Une saison qui bat son plein

Quand on suit un peu ce qui se passe dans le monde de la course sur route, on remarque rapidement une chose: l’année est divisée en deux. Les principaux marathons sont organisés soit au printemps (Tokyo, Boston, Londres), soit à l’automne (Berlin, Chicago, New York). Plus près de chez nous, la saison de printemps culmine avec le Marathon d’Ottawa alors qu’à Montréal, la course se déroule fin septembre.  Toronto a deux marathons, un au printemps, l’autre à l’automne. Le but visé en organisant les courses à ces périodes de l’année est évidemment d’améliorer les chances d’avoir  des conditions idéales (donc, des températures fraîches) pour les concurrents. C’est aussi pour cette raison que dans bien des cas, le départ est donné très tôt le matin.

Dans le monde des ultramarathons, on ne pense toutefois pas de la même manière. Les organisateurs se disent que tant qu’à avoir des gens assez fous pour se lancer dans de telles aventures, aussi bien leur rendre la vie encore plus difficile. Donc, des parcours en montagnes et des courses qui se déroulent souvent par temps chaud.

Ce qui fait que la saison des ultramarathons est à son plus fort présentement, en pleine canicule. Ainsi donc, le fameux Western States 100 a eu lieu le même jour que l’Ultimate XC, soit le 29 (et le 30)juin. Le titanesque Hardrock 100, avec ses 34000 pieds de dénivelés (dans un sens et dans l’autre), avait lieu les 12 et 13 juillet, le désormais célèbre Badwater 135 s’est déroulé de lundi jusqu’à aujourd’hui et finalement, on retrouvera plusieurs Québécois au Vermont 100, samedi et dimanche.

Comme l’an passé, j’ai suivi avec beaucoup d’intérêt Badwater. Détail remarquable, sur les 96 concurrents qui ont pris le départ, 81 ont rallié l’arrivée à l’intérieur du temps alloué, soit 48 heures. Certains pourraient croire que faire 135 milles, soit 217 km, en 48 heures, ce n’est finalement qu’avancer à 4.5 km/h de moyenne, alors ça ne doit pas être si dur que ça. Sauf que se taper cette distance-là dans le désert, en endurant des températures dépassant parfois les 50 degrés Celcius, il faut le faire !  Et ça, c’est sans compter qu’après 122 milles de course, les 13 derniers se font en montant. Pour les passionnés de cyclisme, dites-vous que c’est l’équivalent du mont Ventoux, par où le Tour de France est passé dimanche. Ouch !

J’encourageais virtuellement et à distance une certaine recrue: monsieur Karstein Solheim qui, à 76 ans, tentait de réussir cet exploit pour la première fois. Il a malheureusement dû s’arrêter en chemin. J’espère seulement qu’il va bien.

Ceci dit, je n’enviais personne qui se retrouvait là. Pour le Vermont 100 par contre… Malgré la météo exécrable, j’ai adoré son petit frère, le Vermont 50, avec son air pur, ses montagnes et ses chemins de terre me rappelant le coin où mes parents habitent. Je souhaite la meilleure des chances à tous les veinards qui y seront: profitez-en bien et surtout, amusez-vous !  Dimanche matin, je vais certainement me garrocher sur le site de l’événement, question de voir comment ça s’est passé pour vous.

Quant à moi, excellente nouvelle aujourd’hui: je vais voir Sophie-mon-ultra-chiro demain. Je ne sais pas s’il y a eu une annulation ou si elle a fait un trou dans son horaire pour moi, mais l’essentiel, c’est que quelqu’un devrait trouver et probablement corriger la cause de mon mal. Car c’est bien beau s’occuper des symptômes, mais ça ne donne pas grand chose si on ne s’attaque pas à l’origine-même du problème, n’est-ce pas ?

Aux puits ou au garage ?

En langage de hockey, on dirait que je suis « blessé au bas du corps ». J’ai reçu les premiers signes samedi le 6, une semaine après l’Ultimate, pendant que je courais à vive allure dans les sentiers sur le bord du fleuve. C’était comme un pincement derrière le genou. Je n’en ai pas fait de cas, le genre de petit bobo qui arrive souvent.

Le lendemain, au Mont St-Bruno, j’avais un 30 km au programme. Le pincement est revenu dans la descente vers St-Basile. Constatant que ça continuait à “chatouiller” surtout dans les descentes, j’ai décidé de ne pas faire les côtes de l’antenne de télécommunications et du centre de ski. Et j’ai terminé par le sentier rustique, plus plat.

Je me disais qu’avec une journée de repos, tout irait pour le mieux le mardi. Erreur. Dès les premières enjambées, c’est revenu. Au bout de 10-12 km, je sentais clairement la douleur provenant de ce que je pense être un tendon (mais c’est peut-être un ligament, je suis nul en anatomie). Et dès que j’arrêtais, la douleur s’estompait. Bizarre.

J’ai décidé de “sauter” ma sortie du jeudi et reprendre le tout samedi. Je pensais bien qu’un petit 10 km à bonne allure, suivi d’un autre plus tranquille avec mon amie Maryse, ce serait bien correct pour tester le genou. Au début, ça allait bien, mais après 5 km, c’est revenu, au point que j’ai dû arrêter. Dans une descente, évidemment. Après quelques petits massages, j’ai fini par reprendre et terminer ma tournée. Le tour avec Maryse s’est bien déroulé, mais je faisais très attention dans les descentes (nous avons rencontré Pierre Lequient, un ultrarunner qui était en préparation pour le VT100; je ne sais pas si un jour je vais en croiser un qui n’est pas sympathique…).

Puis hier, c’était le Mont Royal. Avec la chaleur, je voulais prendre ça vraiment relaxe de toute façon, alors je me suis mis à courir à petits pas et à un rythme modéré. Après 10 km, toujours rien, je me croyais sorti d’affaire. Puis c’est revenu progressivement, jusqu’à faire très mal dans une descente, bien évidemment. J’avais 14-15 km de faits, j’étais au sommet et ma voiture… en bas. J’ai dû emprunter le chemin Olmsted (sacrilège !) et descendre en marchant ou trottinant, pendant que je me faisais dépasser à tour de bras par des coureurs infiniment moins rapides. Frustrant vous dites ?

J’ai contacté ma super-chiro qui croit bien savoir quel est mon problème et pense pouvoir régler ça assez facilement. Sauf un petit détail: le prochain trou dans son horaire est le 30 juillet !  Shit…

En attendant, je fais quoi ?  Suis-je simplement arrêté aux puits pour des ennuis mineurs ou dois-je entrer au garage ? Au moins, je ne ressens aucune douleur sur le vélo, alors je n’ai pas à me taper le train de banlieue par cette chaleur. Pour le reste, je vais procéder à un autre essai cette semaine, en courant doucement, avec un bandage autour du genou. On verra bien si ça fonctionne. La prochaine compétition est dans plus de 7 semaines, j’ai encore du temps devant moi.

Je me console en me disant que j’aurais pu être inscrit au Vermont 100 qui a lieu ce week-end. Si ça avait été le cas, je pense que j’en aurais pleuré…

À recommencer

6h45, c’était un peu tôt à mon goût pour me rapporter à la tente des bénévoles de la Grande Virée des Sentiers. Mais comme le premier départ serait donné à 8h00, c’était bien normal que j’arrive un petit peu avant, non ?

Aussitôt, j’ai fait la connaissance de Chantal, la responsable des bénévoles. Et tout de suite je l’ai aimée. Sympathique, affable, le genre de personne qu’on sent immédiatement qu’elle est agréable à côtoyer. Dès que je lui ai donné mon nom, elle s’est confondue en excuses à propos de la petite confusion qui s’était produite durant la semaine. En effet, elle croyait m’avoir rencontré aux entrainements du Club des Coureurs sur Route de Mont St-Bruno (ce sont eux qui organisent l’événement) et m’avoir donné mon assignation alors qu’il n’en était rien. Ce n’était vraiment pas grave…

Après quelques minutes de confusion, je me suis retrouvé dans une fourgonnette accompagné de 5 autres personnes en direction… des rues de la ville. En effet, j’agirais comme signaleur sur le parcours. Or, une partie de la course de 20 km (environ 3-4 km) se déroule dans les rues. Donc, après avoir aidé les autres à monter deux tables pour un point d’eau, on m’a amené à « mon » intersection, située entre les kilomètres 15 et 16. Moi qui connais les sentiers par cœur, j’étais assigné dans les rues d’une ville que je ne connais pas du tout. Ironique, n’est-ce pas ?

Il était 8h30. Comme David Le Porho avait gagné la course en 1h07 l’an passé, je m’attendais à le voir se pointer entre 8h50 et 8h55. J’avais donc du temps devant moi. Je l’ai passé en nettoyant la rue de quelques branches mortes sur lesquelles les coureurs, fatigués par la montée et les kilomètres, pouvaient trébucher ou glisser. J’ai aussi déplacé légèrement les cônes marquant le passage réservé pour les coureurs de façon à leur donner plus d’espace. Un policier à vélo est venu me voir et on a discuté un peu. Je lui ai fait part de mes craintes au niveau circulation, mais il avait l’air habitué et m’a dit en souriant que les automobilistes étaient respectueux en très grande majorité.

N’empêche que de la manière dont l’intersection était faite, les automobilistes n’allaient pas voir arriver les coureurs sur leur droite, des arbres cachant la vue. J’allais donc devoir être prévenant pour éviter qu’un coureur voit son rythme brisé ou pire, un accident.

Les minutes s’écoulaient. 8h50. 8h55. Ben voyons que se passait-il ?  Bientôt une heure que le départ avait été donné et toujours pas signe de vie… Le départ avait-il été retardé ?  Ou peut-être que David n’était pas là. Mais Sébastien lui ?

À 9h pile ou à peu près, j’aperçus un premier coureur au loin. La casquette vissée sur la tête avec la visière vers l’arrière et ses lunettes lui donnant un petit air intello (il est tout de même médecin !) je reconnus tout de suite le sympathique Sébastien Roulier. Spontanément, je me suis mis à taper des mains et à lancer des encouragements. Comme j’étais fin seul, ça faisait bizarre. Mais je me suis vite arrêté car le trouble se pointait derrière lui: un groupe de cyclistes.

Ils étaient 5 ou 6 et au rythme où ils avançaient, ils allaient couper le meneur de la course, c’était certain. Merde… Tout ce que je pouvais faire, c’était crier, alors je me suis exécuté: « On laisse passer le coureur s’il-vous-plait !  On laisse passer le coureur !!! ». Sébastien a poursuivi sa route sans broncher, tâchant d’éviter les vélos qui lui coupaient le chemin.  « Il faudrait nous avertir avant ! » m’a lancé un des cyclistes.

Vous avertir avant ?  Vous venez de remonter une rue qui fait un bon kilomètre de long sur laquelle des pancartes de stationnement interdit et des cônes orangés forment un couloir que je considèrerais comme assez évident merci. Vous avez certainement dépassé plusieurs coureurs sur ce kilomètre, il semble que c’était plutôt clair qu’il y avait une course d’organisée, non ?  Tu voulais quoi, du con ?  Une enseigne sur une feuille de plywood de 4′ x 8′ à tous les 10 pieds pour t’avertir ?  Tabarn…

Bref, j’étais en petit crapaud et je sentais que j’avais raté mon premier call. J’espérais juste que Sébastien ne s’était pas trop fait briser son rythme dans l’opération…

Après une éternité, un autre coureur se pointa. Puis deux autres. À chaque fois, j’envoyais des encouragements et les dirigeais au bon endroit. À un moment donné, la concentration de participants se mit à augmenter. Et bien évidemment, la circulation automobile aussi. C’est là que je me suis senti vraiment utile, arrêtant le trafic le temps que les coureurs passent, puis faisant signe aux voitures quand le chemin était libre. Plusieurs participants m’ont remercié, ça m’a fait chaud au cœur.

Quant aux automobilistes, ils ont été super pour la très grande majorité. À part un qui a montré une certaine impatience (il avait probablement été obligé d’attendre une loooongue minute), tout le monde a été très gentil. Il faut dire que je me faisais un devoir de les remercier à chaque fois, ça aidait peut-être…

Après un certain temps, de mois en moins de coureurs se sont mis à passer. Puis, plus rien. Heu, je faisais quoi, moi ?  Finalement, j’aperçus un monsieur qui avançait lentement, suivi de deux bénévoles. C’était le dernier coureur. J’ai décidé de me joindre à eux et terminer la course. Le coureur était monsieur Gilles Rancourt. Il avançait, lentement mais sûrement. Jamais il ne s’est arrêté, jamais il n’a marché.

Au fil des kilomètres, le bénévole qui fermait la course se faisait demander par walkie-talkie où nous étions rendus, car l’organisation s’inquiétait pour l’heure de départ du 5 km. Disons que c’est toute une gestion, organiser plusieurs épreuves qui partent et finissent toutes au même endroit. Car il n’était pas question que le 5 km parte avant la fin du 20 km, vu que nous allions arriver en sens inverse…

Finalement, à mesure que nous approchions, une foule se formait et voyant monsieur Rancourt accompagné de gars portant des t-shirts orangés, elle se mit à se faire entendre. Les cris fusaient de partout, j’en avais des frissons. Mais on dirait que ce n’était pas assez, alors j’en demandais plus et les gens répondaient. Monsieur Rancourt a terminé en 2:27:46 sous les acclamations du public. Un bien beau moment.

Le reste de la journée a été tout aussi plaisant. J’ai eu l’occasion de regarder le départ et l’arrivée du 5 km (remporté par Dany Croteau), puis de servir de « poteau » pour tenir les câbles limitant l’accès au parcours durant ce qui constitue toujours un moment fort dans ces événements: les courses de 1 km des petits.

Et  par pur hasard, qui s’est retrouvé à côté de moi pendant que je jouait au piquet ?  Le vainqueur du 20 km lui-même !  Comme nous avions déjà échangé par courriel, je me suis présenté et nous avons amorcé une petite jasette. Il se rappelait à peine l’incident de « mon » intersection. ce qui m’a soulagé. Nous avons parlé du parcours, de la course, du fait qu’il avait couru 140 km durant la semaine (gulp !) et 1 heure et demie au mont Orford la veille (double gulp !). Et il venait de planter tout le monde !  Je me demande bien par combien de minutes il aurait pu gagner s’il avait été le moindrement reposé…

Son fils étant inscrit dans une des courses, il l’a suivi, mais nous avons eu la chance reprendre notre conversation par après. Comme je lui parlais de marche en ultramarathon, il ne semblait pas trop comprendre. La raison est fort simple: il ne marche jamais !  Je n’en revenais pas. Même pas au Vermont 50 ?  Même dans le mur au 47e mille ? Shit…  Seb, es-tu vraiment certain d’être humain ? Après ça je me demande pourquoi il a terminé presque 2 heures avant moi… 😉

Un ultrarunner bien connu s’est ensuite joint à nous, la conversation tournant autour des futures courses, des championnats mondiaux auxquels Sébastien participera en juillet, du Vermont 100 (où les deux se retrouveront, espèces de chanceux !) et de bien d’autres choses.  C’est fou ce que la course peut me rendre sociable !  🙂

Puis, les gens ont commencé à s’en aller. Mais pour nous bénévoles, la journée n’était pas terminée: il fallait tout ramasser. Ça s’est fait dans la bonne humeur et je ne comptais plus les chaleureuses poignées de main que j’ai reçues avant de partir, vers 14h30.

Organiser un tel événement, c’est vraiment beaucoup, beaucoup de petites choses à penser, à prévoir. Et c’est beaucoup de travail, j’ai pu le constater. Mais le faire dans le plaisir et la bonne humeur, ça a été un pur bonheur. Originalement, mon but était d’amasser des heures en vue du Vermont 100 de l’an prochain. Mais j’ai tellement apprécié que je crois bien que ce sera un rendez-vous pour les prochaines années, Vermont 100 ou pas.

Du bénévolat, moi ?

Quand j’ai fait mon premier marathon, bien que je n’ai pas pris ça à la légère, disons que je ne m’en suis pas trop fait. C’était à l’époque où on pouvait encore s’inscrire pour l’épreuve durant l’expo-marathon, alors je m’étais donné le temps de voir si j’étais capable de faire la distance avant de finalement procéder, 5 ou  6 semaines avant la course. Cette époque vraiment pas si lointaine (c’était en 2007 !) est maintenant révolue. Les courses qui ont la moindre importance s’emplissent à pleine capacité en quelques jours, voire même quelques heures. Il faut donc être prévoyant et penser à long terme.

Étonnamment, le même phénomène s’observe pour certains ultramarathons. Les plus prestigieux, (entre autres le Western States 100, le Wasatch Front 100, le Hardrock 100, le Leaville Trail 100 et bien évidemment, le Vermont 100) s’emplissent très rapidement. Certains tiennent même une loterie, comme le Marathon de New York, pour “choisir” qui fera partie de l’épreuve. C’est fou à ce point-là !

Ces épreuves peuvent donc se permettre des petits “caprices”. Le Vermont 100, qui fait partie du Grand Slam of Ultrarunning, suit la voie tracée par les courses citées plus haut (à part Leadville) en exigeant de ses participants qu’ils aient fait “un minimum de 8 heures certifiées de bénévolat lors du Vermont 100,  du Vermont 50, de tout autre ultra de plus de 50 km ou de toute autre course approuvée par l’organisation. Ce bénévolat doit se faire au cours des 14 mois précédant l’épreuve”. Le bénévolat peut prendre plusieurs formes: faire partie de l’organisation, participer à l’entretien des sentiers, être à l’inscription, à l’information, aux points d’eau, etc. Toutefois, toute participation “active” dans une course est exclue: être entraineur ou être un lapin de cadence, par exemple.

Le but visé ?  Que les coureurs « redonnent à leur sport ». Je crois plutôt qu’ils ont de la difficulté à avoir des bénévoles et qu’en agissant ainsi, ils se trouvent plus facilement de la main-d’oeuvre. Mais bon, c’est juste mon avis…

La première fois que j’ai vu ça, je me suis exclamé: de quessé ?!?  Ces courses sont déjà plutôt dispendieuses en partant (l’inscription coûte 250$ pour le Vermont 100 2013), il faut faire du bénévolat en plus ?  Un participant peut toujours “racheter” son bénévolat, mais ça lui en coûtera 150$ supplémentaires. Et comme les autres épreuves du Grand Slam n’offrent pas cette option, je ne serais même pas surpris que cette avenue soit fermée quand je voudrai m’y inscrire, l’an prochain.

Pour être poli, disons que ça ne fait pas mon affaire. Je me dis qu’il faut vraiment, mais vraiment vouloir se taper 100 milles à pied pour payer ET faire du bénévolat en plus. Ou payer plus cher… Je commence sérieusement à me questionner sur mon état mental. Et puis non, je ne me questionne même plus… 😉

Quelles sont mes options alors ?  Les ultras de plus de 50 km au Québec, il y en a un: St-Donat. Mais j’avais envie de le COURIR moi, pas de me taper la route pour aller remplir les bouteilles d’eau de d’autres coureurs que je passerais la journée à envier… Le Vermont 50 ?  Même chose: trop loin pour ne pas le courir une fois que le voyage aura été fait. Et dans ce cas-là, je serais tellement jaloux des participants que je pense je mettrais du laxatif dans l’eau que je distribuerais. Ou peut-être des morceaux d’ex-lax parmi les bonbons, tiens…

Ne pouvant trouver de solution, j’ai écrit à l’organisation en leur expliquant mon cas. J’ai joint à mon courriel des liens vers certaines courses qui se déroulent en trail au Québec. Ces courses, soient les deux de la série X-trail Asics (Sutton et Orford) et la Virée des sentiers du mont St-Bruno sont pas mal plus courtes qu’un ultra (demi-marathon et 20 km respectivement), mais légèrement plus accessibles pour moi, mettons. Elles pourraient peut-être être “approuvées” par l’organisation… Manipulateur sur les bords, j’ai pris soin de commencer mon courriel en disant que j’avais ADORÉ mon expérience au Vermont 50 (ce sont les mêmes gens qui organisent les deux épreuves). Ben quoi, on gars n’a rien à perdre !  🙂

Quelques jours plus tard, j’ai reçu ma réponse: “mes” courses étaient acceptées. Ouf !  L’organisatrice en chef m’a toutefois fait remarquer que ça vaudrait peut-être la peine que je fasse la route pour être bénévole  au prochain Vermont 100. Ça me permettrait de faire partie de la fête un an d’avance et le camping est gratuit pour les bénévoles. Ouais, bon, quand ils disent que le camping est gratuit, je suppose que ça consiste à avoir une place pour planter une tente dans un champ, et peut-être avoir accès à un Johnny on the Spot

Enfin, je verrai. Ce serait tout de même un gros investissement côté temps. En fait, je serais probablement pas mal plus intéressé à faire le pacer de quelqu’un. En effet, pour les 30 derniers milles de l’épreuve, les participants peuvent être accompagnés d’un pacer. En fait, cette personne ne donne pas vraiment la cadence comme en course sur route, elle est plutôt là pour garder les yeux ouverts quand la fatigue commence à faire son oeuvre et s’amuse à jouer des tours à la conscience de celui qui a déjà 70 milles dans le corps. Ça c’est un rôle que j’aimerais beaucoup jouer, ce serait une expérience tellement enrichissante… Alors s’il y a quelqu’un qui lit ceci qui est à la recherche d’un pacer, je suis votre homme !  🙂

J’y pense: je pourrais faire quelques heures de bénévolat ET pacer quelqu’un ?  Hum…

Le long voyage

Le plus long des voyages commence par un simple pas. C’est ce qu’on dit. Et j’avoue que j’ai très très hâte de le faire, ce premier pas.

Le premier pas d’un long périple qui sort un peu de l’ordinaire. La destination ?  West Windsor, Vermont. La date ?  Les 19 et 20 juillet 2014. Cette fin de semaine-là (en tout cas, je pense que ce sera celle-là) aura lieu le Vermont 100 Endurance Run, la course que j’ai choisie pour faire mon premier 100 milles (bon, ça y est, je vois d’ici ma mère en train de freaker devant son écran d’ordinateur). J’avais cette idée derrière la tête dès le moment où je me suis inscrit au Vermont 50 l’an passé. Je me disais que si tout se déroulait bien, j’allais me lancer dans la grande aventure, la vraie.

Car le 100 milles, c’est le nirvana de l’ultramarathonien, l’équivalent du marathon pour le coureur qui a encore toute sa tête. Le 50 milles, c’est un peu comme le demi-marathon: c’est une super belle course, ça prend un entrainement spécifique et un bon investissement de temps pour réussir. Sauf qu’il reste toujours un petit doute, on se demande toujours si on est capable de passer à la distance supérieure. Ben voilà, c’est dans cet état d’esprit que je suis: j’ai fait un 50 milles, je vise maintenant le 100.

Une de mes tantes a exprimé ce que bien des gens pensaient probablement quand ils ont appris que je courrais un 50 milles: “Pourquoi faire ?”. Hé bien, pour rien, justement. Seulement pour me prouver que je peux le faire, pour voir où sont mes limites. Et pour m’amuser parce que je ne me suis jamais autant amusé qu’en courant par ce jour pluvieux de septembre. Ce sera exactement la même chose pour le 100 milles.

Et maintenant, pourquoi attendre à 2014 ?  La réponse est plus logistique qu’autre chose. Boston est en avril et je ne veux pas le faire comme épreuve préparatoire. Je ne pense vraiment pas y battre mon PB (surtout avec cette foutue blessure qui semble vouloir s’amuser à retarder mon entrainement), mais j’aimerais bien me requalifier. Pas que ce serait très utile, vu que je suis déjà qualifié pour 2014 et que je ne compte pas y retourner de toute façon. Mais je ne sais pas, il me semble que tant qu’à aller à Boston, je savourerais plus l’expérience si je me requalifiais. Si je fais Boston “sérieux”, ça veut dire phase de tapering avant, donc diminution de l’entrainement dans les semaines précédant l’épreuve. Aussi, moins de travail en montagne et plus en vitesse.

L’autre facteur non négligeable est que je veux aller chercher plus d’expérience en ultra avant de me lancer dans un 100 milles. Ça signifie faire quelques autres courses de 50 milles avant. Entre Boston et le Vermont 100, il n’y en a pas vraiment, peut-être Bear Mountain au début mai. Mais ça demeure très proche de Boston. Il y a aussi St-Donat, qui est un 58 km, à la fin juin. À part ça…

Bref, le timing n’est pas bon pour 2013. Et de toute façon, c’est déjà complet, alors… Imaginez : le gagnant de 2012 est sur la liste d’attente !  Je compte donc me “contenter” de Boston, St-Donat, du Vermont 50, peut-être New York et probablement une ou deux épreuves plus courtes en montagne, style Sutton et/ou Orford.

Pour 2014, le plan est de faire un marathon au printemps (Barbara et moi aimerions tellement aller à Rome en mars…), Bear Mountain début mai, peut-être Ottawa, St-Donat fin juin et culminer le tout par le Vermont 100. Ensuite, ce sera de mon lit d’hôpital que je vous ferez parvenir de mes nouvelles. 😉

Beau programme, non ?  Surtout, un merveilleux voyage que j’entame. De longues heures, parfois des journées entières à passer seul, à méditer sur la vie, le bonheur, à penser à tous ceux que j’aime et qui me font l’honneur de m’aimer, malgré mes innombrables défauts, mes multiples lubies. Je compte profiter de chaque instant car comme l’a dit Dean Karnazes (ce n’est probablement pas de lui, mais bon…): ce n’est pas la destination qui compte, c’est le chemin qu’on prend pour s’y rendre.

La même question qui revient à chaque fois: et maintenant quoi ?

Plus de deux semaines après la course, on peut dire que la poussière (ou plutôt, la boue) est maintenant retombée. Le high qu’on vit après chaque grande épreuve est chose du passé, mais heureusement, il n’a pas laissé sa place à un down. Après cinq jours à éviter mes souliers de course (je suis tout de même allé travailler à vélo trois fois durant cette semaine-là), j’ai repris du service le samedi suivant. On peut dire que la récupération n’était pas terminée: après 10 km, pus capable. Vraiment plus rien dans les jambes, plus de punch, plus de jus. Comme j’ai la tête très dure (j’en avais déjà parlé ? ;-)) et que j’avais décidé de faire 15 km ce matin-là,  je me suis traîné sur les 5 derniers.

Deux jours plus tard, dans l’air pur et les chemins de terre de la campagne du coin où habitent mes parents, j’ai fait un 25 km « relaxe », accompagné dans ma promenade par un très affectueux golden retriever rencontré en chemin. J’ai même dû défendre ledit toutou des autres chiens à quelques reprises, aussi bizarre que ça puisse paraître. Mais pour le reste, c’était un pur bonheur. L’air frais, les doux rayons du soleil sur mon visage, le seul bruit que j’entendais étant celui de mes pas sur le sol. À un moment donné, mon compagnon s’est lancé à corps perdu dans un champ. Il était beau à voir aller, il avait l’air tout simplement… heureux.

À mon retour, ma mère semblait étonnée que je sois parti si longtemps. Il y a deux raisons à ça. La première, la plus importante, est que j’adore courir, particulièrement en campagne. Je revivais la semaine précédente, en « plus petit ». La deuxième raison est mon dernier objectif de l’année et pour lequel je devais commencer ma préparation: Philadelphie.

Philadelphie, la marathon auquel je me suis inscrit avant même de décider que je ferais le Vermont 50. L’an passé, je m’étais pris trop tard et m’étais rivé le nez sur des inscriptions sold-out.  Cette année, je me suis pris d’avance. Mon but initial était évidemment de me donner une deuxième chance pour me qualifier pour Boston, le parcours de ce marathon étant réputé relativement facile. Mais bon, maintenant que je suis qualifié et que je n’aurai probablement pas totalement récupéré dans un mois, à quoi m’attendre ?

Bof, j’avoue que ça ne me dérange pas trop. J’ai fait quelques intervalles au cours des derniers jours et je sens que je suis moins rapide qu’avant Ottawa. Côté endurance, ça ne m’inquiète pas trop, par contre !  🙂  Alors que va-t-il arriver le 18 novembre ?  Hé bien, je planifie un beau marathon touristique: je vais faire de mon mieux, mais vais m’arranger pour être en mesure de me déplacer le lendemain, car nous avons prévu visiter la ville après la course. Donc, pas le moment d’essayer de faire une grande performance. Je vais me préparer adéquatement d’ici là sans m’attendre vraiment à des miracles. Une autre qualification pour Boston serait un beau bonus, quoi que je n’ai pas l’intention d’y aller plus d’une fois de toute façon (Philadelphie me permettrait de me qualifier pour Boston 2014).

Car j’ai d’autres ambitions. Dans les heures qui ont suivi le Vermont 50, Barbara était tellement enthousiaste qu’elle s’est mise à parler du Vermont 100. 100 milles à pied… Un peu fou, hein ?

Petite anecdote à ce sujet. Le soir du Vermont 50, j’ai rejoint mes parents par Skype. Entendant Barbara crier derrière moi qu’elle aurait besoin de l’aide de mon père pour le Vermont 100, ma mère s’est empressée de m’interdire sur le champ de faire un 100 milles un jour. Pendant ce temps, mon père, qui se tenait derrière elle, me faisait oui de la tête, le pouce levé, me disant que j’étais capable. J’ai trouvé ça assez comique merci !

Mais bon, un 100 milles, tout comme un 50, ça ne se fait pas comme ça, en criant ciseaux. D’ailleurs, ce n’est pas dans mes plans immédiats parce que le « budget voyages-courses » est déjà pas mal entamé pour l’an prochain. Car à part le marathon de Boston, j’ai aussi celui de New York de prévu. En effet, comme j’ai été refusé trois années consécutives à la loterie, je serais théoriquement supposé être admis pour l’an prochain. Or, comme je voudrais absolument faire un 50 milles lors du printemps précédant le Vermont 100 (qui se court en juillet) et que les 50 milles, il n’y en a qu’aux USA, ça commencerait à faire pas mal de dépenses. Surtout que ça s’enligne pour être assez dispendieux pour Boston (tant  qu’à y aller) et New York, c’est tout de même New York… Si en plus je ne suis pas capable de me passer de « mon » Vermont 50…

Bref, l’objectif est plutôt 2014 pour le 100 milles. L’an prochain, en plus des trois courses déjà citées, j’aimerais bien faire l’Ultimate XC de St-Donat. C’est le seul ultra en sentiers qui s’organise chez nous, je ne peux presque pas le rater, n’est-ce pas ?  🙂

À très court terme maintenant.  Dans seulement 10 jours, ce sera le demi-marathon dans le cadre du marathon de Magog. J’ai très hâte parce que ce sera la première compétition de Sylvain, mon ami d’enfance. Et quand je dis « enfance », je parle quand nous étions très jeunes: nous sommes entrés à la maternelle ensemble !

Sylvain, le premier à gauche; Fred, le troisième
Photo prise… en septembre 1975 !

Un autre ami de très longue date, Louis, nous accompagnera. Le but est de faire la course les trois chums ensemble, mon rôle étant probablement le plus beau qu’un coureur puisse jouer: le pacer. J’avais adoré faire la même chose pour Maryse lors de son premier 20 km au lac Brome l’an passé, même si je me sentais bigrement inutile par bouts. Mais à voir sa réaction et la gratitude qu’elle avait eue pour moi après la course, je pense avoir servi un peu à quelque chose. Alors si je peux aider mon vieux chum à réussir son défi, rien ne me fera plus plaisir.

Bref, je pense que je n’ai pas fini de courir… 🙂