D’autres petites vites

  1. Demi-marathon des microbrasseries

Je trouve un peu injuste d’en parler dans le cadre d’une « petite vite », mais en même temps, ma petite soeur a tellement bien fait ça que j’aurais peut-être manqué de mots (mais si, ça m’arrive !) pour faire un récit complet de toute façon.

Un récit de quoi ?  De son premier demi-marathon, bien sûr ! Ça se passait le dimanche suivant notre retour d’Italie, dans le cadre du Demi-marathon des microbrasseries à Bromont.

C’était une merveilleuse journée ensoleillée, mais un peu froide à mon goût, surtout qu’avec le petit vent… Pour vous dire, je suis certain que le Johnny on the spot dans lequel je me suis installé tremblait de tous bords tous côtés pendant que je faisais ce que j’avais à faire avant le départ. Je ne me souviens pas avoir déjà grelotté à ce point avant une course. Mais je me suis rappelé pourquoi je ne voulais plus faire ni Boston, ni New York…

Heureusement, nous avions accès à nos autos pour espérer garder un tant soit peu de chaleur. Mais je dois avouer que la partie réchauffement a été légèrement escamotée.

Sur la ligne, nous étions quatre: ma soeur Élise, son amie Mimi, mon ami Sylvain qui faisait sa plus longue sortie depuis son marathon, et votre humble maigrichon-chiâleux. Le plan était que j’accompagne les deux filles pour la course et que Sylvain s’amuse en nous jasant car il n’avait pas envie d’y aller à fond.

Comme tout bon plan, il dû être rajusté dès la première montée, une véritable face de cochon de 600-700 mètres de longueur, le genre de côte qu’on ne voit habituellement pas en course sur route. Suivant son plan de marcher les côtes les plus difficiles, Élise s’est mise à la tâche. C’est qu’elle a un bon pas, la frangine… Et Mimi a décroché. Nous l’avons attendue, mais dès la montée suivante, elle a dit à son amie d’y aller, qu’elles n’étaient pas du même calibre ce jour-là. Le côté compétitif semblant une tare familiale, Mimi n’a pas eu à le répéter deux fois… Les deux se sont embrassées, puis nous étions repartis, à trois.

Pour le reste, je dois avouer qu’Élise m’a beaucoup impressionné. Elle a gardé un rythme constant, semblant toujours demeurer « en dedans ». En plus, elle était d’une bonne humeur contagieuse. Petit à petit, nous grugions du terrain, faisant du bunny chasing, car oui, il y avait des lapins de cadence. Ça m’étonnait un peu, vu que le parcours, très accidenté, ne se prêtait guère à l’exercice.

Parlant du 0parcours, plusieurs sections empruntaient certaines routes de campagne que nous avions foulées dans le cadre du Bromont Ultra. Je ne comptais plus les fois où je disais: « Ha oui, on est passés par ici… » pour ensuite ajouter: « Mais on virait par là ! » quand un sentier se présentait à la route.

Ainsi donc, quelques kilomètres après avoir dompté le lapin de 2h15, nous avions celui de 2h10 en point de mire. Je n’ai pas pu réprimer un sourire quand, dans la dernière grosse montée, j’ai entendu ma compagne de route « rugir » pour poursuivre à la course alors que le lapin s’était mis à marcher. De qui tient-on cet esprit compétitif, donc ? De notre père ou de notre mère ?  🙂

C’est seulement dans le dernier kilomètre que je l’ai sentie faiblir un peu, mais jamais je n’ai douté qu’elle tiendrait le coup. À l’arrivée, ce sont des parents pas mal fiers de leur progéniture qui nous ont accueillis après 2h08 de course. Sur un tel parcours, ça équivaut à moins de 2 heures sur le plat, j’en suis certain.

Sylvain dans tout ça ?  Il a eu l’air de s’amuser comme un gamin, allant parfois devant, parfois derrière. Il avait pris de l’avance pour nous réserver un verre de bière (c’était tout de même le demi-marathon des microbrasseries !) autour du 17e kilomètre, mais comme ma partner a refusé l’offre, j’ai fait de même. On était un team !  🙂

Je dois aussi dire que c’était ma plus longue sortie depuis que j’essaie de changer ma technique de course et mes tendons d’Achille me suppliaient d’arrêter, alors la bière ne me disait pas grand chose. Une fois n’est pas coutume, comme on dit !

Et Mimi ?  Elle a terminé avec le sourire, 25 minutes plus tard, se contentant de faire la distance à son rythme.

Mes impressions au final: c’est une future marathonienne que j’ai côtoyé, je n’en doute pas une seconde. En fait, je dirais même qu’elle a plus l’âme d’une ultramarathonienne: très efficace dans les montées, tenace comme dix, je la verrais très bien s’esquinter dans le bois avec son idiot de grand frère. En tout cas, j’ai mon pacer pour le prochain Vermont 100 !  🙂

« Est-ce qu’il y a des côtes aussi pires que ça ? »

Cette question, elle est venue de mon ami Sylvain après la course. Lui, le gars qui avec qui j’ai fait Orford il y a deux ans. Lui, un de mes lecteurs les plus fidèles. Il me demandait si dans le cadre d’un ultra, il y avait des côtes aussi pires que celles qu’on venait de se taper. Si lui se demandait ça, j’osais à peine m’imaginer ce que peut penser le commun des mortels…

Heu… Comment dire ?  Le Demi des microbrasseries, c’est un parcours très difficile… pour une course sur route. Pour une course en sentiers ou un ultra, ce n’est pas de la petite bière,  c’est une insulte à la petite bière ! Car, si effectivement le Bromont Ultra empruntait certains tronçons où ma sœur a fait ses premières enjambées dans le monde des demi-marathons, il nous faisait aussi monter et descendre le mont Brome à six reprises, par trois versants.  Sans oublier le mont Gale, qui ne donne pas sa place lui non plus, à deux occasions. Alors, les côtes qu’on retrouve sur la route, elles étaient plus des mises en appétit qu’autre chose.

Tout ça pour dire que lorsqu’on parle ultramarathons, les gens sont très impressionnés par les distances. Mais, et c’est un peu triste, ils n’ont aucune espèce d’idée du terrain que nous devons affronter. Et pourtant, si ça prend plus de 24 heures pour faire 100 miles, ce n’est pas juste à cause de la distance parcourue.

À Massanutten, il y a une section où ça monte sur 5 kilomètres… sans arrêt !  En tout, ce sont autour de 6000 mètres d’ascension (et bien sûr, tout autant de descente) que ce parcours nous propose. À Bromont, c’est sensiblement la même chose. Alors si vous faites un petit calcul simple, ça revient à passer toute la course dans une pente à 7.5%, soit en montée, soit en descente. Et comme il y a toujours des bouts plus plats…

Imaginez des courses comme l’UTMB, le Hardrock ou le Grand Raid de la Réunion qui présentent dans les 10000 mètres de dénivelés…

Ambassadeur, moi ?

Celle-là, elle m’est un peu tombée dessus par hasard. Suite à l’insistance d’un ami auprès du représentant de la compagnie Skechers, je me suis retrouvé ambassadeur de la marque… sans même l’avoir déjà portée !

Au cours des prochains jours, je recevrai ma première paire, le modèle de route GORun 4. Un essai en boutique a piqué ma curiosité, j’ai bien hâte de les battre à plate couture. Ironiquement, je suis plus « connu » (c’est un bien grand mot) pour ce que je fais en sentiers plutôt que sur la route où je n’ai pas « compétionné pour moi » depuis Boston 2014, alors ça fait un peu bizarre. Mais on m’assure que le nouveau modèle de trail sera disponible au printemps. À voir.

Ceci dit, ce genre de situation me rend un peu mal à l’aise, car je perds par le fait même mon objectivité. Et comme je ne parle pas souvent d’équipement sur ce blogue (je trouve ça tellement, mais tellement ennuyeux de m’éterniser sur les détails techniques; non mais, on s’en câlisse-tu de la foutue drop !), j’aurais l’air de quoi si je me mettais à vanter ces souliers à tour de bras ?

Bref, je vais probablement en glisser un mot de temps en temps et si j’en parle encore dans un an, c’est parce qu’ils font l’affaire. Car ils auront beau ne pas me coûter cher, si je ne les aime pas, je ne les porterai pas. Point.

Nouvelle technique de course

Blessure à répétition à la cheville oblige, j’ai entrepris de changer ma technique de course, car je suis à peu près persuadé que mon attaque-talon est la cause de mes maux.

Mais bon, à 45 ans, désapprendre pour réapprendre à courir, c’est beaucoup, beaucoup de travail. Et le corps se rebelle contre ça. Théoriquement, je devrais diminuer mon volume pour faire une telle transition, mais le problème est que le reste de mon corps a besoin de sa dose d’endorphines pour me permettre de continuer à vivre presque convenablement en société. Je dois donc essayer de ménager la chèvre et le chou. Sans trop de succès.

Je m’attendais à souffrir des mollets et durant les 2-3 premières semaines, c’était effectivement le cas. Big deal. Mais depuis, ce sont les tendons d’Achille qui ont pris la relève et là, aille, aille ! Parfois, ça va bien, mais parfois…

Ajoutez à ça les milliers de trucs qu’on lit un peu partout qui font que courir devient aussi compliqué que frapper une balle de golf. Et puis il y a la vitesse, qui n’est plus au rendez-vous: j’ai facilement perdu une bonne quinzaine de secondes au kilomètre. J’essaie de me dire que ça va revenir une fois la transition complétée, mais être patient, ce n’est pas toujours facile. Surtout quand ça concerne MA course.

Depuis peu, j’essaie d’appliquer un conseil que Joan m’a donné: me concentrer à ne pas faire de bruit. Bizarrement, le pied droit obéit, mais pas le gauche. Ça adonne bien, c’est justement de ce côté que la cheville est récalcitrante…

Bref, à suivre !

Débarrassé !

Voilà, c’est fait: le kyste qui m’a tellement fait ch… cet été est maintenant chose du passé, gracieuseté de l’intervention de François, que j’avais rencontré au Vermont 100. Enfin !!! Comme j’ai tendance à produire de ces machins sans trop savoir comment (c’était le quatrième que je faisais enlever), j’anticipe de retourner sur sa table d’ici quelques années.

Et cette fois, je me promets bien de ne pas attendre qu’une infection vienne me jouer des tours avant de passer sous le bistouri !  Sauf que me connaissant, ce ne sera jamais le bon moment: il va y avoir telle course ici, tel voyage là…

Deux nombres: 3.6 et 410

Inscription en vue du Western States, LE 100 miles original. La demande pour participer à cette épreuve est tellement forte que l’organisation se permet d’exiger que le coureur ait participé à l’une des épreuves qualificatives au cours de la dernière année. Par chance, j’en ai complété deux cette année,  Massanutten et le Vermont 100.

Ça n’a pas empêché 3524 personnes de s’inscrire à la loterie qui déterminera les 270 « chanceux » lors du tirage qui aura lieu samedi. Par souci de justice, le nombre de billets de tirage attribué à chaque participant est lié de manière exponentielle au nombre d’années que celui-ci a « perdu » à ladite loterie. Or, comme j’en suis à ma première année, je n’ai qu’un seul billet de tirage et selon les études statistiques publiées sur le site, j’aurais 3.6% de chance que mon nom soit tiré. Je pense que je ne réserverai pas mes billets d’avion tout de suite…  😉

Nous sommes 12 Québécois inscrits au total, dont mes amis Stephane, Vincent, Joan, Seb et Simon. Sans oublier Fanny, qui vit en Alberta. Ce serait cool de la revoir là-bas !  🙂

Ceci dit, et je ne suis pas le seul à le penser, je trouve l’organisation de cette course un peu beaucoup au-dessus de ses affaires. Tout d’abord, le prix d’entrée est astronomique: 410 $ US. Hé, c’est plus cher que le Marathon de New York !  En plus, et Pat l’a vécu l’an dernier, ils se permettent de charger lesdits frais dès que notre nom est pigé et pas moyen de se faire rembourser en tout ou en partie si on n’est dans l’impossibilité de se présenter. Et par le fait même, pas de liste d’attente pour permettre que des gens qui aimeraient participer puissent prendre la place de ceux qui ne peuvent pas. On encaisse l’argent et si vous n’êtes pas là, hé bien tant pis !

Un peu ordinaire, si vous voulez mon avis…

Nouvelles post-Vermont

L’après-course

Voilà, j’avais réussi. Joan m’avait taquiné avec le fait que je n’étais jamais parvenu à descendre sous les 24 heures dans un 100 miles, je pouvais maintenant dire que j’avais retranché 4 heures à cet objectif. C’est hyper-plaisant de terminer une course où ça s’est plutôt bien déroulé. Il peut toujours se passer quelque chose dans un ultra, mais au cette fois-ci, rien qui sortait de l’ordinaire ne s’était produit.

Dès que j’ai franchi la ligne, j’ai serré ma sœur, puis mon père dans mes bras. Sans eux, je n’ai aucune idée de ce que j’aurais pu faire. Savoir que je le verrais un peu partout sur le parcours, ça me poussait à continuer, encore et encore. Je m’incline devant ceux qui font la course en solo, je ne sais pas comment ils font… mais je vais probablement m’essayer un jour ! 🙂

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Avec ma petite soeur, qui a tellement aimé l’expérience qu’elle est prête à recommencer et peut-être, agir comme pacer l’an prochain. À suivre ! 🙂

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Mon père, qui a été de la partie pour chacun de mes 100 miles. Il semblerait que nous avons un petit air de famille. On nous a même déjà demandé si nous étions… frères !

Attendant patiemment que nous ayons terminé nos « retrouvailles » familiales, Amy, la directrice de course, affichait un beau sourire. Son travail est totalement bénévole, alors je crois que son « salaire », elle le reçoit quand elle voit les coureurs heureux. Quand je me suis tourné vers elle, elle m’a tendu la main. Nah, je suis québécois, chère Amy, tu vas avoir droit à un câlin !  Elle l’a accepté de bonne grâce pendant que je la remerciais d’avoir si bien mené un événement d’une telle envergure.

Après les photos, je suis retourné la voir pour lui expliquer que j’avais un kyste infecté, que je devais le faire drainer tous les jours, que j’avais un rendez-vous dimanche à 15h, etc. Bref, je ne pourrais pas être au BBQ. « And you ran 100 miles with that ? » qu’elle m’a demandé. Heu oui. Dis-moi que tu n’aurais pas fait la même chose à ma place…

Toujours est-il qu’elle n’a vraiment pas fait de chichi et m’a remis mon buckle. Amy étant Amy, il était impossible que je m’en sorte sans une petite jasette (j’en avais eu un bref aperçu à Massanutten) et bien honnêtement, ça faisait un bout de temps que j’avais envie de lui en piquer une, alors pourquoi ne pas en profiter là, par un beau samedi soir d’été ?

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En pleine séance de mémérage avec Amy. Elle est vachement sympa, j’ai hâte de la recroiser, durant une course ou… après, comme ici.

En quelques minutes, nous avons couvert Massanutten, les difficultés du parcours du Vermont (tous deux sommes d’accord : il n’est vraiment pas facile, malgré tout ce qu’on en dit !), les rigueurs du froid dans le nord-est du continent, l’exploit de son mari Brian en Virginie et bien d’autres choses. J’ai aussi profité de l’occasion pour serrer la pince à Brian, qui avait l’air fatigué. J’avoue que c’est rassurant de voir qu’un athlète d’élite peut sembler humain après avoir couru 100 miles. Il n’avait pas gagné, devant se « contenter » de la deuxième place derrière un gars qu’il ne connaissait pas. Il semblait déçu, mais pas démoralisé. Ce n’était qu’une course, après tout.

Un autre athlète d’élite qui avait l’air fatigué, c’était Joan, que j’ai croisé à la tente médicale. Pierre et lui avaient terminé ensemble, une heure avant moi. Quand on pense qu’il m’avait mis plus de 2 heures à Bromont (tout en se permettant 3 siestes en cours de route) et 6 à Massanutten, c’est dire à quel point la journée n’avait pas été bonne pour lui. Il la raconte ici.

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Joan, pourtant pas dans un grand jour, n’a jamais laissé tomber. Plusieurs à sa place l’auraient fait…

Quant à Pierre, je n’ai malheureusement pas eu la chance de le voir après la course. Mais dans nos échanges Face de Bouc, j’ai senti sa fierté d’avoir réussi à faire sous les 19 heures. Bravo mon ami !  J’ai par contre eu la chance de voir Simon juste avant de partir. Son sourire en disait long sur sa satisfaction d’avoir complété son premier 100 miles en 20h40. Je sens que je vais le revoir très bientôt. 🙂

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Je me suis souvent demandé pourquoi les athlètes olympiques mordaient leur médaille. Peu importe, je me suis amusé à faire de même en mordant mon buckle…

La récupération

Après Bromont, j’avais les chevilles tellement enflées qu’elles ont pris une pleine semaine avant de reprendre leur taille normale. Et j’en ai eu besoin de deux avant de pouvoir reprendre la course.

Suite à mon deuxième 100 miles, à Massanutten, malgré toutes les difficultés rencontrées durant l’épreuve (c’est vraiment le terme approprié !), mes jambes étaient en bon état et je me suis accordé seulement 5 jours de repos.

Après le Vermont ?  Un hybride entre les deux. Une cheville enflée pendant 3 jours, 11 jours sans courir… parce que je le voulais bien. Ne sentant aucune urgence face au reste de la saison, j’ai décidé d’en profiter pour voyager plus souvent au travail à vélo. Après quelques jours, je me suis même surpris à appuyer un peu plus sur les pédales et à tirer un braquet similaire à mes jeunes années.

Bref, tout est revenu à la normale, ou presque. Je suis tout de même en mode « je me traine » quand je cours, mais je suppose que mes jambes vont reprendre leur tonus au cours des prochaines semaines.

Le kyste

Quand je dis « presque »… Le lundi suivant le VT100, j’ai commencé une ronde de 10 jours d’antibiotiques. Disons qu’ils n’étaient pas étrangers à ma décision d’attendre avant de reprendre la course. Moi, courir avec ces cochonneries-là dans le corps…

Une fois le « traitement » terminé, le médecin m’a répété que ce n’était pas normal que ça prenne autant de temps à guérir, que d’habitude, ça prend 7 à 10 jours, qu’il fallait faire quelque chose, etc. Ok, mais on fait quoi ? Pas vraiment de réponse claire, mis à part que je dois voir un chirurgien. J’ai rendez-vous pour le 19 avec François, le membre de l’équipe de support de Seb.

D’ici là, je ferais quoi ?  Ben je ferais mon petit voyage quotidien au CLSC pour faire changer mon combo pansement-mèche. À chaque jour, j’espérais que l’infirmière me dise que c’était presque guéri, que ça achevait, qu’on était sur la bonne voie… pour me faire dire que ça coulait toujours, qu’il semblait y avoir encore un peu d’infection. Le jour de la marmotte, vous connaissez ?  C’est exactement ça que j’ai vécu, pendant 5 semaines au total.

C’était la joie…

Heureusement, la lumière au bout du tunnel semble avoir été rallumée. En effet, depuis dimanche, plus de mèche dans le cratère qui semblerait-il, serait rendu trop petit (je ne sais pas, il est dans mon dos, ce qui fait que je ne le vois crissement pas !). À la place, une gelée, ce qui annoncerait la fin. Vais-je pouvoir finir par me baigner ?

En passant, après avoir vu au moins une vingtaine d’infirmières différentes, je commence à me demander si le look avec la petite cornette, le décolleté plongeant et la jupe courte (vous savez, comme on en voit dans certains films d’auteur) ne serait un pas un mythe. C’est vrai: aucune de celles que j’ai vues jusqu’à maintenant n’était habillée comme ça. Je commence à trouver que ça fait pas mal d’exceptions…

Le reste de la saison

Comme vous devinerez, ce qui reste de ma saison dépendra de ce que le chirurgien va me dire. Pour moi, il n’est tout simplement pas question de courir avec une veste tant que je ne serai pas débarrassé de ce foutu machin dans mon dos. Donc, Bromont serait difficile… à moins que je trouve une façon satisfaisante de pouvoir trainer une bouteille à la main et des bidules à la ceinture. Car à Bromont, on peut avoir besoin de tellement de choses en cours de route : gants, arm warmers, imperméable, tuque à la rigueur. Partir avec une simple bouteille à la main comme dans les vallons de la Nouvelle-Angleterre est hors de question. En ce qui me concerne en tout cas.

Autre histoire à suivre…

Vermont 100: cap sur Camp 10 Bear… deux fois

Le début du parcours fait étrangement penser à celui du Marathon de Boston : ça descend sur une route. Et ça descend pas mal, à part ça !  Je passe à côté de Pat et lui glisse : « Il y a du monde en calv… ! ». Il me répond qu’on était mal placés dans le peloton. Je ne peux pas contester ça. Heureusement, on n’est pas dans un étroit sentier, mais plutôt sur une route assez large, ce qui nous permet de dépasser les coureurs plus lents assez facilement.

Comme c’est la coutume, le peloton finit par s’étirer. Dans le premier sentier, je continue à dépasser du monde. Je me retourne: Pat n’a pas suivi. Il a le don d’être sage au départ et garder un rythme constant tout au long de la course. Une vraie horloge. Je m’attends à ce qu’il finisse par me rejoindre.

Puis, devant, une femme. Je ne sais pas si on peut dire qu’elle est musclée ou tout simplement qu’elle est maigre, mais bon, je suis certain de la reconnaitre: il s’agit de Kathleen Cusick, la gagnante ici l’an passé et à Massanutten il y a deux mois. Après être partie plus lentement que moi là-bas, elle m’avait rejoint. On avait fait un bout à saute-moutons, puis elle m’avait définitivement botté le derrière autour du 26e mile. Je m’étais promis que si j’en avais la chance un jour, j’allais essayer de suivre une des meilleures femmes, question de voir comment elle gèrent leur course.

Je décide donc de demeurer avec elle. Par bouts, ce n’est pas facile, car je suis définitivement « en dedans ». Sur marathon, cette fille-là n’aurait aucune chance contre moi, mais bon, on n’est pas en marathon justement. Patience.

Ouais, évoluer avec une femme qui pète, qui rote et qui passe son temps à se vider le nez, mettons que ce n’est pas ce que j’appelle une expérience agréable. Et c’est plutôt déstabilisant. Disons que côté éructation, elle n’a rien à envier à mon chien ou à Barney des Simpson. Difficile de croire que cette machine à produire des bruits dégueux soit titulaire d’un doctorat en microbiologie. Et pourtant…

À Densmore Hill (mile 7.0), premier ravito qui est constitué d’une table et de cruches contenant de l’eau et du Tailwind (de quessé ?). Étant parti avec une bouteille à la main parce que je ne voulais pas solliciter encore plus mon kyste avec une veste et que le parcours le permettait, j’entreprends de refaire ma mixture de LG.

Pas évident. Après avoir empli la bouteille d’eau, je dois ouvrir le petit ziploc, puis verser la poudre de LG dans ladite bouteille. Hé bien, je n’avais pas prévu que la manipulation du ziploc soit si difficile… J’ai l’impression que ça prend une éternité avant qu’il finisse par finir d’ouvrir. Et pour le verser, j’aurais besoin de 3 mains. Bref, à partir de maintenant, je vais me contenter d’eau quand il n’y aura pas de bénévole pour m’aider.

Alors que le jour se lève tranquillement, ma découverte du Vermont 100 se poursuit. Et il est exactement comme c’était décrit sur le site web et dans les récits : ça monte, ça descend, ça monte, ça descend… Sur des chemins de terre la plupart du temps, dans des sentiers parfois. Je sais que plusieurs ultramarathoniens détestent, mais moi, j’adore.

Le jeu de saute-moutons entre les concurrents est bel et bien engagé. Il faut dire que le parcours s’y prête. Ainsi, certains (comme moi) préfèrent marcher les montées et aller plus vite sur le plat ou dans les descentes. Je trouve que ça me permet de varier l’effort que les jambes doivent fournir, sollicitant ainsi d’autres muscles. Par contre, certains coureurs (dont madame Cusick) gardent un rythme plus constant (entre deux rots), ce qui fait qu’ils vont plus vite en montée, mais sont plus lents le reste du temps. D’où le jeu de « je te dépasse, tu me dépasses, je te re-dépasse, tu me re-dépasses ».

Je garde toutefois l’œil sur madame Cusick, tâchant de la garder à une distance raisonnable à l’approche de Dunham Hill (mile 11.5). Mais il y a également d’autres femmes dans le portrait, ce qui complique ma stratégie. Dois-je me coller à Kathleen ou suivre les autres qui la dépassent ?

Je remarque que le rythme est assez rapide, malgré le fait que je sois toujours en mode « Woh les moteurs !». En effet, ma Garmin m’indique que je suis sous les deux heures après le passage au demi-marathon !  Je ne peux pas croire que ça va rester comme ça. Il est vrai que le temps demeure couvert et relativement frais (je dirais 18-19 degrés). Mais c’est très, très humide, ma camisole étant déjà détrempée. J’espère de tout cœur qu’on ne verra pas le soleil de la journée, car sinon, on va vivre un bel effet de serre…

Arrivée dans Taftsville, un petit village typique du Vermont. C’est tellement chouette, le Vermont… Je vous l’ai déjà dit ?  Ce village prend un grand total de deux minutes à traverser à la course, puis nous empruntons un joli pont couvert, pont qui semble faire la fierté du village. Au ravito (mile 15.4), le gentil bénévole à qui j’ai demandé de l’aide en arrache pour ouvrir mon petit ziploc. Ça me rassure un peu de le voir gosser comme ça, me disant que dans le fond, je ne suis pas si pire. Mais en même temps, va peut-être falloir que je revoie mon système…

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Le joli pont couvert de Taftsville

Mis à part ce petit village, je remarque une chose du parcours : il n’y a rien de remarquable, justement. Des routes de terre, des enchainements montées-descentes, des champs et des montagnes à perte de vue. Je ne peux vraiment pas dire que je déteste.

Sur le chemin menant à So. Pomfret (mile 17.6), je continue de me tenir à portée de Kathleen. Comme je la dépasse dans une descente, elle me lance un beau « Good morning ! ». Je lui réponds sur le même ton, sourire aux lèvres, m’attendant à un sourire de sa part. Sauf que son regard n’est pas dans ma direction, mais est plutôt dirigé vers le pré d’à côté où gambadent de superbes chevaux. Heu, c’était à moi qu’elle disait ça ou aux chevaux ?

Arrive bientôt Pretty House (mile 21.3), première station où les équipes de soutien ont accès. Mon père prend des photos et ma sœur m’accueille… avec des applaudissements et un merveilleux sourire.

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La « pretty house » en question. Vrai qu’elle est belle, non ?

Ouais, bon, c’est super gentil, mais j’ai une course à faire, moi là… « Du jus, du jus !!!» que je lâche, sur un ton un peu bête. Ma petite soeur se rend compte de ce qui se passe et me dit de lui laisser ma bouteille, elle va la remplir pendant que je vais me chercher à manger.

Le buffet offert est classique : patates bouillies, bananes, etc. Je pige un peu partout, puis reviens à mon équipe. Ma bouteille est dûment remplie de LG préparé d’avance. Ils me tiennent au courant de la progression des autres: Pierre est passé depuis une dizaine de minutes, Joan presque une demi-heure. Mon père m’avoue qu’il ne m’attendait pas si tôt. Le temps couvert et la température tolérable font que les miles passent plutôt bien. Espérons que ça continue comme ça.

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Première rencontre familiale de la journée

Au moment de quitter, je leur laisse ma frontale rendue inutile par le lever du soleil. Mais aussi, je regrette d’avoir été « direct » dans ma demande initiale. J’aurais pu être moins raide envers ma sœur qui a choisi de passer ses dernières journées de vacances à aider son frère à compléter un projet de fous. Enfin, je sais qu’elle ne m’en voudra pas. Dans 9 miles, quand je les reverrai, l’incident sera chose du passé. J’ai déjà hâte de les revoir, d’ailleurs.

En direction de U-Turn (mile 25.3), le parcours se durcit. Je continue de suivre Kathleen à distance, mais les enchainements de montées-descentes pas trop abruptes font qu’elle s’éloigne peu à peu.

Je m’encourage toutefois en constatant que je reprends du terrain sur un gars qui me semble pourtant rapide. Arrivé à sa hauteur, je reconnais… Simon ! Hé comment ça va ?  « J’ai des raideurs dans les jambes, c’est rough depuis un petit bout. Je pense que je vais prendre ça plus relaxe ». Ainsi, après avoir empli ma bouteille, je me retourne pour voir s’il me suit, mais il me dit de ne pas l’attendre. J’espère que ça se passera bien pour la suite des choses. Il ne semble pas très bien aller…

Dans le sentier qui suit, je rejoins ma cible, puis sur la route en descente menant à Stage Road (mile 30.3), je la distance. En fait, je crois que je la distance. La descente est longue, roulante, se fait super bien, ce qui fait que je me présente au ravito à vive allure. Mon père s’étonne encore, cette fois-ci de voir que j’ai franchi près de 50 kilomètres en moins de 5 heures. Ce n’est pas Massanutten, hein ?

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Je me présente à Stage Road. La « Dame en bleu » derrière, c’est Kathleen Cusick. J’ignorais qu’elle me suivait de si près…

À ce rythme, je vais faire sous les 16 heures !  Ça n’a tout simplement pas de sens, le parcours doit devenir plus difficile plus loin, sinon on va tous péter des scores ! Pendant que je réfléchis à voix haute, on nous annonce l’arrivée des premiers chevaux. De superbes bêtes, montées en style classique. N’empêche que ça fait bizarre. Après avoir partagé les sentiers avec les vélos de montagne au Vermont 50, c’est maintenant au tour des chevaux ici. Je suis certain que s’il existait une variante « hiver » de ces courses-là, on la ferait en compagnie de traineaux à chiens.

J’ai à peine pris une bouchée d’un sandwich dinde-fromage que je vois Kathleen repartir sous mes yeux. « Ha la tabar… ! ». Mon père part à rire et me dit de la laisser aller, qu’il n’y a rien qui presse. Tu ne comprends pas: je pensais bien avoir réussi à me donner un petit lousse avec elle, mais voilà qu’avec un ravito rapide, elle reprend tout le terrain qu’elle avait perdu sur moi. Pas moyen de prendre un petit break, dans cette foutue course-là !

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Hein, elle est déjà partie ?!?

Je pars donc à ses trousses, un peu découragé. Dans combien de temps vais-je me refaire botter le derrière ? Elle est vraiment forte.

Après un petit bout sur un chemin de terre, c’est la route 12 qui nous accueille. Elle est en asphalte et la circulation y est omniprésente. Pas l’endroit idéal pour courir, mettons. Je vois que Kathleen s’est arrêtée en haut d’une longue et douce montée pour… se refaire une beauté !

Hé oui, elle semble vouloir refaire sa coiffure, ce qui a l’air pour le moins complexe au profane du domaine que je suis. En fait, quand je passe à sa hauteur, elle est toute empêtrée dans ses cheveux qui, à première vue, semblent avoir la texture de la laine d’acier. Ho que ça a l’air compliqué mettre de l’ordre dans tout ça…

Il faut croire que ce n’était pas si pire, car nous arriverons ensemble au ravito bien nommé Route 12 (mile 33.3) et elle en repartira avant moi. Je ne la reverrai plus. Voilà, je viens de me faire botter le derrière. Encore.

Ok, le tiers de la course est passé, où en suis-je ?  Évidemment, je suis dans un bien meilleur état qu’au même endroit dans la course à Massanutten. Là-bas, je songeais déjà à abandonner, alors qu’aujourd’hui, il n’en est même pas question.

Ceci dit, sur le chemin menant à Camp 10 Bear, là où je reverrai mon équipe, un certain découragement commence à se faire sentir. Je parcours devient de plus en plus difficile, la température monte peu à peu. Je sais qu’il ne faut pas faire ça, mais je ne peux m’empêcher de songer à la distance qu’il me reste à franchir. J’ai ralenti, je le sais. Il y a des gens qui me dépassent, j’en rattrape peu. La définition du terme « montée » devient de plus en plus souple : je marche souvent.

Au passage de Lincoln Covered Bridge (mile 38.2), j’ai un petit regain, mais le moral a une tendance à la baisse. Peu après Lillians (mile 43.3), un gars me rejoint et décide de faire un bout avec moi… sans vraiment me consulter. On jase un peu. Il vient de la Floride. Ce qui veut dire que lui, l’humidité… Quand il me demande si j’ai un objectif, je lui réponds simplement : « Buckle ». Je n’ose pas dire tout haut que je vise sous les 20 heures. Il me répond que lui aussi, il veut le buckle (que chaque concurrent qui termine en moins de 24 heures recevra) car si on fait plus de 24 heures, on reçoit… un magnifique sous-verre.

Quoi, un sous-verre ?  Ha ben non, je ne me suis pas tapé ces années d’entrainement pour me retrouver avec un sous-verre !  Un paquet d’allumettes, tant qu’à faire ? Bah, au rythme auquel je suis parti, je pense que mes chances sont excellentes pour le buckle. Les 20 heures ?  Pas sûr, surtout si je continue à peiner.

« On devrait atteindre la mi-course en 8h30 » rajoute le gars. Hum, pas certain. J’espérais arriver à Camp 10 Bear (mile 47.0) en 8 heures, puis arriver à Pinky’s (mile 50.8) en 8h30, mais je sens que je dois rajuster mes objectifs à la baisse. 8h15 à Camp 10 Bear ?  Peut-être… si je finis par y arriver.

Puis, la route prend une tendance vers le bas. Ma Garmin me le confirme : Camp 10 Bear est proche. Je suis revigoré juste à l’idée de revoir mon Dream Team II. Leurs sourires, leur bonne humeur, ça va me faire du bien ! Quand j’y arrive, je découvre un méga-ravito. Des autos stationnées très serrées comme si on était au centre-ville, plusieurs gazebos de montés, de la bouffe en quantités industrielles. Wow !

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Premier passage à Camp 10 Bear

Première mission pour mon père : recoller la poignée de ma bouteille. Avec quoi ?  Ben mon rouleau de duct tape, bien évidemment !  On ne peut pas faire un ultra sans duct tape… « Pourquoi tu ne prends pas l’autre ? » demande ma sœur. Verdict : elle est trop petite… et je n’aime pas le bouchon qui fait du bruit. Je vais donc m’en servir seulement si j’en ai vraiment besoin, ce qui n’est pas le cas présentement.

Puis, c’est la pesée : 146.8 livres. Parfait !  Je me suis peut-être un peu déshydraté, mais vraiment pas grand-chose. J’ai bien sûr la permission de poursuivre.

À la bouffe, je reconnais la fille de Pierre (je ne sais plus si c’est Marion ou Alice, maudite mémoire…) et lui demande où est sa mère. Réponse : partie à l’hôpital avec sa nièce qui avait très mal à une oreille. Ho… C’est dont ben plate, ça…  J’espère que ce n’est rien de grave…

Avant de partir, coup d’œil autour : aucun indice de la présence de Dan Des Rosiers. Pourtant, ce n’est pas son genre d’être discret. Il est supposé être le capitaine du ravito, alors je m’attendais à l’entendre aboyer des ordres à gauche et à droite. Mais rien. Bizarre.

Ok, la boucle Camp 10 Bear maintenant. Boucle qui débute par une interminable montée. Des gars bien calés dans une auto me demandent si je veux quelque chose à manger. Non merci. Mais avez-vous de la bière ?

La blague est vielle comme le monde et pourtant, elle fait mouche. C’est ça Fred, continue avec le blagues au premier degré, c’est la meilleure façon pour que tu sois compris…

Après la montée, une longue descente, suivie d’une section relativement plate. Section que je trouve tout de même difficile car je dois tenir un rythme constant, n’ayant pas vraiment de raison de marcher.  Et mes jambes qui réclament un certain répit…

Ouais, je commence à avoir hâte d’être arrivé à la moitié, moi là. Selon mon GPS, c’est déjà fait, mais j’aimerais bien avoir une petite confirmation. Tiens, c’est peut-être la petite pancarte là, sur le bord du chemin. Je m’approche et y lis : « 50.5 miles, 49.5 miles to go ». Bon ben, j’ai passé la moitié, ça a l’air.

À Pinky’s (mile 50.8), le rose est à l’honneur (duh !) et le ravito n’est occupé que par des représentantes de la gente féminine, de tous les âges. Et fait étrange, tout le monde nous… remercie de courir. Hein, de quessé ?  Vous passez la journée à attendre des coureurs et c’est vous qui les remerciez ?  Heu…

Peu après Birminghams (mile 53.9), alors que je joue à saute-moutons avec quelques chevaux, je constate que mon soulier droit est en train de se délacer. Essaie de me pencher, impossible. Déjà qu’en temps normal, je suis souple comme une barre de fer, imaginez avec plus de 80 kilomètres dans les jambes… Bon ben, on va s’asseoir par terre. Niet, pas possible. Comment je pensais que je pourrais me relever, donc ? Je parviens à trouver une roche où je pourrai prendre la position assise pour la seule et unique fois de la course. À voir aller Pierre à Massanutten, je me demande si sa tactique n’est pas meilleure que la mienne.

Ce petit intermède me permet de me reposer un peu, mais ça ne change rien à un phénomène que j’ai remarqué depuis Camp 10 Bear : je n’avance plus. Pas que ça va mal, mais la fatigue se fait sentir. Et je commence à me demander si je ne suis pas allé en surcharge côté compétitions depuis un petit bout. Il s’agit tout de même de mon quatrième ultra en trois mois…

À Margaritaville (mile 58.5), que j’ai atteint après avoir eu l’impression de monter pendant des heures, ma sœur me le confirme : ils ont commencé à voir arriver des coureurs qu’ils n’avaient pas vus avant, preuve que je perds peu à peu du terrain.

Je leur explique que je vais bien, mais que j’ai ralenti, un peu comme à Bromont. Je leur demande donc d’être patients, mes passages risquent de s’espacer… « Pas de problème, prends tout ton temps, on est là pour ça. Voudrais-tu changer de t-shirt ? ». Pourquoi pas ?  J’avais prévu attendre le retour à Camp 10 Bear, mais à quoi bon ?  Je tends donc ma camisole complètement détrempée à ma sœur (ha, l’amour fraternel…)  et en enfile une toute propre. Ouais, pas trop déplaisant…

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Autre photo de famille à Margaritaville

C’est là que j’apprends que Pierre et Joan courent maintenant ensemble (on m’avait dit plus tôt que Joan n’était pas dans une bonne journée), environ une demi-heure devant moi. Hé bien, mon ami Pierre a décidé de faire un upgrade de partner, on dirait ! Avec Joan comme pacer personnel, il aura de bonnes chances de réussir un excellent temps.

Je repars, mais j’ai à peine franchi 300 ou 400 mètres que je me mords les doigts : j’ai oublié de réclamer mes Advil. Merde !

C’est que voyez-vous, un mal que je connais et reconnais très bien s’est installé dans ma cheville gauche. Il va et il vient, mais disons que depuis une heure ou deux, il se fait de plus en plus présent.  Ça sent les deux semaines de repos forcé après la course. Ajoutez à ça un genou gauche qui se plaint dans les descentes et on se retrouve avec un gars qui pense à soulager ses malaises artificiellement. À l’entrainement, je ne fais jamais ça, mais en course, ce n’est pas la même chose.

Le retour vers Camp 10 Bear se fait beaucoup mieux que l’aller, j’ai l’impression que la tendance est plus à la descente. Passent Puckerbrush (mile 61.6), puis Brown School House (mile 64.6) sans problème particulier. Prochain arrêt : le retour à Camp 10 Bear, au mile 69.4.

Léger embûche cependant. Le ciel, qui s’était passablement éclairci en début d’après-midi, me forçant parfois à prendre des petits détours pour courir à l’ombre, s’est ennuagé à nouveau. Et la menace n’est plus simplement une menace, ça va tomber. Reste à savoir quand.

Hé bien pour moi, ça se concrétise autour du 66e mile. J’entends le ciel se déchirer, je vois les éclairs tomber et finalement, le déluge qui s’abat. L’homme seul contre les éléments, le combat est inégal. Je me dis que courir sur un chemin de campagne durant un orage, ce n’est peut-être pas l’idée du siècle. Je devrais peut-être me trouver un abri…

Ben oui Chose, un abri… Tu veux trouver ça où ?  Il n’y a crissement rien autour. Il y a seulement des arbres, des champs et un chemin vallonné. Tu n’es tout de même pas pour aller te cacher sous un arbre !

Je poursuis donc, essayant de me rassurer en me disant que si la foudre tombe, ce sera certainement sur un arbre, pas sur moi. Puis, un orage étant ce qu’il est, tout s’arrête et le soleil reprend ses droits.

La boucle achève. Je croise des coureurs du 100 miles et me demande ce qu’ils peuvent bien foutre là… jusqu’à ce que je comprenne qu’ils commencent leur boucle, boucle qui m’a pris 4h40 à compléter. Je me sens envahi par une vague de découragement/sympathie. Ces gens-là commencent à peine leur boucle ? Ça va faire bientôt 13 heures que nous sommes partis et ils n’en sont pas encore rendus à la moitié ? Hou la la…

Après une longue montée, puis une toute aussi longue descente, Camp 10 Bear II est là. 50 kilomètres à faire.

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J’arrive à Camp 10 Bear pour la deuxième et dernière fois

Game on.

Ils ne pourraient être plus différents

J’avais prévu faire un mini-récit de l’après-Washington, mais bon, faute de temps, ça ne s’est pas concrétisé. Avec le recul, ça fait bien mon affaire pour la simple et bonne raison que je vais pouvoir en faire un sous forme de comparaison : The North Face Endurance Challenge versus Massanutten.

Hé bien, si on voulait résumer le tout en peu de mots (comme si j’étais capable de faire ça, duh !), je dirais simplement ceci : ces deux événements ne pourraient pas être plus différents. En fait, ils n’ont qu’une seule et unique chose en commun : ce sont des ultramarathons. Un point c’est tout.

Washington, c’était la grosse affaire, avec la machine The North Face toujours dans le portrait: kiosques promotionnels, animation, course des petits, des épreuves sur plusieurs distances et évidemment, la présence de Dean Karnazes. Il y avait même une section « bar » aménagée dans le parc où les coureurs pouvaient aller en boire une petite frette une fois la compétition terminée. Côté course, l’événement offrait un parcours peu technique, de type aller-retour présentant environ 4500 pieds de dénivelés avec plusieurs « boucles » à faire à certains endroits.

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La photo classique avec Dean, qui n’avait pas son sourire habituel. La raison ? Il avait piqué une plonge durant la course et était tombé sur les côtes. Il allait prendre le chemin de l’hôpital immédiatement après avoir pris la pose.

Massanutten, c’est la course en sentiers à sa plus simple expression. Aucun commanditaire affiché, il y avait une grande tente, 8 toilettes installées dans un champ et c’est à peu près tout. Une seule et unique épreuve : la course de 100 (103.7) miles. That’s it. Honnêtement, je me demande comment ils font pour faire leurs frais. Quant au parcours, il est très technique et présente environ 16200 pieds de dénivelés (j’ai lu 19000 à certains endroits) tout en réussissant l’exploit de ne presque jamais repasser deux fois au même endroit.

Bref, il ne pourrait pas y avoir un plus grand contraste entre deux épreuves. Et ça adonne bien, car elles ne s’adressent pas du tout à la même clientèle.

Personnellement, je ne retournerais pas à Washington, même si c’est une course très bien organisée et que j’y ai obtenu une 9e place totalement inattendue (je croyais que j’étais autour de la 20e position). Je la recommanderais à quelqu’un qui veut en faire son premier 50 km ou son premier 50 miles… et qui profiterait de l’occasion pour visiter la ville. Car c’est ce que nous avons fait et nous ne l’avons pas regretté. Washington est une ville chargée d’histoire et en plus, elle est superbe avec son cachet européen. C’est à voir au moins une fois dans sa vie. À ce temps de l’année, la température n’y est pas encore trop étouffante (sauf le jour de la course, bien évidemment) et si elle le devient, il y a tellement de musées tout aussi intéressants que gratuits qu’on peut y passer des jours et des jours.

78- selfie White House

L’inévitable selfie devant la Maison Blanche, le lendemain de la course.

Paradoxalement, ce qui fait la principale difficulté de la course, c’est sa relative facilité. En effet, les 15 derniers miles sont majoritairement sur le plat, ce qui force le coureur à appuyer, encore et toujours, un peu comme dans un marathon. Il faut tenir le coup, serrer les dents. Ce n’est pas évident de faire ça avec 75 kilomètres dans les jambes. Disons que c’est plutôt inhabituel dans le monde des ultras.

À l’inverse, Massanutten est le paradis du « cassage de rythme ». Les meilleurs ne sont pas seulement les plus rapides (ils le sont, bien évidemment), mais aussi les plus habiles, ce qui explique les écarts démentiels entre les concurrents. C’est une épreuve à la fois physique et mentale, la plus difficile que j’ai pu subir. Pierre me l’a d’ailleurs confirmé : c’est même plus difficile qu’à Virgil Crest, où il avait terminé en quatrième position en 2013.

Afin de se prémunir contre les « imposteurs », l’organisation impose des critères de « qualification », soit avoir couru au moins une course de 100 miles au cours des 3 dernières années ou bien avoir couru au moins un 50 miles ET un 50 kilomètres au cours des deux dernières années. Croyez-moi, ces critères sont vérifiés par le directeur de course. En effet, la veille du tirage, il m’a demandé le lien menant aux résultats du Bromont Ultra car il ne le trouvait pas sur UltraSignUp. Comme quoi, rien n’est laissé au hasard.

N’empêche, certaines personnes font de Massanutten leur premier 100 miles. À mon avis, ce n’est une bonne idée. Moi qui en étais à ma deuxième expérience sur la distance, j’en ai sérieusement arraché. Les ravitos ne sont pas nombreux (il y en 15, comparativement à 23 à Bromont et 29 au Vermont) et sont souvent très espacés, autant en distance qu’en temps. J’y ai commis des erreurs au niveau de l’alimentation et de la gestion de course. Sans mes expériences précédentes, je n’aurais peut-être pas réussi à m’en sortir, malgré la présence de mon partner.

La grande question maintenant : est-ce que je la referais ?  Comme tout bon ultramarathonien, avant même la mi-parcours, j’étais prêt à jurer qu’on n’y reprendrait plus. « Plus jamais ! » que je ne cessais de répéter. Et comme le disait si bien Pat, en ultra, « Plus jamais », ça veut souvent dire « À l’année prochaine ! ».

En fait, je ne sais pas si j’ai envie d’y retourner l’an prochain, mais je n’ai pas non plus le goût de laisser ça comme ça. Un peu comme à St-Donat la première fois, j’aimerais y vivre une expérience plus agréable. En sachant à quoi m’attendre, peut-être que ça irait mieux, qui sait ?

Disons que j’ai encore quelques mois pour y penser…

Anecdotes, avant et après Massanutten

Bière en Pennsylvanie

Vivre avec l’arthrite rhumatoïde, ce n’est pas évident. Vivre avec l’arthrite rhumatoïde ET avec un ultramarathonien, c’est encore moins évident. Non seulement on est accablé par des douleurs qui se présentent sous toutes formes, mais on doit vivre avec une fatigue inexplicable ET partager sa vie avec un fou qui est prêt à faire des heures et des heures de route pour aller prendre part à une course dont personne de sensé n’a jamais entendu parler dans le coin le plus reculé qui puisse exister sur cette terre.

C’est la réalité de ma douce moitié. Contrairement à bien des gens, les longs voyages en voiture peuvent la mettre à plat pour des jours et des jours. Pour cette raison, nous avons décidé de couper le voyage vers Luray, Virginie (petite ville située tout près du lieu de départ/arrivée du Massanutten) en deux. C’était ça ou bien elle ne pourrait pas faire partie de mon dream team. Disons que je n’ai pas eu à y penser longtemps.

Après quelques recherches pour trouver un hôtel qui acceptait les terreurs comme notre Charlotte, nous avons arrêté notre choix sur un hôtel de Bethlehem, en Pennsylvanie.

Nous sommes arrivés sur place sur l’heure du souper, alors j’ai proposé à Barbara qu’elle nous « installe » un peu dans la chambre pendant que j’irais chercher à souper à l’épicerie juste à côté. Avant de partir, je lui ai demandé : « Prendrais-tu une bière avec ça ? ». Sa réponse: «D’après toi ?». Après ça, le monde se demande ce que je peux lui trouver…  😉

J’en aurais pour 5 minutes, 10 max. Arrivé à l’épicerie, j’ai trouvé rapidement de quoi manger, mais pas de bière. Hum… Il sont où, les réfrigérateurs à bière ?  Après avoir parcouru l’épicerie dans tous les sens, j’ai dû me rendre à l’évidence : il n’y en avait pas. Que faire ?  J’avais promis de la bière, j’avais le goût d’une bière, j’aurais de la bière.

Je suis sorti et suis allé voir au Walmart à côté, au cas où. Niet. J’ai donc interrogé le GPS pour une autre épicerie. À 6 km, il y en avait une qui s’appelait « Friendly Food Market ». Si c’était si friendly, il y aurait de la bière, non ?

Bon, 6 kilomètres, c’était en ligne droite. J’ai dû reprendre l’autoroute, mais j’ai fini par trouver l’endroit: un véritable trou. En fait, c’était une insulte pour tous les autres trous que j’ai pu voir dans ma vie: un dépanneur hyper-miteux dont je n’oserais jamais manger la supposée friendly food. Mais bon, de la bière, c’est dans un contenant fermé, non ?  Aussitôt entré, aussitôt ressorti : pas de business à faire là. Je commençais à avoir des doutes : comment un dépanneur pouvait ne pas avoir de bière à vendre et réussir à survivre dans un tel état de délabrement ?

La pharmacie juste à côté, peut-être ?  Je n’y croyais plus trop, mais nous achetions notre houblon dans une pharmacie à Lake George, peut-être ici… Nope.

C’était maintenant une question de principes. Un peu comme le très tenace coyote qui ne veut plus vraiment manger le Road Runner, mais juste se prouver qu’il peut l’attraper, j’allais trouver de la bière. J’ai donc traversé le boulevard pour aller voir dans l’autre dépanneur, moins miteux, de l’autre côté de la rue.

Évidemment, rien à boire. Moi qui ne demande jamais d’aide, je l’ai fait à la jeune fille qui tenait la caisse. Sa réponse ?  Elle ne savait pas où on pouvait acheter de la bière parce qu’elle n’avait pas encore 21 ans et que donc, elle ne connaissait pas ces choses-là.

Hein ?  Elle avait au moins 19 ans et elle ne savait pas ça ?  À son âge, je savais ça, et depuis très longtemps !  C’est la base de la vie, non ?  Vrai qu’on était au pays des Amish et que ces gens ont réussi l’exploit d’élire (et de réélire !) Rick Santorum… En tout cas, elle m’a reféré aux gens qui travaillaient au comptoir à bouffe à l’arrière.

Je devais avoir l’air d’un foutu alcoolo de Québécois, avec l’accent et tout le kit. Mais je n’allais pas baisser les bras. La dame à l’arrière m’a dit qu’il y avait un endroit (comment ça, UN ?!?) qui s’appelait Pavlish, pas très loin. Je trouvais que ça commençait à faire prohibition et mafia, cette affaire-là.

Elle m’a écrit les indications sur un bout de papier. Tourne à gauche ici, 5 pâtés de maisons plus loin, tourne à droite sur telle rue, etc. Malgré le petit bout de papier, après 4 ou 5 indications, je me suis évidemment perdu.

Je tournais en rond, prêt à abandonner, quand je suis tombé sur l’endroit par hasard. Je m’attendais à un style Beer Store, comme en Ontario. Ou à un endroit illégal. Mais non, c’était un… garage !  Oui, ils vendaient de la bière dans un garage !  Je n’en revenais pas.

Je me suis stationné, question d’en avoir le cœur net. À l’intérieur dudit « garage », une surprise m’attendait : de la bière du plancher au plafond, de toutes les sortes : locales, importées, micro-brasseries. Deux employés, hyper-gentils, m’ont demandé s’ils pouvaient m’aider. Heu, avez-vous de la bière ?

Ben non, j’ai demandé s’ils en avaient de la froide. Là-dessus, le choix était plus limité : fallait que je me « contente » de bières américaines. J’ai vu une caisse de Corona dans la partie réfrigérée, alors j’ai poussé ma chance : vous n’auriez pas de la Heineken froide ?  Hé oui !  Le coyote avait finalement attrapé le Road Runner !

Pendant que je payais, une dame est entrée en voiture dans ledit « garage » et là j’ai compris : c’était un drive-thru. Les gens pouvaient entrer en voiture, faire charger le précieux liquide et repartir sans que personne ne les voit faire !  Un peu comme les sections fermées de films pour adultes dans nos défunts clubs vidéos (ça vaut la peine d’aller voir le petit vidéo sur le site).

Maintenant, je comprends pourquoi les fans des équipes professionnelles de la Pennsylvanie (Philadelphie et Pittsburgh) sont parmi les plus enragés de tout le sport : ils sont frustrés !  😉

Et pour la petite histoire, je n’ai pas oublié de ramener également à manger… 🙂

Le buckle

Dimanche 17 mai, autour de midi. J’ai terminé la course depuis environ 4 heures, j’ai fraternisé avec les boys, mangé un peu, puis j’ai pris le chemin du chalet, conduit par ma fidèle équipe de support.

En arrivant, mon estomac a (encore) retourné la marchandise, puis, me sentant mieux, j’ai pris une bonne douche (haaaa !!!) et un presque aussi bon bain. Et maintenant, je somnole, étendu dans le lit, laissant glisser l’air du ventilo de plafond sur ma peau. Cette fois-ci c’est vrai, cette foutue course est bel et bien terminée !

Pression à la vessie, je dois aller aux toilettes. Je m’y rends pas trop péniblement, je suis même surpris d’être en mesure de me déplacer presque normalement. Pendant que je m’exécute, je sens que je commence à être un tantinet engourdi. Ayant déjà fait des chutes de pression, je me dis que je devrais peut-être m’asseoir par terre…

« Reviens à moi mon chéri. Oui, c’est ça, reviens… ». C’est la douce voix de Barbara qui me tient dans ses bras, tout en me passant une débarbouillette d’eau froide sur le visage et la poitrine. Oups, j’ai vraiment perdu la carte… (Pour ceux que ça intéresserait, j’avais eu le temps de terminer ce que je faisais avant de quitter temporairement notre merveilleux monde)

Après avoir repris mes esprits et être retourné au lit, Barbara me dit, encore tout doucement : « Je pense que ce ne serait pas une bonne idée d’aller à la remise des prix ». Elle vient de se taper une nuit blanche pour moi, elle vient de me ramasser par terre dans la salle de bain, je ne suis pas pour argumenter. Ok, je n’irai pas. Ça me fait un peu chier, j’aurais beaucoup aimé y être pour voir Joan recevoir ses prix. Mais bon…

Un peu plus tard, en reprenant contact avec les boys via Face de Bouc, je les mets au courant de ma mésaventure. Ils se demandaient si j’allais bien, sont un peu rassurés d’avoir de mes nouvelles. Et Pierre d’ajouter : « On a oublié de prendre ton buckle, il faudrait peut-être que tu contactes le directeur de course ».

Hein, j’avais droit à un buckle ?!?

Pour les non-initiés, la boucle de ceinture, communément appelée buckle, est le prix ultime pour l’ultramarathonien ordinaire. Je sais, se taper 100 miles à pied pour un buckle, c’est un peu beaucoup ridicule. N’essayez pas de comprendre, c’est comme ça, un point c’est tout.

Habituellement, les organisations en donnent aux coureurs qui réussissent à faire le parcours en-dessous d’un certain temps. Pour la plupart, ce seuil se situe à 24 heures, comme pour proclamer qu’on a réussi à faire 100 miles en une journée. Pour certains c’est un peu moins, d’autres, un peu plus. Je me disais que pour Massanutten, la limite était peut-être 25 heures, 26 au mieux. Alors à 28h12, mon chien était mort, j’allais me contenter de ma casquette.

Erreur. Ils en donnent à tous ceux qui terminent. De couleur argent pour ceux qui font moins de 24 heures, de couleur bronze pour les autres. J’avais donc droit à un !

Lundi matin 8h, je prends donc la route pour aller sur le site de la course, au cas où j’y croiserais quelqu’un de l’organisation. Sur place, ne restent que le chapiteau et les toilettes. Aucune âme qui vive. En sortant, je croise un monsieur et j’apprends que l’organisation loue l’endroit pour la fin de semaine et que tout le monde a foutu le camp. Damn !  Je veux mon buckle, bon !

Je contacte le directeur de course par courriel. Il me répond assez rapidement qu’il ne vit pas dans la région, alors…

Je me mets en frais de retrouver où il vit. Il n’exagérait pas : il demeure à Frederick (je ne niaise pas !) dans le Maryland, à deux heures de route. Le gars est directeur d’une course qui se déroule à deux heures de chez lui !  Je capote un ti peu, moi là…

Petit calcul Google; ce serait un détour de 30 minutes sur le chemin du retour. C’est quoi, 30 minutes pour un buckle ?  Je lui en fais part, il me répond qu’il lui en reste justement un chez lui, qu’il va le laisser dans la boîte à lait (???) sur le bord de sa porte d’entrée si je veux passer sur le chemin du retour.

Hé bien, j’ai retrouvé sa maison (un fichue de belle) et effectivement, le buckle, MON buckle, était là, m’attendant sagement. Il est magnifique. Sans mauvais jeu de mots, la boucle était bouclée, nous pouvions retourner à la maison.

postMMT100

Pour ceux qui ne l’auraient pas déjà vue, photo des mes « trophées » rapportés de Massanutten: le buckle, la casquette « finisher » et en prime, 10 « black toes »

Massanutten, les 53.7 derniers miles… en équipe

Pierre avait son sourire si caractéristique, mais son visage était marqué par l’effort.

« J’ai bien pensé que tu n’étais pas loin. Martin était trop fort, je l’ai laissé partir. Moi, j’ai explosé. Tout ce que je pense maintenant, c’est que je veux juste finir. Pis toi, comment ça va ? »

Explosé, c’était exactement ça. J’avais explosé. On était à la même place. Alors quand il a suggéré qu’on fasse un bout ensemble pour se soutenir, j’ai sauté sur l’occasion. À deux, peut-être qu’on avancerait toujours au rythme du plus lent, mais on serait là pour s’encourager et peut-être que le plus lent, justement, le serait moins.

Avant de quitter, le bénévole nous donna ses conseils. « Profitez bien des 6 prochains kilomètres (oui, il a parlé en kilomètres !  Je ne sais pas si c’est parce que nous avions un accent…  ;-))  pour aller le plus vite que vous pourrez parce que c’est de la route et ça roule bien. Rendus à Habron Gap, mangez jusqu’à ce que votre ventre soit sur le bord d’exploser (tant qu’à être sur ce thème): la section suivante est très longue et très difficile. »

Encourageant, il n’y a pas à dire…

Détail que le gentil bénévole avait omis dans son équation : nous étions à bout. 11 heures à courir, marcher et grimper dans la chaleur et les roches, c’est dur. Pierre et moi étions d’accord : on allait courir relaxe sur les plats et les descentes, mais les montées se feraient à la marche. Et tout comme la mienne, la définition de Pierre du terme « montée » était prise au pied de la lettre : à partir de 1% de dénivelé positif, on appellerait ça une montée.

Ça ne nous a pas empêchés d’arriver à Habron Gap (mile 54.0) au bout du rouleau, ou presque. Mon dream team était là, nous attendant patiemment. J’ai senti une certaine inquiétude dans la voix et le regard de ma tendre moitié. Mon père non plus n’avait pas l’air rassuré par ce qu’il voyait. « On a explosé », ai-je dit simplement.

Mon père, ne comprenant pas trop ce que ça voulait dire, Barbara lui « traduisit » : nous avions frappé le mur. En fait, ce n’était pas vraiment ça. Le fameux « mur », ça arrive en marathon quand les réserves de glycogène sont vidées. Nous, nous avancions à peu près sur nos graisses depuis le départ, mais nous étions quand même fatigués. N’empêche, ça faisait image.

Malheureusement, à cause de la chaleur, je n’avais pas vraiment le goût de m’empiffrer pour la simple et bonne raison que je n’avais pas faim. Je m’entretenais aux gels et c’était à peu près tout. J’avais bien pris quelques bananes et quelques bidules ici et là, mais rien de vraiment consistant. Erreur…

Je me suis donc, un peu à contrecœur, emparé d’un sandwich gelée – beurre d’arachides que je me promettais d’avaler en avançant, dans un bout un peu plus lent (comme s’il y avait des bouts rapides, duh !).

Avant de partir, nous avons averti mon équipe: nous en aurions pour environ 3 heures pour couvrir les 9.8 miles nous séparant de Camp Roosevelt. « Je pense qu’on a le temps d’aller souper au chalet » proposa mon père. Ils avaient le temps en masse, je leur ai confirmé. Si je pouvais sauver de pénibles heures d’attente à mon équipe, je le ferais.

Lueur d’espoir pour la suite : de gros nuages noirs s’étaient amassés au-dessus de nos têtes. L’orage était imminent. Il serait très, très bienvenu.

Avoir de la compagnie, ce ne fut pas seulement un plaisir, ce fut une bénédiction.  Au début, j’avais peur de ralentir Pierre, sachant qu’il est plus rapide que moi. Plus rapide sur route (il est descendu sous les 3 heures à Toronto en mai 2014), meilleur dans le technique (il m’avait mis 20 pleines minutes dans le buffet à St-Donat en 2013). Si je l’avais devancé à Harricana, c’était parce qu’il s’y était momentanément perdu. À Bromont ?  Le petit drapeau mal placé lui avait perdre une vingtaine de minutes et le froid de la nuit avait terminé le travail.

Je lui ai fait part de mes « craintes », il les a repoussées du revers de la main. Je dirais que 95% du temps, c’était lui qui était devant et durant les premières heures, je lui ai répété à maintes reprises que s’il avait le goût d’y aller, de ne pas m’attendre. À chaque fois, il a refusé net. À la fin, j’ai cessé de le harceler avec ça, trop content qu’il soit là pour me montrer le chemin à suivre.

Chemin qui a croisé celui d’un serpent qui n’était pas trop rassurant pour des ignorants comme nous dans le domaine. Habitués que nous sommes aux petites couleuvres moumounes de notre coin de pays, celui-là faisait un bon mètre de longueur et possédait un diamètre qui était ma foi tout à fait respectable. Ayant déjà croisé un spécimen semblable durant une reconnaissance, je m’étais renseigné et bien qu’on retrouvait des serpents venimeux en Virginie, ils ne ressemblaient pas à ça. Mais bon, admettons que ce serpent-là était venimeux et qu’il ne savait pas qu’il n’aurait pas dû être là, on ferait quoi s’il nous mordait, hein ?  On lui dirait qu’il n’était pas supposé être là ?  La belle affaire.  Bref, nous l’avons laissé tranquille et n’avons pas lésiné pour déguerpir.

L’orage a commencé tout doucement pour se transformer ensuite en véritable déluge. Le sentier dans lequel nous devions grimper est devenu un ruisseau, ce qui faisait que nous avions parfois de l’eau aux chevilles, mais on s’en foutait : la pluie était tellement rafraichissante qu’on aurait accepté n’importe quoi. Ou presque.

Quant à la foudre ?  J’y ai pensé un peu, mais pas trop. Ça fait partie des risques. Mais le sol est tellement rocailleux que je doute que la foudre tombe souvent sur les arbres dans ces montagnes. Je m’imaginais juste Michel Morin annoncer aux nouvelles TVA que deux ingénieurs québécois avaient été frappés par la foudre en faisant un ultramarathon en Virginie. Puis j’entendais d’ici Pierre Lavoie, en entrevue exclusive du super bureau d’enquête, dire que les ultras, ce n’était pas bon, que c’était dangereux et patati et patata.

Je pense que j’ai trop d’imagination…

Toujours est-il que l’orage et la bonne compagnie ont fait que je n’ai pas vraiment vu passer cette section supposément infernale. Et quand nous sommes arrivés à Camp Roosevelt (mile 63.9), Barbara nous a fait remarquer que nous avions bien meilleure mine qu’à Habron Gap. Et effectivement, bien que la fatigue ne s’en allait pas, je me sentais beaucoup mieux. Toute idée d’abandonner m’avait maintenant… abandonné. Pour de bon, je l’espérais.

La pause à Camp Roosevelt fut de relativement longue durée, vu que Pierre, qui faisait la course dans la catégorie solo, devait fouiller dans son drop bag pour récupérer sa lampe ainsi que ses vêtements de rechange. Ça faisait bien mon affaire. J’en ai profité pour me reposer et aussi changer ma camisole pour un t-shirt léger, soit celui de Washington.

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Petite pause bienvenue à Camp Roosevelt. Pierre, en arrière-plan, récupère ses choses dans son drop bag.

Pierre s’est aussi amusé à se foutre de ma gueule, racontant à mon équipe que ma technique de « pipi sans arrêter » ne le rassurait pas tellement, vu qu’il était souvent (lire: toujours) devant et que bon, il ne savait jamais ce que je pouvais faire… Ce qui était bon signe, c’est justement que j’avais recommencé à uriner.

Bref, le moral était revenu quand nous avons quitté pour Gap Creek I (mile 69.6). Tous deux avions accepté le fait que la performance, fallait oublier ça, alors nous avancions sans nous presser. D’ailleurs, nous avons beaucoup discuté et ri de l’obsession du temps qu’on a quand on court sur route. Même en marathon, on s’en fait pour des mini-minutes perdues. En ultra ?  Une mauvaise passe peut nous coûter des heures !  On a bien rigolé quand je lui ai raconté mon « sprint » effréné à la fin du Marathon de New York alors que j’essayais de descendre sous les 3h10 (et que j’ai raté… par 8 secondes !). Non mais, on s’en câl…-tu de descendre sous les 3h10 ?!?

Une fois la nuit tombée, avancer rapidement était presque hors de question. Dans des sentiers hyper-techniques, courir relève souvent de l’exploit en plein jour, alors imaginez la nuit… Et comme pour me montrer qu’elle aussi était fatiguée, ma Garmin, après 16 heures de bons et loyaux services, rendit l’âme.

Nous sommes tout de même parvenus à Gap Creek sans trop de problèmes. En tout cas, pas à ce que je me souvienne… J’ai juste eu un petit moment de panique quand j’ai vu le chrono de ma montre n’avait pas démarré au départ. Puis je me suis dit que j’étais encore capable faire des petites soustractions en me basant sur l’heure. Des fois, quand  on est aussi longtemps dans le bois, le cerveau…

Sur place, autre remplissage de la part de mon équipe, fidèle au poste. On nous a appris que Joan était en quatrième position aux dernières nouvelles et bien, bien en avant de nous. Quant à Martin, il voguait en douzième position, une heure et demie devant. Wow, ils étaient en train de nous sortir des performances incroyables !  C’était dément. Nos amis brûlaient le parcours, j’étais très fier d’eux. Je ne pouvais attendre de les revoir à l’arrivée.

Comme je m’apprêtais à repartir, j’ai vu que Pierre était en grande conversation avec James Blanford, un récent vainqueur ici. Homme qui a la réputation d’être extrêmement taciturne, j’ai été surpris de le voir parler si facilement. Puis je me suis dit : a-t-il déjà terminé ?  Calv… !

« Are you done ? » que je lui ai demandé. « Yeah ! » a été sa réponse. Puis, avec un sourire, il a ajouté qu’il s’était blessé au tendon d’Achille et avait abandonné au 38e mile.

Ouf !  Avant qu’on quitte le ravito, il nous a glissé qu’il serait de l’Eastern States, en août. L’Eastern States ?   La Pennsylvanie, en août ?  Vraiment ? Ça va pas, non ?  En plus, ça prend un doctorat pour réussir à acheter de la bière dans cet état (histoire que je vous raconterai un de ces jours) !  Il nous a souhaité bonne chance en nous serrant la main. Cout’ donc, sympathique monsieur, quand même.

Direction Visitor Center (mile 78.1). La section débute (ho surprise !) par une longue montée. Et, fait particulier, c’est une montée que les coureurs doivent se taper deux fois, ce qui la rend si « célèbre » dans le milieu. Je ne sais pas pourquoi, je m’étais toujours imaginé qu’elle se faisait sur la route. Hé non. Après quelques hectomètres sur un chemin de quads assez large qui nous permettait de la faire côte à côte, c’était le retour en single track… et dans la roche.

Dans le single track, je pouvais apercevoir deux lampes frontales en contre-bas qui semblaient grimper très rapidement. J’étais certain que c’était Brian Rusiecki et son pacer.

« Pierre, je pense qu’on va se faire lapper.. .»

Finalement, non, ce n’était pas lui. Nous sommes parvenus aux fameuses assiettes à tarte (des assiettes à tarte jaunes, avez-vous déjà vu ça ?). L’une indiquait à ceux qui avaient parcouru 70.9 miles de tourner à gauche. Pour ceux qui avaient fait 98.1 miles, c’était tout droit. Nous avons évidemment pris la gauche, mais j’avais foutrement hâte de repasser là…

Un peu plus loin, sur la crête de la montagne, un gars est arrivé derrière et s’est mis à nous suivre. Je lui ai offert le passage à quelques reprises, mais non, il préférait suivre le guide. C’était une section hyper-rocailleuse, ça en était presque ridicule. À un moment donné, je n’ai pas pu m’empêcher de dire que ce n’était pas un sentier. Non mais c’est vrai : si je ne peux y amener mon chien pour une promenade, ce n’est pas un sentier. C’est… un foutu paquet de roches, un point c’est tout !

Le nombre de fois où je me suis enfargé… La fatigue aidant (bah, pas besoin de fatigue pour ça, mais bon), j’alignais les combinaisons de mots religieux à une fréquence pour le moins appréciable. Au bout d’un certain temps, pour blaguer, j’ai cru bon de préciser à notre compagnon : « That’s swearing ». Sa réponse ?  « Yeah, I figured it out ». Comme quoi jurer, c’est un langage universel !  🙂

Vu que c’était technique, Pierre me distançait régulièrement et à un moment donné, dans une descente, j’ai raté un virage et me suis retrouvé devant… rien. Heu…

« Pierre !  T’es où ? »

« Fred ?  Ça va ? »

Sa voix venait de plus haut. Notre poursuivant, qui ne s’était pas enfoncé dans le bois, en a profité pour me dépasser et se diriger vers mon ami. Pour ma part, j’ai dû escalader le bout que j’avais fait en trop pour retrouver le « sentier ».  C’est quoi cette manie que j’ai de me perdre alors que je n’avance pas ?

Soulagé de m’être débarrassé de ce parasite, c’est dans la bonne humeur que ce qui nous séparait de Visitor Center a été franchi. En dépassant un gars, je lui ai demandé si ça allait (parce que forcément, si un gars va moins vite que moi, il a des problèmes), il m’a simplement répondu que ses quads étaient trashés. Il allait finir en marchant, considérant qu’il avait encore pas mal de temps avant la coupure.

« I have plenty of time, right ? » s’inquiéta-t-il tout de même.

«Yeah, you have plenty. Good luck, buddy !».

Ha Visitor Center… À la lecture des récits, je m’imaginais une belle grande bâtisse propre et moderne avec des kiosques pour choisir des cartes des sentiers, des préposés pour renseigner les visiteurs, des cartes postales qu’on pourrait acheter. Lors de ma reconnaissance vendredi, c’est sur une vieille bicoque semi-abandonnée sur laquelle je suis tombé. Elle était fermée et semblait l’être depuis belle lurette. Il y avait bien quelques tables à pique-nique et des bancs pour s’asseoir, mais tout ça criait pour une couche de peinture et le gazon n’avait pas été coupé depuis… je n’ose dire quand.

Bref, ça faisait dur et j’étais content de passer là en pleine nuit pour m’éviter un tel spectacle. Toujours présente, Barbara m’attendait vêtue de bottes en caoutchouc et portait maintenant un buff sur la tête. Tout sourire, elle avait encore et toujours tout ce dont je pouvais avoir besoin. Quant à mon père, il était parti trouver Picnic Area, la station supposément située tout près que nous n’avons jamais réussi à trouver… même en plein jour. Il est revenu à temps pour nous voir repartir.

3.5 petits miles avant Bird Knob (mile 81.6). Petite étape facile, non ?

Maudit que je peux faire dur ! Quand est-ce que je vais apprendre ? Il n’y a jamais rien de facile à Massanutten. Jamais.

En fait, c’est un nouvel ennemi que je devais maintenant combattre : le sommeil. Je m’endormais de plus en plus, malgré toute la caféine absorbée à travers les gels ou le Mountain Dew aux ravitos. Un petit chocolat à la caféine avait fait son effet en quittant Visitor Center, mais ça n’avait pas duré. J’avais gobé une des pilules de caféine que m’avait fournies Gary Knipling, mais sans résultat.

Faisant part de mon état à Pierre, il m’a dit qu’il fallait qu’on parle plus pour se tenir éveillés. Pas qu’on s’était vraiment tus depuis Indian Grave… Car c’est fou à quel point on peut échanger quand on passe des heures et des heures avec quelqu’un. Nous avons abordé un paquet de sujets, sur le sport, le travail, la vie en général. Je connaissais le camarade de course toujours souriant, j’ai appris à connaitre l’homme. Ces échanges que nous avons eus seront, et de très loin, mes meilleurs souvenirs de ce Massanutten.

Toujours est-il que j’étais en mode zombie quand nous sommes arrivés à Bird Knob, un immense ravito constitué d’une table et d’un petit chapiteau et occupé par un grand total de 3 bénévoles. Personne d’autre en vue, la station n’étant pas accessible aux équipes de support.

J’avais remarqué que Pierre s’assoyait à chaque ravito. Pas longtemps, mais il le faisait à chaque fois. Ça faisait presque 24 heures que j’étais réveillé, je venais de passer les 21 dernières debout. Peut-être qu’une chaise me ferait du bien après tout…

“Beware of the chair” qu’ils disent. J’y serais bien demeuré encore des heures, mais Pierre était prêt à repartir. Coup de pied virtuel au derrière et je le suivais dans le sentier.

Les 6.4 miles avant de rejoindre Picnic Area (mile 87.9) furent interminables. J’avais des hauts et des bas, mais plus souvent qu’autrement, j’étais dans le creux de la vague. Par bouts, je dormais littéralement en marchant. J’essayais de parler, mais ça me demandait un effort de concentration hors normes. Sans la présence de mon partner, je crois bien que je me serais étendu quelque part sur une roche.

J’étais dans le plus creux des creux à Picinic Area. Complètement épuisé, j’avais peine à avancer. Me voyant, Barbara s’est précipitée sur moi pour m’annoncer la mauvaise nouvelle : Martin avait abandonné, trahi par un genou.

L’idée de le rejoindre ne m’a pas que traversé l’esprit, je la considérais très sérieusement. Mais merde, je n’étais pas blessé, j’étais juste fatigué. Très fatigué.

Lisant dans mes pensées, Barbara me dit gentiment : « Si tu veux abandonner, c’est correct, tu sais». Je pense lui avoir répondu que je ne savais pas si j’abandonnerais, mais je ne me voyais vraiment pas repartir. La dernière étape de 6.7 miles ne me faisait pas peur, mais celle de 8.9 qui la précédait, je la voyais comme le mont Everest. Impossible pour moi de seulement la considérer à ce moment-là.

Martin était assis sur le bord du feu, enroulé dans une couverture que Barbara lui avait fournie. Il avait les yeux du gars serein avec sa décision. Je l’enviais un peu, je dois avouer. Barbara m’amena un café, mais je cognais tellement des clous qu’elle devait m’aider à le tenir pour éviter que je le renverse sur moi (avec le recul, ça m’aurait peut-être réveillé…).

Je ne bois jamais de café, je déteste le goût. Je me suis tout de même forcé à en prendre quelques gorgées. Rien à faire, c’était trop mauvais (on m’a ensuite dit qu’il était très fort; comment je peux savoir ça, moi ?). « Il vous reste juste 24 kilomètres » a dit Martin à Pierre qui était venu aux nouvelles.

24 kilomètres. Ce n’était rien et pourtant, c’était trop. Beaucoup trop. Je ne pouvais pas repartir. Je devais dormir. « Un petit 15 » comme on dit. Ça avait marché pour Joan à Bromont, ça avait déjà sauvé une journée en installation suite à une soirée légèrement (hum hum) arrosée, ça me prenait ça, ici et maintenant.

Un lit de fortune avait été aménagé, avec des couvertures et tout le kit. Il était libre et n’attendait que moi. Avant de m’étendre, j’ai confirmé à Pierre que nos chemins se quittaient ici, que je ne pouvais plus avancer. Je lui ai donné l’accolade, l’ai remercié pour tout ce qu’il avait fait pour moi. Puis, je me suis étendu, demandant qu’on me réveille 15 minutes plus tard. Un bénévole m’a bordé, comme on le fait avec un enfant. La dévotion des bénévoles dans les ultras dépassera toujours l’entendement…

C’est alors qu’un phénomène bizarre s’est produit. Tourbillon d’idées dans ma tête. L’effet du café peut-être ?  J’entendais la musique, le bruit. Il y avait beaucoup d’activité sur place. 15 secondes, je ne dormais pas. 30 secondes, je ne dormais toujours pas. Je faisais quoi ? Je repartais ou j’essayais de dormir ?

La voix de Pierre est parvenue à mes oreilles. Il était toujours là ! C’était ma chance, je devais la saisir. Là, tout de suite. 2 secondes plus tard, j’étais assis sur le lit et je clamais haut et fort que je repartais.

Pierre m’a sorti son plus merveilleux des sourires. « T’as changé d’idée ?  Tu viens avec moi ? ». Oui monsieur, pis de la marde si je me plante.

Mon dream team n’était pas trop rassuré de me voir retourner ainsi dans l’obscurité. Pas certain qu’ils m’auraient laissé repartir si j’avais été seul. Une chance que ma mère n’était pas là… C’est à ce moment que je me suis rendu compte de l’utilité que pouvait avoir un pacer dans de telles circonstances : assurer la sécurité du coureur. Là, j’aurais Pierre avec moi, je serais correct.

En partant, nous avons pris la résolution de parler, parler, encore parler. Je me suis donc mis à lui raconter plein de choses un peu plus personnelles (mais pas trop là, fallait pas qu’il s’endorme non plus !). Le café faisait effet, nous avancions bien. Mais bon, le café, c’est dur pour l’estomac et… vous devinez le reste.

Sans vraiment avertir, il y a eu retour d’ascenseur. Arrêtés moins d’une minute, nous sommes repartis, Pierre étant un peu étonné de me voir reprendre aussi rapidement. Puis vint la deuxième « attaque ». Et la brève perte de contact avec la réalité.

Retour au temps présent…

Maintenant, je ne soupçonne plus seulement le café, mais toute mon alimentation depuis le début de la course. Les gels, c’est sucré. Et le GU Brew, c’est acide. À la longue… On le sait, c’est toujours le système digestif qui lâche le premier. C’est ce qui est en train de se produire pour moi. Cool, hein ?

L’effet de réveil de ces « vidanges » ne durera évidemment pas. On dit que lorsque le soleil se lève, on a un regain d’énergie et l’envie de dormir s’en va. Mais quand est-ce qu’il va se lever, votre foutu soleil ?

Décidant de risquer, j’avale un gel bourré de caféine. Quelques centaines de mètres plus loin, il ressort. Même chose avec le GU Brew un peu plus tard. Et comble de bonheur, les efforts que je déploie pour faire sortir les surplus ont des répercussions jusque dans la balle de golf qui a poussé entre mes fesses durant la première partie de la course. Hé oui, mon derrière aurait besoin d’être sauvé !  C’est la joie. (Et pour ceux qui se poseraient la question, non, ça ne faisait pas partie des sujets un peu plus « personnels » que nous avons abordés !)

En fait, je n’ai pas vraiment de douleur à ce niveau, heureusement  (pour votre info, je n’ai pas eu pas à utiliser le petit cadeau de Knipling, soit la révision H d’un onguent très connu). Mais je dois me résigner à ne plus boire ni manger jusqu’à Gap Creek II (mile 96.8). Je ferai une couple d’entorses à cette règle, prenant des mini-gorgées pour demeurer le moindrement hydraté, mais sans plus. Vivement le dernier ravito pour boire de l’eau !

Finalement, peu de temps avant d’aboutir sur un chemin de terre, il commence à faire clair. C’est vrai que le corps répond mieux dans de telles conditions. Nous courons donc côte à côte, espérant apercevoir le ravito à tout moment.

« Là-bas Pierre, il y a une madame qui nous fait des grands signes ! On est proches ! ». Petit problème cependant : mon ami ne la voit pas.  Et comme nous approchons, elle s’évapore. Hallucination. Ha ben, elle est bonne celle-là !

« Là, sur la gauche, un gazébo !  C’est la station ! ». Trop gentil pour me dire que j’ai encore une hallucination, mon coéquipier se contente de me répondre qu’il ne voit pas ça non plus. Finalement, c’était un méchant bosquet d’arbres qui avait décidé de me jouer un mauvais tour. Ha le vilain !

Au loin, une voiture. « Je vois un char, Pierre. Tu ne vas pas me dire que j’hallucine un char !?!  C’est une Volvo, elle est noire ! »  Cette fois-ci, nous hallucinons la même chose. Enfin, le dernier ravito !

Sur place, Barbara m’attend avec un gallon de GU Brew préparé d’avance. Je la mets au courant de mes malheurs : le GU Brew, c’est fini. Tout comme les gels. Je vide mon sac par terre et le fais remplir d’eau. J’essaie de la rassurer en même temps : j’ai eu une très mauvaise passe, mais ça va mieux. Il va falloir que le directeur de course me passe sur le corps avec un bulldozer s’il veut m’empêcher de terminer.

Parlant de lui, Kevin est justement en train de jaser avec Pierre. Ils semblent avoir un running gag entre eux depuis qu’ils se connaissent, soit depuis… vendredi soir finalement.  Si ma mémoire m’est fidèle, il le surnomme « Master », mais je ne sais pas pourquoi. Il quitte le ravito en nous interdisant de prendre plus d’une heure et demie pour faire le reste du parcours.

Une heure et demie ?  Il est fou ou quoi ?  Ça va nous prendre deux heures, minimum !  Est-ce qu’il sait que cette dernière section commence par une maudite montée qui ne finit pas ?

Après avoir dit un dernier bonjour à un Martin souriant et somnolant qui a pris place dans notre RAV4 pour retourner au départ/arrivée, je me mets en frais de me trouver un surnom pour compléter celui de « Master » qu’on a affublé à Pierre. Je suggère « Vomit Man ». Ou pourquoi pas: « The Puker » ?  Il la trouve très drôle et ne semble pas revenir que j’aie réussi à remonter la pente à ce point. Moi non plus, d’ailleurs…

Allez, une dernière côte. On la monte à un rythme raisonnable pour se retrouver aux assiettes à tarte. En fait, à l’assiette à tarte, parce que celle du virage à gauche a été enlevée. Ok, plus qu’une petite descente, puis ce sera le chemin de terre du début qui nous ramènera au point de départ.

« Ils vont nous avoir tenus jusqu’au bout, hein ? ». Commentaire de Pierre dans la « petite » descente. Des roches, encore et toujours des roches. Mes pieds que je sens rendus au vif n’en peuvent plus de freiner.

Finalement, le chemin. Extase. Un coureur est là, le regard dans le vide. Qu’est-ce qui se passe ?

Il n’est pas certain de quel côté aller et il ne veut pas faire un seul pas de trop. Voyant que le ruban a été installé du côté droit à la sortie du sentier, j’en viens à la déduction qu’il faut aller à droite. En plus, ça descend de ce côté et c’est supposé descendre jusqu’à l’arrivée, non ?

Les deux Québécois ne faisons ni une, ni deux, et partons vers la droite. Quelques centaines de mètres plus loin, un ruban jaune nous le confirme : nous sommes dans la bonne direction. L’odeur de l’arrivée nous a revigorés (la pente descendante ne nuit certainement pas), nous courons à pleines jambes. 6 kilomètres. C’est fini.

En point de mire, un autre coureur et son pacer. Nous fonçons sur lui, il n’a aucune chance. Il nous félicite au passage. Une autre position de gagnée.

Je tiens le coup, tant bien que mal. Puis Pierre laisse glisser : « On n’a pas vu la pancarte des 100 miles …».

Ha non, ce n’est pas vrai !  Je ne veux pas voir cette foutue pancarte-là !  Depuis un petit bout, j’espère que nous sommes en-dessous des 6 kilomètres. Il en reste quoi, deux ?  Trois peut-être ? S’il fallait que nous croisions cette maudite pancarte pour ramener la distance restante à 6 kilomètres, je pense que je me mettrais à brailler drette là.

Devant, une autre « victime ». Celle-là marche péniblement. Autre position de gagnée, une troisième depuis que nous avons rejoint la route. Mais mon attention n’est orientée que vers une seule chose : le changement de surface. Quand on sera sur l’asphalte, on sera près. À chaque petit pont, je crois que ça y est. Mais non, il y en a encore et encore. Nous pensions bien que rendus à la montagne, nous aurions à tourner. Négatif, on doit la contourner. Ça vas-tu finir ?

Finalement, l’asphalte. Puis, une indication pour entrer dans le camping. Nous sommes tous près. Il fallait tout de même une dernière montée… Pierre la ferait bien à la course, mais je lui signifie que je n’en peux plus, je vais la marcher. Il m’attend et c’est ensemble que nous reprenons, à la course.

« Je ne sais pas pourquoi, je deviens toujours émotif dans les fins de course ». J’ai peut-être le cœur tendre, mais mon ami l’a encore plus, je crois. Il gardera toutefois sa contenance. Après 17 heures passées ensemble, des liens se sont tissés entre nous et il aurait bien pu se laisser aller. En tout cas, moi je n’aurais eu aucune gêne à le faire.

Nous traversons un petit pont de bois, puis le voilà enfin : le grand champ. Il fallait le courir, nous le faisons sans la moindre hésitation. Je tends la main à mon compagnon, mon coéquipier. Il m’a littéralement tiré jusqu’ici. Je ne sais pas comment je pourrai un jour le remercier.

Joan s’est emparé du micro pour annoncer notre arrivée en français. Puis Kevin prend la relève avec un porte-voix, annonçant le « French Canadian Duo ». Il nous accueillera alors que nous traversons la ligne ensemble.

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L’arrivée du « French Canadian Duo »

Ça faisait 28 heures, 12 minutes et 36 secondes que nous étions partis…

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Avec Kevin Sayers, le directeur de course

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C’est fini, mon amour. Merci pour tout…

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Joan, great job pour ta super 3e place ! You rock !!! Mais dis-moi, me trouverais-tu dégoûtant par hasard ? 😉

 

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Ha ben non, tu veux me prendre dans tes bras maintenant ! 🙂

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Les quatre mousquetaires québécois. De gauche à droite: Pierre, moi, Joan et Martin. Qui est-ce qui a l’air le plus brûlé ?

Massanutten, le calvaire solitaire des 50 premiers miles

Ha ce que je peux être bien !  Couché dans le lit douillet du chalet que nous avons loué, notre petite Charlotte blottie contre mes jambes, Barbara qui dort à poings fermés. Repose-toi mon amour, tu le mérites tellement, après une autre nuit passée à me suivre, à me soutenir. Ce maudit Massanutten à la noix, il est enfin derrière moi, derrière nous !  Mais je l’ai tellement vécu intensément que j’en ai encore des flashbacks alors que je suis ici, dans notre lit. Je pense bien que je vais en avoir longtemps, de ces flashbacks…

« Fred, Fred, ça va ?  Tu vas t’en sortir ?»

J’ouvre peu à peu les yeux. Je reconnais la voix de Pierre, qui m’est maintenant si familière et si rassurante. Ma frontale éclaire les 7-8 dernières gorgées de GU Brew qui jonchent maintenant sur le sol parce mon estomac a tout simplement décidé de retourner la marchandise.

Merde, cette foutue course n’est pas terminée. Nous venons de quitter la station Picnic Area (mile 87.9) et j’ai réussi l’exploit de me vomir les tripes pour la deuxième fois depuis.

« Oui, ça va mieux. Ça a fait du bien de faire sortir le méchant et ça me réveille. Mais tu ne me croiras pas : je me suis endormi après avoir dégueulé ! ». En fait, je me demande si je n’ai tout simplement pas perdu connaissance. En tout cas, j’ai perdu la carte l’espace de quelques instants, c’est certain.

Retour en arrière, quelque 23 heures auparavant.

Le départ s’est somme toute bien passé. Nous sommes partis ensemble, les 4 mousquetaires québécois, à l’assaut du diabolique Massanutten, probablement la course de 100 miles la plus difficile de l’est du continent (le Barkley, ce n’est pas dans l’est, bon !). Rapidement, Joan nous a laissés, Pierre, Martin et moi, pour aller rejoindre ses comparses extraterrestres à l’avant du peloton.

Sur le chemin de terre menant aux premiers sentiers, la bonne humeur régnait dans notre petite troupe. Toutefois, trouvant le rythme légèrement rapide pour cette longue course, j’ai pris la (que j’ai supposée sage) décision de laisser aller mes deux autres compagnons et de marcher dans les montées. Cette stratégie avait été payante sur le long terme lors de mon premier 100 miles, je me disais qu’elle le serait encore une fois ici.

Au premier ravito (Moreland Gap, mile 4.1), deux bénévoles, une table et des cruches d’eau nous attendaient. Point à la ligne. « Vous n’avez pas de verres ? ». Nope. Qu’à cela ne tienne, je me suis accroupi, ai ouvert grand la bouche et l’ai pointée à la bénévole ayant l’air de dire : « Vide ton pichet d’eau là-dedans ».

« Are you serious ? ». You bet I am. Vide !  Elle s’est donc exécutée, au grand plaisir de l’autre bénévole. Je voulais de l’eau, vous en aviez, on pouvait faire de la business. C’est ce qu’on a fait !

En route vers Edinburg Gap (mile 12.1) où mon père allait m’attendre patiemment, je me suis surpris à m’amuser dans le sentier. Et c’est là-dedans que j’ai commis l’ultime sacrilège en me disant : « C’est ça vos fameuses roches ?  Bof… ». Présentement, les mains sur les genoux, tentant de reprendre mon souffle alors qu’un filet de bave coule encore de mes lèvres, je me demande si je n’ai pas été victime d’une indigestion de roches…

« Joan est passé il y a à peu près 15 minutes de ça. Martin et Pierre 5 minutes, pas plus. Ils m’ont dit que tu étais plus sage qu’eux ».  Ouais. Sage ou… je n’avais juste pas le choix ?  Car dès ce moment, je sentais, je savais que je n’étais pas dans un grand jour. Le contraire m’aurait étonné, avec la chaleur annoncée. Donc, exit la perf à la Philadelphie 2012 ou Bromont 2014. Washington il y a seulement 4 semaines de cela ?  Pas sûr… Déjà, je sentais que j’étais en retard sur les temps de passage prévus. Ce n’est jamais bon signe, les retards.

Principe universel ou presque à Massanutten : une station d’aide est toujours située dans un creux. On descend ?  La station s’en vient. Et qu’est-ce qu’il y a après ?  Une montée. Il faut se faire à l’idée. En fait, on dirait qu’il y a bien des affaires dont il fallait se faire à l’idée ici. Dont la chaleur et… les maudites roches.

J’aurais toutefois eu tort de m’en plaindre en me rendant à Woodstock Tower (mile 20.3), car après une longue montée, un sentier somme toute praticable nous amenait à courir sur la crête de la montagne, nous donnant plusieurs points de vue splendides sur les alentours, points de vue qui auraient certainement été plus intéressants si le matin n’avait pas été si humide… et s’il n’y avait pas eu ce qui me semblait être une douzaine de mouches à chevreuil qui bourdonnaient autour de moi.

C’était l’enfer. Pour moi, mouche à chevreuil égale chaleur. C’est vrai, on dirait que je n’en ai autour de moi seulement quand il fait chaud.  Est-ce à dire que c’est lorsque je dégage des odeurs particulières que ces bestioles semblent me confondre avec un cervidé ?  Pourtant, on est en Virginie, non ?  Les mouches devraient savoir à quoi ressemble un cerf de Virginie,  il me semble !  Enfin…

J’ai eu plusieurs pensées pour Joan dans cette section. Le pauvre, il avait dû se la faire à la marche l’an passé, terrassé par la maladie. Marcher dans un sentier qui se court, ça doit être très dur sur le moral, surtout pour un coureur de sa trempe. Faire 12 heures de route pour marcher ici ? Shit…

Fatigué par un coureur qui me collait aux fesses, j’ai pris une pause pour resserrer mes souliers. Passa une première femme, puis une deuxième, accompagnée d’un homme. J’étais seul avec mes mouches quand j’ai repris mon chemin, mais par un miracle quelconque, j’ai fini par rejoindre la seconde femme.

Elle semblait peiner, mais s’entêtait de continuer à courir coûte que coûte, même dans les montées les plus rocailleuses. Rendu sur ses talons, ça m’a brûlé les lèvres de lui conseiller de marcher dans les montées, que ça n’allait pas plus vite de « courir » comme elle le faisait. Mais j’ai décidé de m’abstenir, peut-être savait-elle ce qu’elle faisait. Mais ça semblait tellement laborieux, son affaire…

N’osant pas lui demander le passage, de peur de me retrouver dans une section très technique où elle me recollerait, je suis demeuré à ma position. Loin derrière, la voix d’une autre femme. Plus elle s’approchait, plus je devinais qui en était la propriétaire. C’était Amy Risiecki, j’en aurais mis ma main au feu.

Rendue assez proche, je l’entendais parler de ses courses, de son mari (Brian, l’éventuel vainqueur). Je me suis retourné, c’était bien elle. Elle racontait maintenant à qui voulait bien l’entendre (et même à ceux qui n’auraient pas voulu) qu’elle faisait cette course-là juste pour le plaisir parce qu’elle avait les championnats du monde de course en sentiers bientôt. Mais elle ne pouvait décemment pas ne pas faire Massanutten. Ben oui Chose, un 100 miles juste pour le plaisir. Tu me prends pour une valise ?  Est-ce que j’ai des petites roulettes sur le ventre, moi là ?  Une tite poignée dans le dos ?  Non mais…

C’est qu’elle souffre d’incontinence buccale, cette fille-là !  Pas moyen de lui clore le clapet.  À moins qu’elle souffre d’une malformation et que ça ne puisse pas rester en position fermée ?

Toujours est-il que lorsqu’elle s’est rendue compte qu’une femme me précédait, elle n’a même pas pris le moindre temps d’arrêt dans le débit effréné de ses paroles pour demander : « Kathleen, are you all right ? ». L’autre de lui répondre « I sprained my ankle really bad, not sure if I’ll be able to continue. ».

Kathleen ?  Comme dans Kathleen Cusick ?  Gagnante de multiples ultras, dont le Vermont 100 ?  Et moi qui voulais lui montrer comment courir…

« I’m sure you’re gonna kick my ass, as usual. »

Moi, si elle pouvait juste lui fermer la gueule, je n’en demanderais pas plus…

À Woodstock Tower, une jolie jeune femme était assise, un sac de glace sur le genou. Voyant cela et poussée par une envie irrésistible de faire la course juste pour le plaisir, Amy ne s’est pas attardée et a repris les sentiers. La sachant plus lente que moi sur la route (elle court Boston en 3h25 environ et ne m’a jamais devancé lors d’un marathon), je me disais que la suivre serait peut-être une bonne idée. Et avec un peu de chance, elle pourrait peut-être poursuivre en silence ?

Je peux dire que je ne me suis pas ennuyé. Malgré une carrure pour le moins imposante pour une coureuse, Amy a avalé la section suivante avec une régularité à couper le souffle. Elle marchait les montées et, contrairement à la majorité des gens, le faisait avec les mains sur les reins. Hummm…  Habituellement, quand je vois quelqu’un qui monte avec les mains sur les reins, je prends ça comme un signe de faiblesse et je fonds sur ma proie. Mais elle… Surtout que dès qu’elle mettait à marcher, ses mains allaient là. Double humm…  De toute façon, ce n’étaient pas les 3-4 misérables sorties où j’avais fait des montées qui m’avaient permis de redevenir moi-même dans le domaine, alors je restais derrière. Et j’observais… tout en appréciant le silence car oui, elle a fini par ralentir de ce côté.

Mon étude dura l’heure qui a été nécessaire pour couvrir les 5,6 miles nous séparant de Powells Fort (mile 25.8), où je suis arrivé un petit peu à la traîne, gracieuseté d’un bout technique avant de déboucher sur un chemin de terre roulant.

amy

Amy Rusiecki escortée par deux compagnons. On peut me voir, un peu à la traîne derrière

FredPowell

J’arrive à Powell’s Fort, premier marathon de complété

C’est à cette station que j’ai eu la confirmation que son idée de faire cette course « just for fun », c’était de la grosse merde. Alors que j’étais empêtré avec ma veste dont je siphonnais le réservoir à une vitesse phénoménale, elle remplissait ses deux bouteilles, prenait quelques victuailles à manger pour la route et était repartie. Me semble qu’une fille voulant juste s’amuser n’aurait pas attendu son amie blessée…

Car bien que blessée, la dame Cusick nous avait suivis d’assez près et je n’avais pas terminé de remplir mon réservoir qu’elle était repartie elle aussi. Méchante foulure, y’a pas à dire. Est-ce que mentir fait partie d’une stratégie secrète parmi l’élite de ce monde ?  Ceci dit, va falloir que je sois plus efficace lors de mes arrêts…

kathleen

Kathleen Cusick se présente à son tour, supposément sur une seule jambe

J’allais la rejoindre un peu plus loin, profitant du long chemin de terre pour rouler un peu. Lui lâchant un « Great job ! » au passage, elle m’a répondu par un « You too ! » avec une petite voix toute cute. C’est qu’elle est plutôt jolie en plus… Ça m’a donné le goût de l’attendre et courir avec elle.

Il faut croire que cette envie était loin d’être partagée car à la vue d’un ruisseau, je me suis arrêté pour m’asperger d’eau. Elle est passée en coup de vent, sans mot dire. Et je ne l’ai foutrement jamais revue.

Cette douche impromptue, j’en avais grand besoin. Bien qu’il n’était pas encore 10 heures, et malgré l’ombre, la chaleur s’installait peu à peu. Une fille au ravito avait même fait le commentaire qu’elle avait déjà suivi un cours de hot yoga où il faisait moins chaud ! Merde, on avait eu droit à un merveilleux 20 degrés jeudi, pourquoi pas aujourd’hui ?  Pourquoi fallait-il que la journée la plus chaude de l’année tombe sur le jour de la course… encore une fois ?  Tabar…

Et bien que je buvais comme un trou, je ne pissais pas. Sentant mes mains qui commençaient à enfler, la crainte sérieuse d’un début d’hyponatrémie faisait tranquillement sa place dans mon esprit.

Tout comme le doute, d’ailleurs. Les roches, les vraies, avaient fait leur apparition. Nul à chier dans le technique en temps normal, imaginez sans les mois de pratique. Si quelqu’un m’avait vu aller, il m’aurait trouvé pathétique. Pas moyen de prendre le moindre rythme, je devais toujours arrêter, essayer de trouver le meilleur chemin par où passer, les chevilles sollicitées au maximum. Butant à répétition sur les roches, jurant comme un bûcheron, je fis un serment sur l’honneur : plus jamais on ne m’y reprendrait.

Et toujours pas envie de pisser. Après deux arrêts dans la première heure, rien dans les 5 suivantes. Redoublant d’efforts pour ingurgiter du liquide, j’ai fini par m’exécuter. À mon soulagement, ce qui est sorti avait une couleur jaune foncé, ce qui indiquait un petit début de déshydratation, rien d’alarmant.

Ce soulagement fut bien éphémère. Avançant péniblement, j’essayais de m’encourager en me disant qu’à Elizabeth Furnace (mile 33.3), Barbara aurait rejoint mon père au sein du dream team. Mais l’idée que j’en sois seulement rendu au tiers me décourageait. Je savais qu’il ne fallait pas penser à ça, que je devais prendre les stations une à une, mais…

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Arrivée à Elizabeth Furnace. Je me sens vraiment comme dans un four…

Au ravito, je ne pouvais pas manquer Barbara : elle avait enfilé son plus pétant des t-shirts roses. J’avais juste envie de lui dire à quel point je l’aime, je voulais la remercier d’être là. Je me suis retenu, de peur de devenir émotif et de perdre toute contenance. Je lui ai simplement donné un petit baiser.

« Comment ça va ? »

« Il fait chaud ! ». Crissement, tabarnakement (c’était LE moment approprié pour l’utiliser en adverbe) chaud.

« Mais ça va tenir. » Il fallait que je montre à mon équipe que j’étais au moins un peu positif. Pendant qu’ils m’aidaient à remplir mon réservoir et me fournir en gels, Barbara me tenait au courant de la progression de mes amis. Joan était passé depuis près d’une heure. Pierre, depuis 20 minutes. Quant à Martin, les deux ne s’entendaient pas. Mon père disait qu’il était avec Pierre alors que Barbara, de son côté, disait qu’il n’était pas passé. Or je ne l’avais pas vu à la traîne sur le parcours.

« Pouvez-vous me confirmer le tout ? ». Je ne sais pas pourquoi, mais ça m’inquiétait. Il fallait que je sache que mes amis étaient ok.

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Un des nombreux remplissages

Comme seulement 4.7 miles me séparaient de Shawl Gap (mile 38.0) et que j’allais les revoir là, je me suis dit que cette section passerait bien. Je me suis donc élancé, le cœur presque léger, non sans avoir dû au préalable enfiler 2 verres d’eau parce que j’avais répondu « Not enough » à un bénévole qui me demandait si je pissais…

Mon évaluation fut une (autre) erreur monumentale. Cette section est constituée d’une suite infinie de roches qu’on doit d’abord grimper, puis redescendre. Des roches, des roches, encore des roches. Bah, en montant, tant qu’à ne pas avancer de toute façon…  Mais en descente ?   Calv… !!!

Kevin, le directeur de course, nous avait ordonné de nous amuser. Hé bien, je contrevenais aux ordres. Je ne m’amusais pas. Pas pantoute. Je voulais juste que ça finisse, ces maudites roches !!!  Et pour ça, j’avais deux choix : ou bien j’allais plus vite, ou bien j’abandonnais. Et comme je ne pouvais pas vraiment aller plus vite…

Oui, abandonner. Moi, le gars qui n’a jamais fait un DNF. Mais avec plus de 110 kilomètres devant moi, je ne pouvais pas m’imaginer faire des roches pendant tout ce temps. C’était quoi le but ?

J’essayais de penser au temps de vacances et à l’argent investis. La prochaine fois, je ferai comme les autres : j’arriverai la veille. Et qu’est-ce que je dirais à Barbara et mon père, qui étaient là juste pour moi ?  Que je lâchais parce que j’étais écoeuré ?  Non, je ne pouvais pas faire ça, je m’en voudrais. Et que dire de tous ceux qui me suivaient à distance, que ce soit ma mère au chalet ici ou mes amis, au Québec ?  Ma patronne aussi suivait mes déplacements. Étais-je pour montrer à ma patronne que j’étais un lâcheur ? Arrêter à cause d’une blessure, ça se justifie. Parce qu’on n’a plus le goût ?  Jamais dans 100 ans !

Comme ça se produit souvent dans de telles situations, un petit miracle est arrivé: j’ai rejoint un autre coureur !  Je peinais, je n’avançais plus et pourtant, je gagnais du terrain sur quelqu’un ?  Peut-être n’étais-je pas seul dans la galère de la souffrance après tout ?

Ceci combiné au fait que l’arrivée à Shawl Gap se faisait par une belle petite descente contribua au retour de mon sourire. Barbara portait toujours son t-shirt rose pétant, elle semblait toute aussi heureuse de me voir. Elle me confirma que Martin était toujours en course, il s’était pointé juste avant Pierre, une vingtaine de minutes avant moi. Joan ?  Il était déjà passé à leur arrivée.

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Petit sourire en me pointant à Shawl Gap. Je dois avouer que le fait de voir mon père engouffré dans le foin pour prendre cette photo n’était pas étranger à mon état d’âme!

C’est donc rempli d’un optimisme renouvelé que je suis parti en direction de Veach Gap (mile 41.1), une station non-accessible aux équipes de soutien. Je ne les reverrais qu’à Habron Gap, au mile 54.0.

Ces 5 kilomètres sur route étaient les bienvenus. Je courais à un bon rythme, tâchant à la fois de progresser tout en me ménageant. Une inquiétude commençait toutefois à me ronger : je ne voyais pas beaucoup de rubans jaunes. En fait, je n’en voyais plus depuis un sapré bout de temps ! Pas de coureurs devant pour me rassurer un peu, pas de coureurs derrière. Que faire ?  Merde, j’avais manqué un virage, j’en étais certain.

Pas trop atteint au moral malgré tout, j’ai rebroussé chemin jusqu’à ce que je croise un autre coureur qui m’a presque traité de con. Finalement, je ne m’étais pas trompé. Je me suis donc ajouté une belle petite distance bien inutilement en faisant marche arrière.

Étonnamment, ça ne m’a pas mis dans tous mes états. J’ai repris la route sans m’en faire, me disant que ces 2-3 minutes perdues n’étaient pas la fin du monde. Je courais les descentes et les plats, marchais les montées et suis arrivé à Veach Gap avec une belle attitude positive.

Comme je mangeais un peu, d’autres sont arrivés, dont une fille qui portait des antennes (oui, des antennes !). Dans la plus pure tradition des ultrarunneuses, elle est passée en coup de vent. Bien déterminé à ne pas la laisser filer, je suis parti derrière elle, la suivant à distance… tout en admirant le paysage !  😉

La contemplation n’a pas duré. Rapidement, je me suis (évidemment) retrouvé dans une montée. Une vraie de vraie. Tous les ultramarathoniens en ont vu des montées. Des centaines, voire même des milliers. Pour ma part, la montagne Noire et la côte de l’Enfer de St-Donat ainsi que le mont Grand-Fonds à Harricana figuraient dans le haut de mon palmarès. Mais celle après Veach Gap, ouch !

Pas qu’elle était tellement abrupte, mais elle ne finissait tout simplement plus. Selon ce que j’ai lu, ce sont 5 kilomètres que je me suis tapé. Avec le soleil à son zénith qui me cognait sur la tête. Les cubes de glace que j’avais enfouis dans ma casquette s’étant vite transformés en eau s’égouttant sur le sol, mon corps tentait tant bien que mal de se refroidir. Et pour ce faire, il faisait pomper mon cœur à tout rompre. Moi, le « grimpeur », j’étais mis dans les câbles par une montée. La mort dans l’âme, j’ai dû me résoudre à m’arrêter une minute pour reprendre mon souffle.

Heureusement pour mon mental, la porteuse d’antennes semblait peiner autant que moi. Je suis parvenu à la garder en point de mire jusqu’à ce que je tombe, après avoir fini par finir de monter, sur un dépôt d’eau. En tout, au moins une cinquantaine de gallons d’eau avaient été déposés là, juste pour nous. Fatigué du GU Brew qui collait dans ma bouche, j’ai bu à grandes gorgées. Puis, demandant pardon à ceux qui suivaient, j’en ai « gaspillé » un peu pour prendre une douche. Mon corps le réclamait.

Comme je m’y attendais, le soulagement apporté fut momentané. Et c’est péniblement que je me suis rendu à Indian Grave (mile 50.1). Tout juste avant d’y parvenir, j’ai remarqué que j’avais pris 11 heures pour atteindre les 80 kilomètres. À Bromont, 10h30 avaient été nécessaires pour parcourir la même distance. Or ici, non seulement me restait-il encore plus de chemin à faire (3.6 miles de plus), mais c’était sur un parcours que je ne connaissais pas du tout. Je voyais mal comment je pourrais faire sous les 26 heures. De toute façon, pour faire 26 heures, fallait que je finisse et ça, c’était de moins en moins sûr… Je marchais de plus en plus souvent des sections qui auraient pu se courir. J’en étais même rendu à me dire que si Joan avait pu marcher à Harricana, j’avais bien le droit de faire de même à Massanutten.

En tout cas, une chose était certaine : je demanderais à mon équipe de seulement me dire si mes compagnons allaient bien. Je ne voulais pas savoir quelle avance ils avaient sur moi, j’avais le moral déjà assez bas comme ça.

Puis, à Indian Grave, surprise : Pierre était là, assis sur une chaise, parlant à un jeune coureur qui semblait au bout de son rouleau.

« Hey, salut le CANADIEN ! »

Massanutten, avant les roches

« Ça monte en joual vert ! »

Non, je ne cours pas. Pas encore. Je suis en voiture avec mon père, en train de faire une reconnaissance des différents endroits où se trouveront les stations d’aide que je croiserai sur mon parcours demain samedi et… dimanche, bien évidemment. Pour la circonstance, le dream team des équipes de soutien (constitué de ma Barbara et de son beau-papa unique et préféré) a été reformé. Mon paternel étant en charge de la navigation, il préférait avoir fait le tour auparavant. Et c’était presque indispensable car certaines stations étaient situées dans des endroits tellement reculés qu’il aurait été très difficile de les trouver en pleine nuit.

Ainsi donc, nous sommes en direction de Camp Roosevelt (mile 63.9) après avoir quitté l’endroit où sera établie la station Habron Gap (mile 54.0). Et depuis ce qui me semble être plusieurs minutes, nous montons, montons et montons sans arrêt, par le petite route 675 qui est asphaltée, mais un peu étroite à notre goût par bouts.

J’éclate de rire: « Dire que je vais me taper ça à pied demain… avec 100 kilomètres dans les jambes ! ». En fait, je ne me taperai pas exactement ça, mais certainement l’équivalent en dénivelé, sinon plus, en passant par les sentiers. Mon père rit à son tour, mais je ne suis pas certain qu’il trouve ça vraiment drôle.

Rendus au sommet, la vue est imprenable. Wow !  Nous nous arrêtons pour admirer le tout et constatons qu’un sentier passe effectivement par là. Bon ben, ça a l’air que je vais repasser par ici…

Après être passés par Camp Roosevelt (qui est un ancien camp militaire transformé en camping rustique pour randonneurs et qui était fermé. Pourquoi fermé en mai ? Sais pas, attendent-ils des températures dans les 40 degrés pour accueillir des randonneurs ?), nous nous dirigeons vers Caroline Furnace, le camp de vacances où le quartier général de la course est installé.

Dans un champ, j’aperçois un grand chapiteau et le fameux silo abandonné qui fait partie de la brand Massanutten. Nous sommes vraiment au bon endroit.

Après avoir récupéré mon dossard et mon t-shirt de l’événement (en coton et à manches longues, pas certain qu’il va servir souvent), nous nous installons à une table sous le chapiteau pour attendre le début du briefing des coureurs.

Au bout de quelques minutes, un monsieur que je qualifierais de très sociable passe devant moi et me demande si je suis coureur. Heu, oui… Il se présente alors: « I’m Gary, and you are ? ». Je me présente comme étant Fred de Montréal (les Américains ont de la difficulté à comprendre « Frédéric » quand je le dis au long). Il me donne un vigoureux first bump accompagné d’un large sourire. Et là j’allume: c’est Gary Knipling, une légende ici. Âgé de 71 ans, il a terminé 17 fois cette course et il y va pour une 18ème cette année. Le first bump, c’est un peu sa marque de commerce.

Il semble étonné que je le connaisse, surtout quand je lui parle de son fils (qui a 15 finishes à son actif, preuve comme quoi la difficulté à comprendre certaines choses, ça peut être génétique). Mais il me surprend à son tour quand il me demande si je connais Joan. Hein, il le connaît ?  Ma parole, tout le monde le connait ! Cout’ donc, le jour où il va rencontrer le pape, les bonnes soeurs qui vont assister à la scène vont-elles se demander qui peut bien être le vieux bonhomme habillé en blanc qui parle avec Joan Roch ?

Parlant du loup, je surveille leur arrivée à lui, Pierre et Martin du coin de l’œil. Partis à 4h de Longueuil, ils espéraient être ici à temps pour le briefing qui doit débuter à 16h.

Knipling repasse près de nous, des petits ziplocs dans les mains. Il m’en tend un et me montre du doigt deux petites pilules. Elles sont jaunes, mais sont marquées par un grand V. Hum, si elles étaient bleues, ce serait difficile de ne pas faire de blague…

Ce sont des pilules de caféine. Bah, je m’étais très bien débrouillé à Bromont, je doute en avoir besoin. Mais au cas où, ce serait con de ne pas les trainer. Il me montre ensuite une petite enveloppe de Preparation H: « You know what it is. It can save your ass ! ». Le jeu de mots me fait pouffer de rire. Ça aussi fera partie de mon équipement.

À peine 5 minutes avant le début briefing, je vois mes trois comparses apparaître au loin. Ils ont réussi. Je vais à leur rencontre et les accueille avec un « Ha les CANADIENS ! », running gag que j’avais avec mes collègues quand j’ai travaillé au Japon. C’est que pour nous Québécois, peu importe notre allégeance politique, se faire dire que nous sommes canadiens fait toujours un peu bizarre. Nous sommes québécois avant tout… et canadiens durant les Jeux olympiques ! 🙂  D’où la blague, que je suis le seul à comprendre.

La veille

Les 4 mousquetaires, 12 heures avant le départ

Ils n’ont pas trop l’air fatigués par leur voyage. Joan a les yeux un peu pochés, mais je ne m’inquiète vraiment pas pour lui. Le temps de quelques photos et qu’il ramassent leurs dossards, le briefing peut commencer.

C’est rare que je peux dire ça, mais celui-là est à la fois très utile et tout aussi intéressant. Alternant entre le sérieux et l’humour, Kevin, le directeur de course, et ses acolytes réussissent à passer leur message tout en gardant notre intérêt pendant une bonne heure. Un exploit.

Il y a cependant une de leurs instructions que je ne suivrai pas. Pour ceux qui, comme moi, installent leur dossard sur leurs shorts, ils ont demandé de le faire sur la cuisse gauche, pour des raisons de visibilité afin de pouvoir annoncer notre nom à l’arrivée.

« Ha ben non, je l’installe du côté droit ! ». Martin, se demandant bien pourquoi je tiens tant à ce côté, je lui réponds: « Je ne sais pas si vous êtes ambidextres, mais moi, je pisse à gauche ! ». Celle-là, il y a juste à la table des Québécois qu’elle a été comprise. Et le pire, c’est que j’étais sérieux…

Arrive samedi, le jour J. Ma tête sait que ce sera, et de loin, la plus difficile épreuve de ma vie sportive. Après nous avoir aguichés avec un 20 degrés jeudi, Dame Nature nous en garrochera 10 de plus en pleine poire aujourd’hui. L’humidité ?  Elle ne sera pas si mal en milieu de journée, mais elle est à trancher au couteau quelques minutes avant le départ. Pourtant, je ne m’en fais pas. Je ne me sens pas trop nerveux, quoi que Barbara a laissé filtrer hier que je commençais à être un tantinet irritable.

Je suis accompagné de mon père, qui s’est levé à 2h pour être là. Il se rendra ensuite à Edinburg Gap, au mile 12.1 (où je devrais passer entre 6h15 et 6h30) pour ensuite retourner au chalet déjeuner et ramener l’autre moitié de mon équipe championne avec lui à temps pour mon passage à Elizabeth Furnace (encore un nom qui a rapport aux fours, sont-ils vraiment obligés de nous rappeler qu’il va faire chaud ?) au mile 33.3, prévu entre 10h30 et 11h. Quoi, je suis un gars chanceux, vous dites ?

Assis en tenue de course sous le chapiteau, je n’ai pas froid. Merde, il est 3h45 du matin et je n’ai même pas un soupçon de semblant de frisson qui voudrait se pointer. À Washington au moins, je gelais avant le départ. Ouais, là ça commence à m’énerver un peu…

Sous la tente

Dernières minutes de repos avant que 4 heures sonnent

Mes compagnons arrivent, ils ont dormi au camping situé à côté. En fait, Joan et Martin ont dormi. Pierre, bof… Pour ma part, j’ai eu une nuit « normale » pour une veille de course 3-4 heures de sommeil. Ça devrait faire l’affaire. De toute façon, pas vraiment le choix, n’est-ce pas ?

Ce que je remarque surtout, c’est leur équipement. En fait, l’absence d’équipement. Joan, ok, on est habitués: il est vêtu de 2 t-shirts, un à manches courtes et l’autre à manches longues et on devine qu’il va s’en débarrasser en cours de route. De l’eau, de la bouffe ?  Nada.

Martin ?  Il porte une chemise qui va, et c’est évident (elle a des traces de peinture), prendre le bord assez rapidement. Pour le liquide ?  Une bouteille à la main, et pas une grosse: probablement 16 onces, peut-être 20. Tu vas manger quoi ?  « Ce qu’il y a aux stations ». Ben oui, comment ne pas y avoir pensé ?

Quant à Pierre, on voit que son linge va revenir à Montréal avec lui, mais il n’a rien d’autre. Il ne croit pas avoir à boire avant Edinburg Gap, alors il a laissé son sac d’hydratation dans son drop bag qu’il récupérera là-bas.

Et moi qui pars avec une veste contenant 2 litres de GU Brew, une douzaine de gels, des gaufres, des Advil, des pilules de caféine, du Preparation H…

A quatre sous la tente

On compare nos équipements… de course !

Une grosse horloge numérique à été installée tout près de la banderole de départ/arrivée. J’aime beaucoup ce principe: on voit tous l’heure qu’il est, le temps qu’il reste et le départ est donné à l’heure prévue, point à la ligne. Pas de zigonnage ou de départ retardé pour des raisons X ou Y.

Plus que 7 minutes

À peine 7 minutes avant de partir pour le grand voyage…

À une minute du départ, mon père me donne l’accolade et me chuchote à l’oreille « Amuse-toi ». Ce que le froid n’a pas réussi à faire, mon père l’a fait: me donner un frisson.

Je retourne à mes amis, on se souhaite tous bonne chance. Amenez-le, votre supposé parcours infernal !

D’autres petites vites de janvier

Le « froid » abitibien, suite et fin – Je sais, j’en fais une obsession. Que voulez-vous, quand on passe des semaines et des semaines dans une région, on finit par trouver que les gens de la place exagèrent un tantinet quand ils parlent de leur coin de pays. Et dans le cas qui me concerne, quand ils font référence au fameux « froid » abitibien. « Il fait frette en Abitibi ! » qu’ils se plaisent à répéter ad nauseam. Ha oui ?

J’en avais déjà parlé, je trouvais que c’était largement exagéré. Mais je me disais que je n’avais pas testé des vraies conditions de janvier. Hé bien voilà, c’est maintenant fait. Mardi de la semaine dernière, coup d’œil à la météo: -22 degrés, -28 degrés ressentis. Ok, ce n’étaient pas les -40 qui font la « fierté » des très sympathiques habitants de la région, mais quand même.

Comme par défi, j’ai décidé de m’habiller pour l’équivalent de -15 ou -17 degrés à Montréal. Premier constat : je me demande bien comment on peut « ressentir » 6 degrés de moins que la température réelle quand le vent ne souffle même pas assez fort pour savoir de quelle direction il provient !  Deuxième constat : après 3 minutes, je me suis rendu à l’évidence: deux épaisseurs au niveau des mains, c’est définitivement trop: j’avais chaud ! J’ai donc poursuivi avec une simple épaisseur, faisant même des bouts les mains à découvert, moi qui gèle très facilement de cette partie du corps (de d’autres parties aussi, mais ça, c’est une autre histoire ! :-)).

De retour à l’hôtel, le préposé à l’accueil m’a demandé si ce n’était pas trop froid pour courir. Trop froid ?  Pfff !!!

(Note: c’est ce soir-là qu’un propriétaire de dépanneur de Rouyn-Noranda a fait feu sur des jeunes qui tentaient de voler son commerce. Par chance, je n’ai pas couru dans ce quartier ce soir-là, le trouvant trop monotone. Mais je suis souvent passé devant ledit dépanneur…)

On n’a plus les préparations qu’on avait – En préparation d’un marathon, j’avais jadis l’habitude de faire le demi Scotiabank et parfois les 20 km du Tour du Lac Brome. Ça me permettait de me tester côté vitesse et de voir si la fatigue commençait à se pointer le bout du nez une fois rendu à l’équivalent de la mi-distance.

Arrive 2015, j’ai deux 100 miles au programme. Pas pour commencer ma saison avec une telle course drette en partant, comme on dit. Il y a bien les 50 miles de Bear Mountain, un classique pour les coureurs d’ici, mais à deux semaines de Massanutten, je trouvais ça un peu serré. J’ai donc jeté mon dévolu sur une autre course de la série The North Face Endurance Challenge, soit celle de Washington. Quatre semaines avant le premier grand rendez-vous de la saison, je trouvais que cette épreuve était vraiment bien placée dans le calendrier. En plus, ça va nous donner l’occasion de visiter une ville qui nous est inconnue.

Une fois l’inscription complétée, je me suis rendu compte du ridicule de la situation : après avoir fait une seule fois un 100 miles dans ma vie, je considère maintenant 50 miles (ce sont 80 foutus kilomètres ça !) comme une « préparation »… alors que je n’ai finalement fait cette distance que deux fois !   Calv… On n’a plus les préparations qu’on avait !

Le grand retour – Dimanche, température froide, vent à écorner un boeuf. Vraiment, mais vraiment pas le goût de me taper les rues en zigzagant pour « contourner » le maudit vent. Disons que je commence à en avoir soupé des petites rues toujours recouvertes du verglas qui nous est tombé dessus au début du mois.

Je sais que Pat ne comprend comment je peux faire pour courir aussi longtemps là-bas en hiver, mais j’ai décidé d’effectuer un grand retour dans mon terrain de jeux: le mont St-Bruno. Ok, il n’y a que 2 pistes totalisant 6 km d’ouvertes pour la course. Ajoutez à ça un 7-8 kilomètres pour aller faire le tour du lac Seigneurial et bon, il faut tout de même repasser à quelques reprises aux mêmes endroits si on veut accumuler une distance appréciable.

Mais je m’en fous. J’étais dans le bois, à l’abri du vent. Je pouvais enfin recommencer à faire quelques montées-descentes, travailler mon jeu de pied pour contourner les arbres, respirer l’air pur. Haaaaa…

Le vidéo, quelques semaines plus tard – Pour ceux qui ne l’auraient pas déjà vu, voici le très beau vidéo officiel de la fin de semaine du dernier Bromont Ultra. Mon bout préféré ?  À 00 :57, quand un père souhaite bonne chance à son fils peu avant le départ de la plus belle course de sa vie. Avertissement cependant: ne clignez pas des yeux, vous risquez de le manquer !

 

Petites vites du début janvier

Gros mois de janvier côté course. Côté travail aussi, mais ça, c’est une autre histoire… Je vous présente aujourd’hui un petit résumé de ce qu’il a l’air jusqu’à maintenant.

« Faites attention, c’est dangereux ! » – Dimanche le 4. Un système de basse pression s’est installé sur le sud de la Belle Province (d’ailleurs, d’où vient ce pompeux surnom ?  Ceux qui le lui ont donné ne l’ont certainement pas vue à Montréal en hiver !). Le mercure oscillant autour du point de congélation, c’est sous forme de pluie verglaçante que les abondantes précipitations s’abattaient sur ses habitants.

Qu’à cela ne tienne, comme pour prouver l’adage « You Quebecers are fucking tough !», j’ai enfilé mes souliers de course et mes crampons pour ensuite m’élancer dans les rues de ma petite banlieue, rues transformées en véritables patinoires.

Les rares piétons que je croisais avançaient à pas de pingouins. Les autres qui avaient osé mettre le nez à l’extérieur essayaient soit d’arranger leur entrée de cour afin de la rendre praticable, soit de déglacer leur voiture. Sans grand succès dans les deux cas, d’ailleurs. En me voyant passer certains me souriaient, d’autres m’envoyaient la main. J’ai aussi eu droit à quelques signes « pouces levé », ce qui ne faisait que m’encourager à poursuivre.

Un monsieur, les yeux exorbités, s’est mis à alterner frénétiquement la direction de son regard entre le sol et moi. Puis il m’a lancé, complètement affolé : « Faites attention, c’est DANGEREUX !!! ». Et moi de lui répondre en riant : « Je ne suis même pas encore tombé ! ». Ça faisait 17 kilomètres que je courais là-dessus, j’avais une légère idée à quel point c’était glissant, mettons. Je pense que j’ai ri pendant 10 minutes. Et je ne me suis jamais retrouvé sur mon postérieur.

Le tapis (bis) – Dans les heures qui ont suivi, le mercure est tombé en chute libre, perdant une vingtaine de degrés au passage. Comme pour ajouter à mon « malheur » de coureur, j’ai dû me rendre à Baie-Comeau pour le travail. Durant la journée, alors que nous étions en installation, il faisait un beau soleil et le temps était sec. Froid, très froid même, mais sec.

Le soir venu toutefois, le vent s’est mis à souffler. -24 degrés, -35 de refroidissement éolien, tout ça aggravé par une merveilleuse humidité provenant du fleuve. Aller courir le soir, dans une ville que je ne connais pas, dans telles conditions ?  Ça a beau être contre mes principes, mais quand j’ai vu que l’hôtel avait un petit gym (c’est en fait une ancienne chambre dans laquelle ils ont pitché 3-4 appareils de torture autant mentale que physique), je me suis dit que ça ferait l’affaire. Une fois n’est pas coutume.

Comme je déteste les tapis roulants, je ne me faisais pas trop d’illusions. Mais au final, je me suis tapé quelques intervalles, ce que je n’aurais pas pu faire dehors. Sauf que maudit que c’est plate, courir sur un tapis !  Ce n’est pas normal d’avoir besoin d’une télé pour se distraire quand on fait du sport.  À tous ceux qui s’astreignent à cette tâche régulièrement, chapeau bien bas.

Le Grand défi – Souper avec un couple d’amis et leurs enfants samedi le 10. Nathalie, enseignante au secondaire, m’avait averti : « Je vais avoir un grand service à te demander. »  Je me demandais bien ce que je pourrais faire pour elle.

Toujours impliquée dans son école, elle et un de ses collègues se sont lancés dans l’aventure de motiver et d’entrainer un groupe d’élèves en vue du Grand Défi Pierre Lavoie – la course au secondaire, course qui consiste à courir pendant 30 heures à relais, sans arrêt.

En début de projet, ils discutaient ensemble et mon « cas » est venu sur le sujet, Nathalie me présentant comme le parrain de sa fille, un gars qui « court beaucoup », glissant au passage une course que j’avais faite dans les sentiers à Bromont. Son collègue, qui avait pris part à la course de 12 km cette fin de semaine-là, de demander : « Frédéric Giguère ?  Tu connais Frédéric Giguère ?!? ». Hein, il y a quelqu’un qui me connaît ?!?  Je veux dire, à part dans le milieu des freaks en mon genre, il y a vraiment du monde normal qui me connaît ?  Le pire, c’est que mon amie, bien qu’on se connaisse depuis une vingtaine d’années, n’était même pas certaine de mon nom de famille !  🙂

Arrive le service qu’elle voulait me demander. Serais-je disponible pour les aider ?  Bien sûr. Pour faire quoi au juste ?  Parler aux étudiants, les motiver, courir avec eux…

Bon, pour ce qui est de parler, surtout si c’est devant un groupe de façon formelle, je vais laisser ça à quelqu’un qui est meilleur que moi là-dedans… comme dans la course d’ailleurs (Joan, c’est de toi que je parle; si tu n’as pas été contacté par un certain Éric, ça ne saurait tarder). Mais courir avec eux pour les motiver les soirs de semaine ou les samedis ?  N’importe quand !

J’attends donc la suite des choses. Contribuer à faire bouger nos jeunes, ce ne sera pas qu’un plaisir, ce sera un honneur. Et tant qu’à y être, les accompagner lors du défi ?  Je ne dis certainement pas non.

Les deux ordis – Dimanche le 11, 18h50. Dans à peine 10 minutes allaient ouvrir la deuxième vague d’inscriptions en vue du Vermont 100, le seul grand 100 miles de l’est du continent. Ignorant combien de places étaient disponibles suite à la première vague à laquelle je n’avais pas accès, j’étais prêt: non seulement l’Internet Explorer de mon ordinateur personnel était déjà à la bonne page, celui de mon ordinateur de bureau y était également, au cas où mon débile léger choisisse ce moment précis pour faire des siennes. Je ne voulais pas prendre de chance.

Après avoir cliqué à répétition sur le bouton « Rafraîchir » à l’approche de l’heure H, j’ai remarqué un changement sur la page d’inscriptions. Enfin !

Déception : les inscriptions n’étaient ouvertes que pour la liste d’attente. Ils avaient rempli le contingent de coureurs juste avec les privilégiés de la première vague ?  Shit…

C’est donc à contrecœur que je me suis mis à remplir le formulaire, question d’au moins inscrire mon nom en haut de la liste d’attente. Puis, avant de confirmer le tout (je ne sais pas pourquoi j’ai fait ça), je me suis tourné vers l’autre ordi pour faire un autre « Rafraîchir ». Et miracle, les inscriptions pour la course étaient ouvertes !!!

Ne comprenant pas trop de quoi il en retournait, je me suis empressé de remplir les petites cases. Mon cœur battait la chamade  et sur le coup, je me suis vraiment senti niaiseux de m’énerver autant juste à l’idée de participer à une course. C’est que j’y tenais vraiment. Mais bout de viarge, c’était juste une course !

Puis, quand j’ai fait « Checkout », c’était confirmé : j’étais inscrit.

Pour la petite histoire, il y a eu un problème avec le système à l’heure où les inscriptions ont été ouvertes, ce qui explique les bizarreries du début. L’organisation s’en est d’ailleurs excusée. Mais le plus important est qu’à 4 heures du matin le 18 juillet prochain, je serai quelque part dans un trou perdu du Vermont, avec 300 de mes congénères. Et jamais je ne souhaiterai être ailleurs à ce moment-là.

Le Dow Jones – Ça fait des années que je ne suis plus la bourse. Mais lundi le 12, j’ai fait une exception. La raison ?  Ma participation à un autre 100 miles prestigieux, le Massanutten Mountain Trails 100, en dépendait.

Quel rapport vous demandez ?  C’est que le processus de sélection du contingent de coureurs pouvant participer à cette épreuve est assez particulier. Ne voulant pas soumettre ces pauvres petites bêtes au stress d’une inscription de type « premier arrivé – premier servi » comme le Vermont 100, l’organisation utilise le principe d’une loterie.

Sauf qu’au lieu de piger les noms des 208 chanceux en faisant un tirage classique, ils procèdent autrement. Ainsi, les fêlés comme moi qui désirent prendre part à cette épreuve ont quelques jours en début janvier pour signifier leur intention. Quand ils le font, ils reçoivent un numéro à 3 chiffres généré aléatoirement, numéro qui sera utilisé pour décider s’ils sont « gagnants » à la loterie ou pas.

Et comment se fait le « tirage » ?   En se basant sur les trois derniers chiffres de l’indice Dow Jones à la clôture des marchés, le 12 janvier. Ce numéro donnait le point de départ où on commençait à sélectionner les participants à partir de la liste des inscrits. En se basant sur d’autres variables, comme si lesdits 3 derniers chiffres ont été attribués ou pas et si le marché était à la hausse ou la baisse, l’organisation sélectionnait les 208 personnes autorisées à s’inscrire officiellement. Les autres se retrouvaient sur la liste d’attente, selon un autre système de priorités.

Compliqué ?  Un peu. Si vous voulez les détails, ils sont expliqués ici. Mais au final, j’ai eu le bonheur de constater que je fais partie de la liste des heureux élus, tout comme mes compagnons Joan, Pierre, Pat et Denis. Et je compte bien me prévaloir de ce privilège le 1er février prochain, lors de l’inscription officielle.

J’ai donc deux 100 miles officiellement inscrits à mon calendrier, moi qui doutais de mes capacités à en faire un il n’y a même pas un an de ça. Va falloir que je me mette à faire un petit peu de dénivelés d’ici là, je pense… 🙂