Boston et son avant-course

Boston et New York ne sont vraiment pas des marathons comme les autres. En effet, en plus de faire partie des World Marathon Majors, ils présentent la particularité d’offrir un départ et une arrivée très éloignés l’un de l’autre géographiquement. Ceci amène son lot d’inconvénients et nécessite une logistique hors du commun pour transporter un immense contingent de coureurs vers le lieu du départ. Et qui dit logistique complexe dit… délais. J’en ai parlé abondamment par le passé.

Ainsi donc, malgré un départ à 10h, il est autour de 5h30 quand je me présente à la station de métro située tout près de l’appartement que nous avons loué dans Cambridge. Comme d’habitude, j’ai prévu tous les retards possibles et imaginables et comme d’habitude, tout se passe rondement. Je vois 5:44 sur la montre d’un autre coureur quand nous arrivons à la station Park, d’où les autobus qui nous amèneront à Hopkinton partiront. Merde. Je vais partir avec les premiers autobus, ce qui signifie que je vais sécher au froid encore plus longtemps une fois rendu là-bas…

Le parc Boston Common est bigrement tranquille pour un matin de marathon. Des bénévoles commencent à s’activer tranquillement, un café à la main, et c’est à peu près tout. On nous annonçait une sécurité accrue, je ne vois pas grand chose de différent de l’an passé. En tout cas, rien à voir avec la folie de New York et ses milliers de policiers.

Je fais le tri de mes affaires, puis passe au dépôt des sacs. Car oui, on peut laisser un sac contenant des vêtements de rechange en consigne ici. La jeune bénévole me demande de lui montrer mon dossard. J’ai toutes les misères du monde à le faire parce que pour me protéger du froid (il fait 3 ou 4 degrés), je porte mon chandail laid et un imperméable jetable par dessus mon t-shirt de course. « I swear I have a bid » que je lui dis en riant. Ce ne sera pas la dernière fois de la journée où je peinerai à montrer mon dossard.

Après une pause-pipi, je me dirige vers les autobus. Les accès sont très contrôlés, pas moyen d’en approcher sans son dossard (la difficulté à le déterrer sous mes couches de vêtement ajoutant évidemment aux délais) . On finit par nous diriger vers l’un des monstres jaunes. Tout comme à l’école secondaire, les premiers qui entrent s’assoient soit devant, soit derrière, comme si les bancs du milieu étaient radioactifs. Je choisis l’arrière, comme si je faisais partie des hots de l’école. Je me dis que c’est là que j’ai la meilleure chance d’être seul sur mon banc. Car vous savez, une heure en autobus jaune, avec de l’espace pour les jambes conçu pour accommoder des enfants… En tout cas, j’espère sincèrement pour le gars du banc d’à côté qu’il sera seul: c’est un mastodonte (pour la course, on s’entend). Il fait au moins 6’4 » et tape le 225 livres, c’est certain. Son dossard dans les 6600 (comme moi) m’indique qu’il « vaut » 3h06. Je n’en reviens pas…

Quand le convoi s’ébranle, l’autobus n’est même pas complet, ce qui fait que nous, les tannants à l’arrière, sommes seuls sur nos bancs. Indice que le monde fait partie de la première vague, il n’y a qu’une seule femme à bord. Je jase un peu avec les autres. Celui devant, un jeune, vient de Minneapolis. Il en sera à son 2e Boston. Un autre vient de Vancouver. Il nous raconte qu’il était inscrit à New York en 2012 et que c’est à l’aéroport qu’il a appris que le marathon avait été annulé. Vancouver ?  Minneapolis ?  Et moi qui demeure à 5 heures de route et ne veux pas revenir ici parce que je n’aime pas attendre au froid… Serais-je plaignard ?  Ou chiâleux peut-être ?  Pas nécessaire de me répondre. 😉

Rapidement, les conversations s’arrêtent et tout le monde retourne dans sa bulle. Je somnole durant une bonne partie du trajet. Comme nous approchons d’Hopkinton, je remarque que notre autobus ne fait plus partie d’un convoi. Arrivé près de la Middle School où est situé le village des athlètes, il ne tourne pas. Les gens commencent à s’inquiéter. Quoi, vous êtes vraiment pressés de sortir du confort pour aller vous les geler ?  Il ne retournera pas en ville avec nous, vous savez…

Finalement, après quelques détours, on nous dépose à l’avant de l’école. Encore là, rien de spécial côté sécurité. J’ai bien remarqué quelques soldats supplémentaires sur la rue principale, mais personne pour nous fouiller en débarquant comme à New York. Il y a aussi un chien renifleur, mais il ne semble pas trop s’énerver. Boston et sa banlieue, c’est relaxe. Il n’y a pas meilleure façon de faire un pied-de-nez aux terroristes.

Je ne sais pas si j’ai fait 10 pas qu’un photographe m’arrête. Bon, va encore falloir faire du défrichage de dossard…

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On prend la pose pendant qu’on a encore le sourire ! 🙂

On nous annonce qu’il est 7h25. Je dois trouver un endroit pour m’installer au soleil et à l’abri du vent. Tiens, un arbre au soleil qui est entouré de terre. Ce sera parfait: le sol sera moins humide et je risque moins de grelotter. Mon plan est de demeurer au village jusqu’à 8h30 environ, puis de me rendre tranquillement au centre-ville (façon de parler). J’assisterai aux départs des fauteuils roulants, des femmes et tout le reste, puis attendrai le mien sans me presser.

Mon super-plan est rapidement bousillé. Un bénévole s’approche de moi et me demande gentiment d’entrer dans le village (mon arbre est situé juste de l’autre côté de la clôture). Je proteste un peu, il me répond qu’il est désolé, mais s’il laisse un coureur à l’extérieur, il devra en laisser 2, 5, 10, …

Je ne lui en veux pas, je comprends très bien qu’au niveau de la logistique, de la gestion des coureurs, ils n’ont pas le choix d’agir ainsi. Mais j’avoue que je suis vraiment irrité par cet incident. On nous enferme à l’intérieur d’une clôture comme si on était du bétail. Je cours en bonne partie à cause du sentiment de liberté que ça me procure. Et là, je vais me retrouver entassé avec mes semblables, au froid et à l’humidité, pendant des heures (ok, j’exagère; de trèèès longues minutes). Vivement les courses en trail, bout de viarge !

Je me trouve un spot et commence l’attente. Tout autour, les autres font de même. Pour tuer le temps, je mange un peu, question de ne pas manquer de jus durant la course. L’animation est très présente, comme l’an passé. Ils ont d’ailleurs un don: se mettre à parler durant les meilleures chansons. C’est immanquable.

Puis arrive le moment. Juste au ton que prend l’animateur, je sais qu’il va parler des attentats de 2013. Il nomme les victimes, une à une, puis demande un moment de silence. Des Japonais tout près continuent de jacasser comme s’ils n’avaient rien compris. Un gars leur lâche un « TCHIIIIT !!! » bien senti. Le message passe instantanément.

Une fois le silence bien installé, je me mets à penser à ce qui s’est passé il y a 12 mois. Les explosions. La fumée. Le chaos. L’émotion m’envahit, mes inspirations et expirations deviennent saccadées. Les premiers sanglots se préparaient à sortir à l’instant où l’animateur nous remercie. Une larme coule sur ma joue et je songe au ridicule de ma frustration d’avoir à attendre le départ ici. Ces gens aimeraient bien pouvoir être là pour attendre à ta place, du con.

À 9h05, on appelle les coureurs des 3 premiers corrals de la première vague. Puis les corrals 4 à 6. Enfin, les 7 à 9 (je suis dans le 7). C’est dans cet ordre que nous nous rendrons au départ, situé à 1 km de là. Bien que les instructions qui nous été données depuis le début soient contraignantes, j’avoue que la méthode fonctionne bien et la circulation en direction du départ se fera avec beaucoup de fluidité.

Comme le mercure a grimpé considérablement depuis notre arrivée, je laisse mon imperméable,  mes vieux pantalons en coton ouaté ainsi que ma tuque du Marathon de Magog sur place. J’avoue que celle-là me fait un peu mal au coeur, elle n’aura servi qu’aujourd’hui. Que voulez-vous, on ne peut pas faire ramener des vêtements à l’arrivée…

La rue principale d’Hopkinton est totalement fermée à la circulation, nous permettant, nous coureurs, de nous rendre tranquillement vers le départ. À chaque année, les gens de cette petite ville voient leur univers complètement chamboulé. Et pourtant, ils sont souriants. Ils nous souhaitent bonne chance, nous offrent à boire et à manger. Évidemment, je ne peux manquer la pancarte sur laquelle il est écrit: « Beer, donuts and cigarettes ». Hé oui, des gens trinquent déjà à cette heure matinale. Privé de houblon depuis plus d’une semaine (c’est un exploit pour moi), je fais semblant d’être hypnotisé et me dirige vers eux, déclenchant quelques fous rires.

Dernière pause-pipi (il fallait évidemment que je me retrouve dans la file qui n’avançait pas), puis j’enlève mon horrible chandail. Celui-là ne me manquera pas. Quand je le donne à la préposée, je lui dis: « It was my ugliest sweater ! » en feignant de pleurer. Ha, sac à blagues que je suis !  Je me demande combien de personnes l’ont sortie, cette niaiserie-là…  Elle a tout de même la politesse de rire. À moins que ce soit mon accent qui la fasse rire ?

Bon, c’est quoi ça ?  Un ventre qui gargouille ?  Moi qui avais trop mangé l’année dernière, ne me serais-je pas assez nourri cette fois-ci ?  Merde, tu parles d’un beau tata… Mais ai-je vraiment faim ?  J’ai toujours mes en-cas, soient un gel au beurre d’arachides et ma Power Bar coupée en morceaux. Pour me rassurer, je fouille dans mes poches et trouve… ce qui ressemble à une bouse de vache enveloppée dans un ziploc. Le chocolat a ramolli et les morceaux ont «fusionné» pour donner un look pas trop appétissant à ma bouffe de secours. Bon, je ne suis pas tellement bien placé bon jouer au difficile, alors je vais faire avec !

L’animateur nous demande de nous tourner vers le drapeau le plus proche parce qu’ils vont maintenant faire jouer l’hymne national. Ha les Américains et leur patriotisme… Le corps droit, la casquette sur le coeur, alouette. Par respect, j’arrête de bouger et attends. Il est tout de même beau, leur hymne national. Pour le drapeau, j’ai laissé faire. Remarquez, il y en a partout, alors peu importe comment on se place…

Une fois le tout terminé, on nous présente les principaux coureurs d’élite qui prendront part au marathon en même temps que nous. Bien sûr, ce sont les coureurs américains qui sont nommés en premier, le golden boy Ryan Hall passant même avant Meb Keflezighi, qui a pourtant un palmarès beaucoup plus étoffé. Mais que voulez-vous, ce n’est pas un «vrai», il est né en Afrique…  Pourtant, en théorie, Ryan Hall ne devrait même pas être là vu qu’il n’a pas complété de marathon depuis les qualifications olympiques de 2012. Sur ces bases, il n’est donc pas qualifié, comme nous tous. Bon, je sais, les élites n’ont pas à se qualifier (certains font de Boston leur premier marathon, alors…).

Le directeur de course s’adresse ensuite à nous. Le ton qu’il utilise est très motivant, il nous dit presque de «tuer» le parcours pour gagner l’arrivée. Inspirant.

Au niveau où je me trouve dans le peloton, il y a un petit magasin de sport. Et devant ledit magasin, une jeune fille court sur un tapis roulant. Et sur l’écran dudit tapis roulant, on voit défiler un chemin de campagne. C’est certainement le parcours du marathon qu’elle est en train de faire. Je ne sais pas pourquoi, je trouve ça un peu bizarre comme coup de pub… Non mais, je m’en câl…-tu moi de ton tapis roulant ?  Je cours dehors, moi !  Je demeure tout de même fasciné…

Le départ va bientôt être donné. Je songe à ma préparation. Les côtes à répétition, les longues sorties au mont St-Bruno. Je connais maintenant mieux le parcours, je ne le sous-estime plus. Je me sens confiant, mais pas arrogant. Je n’ai pas d’objectif de temps précis, mais quelque chose sous les 3h10 me ferait bien plaisir. Si mes genoux pouvaient tenir le coup…

Puis je me rends compte d’une chose: je n’ai pas froid, l’air s’étant beaucoup réchauffé. Mauvais signe. Ne pas avoir froid avant le départ d’un marathon signifie qu’on aura chaud plus loin. Hum…

Espèce de parcours de mes deux…

Pourtant, je le savais. Durant toute la première moitié de la course, je ne cessais de me répéter « Reste en dedans, reste en dedans… ». Rien à faire, je suis passé au demi autour de 1:32:30. Avant même les Newton Hills, la première crampe s’est manifestée. J’ai réussi à limiter les dégâts (je commence à être habitué !) pour terminer en 3:11:02. Troisième meilleur temps à vie, mon meilleur pour un marathon au printemps. Je suis donc tout de même assez satisfait.

Mais espèce de parcours de mes deux, il m’a encore joué un vilain tour…

On se reconnecte plus tard.

La longue journée

DC’est la même chose à chaque fois: l’avant-veille d’un marathon aux USA, une très longue journée nous attend. Hier n’a pas fait exception.

Comme c’est maintenant notre habitude, nous sommes partis tôt. Et pour la première fois depuis Philadelphie en 2012, nous étions seuls, Barbara et moi. Tout s’est vraiment bien passé sur la route. Et c’est à peine si nous avons dû attendre aux frontières. Comme l’année dernière, nous avons dîné dans la très jolie ville de Concord, NH. Le seul bouchon de circulation sur lequel nous sommes tombés s’est présenté à nous après que nous ayons quitté l’autoroute. Mais à part ça…

En arrivant, il y a toujours un petit stress. Est-ce que l’appartement va être prêt ?  Est-ce qu’ils ont bien eu notre réservation ?  Est-ce que seulement il existe ?  On entend tellement d’histoires de monde qui font des réservations par Internet et qui se font avoir…

Toutes nos craintes sont tombées quand nous avons vu les femmes de ménage à l’œuvre (nous étions évidemment en avance). Le temps de comprendre les restrictions et permis de stationnement dans la rue et d’aller faire un brin d’épicerie, notre petit nid pour les 4 prochains jours était prêt.

Ok, mettons que l’endroit est vieillot. Et il y a quelques messages pas trop rassurants d’inscrits sur les murs, comme celui nous demandant de laisser couler un filet d’eau si la température extérieure descend sous le point de congélation. Il y a aussi que la porte d’entrée donne directement sur le lit et que l’oreiller supplémentaire est orné d’une trace dont la couleur et la forme quasi-circulaire ne laissent aucun doute quant à son origine… virile, si on peut dire. Comme il n’y a pas de taie supplémentaire pour recouvrir ledit oreiller, il est resté dans son placard pour la nuit…

Pour le reste, rien à redire. Le quartier est à la fois tranquille et animé, avec des bistrots tout près. Nous l’avons exploré un peu en nous rendant au métro avec l’expo-marathon comme destination.

Rendus en ville, au lieu de transférer à Park pour nous rendre au Hynes Convention Center, nous sommes débarqués, question de marcher un peu. Après avoir traversé Boston Common et le Boston Public Garden (deux parcs rappelant le parc Lafontaine à Montréal), nous avons descendu Boylston.

Les trottoirs étaient bondés. Rarement pouvait-on marcher côte à côte. Les terrasses aussi étaient remplies, la température étant parfaite. À tous les 10 pas, une bière en fût me faisait de l’œil. Quelle torture !

Heureusement, la rue était fermée à la circulation automobile autour de la ligne d’arrivée du Marathon, ça nous a permis d’avancer plus librement. Barbara était fébrile, n’ayant jamais pu l’approcher l’an passé. Il y avait beaucoup de monde. plusieurs se faisant photographier. Nous n’avons évidemment pas fait exception. Tant qu’à être là…

J’ai cherché du regard où avaient bien pu exploser les satanées bombes, mais rien n’a été mis en évidence pour nous rappeler leur existence. Et c’est bien ainsi. Pas nécessaire de donner une publicité supplémentaire aux enfoirés qui ont fait ça. Les hommages aux victimes, ils peuvent très bien se faire ailleurs.

Nous sommes ensuite parvenus au Convention Center. Premier signe de l’augmentation de la sécurité: mon sac à été fouillé à l’entrée. Bof, moins pire qu’à New York où nous étions passés par le détecteur de métal…

La récupération du précieux dossard s’est super bien passée, la bénévole attitrée à mon groupe de numéros semblant aussi occupée qu’un réparateur Maytag. Même chose pour le t-shirt, qui est d’un beau bleu, beaucoup plus sobre que le jaune pétant de l’an passé.

Quant à l’expo-marathon… Pas tellement mon style, je dirais. Trop, beaucoup trop de monde. Et comble de malheur, j’avais des emplettes à faire. On se marchait déjà sur les pieds dans la boutique Adidas, mais quand nous en sommes sortis… L’enfer. Pas moyen d’avancer, c’était jammé partout. Je ne sais pas pourquoi, mais on dirait que les kiosques Power Bar sont toujours les moins bien fichus. Des employés à la limite de l’impolitesse, des produits dont la date de péremption est passée (au Marathon de Boston, à la quantité de clients qui passent, avouez qu’il faut le faire !), de la confusion dans les prix… Pas fort.

J’avais aussi besoin « d’arm warmers » parce que j’avais oublié les miens à la maison. J’en ai trouvé: des jaunes, roses, verts, mauves… Noir, vous connaissez ?  Ha pis de la schnoutte, je gèlerai  !

À mesure que les achats s’accumulaient, le poids des sacs où ils s’empilaient faisaient évidemment de même. Essayer d’avancer dans la foule avec des sacs pleins qui pèsent une tonne et prennent toute la place. Grrr !  Au kiosque GU, encore des prix extraordinaires sur les gels et le GU Brew. Une fois ces achats effectués, je ne pensais qu’à une chose: SORTIR !  Pus capable de voir plein de monde, de me faire bousculer, d’essayer de me faufiler.

Nous n’étions pas au bout de nos peines: il fallait reprendre le métro. Le premier qui est passé débordait presque. Je n’avais pas vu une voiture de métro si remplie depuis mon séjour au Japon. Nous avons décidé d’attendre le suivant… qui était tout aussi plein.

Je ne sais pas si c’est à ce moment-là que j’ai décidé que ce serait mon dernier Boston… Toujours est-il qu’il était 20h quand nous avons enfin pu nous asseoir à l’appartement et manger.

Je n’ai pas eu besoin d’une berceuse pour m’endormir. Ce soir par contre…

 

Le tapering, version Fred

Jeudi 10 avril. Je suis dans le Vieux-Port, en face du Centre des Sciences, l’endroit d’où je m’élance habituellement quand je cours le soir pour retourner à mon auto, garée à St-Lambert. La température est (enfin) douce, alors je suis habillé en court. Comme Boston n’est que dans 11 jours, je suis théoriquement en tapering. Je dois donc essayer d’y aller plutôt relaxe. Vu que j’espère (je dis bien: j’espère) tenir une cadence moyenne de 4:25/km en course, quelque chose autour de 4:20 serait correct pour les 14 km que j’ai au programme (je sais, tous les experts diront que je vais trop vite, mais c’est comme ça que je m’entraine, bon !). Me connaissant, je vais plutôt me « contenter » de 4:15…

En partant, c’est vent de face. Rapidement, j’ai le souffle assez court. Suis-je parti trop vite ?  Suis-je en train d’en faire trop ?  Bof, le vent dans la face, c’est toujours difficile de toute façon, alors je dois être correct. Le premier kilomètre sonne: 4:11. Shit, pas mal trop vite. Relaxe bonhomme, relaxe !  Je fais ensuite la petite rue devant l’horrible usine Five Roses, puis passe sous l’autoroute Bonaventure en slalomant. Deuxième kilomètre en 4:16. Ok, c’est mieux.

Piste cyclable menant au parc Jean-Drapeau. J’ai maintenant le vent dans le dos. Ma Garmin est toujours fuckée dans ce coin-là, alors pas moyen d’avoir une véritable idée de ma cadence. Troisième bip: 4:12. Comment ça, 4:12 ?  Avec le vent dans le dos, de la façon que j’appuie, je devrais être un peu plus rapide, non ?  Je passe devant Habitat 67 (je devrais m’arrêter de temps en temps pour l’admirer, celui-là), puis monte sur le pont de la Concorde. Quatrième kilomètre en 4:14. Tab… !  Déjà, je ne pense plus à relaxer. J’essaie de me raisonner: « Il y avait une petite montée, c’est normal que ce soit un petit peu plus lent… ». Rien à faire, je me dis qu’avec les efforts que je produis, le vent dans le dos, je devrais être plus rapide.

Mon cinquième kilomètre se fait en 4:09. Ok, c’est mieux. Je descends sur le circuit et me dirige vert l’est. Arrivé sur l’île Ste-Hélène, j’entame le tour de l’Isle. Habituellement, je le fais 3 fois, mais comme je suis en tapering, je n’en ferai que 2, un dans chaque sens.

Montée abrupte vers le pont Jacques-Cartier. Les efforts des derniers mois semblent payer car je la sens plus facile que d’habitude. J’arrive en haut un peu essoufflé, mais je suis bien. Ok, je suis en tapering (je suis en tapering, je suis en tapering…) , je vais prendre ça relaxe pour la descente. Mais c’est ma dernière occasion ou à peu près de travailler ma technique… Je me penche donc vers l’avant et entame la descente presque à fond, tâchant de faire mouliner les jambes rapidement et que le contact des pieds avec le sol se fasse sous mon bassin. Pas évident…

Je termine la descente, me rends jusqu’au Hélène-de-Champlain (qui est en rénovation depuis une éternité), puis fais demi-tour. Relaxe bonhomme, relaxe…

J’attaque la côte que je viens à peine de descendre, question de retourner vers le pont. Elle n’est pas tellement abrupte, mais elle est relativement longue (selon les standards de la course sur route, on s’entend) et me fait énormément penser à la fameuse Heartbreak Hill. Plus haut, devant moi, un gars se dirige vers le pont à vélo. Il tourne un braquet minuscule et n’avance pas, alors qu’est-ce qui me passe par la tête ?  L’idée d’arriver sur le tablier avant lui, bien évidemment !

J’ai maintenant un objectif, on fera du tapering plus tard. J’accélère, gardant le vélo en point de mire. Je gagne du terrain, je vais plus rapidement que lui, c’est évident. Ha ha, je vais l’avoir, lalalère !  Je le rejoins et le dépasse à une cinquantaine de mètres du tablier. Même pas difficile. Tiens toi !

Coup d’oeil à la moyenne: 4:14. Compte tenu des côtes, c’est trop rapide. Mais le pont est là, il m’attend…  C’est que je cours toujours très bien sur le pont Jacques-Cartier, je ne sais pas pourquoi. Contre toute logique, j’enclenche donc la vitesse supérieure. Bout plat, petite montée et longue descente vers la rive sud. Une fois rendu à St-Lambert, toute idée de retenir mes élans s’est envolée. Comme on dit, l’enfer est pavé de bonnes intentions. J’enchaine les kilomètres autour de 4 minutes, faisant fi de la raison. Rendu près du but, après 14 kilomètres, je m’arrête finalement. Moyenne globale: 4:10/km.

Durant mon retour au calme, la raison me rattrape enfin. Pourquoi tu es allé si vite, du con ?

Note: j’y suis allé plus relaxe cette semaine… mais jamais assez. Je suis vraiment incorrigible.

 

C’était une belle journée

La température était fraiche, juste comme il faut. Il faisait un beau soleil et les vents étaient légers. Des conditions idéales pour la course, quoi.

J’avais perdu mon combat contre le parcours par décision partagée: au 34e kilomètre, j’avais été assailli par des crampes. Je ruminais à ça, paisiblement allongé dans le bain. Qu’est-ce que j’aurais pu faire de différent ?  Comment allais-je attaquer ce parcours accidenté la prochaine fois ?  Est-ce qu’il y aurait seulement une prochaine fois ?  J’avais déjà mon ticket pour l’année suivante, mais est-ce que ça me tentait vraiment ?

Puis LA nouvelle est arrivée à nous. Incrédulité. Stupeur. Consternation. Les images montrant l’aire d’arrivée étaient terrifiantes, d’une horreur sans nom. On venait de s’en prendre à mon sport. On venait de s’en prendre à ma communauté. J’étais passé à quelques mètres des bombes, j’aurais pu faire partie des victimes.  On nous avait attaqués. Nous, les coureurs.

Du coup, comme des millions de mes semblables à travers le monde, j’ai perdu mon innocence. Notre monde ne serait plus jamais pareil. Ha, les conversations et rigolades d’avant et d’après-course seraient toujours de mise. Après l’arrivée, je féliciterais et recevrais des félicitations de la part des autres coureurs, comme avant. Mais nous aurons toujours ÇA en arrière-pensée.

Ça s’est passé le 15 avril 2013, il y a un an. Jamais je n’oublierai.

Quand c’est trop sérieux…

Traditionnelle répétition générale ce matin: 25 km au rythme visé pour Boston, pas d’arrêt sauf en cas de « force majeure » (genre Charlotte qui veut dire bonjour à son « papa » adoré). Tout s’est bien passé: du 4:21/km de moyenne (5-6 secondes plus vite que visé, mais bon…), aucun arrêt. Au lendemain d’une sortie tempo de 15 km et d’un souper arrosé, c’était plutôt satisfaisant comme sortie. Maintenant, plus que deux sorties avec côtes/intervalles cette semaine et ensuite, le vrai tapering. Ça augure bien. Mais ça augurait bien l’an passé aussi, alors…

Ce n’est toutefois pas de ça dont je veux vous entretenir aujourd’hui. Je veux plutôt parler de la petite dernière des courses en sentiers de la Belle Province, l’Ultra Trail du Mont Albert (UTMA). Organisé dans le Parc national de la Gaspésie et associé à la Fédération Internationale de Skyrunning, cet événement offre quatre épreuves: le kilomètre vertical (5 km), le Skyrace (22 km), le Skymarathon du Mont Jacques-Cartier (42.2 km) et l’épreuve-reine, l’ultra, d’une longueur de 100 km.

Dès que l’internaute arrive sur le site de l’événement, le professionnalisme de l’organisation transpire. Tout est clair, bien défini. L’horaire de la fin de semaine de course est disponible et détaillé. La description des épreuves, l’information sur l’hébergement, les indications pour se rendre, les règlements, tout est là.

Toutefois, je ne vais peut-être pas me faire des amis avec ce qui suit et ma cote de gars qui fait la promotion de la course en sentiers risque de prendre une tendance bear, mais… maudit que ces gens-là se prennent (ou semblent se prendre) au sérieux !

Attention: je ne dis pas qu’il est mauvais d’être sérieux quand on organise une course en sentiers, bien au contraire. Les gens qui organisent l’Ultimate XC St-Donat ou  l’UT Harricana font ça sérieusement. Mais ils n’oublient pas que le plaisir prime sur tout. Le squelette installé dans les marécages du Vietnam l’an passé, ça venait de gens qui se prenaient au sérieux d’après vous ?  Et que dire des règlements de l’Harricana qui stipulent que « l’esprit de camaraderie est obligatoire » et « prenez le temps de rire et d’observer la nature » ?

Pour moi, c’est ça la course en sentiers. Or, que retrouve-t-on sur le site de l’UTMA ?  Des règlements plus stricts que ceux du Marathon de Boston !  On utilise des mots pompeux comme « jury », « lutte contre le dopage » ou « droit d’image ». Franchement…

On indique également qu’en cas de « force majeure » amenant l’annulation de la course, les frais d’inscription seront remboursés à 50%. Déjà que ce n’est pas tellement fort, ajoutez à ça que les frais de service et de transaction de carte de crédit ne seront pas remboursés, ça ne donne pas tellement envie de s’inscrire…

Mais vous savez ce qui est le plus drôle dans tout ça ?  Car oui, c’est tellement sérieux que ça en est drôle… Parmi le forces majeures, on cite les conditions météo et les catastrophes naturelles (ce qui est bien correct), mais aussi, les événements politiques majeurs tels que la guerre, la révolution et les attentats !  En Gaspésie !  Une révolution en Gaspésie !!!  Come on

C’est sans compter le prix exorbitant demandé pour l’inscription. Pour l’ultra, c’est 250 $ en « pré-vente », puis 275 $ à partir du 14 avril et ensuite, 300 $ en juin. Pour vous donner une idée, le Vermont 100 demande 250 $ quand on veut participer, autant pour les coureurs du 100 km que pour ceux qui font le 100 milles. C’est donc comparable, vous me direz.

Heu, pas vraiment… Au VT100, 18 stations de ravitaillement sont offertes aux participants du 100 km. Au mont Albert ? Un grand total de 3. Et comme le parcours est de type aller-retour, l’organisation en montera 2: une autre du 25e kilomètre, l’autre au point de demi-tour. Sans oublier qu’évidemment, comme la course au mont Albert se déroule dans un parc de la Sépaq, chacun doit en plus assumer des frais d’accès au parc pour la journée.

Bref, je trouve le tout très dispendieux pour ce qui est fourni aux participants. Et je ne vois vraiment pas ce qui pourrait justifier un tel coût d’inscription, désolé. J’ai bien hâte de voir de quoi ça va avoir l’air au niveau participation.

Comme un enfant

Ceux qui me lisent souvent savent que je suis comme un enfant quand je cours: je ne pense qu’à m’amuser. J’adore être dehors, faire de la trail et ne déteste évidemment pas me salir un peu au passage. Comme si j’avais l’impression de plus profiter de ma sortie dans le bois si je revenais avec un peu de bouette sur mes vêtements.

Mais il n’y a pas que dans ce temps-là que je me sens comme un petit gars. Quand ça concerne les grandes courses, c’est la même chose. L’an passé, à chaque fois que je recevais une lettre ou un courriel de la Boston Athletic Association, j’étais tout énervé. Je trouvais donc qu’ils étaient bien organisés, qu’ils pensaient à tout, qu’ils prenaient tellement soin des coureurs (tout ça est toujours vrai, soit dit en passant)…

Cette semaine, j’ai reçu mon passeport pour l’événement, le tout accompagné d’un petit livret explicatif qui donne tous les renseignements utiles et nécessaires en vue de la course. Et vous savez ce que j’ai fait avec l’envoi ?  J’ai pris deux jours avant de l’ouvrir !  L’an passé, je me garrochais sur chacune des lettres, lisant attentivement chaque phrase, chaque mot, comme si c’était la fin du monde. Cette année ? Bof…

Je me suis rendu compte que j’étais comme un enfant qui voulait absolument avoir un cadeau très précis à Noël ou à sa fête. Pendant des années, j’ai rêvé de me qualifier pour le mythique Marathon de Boston. J’ai tout mis en œuvre pour atteindre cet objectif et quand je l’ai atteint, j’étais tout énervé. J’ai beaucoup « joué » avec mon cadeau la première année que je l’ai eu, mais cette année, on dirait qu’il ne m’amuse plus autant. En tout cas, je n’en fais vraiment plus un plat. Jamais je n’aurais cru que ça m’arriverait un jour…

Ceci dit, l’expérience vécue l’an passé (je parle au niveau sportif, pas des attentats) a été riche en apprentissage. Le parcours, je le connais mieux. Je sais maintenant reconnaitre que les petites bosses montrées sur le relief, ce sont de vraies côtes. Et il y en a beaucoup. Malgré le fait que le dénivelé soit négatif au global, ce parcours est le plus difficile que j’ai vu en marathon. Si on le prend à la légère, on en paie le prix.

Je me suis préparé en conséquence. Est-ce que ça va me rapporter ?  L’avenir seul nous le dira.

Le tapis

Petit voyage pour le travail (duh !) à la centrale La Sarcelle en début de semaine. C’est où ça ?  Pour vous donner une idée, nous avons atterri à Nemiscau, à une heure d’avion au nord de Rouyn (oui, il y a de la vie au nord de Rouyn !), avons fait 75 km sur un chemin de terre pour atteindre Eastmain, puis un autre 110 km (toujours sur un chemin de terre et toujours vers le nord, bien évidemment) pour rejoindre le campement de la centrale. Loin vous dites ?

Aeroport Nemiscau

L’immense aéroport de Némiscau

L’hiver québécois ne finissant plus de finir cette année, vous pouvez imaginer qu’il n’est pas en reste dans le nord. D’un agréable -12 degrés bien secs à notre arrivée, le mercure est allé lorgner du côté des -30 au cours des 48 heures qui ont suivi.

Espérant une fenêtre de temps libre pour insérer une petite sortie de 12-15 km durant notre séjour, j’avais amené le nécessaire pour la course en hiver. Peine perdue. Bien que les 10-11 km séparant le campement de la centrale constitueraient dans d’autres circonstances un merveilleux terrain de jeux pour le coureur, on ne peut pas dire que les astres étaient alignés pour que je puisse assouvir ma passion.

La Sarcelle

Petite vue du campement de La Sarcelle.  Ça donne le goût de courir, pas vrai ? 😉

 

En effet, les journées de travail sont longues quand on est en essais. De plus, il y avait les horaires très rigides de la cafétéria du campement, le froid, la noirceur, la non-connaissance de l’environnement, les loups (!), le fait qu’il y ait très peu de voitures (je devrais plutôt dire, de pickups) qui passent dans le coin et quand ils le font, c’est à tombeau ouvert; bref, plein de bonnes raisons qui m’ont forcé à faire ce que je ne fais jamais: me rendre à la salle d’entrainement pour aller courir sur un tapis roulant. J’avais prévu le coup, ayant inséré une paire de shorts dans mes bagages, au cas où…

En partant, je n’étais pas dans mon meilleur état, ayant terminé mon repas du soir à peine 60 minutes auparavant. Mais pas le choix, le “gym” fermait à 21h30 et il était déjà 20h, alors…

Bref, je suis arrivé dans la salle d’exercice et j’y ai découvert un bel assortiment d’instruments de torture: vélos stationnaires, machine “elliptique” et tout près de la télé accrochée au mur, 3 merveilleux tapis roulants.

J’entends déjà d’ici le monde s’exclamer: “Tu parles d’un ingénieur !”, mais c’est un fait: la technologie et les pitons, ça m’emmerde. Le temps que je gosse après ces patentes-là, je le perds à ne pas faire quelque chose de plus intéressant. Alors quand j’ai vu l’infinité de possibilités qui se présentaient à moi pour régler le tapis que j’avais choisi, je dû réprimer quelques jurons (bah, j’exagère un peu…).

Pèse sur le piton “Start”, ça commence. Bon, ça ne va pas assez vite. La flèche vers le haut je suppose ?  Ouais, ça marche. Encore la flèche ? Ouais. Mais à quelle vitesse je vais, donc ?  Celle indiquée, elle est en mph (miles per hour), je suppose ?  C’est qui l’imbécile qui met la vitesse d’un coureur en milles à l’heure ?  Je joue avec le piton des unités et une vitesse en km/h semblant correspondre un peu à ma cadence se présente à l’écran. Ok, c’est peut-être ça..

Au bout de quelque temps, je me suis mis à courir sans tenir la barre devant moi. Mes Montrail frappaient le tapis avec une belle régularité. Ce n’était pas si mal, finalement… Puis, au bout de même pas 5 minutes, je me suis rendu compte que je ne faisais que fixer les indicateurs de temps et de vitesse et que surtout… je m’emmerdais. Et solidement à part ça. La télé jouait à tue-tête un épisode d’une série poche à Série Plus, ce qui faisait que je m’emmerdais doublement. En plus, comme je ne suis pas habitué à ces machins-là, j’ai vite remarqué que je ne tenais pas une ligne droite et que je m’approchais souvent des bords du tapis. Je m’imaginais prendre la débarque de ma vie sans que personne ne vienne à mon secours.

Au bout de 15 minutes, ras-le-bol. Piton “Stop”. En débarquant du tapis, j’ai ressenti un petit étourdissement, semblable à ceux que je ressentais quand je faisais du vélo stationnaire. Étourdissements jamais agréables. Autre raison de ne pas aimer ces tapis-là.

Ok, tout d’abord changer de poste à la télé. Je ne suis pas amateur de hockey, mais ça allait faire pour ce soir-là. Puis, comme je n’avais rien pour boire (je me voyais mal arriver au gym avec ma veste d’hydratation), je suis allé à la buvette, puis suis revenu, rempli de bonnes intentions.

Piton “Start”, petite flèche vers le haut et c’était reparti. Même pas 5 minutes de “course” que l’ennui m’a repris. Et mon estomac qui me rappelait qu’il était encore bien rempli de mon souper. Moi, avoir des rapports au goût de brochettes quand je cours… Aussi, j’étais maintenant complètement détrempé, la sueur coulant de tous les pores de ma peau et probablement d’ailleurs aussi. Ha, faire du cardio à l’intérieur, quelle joie !  En plus, comme je n’avais pas vu de hockey depuis les Jeux de Sotchi, je trouvais la partie qui se jouait devant moi d’un ennui mortel. Décidément…

Autre arrêt pour prendre de l’eau (et autre étourdissement aussi désagréable que passager), puis je suis reparti, encore moins motivé. J’avais presque 30 minutes de faites, ce serait assez, non ?  J’ai alors commencé à m’intéresser aux “programmes” offerts, question d’essayer de me distraire un peu. Il y en avait une panoplie, mais si je voulais en faire un, je devais programmer le tout. Encore des maudits pitons à gosser, grrrr !

J’ai fini par en choisir un avec intervalles courts et surtout, par comprendre que c’était moi qui décidais la vitesse desdits intervalles. Je me suis donc retrouvé (si j’ai bien compris) à alterner des 2 minutes à 15.1 km/h avec des 2 minutes à 13 km/h. J’avais trouvé quelque chose qui m’allumait un peu, enfin !

Autour de 21h10, j’ai décidé que c’était suffisant. Toujours trempé à lavette, j’ai eu une pensée pour les addicts du gym qui se vantent de suer à profusion lors de leurs séances d’entrainement. Ma réponse la prochaine fois que j’en entendrai un chanter ses louanges ?  « Ouin, pis ? »  Je n’ai vraiment pas eu l’impression de me défoncer ce soir-là et pourtant, je pouvais tordre mes shorts tellement elles étaient imbibées d’eau, alors…

Mon « bilan » de l’expérience ?  Plus jamais !  J’ai détesté être enfermé, ne pas pourvoir respirer l’air du dehors, devoir regarder la télé en courant parce que ce que je faisais était d’un ennui mortel. Chapeau bien bas à tous ceux qui réussissent à s’entrainer régulièrement sur de tels machins !  Dans un autre sens, c’était mieux faire ça que ne rien faire du tout.

Je reconnais que pour faire des intervalles, c’est une machine parfaite car elle oblige le coureur à suivre les cadences préprogrammées, ce qui est une bonne chose, surtout pour quelqu’un comme moi qui ai une légère tendance à y aller trop fort durant la période de récupération. Mais c’est loin d’être une raison suffisante pour que j’envisage l’achat d’un tel bidule. Au grand plaisir de ma tendre moitié d’ailleurs !  🙂

Sur le pont de la Concorde…

J’étais à la fin d’un intervalle. Je venais de passer devant Habitat 67 et je finissais la petite montée menant au pont de la Concorde. À cet endroit, la piste cyclable était (encore) sur fond glacé et en y ajoutant de l’eau provenant de la neige fondue, Dame Nature présentait un combo périlleux au coureur qui osait s’y aventurer (je n’ose penser quoi ça doit voir l’air avec ce qui nous est tombé dessus hier !).

Je m’arrête donc à chaque fois que je passe là depuis quelque de temps, question de faire ce petit passage en marchant car je désire demeurer en vie. Petite différence en cette fin de jeudi après-midi cependant: deux gars qui n’avaient vraiment pas rapport à cet endroit (ils étaient habillés comme des gens ordinaires, duh !) s’en venaient en sens inverse. Quand l’un d’eux m’a abordé (en anglais), j’ai tout de suite su qu’ils ne venaient pas du coin.

Ils voulaient savoir s’il y avait un McDonald proche (ils ne venaient définitivement pas du coin). Première chose qui m’est venue à l’idée: “Si tu avais l’idée de te partir un McDo, mon chum, le ferais-tu ici, en plein milieu du fleuve ?!?”. Mais bon, ils ne pouvaient pas savoir… J’ai regardé ma Garmin et sachant qu’il y en a un dans le Vieux, tout près de l’endroit où je m’étais élancé, je leur ai annoncé: “Il y en a un à 3.75 km”.

“Ça prend combien de temps, ça ?”. Évidemment, je me suis senti obligé de leur répondre par une niaiserie: “15 minutes si vous courez”. Ma Garmin indiquait exactement 15 minutes (je vous rappelle que je terminais un intervalle, je ne vais pas si vite habituellement !). Et l’autre de me répliquer qu’il ne court pas, il a un trop gros surpoids (ça, c’est le McDo, mon ami). Sur le coup, je l’ai trouvée drôle, puis je me suis rendu compte qu’il m’avait évidemment pris au premier degré. Here we go again

Son compagnon, qui semblait moins pressé à s’empiffrer de junk food (il était plus mince aussi), s’est mis à me poser des questions. “Pourquoi tu cours ?  Pour maigrir ?”. Et moi de répondre: “Yeah !” avec un grand sourire. C’est plus fort que moi. On dirait que le second degré, ça fait autant partie de ma nature profonde que la course. “Tu sais, ce n’est pas bon être trop maigre…”. Bon, encore une de mes blagues qui tombe à plat. Décidément, je n’apprendrai jamais… Heille le smatte, est-ce que j’ai l’air d’un anorexique ?  As-tu une idée de la quantité de calories que je peux absorber dans une semaine ?  Sur l’heure du midi, mes lunchs prennent toujours deux fois plus de temps que ceux de mes compagnons de travail à chauffer. Ce n’est certainement pas parce que j’aime manger ma bouffe plus chaude…

Question suivante: “Tu cours quelle distance ?”. À peu près 16 km aujourd’hui (j’ai laissé tomber l’idée de faire leur éducation sur le travail de vitesse, les intervalles, les côtes, etc.). “C’est jusque où ça ?  Jusqu’au casino ?”. Ils ne connaissent vraiment rien à rien, il n’y a pas à dire: le casino est environ à 1.5 km d’où nous étions !  Je me suis mis à leur expliquer que je me rendais à mon auto, qui était garée sur la rive sud. Pour ce faire, je devais passer par le pont Jacques-Cartier (que j’ai pointé du doigt), le traverser, puis faire un petit bout par après. J’allais me taper 3 boucles du chemin de l’Isle (sur l’île Ste-Hélène) question de faire des côtes avant de traverser, mais ça, ils n’avaient pas à le savoir.

Voyant où est situé le pont, ils n’en revenaient pas. “Tu vas courir jusque là ?!?”. Ben heu, oui. “Tu vas courir sans arrêt ?”. Merde, ce n’est même pas 3 km pour se rendre !  Je vais courir sans arrêt, sauf si je pogne des plaques de glace comme ici, si je dois sauter une clôture, si je tombe sur deux hurluberlus qui me posent des questions bizarres, etc. Ils n’en démordaient pas. “Tu vas vraiment courir sans arrêt ?  Combien de temps tu cours ?”.  Entre 1h05 et 1h10, dépendant du vent, des côtes, des conditions quoi. J’ai cru qu’ils allaient tomber dans les pommes. Un marathon, vous connaissez ?  Ça prend un petit peu plus de temps que ça, vous savez…

Nous nous sommes quittés après avoir jasé un peu plus de poids et de malbouffe. Ils semblaient vraiment vouloir aller chez McDo car ils ont poursuivi leur chemin vers le Vieux Port. Je me demande où ils ont fini par aboutir…

Des nouvelles des grands marathons

La fin de semaine dernière, je regardais les résultats du Marathon de Tokyo. Bien évidemment, il a été dominé par les Kenyans qui ont pour ainsi dire monopolisé le top 10. En effet, parmi les 10 premiers, on retrouve pas moins de 7 Kenyans !

Dans l’article, on nous apprend que le gagnant, Dickson Chumba (2:05:42), n’a pris que 14:21 entre les kilomètres 35 et 40. Je n’en revenais tout simplement pas. Ici au Québec, je doute honnêtement qu’il y ait quelqu’un qui soit en mesure de faire un tel temps sur un 5 km. Chumba a accompli cet exploit à la toute fin d’un marathon. Incroyable…

Autre chose que j’ai remarquée en regardant ces résultats: les temps et les athlètes qui les ont réussis. Bien que je sois loin d’être une référence en la matière, il y a un seul nom qui sonnait des cloches quand je l’ai vu: Abel Kirui, deux fois champion du monde et médaillé d’argent à Londres, qui a terminé en 10e place en 2:09:04. Tous les autres m’étaient inconnus et pourtant,  ils sont “descendus” sous les 2h08. C’est sidérant qu’un pays puisse produire autant de coureurs de si grande qualité. Un championnat national au Kenya, ça doit être tout un spectacle !

Mais vous savez ce qu’il y a d’encore plus étonnant ?  Ce pays n’a produit qu’un seul champion olympique au marathon. Hé oui, il s’agit de Samuel Wanjiru qui aurait probablement été le plus grand coureur de tous les temps (il n’avait pas encore 22 ans quand il a remporté le marathon des Jeux de Pékin)… s’il n’avait pas été pris en flagrant délit d’adultère par son épouse. En effet, cette dernière, le trouvant au lit avec une autre femme, enferma le couple dans la chambre située au deuxième étage. Wanjiru a alors tenté de sauter à partir du balcon (on ne sait pas trop pourquoi) et la chute a été mortelle. Un peu loser comme façon de mourir, pas vrai ?

Marathon de Boston. J’ai appris la semaine dernière mon numéro de dossard et mon couloir de départ. Numéro 6693, 7e couloir de la première vague. Ouch !

Pourquoi je dis ça ?  Parce que malgré un temps de qualification 5 minutes et demi plus rapide, je me retrouve dans le même couloir que l’an passé, avec à peu près le même numéro de dossard. Ça veut donc dire que le contingent de coureurs présents cette année sera très, très fort. Pour vous donner une idée, le “temps de coupure” de la première vague est de 3:12:52. Oui, 9000 coureurs qui ont fait moins de 3h13 !  Tout autour de moi, il y aura des gens qui “valent” 3h06, alors que moi, je suis bien loin de ça. Au mieux, je vaudrai 3h10… Il n’y en aura pas de facile !

Côté sécurité, l’organisation met tout le monde en garde, y compris évidemment les spectateurs: les forces policières seront omniprésentes sur le parcours et tous doivent s’attendre à être fouillés. J’espère que l’enthousiasme de la foule n’en sera pas atténué, ça fait partie du charme de cette course. Entre autres, je pense évidemment au fameux scream tunnel des étudiantes de Wellesley College, une tradition à Boston. S’il fallait que la sécurité empêche les coureurs d’avoir leur petit bec au 20e kilomètre…

Marathon de Chicago. Moi qui ai toujours cru qu’il fallait s’inscrire à une loterie ou faire partie d’un groupe caritatif pour participer à ce marathon, voilà que j’ai appris en navigant sur le site de l’événement qu’on pouvait se qualifier et ainsi, obtenir une place garantie. Les critères de qualification ?  D’une simplicité hors du commun: pour l’édition 2014, toute personne qui aura réussi le standard demandé (3h15 pour les hommes et 3h45 pour les femmes) sur un parcours accrédité après le 1er janvier 2012 sera admise. Point final. Pas de zigonnage avec les catégories d’âge.

J’ai trouvé ça intéressant. Ça veut dire que si je voulais courir Chicago, je serais déjà assuré de pouvoir le faire cette année et l’an prochain. Hum, une troisième grand Marathon dans ma besace ?

Bémol cependant: 1350 km, soit la distance entre Montréal et Chicago. C’est deux fois plus loin que se rendre à Philadelphie. Ça pourrait se faire en voiture, mais c’est un peu long à mon goût. Surtout pour courir “seulement” un marathon. L’avion ?  Beaucoup de frais supplémentaires. Et pour une destination pas tellement intéressante, dans le fond. San Francisco, Vancouver, l’Europe, c’est à voir. Mais Chicago ?  Bof…

Marathon de New York. Les inscriptions en vue de la loterie fermaient mardi. Je souhaite la meilleure des chances à ceux qui ont tenté le coup car New York, ça vaut vraiment la peine de le faire une fois dans sa vie.

Cette semaine, j’ai reçu le livre-souvenir de l’édition 2013 par la poste. La grande classe. En papier glacé, on y retrouve quelques articles et surtout, tous les résultats. Ça m’a permis de vérifier si mon nom y était inscrit pour l’éternité et il l’est, à la 1500e place précisément. Je n’ai pas pu m’empêcher d’aller voir le temps de la personne qui a terminé à a 50134e et dernière place. En fait, ils sont deux à partager cet honneur en arrêtant le chronomètre en 10:17:52. Oui, plus de 10 heures pour compléter un marathon !  Je présume qu’une des deux personnes souffrait d’un handicap, je ne peux pas croire…