Bromont Ultra: l’avant-course

Pour le Bromont Ultra, l’avant-course ne commence pas seulement quelques heures avant la course mais bien plusieurs jours avant (ça y est, je vois déjà ma douce rouler les yeux en se disant : « Ça va être long… »).

C’est que voyez-vous, je sortais vraiment de ma zone de confort avec cette course-là. Mon amie Chantale m’avait mis au défi de le faire en m’inscrivant à un 5 km, j’ai  plutôt opté pour l’autre extrémité du spectre, le 100 miles.

Dire que j’étais nerveux serait un euphémisme. Car non seulement j’allais me lancer dans l’inconnu, mais ma levée de fonds avait été un véritable succès. En effet, 575 $ avaient été amassés en mon nom, soit 3 fois et demi l’objectif initial. Or, en aucune façon je ne voulais laisser tomber les gens qui m’avaient appuyé. C’était une question d’honneur pour moi.

Heureusement, mon amie Maryse a le don de trouver les mots et le ton pour à la fois me rassurer et me brasser le derrière. Son courriel m’a fait rire et m’a fait me rendre compte que finalement, c’était juste une course. Une grosse course, mais juste une course quand même.

Autre coup de chance : je n’étais pas en essais de mise en service durant la semaine précédant l’événement, alors j’ai pu avoir une vie « normale » et non me taper de grosses heures de travail en chantier. J’ai donc fait mes deux petites sorties de 10 km en mode facile mardi et jeudi et pu prendre une partie du sommeil nécessaire à l’épreuve qui m’attendait.

Arrive vendredi. Je me présente au camp de base du Bromont Ultra, le parc équestre. Le cadre est enchanteur, ça augure bien. Quand j’arrive, la fourmilière est à l’œuvre. Tout semble terriblement bien organisé, comme si ça faisait des années que ces gens-là faisaient ça. Et pourtant, c’est la première édition.

Je reconnais Allister, un coureur d’élite ici, mais surtout, le concepteur du parcours. Je me présente et quand il apprend que je ferai le 160k, il me dit : « I’m sorry… ». J’éclate de rire. Est-ce que son parcours est si difficile ?  En tout cas, j’aime bien son sens de l’humour !

Aux tables des dossards, Gilles m’accueille. Tout sourire (il a le visage d’un homme qui sourit tout le temps), il se présente, me présente Ahmed et Thibault, qui tout comme moi, en serons à leur premier 100 miles. Il me parle du parcours, attire mon attention sur les 17 derniers kilomètres de la boucle de 55 km qui sont particulièrement difficiles et au cours desquels nous ne verrons aucune âme qui vive, mis à part les autres concurrents, bien évidemment, et peut-être des ours aussi. J’en prends bonne note (pas les ours, la longueur et la difficulté de la section).

Je récupère mon dossard : numéro 17. Gulp !  Un petit numéro. C’est comme si ça venait de me frapper : je vrais vraiment faire la plus grosse course de cette fin de semaine…

Avant de quitter, je demande où je dois me faire peser. Mini-panique du côté d’Audrey, la directrice de course : elle ne sait pas ni où ni quand on se fait peser. C’est que sur le site de l’événement, c’est écrit qu’on se fait peser la veille…

Dan DesRosiers, entendant les questions à ce sujet, aboie une réponse tellement typique de sa part : « Ben voyons donc, la pesée, c’est demain avant la course ! On ne pèse pas le monde la veille ! ». Comme si c’était l’évidence même, dans le même ordre que 2 et 2 font 4. D’accord, mais si le Vermont 100 le fait et que c’est écrit sur le site, me semble que… Enfin.

Une fois bien informé, je quitte les lieux, non sans avoir bien enregistré le dernier conseil de Gilles : « Repose-toi bien ce soir ! ». Ouais, je vais essayer…

Après une nuit de sommeil somme toute fort convenable et un solide déjeuner, c’est accompagné de mon père que je prends la route direction Bromont. Le RAV4 est rempli de trucs dont je risque d’avoir besoin: gels en quantités industrielles, barres énergétiques, gaufres, lampes frontales, piles de rechange, vêtements pour faire face à n’importe quelles conditions météo, 12 litres de GU Brew pré-mélangé, etc. Le tout bien classé dans des bacs à tiroirs faciles d’accès. Nous avons aussi installé un sac de couchage pour les longues heures d’attente.

Le plan est bien établi. Mon père agira comme équipe de support, me suivant de station en station (quand c’est possible) durant les premières heures de course. En début d’après-midi, Barbara viendra le rejoindre. À deux, s’il y en a un qui est fatigué, l’autre pourra prendre la relève. Il ne faut pas oublier que Barbara est atteinte d’arthrite rhumatoïde et que mon père vient tout de même d’avoir 68 ans…

La température est fraîche, un peu comme à Harricana, alors je compte partir vêtu exactement de la même façon : shorts, t-shirt, casquette, arm warmers et gants. C’est fou l’éventail de températures que je peux affronter avec cet accoutrement. Je porterai également ma fidèle veste Alpha UltraSpire, mais le vieux Camelbak est dans l’auto, au cas où.

Le site est animé par la même fourmilière que la veille. On sent une certaine nervosité chez les membres de l’organisation. Mais c’est une belle nervosité. Je me rends à la pesée et après avoir ajusté l’instrument de mesure (c’est une bonne vieille balance qui se désajuste à chaque utilisation, dans le genre imprécis…), mon poids de départ est déterminé à 148 livres. Avec des souliers, après un gros déjeuner ?  Ouais, c’est vrai qu’il n’est pas gros, le monsieur…

Nous sommes conviés à la tente tout près du lieu où nous arriverons, espérons-le, demain matin. Les ultras au Québec, c’est une petite communauté, alors même moi je connais presque tout le monde. Petite jasette avec Joan et Mélanie, sa femme. Je ne peux m’empêcher de dire au grand favori que si je le rattrape, je lui botte le derrière, ce qui fait bien rire sa douce moitié.

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En compagnie de Joan avant le départ. Dans un peu plus de 24 heures, nous serons à nouveau encore réunis…

Je croise Pierre, que j’adore. Toujours de bonne humeur, la bonté dans la voix, les yeux et les gestes, il incarne à lui seul l’esprit de la course en sentiers. Évidemment, Pat est un incontournable. Il me salue avec un clin d’œil, me demande si je suis prêt. J’espère, je le saurai bien assez vite… Sinon, ben ce sera de sa faute ! 😉

Denis, celui qui m’a tant encouragé à Sherbrooke en janvier, est ici pour son premier ultra en sentiers (il a par contre fait énormément de courses contre le temps, dont des 24 heures). Coureur rapide sur route (il a un PB de 2h51 sur marathon), il a commencé cette année à faire des sentiers. Son terrain de jeux: le mont Orford. Un plus gros défi que mon petit mont St-Bruno, mettons… Il me présente à Marie, sa charmante épouse et à son petit bonhomme qui est venu voir son papa courir. Toute la famille porte des tuques de course super originales, fort probablement des créations de Marie. Je sais où je vais faire mes prochains achats…

On prend ensuite une photo de groupe du style « pendant qu’on a encore le sourire », puis c’est le briefing (à moins que le briefing ait lieu avant ?  Je ne sais plus…) d’avant-course. Audrey nous donne les instructions de base: suivre les fanions et rubans roses, porter attention aux flèches noires sur fond jaune qui indiquent les virages. Le classique. Elle nous rappelle le code du coureur en sentiers: toujours, toujours porter assistance à un autre dans le besoin et ne rien jeter dans les sentiers. C’est à peu tout. Ou du moins, c’est tout ce que j’écoute.

Nous nous rendons ensuite en haut de la colline d’où sera donné le départ. Je fais le chemin en joggant, feignant un essoufflement incontrôlable. Ça y est, mon rythme cardiaque est déjà rendu à 200 (sans blague, je ne porte même pas de bidule pour vérifier ça) !  Je ne sais pas si c’est par politesse, mais certains rient comme je passe à côté d’eux.

Dans l’herbe mouillé et la fraicheur matinale, j’égrène les dernières minutes avant 9h en jasant avec Denis de tout et de rien. En fait, je jase beaucoup de Boston et après avoir utilisé à quelques reprises des termes un peu crus (mes choix de mots étaient borderline bûcheron par bouts, il m’arrive de me faire honte à moi-même) pour exprimer ce que je pense du parcours, je me rends compte qu’il y a un petit homme de 8 ans avec nous. Oups, pas fort. Vraiment pas fort. J’espère que Marie ne m’en voudra pas trop…

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Le bûcheron avec Denis, Marie et leur fils

Juste avant que le départ soit donné, Jeff fait le tour du groupe et se donne la peine de souhaiter bonne chance à tout le monde. Co-vainqueur avec Florent du 80k à Harricana, ces deux-là feront la course à relais aujourd’hui: Jeff fera la première boucle, Florent, la deuxième. Juste pour le plaisir.

Quand il arrive à moi, je lui dis, non sans une certaine pointe d’ironie: « On va essayer de te suivre ! ». Comme il ne me connait pas, je vois à sa réaction qu’il se demande si je suis sérieux. Principe numéro un avec Fred: il n’est jamais sérieux ! 🙂

Voilà, plus que quelques secondes et le départ sera donné. J’ai été nerveux cette semaine, mais je ne le suis plus. Advienne que pourra. Je sais que je vais avoir du plaisir pour au moins la première moitié de course. Après, on avisera.

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Ultimate XC 2014: la conclusion (finalement !)

Ça a continué à être rock’n’roll côté professionnel en juillet et c’est Le dernier kilomètre qui en a souffert. Heureusement, la dernière semaine a été plus tranquille et j’ai finalement réussi à terminer mon récit de St-Donat, avec plus d’un mois de retard. Ma douce moitié me dira que si je n’y allais pas autant dans les détails, peut-être que je serais en mesure de produire plus rapidement. Je ne peux pas dire qu’elle a totalement tort.  Mais que voulez-vous, c’est mon petit côté Paul Houde… 🙂

Station Inter-Centre – Station Chemin Wall (km 42.2) – J’entame la descente pas trop technique, puis arrive dans le vif du sujet : la bouette et le labyrinthe à travers lequel on nous fait passer. Non mais, est-ce qu’il y a vraiment un sentier ici ? J’ai l’impression que Dan et ses amis ont placé des petits rubans roses à travers des arbres, au hasard, et que nous devons les suivre car c’est le seul chemin qui a une chance de nous ramener à la civilisation. Une idée me vient à l’esprit : le fameux Barkley, est-ce comme ça ?  Un parcours qui ne semble suivre aucun chemin tracé, dans lequel on a l’impression d’être perdu ?  Puis je me souviens d’un léger détail : au Barkley, le parcours n’est même pas marqué…

Étant maintenant rendu dans un des points les plus bas de la course, je constate une affaire : il fait chaud en ta… Premier ruisseau à traverser, j’en profite pour me répandre l’eau sur le visage, derrière le cou, sur le reste du corps. Un peu plus loin, deuxième ruisseau, je reprends le même manège. Ça me rafraichit un peu, mais pas tant que ça. Arrive la «rivère», j’ai de l’eau jusqu’aux cuisses. Après une brève hésitation, je plonge au complet dedans. Haaaa… Moi qui dis toujours que je pèse 150 livres mouillé, ce serait peut-être le temps de vérifier.  Quelqu’un a une balance ? Quoi, que dites-vous ?  J’ai perdu la raison ?  Ha oui ?  😉

Cette petite baignade impromptue me fait le plus grand bien et je traverse le Vietnam sans trop de problème. Ha, il est évidemment bouetteux à souhait et les marécages sont bien présents, mais tellement loin de ce qu’ils étaient dans mes souvenirs… Par contre, le squelette est toujours là, ce qui me fait sourire encore une fois. On dirait qu’il a passé l’hiver ici parce qu’à voir son niveau de décoloration…

Éric, un concurrent qui terminera tout juste derrière moi, alors qu'il a littéralement les deux pieds dans le Vietnam

Éric, un concurrent qui terminera tout juste derrière moi, alors qu’il a littéralement les deux pieds dans le Vietnam

J’arrive à la 329, que nous devons traverser en empruntant un tunnel qui passe sous la route. J’ai de l’eau jusqu’aux genoux, rien de dramatique, quand l’envie de me soulager me prend. Drette là, comme on dit. Puis me vient une idée. Non, je ne suis pas pour faire ça… J’ai déjà vu un cycliste professionnel le faire, alors pourquoi pas moi ?  Ici, dans le ruisseau, personne ne me verra… Je fais donc ce que j’ai à faire… sans m’arrêter !  Il faut bien qu’il y ait des avantages à être un homme, non !  😉

Quelques heures avant moi, des concurrents du 38 km sortent du tunnel sous la 329

Quelques heures avant moi, des concurrents du 38 km sortent du tunnel sous la 329

La montée vers la station Chemin Wall se fait tout d’abord à même un ruisseau, puis on se retrouve sur la terre ferme… en plein soleil, bien sûr. Mais le plongeon dans la rivière a fait son effet et je suis revigoré, ce qui rend l’ascension plus facile. À l’approche de la station, un bénévole toujours au poste observe notre arrivée avec des jumelles et crie notre numéro pour que les autres préparent nos drop bags. Encore une fois, l’organisation m’impressionne par son efficacité.

Le ruisseau que nous devons "escalader" après avoir traversé la 329

Le ruisseau que nous devons « escalader » après avoir traversé la 329

Depuis un moment déjà, j’ai pris la décision de ne pas changer de souliers. Mes New Balance, malgré leur fâcheuse habitude de se délacer facilement quand ils sont mouillés, font le travail pour le reste. En plus, j’avais regretté mon move en 2013, la bouette ayant refait son chemin jusqu’à mes pieds en moins de 3 minutes. Je change toutefois de camisole et de casquette. J’en suis rendu à essayer de remettre ma veste d’hydratation en place (c’est toujours tortillé, ces machins-là) quand Luc me poke dans les côtes en passant en coup de vent. J’ai l’impression qu’il ne s’est même pas arrêté… Vais-je le revoir ?

2 ou 3 minutes plus tard, je remercie abondamment les bénévoles de la station et reprends ma route. Coup d’œil au chrono : 5h45. Ça m’a pris 15 minutes de moins pour traverser le Vietnam, preuve que les conditions sont pas mal plus faciles. Mais je me pose sérieusement des questions pour les autres: combien d’entre eux seront en mesure de respecter la coupure fixée à 7 heures ici ?

Station Chemin Wall – Station Lac Lemieux (km 46) – En quittant la station, un bénévole me lance : « Ça a l’air que le bout jusqu’à la prochaine station se fait bien ! ». C’est ce que je me souviens également. Une section qui ne fait même pas 4 kilomètres, piece of cake !

Détail que j’avais oublié cependant : ça monte. Pis ça monte. Et ça monte encore. Même si c’est dans le bois, la chaleur se rend très bien à nous et l’effet de ma baignade s’est dissipé. Je commence à reprendre des coureuses du 38 km, coureuses que j’avais déjà dépassées avant la montagne Noire. Mais des gens du 60 km ?  Nada. Voyons, pourtant ça monte, je devrais en reprendre quelques uns, non ?  Et Luc, il est où, bout de viarge ?

Finalement, après ce qui m’a semblé durer des heures, je sens le terrain qui commence à prendre une pente descendante. J’arrive à la station tout juste après deux participantes du 38 km. Et Luc qui n’est nulle part autour… Est-ce qu’il s’est envolé ?

Alors que je regarde sur la table pour me prendre quelques trucs à bouffer, le bénévole, empruntant un ton admiratif, me demande : « Ho, un coureur du 60 km !  Avez-vous besoin de quelque chose ?  Est-ce que je peux vous aider ?»  Je l’ignorais à ce moment, mais pour le reste de la course, nous serons traités comme des V.I.P. Comme le parcours empruntera les mêmes sentiers que ceux utilisés par les épreuves de 22, puis plus loin, de 11 km, les gens assignés à ces stations me sembleront très impressionnés de constater que des êtres humains (pas toujours sains d’esprit, mais bon) puissent parcourir une telle distance sur leurs deux jambes. Mais que diront-ils quand Joan et Tomas passeront et qu’ils verront « 120 km » écrit sur leur dossard ?

Station Lac Lemieux – Station Lac Bouillon (km 49) – Ha, une belle petite section roulante, parfaite pour reprendre du temps !

Encore une fois, ma mémoire me fait défaut. Oui, c’est une section roulante grâce à son sentier large et descendant. Sauf qu’il fait de plus en plus chaud et on est au soleil en tout temps. Ajoutez à ça une cheville gauche qui commence à en avoir ras le pompon de cogner sur le sol à répétition et on a un bonhomme qui trouve les 3 kilomètres un peu longs à son goût. D’ailleurs, depuis le départ, mon GPS m’indique toujours une distance parcourue plus courte que celle indiquée sur les cartes. Mais j’ai l’impression que tout le retard sera comblé lors de ces seuls « 3 » kilomètres.

À un moment donné, la cheville se plaint tellement que je prends la peine de m’arrêter pour tenter de l’étirer un peu. Pas que ça donne vraiment quelque chose, mais bon… Finalement, j’arrive sur le site d’un chantier de construction et je sais que la station est proche.

Sur place, toujours pas le moindre indice de la présence de Luc. Il s’est volatilisé ma parole !  Une dame, probablement à l’affût de demandes en mariage, offre des douches gratuites à même un 18 litres d’eau. Je suis probablement le 50e de la journée à lui faire la grande demande dans les instants qui suivent ma douche improvisée. Au risque de me répéter, ça fait du bien !!!

Je fais un dernier plein de ma veste, prenant bien soin d’y ajouter une donne dose de GU Brew et me lance à l’assaut des 11 derniers kilomètres en jetant un regard inquiet au chrono: avec la côte de l’enfer et la descente qui la suit, il me sera difficile de faire sous les 8 heures.

Station Lac Bouillon – Station Ravary (km 54.5) – J’entame la section tout juste derrière deux autres concurrents du 60 km. Est-ce que je les ai rejoints ou ce sont eux qui m’ont rattrapé ?  Aucune idée ! Le sentier est large et généralement plat. Comme je suis à leur hauteur, j’entends un lancer à l’autre : « Luc, il court comme s’il était parti en mission ! ». Et comment ! Après un petit problème technique qui m’oblige à m’arrêter, je reprends ma course et réussis à reprendre mes compagnons tout juste avant la côte de l’enfer.

Cette côte n’est ni plus ni moins qu’une pente de ski à grimper. Et vous savez quelle est la principale caractéristique des pentes de ski ?  Elles sont presque toujours tracées sur le versant sud de la montagne, question d’être exposées le plus possible au soleil durant les froids d’hiver. Or, qu’on soit en hiver ou en été, le soleil, il est toujours du même côté à cette heure du jour. Alors…

Petit coup d’œil au chrono, question de comparer mon temps d’ascension à celui de l’année passée (je m’attends à être plus lent, mais bon…) et on entame la montée. Tout en haut de la première face de cochon à grimper, d’autres participants, qui me semblent si petits… Jamais je ne serai capable de les rejoindre.

Hé oui ! Progressivement, je gagne du terrain, ce qui m’encourage. Le soleil me ralentit, mais moins que les autres on dirait. Je reprends plusieurs concurrent(e)s des autres courses qui ont chaque fois la gentillesse de me laisser le passage. Je les remercie à tous coups et leur lance quelques mots d’encouragement.

J’arrive à la courte partie plate entre les deux sections ascendantes, fais quelques pas à la course, puis me lance dans la montée de la deuxième face de cochon. Celle-là est vraiment en plein soleil, pas le moindre arbre pour se protéger. À mi-chemin, qui vois-je devant, montant les mains sur les reins ?  Luc !  Il ne s’est pas envolé après tout, il est seulement quelques dizaines de pieds au-dessus de moi. Ai-je des chances de le rejoindre ?  Il semble rendu près du sommet. Mais quand un gars monte les mains sur les reins, c’est qu’il en arrache, alors peut-être que…

La pente commence à s’adoucir comme j’arrive à sa hauteur. Il me dit tout doucement : « Good job ! », compliment que je lui rends sur le champ. J’aimerais bien qu’on termine ensemble, car pour moi, la course en sentiers, c’est ça : la camaraderie, l’entraide et surtout, la satisfaction de voir les autres terminer. La compétition ?  Oui, il y en a toujours un peu, mais par rapport à la route…

J’hésite cependant. Luc est plus rapide que moi sur route (il m’a pris 4 minutes à New York en novembre dernier) et définitivement plus fort dans le technique. Or, il nous reste une longue descente très technique à faire, puis probablement quelques bons trous de bouette. Comme je ne veux pas le retarder, je décide de prendre un peu d’avance en ne m’éternisant pas à la station d’aide du sommet (un ajout cette année, excellente idée !) et en m’élançant presque immédiatement vers la descente. Je prends tout de même le temps de constater que j’ai mis 2 minutes de moins que l’an passé pour grimper la fameuse côte de l’enfer. Hey, pas mal…

La descente se révèle beaucoup moins difficile que dans mes souvenirs. Ceci dit, je passe quand même proche de me perdre mais heureusement, des concurrentes du 38 km m’indiquent le chemin à suivre, me laissant le passage en prime. Un peu plus loin, j’en rattrape une autre et je crois la reconnaître : c’est Audrey, l’organisatrice en chef du Bromont Ultra. J’entame la conversation pendant que nous nous faufilons entre les arbres. Elle est surprise que je la connaisse, vu qu’elle ne me connaît pas du tout (c’est l’histoire de ma vie), alors je me présente un peu. Je lui dis qu’à moins d’une trop grande charge côté travail, je serai de la partie pour son 160 km en octobre. J’espère vraiment pouvoir y être…

Tout en bas de la descente, la station. Le temps d’attraper de quoi manger et de caler un verre de Gatorade, je suis reparti.

Station Ravary – Station 329 (km 56.5) – Deux petits kilomètres avant la dernière station, c’est rien, non ?

Décidemment, je n’apprendrai jamais car encore une fois, grossière erreur ! Je suis sur le point de dépasser une dame lorsque, alors que j’avance à un bon rythme, mon pied bute sur un obstacle. Une roche ? Une racine ?  Aucune espèce d’idée. J’essaie par tous les moyens de récupérer le déséquilibre qui s’ensuit. Je ne sais pas si c’est à cause des multiples mouvements brusques que je tente durant l’opération, mais toutes les crampes qui étaient en embuscade décident de se montrer. En même temps !

Du coup, j’ai l’impression que tout ce qui peut cramper sous ma ceinture (non mes petits coquins, ÇA ne peut pas cramper !) crampe en même temps: quads, ischios, mollets, name it. Je me retrouve évidemment au sol, incapable de bouger. Ma première pensée ?  « Les 8 heures, c’est foutu ! ». Ma deuxième ?  « Comment je vais me relever de là ? ». Pendant que tout ça me passe par la tête, je crie parce que ça fait mal en ta…

La dame que j’allais rejoindre s’arrête et rebrousse chemin pour s’enquérir de mon état. « Are you broke ? » qu’elle me demande. Heu, « broke », ça ne veut pas dire « cassé », dans le sens de « j’ai pas une cenne » ?  Enfin, l’important, c’est de se comprendre. Je veux lui répondre que seulement ma fierté est atteinte (yeah right) et le seul mot qui me vient est « pride ». Je bredouille donc quelque chose autour du mot «pride». Merde, j’ai quand même 55 km dans les jambes, alors les subtilités de la langue de Shakespeare…

Luc arrive sur les entre-faits.

-Man, est-ce que ça va ?

-Je viens de planter et je suis crampé de partout !

-Ha, moi c’est le festival de la crampe depuis tantôt !

Sa remarque me fait rire et me donne un bon coup de pied au derrière. Pensais-tu être le seul à avoir des crampes, du con ?  Il m’aide à me relever, me donne une tape d’encouragement sur l’épaule, puis repart en courant, ma bonne samaritaine à sa suite. Je reprends en y allant d’un petit jogging et finalement, me rends compte que je peux presque courir normalement.

Cette partie étant assez technique, nous sommes contraints à faire toutes sortes d’acrobaties pour la passer. Et à chaque tronc d’arbre, à chaque roche, bref à chaque mouvement qui sort un peu de l’ordinaire, les muscles menacent de cramper. Et ceux de Luc ne font pas que menacer car je l’entends aligner les « Ouch !», « Ayoye !» et « Haaaaa !» à toutes les 10 enjambées. Et moi de rire comme un débile à chaque fois. La pauvre dame coincée entre nous deux doit bien se demander d’où les deux zigotos qui l’escortent peuvent bien sortir. Du 60 km, madame, du 60 km.

 De façon à ne pas prolonger sa torture mentale, je la dépasse quand j’en ai l’occasion, dans un petit élargissement. En passant à son niveau, je lui dis : « Still going, still going… », comme pour lui prouver que j’ai définitivement perdu la raison.

J’arrive à la station 329 comme Luc finit de prendre quelques gorgées à même une canette de Coke. Je ne fais ni une ni deux et cale le restant. Hum, c’est bon après des heures et des heures dans le bois !  Ça me rappelle mon adolescence et les voyages à vélo que je faisais avec mon père. C’était notre récompense de fin de journée : un bon Coke bien froid.

En haut de la petite butte, Luc s’est arrêté. Il me fait un large sourire et me montre le sentier avec un signe de tête : « Allez, on finit ça ensemble ! »

Station 329 – Arrivée (km 60) – Ma mémoire vient encore s’amuser à mes dépens. Alors que je m’attends à un beau sentier large et facile, nous frappons de bons vieux trous de bouette. Luc lui se souvient : « Il reste encore pas mal de beurre de peanuts ». Ouais, je ne pourrais pas mieux décrire la texture de ce que nous devons traverser.

Nous nous échangeons la tête, cherchant la trajectoire idéale, tout en placotant un peu. Nous parlons de New York, de sa copine Anne qui participe elle aussi à cette course. Arrive finalement la « piste cyclable » tant attendue où les distances restantes seront supposément indiquées à tous les 500 mètres. Après presque 8 heures passées dans les sentiers, à monter et descendre des côtes, à contourner des milliers d’obstacles, les deux quadragénaires ont hâte d’arriver.

Un ami de Luc se joint à nous sur une centaine de mètres, le temps de nous apprendre qu’Anne n’est pas très loin derrière (elle terminera une dizaine de minutes après nous, en première position chez les femmes). Nous traversons la route en deux occasions, prenons la pose pour la postérité et finalement, nous entendons un murmure caractéristique : l’arrivée est proche !

Luc, à droite, et moi, à quelques centaines de mètres de l'arrivée

Luc, à droite, et moi, à quelques centaines de mètres de l’arrivée. Beaux bonshommes, avouez !  😉

Oui, je porte encore mes bidules aux genoux... Je suis encore étonné qu'ils aient tenu toute la course !

Oui, je porte encore mes bidules aux genoux… Je suis encore étonné qu’ils aient tenu toute la course !

Pour la première fois de la journée, nous avons des spectateurs. Les félicitations fusent de toutes parts. Une dernière petite descente et le voilà enfin, le parc des Pionniers.

Nous nous présentons dans le couloir réservé aux coureurs. Je cherche l’arche d’arrivée du regard : « Elle où la maudite arrivée ? ». Luc me la pointe, à l’autre bout du parc. Elle me semble encore loin, mais je ne sens plus l’effort. Je souris à mon partner et lui tends la main. On va terminer comme ça, main dans la main, peu importe l’ordre officiel, pour montrer que nous avons tous les deux vaincu ce damné parcours. Encore une fois.

Après l’arrivée – La suite des événements s’embrouille dans ma tête. Luc et moi nous sommes évidemment donnés le gros bear hug de circonstance, tout contents de notre performance, heureux des ces moments passés ensemble. Notre temps ?  8:11:53. En ce qui me concerne, c’est 20 minutes de mieux que l’année passée, sur un parcours 2 kilomètres plus long. Bon, il était dans un bien meilleur état (ce n’était même pas comparable), mais la chaleur a également eu son rôle à jouer. J’ai été surpris d’apprendre que personne n’avait fait sous les 6 heures, Gareth Davies arrivant premier en 6:07:46 et Florent Bouguin le suivant en 6:16:23. Ils ont été les seuls à faire sous les 7 heures…

Luc s’est presque immédiatement lancé dans le lac alors que moi, pour une raison que j’ignore, j’ai niaisé un peu. Comme si une fois la course terminée, l’urgence de me rafraichir avait disparu. Bizarre.

J’ai placoté avec d’autres coureurs, dont Phil avec qui j’avais fait la connaissance le matin et qui était insatisfait de son temps de 7h16… jusqu’à ce qu’il apprenne qu’il avait terminé troisième !  J’ai aussi échangé avec Pierre, qui avait retrouvé son légendaire sourire et qui sirotait tranquillement une Sleeman’s tout en savourant l’ambiance. J’ai vu Pat arriver dans un temps de 8h40 et surtout, je l’ai vu littéralement garrocher au bout de ses bras le sac qu’il avait porté toute la course et qu’il voulait tester en vue de l’UTMB. On dirait bien que ledit sac n’a pas atteint la note de passage et ne sera pas du voyage…

Je dévorais tranquillement le succulent lunch offert par l’organisation en assistant aux diverses cérémonies quand il est passé près de moi quelques minutes plus tard, pieds nus. Quand je lui ai dit mon temps, il m’a sacré un (gentil) coup de pied et m’a lancé : « T’es super fort !  Je ne veux plus jamais t’entendre me dire que tu n’es pas prêt pour un 100 milles !  Tu es plus que près !!! ». Ok Pat, si tu le dis… La dernière fois qu’il a « ordonné » à quelqu’un de faire une course, c’était à Joan pour Virgil Crest. Il avait raison : Joan a terminé celle-là en troisième position…

Parlant du loup, je me tenais un peu à l’écart pour me changer en vue du retour à la maison quand j’ai entendu une clameur. Surpris au début, je me demandais bien de quoi il pouvait s’agir car les premières femmes étaient arrivées depuis un bout. J’ai vite fait le lien : c’était Joan. Je ne sais pas pourquoi, mais j’étais persuadé que c’était lui, et non Tomas qui avait aussi tenté de revenir (et qui a dû s’arrêter en chemin).

Je me suis tout de suite dirigé (en boitant) vers l’aire d’arrivée. Il avait l’air fatigué, vidé, mais tellement fier de lui !   Et je soupçonne qu’il en avait encore sous la pédale… Je ne pouvais pas partir sans le féliciter. Encore une fois, un gros bravo Joan !

La boucle étant bouclée, j’ai pris le chemin de la maison, la tête remplie de souvenirs de cette superbe journée. 12 mois plus tôt, j’étais à peu près certain de ne plus jamais remettre les pieds à St-Donat. Pourtant, je suis revenu. Et je n’ai jamais regretté.

Le 28 km XC Harricana: de la montagne Noire à l’arrivée

Ha, une montée ! 🙂  Le sentier est étroit, du style single track et la forêt, très dense. Assez loin devant moi, deux gars. Ok, on va voir si on peut les suivre.

Au début, j’avance au même rythme qu’eux, mais la montée est longue, alors je sens qu’ils fatiguent. Ce que ça peut être pratique, un frame de chat !  🙂  Je reprends le premier, un costaud dans les 180 livres. Il souffle fort et me fait signe de passer, un peu avec dépit. Je l’encourage en lui disant qu’il va me shifter dans la descente. J’enligne l’autre, une centaine de pieds devant. Rapidement, je gagne du terrain et le rejoins. Sa cloche à ours fait un tout petit bruit, elle semble aussi fatiguée que lui. Il doit être le seul à en avoir une, d’ailleurs. Autre mot d’encouragement, puis je le laisse lui aussi derrière. La montée est suffisamment longue pour que je ne les aperçoive plus une fois rendu dans la partie roulante… qui ne dure pas.

Deuxième section de montée de la montagne Noire. Dans ma ligne de mire, une autre cible. Je rejoins le gars et on fait un bout ensemble. Il me demande si ça achève, la montée, mais je n’en ai aucune idée. Il a la carte, j’y jette un oeil: ce n’est pas clair. Je lui dis de s’imaginer ce que ce serait si on avait à faire ça dans le cadre du 65 km (nous sommes depuis un bout sur le même parcours), que j’étais supposé le faire, mais comme je me remets d’une blessure… Il me répond que je suis chanceux de m’être blessé parce que le 65k, c’est une « ostie de paire de manches ». Je lui parle alors du Vermont 50, que ça m’avait pris 8h42 et on dirait que ça l’achève car je ne le reverrai plus.

Pas loin du sommet, je rejoins un autre gars, qui a un look latino.. On fait un bout dans le lichens en se suivant. Il me lance un « Hello ! » comme j’arrive à sa hauteur au moment d’embarquer sur un chemin de terre, ce à quoi je réponds: « Ça va faire du bien, un boutte en chemin d’terre, hein ? ». Après 2 ou 3 secondes, j’analyse qu’il n’a probablement rien pigé de mon accent québécois. Bah, tant pis. Je le laisse avant la descente pour arriver bien avant lui au dernier ravito, kilomètre 20. Je réclame aussitôt de la bière, mais je dois me contenter de bananes. 2-3 verres d’eau et c’est reparti. 8 petits kilomètres à faire, piece of cake !  🙂

Cette section commence par du très technique, mais elle devient relativement roulante. Comme je suis maintenant totalement seul, je résiste très bien à la tentation de courir les montées et prends ça relaxe. C’est un entrainement, je ne dois pas l’oublier. Pas le temps de me blesser. Mais les descentes, c’est vraiment frustrant. Non seulement ça va moins vite en descendant, mais je perds mon momentum quand vient le temps de monter par après. Maudite blessure de mes deux !

Je sors du bois et que vois-je ?  Le mont Grand-Fonds et une tabarn… de descente. En terre, avec de grosses roches un peu partout. Et ça descend en face de cochon. Merdeux !  Bon ben, pas le choix… Commence alors un long slalom, un enchainement infini de petits pas pour un, ménager mon genou et deux, ne pas me casser la marboulette. Je m’attends à me faire rattraper par 5-6 gars tellement j’ai l’impression d’y aller lentement. Mais non, je suis toujours seul. Et que dire des gazelles du 65 km ?  Ils sont partis deux heures avant nous et l’organisation s’attend à ce que le gagnant fasse 4h30 (ce qui me semble un tantinet rapide), alors…

Deux kilomètres interminables à descendre. L’enfer. C’est là que je me rassure sur ma décision de faire le 28 km ici et d’annuler ma présence au Vermont 50: c’était la chose à faire. Mon genou n’aurait pas duré de telles distances sur de tels terrains. Quoi que le 50 km du VT50, dans trois semaines…

Après une éternité, j’arrive en bas. Pas facile de reprendre un semblant de rythme après ça. Ok, 4 petits kilomètres. Coup d’oeil au chrono: définitivement que je vais faire sous les 3 heures. Mais tant qu’à faire, j’aimerais bien faire mieux que 6:00/km, donc 2h48. Sauf que je ne sais pas ce qui m’attend…

C’est un sentier de ski de fond qui m’attend. Vallonné, bien roulant… à part quand il y a des trous de bouette. Et il y en a plusieurs. Certains sont couverts de branches de sapin, mais d’autres, non. Mon soulier reste même pris à un endroit, me rappelant de merveilleux souvenirs de St-Donat. Welcome to the swamp !  Ha hiiiiiii !!!

Comme je niaise un peu, le latino me rejoint. Je le félicite (en anglais cette fois) pour sa cadence et tout sourire, il m’offre de terminer ensemble. Toutefois, le manque d’entrainement commence à se faire sentir. J’ai beau ne pas avoir trop poussé, je suis un peu juste. Quand nous arrivons sur le chemin de terre à 2 kilomètres de la fin, je lui dis d’y aller, de ne pas m’attendre. On se reverra à l’arrivée. Je demeure derrière lui, assez près, mais quand arrive le dernier kilomètre je décroche.

Car le dernier kilomètre, c’est une longue montée, juste assez abrupte pour ne pas être un faux-plat. Mais pas moyen de la marcher, il faut la courir. Bande de sadiques ! C’est dans cette montée que je double un gars qui m’avait shifté dans la partie technique (lalalère !). Voilà, nous longeons maintenant le stationnement du centre de ski. Quelques spectateurs nous encouragent. Je cherche Barbara du regard, mais ne la trouve pas. Puis j’entends Maryse crier mon nom. Elle accourt à ma rencontre, me donne un high-five et me dit qu’elle va me rejoindre à l’arrivée (je dois faire un détour, pas elle).

Petit plat bienvenu, puis dernière montée, encore un coup de fierté pour la faire en courant. Il y a des spectateurs, quand même… Je cherche Barbara, ne la trouve toujours pas. Elle est où ? Je traverse la ligne en arrêtant mon chrono, entends l’animateur annoncer mon nom: good, ma puce a fonctionné. Mon temps: 2:44:51. 15 minutes de moins que ce que j’avais prévu, cadence de 5:50/km. Je ne peux pas demander mieux.

En sortant du petit couloir qui nous est attitré, deux personnes m’attendent: Maryse et mon ami latino. Et les deux me tendent les bras. Heu… C’est que Maryse est beaucoup plus jolie, genre… Je décide de me « débarrasser » du mon partner en premier. Il est tout content, me félicite et me remercie. C’est vrai qu’on a fait une foutue belle course !  Puis c’est l’accolade avec Maryse, ma chère amie, qui est tout sourire. Sa course semble s’être bien déroulée et comme à chaque fois à une arrivée, on se félicite chaleureusement. Arrivent Marie-Claude et Julie avec qui j’échange des high fives. Elles aussi semblent de fort belle humeur.

Où est donc Barbara, mon amour ?  La pauvre, comme je lui avais dit que je m’attendais à faire « au moins 3 heures », il fallait qu’elle choisisse ce moment-là pour s’éclipser aux toilettes, pensant qu’elle avait une marge avant mon arrivée. Tu parles d’un timing… Il semblerait que Charlotte me sentait arriver car elle ne voulait rien savoir d’entrer dans le Johnny on the spot. L’instinct animal… Mais ce n’est pas tellement grave. J’embrasse ma chère épouse, celle qui me soutient dans cette activité un peu folle qu’est la course. Si ma blessure a été pénible pour elle, jamais elle ne me l’a fait sentir. Merci pour tout, mon amour.

Bon, le problème avec les courses en sentiers, c’est qu’on n’a aucune idée de ce qui se passe avec les autres concurrents. L’organisation nous tient au courant pour les trois premiers du 65 km (Seb Roulier menait au ravito du 8e kilomètre, mais après ça, son nom n’est plus cité, au point où je me demande s’il ne lui est pas arrivé quelque chose), mais pour les autres… Donc, aucune nouvelle de Seb et JF. Je m’attends à ce qu’ils arrivent 30, peut-être 45 minutes après moi. Mais en sentiers, c’est très difficile à évaluer. En tout cas, j’ai le temps de me changer, ça j’en suis certain. Et je vais le faire parce qu’il ne fait pas chaud pour la pompe à eau !

Une fois changé, nous nous dirigeons tous vers la fin de la « montée du stationnement », derrière le chalet et commençons à attendre. J’en profite pour faire mes étirements. Charlotte étant très entreprenante, il devient facile d’entamer la conversation avec une  fille qui attend elle aussi, juste à côté. Une jeune femme, fin vingtaine, qui attend son chum. Elle est un peu nerveuse car il était premier du 65 km aux dernières nouvelles. Ha oui ?  Son nom ?  « Éric Turgeon ». Connait pas. Il semblerait qu’il était à St-Donat, qu’il menait pendant un long bout de temps avant de tout simplement « casser ». Bien hâte de voir c’est qui, je l’ai certainement aperçu. Quoi que les premiers et moi…

Le temps passe et l’inquiétude monte. 3h15. 3h30. Toujours rien. Finalement, un t-shirt orangé monté sur un colosse semble se pointer à l’horizon. C’est JF.  La blonde du super-coureur-que-je-ne-connais-pas n’en revient pas qu’un gars avec une telle carrure puisse se taper 28 km en montagnes. Impressionnant, en effet.

Toutefois, sa foulée est pénible. Et tout juste derrière lui, nous reconnaissons Seb, tout de gris vêtu. Lui aussi semble en arracher. L’un comme l’autre ne regarde même pas dans notre direction quand les filles crient leurs encouragements. Ils ont l’air grave, ils souffrent. J’avoue ne pas aimer du tout ce que je vois. J’ai déjà souffert en fin de course, souvent. Mais à chaque fois j’étais heureux de voir les miens, de leur faire un sourire. Ça ne semble pas être le cas ici.

Nous nous précipitons vers l’arrivée. Nos deux comparses arrivent. Ils sont vidés, plus rien. Julie essaie d’aller voir JF, mais celui-ci s’éloigne. Marie-Claude tente de parler à Seb, il la repousse. Puis il se penche et commence à émettre de drôles de bruits. Nausées, vomissements ? Merde, ça va mal. Il a les yeux remplis d’eau. Marie-Claude dans tous ses états, peine à retenir ses larmes. Je lui suggère fortement de le garder à l’oeil car je ne suis vraiment pas rassuré par ce que je vois. Je sais, pas tellement rassurant, le gars d’expérience qui a le regard inquiet…

JF s’assoit sur un pare-choc de camion. Ok, il va s’en tirer. Peu à peu, Seb semble reprendre ses esprits. Ouf !  Quand il finit par pouvoir parler, il me lance: « Un sac de Camelbak, man, c’est ça que ça prend ! ». De quessé ?

Il s’avère que le sac de sa veste Alpha d’UltraSpire (la même que la mienne, sauf qu’il a le format pour homme, pas celui pour petit garçon comme moi) a percé dès le début de la course. Et bien évidemment, le trou était dans le bas du sac, question que les deux litres qu’il contenait se déversent gentiment dans le dos de son propriétaire. À chaque station d’aide, Seb a demandé du duct tape, mais personne n’en avait. Il a donc fait la course en ne buvant qu’aux stations. Certains sont capables de le faire (hein Joan ?  ;-)), d’autres, comme moi,  non.

Mais tu parles d’une malchance !  J’ai parcouru des centaines de kilomètres avec cette veste et jamais je n’ai eu de problème semblable. Dans sons cas, je crois qu’il en était seulement à sa deuxième utilisation. Il soupçonne que le coin de sa couverture de survie ait frotté sur le sac, finissant par le percer. Mais bon, j’en prends bonne note: pour le prochain ultra, j’aurai un autre sac soit dans mon drop bag, soit amené par ma super-équipe de support. On peut toujours apprendre des autres…

Mes impressions sur la course et d’autres petites anecdotes suivront bientôt.

Bravo champion…

C’est ce que je me suis dit hier.

Je vous raconte. Après 35 beaux kilomètres dans mon terrain de jeux, je me sentais vraiment bien. La température était idéale pour la course, mon corps avait bien tenu le coup et la nouvelle veste d’hydratation avait fait des merveilles… mis à part le foutu tube et son embout. Pas capable. Il fallait que je fasse quelque chose sinon j’aurais tendance à moins boire juste à cause de ça.

Je me suis donc arrêté, encore une fois, à La Cordée. Le but: me trouver un autre réservoir pour remplacer celui qui vient avec mon Alpha UltrAspire (ou plutôt ultra aspire !). On m’a proposé un réservoir de la compagnie Platypus (n’avais jamais entendu parler) qui semblait avoir un embout semblable à celui de Camelbak et qui permettrait un remplissage rapide comme celui venant avec la veste. À 26 $, ça valait la peine de prendre le risque.

Sitôt arrivé à la maison (ben, après avoir mangé, quand même), je me suis mis en frais de tester mon nouvel achat. Bof… L’embout allait mieux que l’autre, mais pas tant que ça… Si je donnais une note de 3/10 à l’autre, celui-là obtenait peut-être un 5 ou un 6…

Puis j’ai essayé d’insérer le réservoir dans ma veste. Ouais, pas terrible. Comme il est plus rigide, il prend plus d’espace et surtout, dépasse beaucoup. Puis, j’ai eu une idée de “génie”: pourquoi ne pas essayer de regarder si le tuyau du nouveau réservoir ne fonctionnerait pas avec le réservoir original ?  Aussitôt dit, aussitôt fait. Et ça marchait: pas une goutte qui sortait. Au final, j’avais une meilleure veste.

Puis j’ai allumé: et si le tuyau de mon vieux Camelbak, celui avec l’embout qui va si bien, fonctionnait lui aussi ? Petit essai: ça marche !  Eurêka, je vais enfin avoir la combinaison parfaite !  🙂  Puis je me suis mis à regarder la multitude de tubes et de réservoirs sur la table de cuisine et me suis demandé: “Pourquoi tu n’as pas pensé à essayer ça AVANT d’acheter un nouveau réservoir ?!?”.

Bravo champion…

Un essai concluant

J’ai déjà parlé sur ce blogue de mes problèmes à trouver l’équipement idéal qui m’aidera à garder un niveau d’hydratation acceptable lors de mes longues courses dans les coins perdus. Depuis l’an passé, je cours dans le bois avec un Camelbak. Hyper-pratique, il peut contenir jusqu’à 3 litres de liquide et peut transporter une quantité presque illimitée de cossins. Il y a juste un petit problème avec ce bidule-là: il pèse une tonne. Au point où j’en ai mal aux épaules après quelques heures et que je me retrouve presque invariablement avec le cou barré le lendemain d’une longue sortie en sentiers. En plus, comme il couvre entièrement le dos, la ventilation est nulle quand il fait le moindrement chaud. Bref, je me devais de trouver autre chose.

J’ai essayé la bouteille à la main: patate. Ce n’est vraiment pas mon truc, mes bras ne sont définitivement pas assez forts pour leur imposer un poids durant des heures. Quand à la ceinture d’hydratation à plusieurs bouteilles que j’utilise sur route, elle présente le désavantage d’imposer des remplissages qui prennent plus de temps en plus de la bouteille avant gauche qui a la fâcheuse habitude de s’éjecter dès que ça brasse le moindrement. À proscrire.

Un “collègue” ultrarunner particulièrement connaisseur dans ce genre de trucs (il devrait aller travailler à La Cordée…) m’a prêté sa AK Vest de la compagnie Ultimate Direction.  Créée en collaboration avec le grand ultramarathonien Anton Krupicka, c’est un chef d’oeuvre de légèreté. Cette veste, qui est équipée de deux bouteilles (donc faciles à remplir) de 20 onces installées sur la poitrine, est aérée et offre plein de petits compartiments pour ranger différents bidules: téléphone, gels, petits goûters, etc. Dès que je l’ai enfilée, je l’ai aimée: je me sentais libre comme l’air. Quel contraste avec le Camelbak ! C’est quand je me suis mis à courir que ça s’est gâté un peu: les bouteilles se faisaient aller à qui mieux mieux, me donnant l’impression de courir avec une poitrine 38 DD. Au bout d’un certain temps, je me suis habitué et je pense bien que j’aurais facilement pu vivre avec ce léger inconvénient. Sauf qu’après quelques kilomètres, je sentais les bouteilles s’enfoncer dans mes côtes. Non mais, je ne pourrais pas être un petit peu plus costaud, moi ?!?  Si j’avais la moindre épaisseur musculaire au niveau pectoral, ça n’arriverait pas, ce genre de truc-là !  Mais bon, il n’y avait rien à faire. Après un essai de 34 km, j’ai dû me rendre à l’évidence: ça ne marcherait pas.

Sauf que mon expert, tout en me prêtant la AK Vest, m’avait montré son dernier achat: la veste Alpha d’UltrAspire. Avec réservoir à l’arrière (comme le Camelbak) d’une capacité de 2 litres, elle est également de type ultralégère. Lui en avait fait l’essai et l’aimait beaucoup, vantant sa stabilité. De plus, contrairement à mon vieux machin, le réservoir peut se remplir  facilement sans avoir à le sortir de la veste. Un gros plus. Aussi, la veste ne couvre que la moitié du dos, aidant pour la ventilation.

Après mon essai infructueux, je me suis donc dirigé directement chez le détaillant cité plus haut pour m’en procurer une. Comme c’est un nouveau produit, personne n’a pu vraiment m’aider, mais je me suis débrouillé. Et j’en ai fait l’essai hier matin.

Bingo !  Légèreté, stabilité, aération, liberté de mouvement, name it, tout était merveilleux. Ou presque. Seul bémol: quand vient le temps de boire, justement. L’embout est gros et il faut “siphonner” pas mal pour parvenir à tirer un peu de liquide. Au repos, ça va, mais quand on court, ce n’est pas l’idéal. J’ai soumis le problème à ma référence en la matière et il m’a répondu que lui avait changé le réservoir car lui non plus n’aimait pas celui qui venait avec la veste. Je vais fort probablement faire de même.

Donc, je crois bien que j’ai trouvé une façon à la fois efficace et agréable pour ne pas sécher lors de mes prochaines sorties en sentiers…  🙂