Fallait vraiment vouloir… encore

La pluie n’avait jamais vraiment cessé depuis vendredi. Le genre de pluie qui donnait l’impression qu’elle allait tomber jusqu’à la fin des temps. Mais que voulez-vous, quand on se fixe des objectifs, on n’est pas pour se laisser arrêter par un petit peu de mauvais temps, n’est-ce pas ? Hier donc, 16 km dans les sentiers boueux de la voie maritime et aujourd’hui, le jackpot: la distance d’un marathon au mont St-Bruno.

J’ai regardé les prévisions horaires en me levant, espérant qu’un dégagement puisse se pointer le nez durant la matinée. Mes espoirs furent vite anéantis: des probabilités de précipitations dans les 80-90% pour tout l’avant-midi. Fallait vraiment vouloir. Et dire que les chanceux à Ottawa ne recevaient rien de tout ça…

Avec la pluie qui tombait et une température de 6 degrés, le terme « réchauffement » prenait tout son sens. Mais je ne me suis pas trop enfargé dans les fleurs du tapis pour cette partie avant de commencer à courir: j’étais en train de congeler sur place et voulait juste me mettre en route.

Je croyais bien que je serais seul sur la montagne. Hé bien non. J’ai croisé quelques promeneux qui prenaient toute la place avec leurs giga-parapluie et plusieurs « braves » (j’entends d’ici mon amie Maryse plutôt parler de « mongols »), dont un gars qui semblait faire comme moi: s’entrainer pour une longue distance. Il avait un Camelbak sur le dos tout comme moi et je l’ai croisé à au moins quatre reprises. À la fin, on ne se souriait même plus et on semblait se demander ce qu’on foutait là… C’est qu’à un moment donné, je me suis vraiment posé des questions sur mon état mental. Il tombait des cordes et je commençais à avoir froid. Pour une fois que l’infinie quantité de linge amené « au cas où » allait servir…

Une fois ravitaillé (on gèle encore plus vite quand on a l’estomac vide) et changé à la station d’aide « Toyota Corolla 1998 beige », tout allait beaucoup mieux. Jusqu’à ce que je me tape pour une deuxième fois la montée vers le centre de ski. En fait, la montée s’est bien déroulée, mais la descente… Comme c’était glissant avec les feuilles et les roches, j’y allais prudemment. Une fois rendu en bas, j’ai un peu ouvert les gaz sans me rendre compte que les lacets de mon soulier droit étaient sortis de leur petite pochette protectrice.

Un ultrarunner qui s’enfarge dans ses lacets…. Pathétique. En moins de deux, je me suis (littéralement) retrouvé face contre terre. Après avoir évidemment arrêté mon chrono (il n’y a rien à faire, c’est un réflexe) et vérifié que personne ne m’avait vu (un autre réflexe), j’ai fait le tour des dégâts. Le genou gauche avait mangé le coup et saignait. Mes mains étaient écorchées un peu, mais sans plus. Quelques éraflures aussi sur la cuisse et le coude, rien de grave. Je me suis demandé ce que j’allais faire. 31 km au GPS, retourner à la maison ou pas ?  Nah, je pouvais continuer…

Pendant que je me rendais au lac tout près pour me débarbouiller, je ne pouvais m’enlever de la tête l’image de sieur Sylvain de Guérette qui s’était foutu de ma gueule quand il m’avait rejoint après que je me sois planté au mont St-Hilaire l’an passé. Et j’avais envie de rire… Je m’imaginais, le beau tata, m’enfarger dans mes lacets de bottines. Ça devait être comique à voir. C’est toujours drôle, quelqu’un qui tombe, non ?

Puis j’ai regardé l’heure: 11h30. Maggie, sa blonde, était fort probablement sur la fin de son demi à Ottawa. Je me suis demandé comment elle allait, surtout qu’elle avait fait les 2 et 10 km la veille… C’est donc en lui envoyant des ondes positives que j’ai couru les 3-4 kilomètres suivants, encore plus dans la montée vers la tour de télécom. Je ne sais pas si elle les a reçues ou si elle m’en a envoyées, mais mes 11 deniers kilomètres se sont vraiment bien déroulés.

À mon arrivée à la maison, après une petite douche (j’en avais un petit peu besoin), je me suis garroché sur les résultats, question de voir comment ça s’était passé pour tous et chacuns. Je ne nommerai pas tout le monde ici, il y en aurait beaucoup et je risquerais d’en oublier (et des perdre des followers !  ;-)), mais on dirait que ça s’est bien passé pour Maggie qui a fracassé son record personnel sur la distance. Félicitations !

Je voudrais aussi dire un gros bravo à tous pour vos performances et vos efforts. Dites-vous que quelque part dans le bois, sous la pluie, un « mongol » pensait à vous et vous enviait un peu.

Vas-tu à Ottawa en fin de semaine ?

Cette question-là, je dois l’avoir entendue dix fois hier, alors que j’étais en visite dans mon ancien département pour le travail. Non, je n’y serai pas, et ça me fait un peu bizarre. Comme il y a deux ans, quand nous étions en voyage à Paris. Imaginez, au moment du départ du Marathon d’Ottawa, nous étions en visite au château de Versailles (probablement l’endroit le plus surévalué que j’ai jamais vu). Il faisait très chaud, le soleil cognant sans merci sur nos têtes. Je n’ai pas pu m’empêcher de glisser à Barbara que j’espérais que la température était plus fraiche autour de la rivière des Outaouais, sinon mes amis allaient souffrir. Hé oui, j’étais à Versailles et je pensais à un marathon. Ma douce était un petit peu découragée…

Il faut dire que le Marathon d’Ottawa, c’est quelque chose. Le plus grand rendez-vous de course à pied au pays, rien de moins. 42000 coureurs au total des épreuves qui sont étalées sur deux jours: les 2, 5 et 10 km le samedi en fin d’après-midi; puis le demi et le marathon le dimanche matin.

Et fait remarquable (j’en ai déjà parlé), le 10 km et le marathon ont la cote “argent” de la Fédération internationale d’athlétisme. Comme les parcours sont très peu accidentés, ça permet d’attirer des coureurs de très haut niveau. Bon an mal an, le vainqueur du 10 km est un marathonien faisant partie de l’élite mondiale qui vient au pays en préparation pour une autre course. Le marathon n’est pas en reste, le vainqueur de l’an passé ayant terminé dans les 2h09. On est loin du 2h37 de Toronto…  Je crois honnêtement que si la course se déroulait en Europe, le contingent de coureurs présents serait probablement du niveau de Rome, Paris, Rotterdam ou Francfort. Pas les Majors, mais presque.

J’ai beaucoup parlé l’an passé de la grande qualité de l’organisation et de l’implication de la population dans ce marathon. Mon point de vue était basé sur mes autres expériences passées, soient Montréal et Mississauga. Maintenant que j’ai ajouté Philadelphie et Boston à ma liste, un fait demeure: Ottawa, c’est la grande classe. Bien évidemment, Boston, ça demeure Boston. Mais en ce qui concerne Philadelphie, notre marathon national n’a rien à lui envier. D’ailleurs, le lendemain de la course là-bas en novembre dernier, alors que nous faisions le tour de la ville en double-decker, le guide a demandé qui avait couru le marathon la veille. Nous sommes deux à avoir levé la main. Après m’avoir demandé combien de marathons j’avais courus (il ne semblait pas croire qu’il était possible de courir 9 marathons dans sa vie…), il m’a demandé si Philadelphie était mon préféré. Je n’ai pas été capable de lui mentir, malgré le fait que je venais de faire la course de ma vie. Que voulez-vous…

Mais bon, j’ai décidé de passer mon tour cette année, préférant conserver une charge d’entrainement plus élevée en vue de St-Donat. J’aurais bien pu le faire comme un entrainement, c’est d’ailleurs la distance que je compte faire dimanche (en sentiers, par contre). Mais je me connais: quand une compétition se pointe, je suis incapable de la prendre à la légère et je me serais fait un petit deux-trois semaines de tapering avant. Compétitif le monsieur ?  Un petit peu, surtout avec lui-même…

Plusieurs amis et connaissances seront toutefois sur place et c’est avec beaucoup d’intérêt que je vais suivre leurs performances. Je vous souhaite à tous beaucoup de succès et surtout, beaucoup de plaisir !

Je m’en voudrais de conclure sans une pensée pour ceux qui se sont entrainés tout l’hiver en vue de cet événement et qui ne pourront pas y être parce qu’ils sont sur la liste des blessés. À ceux-là, je sais très bien que des phrases comme « Il va y avoir d’autres courses » ne vous apporteront aucun réconfort, alors je vous dis seulement que je comprends et compatis avec vous. Je vous souhaite de revenir le plus rapidement possible dans notre merveilleux monde.

Un an déjà !

Tout a commencé en 2007, après mon premier marathon. Cette expérience avait tellement été extraordinaire pour moi que je voulais en garder un souvenir. Alors je me suis installé à mon ordinateur et ai pondu un récit que je prévoyais relire de temps en temps. Une fois terminé, je l’ai distribué à mes parents et amis, question de partager avec eux ce que j’avais vécu et peut-être leur donner l’idée de se lancer dans l’aventure eux aussi. Ou les aider à s’endormir le soir. 😉 Certains ne l’ont probablement pas lu, d’autres ont aimé au point de me suggérer de soumettre le tout à un éditeur.

Ça m’a encouragé et poussé à continuer. Et au fil des courses, les récits se sont mis à allonger, à devenir de plus en plus détaillés. Publier le tout ?  Je n’y croyais pas vraiment. Il y a plein de gens qui ont beaucoup plus de talent que moi de ce côté et qui ne seront jamais publiés. Mais quand mon grand chum Steph m’a parlé de partir un blogue, ça a allumé quelque chose…

Ça m’a pris du temps avant de me lancer, mais il y a un an, je le faisais et le premier billet sur “Le dernier kilomètre” paraissait. Pas très à l’aise avec la conception de sites Web et surtout pas très porté vers la techno (bizarre pour un ingénieur électrique, je sais), je suis demeuré conservateur avec le look  de l’ensemble et me suis concentré sur mes deux passions: la course et l’écriture.

Au fil des semaines, des mois, j’ai pu partager avec vous le quotidien d’un coureur ordinaire, ce qui le pousse à continuer malgré l’évidence qu’il n’aspirera jamais aux grands honneurs. Au cours des douze derniers mois, j’ai parlé des nombreuses joies que la pratique de la course à pied m’a apportées, de mes quelques déceptions et des vives émotions ressenties. Mes trois meilleurs marathons et mon premier ultra, je les ai vécus avec vous, chers lecteurs. Tout comme ma blessure à l’ischio-jambier et évidemment, les attentats de Boston…

Ce blogue m’a aussi permis d’entrer en contact avec des gens avec qui j’ai pu avoir des échanges parfois instructifs, parfois drôles, mais toujours très intéressants. 160 articles plus tard (en fait, 159 car il y en a un qui a été l’œuvre de mon ami Sylvain), le goût de poursuivre est là plus que jamais, autant la course que l’écriture. Vous êtes de plus en plus nombreux à me lire, à me suivre, et ça me fait chaud au coeur. Un gros merci à tous et au plaisir de se reparler bientôt !

Une bonne décision de la part du Boston Athletic Association

Je sais, je suis un peu en retard sur la nouvelle: ce n’est qu’aujourd’hui que j’ai appris que le Boston Athletic Association (l’organisme responsable du Marathon de Boston) avait officiellement décidé de réinviter les coureurs qui n’avaient pas pu terminer le Marathon suite aux événements que l’on sait.

On ne peut qu’applaudir cette décision qui favorisera les pauvres coureurs qui ont été arrêtés à un mille de l’arrivée, sans savoir pourquoi, et qui ont dû vivre dans l’inquiétude en tentant d’éviter de succomber à la panique, endurer le froid, la déshydratation, la faim, etc. Ces personnes auront la priorité lors de l’inscription pour l’édition 2014 et pourront enfin vivre ce que c’est, courir sur Boylston Street avec l’arrivée en vue, les milliers de spectateurs autour tout en se disant « Ça y est, j’ai fait Boston ! ».

Petit bémol cependant. Dans le communiqué, il est précisé que pour être considérés, les coureurs devront avoir été au départ (ça va de soit !) et avoir franchi au moins la moitié du parcours sans pouvoir terminer. Le problème que je vois dans cette règle, c’est que certains qui ont abandonné avant l’arrêt de la course pourraient se faufiler. Pour éviter ça, il faudrait à tout le moins que les coureurs qui faisaient partie de la première vague ne puissent se prévaloir de ce privilège. Car entendons-nous bien, il fallait avoir couru un marathon en environ 3h16 ou mieux pour pouvoir faire partie de cette première vague. Les bombes ayant explosé 4h39 après le premier départ, je doute fort qu’il restait encore de ces compétiteurs sur le parcours à ce moment-là. Si oui, ils devaient être à l’agonie… ou ils avaient triché pour faire partie de la course.

Pour ce qui est de la quantité totale de personnes qui seront admises pour le Marathon, l’organisation n’a pas encore décidé si elle sera augmentée ou non. Peut-être qu’il sera plus difficile pour les autres coureurs de faire partie de la course et ce serait bien dommage, mais en ce qui me concerne, c’était la décision à prendre.

Un gros bravo au B.A.A. !

Le numéro deux

Dès qu’elle va lire les premières lignes de ce billet, je sens que ma douce va rouler les yeux en soupirant, puis se tourner vers moi et me dire tout doucement: “Dis-moi que tu n’as pas écrit là-dessus…”.

Hé oui mon amour, j’en ai déjà glissé un mot, mais aujourd’hui, j’aborde le sujet de front. Peut-être suis-je dans les derniers relents de ma phase anale ou je ne sais pas trop, mais il fallait bien que j’en parle un jour tellement ça a influencé mes entrainements. Je parle bien sûr du numéro deux, du human waste ou pour être plus clair, de caca. Pourquoi ?  Parce que quand j’avais ce problème, j’aurais bien aimé trouver un endroit où on en parlait. Je ne pouvais pas croire que j’étais le seul au monde à devoir composer avec ça. Alors si ça peut aider quelqu’un…

Les non-sportifs ou ceux qui ne souffrent pas de ce mal vraiment désagréable trouvent ça très comique et multiplient les blagues faciles à ce sujet. Mais quand ça nous empêche de pratiquer notre sport préféré, on la trouve moins drôle. Pendant des années, j’ai été affligé par la diarrhée du coureur. Ça a même commencé avant que je me mette à la course: j’étais pris avec la version cycliste de ce fléau. Dès que je faisais plus de 40-50 km à vélo, ou bien je devais m’arrêter en chemin, ou bien je revenais rapidement à la maison. Dans les meilleurs cas, ça me prenait quelques heures après mon arrivée. Mais c’était immanquable, ça m’arrivait à chaque fois.

J’en ai glissé un mot à mon voisin, fervent cyclotouriste et il m’a suggéré que ça pouvait être un problème de déshydratation. Hum, pas bête… Je me faisais un “honneur” de boire peu quand je faisais du vélo, me contentant de quelques gorgées seulement quand j’avais soif, ce qui n’était pas tellement intelligent. Lors d’une randonnée d’une centaine de kilomètres faite en sa compagnie, j’ai bu à chaque fois qu’il buvait et magie magie, aucun problème intestinal. Coïncidence ?  Lors de mes sorties subséquentes à vélo, j’ai appliqué le même principe et je n’ai plus jamais eu de problèmes de ce côté.

Quand je me suis mis à la course, je n’ai pas pris de chance, je me suis immédiatement procuré une ceinture d’hydratation. Et la plus grosse, celle à 6 bouteilles. Jamais je ne pars courir sans une telle ceinture (j’en suis à ma troisième) ou un Camelbak. Ça me surprend à chaque fois de constater la très grande quantité de coureurs qui pratiquent ce sport sans le moindre accessoire pour l’hydratation. Comment font-ils ?   Même en course, malgré les nombreux points d’eau, j’ai toujours ma ceinture. C’est la meilleure façon de savoir ce que j’ingurgite. Au demi Scotia Bank, on m’a déjà “servi” de l’eau du robinet: j’ai eu l’impression d’avaler une tasse de chlore.

Ceci dit, malgré ce que je considérais être une très bonne discipline côté hydratation, mes problèmes intestinaux se sont rapidement chargés de me rappeler qu’ils étaient bien vivants. Habituellement, quand ça me prenait, c’était après une quarantaine de minutes de course. Mais ça arrivait que ça prenne plus de temps. Ou moins. Mon record ?  3 kilomètres, soit à peine 13 minutes. Par un jour de grande canicule, je suis parti en me disant que je ferais un petit 7 km. Après 3, je cherchais désespérément une toilette. Car à peu près tous les coureurs vont vous le confirmer: ils savent où sont les endroits stratégiques dans un rayon de 10-15 km de chez eux. En été, avec l’ouverture des blocs sanitaires dans les parcs publics, c’est plus facile. Mais en hiver…

Moi qui étais un anti-cellulaire, j’avoue bien candidement que ma diarrhée du coureur est la raison principale pour laquelle je m’en suis procuré un. Je ne compte plus le nombre de fois où ma tendre moitié est accourue pour venir cueillir son mari désespéré. Et que dire des endroits hétéroclites où j’ai dû me résigner à laisser aller la pression ?  Dans un boisé près de Métis-sur-Mer, dans une toilette perdue du sous-sol d’un building municipal de Baie-St-Paul (elle ne semblait pas avoir d’eau), dans les toilettes d’une aire de pique-nique abandonnée à Niagara Falls… Embêtant vous dites ?

J’ai fait quelques recherches, mais n’ai pas trouvé grand chose sur le sujet à l’époque (Kmag a publié un article très instructif dans son numéro du printemps, ça m’aurait été bien utile !). Des discussions sur un forum et c’est à peu près tout. Pourtant, je me répétais que je n’étais certainement pas le seul à souffrir, parce que c’est vraiment le bon mot pour décrire ce que je vivais…  Si le grand Lasse Viren avait été foudroyé en plein marathon des Jeux de Moscou en 1980, il devait bien y en avoir d’autres, non ?  Étions-nous les seuls au monde ?

Ma mère m’a suggéré un produit naturel, une espèce de pilule de “charbon” qu’elle disait. Pour elle, ça faisait des miracles. Je l’ai essayée. À ma deuxième sortie sous l’influence de cette pilule, retour obligé à la maison. Ma mère a insisté pour que j’essaie encore, mais pour moi, ça ne pouvait pas marcher: si une fois ça n’avait pas fait le travail, comment pourrais-je m’y fier ?

Puis, un jour où elle avait (encore) été obligée de venir me chercher en vitesse, Barbara m’a fait part d’une grande observation: “As-tu remarqué que ça t’arrive presque toujours le samedi, et jamais quand tu cours le soir ?”.  Heu, ha oui ?  Vrai que ça ne m’était jamais arrivé en compétition (Dieu merci !). Mais le samedi… Et le matin ?  Qu’est-ce qui se passait de spécial les samedis matins ?

Premièrement, fatigue accumulée de la semaine. J’avais d’ailleurs remarqué que lorsque j’étais en vacances, ces troubles disparaissaient. Et deuxièmement, le déjeuner. Il y avait forcément quelque chose qui ne fonctionnait pas au déjeuner. Je ne bois pas de café, alors ce n’était pas ça. J’ai essayé de remplacer le jus d’oranges par du lait. Et vice-versa. Toujours le même résultat. Les rôties (des bonnes vielles toasts) ont été remplacées par des bagels, plus faciles à digérer. Je suis passé au beurre d’arachides naturel. J’ai coupé tous les fruits riches en fibres au déjeuner pour me tourner vers les bananes et le yogourt qui, selon mes souvenirs d’une visite chez le médecin durant mon enfance, aidaient dans les cas de diarrhée. Les confitures ?  Coupées. Et à la fin, le lait a été enlevé à son tour, pour être remplacé par de l’eau.

Eureka !  J’ai finalement réussi à trouver une combinaison presque parfaite. Je dis “presque” parce que ça m’est encore arrivé récemment, pour la première fois depuis plus d’un an. J’ai toutefois mis la faute sur un dîner dans un restaurant asiatique la veille. Heureusement, je n’avais pas perdu mes réflexes et avais identifié un endroit approprié sur mon trajet, au cas où…

Vous devinez les complications qu’un tel “régime alimentaire” peut amener lorsque je fais des courses à l’extérieur… Déjeuner au resto ?  Vraiment pas question (à Niagara…). Alors nous devons trimballer le nécessaire pour que je puisse nourrir mon corps capricieux convenablement. Trainer le grille-pain dans un hôtel du centre-ville de Philadelphie, ça faisait un peu bizarre…

Ceci dit, j’ai réussi à trouver une combinaison qui fonctionne pour moi. Malheureusement, nous sommes tous différents, alors je suggère à ceux qui sont pris avec un tel va-vite du (et qui veulent s’en débarrasser !) de faire des tests et peut-être réussirez-vous comme moi à trouver une combinaison qui fera que vous pourrez courir l’esprit en paix. Croyez-moi, c’est très agréable !

3-5-8 !

C’est en mars 2010 que pour la première fois, j’ai payé les frais d’inscription à la loterie en vue de participer au Marathon de New York. À l’époque, je ne voyais vraiment pas comment je pouvais accéder autrement à cette course, une des Marathon Majors, vu que les critères d’admission pour ceux désirant participer en se qualifiant, sans passer par la loterie, étaient encore plus sévères que pour Boston.

Quelques semaines plus tard, c’est avec une certaine nervosité que j’ai “suivi” le tirage sur le site Web de l’événement. Comme vous l’aurez deviné, mon nom n’est pas sorti.

Le manège s’est répété en 2011, mais cette fois-ci, je ne me faisais pas d’illusions. Je me disais qu’au pire, j’aurais à refaire la même chose une année de plus et me retrouver avec une entrée garantie pour 2013 car tous ceux qui participaient à la loterie et dont le nom n’était pas pigé trois années de suite avaient un droit d’accès pour la quatrième année. Bien évidemment, le sort ne m’a pas avantagé en 2011 non plus.

2012, nouvelle politique: vu le très grand nombre de demandes dans toutes les catégories (qualifications par atteinte des standards, inscriptions à la loterie, charité, etc.), l’organisation décida de resserrer encore plus les standards de qualification (!) et d’abolir le privilège donné aux gens qui avaient mordu la poussière trois années de suite à la loterie. Heureusement, une clause grand-père a été instaurée et certaine dernière politique ne serait appliquée qu’à partir de l’édition 2016 du Marathon.

Bref, même après l’annulation de l’épreuve en 2012, j’ai obtenu mon droit d’entrée pour 2013, vu qu’encore une fois, mon nom n’avait pas été tiré. Et à partir du 24 avril dernier, j’avais un mois pour me prévaloir de ce privilège. Après une courte discussion avec ma tendre moitié, à savoir si nous avions envie de nous taper les mesures de sécurité qui seront fort probablement accrues suite aux événements de Boston, nous avons décidé d’y aller. Nous adorons tous les deux New York et avoir la chance de visiter cette ville en courant, je ne pouvais pas passer à coté de ça. Et c’est sans compter le fait que je voulais me faire plaisir en faisant un bras d’honneur aux terroristes.

J’ai donc rempli le formulaire d’inscription. C’est quand est venu le temps de payer que mon coeur a raté quelques pulsations. J’ai dû regarder à 3 ou 4 occasions pour être bien certain que je ne rêvais pas ou que ma presbytie naissante ne me jouait pas des tours. Mais non, je voyais très bien: devant mes yeux, trois chiffres: 3-5-8.  358 $ !!!  Pardon ?!?  Ça va pas ?  On peut avoir des foutues bonnes places pour un spectacle de U2 à ce prix-là (pour les Rolling Stones, on repassera, mais de toute façon, on ne peut pas dire que ça m’intéresse vraiment). Mon amour, il va falloir appeler le conseiller financier: on a besoin d’une deuxième hypothèque !

Hé oui,  l’inscription coûte 347 $ pour les coureurs étrangers comparativement aux Américains qui doivent débourser 255 $ alors que pour les membres du club qui s’occupe de l’organisation, les New York Road Runners, ça revient à la “modique” somme de 216 $. À ce montant s’ajoutent les 11 $ de frais de transaction que tous doivent payer. Voulez-vous bien me dire qu’est-ce qui peut bien coûter si cher dans le processus d’inscription pour qu’ils nous chargent 11 $ ?  Il y a quelqu’un à quelque part qui s’emplit les poches… Et, fait à noter, tous ces frais ne sont pas remboursables (sauf en cas d’annulation de la course et même là, ils gardent le 11 $ !).

On me dit que l’organisation est vraiment, mais vraiment exceptionnelle là-bas. Que Boston, c’est bien, mais New York… Je veux bien, mais à ce prix-là ?  Je serais curieux de savoir qu’est-ce qui coûte si cher. Cette course est tout de même commanditée par une grande banque (ha, c’est ça les frais d’administration…). Et ça demeure “seulement” un marathon. Je concède que la sécurité et le déploiement policier pour une telle épreuve sont hors normes. Mais assez pour charger 150 $ de plus que Boston ?  J’ai bien hâte de constater ça sur place…

Bref, contrairement à Boston, à New York, ils me verront vraiment pour la première et la dernière fois.

Un week-end de course chargé

La fin de semaine dernière, pendant que je retrouvais mes sentiers sur le bord du fleuve samedi et que je reprenais l’entrainement sérieux dimanche au mont St-Bruno en vue du Ultimate XC de St-Donat, plusieurs courses qui se déroulaient dans le nord-est du continent ont retenu mon attention.

Le tout a commencé vendredi par le Défi de la Tour du Stade olympique. C’était une épreuve assez inusitée. En effet, elle consistait en une course de 4 km suivie de l’ascension des 850 marches de la Tour.  Certainement pas facile comme défi, les participants devant se garder des réserves durant la partie « course » afin de pouvoir grimper la tour à un bon rythme…

La course a été remportée, en 19:59 et avec 44 secondes d’avance, par le sympathique David Le Porho dont j’ai déjà parlé sur ce blogue. Disons que lorsque David s’aligne au départ d’une course, particulièrement au Québec, il la gagne plus souvent qu’autrement. Je m’attends à le voir (en fait, à ne pas le voir, justement) devant à St-Donat… Mon amie Chantale, celle qui m’a donné le goût de me mettre à la course jadis, était de la partie. Elle a terminé en 30:27.

Le lendemain avaient lieu les courses de 1, 2, 5 et 10 km dans le cadre du même événement. Des grosses pointures étaient présentes: le 5 km a été remporté par Baghdad Rachem en 15:27 et le 10 km, par Amor Dehbi en 32:33. Chantale n’est pas demeurée en reste, réalisant un impressionnant 24:41 sur le 5 km. Sous les 5 minutes/km de moyenne !  Un gros bravo pour ton week-end de course !!!  🙂

Toutefois, ce jour-là, c’était plutôt le North Face Endurance Challenge de Bear Mountain qui retenait mon attention, particulièrement l’épreuve-reine: le 50 milles. Remportée par l’Américain Jordan McDougal en 7:13:52, cette épreuve a mis en évidence la progression des coureurs québécois dans le domaine de la course en sentiers: 4 des 8 premiers sont effectivement originaires de la Belle Province. Parmi eux, Sébastien Roulier, qui a gagné une course de 100 km en mars et qui était à Boston où il a fait 2h38. Il s’est « contenté » de la huitième place à Bear Mountain. Une vraie machine.  Je me demande encore et toujours comment il fait…

J’avais un sentiment ambivalent en regardant les résultats « entrer ». J’aurais vraiment aimé y être, mais j’avais anticipé (avec raison) ne pas être totalement remis de Boston à ce moment-là. Que voulez-vous, je ne suis qu’un pauvre être humain, alors que d’autres… J’espère y être l’an prochain, mais Boston sera encore plus près dans le temps et je n’aurai pas eu plus de temps pour m’entrainer en sentiers. Enfin, on verra bien.

Puis dimanche, c’était dimanche de course dans la région de Toronto avec les deux marathons ennemis qui se déroulaient en même temps: celui de Toronto dans la ville-reine et celui de Mississauga, en banlieue.

Le premier a été assombri par le décès d’une jeune fille de 18 ans qui en était à son premier marathon et qui s’est effondrée dans les derniers kilomètres. Ce sont des choses qui arrivent malheureusement assez régulièrement et qui s’expliquent difficilement. On parle souvent de problèmes cardiaques congénitaux, condition inconnue des personnes qui en sont atteints. Ces personnes sont souvent des coureurs expérimentés qui ont déjà plusieurs courses à leur actif. C’était le cas de la jeune fille en question, qui avait fait plusieurs demi-marathons. Fait étonnant, la grande majorité des cas, ce sont des hommes qui succombent suite à un tel malaise. Peut-être suis-je moi aussi en train de mettre ma vie en danger parce que j’ai une malformation cardiaque dont j’ignore même l’existence. Mais pensez-vous que je vais arrêter « au cas où » ?  Jamais.

Du côté sportif, le marathon de Toronto a été remporté par un Québécois très connu dans le milieu, Terry Gehl, en 2h37. Preuve que cette course n’attire vraiment pas l’élite, le temps relativement lent du vainqueur et le fait qu’il soit âgé de… 44 ans !  Du côté de Mississauga, ça s’est gagné en 2h29… par un autre homme dans la quarantaine. Décidément…

Ce qui m’intéressait le plus dans ces deux courses, ce n’était pas tant les exploits sportifs que le niveau de participation. À Toronto, 1694 personnes étaient de la partie alors que dans sa banlieue, à peine la moitié, soit seulement 850, y étaient pour souligner le 10e anniversaire de cette épreuve. Ceci qui confirme le déclin de cette dernière, car nous étions 250 de plus en 2011, quand j’y ai participé. Mais on dirait bien  que la controverse qui a suivi la disqualification de deux coureurs d’élite cette année-là suite à une erreur des cyclistes-guides fait encore mal. Il faut dire que le parcours, moche à souhaits par bouts, ne doit pas aider non plus…

J’ai comme l’impression que le Marathon de Mississauga est appelé à disparaitre à moyen terme, car il n’est pas normal qu’en plein boom de course à pied, une épreuve connaisse une telle régression dans son niveau de participation. Il va falloir que ce marathon se renouvelle s’il veut tout simplement réussir à survivre.

Boston: un bilan

La course étant maintenant loin dans le rétroviseur, vu qu’elle est chose du passé depuis plus de trois semaines, il est peut-être un peu tard pour faire un bilan. Par contre, avec le recul, j’ai eu l’occasion de réfléchir, de repenser aux événements, revoir la situation sous plusieurs angles différents. Je vous présente ce soir mes conclusions, qui me serviront également d’aide-mémoire en septembre prochain, quand je me demanderai si je retourne à Boston ou pas.

Les événements

J’ai eu quelques réactions à chaud sur ce blogue après avoir appris la nouvelle de l’attentat. Je ne sais pas si ça a paru, mais durant les heures qui ont suivi, j’étais tout simplement enragé. J’étais en colère contre cet acte d’une lâcheté et d’une barbarie sans nom. S’attaquer à un événement familial, où la bonne humeur règne, où on voit des gens heureux, tellement fiers de ce qu’ils ont accompli, afficher sourires par dessus sourires, je trouvais ça tellement, mais tellement injuste…

Des experts en terrorisme, dont une dame qui est passée à Tout le monde en parle, ont dit que des attentats comme celui-là, où des enfants trouvent la mort, il y en a à tous les jours à Bagdad, et on n’en fait pas de cas. Ça m’a donné une certaine perspective… jusqu’à ce que je me dise: cette dame, est-ce qu’elle était à Boston le 15 avril dernier ?  Est-ce qu’elle a fait le marathon ?  Est-ce qu’elle court depuis des années avec comme objectif de faire cette épreuve si mythique ?  Est-ce qu’elle a fait comme moi, passer à moins de 50 pieds de l’endroit où les bombes ont explosé ?  NON !!!  C’est bien cute les belles théories, mais quand on fait partie des événements, on ne voit pas ça du même oeil.

Nous avions beau être rendus loin quand c’est arrivé, nous avons tout de même été touchés. Barbara et moi sommes en couple depuis 26 ans. Notre histoire a commencé par un amour d’adolescence qui s’est solidifé avec les années. Nous avons traversé ensemble les épreuves des études universitaires, le stress des différents emplois, la maladie, les deuils. Nous avons évidemment eu des accrochages bien légitimes dans notre vie commune, c’est inévitable. Mais jamais nous nous sommes chicanés, jamais nous n’avons élevé la voix l’un contre l’autre. Je sais que ça peut paraitre bizarre, mais ce n’était jamais arrivé… jusqu’au mercredi suivant la course. Ce soir-là, nous avons tous les deux élevé la voix pour une histoire d’une banalité sans nom. C’était un peu surréaliste. Et c’est à ce moment que nous avons réalisé que l’attentat nous avait perturbés.

Alors les grands penseurs avec leurs grandes théories élaborées à partir leur tour d’ivoire…

Côté sportif

En ce qui concerne l’aspect sportif, ce marathon m’a surpris. Je l’avoue: comme le parcours n’est pas admissible pour un record du monde à cause de son dénivelé avantageux et sa linéarité,  je l’ai pris à la légère. J’avais entendu, de plusieurs personnes, qu’il était difficile, que je devais me conserver pour les Newton Hills, de faire attention, etc.  J’ai fait l’erreur de me fier à mon expérience en ultra pour me dire que ces côtes-là, ce ne sont pas vraiment des côtes… J’en ai payé le prix.

Ce matin-là, j’avais un 3h06-3h08 dans les jambes… sur un parcours comme Ottawa ou Philadelphie. Pour Boston, j’avais 3h10. Or, j’ai couru comme 3h06, ce qui m’a fait perdre énormément de temps dans les derniers kilomètres.

Mon résultat: 3:12:26, avec un deuxième demi 6 minutes plus lent que le premier, le tout bon pour une 4211e place au classement général. Ça donne une excellente idée de la force du contingent de coureurs présents. Moi qui vise toujours le top 10% dans une course (j’ai déjà fait 5-6%), j’étais environ à 18% là-bas. C’est certain que si on compare mon rang (4211) à mon numéro de dossard (6883), on voit une très nette progression. Mais je devine bien que les numéros 1 à 6882 ne se sont certainement pas tous présentés au départ, alors ma progression par rapport aux autres, je ne sais pas tellement où la situer.

Donc satisfait, dans les circonstances. Mais j’aurais pu faire mieux.

Retourne ou pas ?

Bien honnêtement, avant même le début de la course, j’avais décidé que je ne retournerais pas. J’aime bien arriver d’avance sur les lieux d’une course, mais 3 heures d’avance ?  Prendre une navette pour prendre une autre navette ?  L’enfer.  J’étais heureux d’être là, c’était un rêve que je caressais depuis des années. Faire Boston, c’est en quelque sorte la consécration pour le coureur du dimanche, alors c’était certain que je ne pouvais pas manquer ça. Mais y retourner ?  J’avais d’autres courses en vue et je comprenais difficilement ceux qui y retournent année après année.

Puis, deux choses m’ont fait changer d’idée. La première, malgré le fait que je me sois promis durant toute la course que plus jamais je ne ferais ce parcours de mes deux, est que je ne voulais pas garder un mauvais souvenir de Boston pour le restant de mes jours. Alors je devais y retourner pour me prouver que j’étais capable d’y faire une belle course. Mais ce n’était pas nécessairement pour 2014, même si je suis déjà qualifié. Je me disais qu’à partir de 2015, j’aurai 45 ans et le standard passera à 3h25 pour moi, alors j’aurai probablement bien d’autres occasions de me faire valoir (ça j’en ai rêvé longtemps: avoir la chance de pouvoir choisir si je vais à Boston ou pas :-)). Pour 2014, j’avais d’autres plans.

Sauf que ces plans ont été chamboulés. Maintenant, tout ce que je veux, c’est montrer à ces lâches que je n’ai pas peur. Et je sens que c’est mon devoir d’aller rendre un hommage aux victimes de ces actes d’une bassesse inimaginable.

Alors l’an prochain, j’estime présentement à 90% les chances que j’y serai. Je compte même utiliser mon 3h06 de Philadelphie 2012 à l’inscription, question d’avoir la certitude d’être accepté, même si ça veut dire être placé avec des coureurs plus rapides au départ.

Et puis, nous avons une ville à visiter…

Marathon de Boston: de Wellesley College à l’arrivée

Note: j’ai écrit le récit qui suit, tout comme celui de la première moitié, en tentant de me remettre dans le même état d’esprit que celui dans lequel je me retrouvais durant la course et juste après. Les événements qui ont suivi ont toutefois altéré ma perspective par rapport à ma performance, qui est bien secondaire maintenant…  Je reprends donc la course où je l’avais laissée, soit à Wellesley College.

“Awesome !  Awsome !”

C’est le gars qui court à côté de moi. Nous venons de terminer la traversée du scream tunnel et nous sommes revigorés. Et en plus, ça descend (vu que ça ne monte pas), alors nous y allons gaiement. Et moi de lancer: “Already done ?”. Ben quoi…

Ok, revenons aux choses sérieuses. Je passe le demi en 1:33:13, un peu mieux qu’à Philadelphie. Mais je sais pertinemment que je ne pourrai pas faire mieux dans la deuxième moitié du parcours, à cause des côtes. Mais un 1h35 pour un temps dans les 3h08 est envisageable. Surtout que j’ai un plan pour les 3 prochains milles. Il est simple: ralentir. Le but: me garder du jus pour les fameuses Newton Hills et puis ensuite, profiter de mon expérience en ultra pour regagner du temps dans les descentes.

Sauf qu’il y a un premier hic à tout ça: je me rends compte que je n’ai rien mangé depuis le départ, à part deux gels. Shit, je dois prévoir le mur, c’est impératif. Je commence donc à fouiller dans mes poches pour prendre un morceau de Power Bar. Après m’être battu avec le foutu ziploc cheap, je réussis à en prendre un et à l’avaler. Puis j’en prends un autre. Aussitôt l’opération complétée, je sens mon estomac plein: en fin de compte, je n’avais pas besoin de manger.

J’essaie de prendre un verre d’eau pour faire passer le tout: je me sens encore plus plein. Merde !  Ok, ça va descendre, ça va descendre… Pas tellement plus loin, je sens un reflux gastrique. Et là, mon esprit se met à imaginer toute la nourriture que j’ai engloutie depuis ce matin qui trempe dans l’acide de mon estomac, avec les bubulles, les émanations et tout le tralala. Merveilleux comme pensée durant un marathon, il n’y a pas à dire.

Au point d’eau suivant, je ne prends même pas d’eau. Au 15e mille, je regarde ma cadence: je n’ai pas ralenti, trop préoccupé par mon système digestif. On aurait pu croire que ça aurait pu, que ça aurait dû me ralentir, mais non, j’ai conservé la même vitesse. Donc, pas suivi le plan. Et je me sens un peu juste, surtout avec les côtes à venir.

Descente vers Charles River et j’atteins la pancarte du 16e mille. Ok, plus que 10, soit 16 km. J’essaie de me convaincre qu’il ne me reste plus qu’une sortie de semaine à faire, sans les intervalles. Mais mes jambes ne sont jamais fatiguées à ce point quand je pars courir la semaine. En plus, mes pieds ont commencé à enfler et je me sens trop serré dans mes souliers. Pas le temps de m’arrêter, je dois endurer car j’ai un ennemi à abattre: le chronomètre. Le maudit chronomètre. Au moins, mon estomac semble s’être replacé.

Arrivée à Newton: le party commence. Et ça monte, ça monte. Définitivement la côte la plus difficile du parcours jusqu’à présent. Pourtant, je suis perplexe. Dans un petit vidéo sur YouTube, Bill Rodgers, 4 fois vainqueur de l’épreuve (je plains le patient qui va vouloir me faire courir ce marathon-là 4 fois !  Quoique la dernière étudiante de Wellesley…  ;-)), nous faisait faire une petite reconnaissance de ces fameuses côtes. Or, selon ma mémoire, il nous disait que tout commençait à la caserne des pompiers de la ville (en fait, il le dit clairement: c’est la deuxième côte qui se présente après ladite caserne; moi et ma mémoire…). C’est que je n’ai jamais vu de caserne, moi… Et ça monte toujours !  Ne me dites pas que cette côte-là ne fait pas partie du lot ?  Ça en ferait 5 ?  Bande de sadiques !

Suite à mes (pas tellement efficaces) devoirs d’avant-course, j’avais prévu perdre une seconde sur ma moyenne globable à chaque côte. J’arrive en haut de ce que j’espère être la première Newton Hill (elle était vraiment longue !) avec une moyenne globale de 4:25/km. Comme prévu, j’ai perdu 1 seconde. Pas de dommage par ailleurs. So far, so good.

Je continue de chercher la fameuse caserne du regard, profitant du plat relatif avant la suite des choses. Finalement, à la hauteur du 17e mille, la fameuse caserne. Mais au moins, je suis certain qu’il ne reste plus que 3 montées, car je suis rendu trop loin. Je pousse un ouf relatif. Nous tournons sur Commonwealth Avenue et la voilà, devant nous, la deuxième. Shit, elle semble assez abrupte merci… Celle-là me rentre un peu plus dans les jambes. Vive les ultras où on se donne le droit de monter en marchant. Au moins, elle est plus courte et comme prévu, j’arrive en haut à 4:26 de moyenne globale.

Le parcours nous donne un certain répit en nous offrant une descente en douceur avant la suite des choses. J’entends d’autres coureurs se plaindre que les descentes sont difficiles pour les jambes. Vous ne savez pas c’est quoi, des descentes, vous autres !  Malheureusement, je ne peux toutefois pas me laisser aller comme je l’aimerais, mes jambes me réclamant une certaine récupération.

30e kilomètre en 2:13:41. Plus que 12. Allez, t’es rendu !  Je calcule qu’à 5 minutes du kilomètre, je me requalifie. C’est déjà ça de pris. Sauf que le simple fait que je me rassure avec ce calcul m’inquiète. Mon subconscient saurait-il des choses que j’ignore ?

19 mille: troisième Newton Hill. À peu près identique à la précédente. Celle-là fait mal. Ce que j’aimerais que ce soit la dernière !  Il fait beau, il vente légèrement, la température est fraiche, nous sommes tous des coureurs expérimentés. Et pourtant, le parcours fait des victimes. Certains marchent. Je tiens le coup, mais ce n’est pas facile. Moyenne en haut: 4:27.

20e mille, le fameux 20e mille. C’est ici que le mur peut commencer à se dresser. Je ne crois pas que ça va m’arriver, j’ai fait mes devoirs de ce côté. 6 sorties de 32 km et plus, quelques gels durant la course, un estomac bien rempli, mes réserves devraient être suffisantes. Mais le reste ?

Une autre montée se pointe. Est-ce Heartbreak Hill ?  Ça doit être Heartbreak Hill. Il FAUT que ce soit Heartbreak Hill !   Les autres autour de moi se posent la même question. Ils ne pourraient pas l’indiquer clairement, question de nous encourager ?  J’ai l’impression de ne plus avancer. Tant qu’à faire, je pourrais bien marcher, comme en ultra ?  C’est aussi efficace et moins fatigant. Je regarde mon GPS pour voir… Ma cadence est encore largement sous les 6 minutes/km, malgré la montée. Merde, si je marche, ça va vraiment me ralentir, je dois continuer à courir. Plusieurs marchent, s’arrêtent sur les côtés. Ce n’est plus que la volonté qui me permet de continuer de courir. Si on peut appeler ça courir…

Comme la pente comence enfin à s’adoucir, je jette un oeil à ma moyenne: 4:28. Cool !  J’ai tenu le coup. Mais la joie est de très courte durée. J’ai à peine baissé mon bras que ma jambe droite en entier, du mollet jusqu’à l’ischio, est terrassée par une crampe, me faisant perdre l’équilibre. J’en ai pour 3 ou 4 foulées à tituber avant de me redresser. “Shit, merde, fuck, TABARNAK !!!” (désolé pour la vulgarité, mais c’est comme ça que c’est sorti). Au même moment, j’entends un son très caractéristique: un gars est accoté sur une clôture, en train de se vomir les tripes. Je l’envie presque. Si j’étais pris comme lui, j’aurais une excuse pour arrêter…

J’essaie de reprendre mes esprits. 21e mille, plus que 5. Ok, c’était certainement HeartBreak Hill. Maintenant, ça descend jusqu’à l’arrivée. Un petit 8 km, t’es capable ! Sauf que je suis maintenant en mode damage control. Je n’ai pas le choix, je dois avancer à petites enjambées et ralentir le rythme, sinon les crampes vont revenir, plus fortes et plus rapprochées. Et cette descente qui se présente, elle est si belle !  Je devrais la faire à 4:00/km, j’en suis réduit à 4:30-4:40. En descente !

À partir de maintenant, je ne pense qu’à une seule chose: finir. Je ne vois plus le parcours, plus les spectateurs. Je sais qu’il y en a maintenant des milliers, mais je ne les vois pas, ou à peine. Chaque mille dure une éternité (vive les kilomètres !). Je dépasse certains coureurs plus maganés que moi, mais je me fais dépasser beaucoup. J’ai horreur de cette sensation: ne pas m’être ménagé assez et me faire dépasser par des gens qui ont mieux géré la course que moi. J’aime terminer en force et là, je suis en damage control. Maudit que j’haïs ça !

23e mille. Cout’ donc, elle est où, votre ville ?  On est encore en banlieue. Ce n’est pas supposé être le marathon de Boston ? À un certain moment, je sens que ma jambe a récupéré, alors j’y vais un peu plus fort. Aussitôt, la crampe revient. Merde !  J’ai l’impression de ne plus avancer, ce que confirme mon GPS: 4:46-4:48/km, ma moyenne est maintenant rendue à 4:29. Je risque de ne pas être en mesure de battre mon temps d’Ottawa…

24e mille. Plus que deux et des poussières. 3.5 km et tout sera fini. Moyenne à 4:30/km. Re-merde. Ça vas-tu finir par finir ?  Plus jamais Boston, plus jamais !  Comme pour nous rappeler que nous sommes toujours en train de faire le Marathon de Boston, il y a une petite côte pour nous avant d’atteindre le 25 mille.  Elle est probablement insignifiante, mais dans l’état où je me trouve…

RuesBoston1

La souffrance des derniers milles…

Enfin la pancarte “One mile to go !!!”. Moyenne à 4:31/km. Pendant une éternité, je pense à ce blogue et me demande si je suis bel et bien dans le dernier kilomètre. En tout cas, je vis la course en microcosme: c’est dur, je souffre, j’ai hâte que ça finisse et me promets encore une fois de ne plus jamais revenir !

Puis, c’est Boylston Street. Et à l’autre bout du monde, l’arrivée. On la voit de loin, de très loin. Je bloque mon regard dessus et avance, une mini-foulée à la fois. Je n’entends ni ne vois la foule. La ligne semble s’éloigner. Maudit que c’est dur !

Finalement, j’atteins l’arrivée. J’aperçois 3:16 sur le chrono officiel. J’arrête mon GPS: 3:12:26. Je suis vidé, complètement brûlé. Sur mes 10 marathons, je le classerais 3e au niveau de la souffrance. Côté performance, je le classerais 2e, mieux qu’à Ottawa où j’avais été une quarantaine de secondes plus rapide, mais sur un parcours tellement plus facile que je n’ose même pas comparer.

La nuée de bénévoles se met alors à l’oeuvre autour de moi. Aussitôt la ligne d’arrivée franchie, on me couvre d’une couverture de survie. Il y a même des bénévoles attitrés à coller un morceau de ruban gommé pour l’aider à tenir en place. Je reçois ma médaille. Ho, très class, je dois dire !  Jamais je n’ai autant senti avoir mérité ma médaille à l’arrivée d’un marathon !

ApresArrivee

Heureux d’avoir terminé, après une performance tout de même pas si mal

Commence alors le long processus qui m’amènera à la sortie. On nous donne de l’eau, du Gatorade, des Power Bar, un petit lunch. Pendant que j’attends en ligne, je me permets enfin de regarder autour de moi. Je regarde la ville, si belle. Et je me dis: “Wow, tu viens de terminer Boston !”. La souffrance se  transforme subtilement en émotion. Je me sens envoûté par ce qui se passe autour de moi. Ça me prend tout mon petit change pour retenir mes larmes. Si Barbara était là, juste à côté, je m’effondrerais dans ses bras, c’est certain.

Ok, un peu de retenue, je me laisserai aller tantôt… Je poursuis ma lente progression vers la sortie. Les indications sont claires, les bénévoles tout autant. Sur une affiche, je vois les temps des premiers. Ça s’est gagné en 2:10:22 ?  Il me semble que c’est lent, non  (ok, j’adorerais être « lent » comme ça) ?  Ça m’encourage un peu, par rapport à ma relative contre-performance.

J’arrive à l’autobus qui est supposé avoir ramené le sac jaune contenant mes affaires que j’avais laissé en consigne avant le départ. Je me place en file devant la fenêtre où il devrait normalement se trouver et j’attends. La bénévole à l’intérieur est tout simplement incapable de trouver un sac, alors c’est long, c’est long… Les gens s’impatientent, commencent à crier leur numéro. Quand elle finit pas sortir un sac, trois numéros sont criés en même temps. Un gars à côté de moi a la bonne idée de tout simplement brandir son dossard dans les airs. Je fais de même et après une ou deux années, je revois enfin mon gros machin jaune identifié 6883.

Les longues minutes resté planté sur place, alors qu’i ne fait pas tellement chaud, ont contribué à faire figer mes muscles. J’ai les mains pleines, il y a du monde partout, mais je dois enfiler quelque chose de plus chaud: je suis vraiment en train de figer. Finalement, je me dirige vers le devant de l’autobus et dépose mes choses dans l’escalier (le sol est vraiment trop bas) , question de pouvoir me changer sans avoir à me pencher. Je réussis à enfiler un chandail avant de me faire gentiment “expulser” de l’entrée de l’autobus.

Direction aire des familles maintenant. Je cherche du regard la lettre “G” et vois tout de suite Barbara qui m’envoie la main. J’envoie la main à mon tour. Et belle surprise: ma mère est là !  Hier, elle avait manqué le souper à cause d’une migraine et nous craignions tous qu’elle ne puisse pas être présente aujourd’hui. Mais elle est là !

Je titube jusqu’à eux et me jette dans les bras de Barbara, tout heureux d’enfin la voir. Mais beaucoup de temps s’est écoulé depuis mon arrivée et la vague d’émotion s’est dissipée. Je sers ensuite ma mère et mon père dans mes bras. Je sens leur fierté. Merci à tous d’être là pour partager ce moment avec moi. Je vous aime…

Retrouvailles1

Avec ma tendre moitié, celle qui réussit si bien à s’adapter à mes horaires parfois bizarres… Merci mon amour !

Retrouvailles2

Le fou et son équipe de soutien

Demi-marathon de Montréal Scotia Bank

C’est ce matin à 10 heures que sera donné au parc Jean-Drapeau le départ du demi-marathon de Montréal Scotia Bank. Cette belle course étant considérée comme le championnat canadien du demi-marathon, elle attire à chaque année de bien grosses pointures de la course de fond au pays. Ces deux dernières années, les vainqueurs ont été Reid Coolsaet et Eric Gillis, deux coureurs qu’on a ensuite vus aux Jeux olympiques de Londres.

Ça me fait un peu bizarre de ne pas y être, moi qui ai été de la fête 6 fois consécutives, entre 2007 et 2012. Cette course était toujours mon premier objectif de la saison, une bonne préparation en vue de mon marathon du printemps. Mais avec Boston disputé seulement deux semaines auparavant, je redoutais des séquelles et de ne pas être en mesure de performer comme j’aurais aimé, alors j’ai décidé de passer mon tour. Ça  a été la bonne décision car j’ai dû rendre visite à ma chiro cette semaine pour corriger un problème mineur.

Je serai donc à St-Bruno à 10h, mais j’aurai des pensées pour plusieurs amis et connaissances qui seront sur l’île Notre-Dame par cette journée merveilleuse pour la course.

Bonne chance à tous et à toutes !