En direction du parc Lafontaine

« C’est me fait tout drôle de te parler au lieu de te lire. C’est un honneur de rencontrer un gars comme toi ! »

Ces mots, ils viennent de la bouche de Patrick, un compagnon d’entrainement de Sylvain, mon ami et ancien collègue que je m’apprête à accompagner pour son premier marathon. Patrick aussi en sera à son premier et il dit être un fan fini de mes écrits qui l’inspirent beaucoup. J’en suis très, très flatté et lui promets qu’il fera partie du prochain récit. Hé bien voilà, promesse tenue ! 🙂

Sylvain me présente également Daniel que je crois bien reconnaitre. En fait, c’est un collègue qui faisait partie de mon ancienne équipe, mais qui travaillait à partir d’un autre bureau. Or, le hasard a fait que ces deux-là travaillent ensemble sur un projet et voilà qu’on se rencontre à nouveau. Le monde est bien petit.

Accompagnés de Maggie, nous quittons la station du métro Longueuil (je ne me ferai jamais à l’idée d’ajouter « Université de Sherbrooke » à son nom, elle est à Sherbrooke, cette université-là, bon !) pour nous diriger vers le pont, les autres compagnons d’entrainement de Sylvain ne s’étant pas encore pointés au rendez-vous et comme l’heure du départ approche…

Je me dirige vers les superbes autobus jaunes qui amèneront nos affaires à l’arrivée, soit au parc Lafontaine. Comme je cherche celui associé à mon numéro de dossard, je reçois une taloche sur l’épaule. Je me tourne, me demandant bien qui peut être là aujourd’hui. Pierre ? C’est possible, il m’a dit qu’il ferait le marathon avec les Étudiants dans la course.

Hé non, c’est Pat, tout sourire. Habillé d’un t-shirt mauve de Team in Training, il est ici pour faire le demi, dernière longue sortie avant son super défi de 24 heures qu’il fera pour la Fondation du Centre jeunesse de la Montérégie. Il ne visera pas un record personnel (il a établi le sien lors de la même course que moi, au Scotiabank 2012), mais juste une course pour le fun. « Tu fais le marathon ?!? », s’étonne-t-il en voyant mon dossard rouge. Je lui explique que je le fais en pacer, pour un ami. Et je teste également ma cheville. Si elle ne fait pas la route… Puis on parle de son défi. Il va probablement demander à nos amis ultrarunners de l’accompagner durant la nuit. Malheureusement, je serai à l’extérieur de la ville à ce moment-là, alors je ne pourrai pas participer. Une prochaine fois…

Après être retourné à ma petite gang, nous reprenons la montée du pont en direction du départ. À voir le grand nombre de toilettes sur le pont, on peut dire que l’organisation a bien fait ses devoirs suite aux ratés de l’édition 2013. Il y en a en quantités industrielles. Mais bon, les files semblent tout de même trop longues pour Sylvain qui décide de se trouver un coin plus reculé pour s’exécuter. Il y a toujours des coins reculés pour faire ça, suffit de les trouver !

Mon ami entame ensuite une longue série d’échauffements. Heu, c’est que l’heure approche un peu, beaucoup… D’ailleurs, Daniel est nerveux et nous met de la pression pour que nous nous rendions à nos couloirs. Mais Sylvain est imperturbable, il ne courra pas s’il n’a pas fait ses échauffements, point à la ligne. Bah, moi je suis ici pour lui, ça fait que…

À 5 minutes du coup de départ, nous commençons à remonter le long peloton (qui serait quand même constitué de 23000 coureurs au total, demi et marathon confondus) pour atteindre le couloir numéro 6, le nôtre. Or, ça commence à 27, alors disons que le nôtre est plutôt loin.

Le premier départ est donné avant même notre arrivée dans le peloton. Ce qui nous amène à nous retrouver derrière le 10e couloir. Personnellement, ça me ferait royalement ch…, car j’ai horreur d’être pris derrière des coureurs plus lents en début de course. Mais Sylvain n’a pas l’air de s’en faire outre mesure.

Tout en attendant que la série de mini-vagues (il y en a à toutes les 1 ou 2 minutes) de départs arrive à nous, Stéphan, un autre collègue (et lecteur !), apparait derrière nous. Lui fera le demi et vise 1h55. On risque donc de passer du temps ensemble sur le parcours. Petite jasette pour tuer le temps et finalement, nous nous rendons compte que le dernier départ donné sera le bon et nous sommes partis.

Par je ne sais quel subterfuge (l’accès y est bloqué pour les non-coureurs), Maggie a réussi à se faufiler sur le pont et au moment où nous nous préparons à entamer la descente vers l’île Ste-Hélène, je l’entends crier ses encouragements pour le père de ses enfants. Pis moi ?  Je suis quoi, moi ?  😉

Tradition et nervosité obligent, les buissons qu’on trouve à la sortie du pont se voient, comme à chaque année, assaillis par les coureurs (et même les coureuses !) pris par une autre envie pressante de se soulager. Sylvain m’annonce qu’il va se joindre au troupeau, n’ayant jamais vécu une telle « pression » en début de course. Pas de problème, quand il le faut, il le faut. J’avais fait de même à mon premier marathon.

En bas de la descente initiale, tout juste après le premier kilomètre, un band joue. C’est la série rock ‘n’ roll, après tout… Honnêtement, j’ai un sentiment mitigé envers la présence de bands sur le parcours. J’y reviendrai à un autre moment donné.

Le début du parcours est identique à ce qu’il offrait jadis, quand j’étais un habitué de l’épreuve (j’en suis tout de même à mon sixième Marathon de Montréal). C’est donc dire que c’est moche. Moi, aller dans le fin fond de la Ronde, puis revenir, bof… Mais au moins, la route est large, ce qui n’est pas une mauvaise chose, vu le nombre très important de coureurs.

Sylvain, qui a oublié son GPS chez lui, me demande de lui faire un update de notre cadence. Depuis la pause-nature, la cadence moyenne a progressivement accéléré pour atteindre une moyenne de 5:17/km, ce qui serait à peu près la bonne vitesse à maintenir pour atteindre l’objectif initial de 3h45. Mais il reste beaucoup, beaucoup de chemin à parcourir.

Tout juste avant le 4e kilomètre, nous rejoignons la gang de la Maison de la Course. Patrick semble très étonné de nous voir là, vu que nous sommes supposés être partis devant. Que voulez-vous, quand un gars a besoin de faire son cérémonial de réchauffements avant de partir, il en a besoin, alors…

Nous faisons un bout avec eux, ce qui a pour effet de nous ralentir, sans que ça ne semble déranger pour le moins du monde mon marathonien en herbes. Et si ça ne le dérange pas, ça ne me dérange pas non plus. J’en profite donc pour placoter avec Patrick et aussi avec la propriétaire de la Maison, une coureuse aguerrie.

Passage au 5e kilomètre en 27:26. Oups. Je me rends compte que ma Garmin est très optimiste sur la distance (sans compter que je me suis peut-être tapé un léger détour pour aller dans les buissons), alors notre véritable cadence est pas mal plus lente que ce qu’elle indique. C’est bon à savoir.

Après être passés encore une fois devant Maggie qui s’était pour ainsi dire téléportée, nous nous dirigeons vers le circuit Gilles-Villeneuve. Peu après, nous commençons à nous détacher du groupe pour finalement rejoindre celui du lapin (en fait, c’est une lapine) de 2 heures. C’est toujours drôle de voir le groupe qui entoure un lapin de cadence. La plupart des coureurs se tiennent autour, mais certains courent littéralement collés dessus, comme s’ils voulaient être certains de ne pas la perdre. Hé, ne vous en faites pas, elle ne s’envolera pas !

Pour ma part, j’essaie de voir comment les oreilles sont installées sur sa caquette, question d’avoir un système plus fiable lors de ma prochaine expérience. À première vue, ça ne semble pas tellement différent de ce que j’avais fait pour la Course des 7… C’est alors que Sylvain se met en frais de faire mon éducation sur les types de papier/carton que je pourrais utiliser. Ha, du papier-construction, ça ne suffit pas ?  Il en existe d’autres sortes ?  Il va falloir que je me tape un voyage au Dollarama avant la prochaine fois ?  Moi, magasiner ailleurs qu’à la Cordée ?  Vraiment ?  Misère…

Le 10e kilomètre est franchi en plus de 55 minutes, ce qui, je l’avoue, me stresse un petit peu. À ce rythme, c’est certain que l’objectif initial va être raté. Mais je me demande si je dois sonner l’alarme ou laisser Sylvain continuer en mode « c’est mon premier marathon et rien d’autre n’est important ». Va-t-il le regretter s’il termine en un temps « décevant » avec le réservoir à moitié plein ?  Je décide de ne pas lui faire part de mes craintes. Quand bien même qu’il ferait 5-6 minutes plus lent…

Sous le pont de la Concorde, point d’eau. Un bonhomme s’arrête brusquement à une table et, ne trouvant pas ce qu’il cherche (joual vert, il y a juste de l’eau et du pseudo-Gatorade, tu cherches quoi, Chose ?), traverse la piste en marchant sans regarder. Je réussis à l’éviter de justesse et honnêtement, si j’étais allé à ma pleine vitesse, je l’aurais frappé de plein fouet. Non mais, qu’est-ce que tu fais là, du con ?  C’est ce que je déteste quand on se retrouve coureurs du demi et du marathon ensemble. Les marathoniens ne commencent pas à faire des conneries parce qu’ils sont fatigués après 10 kilomètres…

Autre irritant : le goulot d’étranglement que constitue le pont de la Concorde où, pour une raison que j’ignore, les coureurs sont confinés sur la piste cyclable et le trottoir qui la borde. Question existentielle : POURQUOI ?  Le pont est très large et ne venez pas me faire croire que la circulation en direction du casino y est si dense à cette heure, un dimanche matin ! Déjà que jadis, quand nous étions seulement les marathoniens, c’était serré à cet endroit, ajoutez à ça les coureurs du demi et on se pile carrément sur les pieds.

Comble de bonheur, ça klaxonne derrière. Au début, je pensais que c’était une voiture qui encourageait les coureurs en roulant lentement. Hé non, c’est une moto de l’organisation qui essaie de se frayer un chemin à travers les coureurs. Le chauffeur ne lésine vraiment pas sur le klaxon, au point où ça prend tout mon petit change pour ne pas l’envoyer paître quand il passe à ma hauteur. Et lui de pester contre les coureurs qui ont des écouteurs et qui n’entendent pas son foutu klaxon.  Pis toi, le sans-génie, tu n’aurais pas pu emprunter la route, juste à côté des barrières en béton ?!?  Ha, Môssieur se justifie en disant qu’il fait partie de l’équipe médicale… Ben continue de même, mon homme et tu vas justement causer un accident !  Non mais…

Je commence à peine à me calmer qu’un autre bonhomme me donne une petite poussée juste avant la descente du pont, comme si j’étais dans son chemin. Ha ben calv… !  Je t’avertis : le dernier gars qui m’a fait chier dans une course s’est retrouvé à se faire tourner autour pendant plusieurs minutes à se demander ce que j’allais lui faire. Une autre poussée et tu vas subir le même sort…

Cout’ donc, je suis ben chiâleux, moi…  Je suis ici pour supporter mon ami et voilà que depuis quelques minutes, tout ce que je fais, c’est me mettre en tabar… pour toutes sortes de raisons. Heureusement, je ne vocalise pas mes états d’âme et Sylvain semble très bien s’adapter aux aléas de la situation. Vrai qu’il a couru beaucoup de 10 km, alors du monde qui font des niaiseries, il en a vu de toutes les sortes. Moi…

Attentif à ce qui se passe autour, il remarque Habitat 67 au passage (car, bien qu’il soit difficile à manquer, je ne le « vois » plus depuis belle lurette). Il faut dire que c’est toute une construction, je serais vraiment curieux de visiter un de ces appartements un jour.

Oups, ma cheville qui commence à se lamenter… Merde !  Va-t-elle tenir jusqu’à la fin ?  Ce serait tellement poche de ne pas finir. Vous imaginez, un premier DNF en « carrière » alors que je joue au pacer ?  Looooser !

Sylvain semble bien aller et me dit qu’il aimerait qu’on passe au demi en 1h50. Heu… Je lui dis ou pas ?  Car pour ce faire, il faudrait qu’on fasse sous les 5:00/km d’ici là et ce, avec deux montées en chemin. Pas impossible mais… Je me contente de lui dire que ce sera difficile. « Bah, ça peut être 1h52 ou 1h53, c’est pas ben ben grave… ». Ouais, attendons-nous plutôt à 1h55…

Ha, le « musée de horreurs » du marathon qui s’annonce. Tout d’abord, le passage sous l’autoroute Bonaventure, cette réplique de l’horrible autoroute métropolitaine qui amène les automobilistes au centre-ville. C’était l’époque où on foutait du béton partout, sans se soucier de ce que ça avait l’air. Puis, c’est l’usine Five Roses, juste à côté. Mais bon, c’est une usine, on ne peut pas trop en demander côté esthétisme. En plus, des travailleurs sont dehors et donnent des high fives aux coureurs qui passent. Je trouve ça vraiment sympa.

Arrive le Vieux, on va pouvoir se reposer la vue un peu. « Ce n’est pas Ottawa » me glisse mon partner. Effectivement. Dans un quartier touristique comme celui-là, à Ottawa, les rues seraient remplies de spectateurs. Ici ?  Il n’y a que les familles des coureurs, point. Quoi qu’on en dise, Montréal ne sera jamais Ottawa côté ambiance. Jamais.

Place Jacques-Cartier, première montée de la journée. Déjà, on sent que la fatigue commence à s’installer parmi les coureurs du demi. Fort en montées (le gars habite tout près du mont St-Hilaire depuis Mathusalem), Sylvain dépasse un paquet de monde sans forcer. En haut, sur Notre-Dame, qui est là ?  Hé oui, la fille qui se téléporte: Maggie. Elle devrait peut-être jouer à l’équipe de support dans un ultra, elle serait bonne… Elle encourage encore une fois Sylvain, m’ignorant encore au passage. C’est comme rien, je dois être transparent…  😉

En sortant du Vieux, je fais remarquer que c’est la sixième fois que je passe à cet endroit car jamais en d’autres circonstances que le marathon je ne suis venu ici. Ni à pied, ni à vélo, ni en auto. Ça fait bizarre.

Puis, descente vers Amherst par une petite rue ma foi, plutôt abrupte. C’est fou de constater à quel point les coureurs sur route ne savent pas descendre. Moi, un descendeur médiocre, je me laisse aller légèrement et pourtant, je dépasse plein de gens qui font tous la descente sur les freins. Pourquoi freinez-vous, donc ?  Avez-vous peur de frapper une auto une fois rendus en bas ?  Un mur ? J’avoue ne pas trop comprendre…

La descente ne me fait presque pas souffrir, ce qui est de bon augure. Si ma cheville reste comme ça d’ici à la fin, je serai du départ à Bromont dans trois semaines, c’est certain. Ce n’est un petit bobo cucul qui va m’arrêter…

Sur Amherst, j’allume : j’ai oublié de transmettre le message de bonne chance que Barbara m’avait dit de laisser à Sylvain. Oups. Ben, vaut mieux tard que jamais, non ?  Disons qu’il la trouve drôle. S’ensuit une petite promenade sur Ste-Catherine, direction est. Mais heureusement pour tous, ce segment est beaucoup plus court que jadis, quand il s’allongeait très loin vers l’est, au détriment du moral des pauvres coureurs… car il ne s’y passait crissement rien !

Après Plessis, c’est Maisonneuve vers l’ouest. Et qui dit Maisonneuve, dit côte Berri qui s’en vient. Tout autour de nous, de plus en plus de demi-marathoniens en arrachent. Les quelques spectateurs les encouragent, disant que ça achève. Heu, non… Ça commence !  Je prédis alors à voix haute que dans la côte, ça va tomber comme des mouches. C’est une autre tradition.

Et effectivement, le nombre de coureurs qui se mettent à la marche à un moment ou un autre dans la montée est considérable. Pendant ce temps, ma chèvre de montagne a accéléré, laissant des dizaines « d’adversaires » sur place. Je dois même pousser pour demeurer avec lui et c’est le souffle un peu court que j’arrive en haut. Wow, il serait fort si on faisait une course en côte !

Une foule digne de ce nom nous accueille. Le parc Lafontaine étant tout près, les spectateurs se sont massés ici, où on a une très bonne vue sur les coureurs qui arrivent. Pour la première fois de la journée, je me sens dans un « vrai » marathon.

La mi-parcours est tout près, ça augure bien pour la suite des choses.

Le test

Hier, c’était le grand test. J’avais fait 90 km la semaine dernière, j’y ajoutais une couche en me farcissant le Marathon de Montréal avec mon ami Sylvain qui en était à sa première expérience sur la distance. C’était le moment de vérifier si ma cheville pourrait tenir 160 km dans 3 semaines.

Hé bien, le test n’a pas été concluant. Autour du kilomètre 11 ou 12, elle a commencé à se plaindre. Rien de grave, juste un petit quelque chose d’agaçant. 20 kilomètres plus loin, toujours la même affaire. Bon, pas de quoi écrire à sa mère. Dans ma tête, c’était clair : j’allais être en mesure de découvrir le nouveau parcours d’Alister avec un dossard agrafé sur ma cuisse droite. Je n’étais pas pour m’empêcher d’y retourner pour une petite douleur moumoune de même.

Puis, juste avant Pie IX, ça a fait « couick ». Par après, je courais sur des œufs, craignant à tout moment que ça lâche pour de bon. Comme Sylvain en arrachait, nous avancions autour de 6:00/km. J’ai repensé à Washington où j’y allais à fond la caisse après 75 km de course, je me suis dit que je ne serais pas prêt à refaire le coup, là, maintenant, avec deux fois moins de kilomètres dans les jambes. Dès lors, la décision était prise : pas de BU pour moi cette année.

J’ai envisagé de m’inscrire au 55k juste pour le plaisir. Mais je me connais : si je fais ça, je vais essayer quand même de rester « sharp » jusqu’à la course et tenterai d’y faire une bonne performance au lieu de me laisser le temps de guérir. Je suis comme ça. Je préfère donc m’abstenir… et enfin redonner à la communauté.

Un récit du marathon suivra bientôt. 🙂

En dehors de son bocal

Mercredi soir, je me présente à l’heure exacte, ne sachant pas trop à quoi m’attendre. C’est que voyez-vous, je n’ai jamais assisté au lancement d’un livre. Mais pour rien au monde j’aurais refusé l’invitation que m’avait envoyée la maison d’édition de « Territoires inconnus », le livre de mon ami Pat. Je ne pouvais tout simplement pas rater ça.

En entrant dans le sympathique resto où l’événement a lieu, j’aperçois Pat sur ma gauche, lui serre la pince en lui demandant à la blague ce qu’il fout là. Depuis le début de la journée, il est pris dans le tourbillon des photos, des entrevues et tout le tralala qui vient avec ce lancement, mais il semble de super bonne humeur. Il a l’air heureux, tout simplement.

Une gentille dame m’accueille avec le sourire et m’offre un petit coupon pour une consommation. Comment dire non ?  Derrière elle, une table et plusieurs dizaines d’exemplaires du livre, « empilés » de façon à former une pyramide circulaire. J’en prends un sur le dessus et commence à le feuilleter en attendant de payer. Est-ce que ça se fait, feuilleter un livre durant un lancement ?  Aucune idée, alors je le fais.

Quand on m’annonce le prix, je sursaute. Hein, juste ça ?  Pouvez-vous seulement payer le papier à ce prix-là ?  « C’est le prix de lancement » qu’une dame me dit en m’en tendant un autre exemplaire dans lequel elle a inséré un signet à l’effigie du livre. N’empêche…

Je replace l’exemplaire que je feuilletais sur la « pile » et remarque que discrètement, la dame rebâtit ladite « pile » de manière plus esthétique en le replaçant au « bon » endroit. Bon ben, on dirait que ça ne se fait pas, prendre un livre directement dans la « pile », puis le remettre là. Je vais le savoir pour une prochaine fois !

Je jette un œil tout autour: pas grand monde d’arrivé et pas un chat que je  connais. Moi qui suis tellement, mais tellement à l’aise dans ce genre de situation… J’imagine que c’est comme ça que se sent un poisson rouge lorsqu’il se retrouve en dehors de son bocal (au moins, moi je suis en mesure de respirer). Mais pourquoi donc n’ai-je pas invité ma sœur à m’accompagner quand Barbara m’a dit qu’elle ne pourrait pas venir ?  Ou une amie ?

Bah, j’ai un livre, j’ai de quoi passer le temps, non ?  Encore là, je ne sais pas si ça se fait… Au pire, si je demeure le seul de ma gang, après le petit discours de Pat, je vais lui demander de dédicacer mon exemplaire et me transformerai ensuite en courant d’air. Pas plus compliqué que ça.

Je m’installe donc un peu à l’écart et commence ma lecture. Première chose qui me frappe : il a pensé à ses camarades de course de la génération X : c’est écrit assez gros pour qu’on puisse le lire sans « rallonges de bras ». 🙂  Puis, je suis rapidement absorbé. Tout de suite, je me reconnais dans ses écrits : les débuts avant les GPS, les ultras, sa description si exacte d’une sortie automnale au mont St-Bruno qu’on identifie sans qu’il ne le nomme. Moi, un lecteur lent (je suis lent dans tout, de toute façon), je tourne maintenant les pages à une vitesse presque normale.

Flairant mon « isolement », Pat se libère pour venir me piquer une petite jasette et me dire que les autres sont supposés venir. Et d’ailleurs, quelques minutes plus tard, Martin arrive, accompagné de sa charmante épouse dont j’ai oublié le prénom (cette manie que j’ai d’observer le non-verbal de quelqu’un quand on nous présente au lieu d’écouter ce qu’on me dit…).

La pauvre, elle va maintenant avoir à subir nos histoires de coureurs. Martin revient de la Chute du Diable, où il a joué au bénévole à un ravito pour le moins… insolite (ils avaient transformé le ravito en pseudo-hôpital) !  On parle aussi évidemment de l’Eastern States, course qui nous intrigue tous et où il a fait partie des 57 valeureux qui sont parvenus à terminer. Puis suivent toutes les histoires sur Bromont, Virgil Crest, Massanutten, le Vermont, etc. Pauvres conjointes qui ont à se taper ça…

Quand Pierre se pointe, la discussion ne fait que s’intensifier. C’est quoi tes prochaines courses ?   Penses-tu t’essayer pour l’UTMB ?  Pour le Western States ?  Fais-tu Bromont ?   Vous voyez le genre…

Pat nous fera un bien beau petit discours empreint de sincérité et d’émotion, puis dédicacera nos livres dans une ambiance sympathique et conviviale. Je ferai la connaissance de ses proches amis Geneviève et Charles, qui avaient beaucoup parlé avec Barbara à Bromont et que je n’avais pas encore eu la chance de rencontrer. Marathoniens tous les deux, ce sont eux qui jouent aux pacers avec lui au Vermont à chaque année. Je m’étais toujours demandé c’était comment, être pacer dans un ultra, et j’ai été très heureux d’en apprendre plus sur le sujet.

Puis, avant de partir pour de bon, je suis tombé sur Joan. UTMB, Tor des Géants, Western States, Hardrock, sa course Québec-Montréal (qu’il termine au moment où j’écris ces lignes, il est incroyable), tout y est passé et je n’ai pas vu le temps filer.

Le poisson rouge avait définitivement retrouvé son bocal.

Des problèmes avec la gauche

Chers amis, rassurez-vous: malgré ce que le titre de ce billet laisse sous-entendre, je ne parlerai pas de politique. Hé non, je garde mes opinions sur le sujet pour moi… et ma douce moitié.

Non, c’est de mon côté gauche dont je veux parler. Moi le droitier, j’ai remarqué que depuis je cours, c’est toujours mon côté « faible » qui est la cause de mes problèmes. Pourtant, la course est un sport symétrique, non ?

Blessure à l’ischio-jambier droit ?  C’est parce que ma jambe gauche est trop faible (« Elle est morte » m’avait dit Sophie sans passer par quatre chemins). Contracture au mollet droit ?  Même raison.

Cet été ?  J’ai déjà abordé le sujet, c’est un kyste infecté sur l’omoplate qui m’a causé bien des soucis. En fait, il m’a souvent donné l’impression de me faire tout simplement rater mon été: pas de baignade, pas moyen de faire des efforts avec le haut du corps de ce côté (et quand on a ma « charpente », ça ne prend pas grand chose pour avoir à faire des efforts, croyez-moi !), toujours rendu au CLSC pour faire changer le pansement… La grande joie. Heureusement, je pouvais toujours courir, vu que j’étais blessé « au haut du corps », justement. Mais de quel côté ?  Le gauche, bien sûr !

Depuis que l’abcès est guéri, ma gauche, se sentant démunie et abandonnée, m’a réservé une merveilleuse surprise pour la suite des choses: un problème à la cheville.

Celui-là est récurrent. Il s’est manifesté la première fois en 2011, suite à une « petite sortie » de 49 kilomètres qui m’avait amené chez des amis où on allait souper. À l’époque, survolté suite à la lecture d’un livre de Dean Karnazes, je m’étais mis à enfiler les très longues courses (genre distance marathon et plus) à toutes les semaines. Et à un moment donné, ça avait fait crack… Trois semaines d’arrêt complet alors que nous vivions le plus beau mois de décembre que je n’ai jamais connu pour la course. Damn !

Toujours est-il qu’il arrive parfois que je ressente encore cette douleur que je reconnais assez rapidement. Elle était revenue en force durant le Vermont, mais est disparue durant la période de récupération qui a suivi. Comme je ne suis pas intelligent, j’ai repris un entrainement « normal » (c’est-à-dire pas graduel du tout) en vue de Bromont, et après deux semaines complètes, re-crack. Re-damn !

J’ai dû me rendre à l’évidence: fallait que je m’arrête. Encore. Juste avant ma semaine de vacances. Vous imaginez les craintes que ma tendre moitié pouvait avoir ?  Une pleine semaine pognée avec un homme qui ne peut pas courir, est-ce qu’il y a pire souffrance sur cette terre ?  Pas sûr… 😉

Mais, contre toute attente, je me suis retenu… sans chiâler. Oui oui, je le jure ! Enfourchant le vélo, j’ai patienté, bien déterminé à attendre que le mal disparaisse pour reprendre la course. Et après une éternité (une pleine semaine, oui mesdames et messieurs), j’y suis allé graduellement. 10 kilomètres, puis 13 le surlendemain. Ce matin, 21 au mont St-Bruno. So far, so good. Ce n’est pas parfait, mais ça tient.

Vais-je être en mesure de faire Bromont, où selon Gilles, l’absence de Joan fera de moi the heir of the throne (et celui qui se retrouve sur la page couverture du site web !  Voyez de quoi on a l’air quand ça fait 24 heures qu’on s’amuse dans le bois…)?  Rien n’est moins certain. Mais j’y serai, aucun doute là-dessus. Car si je ne suis pas en mesure de courir, j’irai prêter main-forte à Audrey, Gilles, Alister et toute la gang là-bas. Ces gens-là font un travail colossal, on se doit de les aider à la réussite de ce merveilleux événement.

En attendant, le Marathon de Montréal dans 18 jours sera un excellent test. Si ça passe, je me relance dans l’aventure. Si ça casse, quelqu’un a besoin d’aide pour faire des sandwichs ?

Vivant ? Oui, vivant !

Je parlais avec une amie au téléphone. Avant de raccrocher, elle me dit : « C’est carrément débile de te pousser à ce point-là. Tu devrais ralentir et un faire un peu plus attention à toi… ». Ma réponse ?  Je ne me sens jamais aussi vivant que dans les pires moments d’un ultra.  « Vivant ?!? » qu’elle me demande, interloquée. Oui, vivant.

Ceux qui ont lu ses livres reconnaitront probablement les idées de Dean Karnazes dans ce qui suit et, bien que je trouve qu’il en beurre épais (et parfois, TRÈS épais), je ne peux pas dire qu’il ait tort sur certains points, bien au contraire.

Je m’explique. Comme lui, je pense que tout dans le monde moderne est conçu pour nous faciliter la vie. Et souvent, trop nous la faciliter. Il fait froid ?  On monte le chauffage. Il fait chaud ?  On démarre la climatisation. Ce qui fait que nous vivons en permanence (ou presque) dans un environnement contrôlé dont la température oscille entre 20 et 23 degrés, hiver comme été.

D’autres exemples ?  On veut monter plusieurs étages ?  On appuie sur un bouton et l’ascenseur va nous y mener. Et si c’est le moindrement long…  Dans nos voitures, les vitres sont électriques et l’air climatisé n’est presque plus une option. La télé ?  Ça fait des décennies que nous n’avons même plus besoin de nous lever pour changer de chaîne ou jouer avec le volume; on peut faire ça en bougeant à peine le petit doigt. On cherche un renseignement quelconque ?  La réponse est au bout des doigts, sur le téléphone dit intelligent ou la tablette électronique.

Ce qui fait que nous vivons dans un monde où nous n’avons plus à « travailler » pour obtenir quelque chose car tout est à la portée de la main. Tout est pensé pour nous faciliter la vie.

Le même principe s’applique dans le sport d’endurance. Au début, les marathons se couraient à des dates aléatoires, sur des parcours d’une distance standard de 42.195 km, avec départs en milieu/fin d’avant-midi. Puis, oups, les organisateurs se sont rendu compte qu’il arrivait qu’il fasse chaud en milieu de journée, particulièrement en été. Et hou la la, les côtes, ce n’est pas facile. En plus, ce n’est pas bon pour « faire un temps »…

Ainsi donc, on a commencé à déplacer les départs en tout début de journée. Les marathons n’ont plus lieu qu’au printemps et à l’automne et si le parcours peut être « rapide », c’est encore mieux. Les athlètes d’élite ont suivi la parade (à moins qu’ils l’aient tout simplement devancée) et des marathons très faciles comme de Londres, Berlin ou Chicago (il arrive toutefois que la chaleur vienne changer la donne à Chicago) sont devenus des incontournables. Les organisateurs du Marathon de Toronto se sont vus obligés de changer leur épreuve de date suite à l’entrée en scène d’un concurrent, le Toronto Waterfront, presque totalement plat et plus rapide, donc plus populaire.

Le monde des triathlons ne demeure pas en reste, bien au contraire. Selon une de mes sources (qui est très impliquée dans le milieu) une « tolérance » de 10% sur les distances serait acceptée, bien des fois au nom de la sécurité. Ce qui fait que si les organisateurs d’un triathlon offrent des parcours où les distances annoncées sont exactes, les performances qui y seront réalisées seront évidemment moins « bonnes » et dès lors, le niveau de participation risque de diminuer au cours des prochaines années.

Reste à savoir si les grands triathlons suivent cette « règle » ou s’ils sont plus stricts sur les distances affichées. J’ose espérer que les championnats du monde et les jeux olympiques se déroulent sur des parcours dont les distances sont celles annoncées…

Bref, je suis d’avis que tous ces efforts pour aplanir les difficultés, que ce soit dans la vie de tous les jours ou dans le sport, finissent par avoir un effet néfaste sur nous. L’être humain (tout comme les autres espèces du règne animal d’ailleurs) est fait pour avoir à travailler dur pour obtenir ce dont il a besoin. Et quand il ne le fait pas, il lui manque quelque chose.

D’où le besoin de dépassement de soi. Un marathon, c’est difficile. Très difficile, même. J’en ai 13 au compteur, alors je pense en avoir une petite idée. Mais quand on a réussi à en compléter un, puis qu’on s’est qualifié pour Boston, c’est quoi la prochaine étape ?  Améliorer son temps ?  Ok, mais à un moment donné, courir après des secondes… On finit par « tricher » en cherchant la course au parcours plus facile, bien située dans le calendrier, etc.

Quand j’ai fait mon premier ultra, j’ai eu un choc. Jamais de toute ma vie je n’avais vu autant de côtes. Et je n’avais jamais parcouru une aussi longue distance. Il pleuvait, c’était vraiment une journée affreuse. « Sont malades !!! » que je disais à chaque fois qu’un nouveau mur se dressait devant moi.

Hé bien, je ne me suis jamais senti aussi fier de moi que lorsque j’ai franchi la ligne, dans un relatif anonymat. J’avais réussi, j’avais surmonté tous les obstacles. Et que dire de Massanutten ?  Cette fois-là, j’ai puisé dans des réserves que je ne croyais même pas posséder. Complètement vidé, le système digestif hors d’usage, les pieds meurtris, je me suis tout de même présenté à l’arrivée en compagnie de Pierre en courant, le sourire aux lèvres. J’étais passé au travers, j’étais allé au fond de moi-même. J’en étais venu à bout. Le parcours m’avait envoyé au plancher, mais je m’étais relevé. La casquette « MMT100 finisher » et le buckle, j’ai vraiment l’impression de les avoir mérités.

Certains diront peut-être que c’est « inutile » de faire ça. Eh bien, je ne suis pas d’accord. Plié en deux, en train de me vomir les tripes au milieu de nulle part, en pleine nuit, il n’y avait rien qui pouvait me faciliter la vie. Il fallait que je m’en sorte par moi-même (et avec l’aide de mon partner, bien sûr), avec mes propres ressources. J’étais à la limite. C’est quand on approche cette limite qu’on se rend compte qui on est vraiment. Et qu’on se sent vivant, plus que jamais.

Nouvelles post-Vermont

L’après-course

Voilà, j’avais réussi. Joan m’avait taquiné avec le fait que je n’étais jamais parvenu à descendre sous les 24 heures dans un 100 miles, je pouvais maintenant dire que j’avais retranché 4 heures à cet objectif. C’est hyper-plaisant de terminer une course où ça s’est plutôt bien déroulé. Il peut toujours se passer quelque chose dans un ultra, mais au cette fois-ci, rien qui sortait de l’ordinaire ne s’était produit.

Dès que j’ai franchi la ligne, j’ai serré ma sœur, puis mon père dans mes bras. Sans eux, je n’ai aucune idée de ce que j’aurais pu faire. Savoir que je le verrais un peu partout sur le parcours, ça me poussait à continuer, encore et encore. Je m’incline devant ceux qui font la course en solo, je ne sais pas comment ils font… mais je vais probablement m’essayer un jour ! 🙂

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Avec ma petite soeur, qui a tellement aimé l’expérience qu’elle est prête à recommencer et peut-être, agir comme pacer l’an prochain. À suivre ! 🙂

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Mon père, qui a été de la partie pour chacun de mes 100 miles. Il semblerait que nous avons un petit air de famille. On nous a même déjà demandé si nous étions… frères !

Attendant patiemment que nous ayons terminé nos « retrouvailles » familiales, Amy, la directrice de course, affichait un beau sourire. Son travail est totalement bénévole, alors je crois que son « salaire », elle le reçoit quand elle voit les coureurs heureux. Quand je me suis tourné vers elle, elle m’a tendu la main. Nah, je suis québécois, chère Amy, tu vas avoir droit à un câlin !  Elle l’a accepté de bonne grâce pendant que je la remerciais d’avoir si bien mené un événement d’une telle envergure.

Après les photos, je suis retourné la voir pour lui expliquer que j’avais un kyste infecté, que je devais le faire drainer tous les jours, que j’avais un rendez-vous dimanche à 15h, etc. Bref, je ne pourrais pas être au BBQ. « And you ran 100 miles with that ? » qu’elle m’a demandé. Heu oui. Dis-moi que tu n’aurais pas fait la même chose à ma place…

Toujours est-il qu’elle n’a vraiment pas fait de chichi et m’a remis mon buckle. Amy étant Amy, il était impossible que je m’en sorte sans une petite jasette (j’en avais eu un bref aperçu à Massanutten) et bien honnêtement, ça faisait un bout de temps que j’avais envie de lui en piquer une, alors pourquoi ne pas en profiter là, par un beau samedi soir d’été ?

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En pleine séance de mémérage avec Amy. Elle est vachement sympa, j’ai hâte de la recroiser, durant une course ou… après, comme ici.

En quelques minutes, nous avons couvert Massanutten, les difficultés du parcours du Vermont (tous deux sommes d’accord : il n’est vraiment pas facile, malgré tout ce qu’on en dit !), les rigueurs du froid dans le nord-est du continent, l’exploit de son mari Brian en Virginie et bien d’autres choses. J’ai aussi profité de l’occasion pour serrer la pince à Brian, qui avait l’air fatigué. J’avoue que c’est rassurant de voir qu’un athlète d’élite peut sembler humain après avoir couru 100 miles. Il n’avait pas gagné, devant se « contenter » de la deuxième place derrière un gars qu’il ne connaissait pas. Il semblait déçu, mais pas démoralisé. Ce n’était qu’une course, après tout.

Un autre athlète d’élite qui avait l’air fatigué, c’était Joan, que j’ai croisé à la tente médicale. Pierre et lui avaient terminé ensemble, une heure avant moi. Quand on pense qu’il m’avait mis plus de 2 heures à Bromont (tout en se permettant 3 siestes en cours de route) et 6 à Massanutten, c’est dire à quel point la journée n’avait pas été bonne pour lui. Il la raconte ici.

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Joan, pourtant pas dans un grand jour, n’a jamais laissé tomber. Plusieurs à sa place l’auraient fait…

Quant à Pierre, je n’ai malheureusement pas eu la chance de le voir après la course. Mais dans nos échanges Face de Bouc, j’ai senti sa fierté d’avoir réussi à faire sous les 19 heures. Bravo mon ami !  J’ai par contre eu la chance de voir Simon juste avant de partir. Son sourire en disait long sur sa satisfaction d’avoir complété son premier 100 miles en 20h40. Je sens que je vais le revoir très bientôt. 🙂

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Je me suis souvent demandé pourquoi les athlètes olympiques mordaient leur médaille. Peu importe, je me suis amusé à faire de même en mordant mon buckle…

La récupération

Après Bromont, j’avais les chevilles tellement enflées qu’elles ont pris une pleine semaine avant de reprendre leur taille normale. Et j’en ai eu besoin de deux avant de pouvoir reprendre la course.

Suite à mon deuxième 100 miles, à Massanutten, malgré toutes les difficultés rencontrées durant l’épreuve (c’est vraiment le terme approprié !), mes jambes étaient en bon état et je me suis accordé seulement 5 jours de repos.

Après le Vermont ?  Un hybride entre les deux. Une cheville enflée pendant 3 jours, 11 jours sans courir… parce que je le voulais bien. Ne sentant aucune urgence face au reste de la saison, j’ai décidé d’en profiter pour voyager plus souvent au travail à vélo. Après quelques jours, je me suis même surpris à appuyer un peu plus sur les pédales et à tirer un braquet similaire à mes jeunes années.

Bref, tout est revenu à la normale, ou presque. Je suis tout de même en mode « je me traine » quand je cours, mais je suppose que mes jambes vont reprendre leur tonus au cours des prochaines semaines.

Le kyste

Quand je dis « presque »… Le lundi suivant le VT100, j’ai commencé une ronde de 10 jours d’antibiotiques. Disons qu’ils n’étaient pas étrangers à ma décision d’attendre avant de reprendre la course. Moi, courir avec ces cochonneries-là dans le corps…

Une fois le « traitement » terminé, le médecin m’a répété que ce n’était pas normal que ça prenne autant de temps à guérir, que d’habitude, ça prend 7 à 10 jours, qu’il fallait faire quelque chose, etc. Ok, mais on fait quoi ? Pas vraiment de réponse claire, mis à part que je dois voir un chirurgien. J’ai rendez-vous pour le 19 avec François, le membre de l’équipe de support de Seb.

D’ici là, je ferais quoi ?  Ben je ferais mon petit voyage quotidien au CLSC pour faire changer mon combo pansement-mèche. À chaque jour, j’espérais que l’infirmière me dise que c’était presque guéri, que ça achevait, qu’on était sur la bonne voie… pour me faire dire que ça coulait toujours, qu’il semblait y avoir encore un peu d’infection. Le jour de la marmotte, vous connaissez ?  C’est exactement ça que j’ai vécu, pendant 5 semaines au total.

C’était la joie…

Heureusement, la lumière au bout du tunnel semble avoir été rallumée. En effet, depuis dimanche, plus de mèche dans le cratère qui semblerait-il, serait rendu trop petit (je ne sais pas, il est dans mon dos, ce qui fait que je ne le vois crissement pas !). À la place, une gelée, ce qui annoncerait la fin. Vais-je pouvoir finir par me baigner ?

En passant, après avoir vu au moins une vingtaine d’infirmières différentes, je commence à me demander si le look avec la petite cornette, le décolleté plongeant et la jupe courte (vous savez, comme on en voit dans certains films d’auteur) ne serait un pas un mythe. C’est vrai: aucune de celles que j’ai vues jusqu’à maintenant n’était habillée comme ça. Je commence à trouver que ça fait pas mal d’exceptions…

Le reste de la saison

Comme vous devinerez, ce qui reste de ma saison dépendra de ce que le chirurgien va me dire. Pour moi, il n’est tout simplement pas question de courir avec une veste tant que je ne serai pas débarrassé de ce foutu machin dans mon dos. Donc, Bromont serait difficile… à moins que je trouve une façon satisfaisante de pouvoir trainer une bouteille à la main et des bidules à la ceinture. Car à Bromont, on peut avoir besoin de tellement de choses en cours de route : gants, arm warmers, imperméable, tuque à la rigueur. Partir avec une simple bouteille à la main comme dans les vallons de la Nouvelle-Angleterre est hors de question. En ce qui me concerne en tout cas.

Autre histoire à suivre…

Vermont 100: les 50 derniers kilomètres

J’embarque sur la balance. Pendant les quelques instants où l’instrument de mesure semble chercher mon poids, je tente de deviner. « 145.6 ! » que je lance à voix haute. Verdict : 148.0.

Ok, je suis revenu au poids original, big deal. Le chef médical me demande si j’urine. « Yes » que je mens. Parce que non, je ne pisse pas tellement depuis quelque temps et j’avoue que ça m’inquiète un peu. « You drink a lot ? ». Je lui montre ma bouteille, lui signifiant que je la vide entre chaque ravito. « That’s good, you’re clear. ».  Yes !!! Deux contrôles médicaux passés, plus qu’un seul.

Je demande mes Advil. Ma sœur me dit qu’elles sont dans le RAV4, qu’elle va courir aller les chercher. Heu, il est loin, le RAV4 ?  Pas de réponse, elle est partie.  Bon ben, on va bouffer.

Line étant revenue à son poste (sa nièce n’avait heureusement rien de grave), elle m’offre plein de bonnes choses à manger. Ça a l’air tellement appétissant que j’ai envie de tout prendre. Et c’est qu’il y a de l’ambiance, ici ! Le système de son crache « Speed of Sound » de Coldplay, je danse (si on peut appeler ça « danser ») au son de la musique en avalant un grill cheese. Mon père affiche un merveilleux sourire. « C’est comme à Bromont, tu as l’air vraiment bien ! ». Bon, disons que je suis dans un high

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Encore en train de m’empiffrer…

Au retour de ma frangine, je donne mes instructions : à Spirit of ’76, je vais avoir besoin de mes lampes car je doute pouvoir me rendre à Bill’s à la clarté. Avant de partir, rempli de confiance, je lance : « Il parait qu’il faut partir de Camp 10 Bear avant la nuit pour avoir une chance d’avoir son buckle. Regardez, pensez-vous que je vais l’avoir ? ». Le soleil est encore bien haut dans le ciel… Mais est-ce que je viens de provoquer les dieux des ultras en étant si arrogant ? Hum…

Ok, retournons à nos affaires. Ils disent que les 30 derniers miles sont difficiles. Voyons voir. Effectivement, après un petit bout relativement facile, ça commence à monter. Sur route de terre d’abord, puis en sentier.

Sentier qui est boueux, ne me demandez pas comment. C’est même très boueux, au point de ça se met à glisser et je suis incapable de trouver les points d’appui nécessaires pour monter. « TABAR… ! » que je laisse sortir. Puis je souris : je viens de me rendre compte que c’est le premier juron qui sort de ma bouche de la journée (par rapport au parcours, on s’entend), un véritable exploit en ultra. Il faut croire que je ne suis pas dans un mauvais jour.

J’entends des chevaux qui se rapprochent. Je leur cède le passage, mais tout de suite après être passés à côté de moi, l’un d’eux s’arrête net. Heu, c’est que tu me bloques le chemin, le gros… Il semble tout simplement écoeuré de se taper ce beurre de peanuts-là, particulièrement en montée. Tu devrais aller faire un tour à St-Donat, le grand, peut-être que tu ne rechignerais pas trop ici !

Il finit par repartir. C’est vrai que ça doit être chiant de ses taper ces montées avec un gars bien installé sur son dos… Il y a autre chose qui est chiant : sentir qu’on va se faire cheeker par deux filles qui placotent. Parce que oui, j’en entends deux qui jacassent derrière moi et je ne peux pas croire qu’il va y en avoir deux qui vont me dépasser en jasant. Suis-je rendu si lent ?

Le sentier aboutit sur une belle route de terre qui nous donne une vue magnifique sur les alentours. Ha que c’est beau… Dans une montée en pente légère, je comprends ce qui se passe : une fille avec qui j’ai joué à saute-moutons pendant un bon bout de temps avant que je finisse par la laisser derrière s’est prise une pacer et c’est cette dernière qui ne cesse de jacasser. Ha, là je comprends… Non mais, est-ce que je m’en fous de ce qui se passe dans ta job, Chose ?

Après avoir monté pendant ce qui me semble avoir duré une éternité, j’ai Spirit of 76 (mile 76.2) en point de mire. Le capitaine du ravito, me voyant arriver torse nu, m’ordonne à la blague d’enfiler une tenue décente. Mais comme j’aperçois quelqu’un portant un t-shirt rouge à ses côtés (l’équipe médicale porte le rouge), j’obtempère. Je n’ai vraiment pas envie de me faire poser des questions sur le pansement que j’ai dans le dos. Finalement, ce n’était pas quelqu’un de l’équipe médicale…

Alors que j’installe mes frontales (une à la taille, l’autre… ben sur le front, bien évidemment !), je demande à ma sœur d’insérer les piles de rechange dans la poignée de ma bouteille. Plus tard, elle m’avouera que cette simple manipulation a provoqué le transfert d’une odeur de « stock de hockey » sur ses mains. Imaginez ce que je dois sentir…

12 miles avant de les revoir, il est 18h45, je leur dis qu’ils peuvent prendre le temps d’aller souper parce que je vais en avoir pour minimum 2, peut-être même 3 heures avant qu’on se revoit. Ça va dépendre du terrain, que je ne connais pas.

Pendant que le bénévole m’explique à quelles distances sont situés les prochains ravitos (il est tout mêlé dans ses miles), Stéphane arrive. J’avoue être étonné de le voir vu qu’il a terminé neuvième (sur 10 qui avons complété la distance) à Bromont et qu’il a fait 34 heures à l’Eastern States. Je me serais attendu à ce qu’il flirte avec les 26-27 heures ici.

Ouais, ça va bien ton affaire !  « Je ne sais pas ce que j’ai, ça va super bien ! Au-delà de mes espérances ! ». Je comprends !

Je fais un bout avec son pacer et lui dans les sentiers qui suivent. J’y apprends entre autres que des 193 livres qu’il pesait à Bromont, il a descendu son poids à 167 livres ici. Ha, ça explique ben des affaires… Il aurait déjà monté jusqu’à 250-260 livres. Ouch !  Un ancien obèse qui me donne du fil à retordre dans un ultra ?  Way to go, mon Stéphane ! 🙂

Comme il a déjà joué au pacer ici pour une dame qui a terminé tout juste sous la limite des 30 heures, il connait un peu le parcours. Il me dit que ça se corse après Bill’s. Ok, c’est noté. Parce qu’honnêtement, depuis Spirit of 76, il n’y a pas de quoi écrire à sa mère…

Goodman’s (mile 80.3): une table sur le bord du chemin. Le pacer de Stéphane joue au bénévole, c’est vraiment gentil de sa part. Hum, je prends du Coke ou pas ?  Il me tente… Mais je me retiens, je n’ai pas envie d’avoir un goût de sucré collé dans le palais pour le restant de la course. Mon estomac va encore assez bien, pourquoi le provoquer ?

Sur la route de Cow Shed (mile 83.3), un ange descend du ciel. Non, ce n’est pas une hallucination, mais plutôt une dame qui a fait des biscuits et qui en offre aux coureurs. « J’ai pensé que vous auriez besoin de sucre… ». Ce que les gens peuvent être gentils, ici !  Mon amour, on déménage quand ?

Je ne peux pas résister. Hum, sont écoeurants !!!  Celui que j’engloutis fond dans la bouche. « Vous pouvez en prendre un autre ». Non, je vais en laisser aux autres, ce serait un crime de tous les prendre. Mais sont vraiment bons…

Malgré un arrêt forcé aux puits, Stéphane me distance peu à peu. Il est plus agressif que moi dans les montées douces et ça lui rapporte. Je n’essaie pas de m’accrocher, préférant la jouer conservateur.

Ce qui fait que, encore une fois, je me retrouve seul quand les rares nuages qu’on a vus depuis l’orage décident de se rassembler pour se vider au-dessus de moi. C’est une averse, une vraie de vraie. Ça tombe comme une vache qui pisse avec en prime, des vents à écorner un boeuf (ne me reste plus qu’à trouver une expression avec le mot « veau » et la famille bovine au complet sera réunie; vous en avez une à suggérer ?).

Au début, je tâche de demeurer le plus possible sous les arbres, mais à un moment donné, ça ne sert à rien. Je suis complètement détrempé, au point de commencer à avoir froid. Pour ce qui est d’éviter de mouiller mon pansement, on repassera… Et il pleut, il pleut et pleut encore, ça n’a pas de sens. Ho que je suis content que Bill’s soit dans une grange…

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Mon Dream Team II avec en arrière-plan, la grange où est monté le ravitaillement Bill’s. Pouvez-vous croire qu’il va pleuvoir quelques minutes plus tard ?

Finalement, à environ un mile de Bill’s (mile 88.3), la pluie cesse. Enfin !  Sur place, un petit chemin éclairé nous guide vers l’entrée de la grange. Tiens, je ne sais pas pourquoi, mais j’avais dans mon idée que ce ravito était situé en plein champ. Et pourtant, non. Il est sur le bord du chemin…

Ok, dernier contrôle médical. Au moment d’embarquer sur la balance, je suis pris d’un étourdissement. Woh, il ne faut surtout pas que ça paraisse !  Il semble que je réussisse à le cacher. J’attends le verdict. Je devrais être correct…

Quoi, 151.0 !?!  Ben voyons donc, comment ai-je peu prendre 3 livres sur 19 miles ?

Ha non, pas encore le spectre de l’hyponatrémie, merde, merde, merde !  J’essaie de me justifier en sortant les gels que j’ai dans mes poches. « Ça ne change pas grand-chose, vous savez ». Ben voyons, si ça pèse 100 grammes chacun et que j’en ai 5, ça fait une livre, ça madame ! Ajoutez les frontales…

Je me mets en frais de retrouver le poids d’un gel sur le sachet. Avec plus de 17 heures et 142 kilomètres de course dans les jambes, un éclairage du style vraiment pas adéquat et la vue de proche d’un gars dans la mi-quarantaine… Ben oui, cherche donc une aiguille dans une botte de foin avec ça, tant qu’à y être… Je parviens malgré tout à retrouver l’information : un gel pèse 32 grammes. Ça en prendrait 14 pour faire une livre. Je n’en ai jamais 14 dans les poches…

«3 pounds, 2%, no big deal. You’re clear ». Je continue à essayer de me justifier en disant que je bois beaucoup, comme si je n’acceptais pas le résultat. « You’re clear… » me répète la dame. Tu veux quoi de plus, espèce de tête dure ?

En fait, je suis un peu inquiet moi-même. Je n’urine vraiment pas souvent, malgré le fait que je boive beaucoup. Et comme pour en rajouter, mon estomac commence à faire des siennes et je n’ai plus du tout envie d’absorber une autre goutte de LG. Or, si le liquide que je prends ne contient pas d’électrolytes, le risque d’hyponatrémie devient encore plus grand. Bref, je ne suis pas rassuré.

J’en fais part à mon équipe, question de les tenir au courant. Ainsi, s’ils me voient en mode zombie à Polly’s, ils sauront pourquoi. Pendant que nous discutons, je leur demande : « Vous n’entrez pas ? ». « C’est interdit aux équipes de support. Même, on n’est pas supposés être aussi proches de la grange.».

Pardon ?  Je comprends qu’il y a beaucoup de monde ici (la petite grange est remplie de coureurs qui semblent prendre une longue pause), mais là, franchement, dans de telles conditions, c’est inhumain de laisser le monde dehors… En ce moment, je plains sérieusement le bénévole qui viendrait dire à mon équipe de s’éloigner. Car bien que je suppose que ledit bénévole ne comprendrait probablement pas le français, le ton que j’utiliserais ne laisserait aucun doute sur le contenu de mes parole. Non mais…

Le pacer de Stéphane me sort de mes pensées pour me demander si j’ai besoin d’aide pour terminer. Je lui réponds que non, que tout va bien. Croyant que Stéphane est en train de se faire masser ou quelque chose du genre, je pense qu’il voudrait repartir à trois. Ce n’est que plus tard que je comprendrai qu’il avait changé de pacer et avait demandé à celui qui l’avait accompagné pour les 18 derniers miles de m’attendre, au cas où j’aurais besoin. C’était vraiment chic de leur part à tous les deux.

Dernier coup d’œil à la grange remplie, puis c’est le re-départ. Devant moi, 19 petits kilomètres. Ma Garmin ayant rendu l’âme, je ne peux plus me fier qu’à ma montre. Elle indique 21h18. 2h42 pour atteindre mon objectif. Ouf, ça va être serré. C’est le parcours qui va décider…

« Tu vas partir tout seul dans la noirceur ? », demande mon père. Heu oui. Je n’attendrai pas qu’il fasse clair… « Ouais, t’es pas peureux… ».

C’est vrai quand on y pense. Jamais, au grand jamais je n’oserais m’aventurer à la course dans des sentiers ou des chemins de terre en pleine nuit. Honnêtement, je n’ai pas peur des animaux. Mais les êtres humains me fichent la trouille. On ne sait jamais si on peut tomber sur un chauffard ivre ou un cabochon qui décide de « défendre sa propriété ». Or, je ne sais pas pourquoi, mais dans le cadre d’une course, ces craintes tombent.

Heureusement car dans une longue montée, je me retrouve à la hauteur de deux véhicules qui se croisent. Aveuglé par les phares, j’espère que les conducteurs savent qu’il y a une course dans leur perdu coin de pays, car sinon, je pourrais me faire faucher… J’apprendrai plus tard que l’un des deux véhicules était mon bon vieux RAV4.

Stéphane n’exagérait pas : après Bill’s, ça se corse. Les enchainements montées-descentes sont de plus en plus difficiles. Dans l’obscurité, le seul indice que l’on a sur ce qui s’en vient est le positionnement des bâtons lumineux dans les arbres. Et chaque fois que j’en vois un, il me semble être installé des centaines de pieds au-dessus de ma tête. Ça monte, ça monte, ça ne finit plus !

Justement, dans une montée, j’entends encore jacasser. Devinez qui ?  La fille avec qui je jouais à saute-moutons qui a changé de pacer, pour une fille qui, semblerait-il, a les mêmes habitudes que l’autre au niveau des échanges verbaux. En fait, le sujet de discussion n’est pas tout à fait le même. Si au moins elle parlait de sexe ou de quelque chose d’intéressant. Mais non, elle parle de… ses expériences de troubles gastriques en ultra !  Elle raconte donc qu’à telle course, elle a vomi 3-4 fois, ou à telle autre course, un des ses amis a retourné la marchandise avec tellement de pression qu’il y en avait partout. Vous voyez le genre. Entendre parler de ça pendant qu’on a l’estomac qui, justement, commence à avoir son voyage…  Disons qu’à ce moment précis, je préférerais ne pas comprendre l’anglais…

Petite victoire morale toutefois sur cette section: je réussis enfin à faire sortir du pipi de ma vessie. Je n’ai jamais été aussi content de me soulager. Exit l’hyponatrémie.

Après être passés par Keating’s (mile 91.5), c’est Polly’s (mile 94.9). Dernière station accessible aux équipes de support. Je sens l’effervescence dès que j’arrive sur place. C’est la dernière fois que les coureurs voient leur monde, ça sent la fin. On a l’impression que même les bénévoles sont énervés.

Ainsi, je sens beaucoup de fierté dans la voix et les gestes de ma sœur et de mon père. Il y a de l’émotion dans l’air, aussi. La journée a été très longue et tout ça achève. Un dernier petit coup de cœur et on se revoit à l’arrivée. Il est 23h01, restent 5.1 miles à faire. C’est toujours jouable. En temps normal, 5.1 miles en moins d’une heure, je ferais ça sur une jambe, mais bon, on n’est pas en temps normal.

Ça va plutôt bien. L’idée de voir la ligne d’arrivée a réussi à calmer mes troubles digestifs. J’enfile les côtes sur chemins de terre, j’ai le sentiment d’avoir un bon rythme malgré le profil très accidenté du parcours. Mes chances sont bonnes. Arrive Sargent’s (mile 97.5), un ravito constitué d’une seule et unique table. Ma montre indique 23h31.

Merde !  J’ai depuis longtemps oublié la notion que les objectifs de temps, en ultra, c’est inutile. Je veux un « 1 » comme premier chiffre de mon résultat, bon ! Or, j’ai fait 2.6 miles relativement (je devrais dire : très relativement) faciles en 30 minutes, vais-je pouvoir en faire 2.5 en 28 minutes ?  Je doute, à moins que le parcours finisse par être facile.

J’empoigne un deux litres de Coke et en avale 5-6 gorgées à même la bouteille. Puis je m’élance et me retrouve… dans un  sentier. Ça y est, c’est foul ball. Si j’ai à peine réussi à « faire mon temps » sur une route en terre, comment pourrais-je aller plus vite dans des sentiers, en pleine nuit de surcroit ?  Impossible. J’en prends mon parti et me dit que finalement, 20:05 ou 20:10, ce ne serait pas si mal. Et ce ne serait surtout pas la fin du monde.

J’avance lentement, prudemment. Je préfère rater mon objectif plutôt que me péter la marboulette. C’est vraiment injuste : les meilleurs n’avaient pas à se taper ça à la noirceur, eux !

J’aperçois la fille qui était accompagnée par la jacasseuse. Elle est maintenant avec un homme (elle a combien de pacers, donc ?). Elle baisse ses shorts et s’accroupit pour se soulager juste devant moi (c’est fou le peu de pudeur qu’on a dans ce petit monde). J’ai envie de la féliciter de son « exploit » au passage, car je ne serais jamais capable de m’accroupir après une course aussi longue. Mais je décode un épuisement marqué sur son visage, alors je décide de passer mon chemin sans rien dire. Ce serait toutefois bien qu’on termine ensemble, surtout qu’on a passé une bonne partie de la journée à jouer à saute-moutons. Je verrai si je les attends un peu plus loin.

Puis, peu après être sorti du sentier, petite pancarte sur le bord du chemin : « 1 mile to go ! ». Il est 23h42. Hé, je suis capable de faire un mile en moins de 18 minutes, moi !

C’est comme si j’avais reçu un coup de fouet. Je vais l’avoir, je vais l’avoir !  Merde, une montée. Une tabar… de montée. Fallait vraiment qu’ils nous en foutent une aussi dure si près de la fin ? Pas moyen de la courir, je dois la marcher.

Puis, un sentier. Grrr !  Pas facile d’aller vite, en sentier. Pancarte : “0.5 mile to go”. 23h48. Ok, c’est encore plus que faisable. Je serre les dents, je tâche d’avancer rapidement tout en restant debout. 800 petits mètres, c’est fini.

Les bâtons lumineux sont maintenant dans des gallons d’eau, ce qui donne un effet pour le moins… psychédélique. À moins que je sois en train d’halluciner ?  Nah, les bâtons lumineux dans les gallons d’eau, c’est la marque de commerce du Vermont 100 : ils indiquent que la fin est proche.

Tourne à gauche, tourne à droite, monte, descends. Ça doit bien achever, non ?  Le sentier se tortille, encore et toujours. Ben voyons, 800 mètres, ce n’est pas si long que ça ! Des voix… La fin doit vraiment être proche, je ne peux pas croire !  23h54. Ho que c’est serré !

Après une énième courbe, je vois une petite descente et elle est enfin là : l’arrivée. Je vais l’avoir, je vais l’avoir !

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Dans l’obscurité, un guerrier termine sa mission…

Je traverse en 19h56 (temps officiel: 19:56:19). Job done.

Vermont 100: cap sur Camp 10 Bear… deux fois

Le début du parcours fait étrangement penser à celui du Marathon de Boston : ça descend sur une route. Et ça descend pas mal, à part ça !  Je passe à côté de Pat et lui glisse : « Il y a du monde en calv… ! ». Il me répond qu’on était mal placés dans le peloton. Je ne peux pas contester ça. Heureusement, on n’est pas dans un étroit sentier, mais plutôt sur une route assez large, ce qui nous permet de dépasser les coureurs plus lents assez facilement.

Comme c’est la coutume, le peloton finit par s’étirer. Dans le premier sentier, je continue à dépasser du monde. Je me retourne: Pat n’a pas suivi. Il a le don d’être sage au départ et garder un rythme constant tout au long de la course. Une vraie horloge. Je m’attends à ce qu’il finisse par me rejoindre.

Puis, devant, une femme. Je ne sais pas si on peut dire qu’elle est musclée ou tout simplement qu’elle est maigre, mais bon, je suis certain de la reconnaitre: il s’agit de Kathleen Cusick, la gagnante ici l’an passé et à Massanutten il y a deux mois. Après être partie plus lentement que moi là-bas, elle m’avait rejoint. On avait fait un bout à saute-moutons, puis elle m’avait définitivement botté le derrière autour du 26e mile. Je m’étais promis que si j’en avais la chance un jour, j’allais essayer de suivre une des meilleures femmes, question de voir comment elle gèrent leur course.

Je décide donc de demeurer avec elle. Par bouts, ce n’est pas facile, car je suis définitivement « en dedans ». Sur marathon, cette fille-là n’aurait aucune chance contre moi, mais bon, on n’est pas en marathon justement. Patience.

Ouais, évoluer avec une femme qui pète, qui rote et qui passe son temps à se vider le nez, mettons que ce n’est pas ce que j’appelle une expérience agréable. Et c’est plutôt déstabilisant. Disons que côté éructation, elle n’a rien à envier à mon chien ou à Barney des Simpson. Difficile de croire que cette machine à produire des bruits dégueux soit titulaire d’un doctorat en microbiologie. Et pourtant…

À Densmore Hill (mile 7.0), premier ravito qui est constitué d’une table et de cruches contenant de l’eau et du Tailwind (de quessé ?). Étant parti avec une bouteille à la main parce que je ne voulais pas solliciter encore plus mon kyste avec une veste et que le parcours le permettait, j’entreprends de refaire ma mixture de LG.

Pas évident. Après avoir empli la bouteille d’eau, je dois ouvrir le petit ziploc, puis verser la poudre de LG dans ladite bouteille. Hé bien, je n’avais pas prévu que la manipulation du ziploc soit si difficile… J’ai l’impression que ça prend une éternité avant qu’il finisse par finir d’ouvrir. Et pour le verser, j’aurais besoin de 3 mains. Bref, à partir de maintenant, je vais me contenter d’eau quand il n’y aura pas de bénévole pour m’aider.

Alors que le jour se lève tranquillement, ma découverte du Vermont 100 se poursuit. Et il est exactement comme c’était décrit sur le site web et dans les récits : ça monte, ça descend, ça monte, ça descend… Sur des chemins de terre la plupart du temps, dans des sentiers parfois. Je sais que plusieurs ultramarathoniens détestent, mais moi, j’adore.

Le jeu de saute-moutons entre les concurrents est bel et bien engagé. Il faut dire que le parcours s’y prête. Ainsi, certains (comme moi) préfèrent marcher les montées et aller plus vite sur le plat ou dans les descentes. Je trouve que ça me permet de varier l’effort que les jambes doivent fournir, sollicitant ainsi d’autres muscles. Par contre, certains coureurs (dont madame Cusick) gardent un rythme plus constant (entre deux rots), ce qui fait qu’ils vont plus vite en montée, mais sont plus lents le reste du temps. D’où le jeu de « je te dépasse, tu me dépasses, je te re-dépasse, tu me re-dépasses ».

Je garde toutefois l’œil sur madame Cusick, tâchant de la garder à une distance raisonnable à l’approche de Dunham Hill (mile 11.5). Mais il y a également d’autres femmes dans le portrait, ce qui complique ma stratégie. Dois-je me coller à Kathleen ou suivre les autres qui la dépassent ?

Je remarque que le rythme est assez rapide, malgré le fait que je sois toujours en mode « Woh les moteurs !». En effet, ma Garmin m’indique que je suis sous les deux heures après le passage au demi-marathon !  Je ne peux pas croire que ça va rester comme ça. Il est vrai que le temps demeure couvert et relativement frais (je dirais 18-19 degrés). Mais c’est très, très humide, ma camisole étant déjà détrempée. J’espère de tout cœur qu’on ne verra pas le soleil de la journée, car sinon, on va vivre un bel effet de serre…

Arrivée dans Taftsville, un petit village typique du Vermont. C’est tellement chouette, le Vermont… Je vous l’ai déjà dit ?  Ce village prend un grand total de deux minutes à traverser à la course, puis nous empruntons un joli pont couvert, pont qui semble faire la fierté du village. Au ravito (mile 15.4), le gentil bénévole à qui j’ai demandé de l’aide en arrache pour ouvrir mon petit ziploc. Ça me rassure un peu de le voir gosser comme ça, me disant que dans le fond, je ne suis pas si pire. Mais en même temps, va peut-être falloir que je revoie mon système…

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Le joli pont couvert de Taftsville

Mis à part ce petit village, je remarque une chose du parcours : il n’y a rien de remarquable, justement. Des routes de terre, des enchainements montées-descentes, des champs et des montagnes à perte de vue. Je ne peux vraiment pas dire que je déteste.

Sur le chemin menant à So. Pomfret (mile 17.6), je continue de me tenir à portée de Kathleen. Comme je la dépasse dans une descente, elle me lance un beau « Good morning ! ». Je lui réponds sur le même ton, sourire aux lèvres, m’attendant à un sourire de sa part. Sauf que son regard n’est pas dans ma direction, mais est plutôt dirigé vers le pré d’à côté où gambadent de superbes chevaux. Heu, c’était à moi qu’elle disait ça ou aux chevaux ?

Arrive bientôt Pretty House (mile 21.3), première station où les équipes de soutien ont accès. Mon père prend des photos et ma sœur m’accueille… avec des applaudissements et un merveilleux sourire.

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La « pretty house » en question. Vrai qu’elle est belle, non ?

Ouais, bon, c’est super gentil, mais j’ai une course à faire, moi là… « Du jus, du jus !!!» que je lâche, sur un ton un peu bête. Ma petite soeur se rend compte de ce qui se passe et me dit de lui laisser ma bouteille, elle va la remplir pendant que je vais me chercher à manger.

Le buffet offert est classique : patates bouillies, bananes, etc. Je pige un peu partout, puis reviens à mon équipe. Ma bouteille est dûment remplie de LG préparé d’avance. Ils me tiennent au courant de la progression des autres: Pierre est passé depuis une dizaine de minutes, Joan presque une demi-heure. Mon père m’avoue qu’il ne m’attendait pas si tôt. Le temps couvert et la température tolérable font que les miles passent plutôt bien. Espérons que ça continue comme ça.

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Première rencontre familiale de la journée

Au moment de quitter, je leur laisse ma frontale rendue inutile par le lever du soleil. Mais aussi, je regrette d’avoir été « direct » dans ma demande initiale. J’aurais pu être moins raide envers ma sœur qui a choisi de passer ses dernières journées de vacances à aider son frère à compléter un projet de fous. Enfin, je sais qu’elle ne m’en voudra pas. Dans 9 miles, quand je les reverrai, l’incident sera chose du passé. J’ai déjà hâte de les revoir, d’ailleurs.

En direction de U-Turn (mile 25.3), le parcours se durcit. Je continue de suivre Kathleen à distance, mais les enchainements de montées-descentes pas trop abruptes font qu’elle s’éloigne peu à peu.

Je m’encourage toutefois en constatant que je reprends du terrain sur un gars qui me semble pourtant rapide. Arrivé à sa hauteur, je reconnais… Simon ! Hé comment ça va ?  « J’ai des raideurs dans les jambes, c’est rough depuis un petit bout. Je pense que je vais prendre ça plus relaxe ». Ainsi, après avoir empli ma bouteille, je me retourne pour voir s’il me suit, mais il me dit de ne pas l’attendre. J’espère que ça se passera bien pour la suite des choses. Il ne semble pas très bien aller…

Dans le sentier qui suit, je rejoins ma cible, puis sur la route en descente menant à Stage Road (mile 30.3), je la distance. En fait, je crois que je la distance. La descente est longue, roulante, se fait super bien, ce qui fait que je me présente au ravito à vive allure. Mon père s’étonne encore, cette fois-ci de voir que j’ai franchi près de 50 kilomètres en moins de 5 heures. Ce n’est pas Massanutten, hein ?

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Je me présente à Stage Road. La « Dame en bleu » derrière, c’est Kathleen Cusick. J’ignorais qu’elle me suivait de si près…

À ce rythme, je vais faire sous les 16 heures !  Ça n’a tout simplement pas de sens, le parcours doit devenir plus difficile plus loin, sinon on va tous péter des scores ! Pendant que je réfléchis à voix haute, on nous annonce l’arrivée des premiers chevaux. De superbes bêtes, montées en style classique. N’empêche que ça fait bizarre. Après avoir partagé les sentiers avec les vélos de montagne au Vermont 50, c’est maintenant au tour des chevaux ici. Je suis certain que s’il existait une variante « hiver » de ces courses-là, on la ferait en compagnie de traineaux à chiens.

J’ai à peine pris une bouchée d’un sandwich dinde-fromage que je vois Kathleen repartir sous mes yeux. « Ha la tabar… ! ». Mon père part à rire et me dit de la laisser aller, qu’il n’y a rien qui presse. Tu ne comprends pas: je pensais bien avoir réussi à me donner un petit lousse avec elle, mais voilà qu’avec un ravito rapide, elle reprend tout le terrain qu’elle avait perdu sur moi. Pas moyen de prendre un petit break, dans cette foutue course-là !

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Hein, elle est déjà partie ?!?

Je pars donc à ses trousses, un peu découragé. Dans combien de temps vais-je me refaire botter le derrière ? Elle est vraiment forte.

Après un petit bout sur un chemin de terre, c’est la route 12 qui nous accueille. Elle est en asphalte et la circulation y est omniprésente. Pas l’endroit idéal pour courir, mettons. Je vois que Kathleen s’est arrêtée en haut d’une longue et douce montée pour… se refaire une beauté !

Hé oui, elle semble vouloir refaire sa coiffure, ce qui a l’air pour le moins complexe au profane du domaine que je suis. En fait, quand je passe à sa hauteur, elle est toute empêtrée dans ses cheveux qui, à première vue, semblent avoir la texture de la laine d’acier. Ho que ça a l’air compliqué mettre de l’ordre dans tout ça…

Il faut croire que ce n’était pas si pire, car nous arriverons ensemble au ravito bien nommé Route 12 (mile 33.3) et elle en repartira avant moi. Je ne la reverrai plus. Voilà, je viens de me faire botter le derrière. Encore.

Ok, le tiers de la course est passé, où en suis-je ?  Évidemment, je suis dans un bien meilleur état qu’au même endroit dans la course à Massanutten. Là-bas, je songeais déjà à abandonner, alors qu’aujourd’hui, il n’en est même pas question.

Ceci dit, sur le chemin menant à Camp 10 Bear, là où je reverrai mon équipe, un certain découragement commence à se faire sentir. Je parcours devient de plus en plus difficile, la température monte peu à peu. Je sais qu’il ne faut pas faire ça, mais je ne peux m’empêcher de songer à la distance qu’il me reste à franchir. J’ai ralenti, je le sais. Il y a des gens qui me dépassent, j’en rattrape peu. La définition du terme « montée » devient de plus en plus souple : je marche souvent.

Au passage de Lincoln Covered Bridge (mile 38.2), j’ai un petit regain, mais le moral a une tendance à la baisse. Peu après Lillians (mile 43.3), un gars me rejoint et décide de faire un bout avec moi… sans vraiment me consulter. On jase un peu. Il vient de la Floride. Ce qui veut dire que lui, l’humidité… Quand il me demande si j’ai un objectif, je lui réponds simplement : « Buckle ». Je n’ose pas dire tout haut que je vise sous les 20 heures. Il me répond que lui aussi, il veut le buckle (que chaque concurrent qui termine en moins de 24 heures recevra) car si on fait plus de 24 heures, on reçoit… un magnifique sous-verre.

Quoi, un sous-verre ?  Ha ben non, je ne me suis pas tapé ces années d’entrainement pour me retrouver avec un sous-verre !  Un paquet d’allumettes, tant qu’à faire ? Bah, au rythme auquel je suis parti, je pense que mes chances sont excellentes pour le buckle. Les 20 heures ?  Pas sûr, surtout si je continue à peiner.

« On devrait atteindre la mi-course en 8h30 » rajoute le gars. Hum, pas certain. J’espérais arriver à Camp 10 Bear (mile 47.0) en 8 heures, puis arriver à Pinky’s (mile 50.8) en 8h30, mais je sens que je dois rajuster mes objectifs à la baisse. 8h15 à Camp 10 Bear ?  Peut-être… si je finis par y arriver.

Puis, la route prend une tendance vers le bas. Ma Garmin me le confirme : Camp 10 Bear est proche. Je suis revigoré juste à l’idée de revoir mon Dream Team II. Leurs sourires, leur bonne humeur, ça va me faire du bien ! Quand j’y arrive, je découvre un méga-ravito. Des autos stationnées très serrées comme si on était au centre-ville, plusieurs gazebos de montés, de la bouffe en quantités industrielles. Wow !

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Premier passage à Camp 10 Bear

Première mission pour mon père : recoller la poignée de ma bouteille. Avec quoi ?  Ben mon rouleau de duct tape, bien évidemment !  On ne peut pas faire un ultra sans duct tape… « Pourquoi tu ne prends pas l’autre ? » demande ma sœur. Verdict : elle est trop petite… et je n’aime pas le bouchon qui fait du bruit. Je vais donc m’en servir seulement si j’en ai vraiment besoin, ce qui n’est pas le cas présentement.

Puis, c’est la pesée : 146.8 livres. Parfait !  Je me suis peut-être un peu déshydraté, mais vraiment pas grand-chose. J’ai bien sûr la permission de poursuivre.

À la bouffe, je reconnais la fille de Pierre (je ne sais plus si c’est Marion ou Alice, maudite mémoire…) et lui demande où est sa mère. Réponse : partie à l’hôpital avec sa nièce qui avait très mal à une oreille. Ho… C’est dont ben plate, ça…  J’espère que ce n’est rien de grave…

Avant de partir, coup d’œil autour : aucun indice de la présence de Dan Des Rosiers. Pourtant, ce n’est pas son genre d’être discret. Il est supposé être le capitaine du ravito, alors je m’attendais à l’entendre aboyer des ordres à gauche et à droite. Mais rien. Bizarre.

Ok, la boucle Camp 10 Bear maintenant. Boucle qui débute par une interminable montée. Des gars bien calés dans une auto me demandent si je veux quelque chose à manger. Non merci. Mais avez-vous de la bière ?

La blague est vielle comme le monde et pourtant, elle fait mouche. C’est ça Fred, continue avec le blagues au premier degré, c’est la meilleure façon pour que tu sois compris…

Après la montée, une longue descente, suivie d’une section relativement plate. Section que je trouve tout de même difficile car je dois tenir un rythme constant, n’ayant pas vraiment de raison de marcher.  Et mes jambes qui réclament un certain répit…

Ouais, je commence à avoir hâte d’être arrivé à la moitié, moi là. Selon mon GPS, c’est déjà fait, mais j’aimerais bien avoir une petite confirmation. Tiens, c’est peut-être la petite pancarte là, sur le bord du chemin. Je m’approche et y lis : « 50.5 miles, 49.5 miles to go ». Bon ben, j’ai passé la moitié, ça a l’air.

À Pinky’s (mile 50.8), le rose est à l’honneur (duh !) et le ravito n’est occupé que par des représentantes de la gente féminine, de tous les âges. Et fait étrange, tout le monde nous… remercie de courir. Hein, de quessé ?  Vous passez la journée à attendre des coureurs et c’est vous qui les remerciez ?  Heu…

Peu après Birminghams (mile 53.9), alors que je joue à saute-moutons avec quelques chevaux, je constate que mon soulier droit est en train de se délacer. Essaie de me pencher, impossible. Déjà qu’en temps normal, je suis souple comme une barre de fer, imaginez avec plus de 80 kilomètres dans les jambes… Bon ben, on va s’asseoir par terre. Niet, pas possible. Comment je pensais que je pourrais me relever, donc ? Je parviens à trouver une roche où je pourrai prendre la position assise pour la seule et unique fois de la course. À voir aller Pierre à Massanutten, je me demande si sa tactique n’est pas meilleure que la mienne.

Ce petit intermède me permet de me reposer un peu, mais ça ne change rien à un phénomène que j’ai remarqué depuis Camp 10 Bear : je n’avance plus. Pas que ça va mal, mais la fatigue se fait sentir. Et je commence à me demander si je ne suis pas allé en surcharge côté compétitions depuis un petit bout. Il s’agit tout de même de mon quatrième ultra en trois mois…

À Margaritaville (mile 58.5), que j’ai atteint après avoir eu l’impression de monter pendant des heures, ma sœur me le confirme : ils ont commencé à voir arriver des coureurs qu’ils n’avaient pas vus avant, preuve que je perds peu à peu du terrain.

Je leur explique que je vais bien, mais que j’ai ralenti, un peu comme à Bromont. Je leur demande donc d’être patients, mes passages risquent de s’espacer… « Pas de problème, prends tout ton temps, on est là pour ça. Voudrais-tu changer de t-shirt ? ». Pourquoi pas ?  J’avais prévu attendre le retour à Camp 10 Bear, mais à quoi bon ?  Je tends donc ma camisole complètement détrempée à ma sœur (ha, l’amour fraternel…)  et en enfile une toute propre. Ouais, pas trop déplaisant…

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Autre photo de famille à Margaritaville

C’est là que j’apprends que Pierre et Joan courent maintenant ensemble (on m’avait dit plus tôt que Joan n’était pas dans une bonne journée), environ une demi-heure devant moi. Hé bien, mon ami Pierre a décidé de faire un upgrade de partner, on dirait ! Avec Joan comme pacer personnel, il aura de bonnes chances de réussir un excellent temps.

Je repars, mais j’ai à peine franchi 300 ou 400 mètres que je me mords les doigts : j’ai oublié de réclamer mes Advil. Merde !

C’est que voyez-vous, un mal que je connais et reconnais très bien s’est installé dans ma cheville gauche. Il va et il vient, mais disons que depuis une heure ou deux, il se fait de plus en plus présent.  Ça sent les deux semaines de repos forcé après la course. Ajoutez à ça un genou gauche qui se plaint dans les descentes et on se retrouve avec un gars qui pense à soulager ses malaises artificiellement. À l’entrainement, je ne fais jamais ça, mais en course, ce n’est pas la même chose.

Le retour vers Camp 10 Bear se fait beaucoup mieux que l’aller, j’ai l’impression que la tendance est plus à la descente. Passent Puckerbrush (mile 61.6), puis Brown School House (mile 64.6) sans problème particulier. Prochain arrêt : le retour à Camp 10 Bear, au mile 69.4.

Léger embûche cependant. Le ciel, qui s’était passablement éclairci en début d’après-midi, me forçant parfois à prendre des petits détours pour courir à l’ombre, s’est ennuagé à nouveau. Et la menace n’est plus simplement une menace, ça va tomber. Reste à savoir quand.

Hé bien pour moi, ça se concrétise autour du 66e mile. J’entends le ciel se déchirer, je vois les éclairs tomber et finalement, le déluge qui s’abat. L’homme seul contre les éléments, le combat est inégal. Je me dis que courir sur un chemin de campagne durant un orage, ce n’est peut-être pas l’idée du siècle. Je devrais peut-être me trouver un abri…

Ben oui Chose, un abri… Tu veux trouver ça où ?  Il n’y a crissement rien autour. Il y a seulement des arbres, des champs et un chemin vallonné. Tu n’es tout de même pas pour aller te cacher sous un arbre !

Je poursuis donc, essayant de me rassurer en me disant que si la foudre tombe, ce sera certainement sur un arbre, pas sur moi. Puis, un orage étant ce qu’il est, tout s’arrête et le soleil reprend ses droits.

La boucle achève. Je croise des coureurs du 100 miles et me demande ce qu’ils peuvent bien foutre là… jusqu’à ce que je comprenne qu’ils commencent leur boucle, boucle qui m’a pris 4h40 à compléter. Je me sens envahi par une vague de découragement/sympathie. Ces gens-là commencent à peine leur boucle ? Ça va faire bientôt 13 heures que nous sommes partis et ils n’en sont pas encore rendus à la moitié ? Hou la la…

Après une longue montée, puis une toute aussi longue descente, Camp 10 Bear II est là. 50 kilomètres à faire.

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J’arrive à Camp 10 Bear pour la deuxième et dernière fois

Game on.

Vermont 100, l’avant-course

La journée débute tôt. 6h30, je suis assis sur le dur plancher devant l’entrée de la clinique sans rendez-vous, le premier en ligne en vue de l’ouverture à 7h30.

Après l’attente, une fois entré dans le cabinet, le médecin regarde la plaie: pas vraiment de changement. Heureusement pour moi, elle est de bonne humeur aujourd’hui, alors elle me fait un pansement triple épaisseur (pour qu’il tienne bon durant la course) sans rechigner. En échange, je promets de commencer les antibiotiques qu’elle me prescrit,  mais seulement à partir de lundi. « On se revoit mardi ou mercredi » qu’elle me lance. C’est un rendez-vous, docteur ! Ou presque…

Je suis de retour assez rapidement à la maison, puis on pacte le RAV4 en vue du petit voyage vers le Vermont. Barbara passant son tour pour cette fois, mon équipe de support sera composée de ma soeur Élise et de mon père pour mon troisième 100 miles.

C’est avec une certaine surprise que nous constatons le peu de monde qu’il y a à la frontière. Pourtant, avec les vacances de la construction qui commencent aujourd’hui… On nous avait prévenus de partir tôt, mais… rien.  Tant mieux !  C’est tout juste si le douanier pose une question et nous sommes passés.

Les routes du Vermont, c’est comment dire ? Reposant. Les montagnes qui se profilent à l’horizon, les grands espaces verts et surtout, pas une seule publicité sur le bord de l’autoroute qui viendrait gâcher ce spectacle. J’adore.

Petit arrêt pour une pause-pipi. De l’auto qui s’est stationnée à côté de nous sort un gars qui porte des bas de compression et un t-shirt du Oil Creek 100. Mon extraordinaire pouvoir de déduction me dit que lui et ses accompagnateurs s’en vont à la même place que nous. Et comme bien des hommes, nous engageons la conversation… aux urinoirs. Il se présente: c’est Vincent. Il en sera à son deuxième Vermont 100 (je tiens à souligner que nous avons gardé la première poignée de main pour plus tard dans la journée, question de demeurer temporairement des gens normaux en ce qui concerne les convenances hygiéniques).

Nous poursuivons notre route et après le diner, nous nous dirigeons vers Silver Hill Road, le lieu de départ/arrivée de la course et où est situé son quartier général durant la fin de semaine. Après quelques détours, nous arrivons sur place.

Ça fourmille déjà. Plusieurs campeurs sont installés depuis un bout, les chevaux sont là également. Car oui, parallèlement à la course à pied, il y a une randonnée à cheval qui se déroule. Se cogner le postérieur sur le dos d’un cheval sur une distance de 100 miles, il faut quand même le faire. Ok, vous allez me dire qu’il y en qui font ça à pied, je suppose…

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Le terrain de camping

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Le « camping » pour les quadrupèdes

Après avoir dûment enregistré le RAV4 comme « voiture officielle » pour le soutien (chaque coureur est autorisé à n’en avoir qu’une seule), nous nous dirigeons vers la tente où je ramasserai mon dossard, mon t-shirt (qui est noir, c’est quoi l’idée pour une course organisée en plein été ?) et subirai ensuite un petit examen médical.

J’avoue que celui-là me stresse un peu. Je n’ai pas l’intention de parler de mon kyste, mais s’ils le découvraient ? Me laisseraient-ils faire la course ?

Ok, d’abord la pesée. Hou là, on ne parle pas de « balances » bric-à-brac comme à Bromont, ici. Ces bidules sont électroniques et l’organisation a pris soin de les installer sur quelque chose de solide et stable. Quand j’embarque dessus, je vois apparaitre 148.0 livres. Ouais, ça a de l’allure.

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La pesée officielle. Ça ne se passe pas vraiment comme à la boxe, hein ?

Bon, pour la pression et « l’interrogatoire », maintenant. Les trois « infirmières » sont libres, je me présente à celle la plus près qui s’adonne par le plus pur des hasards à être la plus jolie. Ma sœur s’amusera plus tard à se payer ma tête à ce sujet car semble-t-il, il y a toujours des références à l’esthétique de la gente féminine dans mes billets. Ben voyons, où va-t-elle pêcher ça ?  😉

Ma pression: 148/70. C’est donc ben bizarre, cette affaire-là… 148, c’est haut, mais bon, je suis un peu nerveux et quand même en présence d’une plutôt jolie personne. Mais 70 ?  C’est bas, il me semble. Enfin, mon explication de l’énervement précédant la course semble passer.

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Pression à 148/70. De quessé ?

Suivent quelques questions à propos de mon passé médical. Dans mon anglais rouillé, je réussis à bafouiller quelques réponses qui me semblent approximatives, mais qui ont l’air d’être satisfaisantes. Je passe donc le test. Clear to go. Et pas un mot sur mon kyste. Parfait !

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Ce que je bredouille semble tout de même assez intéressant…

Il est 14h. Trop tard pour retourner s’installer à l’hôtel, mais trop tôt pour attendre le briefing de 16h. Que faire ?  Ben attendre, il n’y a foutrement rien à faire, ici…

Nous nous installons à une table sous la grande tente. Seb arrive peu de temps après, avec son équipe de support. Comme il dit qu’il va aller acheter les billets pour le souper du soir et le BBQ de dimanche, je lui offre ceux que j’ai pour le BBQ, lui expliquant que je devrai retourner à Montréal dimanche matin pour faire changer mon pansement, qu’on ne pourra pas être là, etc.

« As-tu ton stock ici ? » demande un de ses équipiers. « Je suis chirurgien, je pourrais te faire ça. »  Malheureusement, je n’ai rien pour changer le pansement, mais peut-être me serais-je trouvé quelqu’un pour régler ce foutu volcan une fois pour toutes ?  À suivre…

Seb semble très confiant. Il est souriant, blague sur tout et rien. Presque totalement remis de sa blessure, il vise sous les 15 heures demain, ce qui l’amènerait tout près du record du parcours. Ce serait bien qu’il réussisse. Vous imaginez, un Québécois qui gagnerait ici ?  Ce serait génial. Et si Joan est en forme…

La délégation québécoise se pointe tranquillement: Vincent arrive, Stéphane le suit de près. On aperçoit Joan, qui ne semble pas à son meilleur. Et pour cause: Mélanie n’est pas là, victime de la gastro, tout comme un, peut-être deux de leurs enfants. Il sera donc vraiment solo demain.

Tiens, Line, la femme de mon partner Pierre. Elle, leur fille et leur nièce sont ici pour être bénévoles à Camp 10 Bear, LE poste ravitaillement, celui où on passera à deux reprises durant la course et où on sera contrôlés médicalement à chaque fois. Je m’en vais saluer Pierre qui viendra nous rejoindre pas tellement plus tard, nous amenant d’excellents gâteaux aux dattes qu’il a faits lui-même jure-t-il. Il nous présente Simon, un coureur qui en sera à son premier 100 miles et qui me rappelle quelque chose… Puis Pat arrive, on pique une petite jasette. Il y va pour son 5e Vermont 100, il est ici avec sa petite famille ainsi que ses amis pacers. Tout ce beau monde dormira à l’hôtel, sauf lui, qui sera sous la tente. On parle aussi souliers. En fait, lui parle de souliers, car moi, je n’ai aucune foutue connaissance dans le domaine…

Cout’ donc, pour un gars pas sociable, ça commence à faire pas mal de monde avec qui je jase…  😉

Le briefing commence. Je sais que ce n’est pas le but, mais c’est loin d’être intéressant. Après un petit speech du représentant du Vermont Adaptative, il y a remise de prix pour ceux qui ont amassé le plus d’argent. Puis Amy, la directrice de course, nous sert un rappel des divers règlements de la course. J’entends Omer Simpson d’ici: « C’est plate ! ». Disons que l’organisation a des croûtes à manger pour rendre ça aussi intéressant que Massanutten. C’est seulement lorsque Amy, visiblement mal à l’aise, nous rappelle de ne pas faire de numéros deux sur des terrains privés (il semblerait que certains propriétaires du coin se soient retrouvés avec des rebuts humains dans leur jardin ou derrière leur cabanon certaines années) et plutôt essayer de se trouver un endroit boisé avant de s’exécuter. Ha, quand on parle de pipi-caca, on finit toujours par rire !  Je note qu’on ne nous demande pas d’enterrer le tout, comme lors de certaines courses. S’il avait fallu… Les chevaux, est-ce qu’ils enterrent leurs choses, eux ?

Départ pour l’hôtel où la préposée à l’accueil me demande si je fais la course. Quoi, elle sait que ça existe, cette course-là ?  Elle semble pas mal au courant, en fait. Et à ce qu’elle dit, nous sommes plusieurs coureurs qui couchons ici. La bonne affaire: ça risque d’être très tranquille cette nuit.

Après être passés à l’épicerie, nous nous installons dans la chambre pour souper. Je préfère manger des choses familières la veille d’une course, ce qui explique pourquoi nous ne sommes pas au souper fourni par l’organisation. Mon père m’offre une bière. Elle me tente… Juste une, ça dérangerait quoi ?  Je résiste. Il revient à la charge quelques minutes plus tard, en versant un tout petit peu de précieux liquide dans un verre. « Ça ne te fera pas mourir ». Il a bien raison. Je me laisserai tenter à nouveau un peu plus tard. Je suis tellement faible…

Puis c’est la préparation de mes affaires pour demain en ensuite, le dodo. Ou le semblant de dodo. J’ai le sommeil agité. À minuit, je vais aux toilettes et ne dormirai plus. Je sens que mon père, couché dans le lit à côté, ne dort pas vraiment lui non plus. Ma soeur ?  Elle ronfle même si elle est couchée sur la combinaison fauteuil-pouf-chaise de bureau, personne n’ayant osé suggérer de partager un des deux lits doubles avec un autre membre de la famille.

Une fois l’heure prévue arrivée, je me lève et discrètement, me dirige vers la salle de bain: c’est là que je prendrai mon dernier repas avant la course. À la guerre comme à la guerre. Puis, quand vient le temps de réveiller mon monde, je me dirige vers la fenêtre et constate qu’il pleut. Et pas mal à part ça. Merde, je m’en serais bien passé… Heureusement, ça arrêtera avant le départ, mais on sent que ça va revenir… et que la journée sera très humide.

Nous arrivons sur le site autour de 3h10. Ça commence à grouiller, les campeurs se réveillant tranquillement. Je préfère toujours arriver pas mal d’avance, question de… faire ce que j’ai à faire pour ne pas avoir à m’exécuter derrière un cabanon, si vous comprenez ce que je veux dire.

Après l’enregistrement, je retrouve le clan québécois. On jase un peu, l’ambiance est comme toujours avant une course: simili-relaxe et il y a beaucoup de sourires. On prend quelques photos et un instant plus tard, on nous appelle au départ.

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Pierre, Joan, moi et Simon. Vous ne trouvez pas que Joan a un drôle d’air ?

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Ma petite sœur qui récupère mon accoutrement d’avant-course. Ready to go ! 🙂

Il fait noir, très noir, et le ciel couvert n’aide pas à éclairer le ciel. Moi qui me demandais si je devais partir à la frontale. Du con… Comme je suis arrivé un peu tard dans le groupe, je dois me placer plutôt à l’arrière, avec Pat et Vincent.

Puis, c’est le décompte. Voilà 100 miles, 160.9 kilomètres à franchir. Encore. Ouf !

Le kyste

« Vous êtes dur à votre corps, vous ! Endurer ça depuis une semaine… » Je venais de dire au médecin que j’étais ultramarathonien. Me semble que ça vient avec la « définition de tâche », non ?

C’était le 3 juillet dernier, 6 jours après l’Ultimate XC. Le kyste que j’ai dans le dos depuis des lunes et que je néglige de faire enlever parce-que-je-n’ai-pas-le-temps-ou-je-trouve-un-paquet-d’excuses-pour-ne-pas-prendre-de-rendez-vous a décidé que trop, c’était trop, et qu’il s’infectait. Les 8 heures passées avec ma veste d’hydratation qui frottait dessus sont venues à bout de sa patience. Pourtant, il avait bien « accepté » les 28 heures de Massanutten. Enfin…

Oui, ça faisait mal, mais ça s’endurait. Sauf que ça devenait de plus en plus inconfortable et avant de partir une semaine en camping, j’ai décidé d’aller consulter le docteur Morin, qui est tout simplement  extraordinaire.

« On va ouvrir ça. ». Vous pouvez faire ça ici ?  Good. On vide le méchant, on met un petit pansement et puis c’est fini !  Dans 2-3 jours, je ne sentirai plus rien.

Ce qu’on peut être ignorant, des fois dans la vie. Surtout quand on n’est pour ainsi dire jamais malade. Après avoir ouvert ledit abcès et laissé couler une quantité appréciable de liquide dégueux (à ce qu’il parait, parce que moi, je ne voyais crissement rien), j’ai reçu le verdict : la plaie devait être nettoyée et le pansement-mèche remplacé tous les jours, dans un CLSC. « Et on se revoit lundi ».

Quoi ?  Tous les jours ?  Et je ne peux pas revenir lundi, je vais être parti en camping. « Va donc falloir vous trouver un médecin là-bas. Et trouver une façon de faire changer votre pansement sur place aussi. Il y a certainement un CLSC là-bas…».  Calv…  Je peux courir ?  « Vous pouvez faire n’importe quelle activité physique qui vous tente ». Ouf !

Ça dure depuis maintenant deux pleines semaines. Le CLSC tous les jours, le médecin aux 4-5 jours. Pas de baignade depuis, des douches qui ne finissent plus. Au premier changement de pansement, il y avait tellement de cochonnerie qui sortait de là que l’infirmière était en panique. Moi, j’ai juste senti l’odeur et j’en avais une bonne idée. Le lendemain, ma douce est venue « assister » et elle qui a le cœur très solide, a dû sortir avant que l’opération soit terminée. C’est bien pour dire…

Au fil des jours, mon état s’est amélioré, j’avais bon espoir de me débarrasser de ça cette semaine. Mais l’infection est revenue. Grr !!!

Je serai donc obligé de me présenter au départ du fameux Vermont 100, LA course de 100 miles qui me faisait rêver depuis que j’ai envisagé de faire des ultras, avec une foutue guenille enroulée dans le cratère (qui a tout de même fait jusqu’à 2 cm de profond !) que j’ai dans le dos.

Vraiment pas idéal comme situation. Évidemment, pas question de courir avec ma veste, mais je n’en avais pas l’intention de toute façon. La course se déroulant en grande majorité sur des chemins de campagne, j’avais décidé d’essayer de la faire avec une bouteille à la main, quitte à revenir à la veste en cours de route. Ben pour la veste, on va laisser faire, je pense !

Quant à la performance ? On oublie ça, tout simplement. De toute façon, je ne pourrai vraisemblablement pas assister à la remise des prix, vu que je devrai revenir en vitesse après la course dimanche… pour faire changer mon pansement. C’est vraiment la joie.