De la cr… de m… !

Je m’étais pourtant promis que cette année, je m’adapterais sans broncher. Que j’allais prendre ce que la nature nous donnerait et ferait avec. Un peu comme on s’adapte et on accepte les différentes conditions qu’on doit affronter durant un ultra. Je me disais que cette année, l’hiver m’aiderait à forger mon caractère, me permettrait de monter ma résilience d’une ou deux coches.

Jusqu’à maintenant, je pense que j’avais bien fait ça. La neige du pont de la Concorde, la slush en descendant Jacques-Cartier, le froid. J’avais même fait une longue sortie dans la tempête dimanche dernier et un 16 km dans la boucle du sommet du Mont Royal jeudi. Tout ça avec le sourire.

C’était avant cette maudite dépression en provenance du Texas. Comme si ce n’était pas suffisant de nous avoir fait endurer un président nul pendant 8 ans, il fallait qu’en plus, les Texans nous envoient leur cr… de m… !  On leur a fait quoi, à ce monde-là pour qu’ils nous haïssent comme ça ?

Toujours est-il que depuis vendredi, il tombe un joyeux cocktail de précipitations sur le sud de Québec. Grésil, verglas, un peu de neige perdue à travers tout ça. Il fait -7 degrés le jour comme la nuit et il vente à écorner les boeufs. La conséquence: les rues sont dans un état lamentable.

Évidemment, le beau tata que je suis a voulu courir quand même hier. Il voulait faire de l’intensité en plus. Ben oui, toi… Je suis parti avec mes crampons, me disant que ce ne serait pas si mal. Erreur. La surface de course était la pire qu’un coureur puisse affronter: ce que j’appelle la cassonade. Vous savez, un mélange granuleux brunâtre dans lequel le pied s’enfonce, glisse et ne trouve aucune espèce de traction ?  Ben c’était ça. Les crampons étaient totalement inutiles, je pense même qu’ils me nuisaient plus qu’autre chose.

Après quelques kilomètres, j’ai décidé de les retirer. Ça ne changeait effectivement pas grand chose de les avoir ou non. Sauf que ça prend de la place dans les poches d’un coupe-vent, ces machins-là… Donc, retour à la maison où Barbara m’a accueille avec un « Déjà ? ». Voyant moins air de beu, elle a vite compris que je n’avais pas respecté ma belle promesse de garder une attitude positive envers la saison maudite.

Peu de temps après être reparti, une douleur à la fesse droite est apparue. À force de « twister » à cause de la cr… de cassonade, mon muscle fessier s’était trop contracté et coinçait maintenant mon sciatique. Calv… !

Bien sûr, en tant que tata, j’ai continué en me disant que ça allait passer. Ben oui chose ! Je me suis mis à arrêter à tout bout de champ, essayant tant bien que mal de m’étirer. Vu que l’étirement pour le sciatique se fait couché et qu’il faisait froid, venteux et qu’il y avait des millions de centimètres de neige au sol, pas question de m’étendre par terre. Je n’ai jamais trouvé une autre façon qui « faisait la job », comme on dit.

En plus, je ne sais pas pourquoi, mais on dirait que les automobilistes perdent une partie de leur cerveau quand il fait mauvais. Certains s’arrêtent en plein milieu de la rue, prenant bien soin de ne pas actionner le moindre feu clignotant pour indiquer leurs intentions. Tu fais quoi, du con ? Ton char prend toute la place !!!  D’autres choisissent ce moment pour avancer à 15 km/h. Donc, quand on se tasse sur le côté pour les laisser passer, ils prennent une éternité à le faire, nous faisant ainsi profiter le plus longtemps possible de la partie la plus épaisse de la m… qui couvre la rue. Pas de quoi améliorer mon humeur.

J’ai fini pas faire 15 kilomètres, en bougonnant. Depuis ce temps, à part pelleter (et chiâler), je passe mon temps à étirer mon fessier, dans l’espoir qu’il finisse par laisser mon sciatique tranquille. Pas question de courir avant que cette douleur disparaisse. De toute façon, avec la cr… de m… qui recouvre encore les rues… D’ailleurs, au moment où j’écris ces lignes, j’entends encore le grésil qui frappe dans les fenêtres. C’est vraiment la joie.

Non mais, ils sont où les Noëls de notre enfance où il n’y avait pas de neige et qu’il pleuvait de la vraie pluie ?  😉

Une semaine où il fallait vraiment vouloir

Je ne sais pas si le Bon Dieu voulait tester la persévérance de la communauté des coureurs du Québec au cours des derniers jours, mais il aurait voulu le faire qu’il n’aurait pas agi autrement. Retour sur une semaine de course pas comme les autres.

Dimanche 8 décembre. Il faisait un temps splendide, le vent se tenait tranquille, parfait pour le 33 km que j’avais au programme. J’ai profité de cette sortie pour découvrir un nouveau quartier et surtout, un nouvel aréna dans la ville voisine. Comme je ne vais courir dans ce coin-là que durant l’hiver, j’ai été surpris de constater à quelle vitesse tout ça avait poussé. On ne pourrait pas engager ce monde-là pour construire le nouveau pont Champlain ?

Mardi 10 décembre. Temps relativement doux et venteux, je me promettais d’appuyer un peu. Sauf qu’il est arrivé un imprévu: j’avais oublié ma Garmin allumée dimanche et la batterie était à plat. J’allais courir “tout nu”, pour ainsi dire. Avancer sans point de repère, ça me faisait tout bizarre. Ne pas connaitre ma vitesse dans la neige du canal Lachine, ni dans la ligne droite menant au pont de la Concorde… Je me sentais comme si je conduisais une automobile sans indicateur de vitesse.

Mais en même temps, j’ai ressenti un grand sentiment de liberté. C’est fou la dépendance qu’on développe pour les gadgets électroniques, particulièrement quand on court sur route. J’y allais comme je le sentais, accélérant ou ralentissant selon mes sensations (ou la glace !) et c’était tout. J’ai tellement aimé que je songe à recommencer, peut-être même me garder une sortie par semaine juste moi “tu-seul”, sans artifice, question de revenir aux sources.

Jeudi 12 décembre. Pour souligner l’arrivée du froid, j’ai eu la merveilleuse idée de me rendre au métro en courant. Au grand dam de ma mère à qui j’en ai parlé en fin de semaine. Et au grand dam de Barbara qui était découragée à la vue de mon manteau Louis Garneau dont je me sers seulement quand il fait très froid. Désolé mon amour, mais je n’étais tout de même pas pour me les geler juste pour ne pas te décourager…

C’est qu’il faisait froid pas à peu près ! Quand je suis parti, il faisait encore nuit et le vent soufflait déjà allégrement. Il fallait vraiment que je sois motivé ou que j’aie perdu le dernier semblant de raison qui me restait. Mais qu’est-ce que je foutais là, alors que tout le monde ou à peu près était encore au chaud, sous les couvertures ?

Suite à un arrêt pour prendre un gel en arrivant dans la ville aux rues-patinoires (St-Lambert), je n’ai jamais réussi à faire dégeler mes mains. Jamais je n’ai été si content d’arriver au métro (il était hors de question d’envisager le pont Jacques-Cartier par ce vent et ce froid !).

Vendredi 13 décembre. Deux sorties en intensité en deux jours, une première pour moi. Mais bon, avec le party de Noël du bureau le soir, j’avais la légère impression que je ne serais pas à mon meilleur le lendemain, alors… Encore une fois, j’ai dû affronter le vent et le froid. Encore une fois, je me suis dit qu’il fallait vraiment vouloir. Et encore une fois, je me sentais tellement bien par après que je n’ai jamais regretté.

Dimanche 15 décembre. C’était le summum: 30 centimètres de neige avec du vent et en bonus, une température froide. Quoi, du froid et de la neige en même temps ?  C’est quoi ce pays de schnoutte-là ?

Barbara m’a demandé: “Tu veux vraiment aller courir ?   Pelleter, tu en aurais en masse, non ?”. Ce n’est tellement pas la même chose que les deux termes ne devraient même pas pouvoir être cités dans la même phrase. Pelleter, c’est une tâche, comme faire le ménage ou la tondeuse. Une tâche pas trop déplaisante, mais une tâche quand même. Courir, c’est un plaisir et là, j’avais envie de me faire plaisir. La tâche pouvait attendre. Elles peuvent toujours attendre.

J’ai enfilé mes vieux Brooks avec des Yaktrax tout neufs par dessus. Notre rue était assez bien dégagée, j’étais optimiste. Ho la belle erreur d’évaluation !  Notre rue étant plutôt principale, l’entretien y est fait plus régulièrement. Mais ailleurs en ville, ouch !  De la neige semi-tapée où mes pieds s’enfonçaient joyeusement, j’en ai vu comme jamais dans ma vie. À un moment donné, je me disais que le coach Cloutier serait fier de moi parce que je courais à son fameux “bon rythme”. C’est pour dire à quel point je n’avançais pas !

Au début, je me disais que si je faisais au moins 10 km, ce serait correct. Puis, au moins 15… Ok, 20 et j’arrête. Finalement, je suis tombé sur la piste cyclable fraichement dégagée et bon, une chose en amenant une autre, j’ai fini par faire 30 km. Dans les circonstances, c’était plus que satisfaisant… et inquiétant pour ma douce moitié qui commençait à envisager de faire mettre ma photo sur les bouteilles de bière.

À mon arrivée à la maison, j’ai constaté que la neige ne s’était pas pelletée toute  seule. Devinez où j’ai passé mon après-midi… Disons que j’ai bien dormi hier soir ! 🙂

Premières sorties d’hiver

On aurait dit que je voulais en profiter jusqu’à la dernière minute. La “tempête” tant annoncée allait s’abattre dans quelques heures quand je suis parti du bureau à la course mardi. Pas pour une longue sortie, juste pour faire un peu de vitesse en me rendant à mon auto garée à St-Lambert. Avec la merdouille blanche qui menaçait, c’était peut-être ma dernière occasion de courir le moindrement vite avant un bon bout de temps.

Il y avait un hic cependant: à ce temps-ci de l’année, le soleil se couche très tôt. Arrivé au parc Jean-Drapeau, la noirceur était déjà tombée. Je comptais sur le fait que le large sentier qui longe l’île Ste-Hélène du côté nord est bordé par des lampadaires pour éclairer ma route. Erreur. La Ville avait décidé de faire des économies de bout de chandelle et lesdits lampadaires étaient éteints. J’avançais tout de même à vive allure, prenant bien soin de regarder où je posais les pieds. J’ai croisé un monsieur en me demandant ce qu’il faisait là (look who’s talking), puis un autre qui semblait transporter… un appareil-photo et un trépied. De quessé ?  Il voulait photographier quoi, au juste ?

Puis, j’ai jeté un oeil vers la ville et j’ai compris. On dit que la vue de Montréal à partir du pont Champlain est la plus belle. Plus certain. Devant moi, j’avais le Vieux-Port et derrière, les édifices tout illuminés. En arrière-plan, le Mont-Royal avec la croix éclairée étaient bien en vue. Une vraie carte postale. C’était magnifique. J’ai remercié les dieux de la course de m’avoir poussé à pratiquer ce sport et ainsi, vivre ce petit moment de bonheur.

Heureusement, j’en ai profité parce que jeudi matin, c’était le retour à la réalité du Québec: la neige et le vent. Mais bon, comme j’avais des mois de frustrations hivernales devant mois, aussi bien commencer tout de suite, n’est-ce pas ?

Objectif: me rendre au bureau, à 30 km. Je suis parti dans l’obscurité, me gardant bien d’aller trop vite. Le vent qui soufflait à 40 km/h m’était favorable au début, puis de côté après 3-4 kilomètres. Vu qu’elle était dégagée, j’ai emprunté la piste cyclable me menant au pont Champlain, mes vieilles articulations reprenant progressivement leurs habitudes de courir sur une surface inégale d’hiver.

Arrivé au pont, je n’ai pas pu m’empêcher d’éprouver une grande admiration pour les travailleurs qui s’y affairaient (il y a des travailleurs à longueur d’année sous notre fameux pont Champlain). Travailler de leur mains, exposés aux grands vents montérégiens, par ce froid, cette humidité… J’en ai des frissons juste à y penser. Chapeau messieurs dames !

À St-Lambert, ce n’était pas vraiment une surprise car c’est toujours comme ça, mais j’ai tout de même été déçu de constater que la piste cyclable était enneigée. Hé oui, dans la riche St-Lambert, on juge qu’on n’a pas les moyens de dégager la piste alors que des municipalités plus « classe moyenne » comme Ste-Catherine, Candiac, Laprairie ou Brossard croient que c’est utile pour leurs citoyens. Chacun ses priorités, on dirait…

Je me suis fait à l’idée d’emprunter les rues secondaires en bougonnant un peu. Avec mes mains qui commençaient à geler, ça n’aidait pas mon humeur. J’appréhendais la traversée de Jacques-Cartier et surtout, le pont de la Concorde avec ce vent à écorner les bœufs. Faire les derniers kilomètres d’une longue sortie en plein hiver le vent dans la figure, ce n’est jamais une bonne idée.

Puis je me suis mis à penser à mon affaire et me suis mis à sourire à belles dents. Tout ça, c’était la faute à Joan. Je me disais que si lui était capable de faire l’aller-retour Longueuil-centre-ville tous les jours, hiver comme été, j’étais bien capable de faire un aller simple au moins une fois par semaine, non ?  Et ça, peu importe les conditions météo… C’est pour ça que j’avais envie de rire: est-ce que j’étais pour risquer des engelures pour cette seule et unique raison ? Pour me prouver que moi aussi, je pouvais ?  Ben voyons donc !  Quand je dis qu’il arrive que la course affecte mon petit cerveau…

J’avais fait 22 km, c’était bien suffisant de toute façon. J’ai pris le métro. C’était pas mal plus intelligent. Le pont pouvait attendre, l’hiver ne fait que commencer.

Est-ce que ça va finir par finir ?

Ham Nord, Québec. Ou devrais-je dire Pôle Nord, Québec ?  En tout cas, c’est là où mes parents habitent. La campagne, la vraie. Des belles montagnes, des chemins de terre vallonneux où personne ne passe. L’endroit me rappelle le Vermont. Avant Boston, je voulais faire des côtes: c’était l’endroit idéal.

J’avais juste oublié un léger détail: l’hiver y arrive deux semaines plus tôt et s’y termine deux semaines plus tard. Hier soir, il tombait une belle petite neige après souper, c’était presque (je dis bien presque) bucolique. Mais quand j’ai vu que ladite petite neige était tombée toute la nuit…

Lorsque j’ai commencé à courir, la route 216, qui n’est tout de même pas le dernier rang dans le fin fond de nulle part, n’avait même pas encore été dégagée. Je devais donc progresser dans les sillons laissés par les voitures, appréhendant le moment où j’allais justement prendre les rangs menant au fin fond de nulle part. La neige tombait toujours, le vent était à la tempête. Non mais, est-ce que ça va finir par finir, ce foutu hiver de m… !?!  Fallait vraiment vouloir. Il me semble avoir déjà dit ça, moi… 😉

La première montée après la rivière Nicolet s’est bien passée. La deuxième menant aux petits rangs… un peu moins. La neige, le fond glacé, le vent, tout y était. Grr !  Normalement, si je m’étais entrainé pour un ultra, j’aurais marché dans les montées, mais à Boston, je vais courir en montant, alors… Jamais je n’ai autant apprécié un faux-plat ascendant que celui par lequel commence le premier rang que j’empruntais et qui mettait fin à la montée à 12%. Ha… Récupérer dans un faux -plat, ça se fait ?  On dirait bien que oui…

À chaque fois que je cours dans ce coin-là, je sens, non je sais, que je passe pour un extra-terrestre. À un moment donné, je me suis arrêté (j’ai probablement dû le faire 10 fois, je pense que mes attaches sont finies) pour resserrer mes lacets et un monsieur de l’autre côté du chemin cordait du bois avec un machin que j’aurais bien de la difficulté à décrire. Son regard en disait long. « Qu’est-ce qu’il fout là lui, avec son petit manteau de fif bleu et ses souliers oranges ?!? » résumerait assez bien ce que ses yeux exprimaient. « Je cours, chose, et j’ai envie que les pick-ups me voient ! », que j’ai eu envie de lui crier. Mais bon, j’ai laissé faire.

Je voulais me rendre au mont Ham, où mon père viendrait me chercher. 16 km, ce nest pas la mer à boire. Mais au rythme où j’allais et dans ces conditions… J’ai fini par avaler les bossses, une à une. On dirait qu’il me manque un petit quelque chose dans les montées, il va falloir que je travaille là-dessus au cours des prochaines semaines. Mais bon, on ne peut vraiment pas dire que la traction était optimale. Par contre, mes quads ont très bien pris les descentes… quand je ne glissais pas. Car oui, à quelques endroits, j’ai failli me retrouver cul par-dessus tête à cause de la route enneigée qui cachait plaques de glace et giga-trous. Je dois avouer qu’il m’est arrivé d’utiliser quelques jurons envers la saison qui s’est supposément terminée cette semaine…

Finalement, le mont Ham est sorti de la tempête. Dans le stationnement, deux autos et trois motoneiges. J’aurais dû m’y attendre, mais on dirait que mon cerveau n’avait pas prévu le coup. Pour moi, le mont Ham est un endroit de plein air. Les gens y font de la randonnée, du camping, de l’hébertisme et du disc-golf en été. L’hiver, c’est pour la raquette. Je m’attendais donc à voir des illuminés bordeline granos dans mon style à l’intérieur. Pourtant, avec des motoneiges dans le stationnement, j’aurais peut-être dû allumer…

C’était la cacophonie dans le petit chalet. Les motonneigistes, probablement épuisés d’avoir tordu une poignée pendant une heure sans arrêt, prenaient une bonne bière bien méritée et racontaient des exploits dont l’ampleur était inversement proportionnelle au nombre de décibels utilisés. Déjà sur la bière à 11h30 ?  Ouin, la journée va être longue…

Mon père est arrivé moins de 2 minutes après moi et ça faisait bien mon affaire. Juste à imaginer cette cacophonie se diriger vers moi si j’avais commencé mes étirements sur le champ…

Fallait vouloir

Hé oui, je vais encore parler de neige. Mais avouons qu’il fallait vraiment vouloir…

La tempête nous avait été annoncée depuis vendredi de la semaine dernière. On avait des espoirs: peut-être allaient-ils se tromper de jour, diminuer le nombre de centimètres. Peut-être allait-elle être décalée. Finalement, voyant que je ne pouvais décemment pas entrevoir ma traditionnelle sortie de vitesse pour mardi soir, ça me prenait un plan B.

Barbara m’a alors demandé: “Pourquoi ne rentres-tu pas au bureau à la course mardi matin ?”. Comme quoi même ma douce moitié a perdu sa rationalité et essaie elle aussi de trouver des façons pour que je puisse courir. Si ce n’est pas de l’amour, ça ? Pourquoi pas, en effet. C’était donc mon nouveau plan B et comme plan C, je reviendrais à la maison au lieu de me rendre au métro Longueuil (ne me demandez pas d’appeler ça le métro “Université de Sherbrooke”. Elle est à Sherbrooke, l’Université de Sherbrooke, bon !). Moins efficace côté gestion du temps, mais s’il s’avérait impossible de me rendre, c’était mieux que rien.

Donc, il n’était même pas 6 heures quand j’ai mis les pieds dehors. J’avais de la neige jusqu’aux chevilles. Pas question de me rendre au métro, au mieux, ce serait le plan C. Dans la rue, les automobiles des travailleurs matinaux avaient laissé des traces dans lesquelles je pouvais avancer sans trop de problème. Je me suis donc élancé en me disant que si ça n’allait pas, je couperais ça court.

Je me traitais de fou… et je n’étais probablement pas le seul. On peut dire que j’ai vu quelques sourires dans les autos. Il neigeait à plein ciel, faisait encore sombre et le vent de l’est était bien présent. Quand il était dans mon dos, ça allait relativement bien. Mais quand il était dans ma figure, hou la la…  Je ne voyais à peu près rien et la petite croûte de neige qui se formait peu à peu sur mes yeux n’améliorait rien à tout ça. Condamné à demeurer dans les rues secondaires parce que les rues principales étaient soit trop encombrées par la circulation, soit trop glissantes (!) à cause de la charrue qui venait de passer, j’ai probablement fait le Ste-Catherine métropolitain au grand complet, rue par rue. Le quartier des oiseaux, le quartier des chansonniers, le quartier des fleurs, le quartier des bateaux, je les tous vus. En fait, je devrais plutôt dire que je les ai sillonnés, parce que la visibilité…

À un moment donné, je devais avoir 9 ou 10 km de faits, j’ai croisé un dame qui promenait ses trois petites moumouttes. Je me suis dit que ça lui tentait, promener ses chiens à cette heure, par une telle température. Puis je me suis rendu compte du ridicule de la situation et n’ai pu réprimer un sourire. Et toi, du con ?

Sauf que j’ai constaté un léger détail: malgré l’effort, je m’amusais. J’étais comme le gentil retriever avec lequel j’avais couru une 15-20 kilomètres en octobre: je courais avec abandon, le sourire aux lèvres, sans me soucier de ma cadence ou de faire des intervalles (ce qui était carrément impossible de toute façon). Est-ce qu’il se souciait de ces détails, lui ?  Non, il s’amusait. Et c’est ce que je faisais à mon tour. Malgré la neige que je déteste en temps normal, malgré le vent, malgré la visibilité réduite. Ce n’est que dans les derniers 500 mètres que j’ai finalement invoqué les saints de l’église et c’était parce que j’avais dû emprunter une rue principale qui était glacée.

Je suis arrivé à la maison tout détrempé, mais j’étais bien. J’avais bien fait de sortir courir, encore une fois.

Boston, le mal placé

C’est le rêve de tout marathonien. Tout le monde connait cette course mythique et même les non-coureurs savent qu’on ne peut pas y participer autrement qu’en se qualifiant. Quand on commence à courir, c’est notre Everest: se qualifier pour Boston.

À mes débuts, le standard que je devais atteindre était 3:15:59. Wow, impossible… Mon but a d’abord été de faire un “demi-Boston”, soit tenir la vitesse désirée sur un demi-marathon. Je n’ai atteint cet objectif qu’une fois rendu à 40 ans, en faisant 1h34 sur un demi. Prochain objectif: l’avoir pour vrai.

C’est arrivé l’année suivante, à Mississauga. Mais bon, je n’ai pas été admis, mais je me suis repris l’an passé à Ottawa et serai à Boston cette année. Sauf qu’il y a un détail que je n’avais pas considéré pendant toutes ces années: la date.

Le Marathon de Boston se tient toujours le troisième lundi du mois d’avril. Or, pour nous qui vivons dans les pays nordiques, c’est à peine un mois après la fin de l’hiver. Comme un entrainement pour un marathon s’échelonne habituellement sur 3 ou 4 mois, nous n’avons pas le choix: nous devons absolument nous entrainer durant la saison froide.

Or, ça s’avère parfois difficile (j’en ai peut-être déjà glissé un mot)… La neige, la glace et les journées courtes font en sorte qu’il est difficile de faire du travail de vitesse. En effet, le coureur craint toujours de glisser et de se planter, alors il est plus prudent. En plus, pas facile de bien voir le GPS et suivre sa progression quand le soleil est couché à partir de 17 heures. Et je ne parle pas de la neige… Pour ma part, ce n’est que la semaine dernière que j’ai vraiment commencé les intervalles, soit moins de six petites semaines avant la course. Avant ça, je faisais du fartlek ou quelque chose du genre: je me donnais un objectif au loin (une pancarte, un poteau, une maison, etc.) et sprintais jusque là. Et ça, c’était quand la surface le permettait. C’est mieux que rien, mais ce n’est pas l’idéal.

Pour ce qui est du travail en côtes, on a un peu le même problème. Les montagnes environnantes (monts Royal et St-Bruno) sont difficilement praticables à la course en hiver. On n’a pas tous la chance d’habiter Sherbrooke… Or, je l’ai constaté l’an passé, faire des côtes, c’est très payant et en plus, il semblerait qu’il faut se préparer parce qu’il y en a trois belles vers la fin du parcours à Boston.

Bref, je me suis déjà demandé pourquoi le taux de “requalification” au Marathon de Boston n’était que de 46%. Je pense en avoir une réponse à tout le moins partielle ici: sa situation dans le temps qui “empêche” certains participants de se présenter au départ dans la forme optimale qu’ils avaient le jour où ils ont finalement réussi leur exploit personnel.

Ceci dit, je suis tout de même optimiste. Je sais, je suis déjà qualifié pour 2014 et je ne compte même pas participer de toute façon. Mais je veux me requalifier, c’est mon premier objectif. C’est comme une question de principe, une façon de “valider” ma présence là-bas. Après ça, j’aimerais bien faire mieux qu’à Ottawa. Mon record personnel ? Je n’y pense même pas.

Et puis, il ne faut pas oublier que tout peut arriver côté conditions, Il faisait 30 degrés  (!) au départ l’an passé. Dans un cas pareil, les objectifs…  D’ailleurs le taux de requalification avait chuté dramatiquement.  De toute façon, je cours depuis assez longtemps pour savoir qu’il faut être prêt à faire face à n’importe quoi !

Le jour où j’ai vraiment haï l’hiver

Variation sur un même thème…

La lune de miel (façon de parler) entre l’hiver et moi s’est terminée assez rapidement. Ça a été plus un « one-day stand », en fait. Dès le lendemain de ma belle course en campagne, quand nous sommes revenus dans la région métropolitaine, la belle neige blanche avait fait place à la sloche brune et à la saleté. L’hiver dans ce qu’il y a de plus laid.

Côté course, ça s’est plutôt bien passé lundi. Mais je regardais la météo avec appréhension et si je voulais courir à nouveau avant le week-end, une seule fenêtre se présentait à moi: mercredi matin. J’ai donc décidé de me rendre au métro de Longueuil à la course, soit à 22 km de chez moi selon Google. Ok, un peu long pour une sortie de semaine, mais parfois, il faut ce qu’il faut.

Avec la chute de neige annoncée, le vent avait pris sa direction de circonstance: nord-est. Directement dans ma figure. Ça commençait mal. Les trois premiers kilomètres se sont pourtant déroulés rondement, sur la piste cyclable du bord du fleuve. Puis ça s’est gâté. Les températures douces du jour faisant fondre la neige, de belles mares d’eau s’étaient formées la veille dans la piste. Mares qui s’étaient transformées en patinoires durant la nuit.

Je ne sais pas combien de fois j’ai dû arrêter pour éviter de tomber. 15, 20 fois ?  Pas la meilleure façon de prendre un rythme. Et le vent frisquet rendait ma respiration difficile, au point où je me suis même demandé si je ne commençais pas à faire de l’asthme, comme mon paternel (c’est le lendemain que j’ai su ce que j’avais: un merveilleux début de rhume).

Au moins, la piste cyclable qui traverse Brossard était bien sèche, mais ma réjouissance fut de courte durée. Près du pont Champlain, la piste n’était plus dégagée du tout. Pas moyen de courir dans cette neige toute cabossée, j’ai dû me résoudre à marcher, en maudissant cet hiver qui ne finit plus de finir. J’ai probablement franchi 1 km en invoquant à plusieurs reprises tous les saints du ciel. Dire que j’étais furieux serait un euphémisme.

Quand j’ai retrouvé la tant désirée asphalte à St-Lambert, j’étais certain que je serais en affaires jusqu’au métro. Ce que je peux être naïf parfois… Pas une seule piste cyclable de la riche St-Lambert n’était le moindrement dégagée. J’ai essayé de bifurquer par les petites rues pour me retrouver… sur une surface complètement glacée. Autres arrêts, autres jurons. Ha, hiver de mes deux !!!

Sur Riverside, j’ai dû courir face à la circulation, en tâchant d’éviter les giga-trous d’eau et les autobus qui semblent carrément incapables de contourner le moindre obstacle humain. Voulez-vous bien me dire pourquoi les foutus autobus doivent ABSOLUMENT rouler si près du bord du chemin ?  Ça m’a d’ailleurs déjà valu des échanges assez musclés (et totalement idiots/inutiles) avec des chauffeurs…  En plus, avec l’heure qui avançait, la circulation se densifiait, rendant l’exercice encore plus périlleux. Et la fréquence des jurons, plus élevée.

Finalement, j’ai fini par passer par des rues secondaires sur le sec et me rendre au métro sans trop de dommage. Je ne sais pas encore comment j’ai réussi à demeurer debout tout le long et à demeurer les pieds au sec. Les longs bouts que j’ai faits en marchant n’ayant pu être comptabilisés, c’est 20 km que j’ai courus ce matin-là. Peut-être la sortie la plus désagréable de toute ma vie.

Mais une fois rendu au bureau (après avoir pris une douche, bien évidemment), j’ai retrouvé la sensation qui me manque tellement les matins d’hiver: ce sentiment de bien-être, de détente, d’avoir l’esprit totalement clair qu’on ressent quand on a couru ou pédalé avant de rentrer au travail.

Je me suis donc promis de recommencer… pour ensuite me questionner sur mon équilibre mental. Suis-je vraiment maso à ce point-là ?

Le jour où j’ai aimé l’hiver

Après quelques jours de pause, faute de temps, je suis enfin de retour. 🙂  Pour parler de l’incroyable, mais vrai. Car c’est arrivé: l’espace d’une journée, j’ai aimé l’hiver ! Oui oui, je le jure ! Comme quoi, je ne suis pas une cause totalement désespérée…

Je vous raconte. C’était samedi. Nous avions un souper-gang-du-secondaire au chalet de mon ami Louis, au lac Nicolet. Mes parents habitent à une quinzaine de kilomètres de là, alors l’occasion était rêvée pour qu’on fasse un coup double: visite chez mes parents et souper avec les amis. Mais je ne pouvais faire autrement, il fallait que j’y aille pour le tour du chapeau: ajouter une belle sortie à tout ça. Avec les montagnes et les chemins de terre des environs, il m’était tout simplement impossible de passer à côté d’une si belle occasion.

Ainsi donc, samedi matin, je suis sorti à l’extérieur. Il tombait une petite neige, le vent était relativement calme, la température, autour de -1 ou -2 degrés, était bien correcte. Arrivé au bout de l’entrée de cour de mes parents, j’avais deux choix: par la droite, c’était 15 km pour me rendre chez Louis. Par la gauche, c’était 33 ou 34. J’avais mon Camelbak chargé de 2 litres de Gatorade, avec des bretzels et des barres énergétiques en bonus. Quelle direction j’allais prendre d’après vous ?

Je suis (bien sûr) parti vers la gauche, en prenant bien soin de ne pas aller trop vite. Mais bon, ça descendait un peu et c’était sur l’asphalte, alors… Après 2 km, première grande descente vers la rivière Nicolet. J’ai pu m’y rassurer un peu: je n’avais pas trop perdu de mes habiletés en descente. Et rendu à la rivière, qu’est-ce qui se présentait à moi ?  La première montée de la journée. À 13%. Comme elle était sur l’asphalte, j’ai pu la faire en courant, mais j’y ai laissé pas mal d’énergie. Sauf que je m’en foutais: j’allais bientôt prendre mon premier rang de campagne.

Quand j’ai emprunté ledit rang, la joie que j’anticipais s’est concrétisée. Le sol était enneigé, oui, mais fort praticable car la neige était bien tapée. Le vent ?  Dans la figure, mais ce n’était pas grave. J’avais une vue magnifique sur les collines et montagnes environnantes. Je courais dans le milieu du chemin parce que j’avais ni plus ni moins la route pour moi tout seul. Pour m’accompagner, le bruit régulier de mes pas (et le flouche-flouche du Camelbak), le vent, la petite neige, ma respiration. Et c’était tout.

J’ai avalé les petites bosses sans me presser. Les montées étaient parfois difficiles à cause de la neige et je devais demeurer prudent dans les descentes, n’étant jamais certain de la surface. Je retrouvais (enfin) les sensations qu’on a quand on court en sentiers. Je ne sais pas trop comment décrire, c’est comme… différent. Un détachement presque total du temps, un sentiment de liberté, de synergie avec la nature. Ce n’est pas sur les pistes cyclables ou sur le bord des rues qu’on retrouve ça…

Arrivé sur la « route » 257 menant au mont Ham, je pensais bien avoir à composer avec plus de circulation. Sur les 7-8 km de ce tronçon, j’ai croisé un grand total de… trois véhicules tout-terrain. Des autos ? Zéro, niet, nada. Au 14e kilomètre, je me suis arrêté pour engloutir un gel au beurre d’arachides et j’ai pris mon temps pour respirer l’air pur. Et c’est là que ça m’a frappé: à cet instant précis, je n’aimais pas l’hiver, je l’adorais. Oui, moi, j’adorais l’hiver.

Par après, j’ai passé devant le mont Ham, endroit où je me promets bien de revenir une fois la neige fondue. Rendu à St-Joseph-de-Ham-Sud (le nom du village est définitivement plus long à lire que le temps que ça prend pour le traverser), j’ai pris la direction du lac Nicolet, par un chemin que je faisais pour la première fois de ma vie.

Avant de prendre le chemin et retomber dans la campagne proprement dite, je suis passé devant l’ancienne école du village. J’avoue avoir été un peu sidéré de constater qu’il y en avait déjà eu une. Je me demande bien quel illuminé a eu la merveilleuse idée d’investir de l’argent public pour construire une école dans un village aussi minuscule… Et surtout, quel est le zouf qui a approuvé ça ! Parce qu’à voir la grandeur, la population entière aurait certainement pu y suivre des cours… tout en étant 10 ou 15 par classe ! Enfin…

Aujourd’hui, à voir le nombre d’antennes paraboliques sur les murs, on dirait bien que le tout a été transformé en appartements ou maison de chambres. Autre question: pourquoi aller vivre en appartement à St-Joseph-de-Ham-Sud ?!?

Bon, retour à mon petit chemin. Montées et descentes bien raisonnables ont commencé à se succéder, toujours à mon grand bonheur. La neige et les arbres qui en étaient chargés étouffaient les bruits, me faisant croire que j’étais seul au monde. Jusqu’à ce que le klaxon d’un SUV me ramène temporairement sur terre. Un peu plus loin, trois représentants de la race canine sont sortis dudit SUV pour venir à ma rencontre. Comme j’adore les chiens, je ne les crains aucunement, alors malgré leur côté un peu bavard, ils se sont laissés amadouer.

Ça me faisait tout drôle, avancer à la découverte dans un endroit totalement inconnu (une première depuis le Vermont 50). À un moment donné, j’ai vu le lac sur ma gauche et les chalets ont commencé à faire leur apparition. Ma promenade achevait. Rendu au bout du lac, avant de prendre le chemin menant à destination, j’ai été sorti de mon rêve. Stationnées sur le côté de la « route », une dizaine de motoneiges. Merde, dans le genre gâcher le paysage… Ce que je peux détester les engins à moteur !   En plus, une odeur de cigare empiétait sur l’air pur de la campagne.  Quand je suis passé devant les motoneigistes, il y en avait effectivement un qui tétait un barreau de chaise comme un bébé tète le sein de sa mère. Pathétique. La moitié du troupeau m’a regardé passer, ayant l’air de se demander d’où je venais. Sur le coup, ils n’étaient pas loin de me rappeler le comportement de certains bovins quand je passe devant eux en courant. Ne manquait que les beuglements.

Évidemment, après avoir passé mon chemin, il a fallu que tout ce « beau » monde décide de suivre le même parcours que moi… Heureusement, ces machins modernes sont moins bruyants (et moins puants) que leurs ancêtres à deux temps.

Puis j’ai aperçu au loin une maman qui prenait une petite marche avec son bébé dans un traineau. C’était Julie, la conjointe de Louis, et la petite Léa, 5 mois. Quand Julie m’a vu arriver, elle s’est mise à m’encourager, comme en compétition. Mon sourire, disparu suite à l’épisode des motoneiges, est revenu aussitôt.

Une bien belle journée…

Le demi-marathon hypothermique

Avant de commencer, un petit mot à la personne qui s’est retrouvée sur mon blogue en faisant la recherche suivante: « Est-ce que Richard Garneau mesurait 7 pieds ? ». Disons que je l’ai trouvée assez drôle merci !  🙂  La réponse: non. C’était un grand monsieur, dans tous les sens du terme, mais il ne mesurait tout de même « que » 6 pieds et 4 pouces…

Bon, le vif du sujet maintenant: le demi-marathon hypothermique qui aura lieu demain matin au parc Jean-Drapeau. J’ai déjà amplement parlé du Badwater 135 qui me fascine tant. Hé bien, ça pourrait peut-être sembler bizzare, mais le demi hypothermique me fascine également. Car tout comme l’autre, j’avoue avoir un peu peur de cette épreuve. Bon, j’exagère un peu, mais pas tant que ça.

Quand j’ai commencé à courir, j’avais identifié cette course comme candidate principale pour en faire mon premier demi-marathon. Puis je m’étais blessé en jouant au hockey cosom et j’avais passé mon tour, attendant le demi Scotia Bank en avril. Ensuite, à chaque année, je me trouvais une excuse pour ne pas participer: trop de travail, trop de neige, trop de vent, trop froid (c’est le demi-marathon hypothermique, du con…). Trop de n’importe quoi, en fait.

La vérité est que l’incertitude face à cette course me rend mal à l’aise. On ne sait pas quoi la surface aura l’air et surtout, quelle température il fera. Bien sûr que je n’ai pas peur de la distance dans le froid, le vent et la neige, j’en fais autant sinon plus à tous les dimanches que le bon Dieu amène. Mais je ne sais pas, on dirait que je ne me fais pas à l’idée de rester dehors à geler plusieurs minutes avant le départ. Ou demeurer à l’intérieur avec mon linge de course d’hiver sur le dos, avoir chaud au point de transpirer, puis congeler en mettant le pied à l’extérieur. En hiver, j’aime bien m’échauffer à l’intérieur, enfiler mes vêtements de course, marcher/jogger jusqu’au bout de la rue et partir tout de suite. Pas attendre.

En vérité, si je veux être franc avec moi-même, j’ai peur de ne pas être en mesure de « performer ». Ma raison sait que c’est normal d’aller moins vite dans de telles conditions avant le début de la saison de course, mais mon coeur ne veut rien savoir d’avoir un « mauvais » temps sur un demi. Oui, je le sais, c’est nono…

Donc, encore cette année, comme je ne serai pas lapin de cadence, je passerai mon tour. Et comme à chaque année, c’est avec cette course-là en arrière-pensée que je ferai ma longue sortie demain.

À regarder la météo, c’est encore plus certain que je vais y penser: on prévoit autour de -13 degrés avec un fort vent du nord-ouest pour la matinée. Ouch. Quand il vente, il vente encore plus au parc Jean-Drapeau. La situation géographique (en plein milieu du fleuve, terrain plat) rend les îles Ste-Hélène et Notre-Dame très vulnérables. Pour m’y être entrainé très souvent en plus d’y avoir disputé plusieurs épreuves, j’en sais quelque chose. En fait, je ne sais pas pourquoi, mais j’ai l’impression que le vent est humide en hiver dans ce coin-là…  J’en ai des frissons juste à y penser. Brrr !!!

Donc, si ça peut aider les participants à la course de demain, un petit conseil: identifiez avant le départ la provenance du vent. Comme le parcours est constitué de 3 boucles de 7 km, le dieu Éole vous aidra et vous nuira en alternance. Alors essayez d’avoir des compagnons de route pour les bouts où il vous sera défavorable, question de partager le « travail ». D’après moi, la section qui longe le bassin olympique va être terriblement difficile et la petite montée après les puits, à l’extrémité ouest du circuit Gilles-Villeneuve, infernale. Mais quand on s’y attend, on dirait que c’est moins pire…

En terminant, je voudrais souhaiter la meilleure des chances à tous les participants. Je vous souhaite d’avoir beaucoup, beaucoup de plaisir. Et sachez que vous avez toute mon admiration !  🙂

Composer avec les éléments

Je l’ai déjà dit, je le répète: ce n’est pas le froid qui me dérange, c’est la neige.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que j’ai dû travailler fort pour respecter cet « engagement » cette semaine ! En fait, j’ai composé avec les éléments, m’appuyant sur les prévsisions météo pour programmer mes sorties. Ainsi, le froid de canard, le vrai, était prévu pour mercredi (j’ai d’ailleurs pu observer live de mon bunker du 5e sous-sol la pointe record de consommation d’électricité du matin). Donc, mardi soir, comme il ne faisait « que » -17 degrés, j’ai décidé d’y aller.  Il faisait -28 avec le facteur vent ?  Bah, c’est une donnée qui est toujours exagérée que je me disais… Certaines personnes, voisins et connaissances n’en sont tout simplement pas revenues que je puisse courir volontairement ce soir-là.  L’expression que j’ai lue sur le visage de mon voisin René que j’ai croisé en revenant disait tout. Et pourtant… Je ne me suis pas fait traiter de « criss de fou » comme certains, mais j’ai comme le sentiment que plusieurs le pensaient.

Habituellement, je commence toujours par me rendre au coin de ma rue (c’est environ 500 mètres) en marchant, question de compléter mon réchauffement avant de commencer à courir. Cette fois-là, disons que je marchais rapidement et que j’ai incorporé quelques petites combinaisons course-marche pour combattre la « fraicheur » ambiante. Les deux premiers kilomètres le vent dans le dos se sont bien passés, mais une fois le vent dans la figure: ouch !

C’est là que je me suis dit: faut vraiment vouloir !  Confiant qu’il « ne faisait pas si froid que ça » au départ, je n’avais pas enfilé mon armure complète. Erreur. J’aurais bien pris une couche de plus car j’avais définitivement froid… Après deux autres kilomètres, je me suis réfugié dans une toilette bleue sur un  chantier de construction. Là, c’était moi qui me traitais de « criss de fou ». Mon côté rationnel me suppliait de retourner à la maison et même mon côté irrationnel s’est mis de la partie, cherchant des excuses: il faisait sombre, je ne pouvais pas voir clairement les plaques de glace, le vent glacial rendait la respiration difficile, etc. En plus, comme le vent était d’ouest, je devais me diriger vers le parc industriel, le coin où je déteste tellement courir. Mais je savais que si je laissais tomber, je m’en voudrais, alors je suis reparti. En serrant les dents et en me promettant de me rappeler de cette température maudite lorsque je vais mourir de chaleur à St-Donat cet été. Sauf qu’il y avait un problème: je ne pouvais m’imaginer qu’il pourrait faire chaud un jour. C’était le début d’une autre ère glaciale, j’en étais convaincu.

Rendu assez loin pour faire demi-tour, je me suis promptement exécuté. Ha, le bonheur de la course qui revenait !  J’ai fait bien attention de ne plus jamais avoir le vent dans la figure du reste de la soirée, quitte à me taper des allers-retours poches dans l’axe nord-sud. À la fin, je courais avec autorité, le sourire aux lèvres. Arrivé à la maison, j’étais satisfait. Dieu que j’ai bien fait de ne pas m’écouter…

Hier en fin d’après-midi, l’hiver avait relâché légèrement son emprise et j’en ai profité. Vent relativement calme, surface très adéquate, petit soleil discret… Quoi demander de mieux ?   Quand je me suis arrêté, je n’avais pas couru aussi rapidement depuis la semaine précédant Philadelphie, au mois de novembre: 14 km à 4:12/km de moyenne. Ça, c’est sans compter le fait que je n’ai pas encore commencé à faire du travail de vitesse. Et beau bonus: l’ischio-jambier se tient encore et toujours tranquille.

En résumé, je me suis adapté à ce que Dame Nature m’offrait et je suis heureux du résultat: j’ai réussi à courir malgré le vent dimanche et le froid des derniers jours. J’ai déjà hâte à demain matin !

Un petit mot à mes amis skieurs en terminant. Pour les skieurs de fond, je serai clément car le dégel suivi des températures glaciales ont tout simplement scappé les pistes. Par contre, à ceux qui dévalent les montagnes, j’aimerais dire ceci: quand il n’y a pas de neige, vous vous plaignez. Je peux difficilement croire que les grands froids ne permettent pas la fabrication de neige artificielle, alors la surface de ne doit pas être si mauvaise que ça ces jours-ci. À ce moment-là, si c’est le froid qui vous arrête, j’aimerais vous rappeler que le ski alpin est un sport d’hiver et que par définition, il peut arriver qu’il fasse froid. J’ai donc une question pour vous: aimez-vous vraiment ça ?