Au garage

Le rendez-vous avec Sophie s’est super bien passé. Elle a longuement travaillé mon genou et évidemment, fait quelques tours de passe-passe typiques des chiros sur lesquels on ne se pose pas de questions. On a jasé course, de son gros objectif de la saison (le TDS), des miens (le Vermont 50 et New York), du Ultimate, etc. Bref, difficile de demander mieux comme visite chez un professionnel de la santé.

Mon problème ?  Il semblerait que mon tibia était vraiment déplacé, ce qui faisait que mon genou travaillait mal, amenant des problèmes aux tendons. Selon elle, je m’étais très fort probablement fait ça à St-Donat et les dommages au genou étaient survenus par après. C’était plausible.

Je pouvais reprendre la course dès le lendemain si je promettais d’être sage, c’est-à-dire d’y aller mollo. Pas le moment de faire des intervalles. Chef, oui chef !  🙂

Je suis donc sorti de la clinique rempli d’optimisme. J’ai même poussé la sagesse jusqu’à voyager au travail à vélo hier (question de me faire prendre par la pluie le matin… et le soir !) pour faire un petit essai tranquille ce matin.

Au programme: une douzaine de kilomètres relaxes, la majorité sur le chemin de terre longeant le fleuve. Au début, tous mes efforts étaient concentrés sur une chose: y aller mollo. Pas facile quand on est habitué à un certain rythme. J’ai tout de même réussi à me « retenir » pour un premier kilomètre en 4:23. Tout allait bien. Le premier signal est arrivé 500 mètres plus loin.

J’ai poursuivi, en me disant que je ne faisais que me dérouiller. Après la montée vers le pont des écluses, j’ai même emprunté les marches pour descendre sur les bords du fleuve, question de ne pas taxer mon genou. Mais à mesure que j’avançais, je le savais: ça n’allait pas mieux. Puis, à 3.75 km, j’ai senti une douleur vive, identique à celle de dimanche dernier, qui m’a forcé à arrêter.

Après de longues minutes à me masser les muscles et à me demander quoi faire, j’ai essayé de reprendre. Maintenant, ce n’était plus seulement le genou, la hanche s’était mise de la partie. Je n’avançais pour ainsi plus. Découragé, je me suis encore arrêté et rendu à l’évidence: je n’allais définitivement pas mieux. C’était peut-être même pire.

Je me suis assis sur une espèce de banc (il ont construit ça ces dernières années et je ne sais toujours pas pourquoi: il n’y a jamais un chat qui va là !) donnant vue sur le fleuve. Ce cours d’eau qui m’a si souvent apaisé… Puis, j’ai eu une vision: au moment même où se déroulait la course à laquelle je rêve participer (le Vermont 100), sur ma gauche se trouvait le Mont Royal, sur ma droite, le Mont St-Bruno et, perdu dans le nuages, le Mont St-Hilaire. Mes trois terrains de jeux, les endroits où j’aime tant aller m’entrainer. Ils étaient si loin, ils me semblaient terriblement hors d’atteinte.

J’ai bien essayé de reprendre la course pour le retour à la maison, mais j’ai terminé en marchant. Aussitôt arrivé, j’ai envoyé un courriel à Sophie: je fais quoi ?

Elle m’a répondu très rapidement. Elle va essayer de me trouver un trou cette semaine. En attendant, ok pour le vélo. mais pas de course. On dirait bien qu’elle veut que je guérisse autant que moi, ce qui est très encourageant. Mais si c’était au-dessus de ses compétences ?  Et si elle me faisait plus de mal que de bien ?

J’ai fait quelques recherches, je vais faire des appels en début de semaine. J’envisage maintenant d’autres solutions: la médecine sportive, l’ostéopathie. Parce que je n’ai définitivement pas envie de demeurer au garage bien bien longtemps.

Publicités

Ultimate XC St-Donat 2013: avant la course

De retour de vacances bien plaisantes et reposantes, loin de toute connexion internet et de la vie dite « normale ». Aujourd’hui, première partie du récit. Le reste viendra au cours des prochains jours.

Comme ça se produit souvent, je suis le premier arrivé derrière l’hôtel de Ville, lieu d’où partiront les autobus qui nous amèneront au départ du 58 km. Il fait 15 degrés et il tombe un petit crachin. Pas de mauvaises conditions pour courir, bien au contraire. Mais les 30-40 millimètres qui nous sont tombés dessus hier m’inquiètent un peu : les sentiers risquent d’être légèrement boueux.

J’aperçois un petit banc à l’abri et vais m’y installer. Peu de temps après, un gars arrive. Il va vérifier si on peut accéder aux locaux de la municipalité (on ne peut pas), puis vient me demander si on peut aller aux toilettes quelque part. « Numéro un ou numéro deux ? » que je lui demande (on est très basic, dans le petit monde des coureurs des bois). Comme c’est un numéro deux, je lui indique le chemin vers des Johnny on the Spot, près de l’église. Il semble incrédule, mais je lui assure qu’il y en a vraiment: j’en reviens.  Se rendant compte qu’il n’a rien à perdre à aller voir, il disparait. Comme il ne reviendra que dans plusieurs minutes, j’en conclus que mes indications n’étaient pas si mauvaises…  😉

Un autre arrive. Ho, il a l’air crinqué celui-là. Plutôt musclé, le petit top noir moulant (il y a des gens comme ça qui remplissent tellement bien un small), il a l’air nerveux : il court un peu partout. Heu, les nerfs bonhomme, on a quand même pas mal de distance à faire, pas la peine de te brûler tout de suite. Ha, les jeunes…

D’autres coureurs arrivent. De mon petit banc, j’observe la faune. Il y en a de tous les styles : des ultrarunners aguerris aux petits nouveaux, des nerveux aux très relaxes. Petit détail : vraiment pas beaucoup de femmes.

Les gens de l’organisation finissent par arriver à 5h40. C’est toujours la même chose : ils nous ordonnent d’être là pour 5h30, mais eux par contre… Bah, c’est ça, le monde de la course en trail, il ne faut pas s’en faire pour si peu. Les gens commencent à déposer leur sac dans une mini-van dont les portes ont été laissées ouvertes. On nous avait dit que les sacs ne devaient pas peser plus de 5 livres, que cette limite serait vérifiée avant l’embarquement et que les sacs trop lourds seraient tout simplement rejetés. Comme j’aurais dû m’en douter, personne ne pèse les sacs.

On ouvre les portes et nous nous engouffrons à l’intérieur, question de nous protéger du temps frisquet et du petit crachin. Un coureur fait remarquer que l’an dernier, tout le monde cherchait l’air climatisé. Comme quoi on n’est jamais content !  🙂  Je m’installe sur une chaise et continue à observer les autres. Plusieurs sont là en gang et jasent. Moi, je regarde leur équipement. C’est fou la disparité à ce niveau. Plusieurs ont des Camelbak, d’autres des bouteilles à la taille. J’aperçois quelques vestes, dont une ou deux comme la mienne. Quant aux souliers, autant de marques que de coureurs.

Le crinqué est vraiment sur les nerfs: il saute sur place comme s’il était pour courir un 100 mètres. Relaxe, relaxe, tu vas finir par le déchirer, ton small !  Comme pour se calmer, il s’en va demander des infos à propos parcours. J’écoute d’une oreille, sachant fort bien qu’il est difficile, technique et fort certainement en piteux état. Pour le reste, on verra bien assez vite.

Petit tour obligatoire aux toilettes. On dirait le stade Molson à la mi-temps d’une partie des Alouettes: la ligne est infinie. Et tout le monde attend pour un numéro deux (la cour d’église, les boys, la cour d’église) car les urinoirs sont libres !  J’avoue que c’est la première fois que je vois ça. Définitivement que les ultras, c’est un monde bien à part !  🙂

Finalement, les autobus jaunes arrivent et la meute se dirige tranquillement en leur direction. J’aperçois Pat. Il n’était pas certain de pouvoir être là, mais il a pu se libérer. Cool !  On échange une bonne poignée de main, quelques mots, il a l’air en forme et de bonne humeur. Ça en fait au moins un (ben non, je blague, je vais très bien)…

Mais là, question existentielle: nous sommes supposés être 123 et il y a seulement 2 autobus. Dans mon temps, il y avait 48 places dans ces machins-là et un petit calcul rapide me dit que… Hé là, pas question que je me tape 30 minutes de bus debout, je vais en avoir bien assez des heures dans les sentiers, moi !

Finalement, on dirait qu’il y a de la place pour tout le monde. Comme j’en ai déjà parlé dans un précédent post, avant le départ des autobus, le directeur de course nous informe que Sophie et Jocelyn étaient rendus au lac à la Truite (je ne sais toujours pas où c’est) à 1h30 et qu’ils seront avec nous au départ tantôt.

Une fois la petite annonce faite, le brouhaha des conversations reprend. Une chose me frappe: c’est la deuxième fois que j’emprunte une navette pour me rendre au départ d’une course, mais l’ambiance est y totalement différente. À Boston, on sentait la nervosité, la fébrilité des gens. Aujourd’hui ?  Juste de la bonne humeur. Le bonheur d’être là, l’anticipation du plaisir à venir.

Je fais donc comme toute le monde: je placotte avec mon voisin. C’est un gars de Trois-Rivières qui était ici l’an passé, mais qui n’a pas d’expérience en course sur route, alors il semble très impressionné du fait que j’ai couru 10 marathons. Ben heu… je pensais que tout le monde commençait par la route avant de se taper des distances de fous comme celle-là, non ?

On arrive dans un coin complètement perdu. Il faut vraiment savoir que le départ sera donné ici. Je ne sais pas si les autobus sont complètement arrêtés quand les premiers coureurs commencent à en descendre et se disperser partout dans le bois pour se soulager. Ça en est comique. Imaginez l’horreur qu’on lirait sur le visage des adultes si deux autobus jaunes remplis d’enfants se vidaient à cette vitesse et que les tout-petits iraient faire leur pipi doré un peu partout comme nous le faisons à ce moment-là. J’en ris juste à y penser. Et comme pour parfaire ma culture personnelle, se présente à moi l’image d’une femme qui s’exécute en se tenant debout. Un peu déstabilisant, je dois avouer. Mais bigrement efficace, ça ne doit certainement pas être la première fois qu’elle fait ça.

De retour des besoins primaires, je croise Pat à nouveau. Il a un grand sourire qui lui fend le visage en deux quand il me lance: « Tu ne vas pas courir avec ça ? » tout en chiffonnant mon imper d’urgence. Pat, il ne faut pas se fier aux apparences: je ne suis pas totalement nono. Je sais bien que courir avec ça sur le dos, je risquerais de mourir avant la première côte. T’inquiète.

Je reviens justement de me débarrasser dudit imper et de mon restant de bagel quand Dan Des Rosiers, le directeur de l’épreuve, commence son briefing d’avant-course. Il nous résume d’une manière plutôt comique les principaux règlements et détails à observer. Voici ceux que j’ai retenus:

  • Le parcours fait 58 km « plus », donc… (l’exactitude en ultra, ça n’existe pas)
  • Le profil du parcours qu’on voit sur le site a été « photoshoppé ». Il n’y aurait en réalité aucune descente, que des montées (bien honnêtement, ça ferait mon affaire, j’aurais même des chances de terminer dans les 10 premiers)
  • Éviter l’erreur que tout le monde fait en trail: suivre le coureur précédent. Ce sont les rubans roses qui montrent  le chemin à suivre, pas le derrière du coureur qui nous précède.
  • À l’aire des drop bags, ce sera à nous et non aux bénévoles de manipuler nos affaires. Ces braves gens ne sont pas payés assez cher pour se taper la manipulation du linge dégueux pendant des heures
  • Le cutoff à la station Chemin Wall (km 41) est de 7 heures. Ça veut dire que nous devons être sortis de la station 7 heures après le départ, sinon nous serons très fortement priés de quitter le parcours
  • Pour ce qui concerne la « marche excessive », le directeur nous donne l’exemple de la fille qui l’an passé s’était installée sur une chaise longue avec des amis à une station d’aide et s’était mise à boire du Red Bull. Cette année, un tel comportement ne sera pas toléré (mettons que dans mon livre, c’est plus que de la « marche excessive »….)

Il parle ensuite du fameux « Vietnam », mais je n’écoute plus vraiment. J’ai juste hâte de partir, surtout que quelques bibittes commencent à me virer autour. Je me place à la hauteur de Pat et Rachel, question d’avoir du monde d’expérience près de moi en début de course et attends.

Je ne vois pas Sophie autour et on ne nous donne pas de nouvelles d’elle et de son compagnon. Bizarre.

Puis, sans autre cérémonie, c’est le décompte et par un simple « GO !!! », la course est lancée. Enfin, mon deuxième ultra vient de commencer !

116 km en 2014 ?!?

Aperçu sur la page Facebook de l’Ultimate XC aujourd’hui (ça date du 19 juin; je sais, je suis encore en retard, mais que voulez-vous, je ne suis pas sur Facebook, bon !): « le 58 km 2013 servira de course qualificative pour le 116 km 2014 ».

Pardon ?!?  Ils prévoient faire une version aller-retour « officielle » pour l’an prochain ?

En fait, je devraient peut-être dire qu’ils prévoyaient ajouter cette distance au programme car tout indique que nos deux courageux n’ont pas réussi. En effet, avant que les autobus quittent St-Donat en direction du départ du 58 km, le directeur de la course nous a annoncé que Sophie et Jocelyn avaient été pointés au lac à la Truite à 1h30 du matin (comme si je savais c’est où, moi… J’habite sur la rive sud, je ne connais pas tous les lacs de ce coin de pays par cœur !  Un kilométrage aurait donné une meilleure idée, il me semble).

Puis après, plus rien. Nous avons fait le voyage en autobus, sommes descendus, avons écouté le briefing plutôt rigolo du même directeur, puis nous sommes partis. Jamais je n’ai vu Sophie, jamais ils n’ont parlé d’elle et de son compagnon. Durant la course, j’ai demandé à plusieurs s’ils étaient au courant de quelque chose. Rien.

Dans les résultats officiels, Jocelyn n’a pas terminé. Quant à Sophie, elle n’était pas officiellement inscrite. Par contre, je l’ai aperçue sur la plage peu de temps après la course et c’était assez évident qu’elle ne s’était pas tapée le retour sur ses deux jambes: elle était propre des pieds à la tête et n’était même pas en tenue de course. Je n’ai malheureusement pas eu l’occasion de lui parler, alors je n’ai pas su le fond de l’histoire.

Mon hypothèse ?  Les deux se sont rendus au départ, mais ont décidé que ce serait de la pure folie de faire le chemin en sens inverse dans de telles conditions. Et on peut les comprendre !  En tout cas, j’ai bien hâte de savoir ce qui s’est passé…

Une question maintenant: si deux athlètes qui en on vu d’autres ont décidé que c’était impossible de le faire cette année, est-ce que l’organisation ira quand même de l’avant avec le 116 km « officiel » pour 2014 ?

À suivre…

L’infolettre

Ils avaient dit qu’ils nous enverraient une dernière infolettre “à la mi-juin”. La dernière infolettre en vue de l’Ultimate XC de St-Donat est finalement arrivée par courriel une semaine plus tard, mais on peut dire qu’elle était assez complète merci !

L’organisateur commence en lion en annonçant que deux de ses bons amis allaient partir à la course vendredi soir avec l’intention de se taper le parcours du 58 km en sens inverse, puis revenir avec nous, les participants, qui prendront le départ de la “vraie” course le lendemain matin autour de 7h. Un petit 116 km au total… Le but ? Sensibiliser la population aux problèmes de santé mentale (heu, c’est que les gens normaux pensent déjà que les ultrarunners ont justement un problème de santé mentale… ;-)) et venir en aide aux personnes en proie avec des idées suicidaires. Si ça peut marcher le moindrement, j’appuie l’initiative à 100%. Les troubles mentaux sont tellement mal vus, voire honteux dans notre société. Et pourtant, tellement de gens en souffrent…

Et qui retrouve-t-on parmi ces deux braves ?  Sophie Limoges, ma chiro unique et préférée !  Elle qui m’avait dit qu’elle n’était pas certaine qu’elle y serait, elle va faire deux fois la distance. Quand j’ai vu son nom, j’ai décidé que tant qu’elle le voudrait bien, je serais son patient. Parce que je sais qu’elle comprend ce qui se passe dans ma tête et si ELLE me dit un jour que je dois prendre du repos, je vais suivre ses conseils.

Détail que j’ai constaté dans le reste de cet envoi: je ne sais pas si c’est volontaire, mais on y retrouve beaucoup de répétitions. Il me semble qu’il serait amplement suffisant d’écrire une seule fois que les concurrents des courses en trail doivent obligatoirement emprunter la navette pour se rendre à leur départ ou que la cueillette du dossard doit absolument se faire le vendredi soir pour les participants des course de 38 et 58 km. Mais non, on se le fait répéter. Signe d’une époque où les gens sont trop pressés ou incapables de se concentrer assez longtemps pour lire un texte de plus de 10 lignes ?  Peut-être…

L’infolettre contient aussi plein de renseignements plus ou moins utiles comme par exemple qu’il y a un bureau de poste à St-Donat (que d’émotion) ou la description de ce qui semble être un jeu que je ne connais pas et qui n’a aucun lien avec les courses. Enfin…

Ceci dit, la description des différents parcours est très intéressante et surtout, très instructive. Déjà que les cartes et les différents dénivelés étaient disponibles sur le site depuis un bon moment, un petit complément d’information, accompagné de quelques conseils, c’est vraiment excellent. On nous avertit entre autres où nous risquons (très) fortement de nous retrouver les pieds mouillés. Un beau contraste avec le Vermont 50 où ni le parcours, ni le dénivelé ne sont rendus publics.

À quoi s’attendre ?  Je ne peux pas dire avec certitude. Et ça fait un peu partie du charme de ce type d’épreuve. Je regarde les temps de l’an passé et je me dis que le parcours doit être très difficile. En effet, le gagnant avait terminé en 5h46, seulement deux autres coureurs avaient pris moins de 7 heures et la première femme (c’était évidemment Sophie) pointait à la 15e position en 7h54. Ce sont des temps qui ne sont pas très loin de ceux enregistrés au Vermont 50… qui était 22 km plus long !  Vrai qu’il faisait très, très chaud l’année dernière, mais cette année, avec le printemps pluvieux que nous avons vécu (sans compter le déluge prévu vendredi), les sentiers risquent d’être dans un piteux état et les rivières à traverser, plus profondes. Les temps devraient donc être du même ordre de grandeur, mais je peux facilement me tromper.

Si je ne peux prédire le déroulement général de la course, je peux encore moins prédire comment je vais m’y comporter. Surtout qu’un petit bobo inconnu a décidé de se monter la binette lors de ma dernière sortie de 20 km en sentiers lundi. Je ne sais pas si tous les coureurs sont comme moi, mais dans mon cas, j’ai des bobos “familiers”: ma cheville gauche et mon ischio droit en sont des exemples. Je les connais et quand ils refont de temps à autre une apparition, je sais comment les gérer. On est comme de vieilles connaissances.

Mais cette fois-ci, alors que j’étais dans la dernière descente m’amenant vers l’accueil de mon terrain de jeux, c’est une douleur au tibia droit qui est apparue. De quessé ?  J’étais en tapering, je ne m’étais vraiment pas surmené ces derniers temps, c’était quoi le problème ?  Je ne comprends pas trop, mais comme j’ai trainé ce petit malaise le reste de la journée de lundi et un peu hier aussi, j’ai décidé de ne pas faire le petit dernier 10 km que j’avais prévu pour ce matin. Ce sera la première fois que je me présente au départ d’une course avec quatre jours de repos (si on ne compte pas les 50 km de vélo par jour pour voyager au travail…). Habituellement, c’est deux jours. J’ai essayé trois pour Philadelphie et Boston et ça a plutôt bien fonctionné. Mais quatre ?  Enfin, on verra bien.

Si on suppose que tout irait bien côté santé, le top 10% que je vise sur route est à mon humble avis hors de portée (ça m’amènerait en 12-13e place, yeah right !). Une place dans les 30 premiers ?  Ouais, peut-être. Quant au temps, ça va probablement s’enligner autour de 8h.

Du côté des “tops”, je prédis le podium suivant:

1- David Le Porho

2- Gareth Davies

3- Alister Gardner

Disons que Seb Roulier m’a rendu la tâche plus facile en s’alignant sur le 21 km plutôt que le 58 (il sera aux championnats du monde de course en sentiers au Pays de Galles la semaine prochaine, alors même lui doit se ménager un peu… tout en visant la “gagne” sur le 21, quand même) !  Quant aux femmes, je ne peux pas croire que Sophie va rééditer son exploit de l’an dernier après avoir couru toute la nuit, alors j’y vais avec la fille de mon patelin natal: Rachel Paquette, de Victoriaville.

Mais LA prédiction qui a le plus de chances de se réaliser: beaucoup, beaucoup de plaisir pour les 1200 coureurs qui seront là samedi !  🙂

C’est de la sorcellerie ou quoi ?

Depuis que j’ai été contraint pour la deuxième fois à arrêter la course à cause de ma blessure subie à Philadelphie, je ne cessais de me poser des questions. Combien de temps dois-je encore attendre ? Et si je n’attends pas assez longtemps, vais-je devoir recommencer un autre « cycle » de guérison ?  De combien de temps, celui-là ?  Devrais-je consulter un professionnel ?  Lequel ?  Médecin sportif, physiothérapeute, ostéopathe, chiropraticien ?

J’ai reçu les avis de mes amis Maryse et Christian (deux de mes plus fidèles lecteurs). Ce dernier me suggérait fortement de voir un ostéopathe, car le sien l’a littéralement sauvé (à voir ses performances, je peux le croire !). Maryse quant à elle m’a fait un topo des spécialités de chacun et dans mon cas, comme ça semblait être une déchirure/élongation musculaire, elle m’a suggéré de voir un physio.

Avec la période des Fêtes qui approche, le timing n’était toutefois pas tellement bon. Puis je me suis souvenu d’une rencontre que j’avais eue dont j’ai déjà parlé ici à la fin août. Alors que je m’entrainais pour le Vermont 50 au mont St-Bruno, j’avais jasé une bonne dizaine de minutes avec une chiropraticienne qui faisait des ultras. Je me disais que si une personne était bien placée pour me conseiller, c’était bien elle.

Suite à cette rencontre, j’avais identifié cette gentille personne comme étant Marie-Josée Dufour de Québec. Mais je ne retrouvais pas son nom dans le bottin de l’ordre des chiropraticiens du Québec. Ni dans les classements du Vermont 50 des dernières années (elle m’avait dit avoir déjà fait le 50k), ni sur Ultra Signup. Hum…

Finalement, je suis allé revoir le classement final du XC de la Vallée et fait des recoupements. En troisième place chez les dames: Sophie Limoges de Brossard. Coup d’oeil sur le site de l’ordre des chiros: bingo !  Avant de la contacter, je suis allé voir ses résultats sur Ultra Signup. Ma mâchoire a failli décrocher. Elle ne fait pas que courir des ultras, elle performe !  Gagnante à deux reprises du 50k à Bear Mountain, gagnante à St-Donat (58k) l’an passé, gagnante de la Canadian Death Race (125 km dans les Rocheuses) en 2009 (où elle a terminé 5e au général, seulement 25 minutes derrière Dean Karnazes)… Définitivement s’il y a quelqu’un qui peut conprendre l’empressement d’un coureur à reprendre le colier, c’est bien elle !

Je lui ai donc écrit samedi dernier, lui rappelant notre rencontre, lui décrivant mon mal et lui demandant conseil. Réponse dimanche matin: elle se souvenait de moi (il semblerait que ce n’est pas tous les jours qu’on croise quelqu’un qui fait 50 km au mont St-Bruno), déjà ça de pris. Elle connait très bien ce genre de blessure et m’offrait de me traiter dès cette semaine, malgré le fait que son horaire était déjà plein. Elle était prête à faire du temps sup pour moi !  Ha, la fraternité des coureurs…

Jeudi midi, je me pointe donc à la clinique où elle travaille. Avant le traitement, petit formulaire à remplir. Antécédants médicaux, blessures, médicaments, etc. Alcool ?  Heu, pas facile celle-là… 9-10 consommations par semaine peut-être ?  Drogues récréatives ?  Jamais de ma vie (suis-je assez plate à votre goût ?). Boissons gazeuses ?  4-5 par semaine je dirais.

Référencé par qui ?  Ben, heu… la chiro elle-même ?

Avant de signer le formulaire, un gros avertissement: les manipulations chiropratiques peuvent, dans des cas extrêmement rares, entrainer la paralysie. Ben là, pour un muscle de la cuisse, jamais je ne croirai…

J’ai à peine terminé de remplir le formulaire que Sophie (entre coureurs, on s’appele par notre prénom) vient me chercher. Elle fait le tour dudit formulaire et acroche sur un point: 4-5 boissons gazeuses par semaine ?!?  Heu, oui, avec mon lunch le midi… Ne ne non, c’est beaucoup trop !  Pardon ?  Tu ne vas pas me dire que je ne peux pas courir parce que je bois 4-5 canettes de Diet Pepsi par semaine ?!?  Je ne me mettrai pas au jus de carottes, bout de viarge !

Elle m’explique de long en large les « méfaits » des boissons gazeuses, données scientifiques à l’appui. Ok, ok, je vais voir… Mais l’alcool ?  Ça non, c’est beaucoup moins néfaste. À la limite, ça a presque certaines qualités. J’ai dans mon idée qu’elle ne boit pas de boissons gazeuses, mais ne déteste pas un prendre un bon verre de vin…

Commencent ensuite les exercices/manipulations. Tiens-toi sur un pied. Sur l’autre. Pousse avec ta jambe comme ci, force avec l’autre jambe comme ça. Je me demande bien où elle veut en venir. Ma cuisse, elle ?  Mais bon, elle ne vient pas me dire comment tester un relais d’alternateur, alors je ne lui dirai certainement pas comment faire sa job. Je me plie donc de bonne grâce.

Après quelques maniplulations, elle m’annonce que c’est ce qu’elle pensait: ma jambe gauche est plus faible que la droite, alors celle-ci compense. À la longue, elle finit pas se fatiguer, l’exposant ainsi aux blessures. En tout cas, c’est ce que je comprends. Elle me dit donc qu’elle va devoir « redresser » mon côté gauche. Merde, ça va bien prendre 6 mois !  Pour une petite élongation ? Je commence sur le champ à réviser mes plans: tout va être retardé d’un an, ma parole…

Elle enchaine avec le traitement. assis, couché sur le ventre, couché sur le dos. Pousse comme ça, tire ici. Vers l’intérieur, vers l’extérieur. À un moment donné, je suis couché sur le côté et elle se laisse littéralement tomber sur ma jambe. Ouch !  Merde, une chance que tu ne ne pèses pas 200 livres ! J’ai l’impression que si elle voulait me démantibuler, elle pourrait le faire sur le champ sans même que je m’en rende compte. Et avec l’enfilade de niaiseries que je fais sortir de ma bouche, je n’aide peut-être pas ma cause (au bout d’un certain temps, j’allume: elle doit toutes les avoir entendues des milliers de fois, mes jokes insignifiantes).

Après quelques minutes à subir toutes sortes de maniplutations qui ne semblent avoir aucun rapport entre elles, je refais les tests du début. Et je vois le miracle qui vient de se produire. En début de séance, j’avais de la difficulté à me tenir sur le pied gauche tout en pliant mon genou droit vers l’avant. Maintenant, je suis aussi fort avec le gauche qu’avec le droit. Même chose en poussée. Hein ?!?  C’est quoi, cette affaire-là ?  De la sorcellerie ou quoi ?  Juste en me faisant subir une série de manipulations, elle a réussi à redresser ce que j’avais pris 42 ans à mettre croche ?  Ce n’est pas possible !?!

Il semblerait que oui. Selon elle, je suis correct et aurai peut-être à la revoir seulement une autre fois début janvier. Mon plan de reprendre la course demain dimanche est parfait pour elle. Je dois y aller mollo pour commencer, mais elle semble certaine que mon trouble est chose du passé. Je dois toutefois porter une genre de bandage autour de mon mollet droit pour quelques semaines, question de maintenir le tibia et le péroné ensemble, rendant plus facile le travail de mon ischio-jambier.

Elle m’a dit de lui écrire si j’avais des problèmes, mais elle est à peu près certaine que je n’en aurai pas. J’ai vraiment hâte à demain pour voir ça, moi. Peu importe ce qui arrive, je suis déjà très impresionné des résultats.

À suivre…