The North Face Endurance Challenge, D.C.: la dernière boucle et le retour

Great Falls III (mile 29.1) à Great Falls IV (mile 36.0): la troisième boucle

On nous avait dit que le parcours serait à l’ombre. Léger détail cependant : cette évaluation a probablement été faite durant l’été. Or, nous sommes au début du printemps, alors on ne peut pas dire qu’il y a beaucoup de feuilles dans les arbres ! Donc côté ombre, bof… D’ailleurs, moi qui ne mets jamais de lotion solaire, je remarque que mes bras commencent à prendre une teinte rougeâtre. Vais-je me lamenter cette nuit ?

Bon, j’en entends s’étonner : « Quoi, il ne met pas de lotion solaire ?!? ». Hé non. Malgré l’amincissement de la couche d’ozone, ma peau ne brûle que très rarement, alors je n’en vois pas l’utilité. Ce qui explique que j’ai le teint basané à longueur d’année, au point où je ne passe pas un hiver sans me faire demander si je reviens d’un voyage dans le sud. Il est même déjà arrivé qu’un collègue de travail refuse de croire que je n’étais pas allé me faire dorer au soleil au cours des semaines précédentes. Une autre, qui est devenue une de mes meilleures amies par la suite, m’a un jour avoué que la première fois qu’elle m’a rencontré, elle a cru que j’étais du genre à passer mon temps dans les salons de bronzage ! C’est pour dire… Pour la petite histoire, je ne porte jamais de verres fumés non plus. Ça m’emmerde, ces bidules-là et je me dis qu’un iris, ça doit servir à quelque chose, non ?  Donc, si je meurs aveugle et d’un cancer de la peau, ne vous demandez pas pourquoi !

Revenons à nos moutons…

Heureusement, la très longue montée (que plus personne ne court, je tiens à le préciser) se fait dans une partie plus fraiche du parc. Non, je ne sais pas comment ça se fait, mais c’est comme ça ! Une fois dans le sentier, je croise à nouveau mes deux adorables schnauzers. « It’s you again !!! » que je leur lance. Je reçois des aboiements en guise de réponse (les schnauzers ont une légère tendance à être bavards…). Je réussis à caresser le plus brave des deux, échange quelques mots avec les propriétaires, puis me remets en route.

Malgré ce petit intermède joyeux, je sens que je n’avance plus : je suis dans une mauvaise passe. Sentant mon estomac plein, j’ai fait l’erreur de négliger mon apport en gels. J’essaie donc de compenser, en espérant que ça se replace.

Troisième et dernier passage au premier demi-tour. J’avoue que je commence en avoir ras le pompon de ces allers-retours, vivement que ça finisse. Un « tour » de plus et je faisais une demande d’amitié Facebook à la bénévole au sharpie.

À Old Dominion, l’enthousiaste bénévole réussit l’exploit de monter son entrain d’une coche quand il gueule à tout le monde d’ici jusqu’au Capitole que j’en suis à mon dernier passage. La coureuse à côté de moi me demande alors : « Is it really your third pass ? ». Oui madame, et je ne m’en taperai certainement pas un autre !  Au moins, j’aurai réussi à impressionner quelqu’un aujourd’hui…  🙂

Après être passé à côté de la « All American Girl » une dernière fois (elle a perdu son sourire et est maintenant toute « éjarrée » sur sa chaise), j’attaque à fond la caisse la partie technique. Je vole littéralement, laisse sur place plusieurs coureurs. Ça va super bien, ça roule mes affaires, le gel ayant réussi des miracles. En fait, ça va tellement bien que je néglige une racine et en moins de deux, je me retrouve face contre terre.

« Man, are you all right ?» me demande celui que je viens de dépasser. Oui, oui, ça va. J’ai eu la chance de tomber sur de la terre et non des roches. Sauf que j’HAÏS planter après plus de 50 km de course. C’est si dur de se relever… Et pas question que celui qui m’a demandé si ça allait m’aide à me relever, évidemment. Il est reparti devant sans demander son reste. Tu ne perds rien pour attendre, toi…

Je le rejoindrai avant le dernier demi-tour et le laisserai dans mon sillage. Tiens toi !

Sur le chemin me ramenant à Great Falls, j’ai un premier accrochage avec des passants. Alors que le chemin est assez large pour accommoder bien du monde, un troupeau de promeneurs viennent à ma rencontre à 3-4 personnes de large alors que je m’apprête à dépasser une coureuse beaucoup plus lente. Ils s’écartent à peine pour la laisser passer, alors pas de place pour moi. Je m’impatiente et finit par lâcher : « Tassez-vous donc, TABAR… ! ».

Ouais, je commence à être fatigué, je pense…

Great Falls IV (mile 36.0) à Carwood (mile 40.8)

Mes trois boucles sont terminées, ne me reste plus qu’à retourner au départ. À Great Falls, c’est ma dernière chance d’avoir accès à mon drop bag. Comme je m’en doutais, je décide de ne rien changer. Je serais peut-être plus confortable avec mes Montrail, mais le temps perdu pour faire le changement ne pourrait être rattrapé, alors je reste comme je suis.

Sur l’ardoise, il est indiqué que j’en suis rendu à 36.0 miles. Ok, plus que 14, soit un peu plus de 22 kilomètres. Ha, à peine un demi-marathon. 1h30 et ce sera fini !

Je ris intérieurement. Ça ne se passera évidemment pas comme ça. Mais j’ai 5h46 au chrono, alors les 8 heures demeurent dans le domaine du possible.

Je ne sais pas si j’ai mal fait sortir l’air de mon sac d’hydratation, mais toujours est-il que ma mixture de GU Brew n’est pas trop discrète. C’est tout de même pratique pour avertir quand j’approche d’un coureur plus lent (j’en rattraperai beaucoup qui font le 50k). C’est par ce moyen de communication que les deux jeunots qui faisaient la course ensemble sont mis au parfum ce ma présence. La détresse que je lis dans le regard du petit criss d’arrogant à lunettes quand il se retourne pour me voir arriver vaut à elle seule le prix d’entrée. Pis mon jeune, ce n’est pas aussi facile que tantôt ?  Fatigué, peut-être ?  Ça te fait quoi de te faire dépasser par un pépère maigrichon ?  Son style est quelconque, mais tu dois avouer que le bonhomme est plus tough que toi, hein ? N’oublie jamais: « Quebecers are fucking tough ». Mets ça dans ta pipe !

Peu après, les gros obstacles se présentent. Une montée en particulier est très abrupte, me rappelant même Bromont par bouts. Ça commence à être pénible, mais on dirait que ça l’est moins pour moi que pour les autres, car je réussis à rejoindre et dépasser du monde.  Malheureusement, pas beaucoup de participants du 50 miles

Il y en a un qui me dépasse par contre : le meneur du marathon qui passe comme une balle. Il gambade littéralement, sautillant d’un obstacle à l’autre sans ralentir. Il est d’une agilité à couper le souffle, agilité que je n’aurai jamais, et surtout pas avec 6 heures de course dans les jambes. Il sera suivi quelques  minutes plus tard par la première femme du marathon. Une autre qui vient d’une planète dont j’ignorais l’existence…

Carwood (mile 40.8) à Fraiser (mile 43.5)

À Carwood, la fatigue est bien installée. La chaleur et les heures de course font leur effet. Je m’asperge d’eau comme je peux et surtout, remplis mon sac une dernière fois. Je devrai boire beaucoup si je ne veux pas tomber.

C’est là que commence réellement l’interminable retour. Un long single track super beau, mais bon, quand il fait chaud et qu’on est brûlé, on a hâte que ça finisse. Et ça ne finit plus… J’espérais que le Potomac que nous longeons nous apporte un peu de fraicheur, mais non, rien.

Voilà, c’est fait, la souffrance s’est bien installée. Est-elle mentale ou physique ?  Je ne sais plus trop. Plusieurs marchent, je parviens à tenir le coup en ne sachant pas trop comment. À chaque fois que je reprends un coureur, il me lance un « Great job ! » au passage. Great job, ouais…  Si tu savais à quel point je souffre !  Et pourtant, je continue, encore et toujours. C’est dur.

Fraiser (mile 43.5) à Sugarland (mile 49.2)

Peu de temps après la station, j’arrive au ruisseau. Yes !  Je plonge littéralement dedans… ou presque. À quatre pattes par terre, je m’asperge joyeusement un peu partout. Puis, sachant fort bien que c’est la tête qui a le plus d’influence sur comment on se sent, je l’enfonce carrément dans l’eau. Haaaaaaa…

Les coureurs (et particulièrement les coureuses) du 50k admirent la scène de loin, un large sourire leur fendant le visage. Vous devriez essayer, vous verrez bien qui vous dépassera tantôt…

Je suis revigoré. À nouveau, je dévore le sentier. Comme prévu, je rejoins plusieurs personnes du 50k et les dépasse facilement. Puis, peu à peu, la chaleur reprend ses droits. C’est le retour graduel vers l’enfer. Je vérifie mon GPS à tous les 300 mètres, c’est pathétique. J’ai chaud, je n’en peux plus.

La vue du terrain de golf me réjouit un peu : le dernier ravito est proche. Je me permets même de blaguer avec une concurrente à propos du fait qu’on devrait jouer au golf au lieu de se taper un ultra dans une telle fournaise. J’aimais ça, le golf, pourquoi je ne joue plus, donc ?

Finalement, Sugarland, dernière station. À ma Garmin, il y a un peu moins de 77 km d’indiqués. Ok, ce sera à peu près 80 km, les 8 heures sont encore dans le domaine du possible.

Puis, c’est le coup de poing à l’estomac : le bénévole m’informe que je dois faire la loop de 2.2 miles avant de me rendre vers l’arrivée, 1.7 mile plus loin.

WHAT ?!?

Comme dans: « What the fuck ?!? ». Je n’arrive pas à y croire. J’avais bien lu que le parcours faisait 50.9 miles, mais on aurait dit que mon ordinateur mental avait chassé cette donnée. Et comme habituellement le GPS est optimiste (surtout que je m’étais perdu, donc allongé de quelques centaines de mètres), j’aurais dû savoir. Mais j’avais bloqué cette information, comme si en voulant que ça finisse plus vite, ça finirait effectivement plus vite.

Je suis complètement découragé. En plus, tous ceux du 50k que j’ai dépassés n’ont pas à se taper la foutue loop et ils passent tout droit. Je suis en beau fusil. Puis, je vois madame Clark sortir de la loop et me fais une raison : je vais devoir me la taper aussi, que ça me le tente ou non.

Je m’élance donc à contre-cœur sur le petit chemin asphalté. Je croise plein de coureurs du relais marathon, tout pimpants. Certains me dépassent en passant comme des flèches, question de me faire sentir encore plus misérable. I can’t wait for this fucking thing to be over

Je me permettrai de marcher en guise de pause-pipi dans la partie la plus éloignée (et en boucle) de cet aller-retour tellement j’en ai plein les baskets. Et pour la petite histoire, je taperai les 80 kilomètres en 8h01. Si je ne m’étais pas entêté à Sugarland et si je n’avais pas pris du temps pour caresser les chiens, j’aurais fait sous les 8 heures sur 80 km, mais rendu à ce point, je m’en balance complètement.

Après une éternité, je suis enfin de retour à Surgarland. Pour la dernière fois.

Sugarland (mile 49.2) à l’arrivée (mile 50.9)

Cette dernière section est, ho surprise, une pure torture. Par contre, le fait de partager à nouveau le parcours avec les coureurs du 50 km m’encourage car chacun d’eux constitue une cible pour moi : à chaque fois que j’en rejoins un, je me concentre sur le prochain. En serrant les dents.

Ça peut paraitre surprenant, mais les crampes se sont tenues à carreau en cette fin de course. Je me serais attendu à être terrassé à tout moment, mais non. Ha, certaines semblent vouloir se profiler, mais rien de sérieux.

Finalement, j’arrive dans le parc. Et au loin, l’arrivée. J’entends l’annonceur crier mon nom, dans quelques secondes, ce sera fini.

Après 8 heures, 18 minutes et 28 secondes, je traverse la ligne, sous les applaudissements. Enfin…

The North Face Endurance Challenge D.C.: du départ jusqu’à la deuxième boucle

À la veille de l’édition Bear Mountain de la série The North Face Endurance Challenge, je vous présente aujourd’hui le récit de la première partie de celle que j’ai vécue à Washington il y a maintenant deux semaines. 

Départ à Sugarland (mile 4.3)

Le début de course est rapide, très rapide pour un ultra, même si nous évoluons seulement à la lueur des frontales. ce qui devrait théoriquement nous ralentir. C’est ma deuxième expérience d’un départ de nuit et je dois avouer que je ne déteste pas. Voir toutes ces lumières dans la nuit, sentir l’énergie qui se dégage de la troupe, c’est tout simplement magique.

Malgré le fait que tous nos sens soient aux aguets, l’obscurité réussit à cacher plusieurs sections boueuses. Nous essayons de les contourner, mais en vain. J’espère sincèrement que le soleil fera son oeuvre et assèchera ça pour notre retour, dans plusieurs heures. Mais en attendant, un autre ultra qui commence avec les pieds mouillés. Pas moyen de s’en sortir…

1

Jouer dans la boue la nuit, quel plaisir !

Après avoir fait le tour de ce qui semble être un terrain de soccer, nous empruntons un « sentier » asphalté qui s’enfonce dans le bois. C’est la première loop que nous aurons à nous taper. Ils me font rire, les Américains avec leurs loops. Il s’agit en fait d’un aller-retour qui fait 2.2 miles, et qui, il est vrai, est agrémenté d’une petite boucle d’environ 500 mètres de longueur à son point le plus éloigné. Avant même d’atteindre ladite petite boucle, nous croisons les premiers qui sont sur le chemin du retour. Wow !  C’est inévitable, il y aura toujours des Martiens sur les courses auxquelles je participe…

Bon, l’effet de l’eau absorbée avant la course qui commence à se faire sentir. Sauf que le rythme est relativement rapide (facilement sous les 5:00/km, malgré les obstacles) et comme nous sommes en single track dans la mini-boucle, je ne veux pas perdre trop de places au classement et me retrouver coincé. La solution ?  Me laisser aller… en courant. J’ai plusieurs fois tenté l’expérience en marchant, pourquoi ne pas essayer en courant ?

Je m’assure donc d’être dans une section pas trop « risquée », question de ne pas me retrouver face et tuyauterie contre terre et… je vous laisse deviner le reste. Il y a bien des dommages collatéraux sur mes jambes, mais bon, je me dis que dans quelques heures, avec la sueur et la saleté, on n’y pensera même plus.

Sur le retour, on croise les coureurs des autres vagues. C’est assez hallucinant de rencontrer autant de lampes les unes à la suite des autres. Surtout quand lesdites lampes sont transportées par des coureurs inexpérimentés qui se tiennent du mauvais côté du sentier. Heille Chose, tasse-toi donc, bout de v… !

À Sugarland, je crie mon numéro de dossard, avale un verre d’eau puis repars.

Sugarland (mile 4.3) à Fraiser (mile 7.8)

Le parcours nous mène maintenant le long d’un terrain de golf, le Trump National (qui doit être le 3628e aux USA à porter ce nom). Le peloton s’est étiré, mais le rythme imposé par le terrain plat est toujours intense. Pas que je me sente « limite », mais mon ordinateur central me dicte de ralentir, envoyant des signes à mon corps. Sauf que je ne me résous pas à laisser partir les deux qui courent devant moi et je continue à les suivre.

Suit alors la plus belle des démonstrations de la théorie du bétail. Nous aboutissons sur une dizaine de gars arrêtés tout près d’une remise à équipements: ils ne trouvent plus les rubans qui marquent le parcours. Et comme j’ai suivi ceux devant moi qui ont suivi ceux devant eux, et ainsi de suite, on se retrouve à être une gang de perdus. J’entends d’ici Dan DesRosiers aboyer: « Il faut suivre les rubans, pas celui devant vous, bande de … !!! ». Ben oui Dan, je sais, je sais…

C’est donc à environ 15 que nous retournons sur nos pas et heureusement, retrouvons rapidement notre chemin. Pas trop de mal. Ceci a tout de même pour effet de causer un gros regroupement comprenant entre autres celle que je suppose être la première femme.

troupeau

Le troupeau dans la nuit

Nous poursuivons à la queue-leu-leu, toujours à un rythme rapide. Arrive le single track qui longera le Potomac pour nous amener jusqu’au Great Falls Park. Bon, peut-être que ça va finir par finir par se corser. C’est que c’est plat. Désespérément plat comme parcours. Cout’ donc, c’est un ultra, oui ou merde ?

Finalement, après 11 kilomètres de course, une côte digne de ce nom. Enfin !!!  Ça va nous permettre de faire un peu de ménage. Par contre, ma carence en entrainement dans de telles conditions parait et il me semble que je manque de zip dans la montée. Ha, je dépasse bien du monde, mais moins qu’à mon habitude, on dirait…

N’empêche, le troupeau se retrouve dispersé. Avant d’arriver à Fraiser, on doit traverser un ruisseau qui se jette dans le fleuve. Un ti peu embêtant à cette heure hâtive, mais mon petit doigt me dit que je vais l’aimer au retour, quand la température aura grimpé de quelques degrés…

Fraiser (mile 7.8) à Carwood (mile 10.5)

C’est qu’il ne se passe crissement rien ici !  Le single track est super beau, le paysage également. Le lever de soleil est magnifique, mais je n’ai pas tellement l’occasion d’admirer parce que c’est plat et on roule toujours aussi vite. Je garde la première femme en point de mire, elle progresse 2 ou 3 positions devant moi. J’attends les VRAIES montées pour la dépasser. Mais en aura-t-on un jour ?

Carwood (mile 10.5) à Great Falls I (mile 15.3)

Peu après Carwood, l’extase: des côtes !  Hallelujah !

Je profite de la première pour dépasser les quelques gars devant moi et j’ai maintenant la fille dans ma mire. Arrive une grosse montée. Je gagne du terrain, pouce par pouce. Au détour d’un arbre, sentant mon souffle dans son cou (j’exagère juste un petit peu), elle me fait signe de passer. Gotcha !

La descente est technique, mais pas au point où je me fais rejoindre. Le reste de cette section est plutôt vallonné, il passe bien. Je cours seul, personne devant, ceux (et celle) derrière sont à bonne distance. Le bonheur.

Mais c’est quoi ça ?  Des pas derrière ?  Dans une petite descente cucul et pas technique du tout ?  Et qui vois-je apparaitre à mes côtés ?  La fille. Ha ben bout de viarge, je suis en train de me faire chicker !

Pas question de la laisser filer, je me tiens une dizaine de mètres derrière. Elle avance avec une facilité déconcertante, enfilant les petites enjambées avec agilité. Il me semble toutefois que de la manière qu’elle court, elle ne devrait pas aller si vite. En fait, elle n’a pas l’air d’aller vite du tout. Et pourtant…

Puis, continuant de l’observer, je remarque une chose : elle ne transporte rien.  Elle n’a ni veste ou sac d’hydratation, pas de ceinture, pas de bouteille à la main. La seule chose qu’elle transporte est sa frontale. En plus, j’ai remarqué qu’elle ne s’éternisait vraiment pas aux ravitos, bien au contraire. Ma parole, c’est la version femelle de Joan !!!

En arrivant à Great Falls, un monsieur l’attend. Elle lui tend sa frontale. Voilà, elle va courir complètement allège. Et moi qui suis évidemment chargé comme le plus têtu des bourricots. La course est encore jeune, mais je sens que mes chances de terminer devant elle sont très minces.

2

J’arrive à Great Falls

Great Falls I (mile 15.3) à Great Falls II (mile 22.2): la première boucle

J’avale 2-3 verres d’eau et mon ventre criant famine, j’agrippe une banane au passage. Je la bouffe en courant, question d’essayer de ne pas perdre trop de temps et de peut-être espérer garder contact avec celle qui me précède… et qui a évidemment passé la station en coup de vent. Ça ne mange pas ce monde-là ?  Et ça ne boit pas non plus ?  Calv… !

25k

Petite bouffe en quittant Great Falls. Élégant, non ? 😉 Remarquez l’attaque du talon, exactement ce qu’il ne faut pas faire !

Tiens, elle entre aux toilettes. Hé hé, pas facile de pisser en courant, hein ?  😉  Elle est humaine après tout. Mais comment peut-elle avoir envie si elle ne boit pas ?

J’entame la première de trois « boucles », chacune d’elles faisant environ 11 km de longueur. En fait il s’agit plus d’une série d’allers-retours qu’autre chose. Ici, la force mentale va être durement mise à l’épreuve. Se taper ça trois fois, ça risque d’être assez pénible merci. J’appréhende particulièrement le troisième « tour ».

ParkLoop

La fameuse « boucle ». Nous arrivons au parc à la station marquée d’une croix tout en haut de l’image. Il faut ensuite se taper le chemin en suivant l’ordre indiqué par les bulles chiffrées. À faire trois fois, puis prendre un rendez-vous chez un psy.

Ladite « boucle » débute par une longue montée sur un chemin de terre. Elle est très longue, même. Et juste pour écoeurer, elle a l’inclinaison parfaite pour me faire hésiter : je la marche ou je la cours ?  Mon instinct me dit de la marcher, question de conserver de l’énergie. Mais longue de même, je risque de perdre pas mal de temps si je la marche au complet. Hum…

Je me résous à marcher. J’entends rapidement des pas derrière moi : c’est Madame qui monte à la course. Arrivée à ma hauteur, je lui glisse : « There you are ! ». « Yeah, had to make a pit stop ! ». Voilà, ce seront les seuls mots que nous échangerons. Elle poursuit son petit bonhomme de chemin, s’éloignant tranquillement. Je m’impatiente et me mets à alterner course et marche.

À une intersection, une bénévole nous indique le chemin à suivre. Une « All American Girl », blonde aux yeux bleus comme on en voit beaucoup au sud de la frontière. Elle est tout sourire et nous encourage.

J’aboutis sur des sentiers de type Mont St-Bruno: larges, pas vraiment techniques. Presque immédiatement, des coureurs arrivent en sens inverse: ils ont déjà fait leur premier demi-tour et se dirigent vers la station Old Dominion. On échange les encouragements, les « Great job ! » fusent de partout. Je compte ceux que je croise, question d’avoir une idée de ma position, mais rendu à 20, j’arrête de compter. Ok, j’ai compris, je suis loin derrière. En plus, qui me dit que j’ai croisé tous ceux qui me précèdent ?

Après une bonne descente, le sentier nous amène au premier demi-tour (celui qui suit le chiffre 4 sur le plan), où une bénévole armée d’un sharpie attend. En fait, elle n’attend pas vraiment parce que le flux des coureurs est plutôt continu. Quand arrive mon tour, elle coche la première des petites cases prévues à cet effet sur mon dossard. Il en sera ainsi à chaque demi-tour et à chaque passage à Great Falls.

À mon tour de partir en sens inverse et de croiser des coureurs plus lents. Je porte mon attention sur le non-verbal et je vois que plusieurs commencent déjà à souffrir. Il y en a un par contre qui semble être au-dessus de ses affaires, mais le con, pourquoi court-il à côté de son partner ?  Mais ma parole, c’est Dean !  Il court vraiment avec nous !

« Hey Dean ! » que je lui lance. « Good morning ! » qu’il me répond avec un large sourire. Il a la réputation d’être très porté sur l’auto-promotion (ce qui est vrai), mais il a vraiment l’air sympathique.

Dean3

Le sympathique et un peu controversé Dean Karnazes

Nouveau passage devant la « All American Girl », direction Old Dominion I. Encore des sentiers larges et ondulés, c’est super plaisant. Autre intersection, autre « All American Girl » pour nous indiquer le chemin à suivre. Décidément… Des brunettes, vous connaissez ?

À Old Dominion (voir croix de sur la gauche de l’image, après la bulle numéro 5), le bénévole au sharpie est d’un enthousiasme contagieux. Il gueule littéralement mon numéro (habituellement, c’est nous qui devons le faire) en marquant mon dossard, puis me dit tout doucement que je dois me rendre au ravito puis repartir en sens inverse.

Au ravito, un gars est en position « squat ». Problème de crampes, mon ami ?  Et que dire de l’autre qui est plié en deux, les mains sur les genoux. Quand j’arrive à sa hauteur, il laisse sortir au superbe jet de sa bouche. Excusez mon impertinence, mais après 31 km, je trouve le timing un peu bizarre. Ça ne peut pas être son déjeuner, il doit être digéré depuis le temps. Le système digestif qui fait des siennes ?  Si tôt dans la course ?  Nah…  Il est peut-être tout simplement malade. En tout cas, il risque de trouver le reste de la course un tantinet long…

De mon côté, je dois remplir mon réservoir… avec toutes les complications que ça implique. Heureusement, les bénévoles sont toujours d’une aide extrêmement précieuse dans ces courses-là. Seul, je n’y arriverais pas, surtout avec mes maudites mains pleines de pouces !

La prochaine petite section emprunte un sentier single track style rock garden pas déplaisante du tout. Ça fait changement des sentiers du type autoroute. Bon, évidemment, je me fais laisser sur place par des gens qui ont des habiletés que je ne possède pas, mais je ne m’en fais pas, j’aurai bien la chance de me reprendre.

Au sortir de la section, on nous dirige vers l’autre demi-tour (celui qui suit la bulle numéro 8). Chemin faisant, je croise moins de coureurs que précédemment: le groupe des meneurs s’est dispersé. Je remarque que Madame a pris pas mal d’avance sur moi, mais on sait bien, elle n’a pas besoin d’arrêter pour boire et manger, ELLE !

Qui dit demi-tour dit : bénévole avec un sharpie. Derrière elle, un cône orange. Je me dis que « légalement », je suis supposé en faire le tour, non ?  Je me dirige donc vers ledit cône et en fait le tour en exagérant mes mouvements. Le coureur qui me suit semble me trouver comique. Faut bien s’amuser…

Le chemin nous ramenant à Great Falls passe par une autre section très technique. Ça n’empêche pas un gars de me rejoindre et de me dépasser comme si j’étais un vulgaire piquet de clôture. Bon, je sais que je suis maigre comme un piquet, mais est-ce une raison de me le rappeler de façon si brutale ?!?

C’est qui ce gars-là, au juste ?  Le meneur ?  Est-ce qu’il est possible que le meneur ait déjà un plein tour (11 km) d’avance sur moi ?   Ben voyons, ça ne se peut pas !

(Pour la petite histoire, ce n’était pas le meneur, ni l’un des autres membres du podium. Je n’ai aucune idée de qui il s’agissait !)

Great Falls II (mile 22.2) à Great Falls III (mile 29.1): la deuxième boucle

La nature du parcours fait qu’à partir de maintenant, je n’aurai plus aucune espèce d’idée de ce qui se passe dans la course. En effet, en plus du va-et-vient des coureurs du 50 miles, ceux du 50k sont venus s’ajouter. Je croise du monde, j’en dépasse. Suis-je en train de gagner des places ?  Il faudrait que je regarde la couleur du dossard à chaque fois pour savoir, et bon, je trouve que ça fait un peu baveux.

deuxiemeBoucle

Avec des participantes de la course de 50 kilomètres.

Comme je n’ai plus vraiment de repères, je décide de faire ma course et au diable les autres !  Je me fais donc la longue montée à la marche, me disant que si je me sens super fort tantôt, je la ferai en courant. Mais c’est drôle, j’ai comme un certain doute que ça n’arrivera pas…

En me dirigeant vers le demi-tour, je croise deux gars que je rencontre depuis un petit bout. Ils sont sur le 50 miles et ils font leurs smattes en jasant pendant qu’ils courent. Jeune trentaine, l’un des deux, celui qui porte des lunettes, a un de ces petits maudits sourires arrogants… Jamais de mot d’encouragement quand on se voit, juste le petit sourire qui nous donne juste envie de mettre notre poing dedans. Hé bien, je ne sais pas si je me fais des illusions, mais on dirait que je leur reprends un petit peu de terrain à chaque demi-tour…

Comme je reviens sur mes pas, je regarde mon GPS. Le marathon approche et je suis bien curieux de voir si je peux descendre sous les 4 heures. Hum, avec cette côte-là, peut-être que non… Petite accélération juste au cas où, puis, à 42.2 km pile sur mon GPS, le temps affiché est de 3:59:53. Quand même, il y a des gens qui rêvent d’atteindre ce plateau sur la route, en terrain plat et moi j’ai réussi à le faire dans le cadre d’un ultra. Pas si pire, non ?  😉  C’est la preuve que le parcours n’est pas tellement difficile et c’est de bon augure pour faire sous les 8 heures.

Depuis un petit bout, les gens dits « normaux » commencent à arriver dans le parc. Et comme les Américains savent vivre quand ils sont propriétaires d’un chien, ils ont le droit de l’amener dans les parcs. Quel chien ne rêverait pas de se promener ici ?

Toujours est-il que je croise un couple dans la cinquantaine avec deux schnauzers miniatures quasi-identiques à notre Charlotte qui n’a pas fait le voyage avec nous. Au moment même où leurs maîtres les tirent par leur laisse afin de me laisser le passage, je m’arrête et m’écrie : « Ho, you’re soooo cuuuuute ! » en tendant les mains. Les maîtres semblent surpris de voir quelqu’un en pleine compétition prendre la peine de s’arrêter pour flatter leurs chiens. Ben c’est aussi ça, un ultra: on prend le temps de vivre. Malheureusement, ces représentants de la race canine ne sont pas aussi affectueux que celle que j’ai à la maison et ça me prendrait un peu de temps pour les amadouer. Temps que je n’ai pas, vu que comme dirait l’autre, j’ai tout de même une course à terminer.

À Old Dominion II, toujours le même accueil enthousiaste par le bénévole au sharpie. Aux tables, on me demande si ça va toujours. Je réponds que oui, mais qu’il commence à faire chaud. « That’s why you have to finish as soon as possible ! ». Yeah right. Facile à dire. J’aimerais bien t’y voir, Chose !

La section technique qui suit  passe mieux que la première fois, je me permets même de dépasser du monde. Direction deuxième demi-tour maintenant. Quand je croise la Joan femelle, je regarde mon chrono. 3 minutes plus tard, j’arrive au demi-tour. Elle a donc au moins 6 minutes d’avance sur moi, probablement plus car la majeure partie du trajet depuis que je l’ai croisée était en descente. Merde, à moins d’une défaillance, je ne la rejoindrai définitivement pas.

christina

Christina Clark, la « Joan femelle ». Elle m’en aura fait baver, mais je me consolerai en me disant qu’elle terminera 70 pleines minutes en avant de la deuxième femme.

La traversée de la section technique nous ramenant à Great Falls est compliquée par la présence de promeneurs et de coureurs du 50k, mais bon, je prends mon mal en patience et en profite pour me reposer. Car oui, la fatigue commence à se faire sentir.

The North Face Endurance Challenge, DC: l’avant-course

« It seems a little bit unfair to me ! »

Le douanier avait une bouille sympathique, j’ai tout de même sorti mon arme favorite avec lui pour finir de l’amadouer: faire une blague sur les femmes et le magasinage, ce concept qui semble universel. Donc, à la question « Why are you going to Washington », j’avais répondu « I will run a 50-mile foot race and my wife will do some shopping ». D’où la boutade accompagnée d’un sourire. 30 secondes plus tard, nous reprenions la route. Et le pire, c’est que ma douce moitié n’est vraiment pas portée sur le magasinage, mais ça, comment pouvait-il le savoir ?

Se rendre à Washington par la route, c’est long. Mais nous avons été relativement chanceux : aucune entrave routière avant d’atteindre sa banlieue, où la circulation est tout simplement infernale, malgré les 4 à 5 voies de l’autoroute de contournement.

Hier, j’ai fait du repérage pour bien évaluer le temps nécessaire pour me rendre aux navettes. J’ai ensuite pris possession de mon dossard dans une des deux boutiques The North Face où on pouvait le faire (est-ce que deux exemplaires de chaque dossard ont été produits ?  On dirait bien que oui…). Le reste de la journée, je l’ai passée à faire exactement ce qu’il ne faut pas faire la veille d’une course soit visiter la ville en marchant pendant de longues heures et prendre une bonne bière au dîner. Tout ça par une belle journée chaude.

Je ne suis pas allé assister au briefing des coureurs du directeur de course et aux conférences données par Jordan McDougal, multiple vainqueur ici et à Bear Mountain, et l’incontournable (lors des événements The North Face en tout cas) Dean Karnazes. La raison ?  Ça avait lieu à la boutique de Georgetown, qui est située en ville tout en étant loin des stations de métro (bizarre, je sais). En plus, ça commençait à 18h30 (donc 19h – 19h30). Non mais, c’est quoi l’idée de donner des conférences à peine quelques heures avant le moment où on doit se lever ?  Ils ne dorment pas, ces gens-là ?

La nuit a tout de même été très courte, mais je ne me fais pas de souci. Non, ce qui me commence à me faire paniquer à ce moment-ci, alors que je suis dans un « quartier » qui m’est totalement inconnu situé dans une banlieue anonyme de la Virginie, c’est que je ne vois pas l’ombre de ce qui pourrait ressembler à un endroit de départ de navettes.

Mon GPS m’a amené ici, ça semble être la bonne adresse. Or, je fais le tour des différents bâtiments abritant des bureaux et je ne vois ni autobus, ni toilette, ni indication, ni attroupement. Rien. Rien de rien.

Je fais quoi ?  Il est 3 heures, la course débute à 5. Je n’ai aucune carte de la ville, je n’ai pas amené le guide de course qui pourrait m’indiquer d’autres endroits que je pourrais chercher, dont le parc où sera donné le départ. L’appart que nous avons loué est à 30 minutes, j’aurais le temps d’aller chercher ces infos. Qu’est-ce que je fais : je retourne ou je continue à tourner en rond ?  Je dois me décider. Vite.

Finalement, alors que mon rythme cardiaque commence à augmenter dangereusement, un miracle se produit : j’aperçois des autobus jaunes et un petit groupe de personnes. Eureka !

Après une petite ride tranquille en autobus, nous arrivons dans ce qui semble être un joli parc familial sur les bords du Potomac. Je dis bien « semble » parce que vu qu’il fait noir, on n’y voit pas grand-chose.

En fait, on voit une affaire : The North Face. Ils réussissent à rendre « big » un événement de course en sentiers, avec la musique, l’animation, les kiosques. Ha, il y a bien ces choses-là ailleurs aussi, mais on dirait qu’ici, c’est bigger.

Il fait humide et tout de même assez frais, au point où je dois enfiler un t-shirt à manches longues en plus de mon imperméable jetable en attendant le départ. J’envisagerai même d’amorcer la course avec mes arm warmers, malgré la chaleur annoncée.

Parlons-en, de la chaleur. J’en ai fait mention ad nauseam, l’hiver a été atrocement froid au Québec. Environ 25 journées sous les -20 degrés, du jamais vu. J’ai tout de même couru, beaucoup couru, dont un « record » personnel de 484 kilomètres en mars. Mais jamais à la chaleur. Mon corps n’y est donc tout simplement plus adapté, bien au contraire. Les 26-27 degrés prévus ne sont donc pas pour me rassurer…

Ajoutez à ça aucune sortie en sentiers depuis Bromont et très peu de côtes (mises à part les routes dans la campagne des Cantons de l’Est) et ça devrait donner un gars qui n’est pas trop trop rassuré avant de prendre le départ de son premier ultra à être couru au sortir de l’hiver. Disons que ça va me changer de Boston où j’étais ces deux dernières années à pareille date.

Et pourtant, je me sens calme. Confiant même. Je regarde les autres, de véritables paquets de nerfs et j’ai envie de rire. Les nerfs, les boys, on en a pour des heures et des heures, ça ne donne absolument rien de s’énerver. Ce sentiment de vieux lion qui en a vu d’autres, je commence l’apprécier de plus en plus.

En observant le monde autour, je remarque une autre chose: c’est le paradis des Hoka. Personnellement, je ne cours pas minimaliste. J’aimerais bien, mais ma technique de course ne me le permet vraiment pas et bon, bien que j’essaie de la modifier, les derniers essais m’ont laissé avec une blessure au tendon d’Achille qui ne finit plus de finir de guérir, alors je continue de courir avec des souliers offrant un certain coussinage. Mais jamais je n’irais jusqu’à courir avec des machins comme ça !  La semelle est tellement épaisse qu’on dirait qu’il s’agit de souliers plate-forme. Ça doit être pesant et encombrant, non ?  En tout cas, le look « coureuse » que je trouve habituellement très reposant pour la vue en prend pour son rhume quand il est altéré par de telles échasses…

Après une longue attente, je laisse mes sacs en consigne et me dirige vers la ligne de départ car je fais partie de la première vague (ne me demandez pas comment ils ont déterminé ça, je n’en ai aucune idée). Le directeur de course nous donne ses dernières instructions, je retiens surtout celle concernant les serpents. Hein, des serpents ici ?  Quel genre de serpents ?  Des petites couleuvres moumounes ou des serpents à sonnette ?  Pas des foutus des mambas noirs toujours ? Bah, connaissant le goût prononcé de nos voisins du Sud pour l’exagération, ça doit être la version couleuvre qui nous attend. De toute façon, avec 300 personnes qui feront trembler le sol, les serpents devraient nous laisser le chemin libre.

Puis, il nous présente Dean en nous énumérant ses différents exploits pour ensuite nous faire part de son défi pour 2016: faire un marathon dans chaque pays membre des Nations Unies. Ouais, 198 marathons dans autant de pays la même année ! Vous vous imaginez la logistique ?  Et combien ça va coûter ?  Sapré Dean, on ne le changera pas !

Toujours est-il que c’est lui qui empoigne le micro pour nous donner un dernier pep-talk avant de se joindre à nous pour la course. Ça me fait bizarre de voir et entendre le célèbre Ultramaratonman dans un contexte plutôt intimiste, dans l’obscurité, entouré d’environ 400 personnes. Je n’écoute pas vraiment ce qu’il dit, sauf quand il demande combien parmi nous n’ont jamais fait un 50 miles. Constatant qu’environ 50% des coureurs de la première vague lèvent la main, j’ai un petit sourire et me dit: « Vous allez vous amuser ».

Quand l’horloge située près de la ligne affichera 5:00:00, le départ sera donné. J’ai hâte.

WHAT ?!?

Dernière station d’aide, plus que 3 kilomètre à faire. Ou du moins, c’est ce que je crois… Le bénévole m’annonce que je dois me taper la foutue « boucle » (ce n’est pas une boucle, c’est un aller-retour, bout de viarge !) de 2.2 miles avant de pouvoir retourner au départ-arrivée, 1.7 miles plus loin. Le soleil de plomb me tape sur la tête depuis des heures et j’ai juste envie d’en finir au plus sacrant, alors la Bonne Nouvelle qu’il m’annonce  a l’effet d’un coup de poing. Le « WHAT ?!? » que je lâche à ce moment-là est plus que senti.

C’est beaucoup plus tard, alors que la ligne d’arrivée a été franchie depuis un bon bout de temps qu’exactement le même mot sort de ma bouche. Mon temps final de 8:18:28 ne m’impressionnant guère pour ce type de parcours, je ne m’attendais pas à des miracles côté classement. Un top 20 peut-être ?

Quand j’ai vu que j’avais terminé 9e, c’est sorti tout seul: « WHAT ?!? ».

Ha les préjugés…

Je tourne ici ou pas ?  Cet escalier, il faut que je le monte, non ?  À moins que je doive passer tout droit ?  Je ne sais plus…

Ça y est, je suis encore perdu. Le pire, c’est que je ne suis même pas dans le bois, en pleine nuit, avec une centaine de kilomètres dans les jambes. Au moins, ça me donnerait une bonne raison. Mais non, pas du tout. Je suis dans une école secondaire et comme ceux que j’appelais « les vieux » jadis, je suis totalement incapable de me retrouver. C’est tellement plaisant de me faire rappeler si gentiment que le vieux, aujourd’hui, c’est moi…

Si au moins j’étais en train de chercher un adolescent ou un prof dans le labyrinthe que représente pour moi cette polyvalente, j’aurais une bonne raison d’être perdu, mais ce n’est pas ça. Je suis en train de courir dans les corridors de l’école avec les jeunes qui s’entrainent en vue du Grand Défi Pierre Lavoie au secondaire et comme de raison, même si c’est la deuxième fois que je viens ici, je n’arrive toujours pas à me faire une image du parcours à effectuer dans ma tête. « C’est par ici, monsieur ! ». Pour la 100e fois, un élève me ramène dans le droit chemin.

On entend souvent des commentaires négatifs sur la génération qui pousse. Ils seraient supposément paresseux, ils passeraient leur temps le nez collé sur leur cell, ne penseraient qu’à updater leur statut sur les réseaux sociaux, ils se foutraient de tout, bla bla bla…

Hé bien depuis que j’ai assisté à la conférence que Joan leur a présentée, ces jeunes-là ne cessent de me prouver que tout ça, ce ne sont que des préjugés. Tout d’abord, à ladite conférence, ils ont écouté attentivement et ont posé un large éventail de questions démontrant hors de tout doute leur intérêt. Puis il y a deux semaines, quand Réjean, le prof responsable, m’a présenté au groupe, ils m’ont accueilli avec une belle main d’applaudissements.

J’ai demandé ce que je pourrais faire pour aider. La réponse de Réjean: « Juste courir avec eux. » Ouais, bon, un lendemain de longue sortie, ce n’était pas l’idéal, mais je n’étais pas pour choker, alors je me suis dit que j’allais faire ce que je sais faire de mieux (ou à peu près): courir. Ce jour-là,  j’ai laissé partir le plus rapide, une véritable fusée qui a beaucoup de potentiel, pour accompagner les 2-3 autres plus forts. Pas expansif de nature, je n’ai pas beaucoup jasé, juste suivi. Je me suis dit que je les laisserais me parler s’ils en avaient envie.  Ce qui fait que j’ai eu la chance d’échanger avec Thomas, un jeune homme qui présente une belle maturité. Après l’entrainement, il avait une pratique de soccer. Paresseux les jeunes, vous dites ?

À la fin, ça s’est terminé par des high fives et des accolades. Ils avaient compris une chose que les sprinteurs se comprendront jamais: c’est dans le dépassement de soi qu’on trouve la satisfaction. Ce qui est important, ce n’est pas être meilleur que les autres et de les vaincre, mais être fier de ce qu’on accomplit et heureux de voir les autres en faire autant.

Toujours est-il que la semaine dernière, quand j’y suis retourné, j’avais fait un 50 kilomètres la veille, alors j’ai plutôt décidé d’embarquer dans le milieu du peloton, question de prendre ça relaxe. Après 5 minutes, plusieurs ont commencé à profiter de la partie cachée du parcours pour marcher (avouez qu’à leur âge, vous faisiez la même chose !), alors je me suis souvent retrouvé seul… sans jamais savoir quel escalier ou quel couloir emprunter. J’étais tout simplement pathétique. Mais ça m’a permis d’être aux premières loges pour les observer. Bien que plusieurs marchaient, d’autres n’ont jamais arrêté, poursuivant leur chemin avec une belle régularité tout en suivant les consignes données au préalable par leur prof. Quand je les dépassais, je tâchais de les féliciter pour leur ténacité. C’était la moindre des choses que je pouvais faire.

Je sais, je ne suis pas objectif quand on parle du monde l’enseignement. Mes parents étaient enseignants, j’ai plusieurs amis qui sont dans le domaine. Je sais ce qu’ils vivent. Ces gens ont un point en commun: ils ont à coeur la réussite de leurs élèves et ne comptent pas leur temps. Les profs ne pas obligés de faire ce qu’il font pour les jeunes après l’école. Ils ne le feraient pas et seraient payés exactement le même prix. Pourtant ils sont là à les encourager, à courir avec eux, à prendre soin de ceux qui se blessent ou qui ont des malaises. Ils se font de la bile à longueur d’année pour ceux qui vivent des situations difficiles à la maison, qui ne mangent pas à leur faim, qui ont des problèmes de coeur ou avec d’autres jeunes. Ils ne sont pas seulement prêts à « sacrifier » une fin de semaine avec eux pour continuer à jouer aux profs au Grand Défi Pierre Lavoie, ils ont hâte de le faire.

Il n’y a pas de mots pour décrire l’admiration que j’ai pour eux. Je trouve tellement dommage que tant de gens ne se rendent pas compte de tout ce qu’ils font pour leurs enfants…

Je m’étais pourtant promis…

J’y ai ressenti ma première grande fierté de ma jeune « carrière » de coureur en franchissant sa ligne d’arrivée pour la première fois, du temps qu’il se terminait dans le Stade olympique. Il m’a aussi fait souffrir comme jamais je n’ai souffert. Son horrible rue des Carrières, son interminable rue Rachel, sa « diabolique » (façon de parler) côte Pie IX où, la dernière fois, j’ai même crû que j’allais mourir.

Pour moi, le Marathon de Montréal faisait partie du passé. Bien que très « pratique » car il se déroule tout près de la maison, j’avais décidé de lui tourner définitivement le dos. Après 5 participations, j’avais donné. Je le trouvais prétentieux avec son nombre de coureurs gonflé artificiellement et sa nouvelle organisation, carrément incompétente et seulement intéressée à faire de l’argent. Les nombreux ratés de l’édition 2013 m’avaient convaincu: plus jamais ils ne me reverraient. Je n’allais pas certainement « gaspiller » une autre course en automne pour faire celle-là.

Mais bon, l’eau a coulé sous les ponts depuis. Il semblerait que l’organisation ait appris de ses (nombreuses) erreurs de l’année précédente pour offrir, malgré la chaleur, un événement de qualité en 2014. Et surtout, j’avais une promesse à tenir…

En effet, quand mon ami Sylvain a commencé à me parler qu’il songeait peut-être à envisager une éventuelle (vous voyez le genre) participation à un marathon, j’ai fait un Pat de moi et ai sauté sur l’occasion pour le convaincre qu’il était prêt. Et comme argument de vente, je lui ai dit que s’il le voulait, je serais avec lui pour cette première expérience… en autant que ça ne se fasse pas à l’autre bout du monde. Il faut croire qu’il est maso sur les bords parce que je ne sais pas si ça a pris une demi-heure avant que je reçoive un courriel me confirmant son inscription… à notre marathon local.

Oups, je ne pensais pas que ça se ferait si vite !  J’ai donc fait honneur à ma parole et me suis inscrit à mon tour. Bah, il y a juste les fous qui ne changent pas d’idée… surtout quand on le fait pour un ami.

D’ici là, je me suis donné comme mission d’aller reconnaitre la partie du parcours que je ne connais pas, soit la deuxième moitié qui est complètement différente de l’ancienne. J’espère seulement une chose: qu’elle soit moins déprimante !  Car, bien que plusieurs coureurs retenaient les côtes de l’ancien parcours comme difficulté principale, je suis persuadé que l’environnement dans lequel nous devions évoluer le rendait bien plus difficile à traverser que les petites buttes qui n’avaient rien à voir avec la Heartbreak Hill. Des viaducs décrépis, des immeubles abandonnés, d’interminables sections sans voir le moindre spectateur ou pire, en voir un ou deux seulement… Ça, il fallait être fait fort !

Je vous en redonne des nouvelles en septembre. 🙂

Et elles couraient encore

Mon dernier billet à propos d’une rencontre qui aurait pu avoir des conséquences très désagréables a suscité plusieurs réactions auprès de mes lecteurs, réactions amusées pour la plupart.

Ce que les gens ignorent, c’est que c’était loin d’être la première fois que je croisais une belle petite bête décorée d’une ligne blanche sur le dos, bien au contraire. Il m’est arrivé à plusieurs reprises de le faire (dont un spécimen king size aperçu au désormais célèbre parc Marie-Victorin de Longueuil là où, tout comme Yves Boisvert, je n’avais aucune espèce d’idée de ce qui pouvait s’y passer derrière les buissons), mais c’était la première fois qu’elles se dirigeaient vers moi.

D’ailleurs, dès le lendemain, ce ne sont pas une, ni même deux ou trois, mais bien quatre admirables skunks avec qui j’ai eu la « chance » de partager la route cyclable de la voie maritime. Je ne sais pas ce qui se passe ces temps-ci, mais ils sont de sortie !

Je me rendais donc au travail en empruntant « illégalement » cette voie (elle est encore officiellement fermée à ce temps-ci de l’année) quand j’ai aperçu une première moufette qui gambadait elle aussi en direction de la ville. Prenant bien soin de me tenir de l’autre côté du chemin, je l’ai suivie à distance. Mais à un moment donné, j’ai commencé à m’impatienter. Ça ne court pas vite vite, ces petites bêtes-là… C’est que j’avais une réunion ce matin-là et bon, je ne me voyais pas tellement évoquer l’excuse-skunks pour expliquer mon retard (quoi que ç’aurait été plus original que « le chien a mangé mon devoir » ou un de ses équivalents adultes que sont « mon cadran n’a pas sonné » et « j’ai eu des problèmes avec mon char », sans oublier le grand classique «j’ai été pogné dans le trafic»).

J’ai donc pris une grande respiration et bien que je n’avais aucunement envie de faire des intervalles ou du fartlek ce matin-là, je me suis lancé dans un sprint à fond la caisse pour la dépasser, n’osant pas lui jeter un regard au passage, question d’éviter de conjurer le sort. Qu’est-ce qui s’est passé ? Rien. Aucun arrosage et si je me fie à mon nez, il n’y en a pas eu suite mon action non plus. Ouf !

Confiant (je dirais même borderline arrogant), j’ai eu à répéter le même manège à deux reprises avant d’arriver au pont Champlain , la quatrième petite bête ayant quant à elle décidé de trouver le salut dans la fuite vers les bois avant même mon arrivée à sa hauteur. J’avoue que celle qui s’est arrêtée pour me fixer alors que j’étais encore derrière elle m’a un peu fait peur et j’ai eu une petite pensée pour les conséquences d’un arrosage en règle. Mais, comme une partie du lobe frontal de mon cerveau n’est probablement pas encore assez développée, j’ai foncé et ça a passé.

J’ai toutefois eu la vague impression que j’étirais un tantinet ma chance…

Elles couraient !

Petite sortie de récup de 10 km avant d’aller travailler. J’adore cette addition que j’ai faite l’an passé lorsque j’ai décidé d’essayer de passer de 4 à 5 sorties par semaine. Je me suis dit qu’en faire une « petite » en mode relaxe, ce serait une bonne façon d’ajouter des kilomètres à mon total hebdomadaire sans pour autant me surcharger. Disons que jusqu’à maintenant, l’expérience est positive.

Toujours est-il que ce matin, je courais sans me presser vers notre incontournable Récré-O-Parc en empruntant la piste cyclable qui est maintenant totalement sur le bitume gracieuseté des températures très clémentes des derniers jours. Tradition oblige, je combattais un vent qui soufflait avec une vigueur toute montérégienne, rendant cette partie de mon parcours moins « relaxe », mais bon, je faisais avec.

Devant, j’aperçus une petite bête. Puis une deuxième. À la lueur de ma frontale, j’ai rapidement identifié de quelle espèce elles faisaient partie. Vous savez, les petites bêtes noires avec deux lignes blanches sur le dos…

Elles se dirigeaient vers moi. Rapidement. Ma parole, elles allaient vite. Très vite, même. Elles couraient ! Jamais vu une moufette qui court de ma vie et là, il y en avait deux qui le faisaient en se dirigeant vers moi !

Mon cerveau analysa se qui se passait. À cause du fort vent, elles ne m’avaient sans doute pas entendu arriver et probablement qu’elles n’avaient pas senti ma présence non plus. Quant à ma frontale, ben, heu… Peut-être qu’elle ne se fient pas trop à leurs yeux ?  Je le sais-tu moi ?  Je n’étais tout de même pas pour leur demander !

La piste étant bordée des deux côtés par des bancs de neige, il nous serait impossible de nous croiser tout en conservant la distance minimale pour m’éviter un arrosage. Je n’ai donc fait ni une, ni deux, et me suis garroché dans la neige friable pour tenter de rejoindre le plus rapidement possible le chemin qu’empruntent les voitures pour se rendre au parc. Vous n’avez jamais vu un gars se dépêcher de même en courant/rampant dans la neige !

Une fois la petite frousse passée, j’ai poursuivi ma route en souriant à l’idée de ce qui me serait arrivé s’il avait fallu que je sois victime du mécanisme de défense diabolique de ces si jolies créatures. Une fois mon tour du parc complété, sur le chemin du retour, j’ai machinalement emprunté la piste cyclable, sans trop y penser.

Erreur. Autre face à face, mais au moins cette fois-ci, madame (pourquoi suppose-t-on toujours que c’est une femelle ?) s’est rendu compte de ma présence et a rebroussé chemin. J’ai tout de même pris la décision de ne pas poursuivre sur la piste cyclable et de retourner par où j’étais arrivé.

Pour tomber sur quoi ?  Sur l’autre. Calv… !  Pas moyen de courir en paix ici ?  Finalement, des -15 degrés, ça n’a pas que des inconvénients… La largeur du chemin me laissant assez d’espace pour éviter une confrontation directe, j’ai réussi à franchir ce dernier obstacle et arriver chez moi indemne.

Petite sortie relaxe, je disais ?

Google Map inside – encore

Coup d’œil à ma Garmin : déjà 36 kilomètres de parcourus, la plus longue distance que j’ai faite depuis Bromont. Je suis dans le rang des Chutes, à l’intersection du 5e rang, celui qui représente le chemin le plus court pour m’amener à mon point de départ/arrivée, la maison de mes parents

Il y a un petit hic cependant : ledit rang n’est pas déblayé en hiver. Je sais, il y a juste en campagne qu’on voit ça… Par contre, des motoneigistes l’ont emprunté à profusion pour aller rejoindre la piste balisée, alors il devrait être praticable. Je dis bien : devrait. Que faire ? Si je passe par là, j’en ai pour 3 kilomètres, peut-être 3.5. Par la route, ce ne serait pas tellement plus long, mais tellement moins agréable…

Bah, me disant que je suis là pour m’amuser, je me lance sur la neige tapée par les machines bruyantes. Il faut bien que ça ait une certaine utilité, ces machins-là. Finalement, ça ne va pas si mal. Ça cale à certains endroits, ça glisse un peu, mais rien pour justifier de me taper la 161. Comme je commence à apercevoir les fermes qui longent la route 216, une motoneige semble vouloir se diriger vers moi. Je me tasse donc du chemin… pour m’enfoncer jusqu’aux genoux dans la neige folle.

Sauf que le conducteur tourne sur sa gauche pour poursuivre dans la piste balisée. Merde, il n’aurait pas pu m’avertir ? Ça m’aurait évité quelques kilos de neige dans les chaussures ! Enfin, ce n’est pas la fin du monde.

Puis je le vois reculer pour revenir à la fourche. Tiens, ça recule ces patentes-là ? Ha ben, on en apprend à tous les jours… Je m’attends à ce qu’il me dise que je n’ai pas d’affaire là, que c’est dangereux, etc. Je m’apprête à lui servir un paquet d’excuses, prépare mon discours à l’avance et tout le kit, mais ce n’est pas de ça dont il veut causer.

« Est-ce que je peux me rendre à Warwick en continuant là-dessus ? »

Bon, ça recommence : l’effet « Google Maps inside ». Il y a 30 secondes, j’ignorais que les motoneiges pouvaient reculer, comment voulez-vous que je sache où mènent les pistes ? De toute façon, est-ce que j’ai l’air d’un gars qui a déjà embarqué sur un ski-doo ?

Je me mets donc en frais de lui expliquer mon ignorance sur le sujet, vu que le plus long que j’ai fait sur une piste dans ma vie, hé bien je viens de le faire… sur mes deux pattes ! Il a l’air tout étonné qu’un gars qui se promène à pied dans un tel coin perdu puisse ignorer une chose pourtant si basic. Hé oui, mon bonhomme, ça se peut que je n’en aie rien à cirer des pistes de motoneige. Que veux-tu, il y a du monde comme ça sur cette terre. Oui, oui, ça se peut !

Je lui propose alors de se rendre au village de St-Adrien où on pourrait peut-être le renseigner. « Est-ce que c’est loin ? ». 5 ou 6 kilomètre environ. Tu sais c’est quoi, des kilomètres ou je dois traduire en milles ?!? À moins de retourner à Ham Nord, d’où il arrive, c’est à peu près la même distance. Il a l’air découragé. Bout de viarge, ça va lui prendre moins de 5 minutes, le cul bien installé sur son ski-doo où il a juste à virer une poignée pour avancer et ça le décourage ? Calv…  Il a fini par poursuivre sa route, puis je l’ai vu passer dans l’autre sens quelques minutes plus tard. Une semaine plus tard, je me demande encore s’il a trouvé son chemin.

Pendant que je terminais ma course, je me suis mis à songer à ça: est-ce qu’il m’arrive de demander à quelqu’un qui chevauche un engin moteur des renseignements sur des sentiers de randonnée où je pourrais aller gambader ?  Alors pourquoi ceux-ci, me voyant habillé clairement pour courir, pensents-ils que je peux avoir la moindre idée des endroits où ils peuvent pratiquer leur activité ?

Une autre affaire qu’il va falloir qu’on m’explique, un de ces jours…

La réponse

La réponse, elle était là. Quelque part entre le petit village de St-Joseph de Ham-Sud (dont le nom est plus long à épeler que ça prend de temps à le traverser !) et le Lac Nicolet, elle m’est arrivée en pleine figure, comme elle m’arrive de plus en plus souvent.

La réponse à quoi, vous me demandez ? À la question, la grande question à laquelle tous les coureurs ont de la difficulté à répondre : « Pourquoi tu cours ? ».

Le mois de février 2015 a été le plus froid depuis que les données météo sont compilées, soit depuis 115 ans à ce que j’ai vu dans le journal ce matin. Or, samedi dernier, le temps était relativement doux par rapport à ce qu’on a dû subir depuis le début janvier: -8 ou -9 degrés avec un vent pas trop dérangeant. J’avais 25 kilomètres de chemin de campagne dans les jambes, j’étais complètement seul sur la route. Pour m’accompagner j’avais le bruit de mes pas, les vallons de la route, la forêt et les montagnes tout autour. Rien de plus.

Je me suis arrêté. Les bras en croix, j’ai fermé les yeux et pris de grandes respirations d’air pur tout en tournant lentement sur moi-même. Je me sentais vivant, plus vivant que jamais. J’ai repris mon chemin, le sourire aux lèvres. Il me restait tout de même 10 kilomètres à faire pour me rendre au chalet de nos amis qui nous attendaient pour souper.

C’est pour ces moments-là que je cours. Des moments de pur bonheur, de pur abandon.