Je fais quoi maintenant ?

Un mois. Maintenant un mois depuis que j’ai franchi la ligne d’arrivée à Bromont par cette merveilleuse matinée d’octobre. Et on m’en parle encore. D’ailleurs, ça m’étonne un peu. Les gens savaient que je courais des ultras. Ça faisait longtemps que je disais que je voulais faire un 100 miles, alors pourtant en faire tout un plat ?  Si disais que je voulais le faire, c’est que j’envisageais vraiment de le faire. Ce n’étaient pas seulement des paroles en l’air. Les paroles en l’air, ce n’est pas mon style. Ok, ça m’a pris un léger coup de pied dans les derrière de la part de Pat, mais je l’ai fait.

Maintenant, après pris deux semaines de repos complet (pas vraiment le choix au début, j’avais une entorse à la cheville droite et elle tout comme l’autre étaient ont pris 5 jours à désenfler; jamais la machine à glace d’un hôtel ne m’a été aussi utile !), puis m’être blessé à l’ischio droit lors mon retour, j’ai finalement pu reprendre le collier sans douleur. Alors, maintenant que je suis redevenu fonctionnel, une question se pose: je fais quoi ?

Pour la première fois depuis longtemps, je n’ai pas de plan précis pour les prochains mois. Je ne suis pas inscrit à Boston, ce qui laisse le champ libre pour le printemps. Je ne sais même pas si je ferai un marathon en 2015, ce qui serait une première depuis 2006, l’année où j’ai commencé à courir.

C’est qu’avec les années, je me suis mis à de moins en moins apprécier les compétitions sur route. Toujours surveiller sa cadence, se faire du souci avec le vent, la température et surtout, avec son temps. Ha, le foutu chronomètre, le maître absolu de la course sur route. Celui qui nous sert de comparatif, celui contre lequel on se bat en permanence. Je ne sais pas si c’est parce que je vieillis, mais je commence à en avoir soupé de me battre contre lui.

Ceci dit, l’entrainement sur route demeure nécessaire car il permet de rester affûté, de conserver sa pointe de vitesse, si essentielle pour être confortable à un rythme raisonnable pendant de longues heures.

Ce qui me ramène à la question originale : je fais quoi ?  Pour 2015, je ne veux pas rater le Vermont 100. Il me faudra d’abord pouvoir réussir m’inscrire, mais bon, c’est une autre histoire. Advenant que je puisse y participer, j’axerai ma saison là-dessus.

Comme course préparative, il y aurait le 60k à St-Donat (j’ai résisté à la tentation de m’essayer pour le 120k) ou l’Estrie 50 qui aurait lieu deux semaines avant.

Plus tôt au printemps, il y a évidemment le classique Bear Mountain (50 miles) qui est très populaire ici. Sauf que ça fait longtemps que je regarde du côté du marathon de Burlington et faire les deux la même année ne serait pas une bonne idée. En ce qui me concerne en tout cas. Mais il y a une autre course de 50 miles en avril dans la région de Washnington… À moins que je fasse Sulphur Springs ?  Je tente ma chance pour Massanutten ?

Bref, je ne sais pas. C’est la même chose pour l’automne. Chute du Diable, 120k Harricana, Virgil Crest, Bromont ?  Pas plus d’idée.

Pour le long terme,  c’est plus clair. Mon objectif est de faire les grandes courses, un peu comme Boston et New York sur la route : UTMB, Western States, Leadville, Wasatch, etc. Ajoutez à ça de belles courses comme celle dont m’a parlé un de mes lecteurs: l’Éco-Trail de Paris. Oui oui, une course de 80 kilomètres en sentiers à Paris !  Il faut que je fasse ça un jour, c’est certain.

Et à très court terme : je refais un 50k intérieur ou pas ?

Bref, beaucoup de plaisir en perspective… et encore plein de défis à relever ! J

Calendrier des courses possibles en 2015 (et non, je ne le ferai pas toutes !)

En terminant, comme une image vaut mille mots,  je vous laisse sur quelques clichés pris à Bromont.

Ce n'est pas le baiser du vainqueur, mais c'est ce qui s'en rapproche le plus !  ;-)

Ce n’est pas le baiser du vainqueur, mais c’est ce qui s’en rapproche le plus ! 😉

 

Mon fan numéro 1, mon ami, mon père

Avec mon fan numéro 1, mon ami, mon père

 

Une belle surprise à mon arrivée: Joan m'avait attendu. Définitivement que j'adore le monde de la course en sentiers !

Une belle surprise à mon arrivée: Joan m’avait attendu. Définitivement que j’adore le monde de la course en sentiers !

 

En entrevue avec le Journal de Mourial. Tout ce qui me venait en tête à ce moment: "Essaie de répondre autre chose que Oui ou Non et surtout, arrange-toi pour être compréhensible !". Le photographe est partie 10 minutes avant mon arrivée. Les articles sont ici.

En entrevue avec le Journal de Mourial. Tout ce qui me venait en tête à ce moment: « Essaie de répondre autre chose que Oui ou Non et surtout, arrange-toi pour être compréhensible ! ». Le photographe était parti 10 minutes avant mon arrivée…

 

Une bière à 9h30 le matin. Quoi, une fois n,est pas coutume, non ?

Une bière à 9h30 le matin. Quoi, une fois n’est pas coutume, non ?

 

À mon tour, j'ai attendu ceux qui ont terminé en troisième position: Louis (9) et Pierre (23). Avec nous, Patrick-le-bénévole-qui était-partout et Gilles, un des principaux organisateurs

À mon tour, j’ai attendu ceux qui ont terminé ensemble en troisième position: Louis (2) et Pierre (23). Avec nous, Patrick-le-bénévole-qui était-partout et Gilles, un des principaux organisateurs

 

Pat, maudit que t'avais raison !

Pat, maudit que t’avais raison !

 

 

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Bromont Ultra: la suite

Sections 9 et 10 (kilomètres 55 à 71 : le lac Gale)

Pierre a quitté le camp de base avant moi, son compagnon juste après. Celui-ci me rejoint dans le stationnement menant au chemin de terre que nous allons emprunter. En passant, je l’entends me murmurer : « On ne lâche pas le jeune ! ». De quessé ?  Hé, je ne me souviens pas la dernière fois où je me suis fait appeler comme ça… et je ne pensais bien que ça ne m’arriverait plus jamais ! 😉

La petite route est roulante, mais comme elle est en montée, je préfère la faire en marchant. Je vois les deux autres courir et s’éloigner. Je suis confortable avec ma décision: avec plus de 100 kilomètres encore à parcourir, je me dis que la route est encore longue. Très longue. Dans le meilleur des cas, je courrai quand je repasserai, dans quelques (ok, plusieurs) heures. Demain matin, en fait !  Hé oui, je vais encore courir demain matin.

Entrée dans les sentiers : ils sont larges, pas tellement techniques. J’adore. Dans une longue montée, je gagne du terrain sur Pierre, assez pour l’entendre raconter à des cyclistes de montagne que nous avons pris le départ à 9h ce matin. J’ai un peu perdu la notion du temps, mais à voir la réaction des gens et aussi et en y pensant le moindrement, je me rends bien compte que nous sommes en fin d’après-midi. Ces personnes achèvent probablement leur journée de vélo alors que nous n’avons pas encore franchi la moitié de notre parcours. C’est vraiment débile comme course.

Sur les bords du lac Gale, je suis frappé par la beauté des lieux. Après à peine un kilomètre à longer les berges du lac, nous arrivons au ravito Balnéa (kilomètre 62). Déjà ?  Mon Dieu, une petite étape facile !  Pierre me surprend en s’assoyant. Il faut dire que l’endroit est invitant: bien à l’abri, beaucoup de tables, de la bouffe en grandes quantités, des gens accueillants et de la musique au son de laquelle je m’amuse à « danser », au grand plaisir des bénévoles qui sont d’office. C’est certain que pour les gens dits normaux, ce ne devrait pas être l’air qu’on a après 60-65 kilomètres de course. Mais bon, c’est l’air que j’ai, alors…

Notre compagnon quitte le premier, Pierre et moi suivant pas tellement loin derrière. Sauf que mon « modèle » croise sa famille en chemin et s’arrête pour leur jaser un peu. Je poursuis donc seul, jusqu’à ce que j’arrive sur les traces de celui-dont-je-ne-saurai-jamais-le-nom. Son non-verbal indique clairement qu’il est dans un creux. Il n’offre aucune résistance quand je le dépasse. Je le perds de vue rapidement. Serait-il cuit ?

J’évolue donc maintenant complètement seul dans les beaux sentiers du secteur du lac Gale. Au bout de 2 ou 3 kilomètres, je croise un coureur qui ne fait pas partie de la course. Je lui dis bonjour, il me répond… que je suis en quatrième position !  Je cite alors Robert DeNiro : « C’est à moi que tu parles ? ». Car je trouve totalement incongru que je sois en quatrième position, surtout que je sais pertinemment que Joan et Thibault sont devant. Je ne peux pas croire qu’il n’y a seulement qu’un autre coureur devant moi.

« Tu es dans le 160 kilomètres solo, non ? ». Heu, oui… « Ben t’es en quatrième position, mon loup. ». Mon loup ?  C’est ma femme qui m’appelle comme ça, tu sauras !  Mon loup, franchement… Mais la nouvelle qu’il m’apporte est tellement bonne que je ne lui en tiens pas rigueur.

Je vogue donc, profitant de chaque instant de ce bonheur que je suppose passager. Très passager même, car j’entends maintenant des pas derrière. La cadence est rapide, je suis définitivement en train de me faire shifter. Au revoir quatrième position !

Je me retourne. Une fort jolie fille est effectivement en train de me rattraper. Mais j’ai à peine l’occasion de commencer à réfléchir qu’elle me dit qu’elle court le relais. Ouf !  N’empêche qu’elle court vite quand même !  En temps normal, je n’aurais pas de difficulté à la suivre, bien au contraire, mais on dirait que mon corps entier est conditionné à une seule et unique tâche : faire la distance. Je laisse donc partir l’inconnue.

Le sentier finit par se corser et devenir ma foi, très technique. Je ne m’attendais pas à ça. Monte, monte, monte encore. Mais tout en haut, je me rends compte que l’effort en valait la peine : la vue sur le lac est à couper le souffle. Pour la première fois de ma vie, j’ai envie de prendre un selfie. Mais mon téléphone est bien emballé dans un ziploc, il prend une éternité à allumer… Peut-être tantôt ?

Ouais, il commence à faire sombre dans le bois, vivement le camp de base. En descendant sur le chemin de terre qui m’y ramène, je vois une indication pour la course de 12 kilomètres. Mais moi, je fais le 160, dois-je passer par là ?  Je décide de ne pas prendre de chance et retourner au camp de base par le chemin où je suis passé plus tôt.

Il semblerait que ce n’était pas la chose à faire car j’arrive du mauvais côté de la tente où je dois faire prendre mon poids. Oups. L’important est que je ne me sois pas raccourci et il semblerait que non. Sous la tente, Allister. Aussitôt, je lui lance un gros : « I hate you !!! ». Voyant son hésitation quant à savoir si je suis sérieux ou pas, je me jette dans ses bras et lui fait l’accolade. « C’est vraiment un beau parcours que tu nous as fait » que je prends soin d’ajouter.

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Oups, j’arrive du mauvais bord…

Je reconnais ensuite ma gang qui m’attend avec un bel enthousiasme. Parmi eux, un intrus : Pat, qui porte des vêtements chauds et une tuque. Ha non, il a dû abandonner… Shit !  Mon expression doit trahir ce que je pense, car il s’empresse de me dire, sur un ton très calme : « C’est pas grave. C’est vraiment pas grave. On va se reprendre !»  Je lis la sérénité dans ses yeux, ce qui me rassure un peu. Il n’a pas l’air blessé, probablement qu’il a encore son exploit de l’UTMB dans le corps. Je suis quand même déçu pour lui. C’est un peu beaucoup grâce à lui si je suis ici aujourd’hui… Il nous raconte ce qui s’est passé ici. Oui, on va se reprendre Pat.

Ok, de retour à ce que je peux un tant soit peu contrôler : ma course. La pesée: 146 livres.  J’ai perdu 2 livres depuis le départ, c’est parfait. Juste pour satisfaire ma curiosité, je m’informe de ma position. Après vérification, on me confirme : je suis quatrième. Holy shit…

La section a été plus courte que prévu : 15 ou 16 kilomètres plutôt que les 18 annoncés. Ça ne me fera pas pleurer. Mais définitivement que je dois ajouter allonger mes vêtements et partir avec mes lampes frontales. Barbara me demande si je veux « ma » frontale. Je lui réponds que ça m’en prend deux en lui expliquant que c’est essentiel : en effet, si les piles deviennent faibles sur ma lampe, comment les changer si on n’a pas une autre source lumineuse ?  Comme pour appuyer mon argumentation, je demande confirmation à Pat qui répond : « Hé oui, toujours deux lampes ».

Ma douce, prévoyant toujours l’imprévisible, sort une deuxième frontale du sac qu’elle transporte. Elle est incroyable ! J’enfile donc mon t-shirt à manches longues jaune-flashant de Boston (autre idée de ma tendre moitié, question que je sois plus visible la nuit), place une lampe autour de ma taille et pendant que Patrick le super bénévole omniprésent (il est partout !) aide Barbara à remplir ma veste, j’enligne l’autre frontale à l’endroit où elle devrait être : sur mon front, bien évidemment ! Dernier accessoire : ma cloche à ours. Pas que ça me tente vraiment, mais bon, au cas où…

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Kilomètre 71, je commence à me déguiser en ultrarunner…

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Laissant Barbara et Patrick s’occuper des tâches nécessitant le moindrement d’habileté…

Plus que la petite boucle du mont Oak et j’aurai la moitié de parcourue.

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À l’assaut de la petite boucle du mont Oak

Sections 11 et 12 : (kilomètres 71 à 80, le mont Oak)

C’est au joyeux son des gueling-gueling de ma cloche que j’attaque le petit bout très roulant dans le champ menant aux sentiers. Je ne peux pas croire que je vais endurer ça toute la nuit… Je pénètre ensuite dans les sentiers du mont Oak, les premiers que j’ai faits à la course lors d’un séjour en camping dans la région il y a quelques années. Dans la forêt, l’obscurité se fait vite sentir et je vis une première : courir à la lueur de la frontale.

Cette section a été affublée de plusieurs surnoms : le labyrinthe et le jour de la marmotte en sont des exemples. Pour ma part, je dirais plutôt des spaghettis. On a l’impression de parcourir un enchevêtrement infini de sentiers constitués de dizaines de virages en épingle. À la longue, à l’obscurité, on finit par attraper le tournis. À maintes occasions, je me demande si je ne suis pas déjà passé par là et ne suis pas en train de refaire le même trajet, encore et encore.

C’est avec joie que j’aboutis sur un poste de ravitaillement (Canaël, kilomètre 77 supposément). Good, je ne me suis pas perdu. Je m’attendais à un petit relais cucul, mais non, c’est un full ravito, alors j’en profite pour m’empiffrer. Juste un peu là… C’est l’heure du souper, non ?

Un peu plus loin dans les dédales interminables, je crois reconnaître quelqu’un. En fait, c’est son manteau que je reconnais : c’est Pierre-Olivier !  Je suppose évidemment qu’il est derrière moi (c’est dire à quel point ces sentiers sont mêlants : on ne sait même pas si quelqu’un est devant ou derrière !) et me dis que finalement, il n’a pas eu trop de problèmes. Tant mieux pour lui. Menacerait-il ma super quatrième place ?

C’est quand je me rends compte quelques minutes plus tard qu’il est devant que je commence à sérieusement me poser des questions. Comment se fait-il qu’il est là ?  Je le rejoins, on échange quelques mots. Je vois bien qu’il ne me reconnaît pas, alors je lui plante carrément ma lampe dans la face, question d’être bien sûr que c’est lui (les bonnes manières finissent par se perdre avec les heures de course…).

« Fred ?  Qu’est-ce que tu fais derrière moi ? ». Je me demande plutôt ce que tu fais devant moi, chose !  Aussitôt, je lui demande s’il a fait les sentiers du lac Gale. « C’est quoi ça ? ». Tu n’as pas vu le lac ? Le sentier sur le bord, la vue d’en haut… « Non. ». Ha ben bout de viarge, il n’a pas fait la boucle du lac Gale !  J’ai au moins 15 kilomètres de plus que lui de parcourus !  Je lui demande s’il a un GPS, question de vérifier la distance parcourue. Négatif. Évidemment. Cout’ donc, qui est-ce qui court sans GPS de nos jours ?  En tout cas, j’en suis à peu près certain: les indications n’étaient pas assez claires au camp de base et il est parti sur la droite au lieu de prendre la gauche. Moi, je connais un peu la géographie du coin, mais ce n,est pas pareil pour tout le monde.

On se suit un petit bout, puis je le distance peu à peu. Après des milliers de zigzags, je sors finalement du bois et me retrouve dans un champ. Il fait maintenant vraiment très noir. La seule façon de me retrouver, c’est de suivre les petits fanions roses plantés à même le sol, un à un. Quand j’aperçois des obstacles fixes utilisés pour les concours équestres, je sais que je me rapproche du camp de base.

Finalement, la section ne faisait pas 7 kilomètres, mais plutôt 9, peut-être même 10 !  J’arrive à une table où il n’y a aucune victuaille d’offerte, ni même d’eau. De quessé ?  C’est l’endroit où on peut récupérer son drop bag. Ouais… Le bénévole, voyant que je cherche de l’eau, m’offre sa propre bouteille. Les bénévoles en ultra, c’est vraiment un monde à part.

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Le lieu de récupération des drop bags. Je n’ai pas vraiment d’affaire là…

Barbara me demande si je veux me changer. Non, je me sens correct pour continuer comme ça. « Tu ne vas pas partir de même ? » demande Marie-Claude. Heu… oui. Tu sais, je bouge un petit peu, genre. Pas certain que je vais faire la nuit comme ça, mais pour le moment, pourquoi m’encombrer ?

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La moitié du chemin de fait. Ça va bien, mais ça ne veut pas dire qu’on trouve ça facile…

Pierre et son compagnon arrivent comme je suis pour partir. Avec eux, Pierre-Olivier qui leur dit qu’il s’en va faire le lac Gale. Je ne peux qu’admirer cette honnêteté. Il aurait pu facilement « oublier » cette boucle-là et partir tout de suite pour un deuxième tour. Bon, l’organisation se serait peut-être rendu compte de quelque chose vu que nos numéros sont pris en note à chaque ravito, mais quand même…

Mes supporters vont maintenant quitter, me laissant aux bons soins de Barbara et de mon père. Je les remercie de leur présence. Ça fait tellement chaud au cœur de voir des gens se déplacer ainsi pour venir nous voir… J’avertis mon équipe qu’il se pourrait bien que ça me prenne 2 heures pour franchir les 13 prochains kilomètres. En effet, ils sont techniques par bouts et je n’ai aucune expérience en course la nuit, alors ça risque d’être encore plus long. Je préfère les avertir.

Avant de quitter, mon père me dit : « À partir de maintenant, c’est du bonus. Tu sais, tu n’as jamais couru aussi loin. Alors si ça ne va pas, il n’y a pas de mal à t’arrêter. Ce sera quand même le plus long que tu n’auras jamais fait. ».

C’est drôle, mais l’idée ne m’avait même pas effleuré l’esprit. Dans ma tête, je suis à mi-chemin. Abandonner ? Peut-être l’envisagerai-je plus tard, mais pour le moment, il n’en est même pas question.

Coup d’œil à la Garmin : 10h30 depuis le départ. Ok, on va oublier les 20 heures. Même 22 heures va être difficile. J’essaierai de faire 24 heures, mais à la base, ce que je veux, c’est terminer.

Sections 13 et 14 : camp de base (80k) à Versant du Lac 2 (93k)

Commence mon deuxième tour. Dans l’herbe mouillée, encore une fois. Bien content de ne pas avoir changé de souliers, ça aurait été une pure perte de temps. Une fois dans le sentier qui longe la route, Barbara me klaxonne au passage, je lui envoie la main. À tantôt mon amour !

Dans la partie technique, une belle surprise : elle me semble infiniment plus complexe que lors du premier tour. C’est fou la différence par rapport à mon premier passage ici. C’est comme… le jour et la nuit (duh !).

Suivant les conseils donnés par Joan, je cours avec les deux lampes allumées. Celle à mon front éclaire en permanence où mes yeux regardent alors que celle à ma taille se charge de me donner une bonne idée des petites variations dans le relief. Au fur et à mesure que je progresserai, je vais allumer cette dernière dans les sections techniques et l’éteindre dans les parties plus roulantes, question d’économiser les piles.

Je découvre rapidement un inconvénient majeur à ma frontale. En effet, on peut ajuster l’angle selon lequel on veut qu’elle éclaire. Sauf qu’à chaque fois où mon corps subit un coup le moindrement brusque (genre sauter en bas d’une petite butte), elle s’abaisse et éclaire mes pieds. Je le sais où ils sont mes pieds, espèce de frontale à la con ! Je t’ai achetée pour que tu éclaires devant, pas mes pieds, bout de sacrament.. Des heures durant, elle me fera damner et sortir tous les saints de l’église. Au final, la cloche à ours n’aura peut-être pas servi à grand-chose…  😉

Au relais Cercle des Cantons 2 (kilomètre 87), je m’apprête à faire un squat pour prendre de l’eau à même la champlure du 5 gallons, comme un peu plus tôt dans la journée. C’est à ce moment que je me rends compte que mes quads commencent à me demander grâce : impossible pour moi de faire cette manœuvre !  Oups. Ok, je peux me passer d’eau, mais s’il fallait que je sois obligé de soulager un numéro deux dans le bois… Je préfère ne pas y penser.

Bon, est-ce moi ou est-ce l’obscurité ?  On dirait vraiment qu’il y a plus de montées et de descentes que lors du premier tour. Peut-être que je m’en rends plus compte parce que plus tôt, j’avais de la compagnie, alors que maintenant, je suis seul. D’ailleurs, j’ai tellement l’impression de ne pas avancer que je m’attends à ce que Pierre et son comparse me rejoignent d’un moment à l’autre. Mais chaque fois que je me retourne, rien. Pas la moindre lumière. Ça en est presque louche.

J’arrive au ravito Versant du Lac 2 (kilomètre 93) 1h58 après avoir quitté le camp de base. Pas mal comme prévision, hein ?  Et surprise : le coureur qui me précède est là. C’est Martin, que je connais de nom, mais que je ne reconnais pas. Avoir su… C’est tout de même la première personne à avoir fait 100 miles à la course en sol québécois (c’était au Pandora 24 en juillet). Il part juste comme je me pointe le nez, mais c’est la première fois que je le vois. Alors que je pense que je perds du terrain, serais-je en train d’en gagner ?

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Mon accueil au 93e kilomètre. Pourquoi ai-je l’impression que madame est moins empressée que monsieur ? 😉

Mon équipe est là, fidèle au poste. Je décide de changer de vêtements : j’opte pour le combo t-shirt – coupe-vent, plus chaud pour la nuit et plus flexible aussi car je peux enlever les manches du coupe-vent. Je garderai toutefois les shorts, ne ressentant aucun inconfort à ce niveau (mise à part la foutue clé du RAV4 qui s’amuse à frotter sur mon monsieur).

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Un autre changement de costume

Le buffet maintenant. Qu’est-ce qu’on fait quand on a envie de tout bouffer ?  Car oui, mon estomac se porte super bien. Tiens, je vais essayer un sandwich gelée – beurre d’arachides. On va voir ce que ça donne. En tout cas, c’est bon en ta…

Ok, une grosse section devant. Je prévois 2h30, peut-être même 3 heures pour me rendre au garage du gentil monsieur, à peine 11 kilomètres plus loin. C’est dire à quel point j’ai du respect pour le parcours qu’Allister nous a concocté. J’en avertis mon équipe, au cas où ils voudraient dormir un peu. Mais ça ne semble pas être le cas, ils semblent tous les deux en super-forme.

Sections 15 et 16 : Versant du Lac 2 (kilomètre 93) à Ironhill  2 (kilomètre 104)

Je me disais que cette section serait difficile la nuit. Hé bien, je ne m’étais pas trompé !  Tout d’abord, premières protestations au niveau de mon estomac. Déjà ?  Merde, il me reste tout de même plus de 65 km à faire, est-ce que je vais être pogné à ne plus avoir le goût de rien avaler ?  Les paroles de Joan en début de course me reviennent en tête : « Les 50 derniers kilomètres sont toujours difficiles ». Comme dirait mon amie Maryse : ishhhhhh…

La première grosse montée (ce que j’avais appelé les « hors d’œuvre » durant la journée) passe plutôt bien, mais la descente qui suit est tout simplement infernale. Toujours sur les freins, toujours sur les talons. Et ma maudite frontale à la con qui s’amuse à éclairer mes pieds à la moindre secousse. GRRRRRR !!!

Toujours est-il que dans la partie plus roulante menant à la pièce de résistance, je vois quelqu’un à l’écart dans le bois, s’éclairant à la frontale et portant une veste réfléchissante. Appel de la nature. C’est loin d’être la manière la plus glorieuse de le faire, mais voilà, à cet instant précis, je monte virtuellement sur la troisième marche du podium. Je n’ose pas trop y croire. Il y a certainement quelque chose qui va se passer, l’ordre naturel des choses sera rétabli, ça ne se peut tout simplement pas.

J’entame tout de même la montée confiant de pouvoir creuser l’écart sur mes poursuivants. Les montées sont ma force, c’est le moment de l’exploiter. Je monte, monte, monte. Agrippe une racine qui, bien évidemment, s’arrache sous l’effort. Déséquilibré, j’évite la chute de justesse. Grrr !  Je pense à Julie qui aurait bien aimé faire de cette boucle de 55 km son premier ultra. Pas certain qu’elle aurait apprécié…

Je poursuis, allant d’un fanion/ruban rose à l’autre. Puis… plus rien. Je suis rendu dans des roches, des feuilles, des buissons. On dirait qu’il y a un sentier à droite. Je me dirige dans cette direction, tant bien que mal. Rien. MERDE. Je cherche, cherche, cherche. Toujours rien. Tout ce que ma frontale réussit à éclairer, ce sont des feuilles, des roches, des branches. Je ne sais même plus si j’arrive de la gauche ou de la droite, je n’ai plus aucun repère. Je dois me rendre à l’évidence : je suis perdu. Crissement perdu. Calv… !

Bon, je fais quoi là ?  Je me mets en boule et je pleure ?  Ce qu’il y a de plus intelligent à faire, c’est redescendre et espérer croiser le sentier. Je ne dois pas être bien loin, bout de sacrament !  Et puis, il y a bien du monde qui va finir par passer. Je n’aurai qu’à suivre la lumière des frontales pour retrouver mon chemin. Non mais, tu parles d’une manière loser de perdre la troisième place…  Est-ce que j’aurai bien d’autres chances de finir une course d’une telle importance à cette position ?

Justement, je vois une lumière qui s’agite un peu plus bas. Elle semble monter en se  dirigeant vers ma droite. Je regarde dans cette direction… J’aperçois un ruban autour d’un arbre. Eureka !!!

Sans plus attendre, je reprends l’ascension de plus belle. Elle est longue. À chaque fois que je pense qu’elle est terminée, elle trouve une autre façon de se poursuivre. Je n’ai jamais vu une montée faire preuve d’une telle imagination pour allonger le plaisir.

Finalement, la descente. Elle est dans toute sa splendeur lobotomique. De dangereuse le jour, elle passe à carrément suicidaire la nuit. Il y a plusieurs pitchs que je dois faire sur les fesses seulement pour rester en vie. À plusieurs reprises, je remercie le ciel d’avoir arrêté la pluie.

Je parviens sain et sauf au relais rue Knowlton 2 (kilomètre 98). Encore une fois, impossible de squatter pour prendre de l’eau, alors j’agrippe une canette de Coke vide laissée sur la table qui me servira de verre. Après presque 100 kilomètres, on est moins gesteux, mettons.

Cette section sur chemins de campagne se fait plutôt bien. Le bruit de mes pas est accompagné par le gueling-gueling incessant de ma cloche à ours, ce qui alerte à peu près tous les chiens du « voisinage ». Je n’ai pas peur de la gente canine, bien au contraire, mais à plusieurs reprises, je prie pour que les propriétaires de voix plutôt menaçantes soient attachés. Avec une chaine, de préférence.

Au ravito Ironhill 2 (kilomètre 104), une surprise m’atttend. Derrière les tables, dans le garage, qui vois-je assis confortablement sur une chaise, enveloppé dans une couverture, ses bâtons de marche à ses pieds ?  Thibault.

Au moment même où je le réalise, Barbara apparaît et me lance, cachant mal son enthousiasme : « T’es deuxième !!! ».

Les petites vites de février

Les courses au grand froid. Plusieurs d’entre nous courons, hiver comme été. Il est donc normal qu’il y ait des compétitions à longueur d’année… et pas seulement à l’intérieur. Ainsi donc, c’est dimanche qu’avaient lieu le Winterman Marathon à Ottawa ainsi que le Demi-marathon hypothermique au parc Jean-Drapeau.

Comme j’en ai déjà glissé un mot, ces épreuves me font toujours un peu peur à cause… du froid, bien évidemment !  De plus, je ne peux être certain pour le Winterman, mais je sais que les îles Ste-Hélène et Notre-Dame sont très exposées au vent et il peut être assez pénible merci d’y courir quand le dieu Éole est de la partie.

Et la journée de dimanche n’est pas demeurée en reste du côté météo, avec une température de -15 degrés et un vent autour de 30 km/h. Ajoutez à ça l’humidité omniprésente en plein milieu du fleuve et j’en ai les frissons juste à y penser. Je sais, on a connu pire cet hiver, mais quand on est à l’entrainement, on a toujours l’option d’arrêter pour se réchauffer ou tout simplement retourner à la maison. En course, ce n’est pas la même chose.

Bref, toutes mes félicitations aux participants, j’ai eu une pensée pour vous pendant que je courais dans les rues enneigées de ma petite banlieue.

La demande est-elle suffisante ?   Les ultramarathons en sentiers, c’est quelque chose de relativement nouveau au Québec. L’Ultimate XC de St-Donat et le XC de la Vallée font figures de pionniers et pourtant, ces épreuves n’existent que depuis quelques années. En 2013, d’autres épreuves ont fait leur apparition, je pense entre autres à la Chute du Diable (50k), à l’UT Harricana (65k) et au Tour du Massif des Falaises (50k).

Déjà, on se retrouvait avec une quantité non-négligeable d’épreuves, assez pour satisfaire l’apprenti ultramarathonien en tout cas. Or, voilà que pour 2014, d’autres épreuves ont fait leur apparition:

  • L’Estrie 50, une course de 50 milles qui empruntera une partie des Sentiers de l’Estrie
  • À St-Donat, une course de 120 km a été ajoutée, sur “invitation” pour cette année, mais sur “qualification” à partir de 2015
  • La Pandora 24, une course de 24 heures qui se déroulera dans les mêmes sentiers que le Tour du Massif des Falaises
  • La Chute du Diable a ajouté une épreuve à sa liste: un 80 km
  • L’organisation de l’UT Harricana offre également un 80 km aux coureurs cette année
  • La Trans Gaspésia, une course par étapes de 260 km
  • J’ai entendu entre les branches qu’il y aurait également un ultra organisé à Bromont cet automne

À mon humble avis, ça fait beaucoup de courses pour un bassin de coureurs relativement réduit. En comparaison, bien que la course sur route demeure beaucoup plus populaire, il n’y a toujours que 4 “vrais” marathons au Québec. On estime qu’il y a environ 300 ultramarathoniens ici, chiffre que je trouve réaliste car même si je cours en sentiers depuis seulement deux ans et n’ai pas fait beaucoup de courses, j’ai l’impression de revoir les mêmes visages à chaque fois. Bref, je m’interroge à savoir si la demande est vraiment là pour une telle quantité d’épreuves… En tout cas, on le souhaite très fort !

Les intervalles.  J’en ai glissé un mot l’an passé, je trouve le Marathon de Boston bien mal placé dans le calendrier. En effet, toujours cédulé le troisième lundi d’avril, il exige que les coureurs fassent la majeure partie de leur entrainement en plein hiver.

Question: avez-vous déjà essayé de faire des intervalles en hiver ?  L’air arctique qui gèle les poumons, on peut s’y faire, mais la neige qui nous fait spinner ?  Et la glace qui transforme chaque virage en entreprise périlleuse ?  D’ailleurs, les experts recommandent de ne pas faire d’intervalles à l’extérieur en hiver, mais plutôt de s’y astreindre soit sur une piste intérieure, soit sur un tapis roulant. Comme aucune de ces solutions ne m’enchante vraiment (je sais, j’ai tourné en rond pendant presque 4 heures dernièrement, mais c’était dans le cadre d’une compétition, bon !), je me retrouve à ne pour ainsi dire pas faire grand chose pour améliorer ma vitesse, à part quelques sprints ici et là, quand la surface le permet. Je me suis aussi lancé dans la neige folle jusqu’aux mollets samedi dernier, m’époumonant à avancer à 6:00/km. Je ne sais pas si ça a aidé, mais c’était bien amusant !

Les côtes. Elles sont essentielles en prévision de Boston, le foutu parcours n’étant jamais plat. Monte, descend, monte descend… Mais bon, il n’y a pas vraiment de côtes dans mon coin et j’hésite toujours à trop m’éloigner de la maison quand il fait froid… Bref, un déménagement à Vancouver commence presque sérieusement à être envisagé !  😉

Le talon. Selon les théories à la mode ces dernières années, la cause principale des blessures répétées chez les coureurs serait… le coussinage trop épais des chaussures de course. En effet, l’être humain serait mécaniquement constitué pour courir. Durant la préhistoire, il pourchassait ses proies sans relâche, en courant pieds nus. Avez-vous déjà couru pieds nus en atterrissant sur le talon ?  Ouch !

Pourtant, c’est ce que l’absorption hors norme que nous procurent les chaussures modernes nous incite à faire. Et à la longue, cette mauvaise habitude finirait par créer des problèmes au niveau musculo-squelettique. Depuis que je cours, je n’ai jamais senti que c’était mon talon qui touchait le sol en premier, j’avais plutôt l’impression que chaque partie de mon pied faisait contact avec le sol en même temps que ses congénères. En regardant mes souliers, je me disais même que je devais faire le tout correctement car le devant de la semelle était toujours la partie qui usait en premier.

Or, les photos du marathon intérieur m’en ont donné un premier aperçu, puis j’en ai eu la confirmation en regardant plus attentivement les semelles de mes souliers de route: à chaque foulée, le premier contact de mes pieds avec le sol se fait par l’extérieur du talon. Pas que l’impact se fasse directement sur le talon, mais disons que ma foulée n’est pas optimale. Si je ne veux pas me retrouver sur les lignes de touche de façon permanente d’ici quelques années, je dois essayer de changer ça. Quand ça fait des années qu’on court d’une façon, et qu’on est rendu dans le milieu de la quarantaine, plus facile à dire qu’à faire.

Mardi de la semaine passée, je pense que je “l’avais”: corps penché légèrement vers l’avant au niveau des chevilles, je combattais constamment la gravité pour garder mon équilibre. Je sentais les quads qui travaillaient, qui me propulsaient vers l’avant sans effort particulier. Et je volais littéralement. Les premiers 5 km ont été avalés en 20:05. Pourtant, les 3 derniers étaient avec vent de face et je me suis tapé la montée vers l’écluse sur ces 5 km. Je n’en revenais pas. C’était si facile, ça allait tellement bien…

Puis je l’ai “perdu”, quelque part dans la neige deux jours plus tard. Pas facile d’utiliser seulement le bout du pied pour se propulser quand ça spinne. Mais je vais le retrouver, je le sens !

Petites vites de début d’année

Question de parler d’autre chose que du temps qu’il fait (avouez que ce n’est vraiment pas évident ces jours-ci, surtout quand le mercure grimpe, puis replonge de 25 degrés en l’espace de quelques heures avant de vouloir remonter en vue de la fin de semaine), voici ce qui a retenu mon attention au cours des derniers jours dans notre merveilleux petit monde des coureurs du froid et de l’humidité.

1- Marathon de Boston: la résilience (encore). Un petit coup d’oeil furtif à la liste des inscrits au prochain Marathon de Boston m’a confirmé ce que je savais déjà: la résilience des coureurs, ce n’est pas de la frime. Qu’il s’agisse de personnes connues ici (Éric Hoziel, Suzanne Gariépy), de coureurs connus  au Québec (Sébastien Roulier) ou ailleurs (Team Hoyt, Amy Rusiecki) ou de connaissances à moi, tous ceux qui étaient là en 2013 seront de retour en 2014.

C’est avec beaucoup de fierté que je me joindrai à eux à Hopkinton le 21 avril au matin.

2- Ultimate XC St-Donat. Les autobus jaunes s’emplissent rapidement !  Plus de la moitié des places sont déjà prises pour chacune des épreuves de 38 et 60 km après seulement une semaine d’inscriptions. Il serait étonnant que ces deux courses-là n’affichent pas “complet” d’ici au printemps.

3- Vermont 100. “Online registration opened on January 6th 2014. And the response was overwhelming !”. Ce sont les mots que l’on retrouve sur le site internet du Vermont 100. Et “overwhelming”, c’est le moins qu’on puisse dire !  J’ignore en combien de temps le 100 milles s’est rempli, mais à peine 4 heures après l’ouverture des inscriptions, il ne restait plus de place et la liste d’attente comptait déjà une trentaine de noms.

Je me demande bien ce que les organisateurs comptent faire pour les prochaines éditions, l’approche “premier arrivé, premier servi” n’étant peut-être pas la meilleure quant une épreuve devient trop populaire. Se voir refuser l’accès à une course pour cause de problème de connexion internet, ça doit être assez frustrant merci ! Je prédis l’instauration loterie pour l’édition 2015.

En ce qui concerne le 100k, la course que j’envisageais faire cette année, il reste encore une vingtaine de places au moment d’écrire ces lignes.

4- Pandora 24. C’est maintenant décidé, je ne serai pas de la fête à Silver Hill Meadow en juillet. Le but de m’inscrire au 100k était d’aller chercher de l’expérience en vue d’un 100 milles. Or, bien que cette course m’aurait été fort utile en ce sens, elle aurait représenté un investissement logistique et monétaire équivalent à la “vraie” course. De plus, je craignais d’éprouver un certain regret à la vue des 100-milers tout autour de moi.

Je mettrai donc le cap sur Prévost cet été. Mon but: effectuer des tests. Voir ce qui marche, ce qui ne marche pas côté alimentation, hydratation, vêtements, chaussures, etc. Le fait de pouvoir avoir accès à mes affaires à tous les 10 km me permettra de pouvoir m’ajuster en cours de route tout en étant pas mal moins exigeant pour l’équipe de support !  Je pourrai également tester ma volonté car après plusieurs heures passées dans les sentiers, il sera probablement tentant de sauter dans l’auto pour retourner à la maison !

Aussi, détail non négligeable, on ne m’a dit que du bien du Massif des Falaises et de l’organisation du Tour en octobre dernier.

5- La fin de saison. Encore une fois, toujours question d’y aller progressivement, pas de Virgil Crest pour 2014. J’envisage plutôt deux courses de 80 km / 50 milles: la Chute du Diable et mon Vermont 50 chéri que j’ai dû laisser tomber en 2013. Mais bon, j’ai encore le temps d’y penser, pas vrai ?

6- Face de bouc. Comme les valeureux Gaulois, je résiste, encore et toujours à l’envahisseur. Mais pour combien de temps encore ?  Maintenant, les réseaux que l’on dit sociaux sont partout et si on les évite, on finit par se priver d’informations très intéressantes. Ainsi, la très grande majorité des épreuves ont leur page Facebook sur laquelle ils publient les dernières informations pertinentes. Les infolettres arrivent souvent plus tard… quand elles arrivent. Dans certains cas, être un irréductible comme moi présente des inconvénients considérables. Par exemple, l’organisation des 6 heures Frozen Ass Mount Royal n’avait même pas de site web, l’inscription se faisant par Facebook uniquement.

Va peut-être falloir que je me fasse à l’idée…

Les petites vites de fin d’année

De retour après quelques partys des Fêtes qui, mine de rien, occupent pas mal nos journées de congé. Voici ce qui a retenu mon attention au cours des derniers jours.

Le hasard fait drôlement les choses. Les tirages pour déterminer les participants en vue du Western States 100-Mile Endurance Run et du Hardrock Endurance Run se sont déroulés au cours des dernières semaines.

Dans un cas comme dans l’autre, aucun de nos ultrarunners québécois n’a été pigé. À la quantité de gens qui tentent leur chance (particulièrement pour le Western 100, à peu près l’équivalent du Marathon de Boston au niveau prestige pour les ultramarathons), ce n’est pas tellement surprenant. Par contre, j’ai remarqué une chose du côté du Hardrock: les super-vedettes Kilian Jornet et Timothy Olson font partie de 35 « recrues » dont le nom est sorti du chapeau. Quand même tout un hasard, n’est-ce pas ? Il y a serpent sous mousse.

Ultimate XC St-Donat. C’est avec une certaine surprise que j’ai pris connaissance de la dernière infolettre de l’Ultimate XC. J’y reviendrai au cours des prochains jours, elle mérite un billet à elle seule, celle-là !

Le Frozen Ass Mount Royal. J’étais tombé là-dessus par hasard peu de temps avant le congé des Fêtes: une course de 6 heures au Mont Royal. Ça avait lieu le 29 décembre et ça consistait à faire le plus de fois possible la boucle du sommet qui est d’une longueur de 2.25 km.

Ça m’intéressait, c’était le genre de défi qui m’allumait. En plus, comme première course contre le temps, un 6 heures, ce ne serait pas la mer à boire. Je me suis donc procuré des crampons pour la course et suis même allé m’entrainer sur ladite boucle 10 jours avant. Je me suis élancé devant le chalet, comme durant la compétition, et ai fait le tour 7 fois, sans jamais y aller à fond, mais sans jamais me retenir non plus. Mes temps au tour ont été d’une constance assez surprenante: entre 10:31 et 10:47. Dans la neige et les côtes, j’étais assez surpris de pouvoir tenir un si bon rythme. À la fin, je savais par où passer afin d’obtenir la trajectoire optimale, où la pente était la plus abrupte, où le vent était susceptible de souffler. Mon plan de course était prêt.

Sauf que je me suis blessé au sciatique deux jours plus tard dans la cr… de cassonade et malgré le fait que je puisse encore courir, je me suis dit qu’une course de 6 heures, ce n’était peut-être pas une bonne idée.

Toutefois, j’avais déjà demandé à mon amie Maryse de venir me soutenir moralement durant la cinquième heure de course et comme elle était toujours disponible pour une petite sortie sur la montagne, nous y sommes allés quand même ce jour-là. Il était environ 13h30 quand nous nous sommes retrouvés sur la boucle, il restait donc 90 minutes à la course. Il faisait froid, humide et c’était assez venteux. Les concurrents devaient donc vraiment se geler le c…

Sauf que surprise, nous n’en avons presque pas vus. Je m’attendais à ce que la boucle soit envahie par les coureurs, c’était tout le contraire: un véritable désert (ou à peu près). Il y avait une cinquantaine d’inscriptions, mais au total, je ne sais pas si nous avons vu 5 personnes portant un dossard. Parmi elles, j’ai cru reconnaitre Pablo Espinosa, que j’avais vu au Tourne en rond cet été. On dirait bien que les conditions météo ont refroidi les ardeurs de plusieurs et transformé la compétition en course par attrition.

Pandora 24. Une course de 24 heures, en sentiers, au Québec ?  Quand je suis tombé là-dessus hier, je me suis dit que ça ne pouvait pas vraiment marcher… Je me suis mis à lire un peu plus. Parcours de 10 km, 400 mètres de dénivelé positif. Hum,  intéressant. Ça se déroule la fin de semaine des 26-27 juillet, une semaine après le Vermont 100. Bon, je ne pourrais vraiment pas faire les deux…

Je me suis ensuite mis à réfléchir. Pour finir par faire un 100 milles, je devrai aller chercher de l’expérience en course. C’est pour ça que je voulais faire le 100k du Vermont 100 et non le 100M. Sauf qu’une course qui se fait boucle, ça a un petit quelque chose de rassurant. On sait qu’on est toujours à moins de 10 km de nos affaires, que s’il arrive un pépin, on n’est jamais tellement loin. Aussi, pas de souci pour l’équipe de soutien qui n’a pas à se déplacer d’un point du parcours à un autre. On peut même faire un essai sans équipe de soutien. En plus, dans ce genre de compétition, si on arrête avant la fin, on a tout de même un classement, ce qui n’arrive évidemment pas quand il y a une distance précise à parcourir. Tout ça sans compter qu’il serait moins dispendieux d’aller à Prévost qu’au Vermont.

Bref, depuis hier, j’y songe plus que sérieusement.

L’état du légèrement blessé. Comme j’en ai parlé la semaine dernière (et un peu plus haut), une sortie dans la cassonade hivernale m’avait laissé avec un muscle fessier qui s’amusait à compresser mon sciatique. Je m’étais promis de ne pas courir tant que je sentirais quelque chose. J’ai tenu ma promesse trois jours. Le 25, je suis parti « tout nu » (sans mon GPS) pour une sortie complètement au feeling. Au début, le mal s’est intensifié, pour ensuite se tenir à carreau. J’ai ensuite souffert le martyr en faisant mes étirements d’après-course, mais ça m’avait fait tellement de bien de courir à nouveau…

Le 27, j’avais un rendez-vous en ostéo en après-midi, alors pourquoi ne pas recréer le mal le matin, question d’avoir vraiment quelque chose à guérir ?  Ce que je fis. Après quelques kilomètres dans la neige molle, je croyais bien devoir couper court. Puis, une fois sur une surface acceptable, tout s’est (presque) replacé.

Heureusement car mon ostéo a « callé malade » comme on dit: gastro (en tout cas, ça ressemblait à ça comme symptômes). Et j’ai remarqué dans les heures suivantes que mon mal semblait s’estomper tranquillement. Hum… Donc après ma petite sortie au Mont Royal avec mon amie, je me suis dit qu’hier, je ferais un vrai test: un 34 km dans les rues, au froid, au grand vent.

Test réussi: 4:40/km sans me presser, parfois sur la glace, souvent dans le vent. Aujourd’hui, je ne vais pas plus mal, alors pas de raison d’arrêter. J’ai quand même un 50k à préparer, moi… 🙂