Massanutten – l’avant-course

« Nous sommes arrivés hier à 23h30. Quand nous sommes entrés dans notre sukkah, ça sentait le moisi et il y avait des milliers crottes de souris partout, même sur les lits. On en aurait eu pour au moins une heure à faire le ménage avant de peut-être pouvoir se coucher. On a décidé de laisser faire et d’aller à l’hôtel. On est au Holiday Inn Express à Woodstock. Vous voulez que je vous réserve une chambre ? » (citation approximative)

Hé, c’est notre hôtel ça !

Ben oui, je ne suis pas un « vrai » (mot que je devrais utiliser avec parcimonie, je crois ;-)) ultrarunner. En ce sens que bien que j’adore fraterniser avec les copains et que, suivant l’esprit de la course en sentiers, je ne compétitionne pas vraiment avec eux, je suis trop douillet et trop antisocial (certains diront « sauvage ») pour la vie minimaliste et en communauté que cet esprit implique.

Coucher dans l’humidité d’une tente ou dans une salle commune la veille de me taper 160 kilomètres à la course ?  Comme dirait l’autre, c’est trop pour moi. Mes comparses ont toute mon admiration d’être en mesure de le faire.

À Massanutten, les offres d’hébergement dépassent le camping classique. Comme le quartier général de la course est situé dans un camp de vacances, on y retrouve des cabins et des sukkahs (soit la misère et la grosse misère), endroits où on retrouve plusieurs lits. Les cabins ont l’eau, l’électricité et une toilette commune. Les sukkahs ?  Heu… Un toit ?  On dit qu’elles sont plus tranquilles. Je me demande bien pourquoi…

Avant la remise des dossards et suite au message que Sébastien avait envoyé aux quatre (Alexandre, Martin, Pierre et Stéphane) qui faisaient la route le vendredi, mon père et moi sommes allés visiter lesdites cabins.

Ouf, bien que celle que nous avons visitée n’était pas aussi « garnie » que la description que Sébastien en faisait de leur sukkah, j’aurais définitivement été trop douillet pour passer la nuit là. Lits superposés trop petits, sales et gorgés d’humidité, planchers en contre-plaqué datant de l’avant-guerre et, oui, on y retrouvait des dépôts provenant de rongeurs. À 30$ par personne par nuit, c’était tout simplement du vol.

De retour au quartier général, j’ai pris mon dossard et nous nous sommes installés sous la tente en attendant les autres et le début du briefing.

FredCheckIn

Le classique « mug shot ». Maintenant je comprends pourquoi ils voulaient que je me place au-dessus du petit fanion au sol… (photo: Kevin Sayers)

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Devant le fameux « silo » qui, après réflexion, est fort probablement un ancien observatoire. En tout cas, ce serait un bon endroit pour en installer un, en plein milieu de nulle part…

Notre joyeux quatuor est arrivé avec une marge de manœuvre, autour de 15h45. Au point où, le briefing commençant avec un peu de retard, Pierre s’est même permis de se plaindre à la blague que ça prenait du temps.

Kevin, le directeur de course, s’est emparé du micro. J’adore son sens de l’humour. Il a le don de passer des infos qui ne seraient normalement pas intéressantes en y ajoutant sa touche toute personnelle. C’est donc dans la bonne humeur que le tout s’est déroulé. J’ai surtout retenu que la météo allait jouer au yo-yo le lendemain: fraîche en début de course, presque chaude en mi-journée pour être suivie de pluie et d’une baisse marquée de la température. La gestion de l’habillement allait jouer un rôle-clé.

Briefing

Avec mon père et Martin durant le briefing. Celui-là a le don de me faire rire à chaque fois qu’il ouvre la bouche. On en a la preuve ici… 🙂 (Photo: officiellement Kevin Sayers, mais bon, il était en train de jaser au micro, alors ce n’est certainement pas lui qui a pesé sur le piton)

Il manquait un gros morceau à ce briefing : Gary Knipling, la légende. J’ai vu qu’il était inscrit, mais il n’était pas là. Un bénévole en a fait allusion, disant porter un bracelet en son honneur. J’avoue que ça m’a inquiété. Il avait quelque chose, mais quoi ?  Un cancer ?  C’était ce qu’il y avait de plus plausible, dans les circonstances… Un Massanutten sans un fist bump de la part de Gary Knipling, c’est comme un Masters sans la présence d’Arnold Palmer. On sait que ça va arriver un jour, mais on se fait pas à l’idée que ça pourrait être cette année.

Toujours est-il que le briefing s’est terminé après quelques questions posées çà et là par des coureurs inquiets: dans quelles conditions sont les sentiers, quand les drop bags seraient-ils disponibles, etc. Honnêtement, malgré son humour, j’ai eu l’impression que Kevin n’était pas totalement «dedans» car ça m’a semblé beaucoup plus court que l’an passé. Et quand la bouffe est arrivée, tout le monde s’est garroché et à partir de là, l’assemblée était levée.

Pour nous, ça signifiait l’heure du retour à l’hôtel car, je le répète, je ne suis pas un « vrai » ultrarunner. Je ne me suis jamais résigné à manger autre chose que la bouffe de ma douce la veille d’une course. Pourtant, ce n’est jamais rien de compliqué : des pâtes avec une sauce toute simple à base d’huile d’olives. Mais bon, je ne veux pas faire des essais la veille d’une course, alors…

En tout cas, ce n’est pas autour de l’hôtel que j’aurais pu tenter des expériences culinaires par ce beau vendredi soir. Ha, il y avait bien des restos tout autour, mais tous du genre très « américain » : McDonald, Burger King, Taco Bell, PFK, Wendy’s, Pizza Hut. Après ça on se demande comment il peut y avoir une véritable épidémie d’obésité au sud de la frontière…

J’ai tout de même fait quelque chose de différent en cette veille de course: j’ai succombé à l’appel du houblon.  Je l’avais fait à Washington avec des résultats pour le moins surprenants, alors pourquoi ne pas tenter ma chance ici ?  C’est quoi le pire qui pouvait m’arriver ?  Que je me plante le lendemain ?  Ce ne serait certainement pas une bière qui allait faire tout basculer.

Nous avons eu à peine le temps de terminer notre souper que nous avons entendu parler français dans le corridor : les 4 joyeux lurons étaient dans la chambre en face de la nôtre !

Vous allez dormir à 4 ici ?  Voilà, c’est confirmé: je ne suis définitivement pas digne d’être appelé un ultrarunner. J’aime bien mes compagnons de course, je les aime beaucoup même, mais de là à partager un lit double avec l’un d’eux… Moi, sentir le frottement des pieds d’un autre sur mes jambes, bof… Traitez-moi de vieux garçon si vous voulez, mais à part ma tendre moitié, il n’y a personne avec qui j’ai envie de vivre ça. Ok, à la limite, vraiment mal pris, j’accepterais peut-être Magalie Lépine-Blondeau. Peut-être. Savez-vous si elle fait des ultras ?

Mais bon, ça n’avait pas l’air de les déranger outre mesure. Quoi qu’à les voir trinquer leur IPA, peut-être qu’après tout…

Stéphane m’a demandé mes objectifs. Heu, bonne question !  Après réflexion, j’aurais aimé au minimum le finir, bien évidemment. Ensuite, j’aurais visé de faire un meilleur temps qu’en 2015. Descendre sous les 26 heures était selon moi atteignable, surtout que la température allait être plus clémente. Sous les 24 heures ?  Ce serait le nirvana !  Côté classement, un top 20 ?  Possible, surtout qu’on a fini en 23e position l’an passé. À voir.

Après notre « petite » jasette (à un moment donné, nous étions 8 dans la chambre), ce fut la courte nuit et maintenant à 2h45, il est l’heure de partir pour Caroline Furnace. Étonnamment, le stationnement de l’hôtel est plein à craquer, preuve que beaucoup de gens s’y arrêtent pour passer la nuit (c’est tout juste à côté de l’autoroute). Comme nous rangeons nos choses dans le RAV4, un gars arrive et commence à faire de même dans l’auto stationnée tout juste à côté. Il s’en va à la même place que nous, celui-là !  Ça me rassure un peu de savoir que je ne suis pas le seul freak de la ponctualité qui s’arrange toujours pour être vraiment d’avance. Vous savez, au cas où qu’il y aurait un imprévu dans les imprévus…

Le sinueux chemin qui nous mène au départ est (ho surprise) désert. Après avoir évité renards et chevreuils, nous arrivons au départ qui bourdonne déjà d’activité. Comme il fait frais, presque froid (environ 8 degrés), mon père va demeurer dans l’auto durant mon « éclipse » dans les boîtes bleues. Je le rejoindrai plus tard et c’est de là que nous attendrons.

3h45, nous nous dirigeons à la tente. Après l’enregistrement, je retrouve mes amis. Pierre n’a pas son sourire détendu habituel et pour cause: son sac d’hydratation a une fuite. Après quelques recherches, il n’a pas trouvé de moyen pour le réparer. Je lui offre du duct tape, mais il est trop tard, mon père n’aura pas le temps d’aller le chercher au RAV4 avant le départ. Peut-être au premier ravito, à Edinburgh Gap ?

J’avoue que je me fais un peu de souci pour mon partner. Lors de notre dernière sortie ensemble, il en avait arraché, au point d’arrêter après 19 kilomètres. Bon, il avait gros rhume, mais il ne m’était pas apparu à son top lors du fat ass non plus. Ajoutez à ça qu’il n’a pas fait son volume d’entrainement habituel et bon, je me demande comment il va s’en tirer ici. Bah, au pire pour lui, il devra s’accrocher à moi comme je me suis accroché à lui l’an passé.

Pour ma part, côté équipement, j’ai décidé de partir avec ma ceinture à la taille avec deux bouteilles à la base du dos. Sur ce parcours, je préfère avoir les mains libres et je me dis que s’il devait faire chaud, je ne serais pas «emprisonné» dans ma veste. Le plan est d’enfiler ladite veste à Camp Roosevelt (mile 63.9) ou au mieux, à Gap Creek I (mile 69.6), en vue de la nuit. Dans mes pieds, mes Skechers GOtrail Ultra 3 qui ont passé les tests que je leur ai imposés avec les grands honneurs. Malgré l’épaisseur de leur semelle, ils sont très stables et en plus, côté confort, ils sont incroyables. Aussi, ils m’ont prouvé leur efficacité sur la roche mouillée, un incontournable ici. Je porte également le couvre-chef de la compagnie, mais malheureusement pas la camisole, qui n’est pas conçue pour porter une veste (et qui ne me va vraiment pas bien, pour être bien honnête). Quant aux shorts, je n’ai pas eu l’occasion de les tester sur une longue sortie, alors ce n’est pas le moment de faire des essais. Pas vraiment envie de me retrouver les parties intimes à vif avant la nuit, mettons…

Tiens, voilà Gary Knipling !  Il est en grande conversation avec un coureur et abhorre son légendaire sourire. Ses traits sont tirés, mais son visage n’est pas amaigri. Peut-être que ce qu’il a n’est pas si grave après tout. En tout cas, il ne prendra pas le départ car il porte une bonne vieille paire de jeans.

La température froide rend l’ambiance un peu étrange. En effet, personne ne sort de la tente, malgré le fait que le départ est dans moins de 3 minutes. Et comme on n’est pas dehors, on ne sent pas d’empressement ou de nervosité d’avant-course. Et pourtant…

En tout cas, pas moyen de faire la photo « pendant qu’on a le sourire » devant l’horloge comme l’an passé, on va faire ça à l’intérieur:

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La délégation québécoise (presque) au grand complet: Sébastien, moi, Stéphane, Martin, Pierre et Benjamin avant le départ. Ne manque qu’Alexandre, aux prises avec une « urgence » de dernière minute ! 😉

Puis, mon père me souhaite bonne chance et me dit de m’amuser. Je lui réponds tout simplement « Merci » en le serrant contre moi. Je suis vraiment content qu’il soit là. Contrairement à l’an passé, je suis serein. Je sais ce qui m’attend et malgré mes objectifs, je ne me suis mis aucune pression. Je vais prendre les roches une à la fois. Les blessures ?  Tout est sous contrôle. Le sciatique est rentré dans l’ordre juste à temps, la cheville se tient tranquille. Il y a bien le genou droit qui est endolori suite à mes premières sorties de vélo (ben oui, certains laissent la course pour le vélo à cause de problèmes aux genoux et moi, je fais le contraire), mais il devrait tenir. Il va tenir.

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Plus quelques secondes…

Kevin égrène les secondes et c’est parti. Mon onzième ultra, mon quatrième 100 miles est maintenant commencé.

Découvrez la Maison bleue

De retour de Massanutten depuis quelques jours, après un petit crochet pour une visite-éclair de Washington avec mon paternel. Un deuxième Massanutten beaucoup moins éprouvant que le premier et dont je vous reparlerai très bientôt.

Avant d’aborder le sujet principal de ce billet, j’aimerais d’abord dire un gros merci à tous ceux qui ont laissé des commentaires (que ce soit sur ce site ou par Facebook) suite à mon dernier article. J’apprécie beaucoup votre honnêteté et j’ai tiré plusieurs leçons de la « mini-saga des parcours ». Pour ceux qui se poseraient la question, non, monsieur Houde n’a pas donné de suite à ma réponse. Par contre, mes comparses n’ont pas raté l’occasion de me taquiner durant notre séjour dans la Virginie profonde. Et c’était tout à fait mérité.

Bon, le sujet du jour. J’ai longuement (moi, longuement, ben voyons…) élaboré sur le sujet quand j’ai fait Bromont en 2014 : j’éprouve un grand malaise quand vient le temps de prendre part à une levée de fond. Je ne sais pas, c’est probablement causé par une timidité maladive ou une peur de me faire « revirer », mais bref, j’ai toujours, toujours eu beaucoup de difficulté avec ça.

Lorsque ma partner Julie et moi nous sommes inscrits à la Petite Trotte à Joan, un des prérequis à la participation à cette épreuve était d’épouser une cause et de transporter un objet la symbolisant tout au long de notre odyssée.

Jusque là, pas de problème. Puis Julie m’a dit : tant qu’à faire, on devrait faire une levée de fond !

Heu…

Et puis merde, si elle sortait de sa zone de confort en se lançant dans une aventure presque deux fois plus longue que les 65 kilomètres qu’elle s’était tapés à Harricana en guise de plus grosse course à vie, pourquoi je ne ferais pas un effort moi aussi ?

Ok, mais c’était elle, la dame extravertie (en tout cas, elle l’est certainement plus que moi !) qui allait se faire les démarches. Moi, parler au téléphone… Vous savez que lorsqu’on utilise ces bidules, il y a parfois de vrais gens à l’autre bout ?  C’est traumatisant, parler à du vrai monde, vous savez…

Bon, on fait ça pour qui ?  Après discussions, nous nous sommes arrêtés sur une cause bien connue. Julie leur a écrit, à plusieurs reprises. Elle les a aussi appelés. Aucun accusé de réception, aucun retour. Nada. Je ne les nommerai pas, mais mettons qu’ils semblent plus intéressés à organiser leur spectacle annuel mettant en vedette le chanteur des pubs de Canadian Tire que de répondre aux gens « ordinaires » qui voudraient faire un petit effort pour les aider. À moins qu’ils soient du genre à avoir peur qu’il y ait quelqu’un à l’autre bout du fil s’ils devaient retourner un appel… Vous savez, il y a des gens comme ça, j’en connais !

Toujours est-il que ce fut peut-être un mal pour un bien car nous avons mis le cap sur la Maison Bleue. Et nous ne l’avons pas regretté, loin de là.

Qu’est-ce que la Maison bleue ?  C’est un centre qui accompagne les familles durant la grossesse et, le plus important selon moi, durant le développement de l’enfant. Si vous désirez avoir plus de détails, je vous conseille d’aller visiter leur site web. Aussi, Guylaine Tremblay, leur porte-parole, en parle plus longuement ici.

Salma, la responsable du financement, nous a chaleureusement accueillis à la maison de Parc-Extension. Tout de suite, le courant a passé. Elle nous a expliqué en détails l’histoire de la Maison, les services qui y sont offerts, la clientèle visée, les projets de développement, etc. Nous avions bien choisi notre cause. Et elle n’en revenait tout simplement pas que des êtres humains puissent se taper 120 kilomètres à pied. Tu sais Salma, ce ne sont pas tous les êtres humains qui sont doués de raison…

Suite à cette rencontre, je me tourne maintenant vers vous chers lecteurs afin d’aider à faire un petit quelque chose qui fait une grosse différence dans la vie de gens qui ne l’ont pas toujours facile. Car malheureusement, ce n’est pas vrai qu’on naît tous égaux. À nous les privilégiés de faire en sorte que certains, moins chanceux que d’autres, puissent effectuer leurs premiers pas dans notre merveilleux monde sans avoir à se soucier de choses dont ils ne devraient pas avoir à se soucier.

Pour effectuer vos dons, une page a été créée tout spécialement pour notre Petite Trotte. Ne vous gênez pas pour aller y jeter un coup d’oeil, elle est très chouette. On y retrouve même une belle photo de nous deux prise lors de notre tournée des trois sommets. En fait, la photo serait vraiment belle si je n’étais pas dessus, mais bon, que voulez-vous, il n’y a rien de parfait dans ce monde…

Petites vites de la fin avril

Beaucoup de petites choses ces dernières semaines, malheureusement pas tellement l’occasion de les partager avec vous, fidèles lecteurs. En voici toutefois quelques-unes, en vrac.

La blessure

« Si la course avait été en fin de semaine, je l’aurais courue ».

Voilà, pour ceux qui s’en soucieraient, c’est ainsi que je résume mon état de santé depuis quelques semaines. Je ne suis pas au top, mais je suis en mesure de courir. Marie-Ève a poursuivi son dur travail de « redressement » de ma vieille carcasse et comme je ne suis pas toujours tellement patient quand vient le temps de laisser une blessure guérir, ben le processus est long.

Mais je sens que je suis sur la bonne voie. Vais-je être à mon meilleur niveau à Massanutten ?  Jamais de la vie. Pas assez entraîné, pas assez remis. Mais j’y serai et compte bien le terminer, quitte à ce que ça prenne plus de temps.

Le fat ass

Stéphane, un camarade de course, a eu l’idée d’organiser une « petite » sortie de groupe à la fin mars. L’idée a fait boule de neige et, le soleil aidant, nous nous sommes retrouvés une bonne quarantaine dans le stationnement de la microbrasserie de Dunham, prêts à affronter en gang le « petit » parcours que notre organisateur avait tracé dans les chemins de campagne de cette superbe région.

Au programme: 50 kilomètres divisés en deux boucles. Une première faisait 35 km pour nous ramener au point de départ et une autre de 15 km venait s’y ajouter.

Stéphane a définitivement des talents d’organisateur car il avait tout prévu : le parcours était balisé et il offrait même un petit ravito autour du 16e kilomètre. Wow !

Après un départ groupé, le peloton s’est étiré selon les rythmes naturels de chacun. Comme par magie, je me suis retrouvé avec mes acolytes Pierre et Martin. Ce dernier semblant dans une excellente forme, nous avons fini par le laisser aller, le parcours étant somme toute pas mal exigeant.

Avant même le départ, j’avais décidé de m’arrêter après la première boucle, question de ne pas trop en faire car je n’étais tout simplement pas rendu là dans mon entrainement à ce moment-là (vous voyez, ça m’arrive d’être raisonnable !). Autour du 30e kilomètre, je me suis dit que peut-être que… Mais mes tendons m’ont rappelé qu’ils n’avaient pas vraiment envie d’en faire plus et comme ce n’était pas une compétition…

Ne pouvant résister à l’appel de la bière, Pierre s’est joint à son ami Vincent et à moi dans le « groupe des sages » (hum hum) qui a pris la microbrasserie d’assaut en premier. Que voulez-vous, ne dit-on pas qu’il est préférable de s’entraîner « un peu moins » qu’ « un peu trop » ?  Ça fait que…

Poing levé

Le temps était exécrable. Vraiment exécrable. Pluie, vent, 2 ou 3 minuscules degrés au thermomètre. J’étais sur le chemin du retour, vent en pleine figure, trempé jusqu’aux os. Autour du 28e kilomètre de cette sortie pénible au possible, je me suis retrouvé à combattre un vent qui me forçait à courir en adoptant une position exagérément penchée vers l’avant.

Une rafale vint me déséquilibrer. Puis une autre. J’ai laissé échapper un cri de rage contre les éléments. Puis, quelques mètres plus loin, un autre, encore plus fort, au point où j’en ai eu mal à la gorge.

Le reste de mon corps était somme toute correct, mais mes gants gorgés d’eau ne suffisaient plus à la tâche de protéger mes mains qui étaient frigorifiées. Il y avait une station-service tout près, j’allais m’y arrêter pour demander à Barbara de venir me chercher. Trop, c’était trop.

Puis je me suis souvenu : Quebecers are fucking tough que je me plais à répéter. Allais-je laisser tomber ?

J’ai brandi le poing dans les airs en signe de défi. Est-ce que c’est tout ce que tu as à me donner, Dame Nature de mes deux ?

Je dois toutefois avouer que je me suis trouvé un endroit un peu plus loin pour sécher mes gants avant de poursuivre. Il y a des limites à être fucking tough

La température

Parlant de conditions météo, après un hiver plutôt clément, le sud de la province a subi un mois d’avril anormalement froid, avec parfois de la neige.

Remarque comme ça: ce n’est pas la première fois et certainement pas la dernière qu’il neige en avril. Il y en a au moins une année sur deux, si ce n’est pas 2 sur 3. Je me souviens particulièrement de la bordée mouillée qui nous était tombée dessus la veille de notre départ pour Boston en 2013.

La question alors : pourquoi en faire tout un plat ?  Quand c’est rendu qu’Environnement Canada émet des avertissements de froid au mois d’avril, franchement… Qu’est-ce que ça peut bien faire qu’il fasse 10 degrés moins que la sacro-sainte « normale » de saison ?

C’est ce qui fait la beauté de notre sport : il peut se pratiquer dans toutes les conditions. Ou presque. D’ailleurs, vendredi de la semaine dernière, quand je me suis pointé au bureau dans mon accoutrement de course, des collègues se sont étonnés de me voir arriver ainsi, vues les conditions. J’ai tout simplement répondu que vu qu’il pleuvait, je n’avais pas pu prendre mon vélo.

Ils commencent à être habitués de côtoyer une anomalie de la nature…

Ultra-ordinaire

J’ai assisté au lancement, j’ai avalé le bouquin en moins de temps qu’il faut pour crier « UTMB ! ». Pour les quelques personnes sur cette terre qui ne seraient pas encore au courant, Ultra-ordinaire – Journal d’un coureur, le livre de mon ami Joan, a été lancé il y a quelques semaines.

Impressionnant collage de superbes photographies (prises en majeure partie lors de ses allers-retours au travail à la course ou lors d’événements) et de textes écrits avec une plume que je lui envierai toujours, cet ouvrage est un incontournable, que vous soyez coureur ou pas.

J’ai eu une belle surprise en voyant apparaître mon nom dans la liste des remerciements qu’on retrouve à la fin. J’ai eu beau m’enquérir de la raison de cet honneur auprès de l’auteur, il s’est contenté de me redire « Merci ! ».

Ha ben cout’ donc, ça m’a fait plaisir !

Petit quiz pour ceux qui ont l’œil averti : Joan fait référence à votre (pas toujours) humble blogueur à deux endroits dans son bouquin. Pourriez-vous les trouver ?  Il y en a un assez évident, l’autre moins… 🙂

« Ta femme dit que tu cours des 100 milles… C’est-tu vrai, ça ? »

Journée de repos, promenade de Charlotte au parc. Un groupe de retraités qui vont y prendre leur marche tous les matins m’arrête pour me poser la question.

« Oui. » Vous voulez que je réponde quoi ?  C’est vrai…

« Ça prend combien de temps ? ».

Question classique. J’ai eu envie de les référer au livre de Joan.

Washington

Les années se suivent et ne se ressemblent pas. L’an passé, j’étais le seul Québécois au départ du 50 miles du North Face Endurance Challenge de Washington. Il y avait un autre représentant de la belle province sur place, qui lui faisait le 50 kilomètres et que je n’ai pas eu la chance de croiser. Ce jour-là, nous avons affronté la première vraie journée chaude de l’été, chaude au point où je me suis permis une petite baignade dans un ruisseau sur le chemin du retour.

Hé bien cette année, je ne sais pas si c’est moi qui ai tracé la voie, mais plusieurs des nôtres y étaient (dont Yohan, un de mes lecteurs, qui était là un peu à cause de moi; j’espère qu’il ne m’en veut pas trop aujourd’hui ;-)). Et pas seulement pour faire de la figuration : en plus de terminer dans le top 10 au classement général, les deux premières femmes (Hélène Michaux et Rachel Paquette) étaient des Québécoises !  Wow !  Ajoutez à ça une septième place pour Félix Guévremont et il n’y a pas à dire, Quebecers are fucking tough !

Surtout que les conditions étaient plutôt « québécoises » à ce qu’on me dit : froid, pluie et neige, boue. Rien à voir avec ce que j’ai connu. Je me demande comment je m’en serais sorti, moi qui déteste viscéralement la boue…

La très forte délégation québécoise a poursuivi son travail ce matin à Bear Mountain en allant chercher 5 des 10 premières places. Un de ces jours, un des nôtres ira chercher un grand titre…

La blessure – bis

À deux reprises récemment, je me suis tapé des sorties plus longues qu’un marathon (43 et 45 km) et à chaque fois, il m’a semblé que la blessure ressortait de plus belle. J’ai donc décidé de ne plus dépasser 25 km pour une sortie et de mieux répartir mon kilométrage sur toute la semaine. Jusqu’à maintenant, tout semble fonctionner à merveille (quoi que faire 4 sorties de 20 km ou plus dans une semaine, ce n’est pas toujours évident). Reste à voir ce qui va se passer le jour J. À suivre.

Boston

Quand on dit que les années se suivent et ne se ressemblent pas… En 2015, la course s’est déroulée dans le froid et la pluie (je n’ose imaginer à quel point l’attente à Hopkinton a pu être désagréable) alors que cette année, il faisait un soleil radieux et le mercure dépassait allègrement les 20 degrés au départ… pour plonger quelques heures plus tard.

J’ai remarqué une chose cette année : il m’a semblé qu’on parlait beaucoup, beaucoup de ce marathon. À la radio, sur les réseaux sociaux, même à la télé. Vrai qu’en 2013 et en 2014, j’étais de la fête alors que l’an passé, j’étais encore dans la capitale américaine. Peut-être en ai-je manqué des bouts à ce moment-là. Mais quand même…

Oui, c’est un sport !

C’est bizarre, la question m’a été posée deux jours de suite récemment. Avant, je dois avouer que je n’avais peut-être pas toute la crédibilité nécessaire pour l’affirmer sans détour, mais maintenant que j’ai quelques courses relativement longues dans les jambes, je crois pouvoir l’affirmer sans risquer de me faire juger.

Oui, le golf est un sport.

Dans la jeune trentaine, quand je le pratiquais régulièrement (qui peut se vanter d’avoir déjà réussi un trou d’un coup et d’avoir aussi couru un 100 miles, hein ? :-)) et qu’on me posait la question, ça me frustrait. Et souvent, je répondais par une question: « As-tu déjà joué au golf ? ». Invariablement, la réponse était négative. Car quiconque qui s’est tapé un 18 trous de golf à pied (en voiturette par contre, bof…) sait pertinemment qu’il en ressort fatigué. Pas épuisé comme après une course, on s’entend, mais fatigué. Personnellement, j’avais l’impression que j’avais plus bougé après avoir joué un 18 trous qu’après certaines parties de hockey cosom.

On s’entend, pas besoin d’être un athlète pour exceller au golf. Et le tour de taille de certains golfeurs professionnels est là pour le prouver. Mais il en est de même pour plusieurs professionnels au baseball, au football et même au basketball. Et que dire de certains haltérophiles et boxeurs ? Pourtant, on ne remet pas en question le fait qu’ils pratiquent un sport. Alors, pourquoi en est-il ainsi pour le golf ?  Aucune idée.

Le commentaire

Pierre m’avait averti: « Fred Houde ne sera pas content… »

Frédéric Houde, c’est l’homme à la tête des Courses gourmandes, une série de courses sans prétention qui sont organisées un peu partout en Montérégie et qui remportent un beau succès populaire. Et pour cause, car je n’en entends que des commentaires positifs et pour avoir participé à l’une d’elles (le demi-marathon des Micro-brasseries), je dois dire que les compliments étaient tout à fait mérités.

Vous l’aurez peut-être deviné, le Marathon des Érables (qui avait lieu aujourd’hui) fait également partie des Courses gourmandes et l’argumentation de mon dernier article était en partie basée sur le parcours dudit marathon.

Il s’avère que monsieur Houde a lu mon article et, comme Pierre m’avait dit, il n’était pas content.  Ce qu’il m’a fait savoir via un commentaire qu’il a laissé sur ce site. Commentaire que j’aurais pu ne pas publier, mais auquel j’ai plutôt préféré répondre.

Je n’en vous en direz pas plus car j’aimerais avoir votre avis sans tenter de vous influencer, chers lecteurs. Avis sur le ton utilisé, sur le contenu du commentaire ainsi que sur celui de la réponse. Et je vous demanderais des avis honnêtes, sans complaisance. Car mon but est autant de partager avec vous ma passion de la course à pied que de le faire en m’améliorant, article après article.

Alors à vos claviers, j’attends vos commentaires !  🙂

Des parcours et des marathons

De retour après une longue pause, conséquence d’un classique manque de temps. J’ai bien quelques articles en préparation, mais aucun de « final ». À suivre, chers lecteurs.

En attendant, comme nous sommes dans la semaine du Marathon de Boston, j’ai pensé vous faire part d’une certaine réflexion, réflexion qui a pris sa source dans une conversation à bâtons rompus avec mon partner de course. Car comme vous le savez, quand on court, on a le temps de penser (quand on est seul) et de jaser (quand on est seul ou plusieurs)…

Or donc, quand j’ai commencé à courir, il n’y avait pour ainsi dire que trois marathons au Québec : Rimouski, celui des Deux Rives à Québec et évidemment, Montréal. À l’époque, je déplorais l’absence de courses intermédiaires entre le traditionnel demi-marathon et celle que je considérais comme l’épreuve reine.

Depuis, on a vu apparaître des courses de 30 kilomètres qui permettent aux futurs marathoniens de tester leur progression ou qui peuvent servir de course de préparation aux marathoniens expérimentés. Et c’est très bien ainsi.

Par contre, à ce phénomène s’en ajoute un autre : la multiplication des marathons. Ainsi, celui de Magog a vu le jour il y a quelques années. Puis cette année naîtront deux petits nouveaux : celui de Longueuil et celui des Érables. Il y en a bien d’autres, mais je ne vais m’attarder qu’à ceux-là. Car qu’ont de commun  ces marathons ?  Ils ne sont pas ce que j’appelle de « vrais » marathons. Je dirais plus qu’ils sont des marathons « patentés ».

Je m’explique. Tout marathonien vous le dira, faire 42.2 kilomètres, particulièrement sur la route, c’est difficile. Surtout quand on veut « faire un temps ». Et nous passons tous à peu près par les mêmes phases : euphorie du début, première moitié qui passe plutôt bien « parce qu’on ne va pas trop vite », petit blues après le demi, les craintes qui commencent à s’installer entre les 25e et 30e kilomètres, puis… là ça dépend. Quand ça va bien, les 12-15 derniers kilomètres ne passent pas si mal: on serre les dents, on prie pour que ça tienne, on s’accroche.

Mais quand ça va mal, que les crampes s’installent, que la machine dérape, c’est à ce moment que le mental doit prendre le dessus. Et pour ça, surtout quand on n’a pas beaucoup d’expérience, on a besoin d’un environnement qui a le moindrement de l’allure.

Or, certains « marathons » sont bourrés d’allers-retours (voir le parcours du marathon des Érables ci-bas). Non mais, est-ce qu’il y a quelque chose de plus décourageant que d’avoir à se taper une loooongue ligne droite pour se rendre à un vulgaire cône orange pour avoir à revenir sur ses pas ?  Qui n’a pas « rêvé » de croiser à l’aller le gars qui lui est sur son retour et avec qui on a couru durant la première partie de la course ?  Lui qui a l’air tout frais alors qu’on se sent comme de la merde…

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Le parcours du marathon des Érables. Ouch !

Et que dire des courses qui offrent des boucles ?  Les coureurs du demi en font une, ceux du marathon en font deux (comme à Longueuil). Wow, quelle imagination !

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Longueuil: à faire deux fois pour les marathoniens…

Je comprends très bien qu’avec toute la logistique impliquée dans l’organisation d’une course sur route (sécurité, fermetures de rues, etc.), c’est plus simple d’instaurer des allers-retours et/ou faire plusieurs boucles. Mais les « vrais » marathons, eux, offrent des parcours intéressants ou à tout le moins, variés aux coureurs. Pas un collage de détours-pour-faire-la-distance, de chemins déjà parcourus et/ou d’allers-retours coupe-jambes.

Ainsi donc, ayant couru 14 marathons officiels, j’ai eu la (mal)chance de m’attaquer à 8 parcours différents. Je vous présente aujourd’hui mon palmarès d’appréciation desdits parcours.

1- Boston (2013 et 2014)

Boston

Le célèbre parcours…

En fait, il devrait plutôt s’appeler le Marathon de la banlieue de Boston car en réalité, les coureurs ne font seulement qu’environ 2 kilomètres dans la ville même. Le départ est donné à Hopkinton et son superbe parcours traverse une pléiade d’autres charmantes petites villes du même style liées entre elles par un chemin de campagne qui nous fait remettre en question l’organisation : allons-nous vraiment à Boston ?  Surtout que le voyage pour se rendre au départ en autobus jaune semble prendre une éternité…

Ondulé, très ondulé même, il en offre pour son argent au marathonien qui est forcément aguerri… car il faut se qualifier d’abord !  On y retrouve plusieurs points de repères qui sont devenus célèbres au fil des ans : le scream tunnel de Wellesley, Charles River, la caserne des pompiers de Newton, la fameuse Heartbreak Hill, etc.

En 2014, quand je suis revenu de Boston, mon patron m’a demandé si, comme je venais du Québec, je ne ressentais pas une certaine animosité de la part des gens là-bas. « Tu sais, Canadien-Boston »…

Il ne pouvait pas être plus dans le champ. Tout d’abord, à Boston, le hockey passe loin, très loin derrière le football, le baseball et le basket. Et puis, le marathon, c’est une grande fête là-bas. Alors le Canadien de Montréal, les gens s’en balancent complètement. Tout au long du parcours,  on sent l’enthousiasme des spectateurs ainsi que l’hospitalité typique de la Nouvelle-Angleterre avec qui nous, les Québécois, avons beaucoup d’affinités d’ailleurs.

J’ai beau avoir souffert les deux fois que je l’ai fait et m’être promis de ne jamais y retourner, c’est un must absolu à vivre au moins une fois si on a la chance de se qualifier.

2- New York (2013)

New York

C’est New York, oui, mais le vrai New York, pas celui qu’on montre aux touristes. Le parcours prend son envol à Staten Island et rejoint Brooklyn via le pont Verrezano-Narrows, offrant une vue spectaculaire sur Manhattan. Après Brooklyn, c’est le Queens, puis Manhattan direction Bronx par la première avenue. Les coureurs reviennent ensuite vers Manhattan pour finir le tout en beauté dans Central Park.

Tout au long du parcours, la foule est très dense. Dans le dernier kilomètre, les cris sont tout simplement assourdissants. Une expérience unique. Son coût prohibitif m’empêchera de recommencer, mais j’en garderai toujours un souvenir impérissable.

3- Ottawa (nouveau parcours, 2012 et 2014)

Ottawa

Le plus grand week-end de course au pays, une organisation hors pair. Quant au parcours, il amène les coureurs dans plusieurs racoins de la capitale. Quelques endroits sont plus difficiles mentalement : l’aller-retour au milieu de nulle part le long de la rivière des Outaouais, la petite virée dans Gatineau ainsi que le petit bout où les coureurs doivent partager la chaussée avec la circulation en étant protégés seulement par des cônes.

Mais le canal Rideau ainsi que le passage dans le centre-ville rattrapent le tout. Je me souviendrai toujours de la réponse de la foule quand je leur ai demandé du bruit. J’en ai encore les frissons.

4- Philadelphie (2012)

Philadelphie

Ce parcours réussit l’exploit de nous faire oublier une ville somme toute bien ordinaire en nous montrant ses plus beaux attraits. L’aller-retour de la deuxième partie pourrait être difficile à supporter, mais la vue sur la rivière ainsi que sur les cavernes réussissent à sauver (un peu) la mise. Une arrivée devant les fameuses « marches à Rocky » agrémentée d’un high five au maire font de ce marathon une destination de choix pour l’automne.

5- Ottawa (ancien parcours, 2010)

Pas tellement différent du nouveau parcours, il avait la particularité de « perdre » les coureurs dans un endroit isolé dans les kilomètres les plus difficiles. Au 35e kilomètre, ça tombait comme des mouches. Ça prenait le retour dans le portrait du canal Rideau pour remonter le moral.

Personnellement, je m’en suis sorti, mais ce n’est pas le cas pour tous…

6- Montréal (ancien parcours, 2007, 2008, 2009, 2010 et 2011)

J’ai souvent, et avec raison, déblatéré contre l’ancien parcours de notre marathon local. La première partie était plutôt bien, avec le départ sur le pont Jacques-Cartier, le tour du circuit Gilles-Villeneuve, le passage devant Habitat 67 et la traversée du Vieux.

Ça se gâchait sur Ste-Catherine avec le détour qui semblait obligé dans l’est de la ville et par un retour sur le très monotone boulevard Maisonneuve. La côte Berri suivie du parc Lafontaine et du Plateau annonçaient des kilomètres intéressants.

Erreur. Après un long faux-plat qui coupait les jambes, les coureurs devaient se taper St-Laurent dans son plus moche suivi du suprême casse-moral : la rue des Carrières, une horreur sans nom. Les survivants devaient par la suite se taper l’interminable rue Rachel qui ne donne pas sa place côté laideur elle non plus.

Le tour du parc Maisonneuve venait rattraper un peu les choses, surtout une fois que la montée Pie IX avait été complétée. Mais c’est là que j’ai cru que j’allais mourir, dans la fournaise de 2011.

L’arrivée dans le stade avait quelque chose de magique et quand ce dernier est devenu trop petit pour la taille de l’événement, le parc Maisonneuve a offert une belle alternative.

Ceci dit, le gros, gros problème à Montréal, c’est la foule : il n’y en a tout simplement pas. Pas un foutu chat pour lancer un encouragement au moment opportun. Rien. Comme si le marathon était un emmerdement pour la population. Ça faisait un peu pitié.

7- Mississauga (2011)

Mississauga

Départ dans une cour de centre d’achats (ça ne s’invente pas), un aller-retour dans un quartier industriel moche au possible, des détours placés çà et là pour essayer de nous faire faire la distance et tellement pas de monde que celui qui a franchi la ligne le premier avait justement court-circuité un de ces détours sans le savoir.

L’arrivée est située sur les bords du lac Ontario et s’il avait fait beau, probablement que je serais moins sévère. Mais je suis tombé sur une fin de semaine de pluie…

8- Montréal (nouveau, 2015))

Montreal

Il garde les qualités de l’ancien parcours dans sa première moitié et épargne même les coureurs de la partie déprimante dans l’est de la ville.

Mais une fois la mi-parcours franchie, c’est le désastre. Un chemin de croix, un vrai de vrai, composé non pas de un, mais bien de trois allers-retours. Toujours pas un chat sur le parcours, des bands qui jouent sans conviction et qui finissent par tomber sur les nerfs…

On dirait que toute l’emphase est mise sur le demi-marathon et pour ceux qui font le marathon, hé bien il y a cette merde-là si vous y tenez tant que ça. Honnêtement, ça fait dur.

Heureusement, ceux qui s’aligneront au départ à Hopkinton lundi prochain n’auront pas à vivre ça, bien au contraire. Petit conseil: profitez de chaque instant, même si le parcours est difficile. Car c’est le plus beau marathon du monde !

Qui dit vrai ?

Tout d’abord, je demanderais aux coureurs aguerris d’être indulgents. Je sais, ce n’était pas vite vite pour une sortie de 15 kilomètres. Je sais, je sais. Mais à ma décharge, je relève d’une blessure, je cours donc encore seulement sur une jambe. Aussi, ça fait des mois que je n’ai pas fait de travail de vitesse et en plus, je n’étais pas à fond. Sans oublier mon changement de technique, toujours pas au point. Et c’était samedi matin, je cuvais ma bière de la veille. Et patati, et patata…

Bref, trêve d’excuses, ce n’est pas tout à fait de ma vitesse dont je voulais parler. En fait, depuis que je me suis procuré une Suunto Ambit3, je me pose une grande question : ai-je ralenti à ce point ?  Car, pour un effort qui me semblait équivalent, je me retrouvais toujours plus lent que lorsque j’utilisais la Garmin 310XT.

C’était louche, je devais en avoir le cœur net. Je suis donc parti, prenant soin de démarrer les deux bidules en même temps. J’avais déjà fait un comparatif, mais séparément. Cette fois-ci, ce serait pour vrai.

Ayant remarqué que j’avais tendance à « aller plus vite » (selon la Garmin) quand les chemins que j’empruntais devenaient tortueux, j’ai décidé de suivre un parcours constitué de plusieurs virages et détours dans les quartiers résidentiels de ma petite ville de banlieue. J’allais faire un vrai test.

Après quelques tournants, le premier kilomètre a sonné sur la Garmin : 4:24. La Suunto a annoncé le sien 11 secondes plus tard, pour un premier kilomètre mesuré en 4:35. Dans l’intervalle, j’avais parcouru quoi, 35, 40 mètres ?  Déjà une différence très marquée entre les deux machins. Hum…

Au fur et à mesure que je progressais, l’écart de la distance mesurée par les deux appareils s’agrandissait. J’ai toutefois remarqué que dans les lignes droites, ils « s’entendaient » ou presque. Mais jamais au point où la Suunto me donnerait un kilomètre plus rapide que la Garmin.

Au final, comme vous pouvez le constater, je me suis retrouvé avec 330 mètres de différence entre les deux appareils (la différence au niveau temps provient du fait que je me suis un ti peu enfargé en essayant d’arrêter la Suunto à la fin; vous savez, quand on a les mains pleines de pouces…). Plus de 2%,  6 secondes au kilomètre…

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Les « résultats »: qui dit vrai ? J’aurais tendance à croire la Suunto. Et comme je disais, pour ce qui est de la cadence moyenne, bof…

« Qu’est-ce que ça peut bien faire ? » de me demander ma douce moitié.

Tu sais que sur un marathon, c’est presque un kilomètre de différence ?  À la fin, ça fait presque 5 minutes…

« Tu ne disais pas qu’en ultra, on s’en fout de la distance et de la cadence ?  5-6 secondes, c’est rien, non ? »

Ha, tu comprends rien !

C’est l’argument-massue que je sors quand je n’ai pas de réponse. Ce que ça peut m’énerver quand elle a raison… N’empêche, c’est rassurant de savoir qu’on n’a pas la berlue et que le 4:24/km d’avant correspond maintenant à 4:30/km.

À New York et à Boston, la 310XT m’avait donné une vitesse moyenne 3 secondes au kilomètre plus rapide que mon résultat final. Big deal, ma 305 avait l’habitude de me donner 2 secondes d’écart. Je me disais que je n’avais pas vraiment couru les tangentes. Mais à Ottawa en 2014, puis à Montréal l’an passé, je ne pouvais plus ignorer le phénomène qui m’avait semblé hors normes. Les petits détours pour les pauses-pipi et/ou pauses-bière n’expliquaient pas tout. À un moment donné, quand ton GPS indique 43.5 km à la fin d’un marathon…

Ceci dit, je savais quand même que j’avais ralenti. J’observais le tout depuis un an ou deux, mais je fermais les yeux. Lors de mes sorties sur route, ayant remarqué que je courais « plus vite » à certains endroits qu’à d’autres, j’évitais systématiquement les secteurs plus « lents » pour toujours aller là où ma Garmin était plus généreuse à mon égard. Ce qui faisait que j’étais en mesure de tenir les mêmes vitesses moyennes que jadis. De l’enfouissement de tête dans le sable à l’état pur.

Mais bon, ce temps est révolu et au moins, je sais maintenant à quoi m’en tenir !

Pas trop grognon malgré tout

« Ho que je suis dans la m… »

J’étais en train de regarder le spectacle de la mi-temps du Super Bowl. Sur la scène, Chris Martin, le chanteur de Coldplay, sautillait sur place, courait un peu partout. Il avait l’air d’un pois mexicain. À chacun de ses bonds, je sentais une douleur traverser ma fesse gauche. Définitivement que je n’aurais pas été capable de faire la même chose que lui. Alors imaginez courir en sentiers…

J’étais définitivement dans la m…

Étonnamment, le monsieur n’a été trop grognon durant ce mois de février qu’il a passé à tenter de guérir. En fait, il l’a été un tout petit peu, mais beaucoup moins que la dernière fois où il s’est retrouvé sur la liste des blessés. Comme s’il gardait son air bête en réserve pour plus tard. Pourtant, si la tendance se maintient,  son foutu sciatique est bel et bien sur la voie de la guérison.

Comme je le racontais ici, après quelques essais infructueux (et le dernier, carrément désastreux), je me suis d’abord tourné vers l’expertise de Norbert pour tenter de me ramener sur la route. Ça s’est avéré un gros travail de défrichage. Comme on dirait dans le jargon du monde de la construction, il s’est tapé le rough.

Quelques jours plus tard, ayant déjà pris depuis quelques semaines un rendez-vous avec Annie, une autre massothérapeute (c’était un cadeau de Noël de ma douce moitié), j’en ai profité pour lui demander poursuivre le travail. Faire la finition, en quelque sorte. Je me voyais déjà recommencer à courir à pleines jambes deux jours plus tard…

Ce qu’elle m’a dit a légèrement calmé mes ardeurs : mes sacro-iliaques n’étaient pas alignés. Bon, je suis encore déséquilibré… Il semblerait que mes muscles-dont-j’oublie-le-nom n’étaient pas placés comme il faut, etc. Bref, j’étais encore dans la m… Elle a beaucoup travaillé autour problème, m’a dit que ça s’était un peu replacé, mais que j’aurais probablement besoin d’y retourner.

Ok. Quand ?

« Attendez un peu… La semaine prochaine, c’est plein; celle d’après, c’est la relâche. J’ai de la place le 7 mars. »

Hein ?  Nous étions le 19 février. Heu… non !  Je suis un coureur, moi. Je suis donc quelqu’un de pressé. De très pressé. C’est comme ça, c’est ma nature profonde !  (Bon, j’entends d’ici Barbara et Pierre éclater de rire et dire de concert que ma nature n’est certainement pas si profonde que ça…)  J’ai une course de 100 miles à la mi-mai, je fais quoi d’ici là ?  Du macramé ?  C’est bien beau dire qu’il est préférable de se présenter au départ légèrement sous-entrainé que légèrement blessé, il y a des limites, non ?

De toute façon, dès que j’ai entendu les mots « mal alignés », mon idée était faite : ça prendrait Marie-Ève, mon ostéopathe. Aux grands maux les grands moyens. Elle m’avait sauvé en 2013, elle me sauverait encore.

J’étais à peine sorti de notre premier rendez-vous que je me sentais beaucoup mieux. Pourtant, tout ce qu’elle avait fait, c’était m’étirer dans certains sens, me faire pousser dans d’autres tout en me faisant respirer (sans oublier de se foutre de ma gueule rapport à ma souplesse légendaire) et voilà, j’étais rééquilibré. « On va pouvoir travailler le sciatique la prochaine fois ». Je me sentais tellement mieux que j’ai eu toutes les difficultés du monde à ne pas aller courir durant les deux jours où je devais laisser le traitement faire son effet. Je ne comprendrai jamais rien à cette science-là…

Le plus difficile maintenant, c’est d’y aller progressivement. Je vois Massanutten approcher et je dois me retenir à deux mains pour ne pas en faire trop. Bon, le sciatique est toujours là pour me rappeler que je ne suis pas encore guéri, mais quand même… Le 20, les copains vont se faire un 50 kilomètres en mode fat ass et ça va être vraiment tough de ne pas y aller.

Ceci dit, ce que j’ai lu cette semaine m’a ouvert les yeux. En effet, j’ai vu passer dans La Presse+ un petit article sur Philippe Viau-Dupuis. Certainement un des 2-3 meilleurs coureurs sur route au Québec (il a fait 2h21 à Boston l’an passé, se classant premier Canadien), ce dernier a vu le ciel lui tomber sur la tête : un tendon d’Achille complètement foutu. Sa saison 2016 est déjà terminée et il ne sait pas s’il pourra courir à nouveau, encore moins s’il pourra revenir un jour à son niveau d’il y a à peine un an.

Bref, disons qu’il y en a qui sont pas mal moins bien foutus que moi. Alors quand bien même que ça me prendrait 2-3 heures de plus pour faire Massanutten…

 

« J’aurais dû mettre mes Skechers »

Au début, j’avoue que j’étais mal à l’aise. Tout d’abord, je me demandais comment Skechers pouvait bien s’intéresser à moi. Je suis (étais ?) un coureur relativement rapide, oui, mais pas plus que bien d’autres. En effet, combien de Québécois vont à Boston à chaque année ? Certainement plus d’une centaine. J’avais bien terminé deuxième de mon premier 100 miles, mais bon, tout était tombé en place pour moi ce jour-là: des coureurs plus rapides avaient abandonné, mes amis Pierre et Louis avaient légèrement abusé du vin la veille et oui, comble de chance, j’étais dans une foutue bonne journée.

Mais à part ça ?  Bof… La 9e place à Washington l’an passé ?  Le contingent de coureurs y était bigrement faible. Les 23e et 26e places à Massanutten et au Vermont étaient pas mal plus dans mon « rang ». Est-ce qu’on commandite un gars qui finit ainsi dans l’anonymat ?  Il me semble que non.

Mais ce qui me chicotait le plus, c’était ce blogue. Ha, c’est juste un simple blogue, j’en conviens. Mais si j’acceptais de devenir ambassadeur, allais-je perdre ma crédibilité ?  C’est vrai, moi qui ne parle à peu près jamais d’équipement, si je me mettais à le faire à répétition, c’est assez évident que mes lecteurs finiraient par dire: « On sait ben, il est commandité… »

Si l’équipement qui m’était fourni ne valait pas de la schnoutte, je ferais quoi ?  J’en parlerais en bien quand même ?  Et les selfies ?  Et les posts sur Facebook bourrés de hashtags incompréhensibles ?  Pas vraiment le genre de la maison…

Bref, je vivais avec ce dilemme quand, par un beau jeudi matin froid (je sais, il se passe bien des choses les jeudis matins !) il y a quelques semaines, j’avais à peine tourné deux coins de rue que je me suis dit: « J’aurais dû mettre mes Skechers ».

C’est que voyez-vous, je portais une veille paire de souliers de route car j’étais certain que les rues et pistes cyclables seraient sur le bitume ce matin-là. Conditions idéales pour achever les vieilles godasses. Sauf que j’avais mal évalué mes affaires et il y avait de la neige à plusieurs endroits. Et depuis le début de l’hiver, j’avais remarqué que les GORun Ultra R étaient pas mal efficaces dans la neige.

Évidemment, il n’y a pas de miracle. Sur la glace vive, dans la « cassonade » ou la neige très molle, il n’y a rien à faire, peu importe ce qu’on a dans les pieds. Mais quand il fait plus froid, on réussit parfois à avoir une bonne traction. Et ces souliers-là, ils offrent une très bonne traction dans de telles conditions.

Il m’arrive souvent de me faire demander ce que je porte pour courir l’hiver. Je ne savais jamais trop quoi répondre parce que ça dépend tellement des conditions.

Mais là maintenant que je les ai découverts, je ne m’en priverais plus en hiver. Et si un jour, pour une raison quelconque, je ne faisais plus partie de l’équipe, hé bien je m’en paierais une paire.

Oui, je les aime à ce point-là.

Comme un schizophrène

Été 2013, sans trop savoir comment, j’ai développé une tendinite derrière le genou gauche. Puis, après un arrêt d’une semaine et un traitement en chiro, j’ai fait un essai qui s’est avéré catastrophique. Non seulement mon genou n’allait vraiment pas mieux, mais mon sciatique du côté gauche (encore la gauche, toujours la gauche !) avait bloqué, me causant des douleurs atroces au bas du dos et me faisant marcher tout croche.

Durant les jours et les semaines qui ont suivi, ce sera surtout ce dernier qui me causera des problèmes. Sans les bons soins de mon ostéo ainsi que les étirements qu’elle m’avait donné à faire, pas certain que je m’en serais remis.

Toujours est-il que depuis ce temps, craignant la réapparition de ces maux, j’avais suivi religieusement ma routine d’étirements : ischios, mollets, bandelettes, fessiers. Au minimum deux fois par jour.

Mais, au fil des mois, tout en discutant avec les amis coureurs, je me suis rendu compte que j’étais pas mal le seul à me farcir une telle routine. Aussi, je lisais un peu partout que les étirements à froid, ça ne donnait pas grand-chose… Ajoutez à ça le temps que je pouvais sauver dans une journée en raccourcissant le processus et vous obtenez un coureur qui en était rendu à ne faire que les étirements liés à la blessure au genou et ce, rarement plus d’une fois par jour.

Après ma baisse de régime un peu inexplicable de la fin 2015, je commençais à sentir que ça revenait tranquillement. Quand j’ai fait la tournée des 3 sommets avec Pierre la dernière fois, j’ai eu l’impression qu’il ne s’ennuyait pas du tout, bien au contraire (je parle d’un ennui du point de vue « athlétique », pour ce qui est de ce que j’avais à lui jaser, je ne peux pas dire si ça l’ennuyait; mais bon, ça faudrait lui demander ! :-)). Ça voulait dire que j’étais à peu près à son niveau, ce qui ne peut forcément pas être mauvais.

Dans la semaine qui a suivi, la course fartlek s’est bien déroulée, tout comme mon entrée en ville à la course. Des intervalles le samedi ?  Mes meilleurs depuis des lunes. Puis vint la sortie du dimanche : les 3 sommets auxquels j’ai ajouté la Camilien-Houde. 31 kilomètres avec beaucoup de dénivelé pour une sortie en ville.

Le soir, j’ai senti le sciatique se coincer. Oups. J’ai bien tenté de récupérer le tout en reprenant les étirements. Trop peu, trop tard. Deux jours après, je retournais sur la liste des blessés.

Je pensais bien pouvoir m’en sortir seul avec quelques jours de repos et une reprise assidue des étirements. Nada. Progressivement, la tentative de « retour au jeu » s’est soldée par un échec. J’ai dû m’avouer vaincu : je devais consulter.

Par miracle, Norbert, le massothérapeute sportif de Julie, ma partner de pour la Petite Trotte à Joan, avait de la place hier soir. Quand je l’ai vu, j’avoue avoir eu un peu peur: le gars est bâti comme Georges St-Pierre !  Mon pauvre petit sciatique allait tellement, mais tellement souffrir…

Finalement non. En fait, pas plus que ce que m’a déjà fait subir Sophie. Ok, pendant plus d’une heure, je me suis senti comme un pantin désarticulé, mais j’ai survécu. J’attends maintenant de voir si ça fait son effet. Je suis optimiste. À suivre.

La leçon de l’histoire ?  Je ne suis pas comme les autres : j’ai besoin de mes étirements si je veux continuer à pratiquer mon sport. Tel un schizophrène qui doit accepter de prendre ses médicaments s’il veut avoir une chance de fonctionner normalement, je dois accepter de me taper cette routine quotidiennement. C’est la vie…

Jeudi matin d’hiver

Maudit que c’est plate !

Je pourrais dire que seulement le bruit de mes pas m’accompagne, mais ce ne serait pas tout à fait vrai. Pour être plus juste, seul mon pied gauche fait du bruit quand il frappe le sol, le droit demeurant silencieux. Je travaille à faire taire le gauche. De toute façon, c’est la seule chose à faire ici…

J’ai commencé à travailler au centre-ville à l’été 2004. Depuis ce temps, j’essaie de franchir le plus souvent possible la distance entre la maison et le bureau à vélo et, depuis quelques années, parfois à la course. Au début, je trouvais ça vraiment cool de pouvoir disposer d’une longue bande asphaltée libre de toute circulation pour me rendre en ville. Imaginez : une piste cyclable, assez large pour accommoder des voitures, tracée en plein milieu du fleuve. Que demander de plus ?

Hé bien, après l’avoir utilisée des centaines et des centaines de fois, je commence à la trouver un tantinet monotone et longuette, particulièrement les quelque 10 kilomètres entre Ste-Catherine et le pont Champlain.

C’est justement là où je me trouve. Je viens à peine de passer la pancarte indiquant le 10e mille de la voie maritime. La piste étant officiellement fermée, je sais que je ne verrai personne ce matin. Il fait encore nuit, ma lampe frontale fixe l’horizon. Au loin, le début de la grande courbe. Je sais c’est là que se trouve la pancarte du 9e mille. Mais ce sont des milles nautiques, pas des milles (miles) terrestres. 1.852 kilomètre dans un mille nautique. Maudit que c’est long !

J’ai mes repères : les usines de Candiac, puis un peu plus loin, l’église de Laprairie qui m’indique la mi-chemin de ces interminables 10 kilomètres. Ensuite, peu après le mille 7, la piste devient une belle ligne droite et devant moi, le pont Champlain. Je sais qu’il est encore loin, mais au moins, j’ai un objectif en point de mire.

Ouais, c’est la dernière fois que je me tape ça à la course, c’est trop emmerdant. Je passe le petit écriteau à la mémoire d’un gars qui a disparu ici en 1977 (je me demande bien où il s’est ramassé, d’ailleurs), puis la pancarte du 6e mille. Le pont se rapproche.

Une éternité plus tard, j’arrive à la roulotte du chantier de réfection de l’estacade. Le gars qui s’apprête à pénétrer à l’intérieur prend une pause à la vue du maigrichon à la frontale qui arrive. Puis il entre, sans dire un mot. Bon, au moins, je ne me fais pas revirer de bord. S’il avait fallu que je doive retourner sur mes pas, je me serais mis en petite boule et aurais appelé ma maman…

Un peu plus loin, le chantier du nouveau pont bat son plein. Bientôt, nous ne pourrons probablement plus passer ici.

Direction pont Victoria. Je ne sais pas pourquoi, je trouve cette petite partie pas mal plus intéressante. Pourtant, ça demeure un long bout de chemin où il ne se passe rien. En fait, presque rien, parce qu’aujourd’hui, c’est une véritable patinoire. 3 kilomètres à chercher la trajectoire idéale (ce qui signifie parfois passer dans la neige), à essayer de demeurer debout, à se demander si le spot plus foncé devant est de la terre ou de la glace, ça tient occupé !  Et ça fait changement de se faire déféquer sur la tête par un goéland (car oui, ça m’est déjà arrivé).

À Victoria, la section menant au circuit Gilles-Villeneuve n’est pas déblayée. Certains fous comme moi sont déjà passés au cours des jours précédents, j’essaie de suivre leurs traces. Sans grand succès.

Première clôture à sauter. Souplesse digne d’une enclume oblige, l’opération est pénible, mais ne manque pas de me faire sourire. Ce que j’aurais l’air con dans une course de style Spartan… Après une autre centaine de mètres à sautiller dans la neige, deuxième clôture, plus basse celle-là. L’opération n’est pas plus élégante. C’est bizarre, quand j’étais jeune, ce n’était pas l’idée que je me faisais des « vieux » qui se rendaient au bureau le matin… Il est où, mon habit-cravate ?  Et ma mallette ?  Des accessoires qui ne font (heureusement) pas partie de ma vie, même si maintenant, c’est moi, le « vieux ».

Ha, le circuit, le retour à la civilisation… Hé non, je dois me farcir une autre patinoire pour m’y rendre. Non mais, c’est-tu moi où c’est plus glissant que tantôt ?

Finalement, du bitume. Je dois tout de même manœuvrer à travers quelques plaques de glace, mais ça va mieux. Passage devant le pavillon du Canada, un employé arrive à son bureau. Il me regarde passer. Un autre qui semble se demander ce que je fais là et/ou d’où je viens.

L’ennui s’est évaporé depuis belle lurette et a été remplacé par l’idée que la destination finale se profile à l’horizon. Sur le pont de la Concorde, le vent est comme d’habitude : à écorner un boeuf. Contrairement à l’été, je suis seul à courir ce matin (pour les fin-fins qui pensent à Joan, sachez qu’il passe plus tard, bon !) et il n’y a évidemment pas de vélo. Je suis seul et me sens… comment dirais-je ?  Privilégié. Oui, c’est ça, privilégié. Les autres sont pris dans la circulation ou dans le transport en commun, mais MOI, je suis dehors et je fais la même chose qu’eux : je m’en vais travailler.

L’autoroute Bonaventure, l’usine Five Roses, il n’y a pas grand-chose de plus laid, on s’entend. Mais je suis DEHORS, alors je peux m’accommoder de quelques horreurs.

Ha le Vieux… J’enchaîne sur les pavés, passe devant la basilique Notre-Dame et c’est la dernière descente avant d’arriver au quartier chinois, à deux pas du saint-siège.

Voilà, rendu. J’ai déjà hâte à la semaine prochaine.

Le meilleur ami de l’homme: une question de respect

Lors de ma dernière incartade au mont St-Bruno (c’était avant les Fêtes, alors que la neige nous faisait l’immense privilège de ne pas se montrer le bout du nez), je suis allé aux nouvelles concernant l’avancement du projet-pilote qui devait permettre aux propriétaires de toutous d’amener leur compagnon lors de randonnées dans les sentiers du parc.

Le gentil préposé (ils ne le sont malheureusement pas tous) m’a donné le topo qu’il avait de la situation. Il semblerait que les discussions à ce sujet se poursuivaient, mais que ça ne regardait pas bien (c’était bien avant que cette nouvelle sorte cette semaine: le projet-pilote sera finalement mené dans trois parcs, mais pas dans mon parc). En fait, les responsables auraient entre autres consulté Parcs Canada et se seraient fait dire : « Ne vous lancez pas là-dedans ». En effet, l’expérience dans les parcs fédéraux, où les chiens sont admis depuis belle lurette, serait désastreuse, particulièrement au Québec. Les propriétaires laisseraient souvent leur meilleur ami seul au camping où celui-ci hurle à la lune, ne ramasseraient pas les « dépôts » laissés par leur animal, ne le tiendraient pas en laisse, etc. Bref, il y a des règlements, mais ils ne sont pas respectés.

Et le préposé d’ajouter : « Pour les anglo-saxons, le chien est un membre de la famille. Pour les francophones, c’est un animal de compagnie ».

Honnêtement, je ne pouvais être en désaccord avec ça. Partout où on va à l’extérieur du Québec, les chiens sont admis et ça ne fait aucun problème. Les propriétaires sont respectueux d’autrui, on n’entend jamais un chien hurler parce qu’il est abandonné et ça ne m’est jamais arrivé de me retrouver à avoir à défendre Charlotte contre un chien « qui n’est pas méchant » comme ça arrive si souvent ici quand le cabochon qui laisse son chien libre n’est pas foutu d’avoir le moindre contrôle dessus. Je ne me fâche pas souvent, mais c’est arrivé quelques fois de me mettre en colère contre ledit (ou ladite) cabochon(ne ?).  Car, chacun le sait : il n’y a pas de mauvais chiens, seulement des mauvais maitres.  Je me disais : les anglos, ils l’ont l’affaire.

En effet, ils considèrent leur chien comme un membre de la famille, donc il ne peut pas y avoir de problème, non ?  Ce que je pouvais me tromper. J’avais oublié un léger détail : il arrive que les « enfants » soient mal élevés par leurs « parents »…

Je vous raconte. J’étais avec Pierre, qui me faisait découvrir sa « tournée des trois sommets », qui m’intriguait beaucoup. Avec ma connaissance limitée de la Ville, pour moi, il n’y avait qu’un sommet : celui du Mont Royal. Hé non.

Donc, après nous être envoyés la rue Clarke, un vrai mur digne d’un ultra (les habitués savent de quoi je parle), nous nous sommes dirigés vers le premier sommet, le Westmount Summit. Tout en haut, un parc avec des sentiers enneigés. C’est vraiment chouette comme endroit, une belle place pour amener Charlotte que je me disais.

Un chien sans laisse est venu à notre rencontre. Déjà, les propriétaires avaient perdu un point dans mon esprit. Et je n’aimais pas beaucoup son comportement. J’adore les chiens et je sais généralement reconnaitre ceux qui peuvent potentiellement ne pas être commodes. Il y en a même un que je rencontre régulièrement au Mont Royal qui porte une muselière et pourtant, il se couche à mes pieds quand il me voit.

Mais celui-là… Il est allé voir Pierre en sautillant, puis est venu à moi avec son comportement bizarre, avant de poursuivre son chemin. Bon, fausse alerte, mais bien content de ne pas avoir eu Charlotte avec moi. Nous n’avions même pas fini de parler de son comportement douteux quand nous avons croisé un couple d’environ 70 ans dont le chien était… sans laisse bien sûr. Décidément…

Celui-là semblait plus enjoué qu’autre chose, mais il était tellement « enjoué » qu’il a voulu s’emparer de la mitaine de Pierre. Ou lui mordre la main, ce n’était pas clair. Mon partner a immédiatement perdu son sourire et s’est adressé au couple : « Hey, il m’a mordu vous savez !?! ». Le monsieur tentait de rappeler son chien. Sans succès, bien évidemment. Celui-ci est plutôt revenu à la charge, prenant une autre «joyeuse» mordée dans le postérieur de son nouveau « jouet ». « Hey, il m’a encore mordu !!! »

C’est à cause des gens comme ça que les chiens sont interdits à peu près partout. Ce qui fait que les propriétaires respectueux, comme nous, payons pour les autres. Encore. Nous étions maintenant deux à chialer. Le monsieur et la dame nous regardaient, sans vraiment nous entendre. Après un petit moment, le chien a fini par finir par se rapporter. J’ai cru percevoir un mot d’excuses, mais je n’en suis même pas certain. En fait, j’ai senti que ces gens nous regardaient avec un certain mépris. Comme les parents d’un enfant gâté qui se fait rabrouer par des étrangers.

Nous sommes repartis. Nous n’avions pas fait 10 enjambées que le monsieur s’est remis à rappeler son chien. Malgré l’incident, son incontrôlable cabot n’était toujours pas en laisse et il était reparti à nos trousses. Ils avaient seulement fait semblant de l’attacher. Est-ce que ces imbéciles attendaient qu’il morde un enfant ?  Mon sang n’a fait qu’un tour. Je ne retranscrirai pas ici les mots exacts que j’ai utilisés, car ils n’étaient vraiment pas jolis. Je pense que même le chien a eu peur de se faire mordre.

Heureusement, Pierre n’est pas comme moi : il se défâche assez rapidement et après 5 minutes, nous n’en parlions plus. Nous avons poursuivi notre route et fait les 2 autres sommets, tel que prévu.

N’empêche, j’adore les chiens et ce qui s’est passé m’a mis hors de moi. J’imagine à peine comment se serait sentie une personne qui n’apprécie pas la gente canine. La vie en société est basée sur le respect, une notion qui semble échapper à certaines personnes…