Retour à la maison

Voilà, toute bonne chose a une fin. Nous sommes revenus à la maison vendredi et depuis ce temps, nous nous astreignons à la série de tâches qui viennent irrémédiablement avec les retours de voyages: lavage, ménage de la roulotte, entretien de la maison, de l’extérieur, etc. Après 10 jours dans le paradis de Lake Placid, c’est le retour à la réalité.

J’ai tout de même pu faire un 11 km sur route hier, à une bonne vitesse, question de tester mes genoux. Oui, je dis « mes » car le droit a commencé à envoyer les mêmes signaux que l’autre, alors je le tiens à l’œil. Pas question qu’il me mette sur le carreau à son tour, celui-là. Moyenne de 4:16/km avec passage en 42:51 au 10e kilomètre. Pas de quoi écrire à sa mère, je suis probablement une douzaine de secondes au kilomètre plus lent qu’avant ma blessure. Mais avec deux genoux emprisonnés dans des espèces de bandages, ce n’est pas si mal non plus. Je me dis que la vitesse devrait revenir, si ce n’est pas pour cette année, ce sera l’an prochain. Le plus important est que je peux maintenant courir !!!  🙂

Au cours des prochains jours, je compte pondre quelques courts billets sur diverses choses qui me sont passées par la tête au cours de notre séjour aux USA. Certaines ont rapport à la course, d’autres non.

Je vais commencer par quelque chose qui n’a pas rapport et qui m’a frappé là-bas: le patriotisme des Américains. J’avoue que je ne comprends pas. Peut-être que nous, Québécois et Canadiens, sommes moins fiers de notre patrie, je ne sais pas, mais nos voisins du sud, ho la la… Des drapeaux américains, il y en a partout. En voir en face des édifices publics, soit. Sur les terrains des particuliers ?  Ok, ils ont bien le droit. Mais que les gens se donnent la peine de trainer un drapeau, son mât et d’installer le tout devant leur roulotte dans un camping, je ne vois tout simplement pas à quoi ça peut servir. Heu, on devine bien que vous êtes américains, nous sommes capables de le lire sur les plaques d’immatriculation… Pourquoi ce besoin de le proclamer ainsi, en plein milieu des Adirondack ?  Et certains accompagnaient même ce merveilleux montage de pancartes où on pouvait lire les slogans classiques: « Live Free or Die », « Liberty » ou « Proud to Be American » (noooon !!!).

Non, je ne comprends pas ce besoin de s’afficher comme ça. Faudrait qu’on m’explique…

Toujours pas changé d’avis

Hé oui, c’est toujours la lune de miel avec la région de Lake Placid. Hier, nous sommes allés faire un tour en « ville » et j’ai pu faire une épicerie type ultrarunner en faisant le plein de gels GU (à 99 cents !!!) et de barres énergétiques. Et comble de bonheur, ils avaient toutes les saveurs et la date de péremption n’était pas la mi-septembre.  Je pourrais m’habituer à ça, moi…

En plus, il me semble que j’aurais tant d’endroits à découvrir, à explorer… Juste à partir des sentiers situés tout près, il y a trois sommets qui sont accessibles et je n’ai pas encore pu y aller. Hier, j’ai fait un essai avec ma compagne quadrupède, mais comme il faisait chaud, elle a fini par me faire savoir qu’elle n’avait vraiment pas envie de se taper l’ascension au complet, alors nous avons rebroussé chemin, sans savoir si le sommet était proche ou non. Ce sera pour une prochaine fois. Ça m’a tout de même permis de faire un entraînement en montée et certains passages n’étaient pas piqués des vers. Pour la descente, disons que j’enviais son centre de gravité situé à 6-8 pouces du sol. Elle passait son temps à se retourner, ayant l’air de dire: « Ben voyons, tu te grouilles le derrière ou pas ? ». Ouais ouais, mademoiselle chose, tu ne disais pas la même affaire en montant !

Pour ce qui est de la course, tout va encore relativement bien. Évidemment, le protecteur que je porte me nuit un peu, mais je ne me vois pas encore courir sans lui. Je ne fais tout simplement pas assez confiance à mes tendons pour ça. Par contre, je fais assez confiance au reste pour me lancer dans un demi en sentiers demain matin. Si le test est concluant, ce sera le 28 km pour moi au Harricana… s’il n’est pas trop tard pour changer d’épreuve. Un 28 km que je ferais relaxe, comme un entraînement en vue de ce qui est devenu l’objectif ultime de la saison: le Marathon de New York pour lequel une seule chose importera: m’amuser en visitant la Grosse Pomme.

Et en attendant, ma tendre moitié à la chance d’avoir un homme qui a réappris à sourire. Et ça, c’est très plaisant. Et ce le sera encore plus le jour où Internet fonctionnera comme du monde. Car honnêtement, il est à ch… ici !

On déménage !

Ça a l’air que ça me pogne à chaque fois que nous campons au sud de la frontière.  Ça m’est arrivé à Burlington, puis à Lake George l’an passé. Mais cette fois-ci, c’est encore pire: je veux ABSOLUMENT déménager ici !

Je vous raconte. Depuis mardi, nous sommes installés au camping KOA de Wilmington NY, à précisément 17 km de Lake Placid. Il n’y a qu’un seul mot pour décrire notre environnement: le paradis. Devant moi, alors que j’écris ce billet, derrière les arbres se cache Whiteface Mountain, là où se sont déroulées les épreuves de ski alpin des Jeux d’hiver de 1980 (et fort probablement ceux de 1932 aussi). On n’a pas de montagne comme celle-là par chez nous. La preuve: il faut faire toutes sortes de contorsions pour essayer de fabriquer une pente assez longue pour tenir la descente des hommes. Ici, pas besoin.

Tout en promenant Charlotte autour du camping, qui est super propre, tranquille, ombragé et qui possède même une « pet trail » spécialement pour les toutous, qu’ai-je découvert ?  Un sentier qui mène à… un réseau de sentiers !  Après l’avoir exploré en compagnie de ma compagne à quatre pattes, j’y ai fait mon deuxième essai à course jeudi, un 10 km. Tout a tenu le coup, mais on est loin de la coupe aux lèvres. Contrairement à mon « retour au jeu » de décembre, je sens encore quelque chose, tant au niveau du sciatique que du genou. Mais je suis capable de courir et avec un tel terrain de jeux, pas question m’en passer !

Ce matin, autre essai. Un 13 km qui s’est transformé en 14, vu que je me suis un petit peu perdu dans les sentiers. Et comme j’ai emprunté les sentiers les plus techniques, avec de bonnes côtes et beaucoup de roche, je suis revenu aussi fatigué que si j’avais fait un 30-35 jadis. Comme quoi la forme, ça se perd vite. Mais il semblerait que ça revient assez rapidement aussi. De toute façon, je m’en balance: je me sens revivre. La nature, les sentiers, une température parfaite, que demander de plus ?

Ce qu’il y a de merveilleux avec cet endroit-là, c’est qu’il y a assez de sentiers « lisses » et relativement plats pour que Barbara puisse venir marcher avec nous, comme hier après-midi. Et détail non négligeable pour la gente féminine: la rivière tout près avec son bruit si apaisant.

Mais Lake Placid, c’est bien plus que ça. Comme c’est ici qu’on retrouve le centre d’entraînement de l’équipe nationale américaine, on constate rapidement que tout est axé sur le sport. À voir le nombre disproportionné de magasins de sports sur la rue principale, pas difficile de s’en convaincre.

D’ailleurs la clientèle du camping donne un bon indice. Des vélos, des kayaks, ça aussi, on en a vu beaucoup plus que d’habitude. Ici, les gens ne passent pas leur journée à boire de la bière et parler fort. Ils bougent et le soir, ils dorment.

Parlant de vélo… J’ai amené le mien, question de ne pas me transformer en monstre en cas de retour sur la liste des éclopés. J’ai fait une sortie hier, une petite virée du côté de Lake Placid avec des détours, dont un dus tremplins utilisés pour les sauts à ski. Non mais, ça prend-tu des maudits débiles pour se lancer en bas de ça avec deux planches dans les pieds ?  Impressionnant ?  Le mot est faible !  Je n’en reviens pas encore…

Pour ce qui est du vélo en tant que tel, j’ai fait connaissance avec les routes PARFAITES de l’état de New York. Une surface plus qu’idéale, un accotement d’un mètre de large et des automobilistes qui font réellement attention et pour qui les panneaux « Partageons la route » veulent dire quelque chose. Le paradis, je vous dis !

Alors mon amour, on déménage quand, question d’avoir une vraie connexion internet ?  😉

Le genou va bien…

Trois semaines après ma tentative désastreuse du 20 juillet, semaines au cours desquelles j’ai subi un traitement de chiropractie et deux d’ostéopathie, aujourd’hui était le jour J. Mon genou ne me faisait plus souffrir depuis quelque temps et j’étais maintenant capable de promener notre Charlotte pendant plus d’une heure sans que mon sciatique ne se plaigne. C’était le moment de passer à l’étape suivante.

Dès les premiers petits pas à la course en période d’échauffement, ma raison s’est mise à crier: « Arrête ! ». Je sentais déjà quelque chose dans le fessier. Je me disais qu’en se réchauffant, peut-être que… Mais non, la raideur est demeurée. Que faire ?  Après 1.8 km, j’ai bien failli retourner à la maison et aller enfourcher mon vélo. Mais j’ai voulu en avoir le cœur net et tant que la douleur ne montait pas dans le dos, j’allais poursuivre.

Elle n’est jamais montée plus haut et j’ai complété les 7 kilomètres prévus en tâchant d’y aller vraiment relaxe (4:31/km de moyenne, j’ai donc presque réussi ;-)). En courant, comme je pensais continuellement à mon sciatique, j’avais l’impression d’être devenu un monsieur Caron (désolé pour ceux qui ne sont pas de la génération RBO comme moi) obsédé par ses douleurs: « Garde, garde, chus maaalaaade !  Mon sciatique ! Ma prostate !!!  Ma bru m’a payé un voyage en Euthanasie… ». Je n’ai pu réprimer un sourire. Ouais, je dois l’admettre: je ne rajeunis pas.

Vers la fin, je me suis rendu compte d’une chose: je ne pensais pas du tout à mon genou, la cause première de tous les pleurs et grincements de dents des derniers temps. Bien enveloppé dans un support style « Docteur Gibaud », il a très bien répondu aux efforts que je lui commandais de faire. Ça, c’est très encourageant.

Quant au sciatique, je crois avoir reculé de ce côté, mais je sens que les étirements prescrits par l’ostéo ainsi que le traitement prévu pour demain vont le ramener rapidement dans le droit chemin. Bref, je ne suis pas tiré d’affaire, mais je vois la lumière au bout du tunnel. Il suffit maintenant d’être patient. Encore.

Le coureur de fond ou le sprinter ?

La nouvelle est sortie il y a plusieurs jours, mais je ne pouvais la laisser passer sans ajouter mon grain de sel: le sprinter Usain Bolt a accepté de relever le défi lancé par le coureur de fond Mo Farah. Ce dernier. vainqueur sur 5000 et 10000 mètres aux derniers Jeux olympiques, avait lancé l’idée que les deux athlètes s’affrontent sur une distance mitoyenne, les profits d’une telle confrontation allant à des oeuvres de charité. Donc, rien à voir avec la fameuse confrontation sur 150 mètres qui devait supposément déterminer, en 1997, lequel de Donavan Bailey ou Michael Johnson était l’homme le plus rapide du monde (alors qu’en réalité, c’est Maurice Greene qu’aurait dû revenir le titre). Comme il y avait un gros magot à la clé pour le gagnant, les négociations avaient été ardues entre les deux parties. Bailey avait même menacé de se retirer quand il avait appris que la course aurait lieu sur une piste composée d’une courbe de 75 mètres suivie d’une ligne droite de 75 mètres.  Le tout s’était terminé en queue de poisson, alors que Johnson s’était blessé en pleine course.

Dans le cas de Farah et Bolt, la grande question est: quelle distance présenterait une course intéressante ? Rappelons que Bolt est double tenant des titres olympiques sur 100 et 200 mètres. Il est sans contredit le plus grand sprinter de tous les temps. On dit qu’il s’entrainerait à faire des 400 mètres, question d’améliorer son « endurance » dans les fins de course. Quant à Farah, il compétitionne parfois sur 1500 mètres dans le but d’améliorer sa vitesse. L’affrontement devrait donc obligatoirement se dérouler sur une distance comprise entre les deux. Le 800 mètres étant considéré comme une épreuve de demi-fond au même titre que le 1500 mètres, il n’est pas surprenant que le choix se soit arrêté sur 600 mètres.

Le débat enflamme déjà les experts: qui gagnera ?  Les deux hommes sont tellement différents, leurs spécialités si éloignées les unes des autres, qu’au bout du compte, on ne sait pas. À première vue, on pourrait penser que Bolt est avantagé, car finalement, 600 mètres, ce n’est pas tellement plus long que 200, non ?  Un tour de piste de plus, c’est quoi, hein ?  Sauf que justement, l’effort que Bolt est habitué de fournir ne cadre vraiment pas avec une course aussi « longue ». Le sprint, c’est une explosion. Le corps humain est tout simplement incapable de produire un tel effort sur plus de 200 mètres. Pourrait-il alors se « retenir » et se contenter de suivre sur un tour de piste pour lâcher son énorme pointe de vitesse dans les derniers 200 mètres ?  Peut-être, mais lui resterait-il assez d’énergie pour le faire à ce moment-là ?

Car voyez-vous, ça n’a l’air de rien, mais Farah est capable de tenir une vitesse de 26.5 km/h sur 800 mètres. Après 400 mètres à ce régime, resterait-il encore de l’essence dans le réservoir de Bolt, qui ne l’oublions pas, doit trainer une carcasse de 6’5" et 200 livres ?  Pas certain. De plus, Bolt ne connait rien aux tactiques de course. Pour lui, chacun court dans son couloir et que le plus fort (c’est-à-dire lui) gagne. En courses de demi-fond et de fond, la tactique joue un rôle crucial. En effet, tout comme en cyclisme, celui qui prend la tête en début de course dépense plus d’énergie que les autres, la résistance de l’air à de telles vitesse n’étant pas négligeable. Toutefois, il est possible que la course se fasse en couloirs. En effet, le 400 mètres se déroule en couloirs alors que le 800 mètres se dispute « tout le monde ensemble ».  Qu’est-ce que ce sera sur 600 mètres ?

Ma prédiction ?  Mes lecteurs connaissent mon aversion pour les sprinters et leurs sparages. Je n’aime pas les sprinters, même s’ils sont sympathiques comme Bolt ou notre cher Bruny Surin. En fait, j’entretiens un rapport d’amour-haine avec eux, car je suis toujours incapable de quitter le téléviseur des yeux quand un grand sprint se prépare. Alors mon cœur va du côté de Farah et je crois que si la course se déroule en dehors du balisage des couloirs, il pourrait bien gagner. Mais si les deux hommes sont confinés à demeurer entre deux lignes blanches, sans interaction, ce sera Bolt. Malheureusement.

Tourner en rond

Non, je ne parlerai pas encore de ma blessure, quoi qu’effectivement, ça tourne un peu en rond de ce côté. Mais non, j’exagère. Grâce aux étirements que je fais religieusement et au soutien de ma tendre épouse, qui fait ma « job » en allant promener Charlotte, laissant ainsi mon sciatique se reposer, je sens une amélioration ces derniers jours. Rien de spectaculaire, mais ça va dans le bon sens. Lentement mais sûrement.

Comme je peux faire du vélo sans dommage (je sais, c’est weird de ne pas vraiment pouvoir marcher, mais être capable de pédaler), j’ai décidé dimanche matin d’aller faire un tour à St-Bruno, tout près de mon parc. Pourquoi ?  Pour aller jeter un coup d’œil à une épreuve assez particulière: le Tourne en rond.

Que ce soit pour les courses à pied, à vélo ou en automobile, nous sommes généralement habitués à une façon de procéder: il y a une distance à faire, un parcours et c’est celui qui prend le moins de temps pour compléter le tout qui est déclaré vainqueur. Or, il existe un autre type d’épreuve où les concurrents ne font pas face au parcours, mais plutôt au temps. Il y a une durée prédéterminée pour l’épreuve et le gagnant est celui qui aura parcouru la plus grande distance à l’intérieur de ce laps de temps. En course automobile, les 24 heures du Mans en sont l’exemple le plus connu.

En course à pied, ces épreuves se déroulent habituellement sur des parcours en boucle relativement courts et faciles. Principale difficulté: combattre la monotonie et l’ennui.  En  marathon, on fait un peu de tourisme, on regarde la ville qu’on traverse, salue les gens au passage. En ultra, il y a souvent des paysages magnifiques, on doit regarder où on pose les pieds, être attentif aux indications pour ne pas se perdre. Bref, on a toujours quelque chose pour s’occuper l’esprit et qui aide à oublier les bobos ou la fatigue. Aussi, quand ça va moins bien, on peut faire un petit effort supplémentaire, question de terminer plus vite. Mais quand on a du « temps » à faire au lieu d’une distance, on ne peut pas s’en tirer ainsi.

Le Tourne en rond consistait en deux épreuves: 6 heures et 12 heures. Le tout se déroulait sur la piste d’athlétisme du parc de la Rabastelière, à St-Bruno. Toujours être confronté aux mêmes 400 mètres, encore et encore…  Je voulais voir de quoi ça avait l’air et surtout, jauger le moral de participants.

Je suis arrivé sur place autour de 9h45. Il y avait une dizaine de coureurs qui tournaient en rond depuis 6h. Ils n’avaient pas encore le tiers de parcouru. En fait, je devrais plutôt dire qu’ils n’avaient pas le tiers du temps d’écoulé. Les participants de l’épreuve de 6 heures allaient les rejoindre à midi.

Je n’avais pas encore enlevé mon casque qu’une jeune participante s’est arrêtée et m’a lancé: « Voulez-vous courir ? » . Je lui ai répondu que j’étais blessé, mais que j’aurais bien aimé essayer. Et elle d’ajouter: « Ça ne me surprend pas, à voir votre t-shirt… ». Je portais mon t-shirt à manches longues du Ultimate XC de St-Donat. Ouais, effectivement…

Côté ambiance, c’était, comme dirais-je ?  Tranquille ?  Calme ?  Silencieux ? Pas de spectateurs, quelques bénévoles sur place pour aider les coureurs et surtout, compter les tours. Car à chaque fois qu’un participant passait, les gens de l’organisation marquaient son passage sur une feuille. Aucun comptage électronique, tout se faisant manuellement. Sur les deux ou trois tables, des sandwichs au beurre d’arachides, des bananes. Quant à la partie liquide, elle semblait être dans une glacière, un peu plus loin.

Je me suis mis à jaser avec un bénévole qui ne semblait pas trop occupé (il s’avère qu’il est thérapeute et c’est lui qui « réparait » les gens qui avaient des problèmes). Quand je lui ai fait remarquer que ça devait être très difficile mentalement de faire une telle course sur une piste de 400 mètres, il m’a répondu qu’au contraire, c’était très rassurant pour les participants de ne jamais être à plus de 400 mètres des toilettes, des ravitaillements, de l’aide médicale. Hum, bon point.

J’observais en même temps les coureurs. Certains couraient à vitesse constante, d’autres alternaient course et marche. Il y avait également ce couple qui faisait probablement 70 ans et qui marchait. Je me demandais quelle était la stratégie idéale à adopter pour ce genre de compétition…  Et surtout, quelle distance allait parcourir l’éventuel gagnant. 100, 110, 120 km (ça s’est finalement gagné avec 110 km) ?  En tout cas, le moral de tous semblait excellent, ce qui me surprenait un peu.

En théorie, assister à une telle course devrait être aussi passionnant que regarder de la peinture blanche sécher sur un mur. Pourtant, je ne pouvais cesser d’observer ce qui se passait… même s’il ne se passait pas grand chose. Un monsieur de Montmagny, qui était là pour les 6 heures et semblait un tantinet nerveux, m’a tiré de mes rêveries. Il parlait à tout le monde et mon tour est venu comme j’allais m’éclipser. À l’entendre parler, j’ai cru comprendre qu’il était un adepte de ce genre de course. Il en a fait un peu partout (quand on a couru à Drummondville et Alma, on a couru partout) et semblait connaître tout le monde sur place. Quand je lui ai parlé de ma blessure, il m’a parlé d’un remède homéopathique indétectable aux contrôles antidopages (ha bon, puis après ?), d’un système qu’il a développé pour faire des étirements, du fait qu’il avait couru 292 km en une semaine récemment, m’a présenté un de ses amis qui a déjà fait 312 km en 48 heures (!), etc. Un vrai moulin à paroles. J’aurais dû garder son nom, il me ferait un pacer parfait pour mon premier 100 milles: avec lui, je ne me serais jamais ennuyé.

Sur le chemin du retour, j’y ai pensé et ce serait le genre de défi qui me tenterait éventuellement, question de « durcir mon mental ». Peut-être pas le Tourne en rond, car si la température était clémente pour la course dimanche, ce n’est habituellement pas le cas à ce temps-ci de l’année. Mais pour une autre occasion ?  C’est fort possible.

Le jour et la nuit

Je m’y attendais un peu, mais j’ai pu constater par moi-même la différence marquée entre les approches de professionnels (en fait, je devrais l’écrire au féminin) de la santé cette semaine.

Tout d’abord mardi en fin d’après-midi, visite dans le bureau de Sophie, mon ultra-chiro. Comme je lui avais laissé sous-entendre par courriel qu’elle avait fait quelque chose de croche la dernière fois, je m’attendais à un accueil plutôt froid. Mais non, elle était comme d’habitude: réservée et… directe.

Ça n’a pris de temps avant qu’elle m’entreprenne, avec ses tours de passe-passe que je ne comprends strictement pas. Entre autres, il a fallu que je me laisse aller vers l’arrière, comme si j’allais tomber sur le dos, pour qu’elle me rattrape. Quel est le rapport avec mon genou ?  Et avec mon sciatique (c’est la conclusion à laquelle elle, moi et plein d’autre monde en étions arrivés pour ma douleur à la fesse/hanche/dos) ???  Comme je ne pèse pas 300 livres, elle a pu me saisir par les bras facilement et à ce moment, j’ai entendu un merveilleux craquement dans le haut de mon dos. Ça y était, j’étais maintenant paralysé…

Hé non, c’était le but (le craquement, pas la paralysie) il semblerait. Ok, mais le reste ?  Ont alors suivi les multiples manipulations dont je ne vois à peu près jamais l’utilité: pousse ici, tire là, saute sur place (je le jure !). Sans oublier le désormais classique: retourne-toi sur le côté et replie ta jambe pour que je me laisse tomber dessus. Celui-là me fout la trouille à chaque fois.

Diagnostic ?  Mon sacro-iliaque était bloqué du côté gauche, amenant la douleur dans le sciatique et n’aidant évidemment pas mon genou. Son hypothèse était qu’il n’y avait rien qui lui sautait aux yeux de ce côté la première fois, alors elle s’était concentrée sur le genou. En courant à nouveau, le blocage s’était fait ou accentué et là elle a pu le voir (ô surprise !). Elle en a également profité pour régler un problème que j’avais au cou  (j’avais effectivement de la difficulté à tourner la tête sur le côté gauche).

Conseils: ok pour le retour à la maison en vélo, mais si je promettais d’y aller relaxe. Pas la bonne journée pour essayer de battre mon record (je ne fais jamais ça ;-)). Pour ce qui est de la course, je devais attendre 36 heures. Pour la première fois, elle a ouvert la porte à une autre discipline: la physiothérapie qui serait peut-être nécessaire si la douleur au genou persistait.

Je suis donc reparti en boitillant, affichant un optimisme prudent. Je me disais que si effectivement le problème du sciatique était réglé, je pourrais peut-être courir en fin de semaine. Avec un peu de chance, je pourrais même envisager vendredi, surtout si l’ostéo… Pour les 36 heures, je n’y pensais même pas !

Mercredi matin, pour la première fois depuis des lunes, je me suis levé sans la moindre douleur au sciatique. Je marchais normalement dans la maison. Je sentais l’enthousiasme remonter, commençais même à envisager à nouveau une participation aux ultras de septembre. Comme mon rendez-vous chez l’ostéo était à 11h30, je suis allé promener Charlotte avant. Après 10 minutes, j’ai commencé à sentir une raideur dans la fesse gauche. Ça n’a pas pris de temps à se propager au bas du dos. Et moi de reprendre ma superbe démarche de tout croche. MERDE !!!  Vivement l’ostéo, pour voir si elle pouvait faire quelque chose.

Ça a débuté par la série de questions habituelles. Des chirurgies ? Non. Des allergies ?  Pas que je sache. Des médicaments ?  À part des Advil quand j’essaie de courir avec de la douleur, non. Alimentation ?  Pas le choix de bien manger. Cout’ donc, je suis dont ben plate, moi (pas de question sur les liqueurs douces ou l’alcool, je ne me suis donc pas fait chicaner) !  Quand est venu le temps d’énumérer mes blessures, elle a été étonnée que je puisse me rappeler des dates et des endroits. C’est pas compliqué, c’est toujours un muscle arrière (ischio ou mollet) de la jambe… Pour les dates, ça doit être mon côté Rain Man.

J’ai été heureux d’apprendre qu’elle avait fait sa maitrise en étudiant les genoux des coureurs de haut niveau (shit, ça ne me concerne pas !  ;-)). Good, elle connait la course. De mon côté, je lui ai appris en quoi consistaient les ultramarathons, mais comme bien du monde, elle s’est arrêtée aux distances alors que les ultras, c’est plus le terrain qui les rend… différents. Enfin…

En ce qui concerne les traitements en tant que tels, c’est pour ainsi dire le jour et la nuit. Tout se fait en douceur, au point même où à un moment donné, je me suis dit: “Faudrait peut-être faire quelque chose, j’ai envie de guérir cette année, moi.”. Mais contrairement à la chiropractie, on voit tout de suite le rapport: j’ai mal au genou, elle travaille autour du genou; j’ai mal au sciatique, elle travaille dans ce coin-là. Tout est en étirements et en pressions autour des zones touchées. En chiro, je me suis retrouvé plus d’une fois à me demander ce qu’elle pouvait bien foutre à essayer de démantibuler une partie de mon corps qui ne semblait pas avoir rapport à ce que j’avais.

La principale difficulté ?  Établir un seuil de douleur. “Dites-moi quand la douleur sera à 6 sur 10.”  Ça veut dire quoi, 6 sur 10 de douleur ?  C’est quoi, 10 sur 10 ?  Une pierre aux reins ?  C’est que nous, les coureurs, ne sommes généralement pas plaignards (quoi que je commence à me trouver pas mal lamenteux sur les bords), alors 6 sur 10…  Une crampe, c’est quoi ?  8, 9, 9.5 ?

Détail qui m’a frappé: l’ambiance. Peut-être que ça a à voir avec la personnalité de la thérapeute, mais dans le bureau de l’ostéo, l’ambiance est plus feutrée. En plus de la table de traitement, on y retrouve deux chaises confortables, des petits chocolats (du Costco, mais quand même), de la musique-qui-fait-faire-des-dodos. Dans celui de la chiro, il y a la table, un comptoir où elle prend des notes et c’est tout. Assis-toi là, fais ci, fais ça. Pas de niaisage. Différent, mettons.

Avant de partir, l’ostéo m’a demandé de faire des exercices d’étirements. Et pour la première fois, j’ai senti une certaine autorité dans sa voix. J’avais bien l’intention de l’écouter de toute façon car je n’ai qu’un seul objectif: reprendre le collier. Parce que je commence à en avoir ras le pompon de vous parler de mes bobos. Et j’ai hâte de redevenir un être humain et non pas un air bête perpétuel.

Mais pour mieux sauter, je vais peut-être devoir me résoudre à reculer. Je commence sérieusement à envisager un repos complet de quelques jours. Oui, moi, au repos complet. Faire comme la majorité des gens: prendre l’auto pour me rendre au train, le train pour me rendre au boulot puis faire le chemin inverse le soir avec comme seul exercice la petite marche entre la gare et le bureau. En plein été. Je ne suis vraiment pas certain que je vais pouvoir réussir à faire ça sans commettre un crime quelconque. Présentement, j’envie les gens sédentaires, ceux pour qui l’été ou l’hiver, ça ne fait pas vraiment de différence puisqu’ils sont toujours à l’intérieur. Vous savez, ceux qui passent leur temps devant l’ordinateur ou la télé. Quelques jours à ne rien faire, c’est quoi pour eux ?  Alors que pour moi…

Je préfère de loin demeurer actif quitte à retarder la guérison. Sauf que si le fait d’arrêter quelques jours me permettait de reprendre la course plus rapidement ? Je ne suis pas décidé encore.

Où donner de la tête ?

Ça va mieux. En fait, c’est un peu une façon de parler parce qu’on ne peut pas dire que côté guérison, ça se fait à la vitesse de l’éclair. Mais on dirait que dans ma tête, j’ai réussi à me faire l’idée: il n’est pas impossible que ma saison soit terminée. Je sais, il est beaucoup trop tôt pour lancer la serviette et je ne la lancerai pas de toute façon, mais on dirait que j’ai trouvé un semblant de paix intérieure. Peut-être que le sevrage physique est passé et que le psychologique réussit à se satisfaire du vélo (pour le moment)…

Il faut dire que ma douleur à la fesse/hanche/dos « aide » beaucoup. C’est probablement un mal pour un bien car elle m’empêche de marcher confortablement durant plus d’une heure. Après ce laps de temps, chaque appui que je prends sur le pied gauche devient inconfortable et ma démarche en est affectée. Alors je ne me vois tout simplement pas me mettre à courir. Pendant ce temps-là, je laisse mon genou tranquille.

Il y a une chose qui m’a frappée depuis que je suis au garage: c’est très compliqué de se faire soigner. On ne sait pas où donner de la tête. Tous les gens à qui j’en parle ont leur opinion et me donnent des références en physio, en ostéo, en médecine sportive, etc. Et j’ai une impression étrange: ces gens ne travaillent pas en équipe. Pas moyen d’avoir un diagnostic de base et se faire aiguiller vers la bonne personne par après. Chacun tire la couverture de son côté et croit pouvoir nous guérir.

Qu’est-ce qui me fait penser ça (et je me trompe peut-être) ?  Trois de mes lecteurs, qui sont aussi des coureurs (désolé mesdames pour l’utilisation du masculin pour alléger le texte :-)) m’ont fortement conseillé d’aller voir un ostéo. À ce que j’ai compris, l’ostéopathie se fait tout en douceur, tout le contraire de la chiropractie. Pourtant, les deux professionnels pensent pouvoir régler mon problème.  Heu, qui dois-je croire, moi ?  Est-ce qu’il serait possible de prendre deux chemins totalement différents pour atteindre la même destination ?

Je vais donc faire le cobaye cette semaine: des rendez-vous mardi avec Sophie et mercredi en ostéo. On verra bien ce que ça va donner…  Mais encore là, on me dit que ce n’est peut-être pas une bonne idée de se taper deux traitements coup sur coup comme ça. Mais comment je peux savoir, moi ?  Je ne suis qu’un pauvre ingénieur, je ne connais rien au corps humain. Ça prendrait l’avis d’un super-professionnel de la santé, un médecin sportif, par exemple. Et si je pouvais le voir avant le mois d’octobre, ça ferait bien mon affaire. Seb, tu n’en connaitrais pas un ?

En tout cas, ma date-butoir est fixée: si je suis incapable de m’entrainer normalement durant nos deux semaines à Lake Placid à la mi-août, les deux ultras prévus en septembre vont sauter. Pour New York, on avisera. Pour celui-là, nous allons faire le voyage peu importe ce qui arrive, quitte à transformer le séjour en vacances d’automne. Parce qu’au bout du compte, il n’y a pas que la course dans la vie, n’est-ce pas ?  (Ho que ma douce moitié va être contente de lire ça ! :-))

L’air bête

“Ça va pas, hein ?”

Dimanche matin , nous étions dans la voiture. Nous avions un pique-nique avec des collègues de travail et c’est là que nous nous rendions. Quand ça fait 26 ans qu’on est avec la même personne, dont les 23 dernières à vivre ensemble, disons qu’on n’a pas besoin de se parler pour se comprendre.

“Non.”

Depuis la veille, je n’avais qu’une seule chose en tête: mon foutu genou. Et toutes les questions que cette blessure apporte avec elle.  Vais-je pouvoir être au Harricana ?  Au Vermont 50 ?  À New York ?  Vais-je seulement courir à nouveau ?  Quand ???

Et la douleur à la hanche/dos/fesse… Merde, tout allait bien de ce côté avant que Sophie y touche. Est-ce récupérable ?  Ai-je des dommages ?  Moi qui n’avais jamais cru à la chiropractie, j’en étais devenu un fervent défenseur. Plus maintenant. Le doute s’est installé. Et le lien de confiance, à défaut d’être rompu, s’est un peu fragilisé.

Ça fait que je traine un maudit air bête à longueur de journée. Et Barbara qui est tellement compréhensive… Elle pourrait bien me sermonner, me dire que sa situation est 1000 fois pire que la mienne (elle aurait raison), mais non. Elle sait à quel point j’ai besoin de courir pour me sentir bien. Me sentir libre. Me sentir moi-même. Quand on parle de soutien de la part de sa conjointe…

J’essaie de me dire que ce n’est pas la fin du monde, que je ne suis pas le premier à passer par là. Je m’encourage en pensant à Pat qui a été sur le carreau pendant des semaines au printemps, puis qui a réussi à se taper deux courses de 100 milles presque coup sur coup. S’il a réussi à se rétablir à temps, pourquoi pas moi ?  Surtout que les courses que j’ai au programme sont pas mal moins longues que les siennes…

Je pense aussi à ces coureurs professionnels qui ratent des marathons importants pour cause de blessures. Eux, c’est leur job, leur gagne-pain. Moi, c’est juste un passe-temps. Des courses, dans le pire des cas, il va y en avoir d’autres, non ?  Aussi, je suis encore capable de pédaler sans douleur (ou presque). Hier, j’ai fait 60 km, ma plus longue randonnée de vélo depuis des années. Si au moins je peux garder le cardio intact, en attendant…

Mais tout ça, c’est seulement de la belle rationalisation. La réalité, c’est que je me sens comme un pur-sang enfermé dans son enclos. Je piaffe d’impatience, rue dans les brancards (je commence à comprendre d’où viennent ces expressions-là). J’ai fait quelques appels aujourd’hui. J’ai pris un rendez-vous avec une ostéopathe dont on me dit énormément de bien. Elle est spécialisée dans le genou et va certainement m’aider pour ma hanche. J’ai aussi contacté des spécialistes en médecine sportive: pas de place avant octobre !  C’est que je devrais normalement avoir fait deux ultras d’ici là, moi…

Bon, pour se changer les idées un peu, petit mot sur le Vermont 100. Un coureur de chez nous s’est  illustré: Sébastien Roulier, qui en était à sa première course de 100 milles, a terminé en septième position et ce, seulement deux semaines après nous avoir fièrement représentés aux championnats de monde. Toutes mes félicitations Seb !  🙂

Il semblerait toutefois que la course a été très difficile cette année, probablement à cause de l’humidité. En tout cas, le taux d’abandons a été élevé et certains ultrarunners aguerris n’ont pas été en mesure de terminer, alors ça donne une bonne idée.  J’y avais d’ailleurs pensé durant les jours de chaleur accablante que nous avons subie la semaine dernière et j’y songe de plus en plus sérieusement: peut-être (advenant que je puisse recommencer à courir un jour ;-)) que finalement, le Vermont 100, ce n’est pas une bonne idée pour mon premier 100 milles. Comme je tolère très mal la chaleur quand je cours (en fait, je la tolère mal tout le temps: je porte des chemises à manches courtes à longueur d’année), je devrais peut-être m’orienter vers des courses à l’automne.

Dans ma mire: Haliburton Forest (Ontario) en septembre, Virgil Crest (New York) aussi en septembre et Oil Creek (Pennsylvanie) en octobre. Les deux premiers sont de type double aller-retour d’un parcours de 25 milles alors que le troisième est constitué d’une boucle de 50 km à faire trois fois suivi d’une “mini-boucle” de 11 km. J’opterais probablement pour ce dernier, mais j’ai encore bien du temps pour y penser.