon père, ne comprenant pas trop ce que ça voulait dire, Barbara lui « traduisit » : nous avions frappé le mur. En fait, ce n’était pas vraiment ça. Le fameux « mur », ça arrive en marathon quand les réserves de glycogène sont vidées. Nous, nous avancions à peu près sur nos graisses depuis le départ, mais nous étions quand même fatigués. N’empêche, ça faisait image.

Malheureusement, à cause de la chaleur, je n’avais pas vraiment le goût de m’empiffrer pour la simple et bonne raison que je n’avais pas faim. Je m’entretenais aux gels et c’était à peu près tout. J’avais bien pris quelques bananes et quelques bidules ici et là, mais rien de vraiment consistant. Erreur…

Je me suis donc, un peu à contrecœur, emparé d’un sandwich gelée – beurre d’arachides que je me promettais d’avaler en avançant, dans un bout un peu plus lent (comme s’il y avait des bouts rapides, duh !).

Avant de partir, nous avons averti mon équipe: nous en aurions pour environ 3 heures pour couvrir les 9.8 miles nous séparant de Camp Roosevelt. « Je pense qu’on a le temps d’aller souper au chalet » proposa mon père. Ils avaient le temps en masse, je leur ai confirmé. Si je pouvais sauver de pénibles heures d’attente à mon équipe, je le ferais.

Lueur d’espoir pour la suite : de gros nuages noirs s’étaient amassés au-dessus de nos têtes. L’orage était imminent. Il serait très, très bienvenu.

Avoir de la compagnie, ce ne fut pas seulement un plaisir, ce fut une bénédiction.  Au début, j’avais peur de ralentir Pierre, sachant qu’il est plus rapide que moi. Plus rapide sur route (il est descendu sous les 3 heures à Toronto en mai 2014), meilleur dans le technique (il m’avait mis 20 pleines minutes dans le buffet à St-Donat en 2013). Si je l’avais devancé à Harricana, c’était parce qu’il s’y était momentanément perdu. À Bromont ?  Le petit drapeau mal placé lui avait perdre une vingtaine de minutes et le froid de la nuit avait terminé le travail.

Je lui ai fait part de mes « craintes », il les a repoussées du revers de la main. Je dirais que 95% du temps, c’était lui qui était devant et durant les premières heures, je lui ai répété à maintes reprises que s’il avait le goût d’y aller, de ne pas m’attendre. À chaque fois, il a refusé net. À la fin, j’ai cessé de le harceler avec ça, trop content qu’il soit là pour me montrer le chemin à suivre.

Chemin qui a croisé celui d’un serpent qui n’était pas trop rassurant pour des ignorants comme nous dans le domaine. Habitués que nous sommes aux petites couleuvres moumounes de notre coin de pays, celui-là faisait un bon mètre de longueur et possédait un diamètre qui était ma foi tout à fait respectable. Ayant déjà croisé un spécimen semblable durant une reconnaissance, je m’étais renseigné et bien qu’on retrouvait des serpents venimeux en Virginie, ils ne ressemblaient pas à ça. Mais bon, admettons que ce serpent-là était venimeux et qu’il ne savait pas qu’il n’aurait pas dû être là, on ferait quoi s’il nous mordait, hein ?  On lui dirait qu’il n’était pas supposé être là ?  La belle affaire.  Bref, nous l’avons laissé tranquille et n’avons pas lésiné pour déguerpir.

L’orage a commencé tout doucement pour se transformer ensuite en véritable déluge. Le sentier dans lequel nous devions grimper est devenu un ruisseau, ce qui faisait que nous avions parfois de l’eau aux chevilles, mais on s’en foutait : la pluie était tellement rafraichissante qu’on aurait accepté n’importe quoi. Ou presque.

Quant à la foudre ?  J’y ai pensé un peu, mais pas trop. Ça fait partie des risques. Mais le sol est tellement rocailleux que je doute que la foudre tombe souvent sur les arbres dans ces montagnes. Je m’imaginais juste Michel Morin annoncer aux nouvelles TVA que deux ingénieurs québécois avaient été frappés par la foudre en faisant un ultramarathon en Virginie. Puis j’entendais d’ici Pierre Lavoie, en entrevue exclusive du super bureau d’enquête, dire que les ultras, ce n’était pas bon, que c’était dangereux et patati et patata.

Je pense que j’ai trop d’imagination…

Toujours est-il que l’orage et la bonne compagnie ont fait que je n’ai pas vraiment vu passer cette section supposément infernale. Et quand nous sommes arrivés à Camp Roosevelt (mile 63.9), Barbara nous a fait remarquer que nous avions bien meilleure mine qu’à Habron Gap. Et effectivement, bien que la fatigue ne s’en allait pas, je me sentais beaucoup mieux. Toute idée d’abandonner m’avait maintenant… abandonné. Pour de bon, je l’espérais.

La pause à Camp Roosevelt fut de relativement longue durée, vu que Pierre, qui faisait la course dans la catégorie solo, devait fouiller dans son drop bag pour récupérer sa lampe ainsi que ses vêtements de rechange. Ça faisait bien mon affaire. J’en ai profité pour me reposer et aussi changer ma camisole pour un t-shirt léger, soit celui de Washington.

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Petite pause bienvenue à Camp Roosevelt. Pierre, en arrière-plan, récupère ses choses dans son drop bag.

Pierre s’est aussi amusé à se foutre de ma gueule, racontant à mon équipe que ma technique de « pipi sans arrêter » ne le rassurait pas tellement, vu qu’il était souvent (lire: toujours) devant et que bon, il ne savait jamais ce que je pouvais faire… Ce qui était bon signe, c’est justement que j’avais recommencé à uriner.

Bref, le moral était revenu quand nous avons quitté pour Gap Creek I (mile 69.6). Tous deux avions accepté le fait que la performance, fallait oublier ça, alors nous avancions sans nous presser. D’ailleurs, nous avons beaucoup discuté et ri de l’obsession du temps qu’on a quand on court sur route. Même en marathon, on s’en fait pour des mini-minutes perdues. En ultra ?  Une mauvaise passe peut nous coûter des heures !  On a bien rigolé quand je lui ai raconté mon « sprint » effréné à la fin du Marathon de New York alors que j’essayais de descendre sous les 3h10 (et que j’ai raté… par 8 secondes !). Non mais, on s’en câl…-tu de descendre sous les 3h10 ?!?

Une fois la nuit tombée, avancer rapidement était presque hors de question. Dans des sentiers hyper-techniques, courir relève souvent de l’exploit en plein jour, alors imaginez la nuit… Et comme pour me montrer qu’elle aussi était fatiguée, ma Garmin, après 16 heures de bons et loyaux services, rendit l’âme.

Nous sommes tout de même parvenus à Gap Creek sans trop de problèmes. En tout cas, pas à ce que je me souvienne… J’ai juste eu un petit moment de panique quand j’ai vu le chrono de ma montre n’avait pas démarré au départ. Puis je me suis dit que j’étais encore capable faire des petites soustractions en me basant sur l’heure. Des fois, quand  on est aussi longtemps dans le bois, le cerveau…

Sur place, autre remplissage de la part de mon équipe, fidèle au poste. On nous a appris que Joan était en quatrième position aux dernières nouvelles et bien, bien en avant de nous. Quant à Martin, il voguait en douzième position, une heure et demie devant. Wow, ils étaient en train de nous sortir des performances incroyables !  C’était dément. Nos amis brûlaient le parcours, j’étais très fier d’eux. Je ne pouvais attendre de les revoir à l’arrivée.

Comme je m’apprêtais à repartir, j’ai vu que Pierre était en grande conversation avec James Blanford, un récent vainqueur ici. Homme qui a la réputation d’être extrêmement taciturne, j’ai été surpris de le voir parler si facilement. Puis je me suis dit : a-t-il déjà terminé ?  Calv… !

« Are you done ? » que je lui ai demandé. « Yeah ! » a été sa réponse. Puis, avec un sourire, il a ajouté qu’il s’était blessé au tendon d’Achille et avait abandonné au 38e mile.

Ouf !  Avant qu’on quitte le ravito, il nous a glissé qu’il serait de l’Eastern States, en août. L’Eastern States ?   La Pennsylvanie, en août ?  Vraiment ? Ça va pas, non ?  En plus, ça prend un doctorat pour réussir à acheter de la bière dans cet état (histoire que je vous raconterai un de ces jours) !  Il nous a souhaité bonne chance en nous serrant la main. Cout’ donc, sympathique monsieur, quand même.

Direction Visitor Center (mile 78.1). La section débute (ho surprise !) par une longue montée. Et, fait particulier, c’est une montée que les coureurs doivent se taper deux fois, ce qui la rend si « célèbre » dans le milieu. Je ne sais pas pourquoi, je m’étais toujours imaginé qu’elle se faisait sur la route. Hé non. Après quelques hectomètres sur un chemin de quads assez large qui nous permettait de la faire côte à côte, c’était le retour en single track… et dans la roche.

Dans le single track, je pouvais apercevoir deux lampes frontales en contre-bas qui semblaient grimper très rapidement. J’étais certain que c’était Brian Rusiecki et son pacer.

« Pierre, je pense qu’on va se faire lapper.. .»

Finalement, non, ce n’était pas lui. Nous sommes parvenus aux fameuses assiettes à tarte (des assiettes à tarte jaunes, avez-vous déjà vu ça ?). L’une indiquait à ceux qui avaient parcouru 70.9 miles de tourner à gauche. Pour ceux qui avaient fait 98.1 miles, c’était tout droit. Nous avons évidemment pris la gauche, mais j’avais foutrement hâte de repasser là…

Un peu plus loin, sur la crête de la montagne, un gars est arrivé derrière et s’est mis à nous suivre. Je lui ai offert le passage à quelques reprises, mais non, il préférait suivre le guide. C’était une section hyper-rocailleuse, ça en était presque ridicule. À un moment donné, je n’ai pas pu m’empêcher de dire que ce n’était pas un sentier. Non mais c’est vrai : si je ne peux y amener mon chien pour une promenade, ce n’est pas un sentier. C’est… un foutu paquet de roches, un point c’est tout !

Le nombre de fois où je me suis enfargé… La fatigue aidant (bah, pas besoin de fatigue pour ça, mais bon), j’alignais les combinaisons de mots religieux à une fréquence pour le moins appréciable. Au bout d’un certain temps, pour blaguer, j’ai cru bon de préciser à notre compagnon : « That’s swearing ». Sa réponse ?  « Yeah, I figured it out ». Comme quoi jurer, c’est un langage universel !  🙂

Vu que c’était technique, Pierre me distançait régulièrement et à un moment donné, dans une descente, j’ai raté un virage et me suis retrouvé devant… rien. Heu…

« Pierre !  T’es où ? »

« Fred ?  Ça va ? »

Sa voix venait de plus haut. Notre poursuivant, qui ne s’était pas enfoncé dans le bois, en a profité pour me dépasser et se diriger vers mon ami. Pour ma part, j’ai dû escalader le bout que j’avais fait en trop pour retrouver le « sentier ».  C’est quoi cette manie que j’ai de me perdre alors que je n’avance pas ?

Soulagé de m’être débarrassé de ce parasite, c’est dans la bonne humeur que ce qui nous séparait de Visitor Center a été franchi. En dépassant un gars, je lui ai demandé si ça allait (parce que forcément, si un gars va moins vite que moi, il a des problèmes), il m’a simplement répondu que ses quads étaient trashés. Il allait finir en marchant, considérant qu’il avait encore pas mal de temps avant la coupure.

« I have plenty of time, right ? » s’inquiéta-t-il tout de même.

«Yeah, you have plenty. Good luck, buddy !».

Ha Visitor Center… À la lecture des récits, je m’imaginais une belle grande bâtisse propre et moderne avec des kiosques pour choisir des cartes des sentiers, des préposés pour renseigner les visiteurs, des cartes postales qu’on pourrait acheter. Lors de ma reconnaissance vendredi, c’est sur une vieille bicoque semi-abandonnée sur laquelle je suis tombé. Elle était fermée et semblait l’être depuis belle lurette. Il y avait bien quelques tables à pique-nique et des bancs pour s’asseoir, mais tout ça criait pour une couche de peinture et le gazon n’avait pas été coupé depuis… je n’ose dire quand.

Bref, ça faisait dur et j’étais content de passer là en pleine nuit pour m’éviter un tel spectacle. Toujours présente, Barbara m’attendait vêtue de bottes en caoutchouc et portait maintenant un buff sur la tête. Tout sourire, elle avait encore et toujours tout ce dont je pouvais avoir besoin. Quant à mon père, il était parti trouver Picnic Area, la station supposément située tout près que nous n’avons jamais réussi à trouver… même en plein jour. Il est revenu à temps pour nous voir repartir.

3.5 petits miles avant Bird Knob (mile 81.6). Petite étape facile, non ?

Maudit que je peux faire dur ! Quand est-ce que je vais apprendre ? Il n’y a jamais rien de facile à Massanutten. Jamais.

En fait, c’est un nouvel ennemi que je devais maintenant combattre : le sommeil. Je m’endormais de plus en plus, malgré toute la caféine absorbée à travers les gels ou le Mountain Dew aux ravitos. Un petit chocolat à la caféine avait fait son effet en quittant Visitor Center, mais ça n’avait pas duré. J’avais gobé une des pilules de caféine que m’avait fournies Gary Knipling, mais sans résultat.

Faisant part de mon état à Pierre, il m’a dit qu’il fallait qu’on parle plus pour se tenir éveillés. Pas qu’on s’était vraiment tus depuis Indian Grave… Car c’est fou à quel point on peut échanger quand on passe des heures et des heures avec quelqu’un. Nous avons abordé un paquet de sujets, sur le sport, le travail, la vie en général. Je connaissais le camarade de course toujours souriant, j’ai appris à connaitre l’homme. Ces échanges que nous avons eus seront, et de très loin, mes meilleurs souvenirs de ce Massanutten.

Toujours est-il que j’étais en mode zombie quand nous sommes arrivés à Bird Knob, un immense ravito constitué d’une table et d’un petit chapiteau et occupé par un grand total de 3 bénévoles. Personne d’autre en vue, la station n’étant pas accessible aux équipes de support.

J’avais remarqué que Pierre s’assoyait à chaque ravito. Pas longtemps, mais il le faisait à chaque fois. Ça faisait presque 24 heures que j’étais réveillé, je venais de passer les 21 dernières debout. Peut-être qu’une chaise me ferait du bien après tout…

“Beware of the chair” qu’ils disent. J’y serais bien demeuré encore des heures, mais Pierre était prêt à repartir. Coup de pied virtuel au derrière et je le suivais dans le sentier.

Les 6.4 miles avant de rejoindre Picnic Area (mile 87.9) furent interminables. J’avais des hauts et des bas, mais plus souvent qu’autrement, j’étais dans le creux de la vague. Par bouts, je dormais littéralement en marchant. J’essayais de parler, mais ça me demandait un effort de concentration hors normes. Sans la présence de mon partner, je crois bien que je me serais étendu quelque part sur une roche.

J’étais dans le plus creux des creux à Picinic Area. Complètement épuisé, j’avais peine à avancer. Me voyant, Barbara s’est précipitée sur moi pour m’annoncer la mauvaise nouvelle : Martin avait abandonné, trahi par un genou.

L’idée de le rejoindre ne m’a pas que traversé l’esprit, je la considérais très sérieusement. Mais merde, je n’étais pas blessé, j’étais juste fatigué. Très fatigué.

Lisant dans mes pensées, Barbara me dit gentiment : « Si tu veux abandonner, c’est correct, tu sais». Je pense lui avoir répondu que je ne savais pas si j’abandonnerais, mais je ne me voyais vraiment pas repartir. La dernière étape de 6.7 miles ne me faisait pas peur, mais celle de 8.9 qui la précédait, je la voyais comme le mont Everest. Impossible pour moi de seulement la considérer à ce moment-là.

Martin était assis sur le bord du feu, enroulé dans une couverture que Barbara lui avait fournie. Il avait les yeux du gars serein avec sa décision. Je l’enviais un peu, je dois avouer. Barbara m’amena un café, mais je cognais tellement des clous qu’elle devait m’aider à le tenir pour éviter que je le renverse sur moi (avec le recul, ça m’aurait peut-être réveillé…).

Je ne bois jamais de café, je déteste le goût. Je me suis tout de même forcé à en prendre quelques gorgées. Rien à faire, c’était trop mauvais (on m’a ensuite dit qu’il était très fort; comment je peux savoir ça, moi ?). « Il vous reste juste 24 kilomètres » a dit Martin à Pierre qui était venu aux nouvelles.

24 kilomètres. Ce n’était rien et pourtant, c’était trop. Beaucoup trop. Je ne pouvais pas repartir. Je devais dormir. « Un petit 15 » comme on dit. Ça avait marché pour Joan à Bromont, ça avait déjà sauvé une journée en installation suite à une soirée légèrement (hum hum) arrosée, ça me prenait ça, ici et maintenant.

Un lit de fortune avait été aménagé, avec des couvertures et tout le kit. Il était libre et n’attendait que moi. Avant de m’étendre, j’ai confirmé à Pierre que nos chemins se quittaient ici, que je ne pouvais plus avancer. Je lui ai donné l’accolade, l’ai remercié pour tout ce qu’il avait fait pour moi. Puis, je me suis étendu, demandant qu’on me réveille 15 minutes plus tard. Un bénévole m’a bordé, comme on le fait avec un enfant. La dévotion des bénévoles dans les ultras dépassera toujours l’entendement…

C’est alors qu’un phénomène bizarre s’est produit. Tourbillon d’idées dans ma tête. L’effet du café peut-être ?  J’entendais la musique, le bruit. Il y avait beaucoup d’activité sur place. 15 secondes, je ne dormais pas. 30 secondes, je ne dormais toujours pas. Je faisais quoi ? Je repartais ou j’essayais de dormir ?

La voix de Pierre est parvenue à mes oreilles. Il était toujours là ! C’était ma chance, je devais la saisir. Là, tout de suite. 2 secondes plus tard, j’étais assis sur le lit et je clamais haut et fort que je repartais.

Pierre m’a sorti son plus merveilleux des sourires. « T’as changé d’idée ?  Tu viens avec moi ? ». Oui monsieur, pis de la marde si je me plante.

Mon dream team n’était pas trop rassuré de me voir retourner ainsi dans l’obscurité. Pas certain qu’ils m’auraient laissé repartir si j’avais été seul. Une chance que ma mère n’était pas là… C’est à ce moment que je me suis rendu compte de l’utilité que pouvait avoir un pacer dans de telles circonstances : assurer la sécurité du coureur. Là, j’aurais Pierre avec moi, je serais correct.

En partant, nous avons pris la résolution de parler, parler, encore parler. Je me suis donc mis à lui raconter plein de choses un peu plus personnelles (mais pas trop là, fallait pas qu’il s’endorme non plus !). Le café faisait effet, nous avancions bien. Mais bon, le café, c’est dur pour l’estomac et… vous devinez le reste.

Sans vraiment avertir, il y a eu retour d’ascenseur. Arrêtés moins d’une minute, nous sommes repartis, Pierre étant un peu étonné de me voir reprendre aussi rapidement. Puis vint la deuxième « attaque ». Et la brève perte de contact avec la réalité.

Retour au temps présent…

Maintenant, je ne soupçonne plus seulement le café, mais toute mon alimentation depuis le début de la course. Les gels, c’est sucré. Et le GU Brew, c’est acide. À la longue… On le sait, c’est toujours le système digestif qui lâche le premier. C’est ce qui est en train de se produire pour moi. Cool, hein ?

L’effet de réveil de ces « vidanges » ne durera évidemment pas. On dit que lorsque le soleil se lève, on a un regain d’énergie et l’envie de dormir s’en va. Mais quand est-ce qu’il va se lever, votre foutu soleil ?

Décidant de risquer, j’avale un gel bourré de caféine. Quelques centaines de mètres plus loin, il ressort. Même chose avec le GU Brew un peu plus tard. Et comble de bonheur, les efforts que je déploie pour faire sortir les surplus ont des répercussions jusque dans la balle de golf qui a poussé entre mes fesses durant la première partie de la course. Hé oui, mon derrière aurait besoin d’être sauvé !  C’est la joie. (Et pour ceux qui se poseraient la question, non, ça ne faisait pas partie des sujets un peu plus « personnels » que nous avons abordés !)

En fait, je n’ai pas vraiment de douleur à ce niveau, heureusement  (pour votre info, je n’ai pas eu pas à utiliser le petit cadeau de Knipling, soit la révision H d’un onguent très connu). Mais je dois me résigner à ne plus boire ni manger jusqu’à Gap Creek II (mile 96.8). Je ferai une couple d’entorses à cette règle, prenant des mini-gorgées pour demeurer le moindrement hydraté, mais sans plus. Vivement le dernier ravito pour boire de l’eau !

Finalement, peu de temps avant d’aboutir sur un chemin de terre, il commence à faire clair. C’est vrai que le corps répond mieux dans de telles conditions. Nous courons donc côte à côte, espérant apercevoir le ravito à tout moment.

« Là-bas Pierre, il y a une madame qui nous fait des grands signes ! On est proches ! ». Petit problème cependant : mon ami ne la voit pas.  Et comme nous approchons, elle s’évapore. Hallucination. Ha ben, elle est bonne celle-là !

« Là, sur la gauche, un gazébo !  C’est la station ! ». Trop gentil pour me dire que j’ai encore une hallucination, mon coéquipier se contente de me répondre qu’il ne voit pas ça non plus. Finalement, c’était un méchant bosquet d’arbres qui avait décidé de me jouer un mauvais tour. Ha le vilain !

Au loin, une voiture. « Je vois un char, Pierre. Tu ne vas pas me dire que j’hallucine un char !?!  C’est une Volvo, elle est noire ! »  Cette fois-ci, nous hallucinons la même chose. Enfin, le dernier ravito !

Sur place, Barbara m’attend avec un gallon de GU Brew préparé d’avance. Je la mets au courant de mes malheurs : le GU Brew, c’est fini. Tout comme les gels. Je vide mon sac par terre et le fais remplir d’eau. J’essaie de la rassurer en même temps : j’ai eu une très mauvaise passe, mais ça va mieux. Il va falloir que le directeur de course me passe sur le corps avec un bulldozer s’il veut m’empêcher de terminer.

Parlant de lui, Kevin est justement en train de jaser avec Pierre. Ils semblent avoir un running gag entre eux depuis qu’ils se connaissent, soit depuis… vendredi soir finalement.  Si ma mémoire m’est fidèle, il le surnomme « Master », mais je ne sais pas pourquoi. Il quitte le ravito en nous interdisant de prendre plus d’une heure et demie pour faire le reste du parcours.

Une heure et demie ?  Il est fou ou quoi ?  Ça va nous prendre deux heures, minimum !  Est-ce qu’il sait que cette dernière section commence par une maudite montée qui ne finit pas ?

Après avoir dit un dernier bonjour à un Martin souriant et somnolant qui a pris place dans notre RAV4 pour retourner au départ/arrivée, je me mets en frais de me trouver un surnom pour compléter celui de « Master » qu’on a affublé à Pierre. Je suggère « Vomit Man ». Ou pourquoi pas: « The Puker » ?  Il la trouve très drôle et ne semble pas revenir que j’aie réussi à remonter la pente à ce point. Moi non plus, d’ailleurs…

Allez, une dernière côte. On la monte à un rythme raisonnable pour se retrouver aux assiettes à tarte. En fait, à l’assiette à tarte, parce que celle du virage à gauche a été enlevée. Ok, plus qu’une petite descente, puis ce sera le chemin de terre du début qui nous ramènera au point de départ.

« Ils vont nous avoir tenus jusqu’au bout, hein ? ». Commentaire de Pierre dans la « petite » descente. Des roches, encore et toujours des roches. Mes pieds que je sens rendus au vif n’en peuvent plus de freiner.

Finalement, le chemin. Extase. Un coureur est là, le regard dans le vide. Qu’est-ce qui se passe ?

Il n’est pas certain de quel côté aller et il ne veut pas faire un seul pas de trop. Voyant que le ruban a été installé du côté droit à la sortie du sentier, j’en viens à la déduction qu’il faut aller à droite. En plus, ça descend de ce côté et c’est supposé descendre jusqu’à l’arrivée, non ?

Les deux Québécois ne faisons ni une, ni deux, et partons vers la droite. Quelques centaines de mètres plus loin, un ruban jaune nous le confirme : nous sommes dans la bonne direction. L’odeur de l’arrivée nous a revigorés (la pente descendante ne nuit certainement pas), nous courons à pleines jambes. 6 kilomètres. C’est fini.

En point de mire, un autre coureur et son pacer. Nous fonçons sur lui, il n’a aucune chance. Il nous félicite au passage. Une autre position de gagnée.

Je tiens le coup, tant bien que mal. Puis Pierre laisse glisser : « On n’a pas vu la pancarte des 100 miles …».

Ha non, ce n’est pas vrai !  Je ne veux pas voir cette foutue pancarte-là !  Depuis un petit bout, j’espère que nous sommes en-dessous des 6 kilomètres. Il en reste quoi, deux ?  Trois peut-être ? S’il fallait que nous croisions cette maudite pancarte pour ramener la distance restante à 6 kilomètres, je pense que je me mettrais à brailler drette là.

Devant, une autre « victime ». Celle-là marche péniblement. Autre position de gagnée, une troisième depuis que nous avons rejoint la route. Mais mon attention n’est orientée que vers une seule chose : le changement de surface. Quand on sera sur l’asphalte, on sera près. À chaque petit pont, je crois que ça y est. Mais non, il y en a encore et encore. Nous pensions bien que rendus à la montagne, nous aurions à tourner. Négatif, on doit la contourner. Ça vas-tu finir ?

Finalement, l’asphalte. Puis, une indication pour entrer dans le camping. Nous sommes tous près. Il fallait tout de même une dernière montée… Pierre la ferait bien à la course, mais je lui signifie que je n’en peux plus, je vais la marcher. Il m’attend et c’est ensemble que nous reprenons, à la course.

« Je ne sais pas pourquoi, je deviens toujours émotif dans les fins de course ». J’ai peut-être le cœur tendre, mais mon ami l’a encore plus, je crois. Il gardera toutefois sa contenance. Après 17 heures passées ensemble, des liens se sont tissés entre nous et il aurait bien pu se laisser aller. En tout cas, moi je n’aurais eu aucune gêne à le faire.

Nous traversons un petit pont de bois, puis le voilà enfin : le grand champ. Il fallait le courir, nous le faisons sans la moindre hésitation. Je tends la main à mon compagnon, mon coéquipier. Il m’a littéralement tiré jusqu’ici. Je ne sais pas comment je pourrai un jour le remercier.

Joan s’est emparé du micro pour annoncer notre arrivée en français. Puis Kevin prend la relève avec un porte-voix, annonçant le « French Canadian Duo ». Il nous accueillera alors que nous traversons la ligne ensemble.

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L’arrivée du « French Canadian Duo »

Ça faisait 28 heures, 12 minutes et 36 secondes que nous étions partis…

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Avec Kevin Sayers, le directeur de course

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C’est fini, mon amour. Merci pour tout…

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Joan, great job pour ta super 3e place ! You rock !!! Mais dis-moi, me trouverais-tu dégoûtant par hasard ? 😉

 

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Ha ben non, tu veux me prendre dans tes bras maintenant ! 🙂

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Les quatre mousquetaires québécois. De gauche à droite: Pierre, moi, Joan et Martin. Qui est-ce qui a l’air le plus brûlé ?