Au garage

Le rendez-vous avec Sophie s’est super bien passé. Elle a longuement travaillé mon genou et évidemment, fait quelques tours de passe-passe typiques des chiros sur lesquels on ne se pose pas de questions. On a jasé course, de son gros objectif de la saison (le TDS), des miens (le Vermont 50 et New York), du Ultimate, etc. Bref, difficile de demander mieux comme visite chez un professionnel de la santé.

Mon problème ?  Il semblerait que mon tibia était vraiment déplacé, ce qui faisait que mon genou travaillait mal, amenant des problèmes aux tendons. Selon elle, je m’étais très fort probablement fait ça à St-Donat et les dommages au genou étaient survenus par après. C’était plausible.

Je pouvais reprendre la course dès le lendemain si je promettais d’être sage, c’est-à-dire d’y aller mollo. Pas le moment de faire des intervalles. Chef, oui chef !  🙂

Je suis donc sorti de la clinique rempli d’optimisme. J’ai même poussé la sagesse jusqu’à voyager au travail à vélo hier (question de me faire prendre par la pluie le matin… et le soir !) pour faire un petit essai tranquille ce matin.

Au programme: une douzaine de kilomètres relaxes, la majorité sur le chemin de terre longeant le fleuve. Au début, tous mes efforts étaient concentrés sur une chose: y aller mollo. Pas facile quand on est habitué à un certain rythme. J’ai tout de même réussi à me « retenir » pour un premier kilomètre en 4:23. Tout allait bien. Le premier signal est arrivé 500 mètres plus loin.

J’ai poursuivi, en me disant que je ne faisais que me dérouiller. Après la montée vers le pont des écluses, j’ai même emprunté les marches pour descendre sur les bords du fleuve, question de ne pas taxer mon genou. Mais à mesure que j’avançais, je le savais: ça n’allait pas mieux. Puis, à 3.75 km, j’ai senti une douleur vive, identique à celle de dimanche dernier, qui m’a forcé à arrêter.

Après de longues minutes à me masser les muscles et à me demander quoi faire, j’ai essayé de reprendre. Maintenant, ce n’était plus seulement le genou, la hanche s’était mise de la partie. Je n’avançais pour ainsi plus. Découragé, je me suis encore arrêté et rendu à l’évidence: je n’allais définitivement pas mieux. C’était peut-être même pire.

Je me suis assis sur une espèce de banc (il ont construit ça ces dernières années et je ne sais toujours pas pourquoi: il n’y a jamais un chat qui va là !) donnant vue sur le fleuve. Ce cours d’eau qui m’a si souvent apaisé… Puis, j’ai eu une vision: au moment même où se déroulait la course à laquelle je rêve participer (le Vermont 100), sur ma gauche se trouvait le Mont Royal, sur ma droite, le Mont St-Bruno et, perdu dans le nuages, le Mont St-Hilaire. Mes trois terrains de jeux, les endroits où j’aime tant aller m’entrainer. Ils étaient si loin, ils me semblaient terriblement hors d’atteinte.

J’ai bien essayé de reprendre la course pour le retour à la maison, mais j’ai terminé en marchant. Aussitôt arrivé, j’ai envoyé un courriel à Sophie: je fais quoi ?

Elle m’a répondu très rapidement. Elle va essayer de me trouver un trou cette semaine. En attendant, ok pour le vélo. mais pas de course. On dirait bien qu’elle veut que je guérisse autant que moi, ce qui est très encourageant. Mais si c’était au-dessus de ses compétences ?  Et si elle me faisait plus de mal que de bien ?

J’ai fait quelques recherches, je vais faire des appels en début de semaine. J’envisage maintenant d’autres solutions: la médecine sportive, l’ostéopathie. Parce que je n’ai définitivement pas envie de demeurer au garage bien bien longtemps.

Une saison qui bat son plein

Quand on suit un peu ce qui se passe dans le monde de la course sur route, on remarque rapidement une chose: l’année est divisée en deux. Les principaux marathons sont organisés soit au printemps (Tokyo, Boston, Londres), soit à l’automne (Berlin, Chicago, New York). Plus près de chez nous, la saison de printemps culmine avec le Marathon d’Ottawa alors qu’à Montréal, la course se déroule fin septembre.  Toronto a deux marathons, un au printemps, l’autre à l’automne. Le but visé en organisant les courses à ces périodes de l’année est évidemment d’améliorer les chances d’avoir  des conditions idéales (donc, des températures fraîches) pour les concurrents. C’est aussi pour cette raison que dans bien des cas, le départ est donné très tôt le matin.

Dans le monde des ultramarathons, on ne pense toutefois pas de la même manière. Les organisateurs se disent que tant qu’à avoir des gens assez fous pour se lancer dans de telles aventures, aussi bien leur rendre la vie encore plus difficile. Donc, des parcours en montagnes et des courses qui se déroulent souvent par temps chaud.

Ce qui fait que la saison des ultramarathons est à son plus fort présentement, en pleine canicule. Ainsi donc, le fameux Western States 100 a eu lieu le même jour que l’Ultimate XC, soit le 29 (et le 30)juin. Le titanesque Hardrock 100, avec ses 34000 pieds de dénivelés (dans un sens et dans l’autre), avait lieu les 12 et 13 juillet, le désormais célèbre Badwater 135 s’est déroulé de lundi jusqu’à aujourd’hui et finalement, on retrouvera plusieurs Québécois au Vermont 100, samedi et dimanche.

Comme l’an passé, j’ai suivi avec beaucoup d’intérêt Badwater. Détail remarquable, sur les 96 concurrents qui ont pris le départ, 81 ont rallié l’arrivée à l’intérieur du temps alloué, soit 48 heures. Certains pourraient croire que faire 135 milles, soit 217 km, en 48 heures, ce n’est finalement qu’avancer à 4.5 km/h de moyenne, alors ça ne doit pas être si dur que ça. Sauf que se taper cette distance-là dans le désert, en endurant des températures dépassant parfois les 50 degrés Celcius, il faut le faire !  Et ça, c’est sans compter qu’après 122 milles de course, les 13 derniers se font en montant. Pour les passionnés de cyclisme, dites-vous que c’est l’équivalent du mont Ventoux, par où le Tour de France est passé dimanche. Ouch !

J’encourageais virtuellement et à distance une certaine recrue: monsieur Karstein Solheim qui, à 76 ans, tentait de réussir cet exploit pour la première fois. Il a malheureusement dû s’arrêter en chemin. J’espère seulement qu’il va bien.

Ceci dit, je n’enviais personne qui se retrouvait là. Pour le Vermont 100 par contre… Malgré la météo exécrable, j’ai adoré son petit frère, le Vermont 50, avec son air pur, ses montagnes et ses chemins de terre me rappelant le coin où mes parents habitent. Je souhaite la meilleure des chances à tous les veinards qui y seront: profitez-en bien et surtout, amusez-vous !  Dimanche matin, je vais certainement me garrocher sur le site de l’événement, question de voir comment ça s’est passé pour vous.

Quant à moi, excellente nouvelle aujourd’hui: je vais voir Sophie-mon-ultra-chiro demain. Je ne sais pas s’il y a eu une annulation ou si elle a fait un trou dans son horaire pour moi, mais l’essentiel, c’est que quelqu’un devrait trouver et probablement corriger la cause de mon mal. Car c’est bien beau s’occuper des symptômes, mais ça ne donne pas grand chose si on ne s’attaque pas à l’origine-même du problème, n’est-ce pas ?

Aux puits ou au garage ?

En langage de hockey, on dirait que je suis « blessé au bas du corps ». J’ai reçu les premiers signes samedi le 6, une semaine après l’Ultimate, pendant que je courais à vive allure dans les sentiers sur le bord du fleuve. C’était comme un pincement derrière le genou. Je n’en ai pas fait de cas, le genre de petit bobo qui arrive souvent.

Le lendemain, au Mont St-Bruno, j’avais un 30 km au programme. Le pincement est revenu dans la descente vers St-Basile. Constatant que ça continuait à “chatouiller” surtout dans les descentes, j’ai décidé de ne pas faire les côtes de l’antenne de télécommunications et du centre de ski. Et j’ai terminé par le sentier rustique, plus plat.

Je me disais qu’avec une journée de repos, tout irait pour le mieux le mardi. Erreur. Dès les premières enjambées, c’est revenu. Au bout de 10-12 km, je sentais clairement la douleur provenant de ce que je pense être un tendon (mais c’est peut-être un ligament, je suis nul en anatomie). Et dès que j’arrêtais, la douleur s’estompait. Bizarre.

J’ai décidé de “sauter” ma sortie du jeudi et reprendre le tout samedi. Je pensais bien qu’un petit 10 km à bonne allure, suivi d’un autre plus tranquille avec mon amie Maryse, ce serait bien correct pour tester le genou. Au début, ça allait bien, mais après 5 km, c’est revenu, au point que j’ai dû arrêter. Dans une descente, évidemment. Après quelques petits massages, j’ai fini par reprendre et terminer ma tournée. Le tour avec Maryse s’est bien déroulé, mais je faisais très attention dans les descentes (nous avons rencontré Pierre Lequient, un ultrarunner qui était en préparation pour le VT100; je ne sais pas si un jour je vais en croiser un qui n’est pas sympathique…).

Puis hier, c’était le Mont Royal. Avec la chaleur, je voulais prendre ça vraiment relaxe de toute façon, alors je me suis mis à courir à petits pas et à un rythme modéré. Après 10 km, toujours rien, je me croyais sorti d’affaire. Puis c’est revenu progressivement, jusqu’à faire très mal dans une descente, bien évidemment. J’avais 14-15 km de faits, j’étais au sommet et ma voiture… en bas. J’ai dû emprunter le chemin Olmsted (sacrilège !) et descendre en marchant ou trottinant, pendant que je me faisais dépasser à tour de bras par des coureurs infiniment moins rapides. Frustrant vous dites ?

J’ai contacté ma super-chiro qui croit bien savoir quel est mon problème et pense pouvoir régler ça assez facilement. Sauf un petit détail: le prochain trou dans son horaire est le 30 juillet !  Shit…

En attendant, je fais quoi ?  Suis-je simplement arrêté aux puits pour des ennuis mineurs ou dois-je entrer au garage ? Au moins, je ne ressens aucune douleur sur le vélo, alors je n’ai pas à me taper le train de banlieue par cette chaleur. Pour le reste, je vais procéder à un autre essai cette semaine, en courant doucement, avec un bandage autour du genou. On verra bien si ça fonctionne. La prochaine compétition est dans plus de 7 semaines, j’ai encore du temps devant moi.

Je me console en me disant que j’aurais pu être inscrit au Vermont 100 qui a lieu ce week-end. Si ça avait été le cas, je pense que j’en aurais pleuré…

L’infolettre

Ils avaient dit qu’ils nous enverraient une dernière infolettre “à la mi-juin”. La dernière infolettre en vue de l’Ultimate XC de St-Donat est finalement arrivée par courriel une semaine plus tard, mais on peut dire qu’elle était assez complète merci !

L’organisateur commence en lion en annonçant que deux de ses bons amis allaient partir à la course vendredi soir avec l’intention de se taper le parcours du 58 km en sens inverse, puis revenir avec nous, les participants, qui prendront le départ de la “vraie” course le lendemain matin autour de 7h. Un petit 116 km au total… Le but ? Sensibiliser la population aux problèmes de santé mentale (heu, c’est que les gens normaux pensent déjà que les ultrarunners ont justement un problème de santé mentale… ;-)) et venir en aide aux personnes en proie avec des idées suicidaires. Si ça peut marcher le moindrement, j’appuie l’initiative à 100%. Les troubles mentaux sont tellement mal vus, voire honteux dans notre société. Et pourtant, tellement de gens en souffrent…

Et qui retrouve-t-on parmi ces deux braves ?  Sophie Limoges, ma chiro unique et préférée !  Elle qui m’avait dit qu’elle n’était pas certaine qu’elle y serait, elle va faire deux fois la distance. Quand j’ai vu son nom, j’ai décidé que tant qu’elle le voudrait bien, je serais son patient. Parce que je sais qu’elle comprend ce qui se passe dans ma tête et si ELLE me dit un jour que je dois prendre du repos, je vais suivre ses conseils.

Détail que j’ai constaté dans le reste de cet envoi: je ne sais pas si c’est volontaire, mais on y retrouve beaucoup de répétitions. Il me semble qu’il serait amplement suffisant d’écrire une seule fois que les concurrents des courses en trail doivent obligatoirement emprunter la navette pour se rendre à leur départ ou que la cueillette du dossard doit absolument se faire le vendredi soir pour les participants des course de 38 et 58 km. Mais non, on se le fait répéter. Signe d’une époque où les gens sont trop pressés ou incapables de se concentrer assez longtemps pour lire un texte de plus de 10 lignes ?  Peut-être…

L’infolettre contient aussi plein de renseignements plus ou moins utiles comme par exemple qu’il y a un bureau de poste à St-Donat (que d’émotion) ou la description de ce qui semble être un jeu que je ne connais pas et qui n’a aucun lien avec les courses. Enfin…

Ceci dit, la description des différents parcours est très intéressante et surtout, très instructive. Déjà que les cartes et les différents dénivelés étaient disponibles sur le site depuis un bon moment, un petit complément d’information, accompagné de quelques conseils, c’est vraiment excellent. On nous avertit entre autres où nous risquons (très) fortement de nous retrouver les pieds mouillés. Un beau contraste avec le Vermont 50 où ni le parcours, ni le dénivelé ne sont rendus publics.

À quoi s’attendre ?  Je ne peux pas dire avec certitude. Et ça fait un peu partie du charme de ce type d’épreuve. Je regarde les temps de l’an passé et je me dis que le parcours doit être très difficile. En effet, le gagnant avait terminé en 5h46, seulement deux autres coureurs avaient pris moins de 7 heures et la première femme (c’était évidemment Sophie) pointait à la 15e position en 7h54. Ce sont des temps qui ne sont pas très loin de ceux enregistrés au Vermont 50… qui était 22 km plus long !  Vrai qu’il faisait très, très chaud l’année dernière, mais cette année, avec le printemps pluvieux que nous avons vécu (sans compter le déluge prévu vendredi), les sentiers risquent d’être dans un piteux état et les rivières à traverser, plus profondes. Les temps devraient donc être du même ordre de grandeur, mais je peux facilement me tromper.

Si je ne peux prédire le déroulement général de la course, je peux encore moins prédire comment je vais m’y comporter. Surtout qu’un petit bobo inconnu a décidé de se monter la binette lors de ma dernière sortie de 20 km en sentiers lundi. Je ne sais pas si tous les coureurs sont comme moi, mais dans mon cas, j’ai des bobos “familiers”: ma cheville gauche et mon ischio droit en sont des exemples. Je les connais et quand ils refont de temps à autre une apparition, je sais comment les gérer. On est comme de vieilles connaissances.

Mais cette fois-ci, alors que j’étais dans la dernière descente m’amenant vers l’accueil de mon terrain de jeux, c’est une douleur au tibia droit qui est apparue. De quessé ?  J’étais en tapering, je ne m’étais vraiment pas surmené ces derniers temps, c’était quoi le problème ?  Je ne comprends pas trop, mais comme j’ai trainé ce petit malaise le reste de la journée de lundi et un peu hier aussi, j’ai décidé de ne pas faire le petit dernier 10 km que j’avais prévu pour ce matin. Ce sera la première fois que je me présente au départ d’une course avec quatre jours de repos (si on ne compte pas les 50 km de vélo par jour pour voyager au travail…). Habituellement, c’est deux jours. J’ai essayé trois pour Philadelphie et Boston et ça a plutôt bien fonctionné. Mais quatre ?  Enfin, on verra bien.

Si on suppose que tout irait bien côté santé, le top 10% que je vise sur route est à mon humble avis hors de portée (ça m’amènerait en 12-13e place, yeah right !). Une place dans les 30 premiers ?  Ouais, peut-être. Quant au temps, ça va probablement s’enligner autour de 8h.

Du côté des “tops”, je prédis le podium suivant:

1- David Le Porho

2- Gareth Davies

3- Alister Gardner

Disons que Seb Roulier m’a rendu la tâche plus facile en s’alignant sur le 21 km plutôt que le 58 (il sera aux championnats du monde de course en sentiers au Pays de Galles la semaine prochaine, alors même lui doit se ménager un peu… tout en visant la “gagne” sur le 21, quand même) !  Quant aux femmes, je ne peux pas croire que Sophie va rééditer son exploit de l’an dernier après avoir couru toute la nuit, alors j’y vais avec la fille de mon patelin natal: Rachel Paquette, de Victoriaville.

Mais LA prédiction qui a le plus de chances de se réaliser: beaucoup, beaucoup de plaisir pour les 1200 coureurs qui seront là samedi !  🙂

D’une cheville à l’autre

Contrairement à ce que Springsteen chantait, nous ne sommes peut-être pas nés pour courir après tout… Mais non, je blague. J’ai lu avec beaucoup d’attention le livre Born to Run de Christopher McDougall et ce dernier m’a confirmé que l’être humain est génétiquement programmé pour courir. Sauf qu’il faut le faire correctement, sinon les blessures…

Il faut croire que je ne le fais pas tout à fait comme il le faudrait parce que depuis Philadelphie, mon ischio-jambier droit m’embêtait. Pour le protéger, je me suis mis à porter un bandage autour du mollet droit. Conséquence: ledit mollet s’est mis à mal travailler et mon pied droit cognait lourdement au sol. Des « tocs » successifs à chaque emjambée, ce n’est pas nécessairement le genre de musique qu’un coureur aime entendre quand il s’entraine. À un moment donné, ces chocs répétés finissaient par engourdir la cheville. Et qu’est-ce que je faisais pour essayer de régler ça ? Je compensais par la jambe gauche.

Ça fait qu’hier soir, j’ai senti revenir en force ma vieille blessure au tendon de la cheville gauche, subie l’année passée. En fait, elle ne revient pas vraiment en force, mais disons qu’elle fait sentir sa présence, un peu comme il y a 12 mois.

Le point positif dans tout ça ?  Ça m’a forcé à ralentir la cadence pour ma longue sortie de 27 km ce matin. Ça et la neige, bien évidemment. Pendant plus de deux heures, j’ai porté attention à ma cheville et c’est avec un certain soulagement que je n’ai constaté aucune détérioration supplémentaire en arrivant. Ouf !

J’ai tout de même pu apprécier une autre superbe journée d’hiver pour la course, comme dimanche dernier. Un beau soleil, température froide, mais loin d’être glaciale, vent calme. Le sol ?  Ouais, enneigé et glissant par endroits, mais j’ai connu pire. Pas mal pire. Bien honnêtement, la neige n’a pas été un si gros problème pour courir cet hiver.

À un moment donné, je longeais la « frontière » entre la ville et la réserve de Kahnawake. Chemin faisant, je n’ai pas pu m’empêcher de songer aux déboires du sénateur Patrick Brazeau. Oui, je sais, Kahnawake est une réserve mohawk alors que Brazeau est un Algonquin, mais bon… Je me disais que cet homme avait une chance unique de devenir un modèle, une inspiration pour son peuple. Mais non, il a choisi d’abuser bêtement du système en faisant de fausses déclarations et ne se présentant pas en chambre. Mais le pire, c’est qu’il est un homme foncièrement violent (je ne m’étendrai pas sur les charges qui ont été retenues contre lui), qui a probablement eu énormément de mal à se remettre émotivement de la râclée que Justin Trudeau lui a infligée dans le ring.

Bref, il a des problèmes. Je me suis alors demandé: et s’il canalisait ses énergies vers autre chose chose que le karaté ou la boxe, peut-être qu’il serait plus en paix avec lui-même, non ? Si je pense à la course en disant ça ?  Bien sûr.  Attention, comprenez-moi bien ici: je ne veux aucunement sous-entendre que le karaté et la boxe transforment les gens qui les pratiquent en être violents une fois sortis du gymnase. Bien au contraire, ces sports requièrent une discipline hors norme et apprenent le respect de l’adversaire à ceux qui les pratiquent. Ils ne rendent pas les gens violents.

Mais quand quelqu’un a des pulsions violentes à la base, peut-être qu’il devrait au moins essayer autre chose. Courir ou faire du ski de fond pendant des heures dans le superbe parc de la Gatineau ferait fort probablement un plus grand bien au sénateur Brazeau que de taper sur un sac de sable. Et à la longue, lui, son entourage et peut-être même son peuple tout entier en sortiraient gagnants.

Je sais, j’ai fait du coq à l’âne aujourd’hui. Un peu comme mon mal qui est passé d’une cheville à l’autre, je suis passé d’un sujet à un autre. Ce sont des choses qui arrivent…

Des petites vites

Quelques petites vites en vrac ce soir…

1- Richard Garneau

J’ai appris la nouvelle hier matin et je voulais en parler avant, mais par faute de temps, je n’ai pas pu. Ainsi donc, monsieur Richard Garneau a été admis aux soins intensifs de l’hôpital Royal-Victoria suite à des complications ayant pour origine une chirurgie cardiaque qu’il a dû subir en début d’année.

J’ai toujours eu énormément de respect pour le travail de monsieur Garneau.  Réservé, objectif dans ses descriptions et ses analyses, discret, il a toujours su mettre en valeur les gens qu’il côtoyait, qu’ils soient confrères de travail ou athlètes. Un mot me vient à l’esprit quand je pense à lui: de la classe. Il n’y a pas grand monde sur cette terre qui peut se vanter d’en avoir autant que lui. Je ne suis pas un admirateur de Stéphane Laporte, mais sur son blogue hier, il a remis en ligne une chronique datant de 2004 dans laquelle il décrivait très bien ce que représente monsieur Garneau pour lui. Je peux dire que c’est à peu près la même chose pour moi.

Cet été, après le marathon des Jeux Olympiques de Londres, c’est avec la mort dans l’âme que pour la première fois, j’ai exprimé une certaine réserve face au travail de ce monument des communications. J’espère de tout coeur qu’il reviendra me prouver que j’avais eu tort de penser qu’il était alors sur le déclin.

Prompt rétablissement, monsieur Richard Garneau.

2- Le minimalisme

Très intéressant, le dernier article sur le blogue de Patrice Godin. Il y fait un retour sur sa saison, ses bons coups, ses moins bons. Pour l’aspirant ultra-runner en moi, il s’agit également d’une source inestimable d’information. Par exemple, son expérience lui a appris qu’il avait tendance à toujours trainer trop de choses avec lui et il a constaté que ses performances se sont grandement améliorées quand il a commencé à se délester des choses inutiles.

Moi qui ai une très forte tendance à toujours être en mode “bourriquot” pendant les courses (c’est comme rien, je dois souffrir d’insécurité; je me demande ce que Freud en penserait), ça m’a porté à réfléchir. Je savais qu’il fallait que j’allège mon équipement, j’en ai maintenant la conviction. Comme disent les anglos: “Less is more”. Mais par où commener ? Bien des essais à faire à l’entrainement…

Patrice pousse le minimalisme jusqu’à parfois utiliser des souliers légers pour la route, mais je demeure conservateur de ce côté. Je ne peux me faire à l’idée que mes pieds puissent frapper l’asphalte sans le moindre coussinage digne de ce nom pour les protéger… Je sais, certains avancent que le super-coussinage des souliers modernes est la cause même des blessures répétées que subissent les coureurs, mais que voulez-vous, juste l’image de mon pied presque nu qui frappe le sol…

3- Les blessures

Parlant de blessures, qu’on se le dise: la course, ce n’est pas un sport facile. Depuis quelque temps, on dirait que tout plein de monde autour de moi se blesse en courant. Il y a d’abord eu mon amie Chantale qui, après avoir fait un temps-canon à son premier marathon, s’est blessée et n’a jamais vraiment repris la course depuis. La première course de mon ami Sylvain a été retardée de quelques mois pour cause de blessure. Il y a mon amie Maryse qui traine une blessure à la hanche et qui devra aller en résonance magnétique pour finalement savoir c’est quoi le problème. Son mari Yanick est quant à lui incapable de courir, ses tibias lui causant des problèmes.

Puis le dernier sur la liste: Christian, la première “victime” du Dernier kilomètre, qui s’est bousillé la cheville gauche juste avant les Fêtes alors qu’il est en préparation pour Ottawa. Il me faisait part de sa frustration cette semaine, frustration que je suis très bien placé pour comprendre.

À tous, je vous souhaite de guérir au plus vite et de pouvoir reprendre la pratique de ce sport si merveilleux.

Quant à moi, je continue mon retour progressif. Je cours maintenant 3 fois par semaine, en prenant bien soin de respecter la règle du 10% d’augmentation hebdomadaire du volume d’entrainement. Donc, après 37 km la semaine dernière, c’était 41 km cette semaine, avec 16 km dimanche, 12 mardi et 13 ce soir. Jusqu’à maintenant, ça va bien. Ayant été obligé de courir dans la neige depuis la tempête, puis sur la glace mardi, je ne pouvais pas vraiment savoir où j’en étais côté vitesse. Ce soir, la surface était presque entièrement sur l’asphalte, mises à part quelques plaques de glace ici et là. J’ai tenu une moyenne de 4:17/km, ce qui est bien dans les circonstances. En fait, c’est peut-être même trop vite !  Mais l’important, c’est que l’ischio-jambier tienne encore le coup et jusqu’à présent, à part quelques raideurs temporaires, je dirais que ça va bien.

Je croise les doigts…

Ça tient toujours le coup

Deuxième sortie depuis mon « retour au jeu » aujourd’hui. Après deux bons soupers de Noël, on peut dire que j’avais hâte de dépenser quelques calories.

Coup de chance, il faisait un temps magnifique et la piste cyclable qui longe le fleuve était totalement au sec. Il y avait bien un petit vent humide (il est toujours humide, le foutu vent d’hiver par ici !) provenant du « large », mais pour le reste, comme conditions hivernales, difficile de demander mieux.

Encore une fois, j’avais des craintes avant de m’élancer. Je sentais toujours un petit quelque chose dans mon ischio-jambier et j’avais peur qu’il fige encore une fois, me ramenant à la case-départ. Mais il n’en a été rien. Ou presque. J’ai fait 10 km sans pousser (4:29/km) et bien que j’ai senti ma cuisse droite se plaindre un peu, tout a tenu le coup pendant 45 minutes. En ce moment, je sens encore une certaine raideur, mais je pense bien que ce sera disparu demain matin. Je l’espère, avec la quantité de neige qui nous est annoncée demain, je risque d’avoir besoin de toutes les parties de mon corps pour pelleter !  🙂

En plus de la petite raideur, une autre inquiétude demeure: l’effet du bandage que je dois porter au mollet droit. Encore une fois aujourd’hui, mon pied cognait lourdement au sol et je me demande si je ne risque pas de développer certains problèmes si je continue comme ça.  Ça va prendre les conseils de l’experte en la matière, je crois.

En tout cas, vous ne pouvez pas savoir à quel point j’ai hâte que tout ça soit derrière moi et que ma vie de coureur reprenne son cours. Du genre courir pendant des heures perdu dans mes pensées, arriver à la maison épuisé, recommencer à avoir très faim aux repas…

Patience Fred, patience…

Encore blessé…

Comme prévu, j’ai repris l’entrainement dimanche. Un petit 12 km que je me promettais de faire tout doucement. Bien évidemment, je n’ai pas respecté ma promesse et ai fini par faire du 4:14/km de moyenne. Au moins, je ne suis pas allé à fond (genre 4:04 ou 4:05), mais c’était tout de même trop soutenu comme rythme pour un retour. J’ai senti ma blessure de Philadelphie qui voulait revenir dans le dernier kilomètre. J’espèrais que c’était juste un petit avertissement qui n’aurait pas d’autre conséquence…

Hé non. Ce soir, autre essai. Je me promettais bien d’y aller vraiment relaxe. Mais on dirait que mes jambes et mon cerveau ne sont pas reliés. Ou que ce dernier arrête de fonctionner normalement dès que je me mets à courir. Bref, après 700 mètres, la douleur est revenue. J’ai décidé de laisser 2 km au muscle pour qu’il se réchauffe comme il faut. Peine perdue, après 1.6 km, je me suis arrêté et rendu à l’évidence: mon ischio-jambier n’était pas guéri et j’étais en train de l’empirer. Je suis retourné à la maison en trottinant, la mort dans l’âme. Comme la douleur a tendance à disparaitre après un certain temps, j’ai fait quelques autres petits essais (pour un gigantesque total de 4 km), mais mon cerveau a finalement eu le dessus. Pour une fois…

La pause annuelle s’était somme toute bien déroulée. Je ne mangeais pas trop les murs, prenant mon mal en patience. Mais ce soir, j’avoue bien candidement que je suis frustré (pour ne pas dire en tab…). Je ne peux pas croire qu’une blessure en apparence si anodine puisse m’envoyer sur les lignes de côté pour un autre deux semaines. Dire que je pensais originalement que c’était une crampe et que j’en ai ri en traversant la ligne d’arrivée…

Ceci dit, j’essaie de voir le tout avec perspective. La marraine de Barbara est présentement aux soins intensifs, victime d’un syndrome de Guillain-Barré. Pour elle, ce sera 6 à 12 mois de convalescence. Alors, moi et ma petite élongation musculaire…

La pause

Après un marathon (ou un ultra :-)), je me laisse habituellement 5 jours de repos. En été, je vais tout de même travailler à vélo, je continue à promener Charlotte, etc., mais je ne reprends la course que le samedi suivant.

Après Philadelphie, j’avais l’intention de faire de même. Mais bon, le jeudi suivant, la météo était très optimiste et comme j’avais une sortie de “boys” de prévue le samedi, je me disais que ma vieille carcasse aurait de la difficulté à aller courir le dimanche matin. Donc le jeudi, j’ai terminé ma journée de travail plus tôt et ai entrepris de sortir de la grande ville à la course.

Erreur. Ce que j’avais cru être un début de crampe dans les derniers hectomètres du marathon s’est avéré être en réalité un début de claquage. Je n’avais pas 500 mètres de franchis que je l’ai senti. Je me suis dit que ça passerait à mesure que le muscle se réchaufferait, mais ça n’a jamais passé. À la fin, je raccourcissais mes enjambées pour ménager ma cuisse. J’ai même dû, horreur, descendre le pont Jacques-Cartier par les escaliers afin de ne pas aggraver mon malaise. Moi, passer à côté d’une belle descente…

Tout au long de ma sortie, j’ai jonglé avec l’idée: devais-je prendre ma pause annuelle tout de suite ?

Avant, je ne savais même pas que ça se faisait. Je croyais qu’un coureur devait courir toute l’année. Puis, j’ai lu à propos de cette pause dans Courir au bon rythme. Bon, comme vous le savez, je suis loin d’être un fan des théories de l’auteur, le coach Jean-Yves Cloutier, alors… Mais l’an passé à pareille date, je me suis blessé à la cheville gauche, problème de tendon ou de ligament, je ne sais pas trop. Après une semaine de repos, j’ai fait un essai. Ça m’a pris trois semaines à m’en remettre. Trois semaines atroces au cours desquelles  j’ai mangé les murs en regardant le merveilleux soleil que décembre nous apportait.

Puis, j’ai repris progressivement l’entrainement et me suis trouvé des ressources insoupçonnées. En avril, j’atteignais déjà des vitesses que je n’avais jamais atteintes. Ça m’a fait réfléchir et je me suis dit que le coach avait peut-être raison… sur ce sujet-là du moins !

Or donc, quand j’ai vu l’ampleur du chantier de réfection des voies d’accès à l’île Ste-Hélène, j’ai pris ça comme un signe: il ne serait plus possible pour moi de revenir du travail à la course en passant par là. Combiné à la blessure qui nécessiterait fort probablement au moins une semaine d’arrêt de toute façon, j’ai décrété jeudi le 22 novembre comme début des “vacances”. Je compte reprendre la course le dimanche 9 décembre, après un peu plus de deux semaines d’arrêt complet.

Jusqu’à maintenant, ça se passe assez bien. Il faut dire que j’ai senti quelque chose à ma cuisse jusqu’en début de semaine et que la température des derniers jours n’incite pas tellement à la course de toute façon. Mais j’appréhende la prochaine semaine: on annonce un adoucissement des températures. Ayez une pensée pour Barbara qui devra vivre avec un lion en cage au cours des prochains jours…

Le déni

À partir du moment où j’ai perdu mon petit gras de bébé autour de l’âge de 13-14 ans (hé oui, j’avais un penchant vers le grassouillet dans ma jeunesse) jusqu’à l’âge d’environ 30 ans, j’avais un talent particulier: je courais vite. Très vite. En sprint, je veux dire. Quand je jouais à la balle-molle, si je frappais un roulant de routine à l’arrêt-court, celui-ci devait avoir un bras puissant pour que son relais me devance au premier but. Au hockey cosom, mes habiletés (très) limitées étaient compensées par ma faculté d’être toujours le premier sur la balle ou de me retrouver dans les culottes d’un joueur qui se croyait seul en échappée avec le gardien.

Sauf qu’à 30 ans, à la balle-molle justement, j’ai essayé d’étirer ma jambe vers le premier but, question encore une fois d’essayer de battre un relais quand à l’atterrissage, j’ai senti quelque chose lâcher dans ma cuisse: claquage. J’ai claudiqué sur quelques pas avant de tout simplement m’effoirer de douleur. Pas capable de terminer la partie, sur le carreau pour quelques semaines (alors il n’y avait finalement même pas eu de relais, bout de sacrament !).  Les choses n’ont plus jamais été pareilles par après. Avec les années, quand j’essayais d’enclencher la vitesse supérieure, je sentais ce même muscle qui avait envie de lâcher. J’ai essayé l’ultimate frisbee et c’était le pire de sports pour ça: des séries de sprints, juste du « stop and go ». Un jour, c’est mon mollet qui a lâché et j’ai dû accrocher mes crampons. Il faut dire que j’étais vraiment, mais vraiment pourri…

Heureusement, entre-temps, j’avais commencé à faire du jogging et comme j’avais arrêté les sports « stop and go », mes derrières de cuisses me laissaient tranquille. C’était jusqu’à samedi dernier. En faisant mes intervalles, j’ai senti quelque chose. La même sorte de « crampe » du côté droit. Je n’étais pas en sprint, mais tout de même autour de 3:45/km…  J’ai continué quelques enjambées, puis me suis arrêté pour me masser un peu. J’ai pu finir mes intervalles, mais j’ai senti ces malaises le reste de la journée.

Dimanche, au mont St-Hilaire, rien de spécial à signaler. Mais mardi, retour aux intervalles et j’ai encore dû m’arrêter. Shit, ne me dite pas que je suis blessé !  Non, pas à moins de 6 semaines du grand jour…  J’étais un peu découragé. Je suis reparti, plus lentement et ça a tenu le coup. Mais j’ai trainé un malaise par après, au point que ma démarche en était changée.

Mercredi, journée à vélo, j’ai pu récupérer un peu. Mais hier matin, j’avais 32 km de prévus au mont Royal (le joie de pouvoir s’accumuler du temps au bureau). Ça passait ou ça cassait. Honnêtement, après 1 km, j’étais certain que je serais obligé de rebrousser chemin. Mais je me suis dit que si le muscle finissait par se réchauffer, peut-être que… J’ai fait très attention dans les descentes, les montées se sont faites à plus petites enjambées et à la fin, je me sentais tout simplement mieux qu’au début !  C’est vraiment bizarre, le corps humain…

Mais bon, je ne suis pas vraiment sortie de l’auberge. Si j’étais certain d’avoir affaire à une blessure au moins… Et si c’était un simple malaise (le déni, pratique très répandue chez les coureurs qui leur permet de faire semblant que certaines blessures n’existent pas) ?  Je vais voir.  Ma tête sait qu’il vaut mieux se présenter à la ligne de départ un peu sous-entrainé qu’un peu blessé. Mais après des centaines de kilomètres à l’entrainement, ce n’est pas toujours facile d’être raisonnable si près du but. Je vais probablement lever le pied du côté des intervalles et continuer ma progression pour le reste. On verra bien ce qui arrivera. Si j’avais écouté tout le monde après ma blessure à la cheville en novembre dernier, je n’aurais jamais eu le printemps que j’ai eu.

Déni et tête dure, beau mélange, hein ?