New York, New York !

C’est au son du célèbre classique de Sinatra que nous nommes élancés ce matin. Le ton ėtait donnė.

Je m’étais promis de suivre sagement le lapin de 3h15. Mais que voulez-vous, il n’avançait vraiment pas assez vite à mon goût  dans la montée du Verrazano-Narrows Bridge, alors je suis parti.

Mon record personnel étant hors d’atteinte, je ne me faisais pas d’illusion de ce côté. Mais comme j’avais une cadence de 3h09 en passant au demi, je me disais que le 3h10 était jouable. Finalement, la foutue montée du 23e mille m’est rentrée dedans, alors j’ai dû me « contenter » de 3:10:08.

Satisfait ?  Dans les circonstances, avec les blessures et tout le kit, amplement. Terminer avec le temps qu’on sait qu’ on avait dans les jambes ce jour-là, on ne peut vraiment pas se plaindre. Surtout quand on tient compte que le parcours est loin d’être facile et que le vent s’est amusé à nous jouer des tours durant toute la journée.

J’ai évidemment plein de choses à raconter (duh !), ça viendra au cours des prochains jours.

Le contraste

Nous sommes à New York depuis à peine plus de 24 heures. Durant ces quelques heures, j’ai été à même de constater pourquoi je tends à me concentrer de plus en plus vers la course en sentiers et délaisser un peu la course sur route.

Pas que le voyage se soit mal déroulé, bien au contraire. Selon notre GPS, nous avons perdu à peine 36 minutes dans la circulation et les détours causés par ses indications nébuleuses. Si on tient compte du fait que nous avons traversé Manhattan d’ouest en est, ce n’est vraiment pas si mal.

Non, ce qui me dérange, c’est toute la logistique dont il faut tenir compte avant de prendre le départ. Ainsi, Barbara et moi sommes allés chercher mon dossard hier. Une quarantaine de minutes de métro et une vingtaine de minutes de marche plus tard, nous étions rendus sur place. Nos sacs ont évidemment été fouillés avant d’entrer à l’expo-marathon et il a fallu faire la file pour présenter des pièces d’identité ainsi que la preuve que j’étais vraiment inscrit. C’est sûr que je serais allé niaiser dans ce coin perdu de la ville juste pour le fun, moi. Enfin… Heureusement, la récupération du dossard en soit n’a pas pris de temps, le nombre de kiosques de distribution étant tout simplement hallucinant. Moi qui croyais avoir vu « beaucoup » de ces kiosques à Boston…

En ce qui concerne l’expo en tant que telle, elle n’était pas si impressionnante. Sur ce point, Boston a définitivement le dessus. Mise à part la boutique Asics qui occupe la majeure partie du plancher, vraiment rien de spécial à signaler. Après avoir fait l’achat de « armwarmers », j’ai fait le plein de gels et de barres énergétiques puis, après m’être assuré que Dean Karnazes n’était pas au kiosque North Face (il était parti depuis un foutu bout de temps !), nous avons levé les feutres.

On m’avait dit que l’organisation à New York, c’est le nec plus ultra. Nous en avons eu une preuve à la sortie: des navettes étaient mises à la disposition des participants et de leurs familles pour les ramener vers les divers hôtels du centre-ville. Vous allez me dire que franchement, des marathoniens, c’est capable de marcher… Oui, bien sûr, mais le quartier autour du Jacob Jovits Convention Center est vraiment moche et se le taper deux fois, bof… En plus, ce n’est pas évident que tout le monde qui accompagne un coureur soit en mesure de marcher autant. Bref, comme il commençait à se faire tard et que nous n’avions pas encore mangé, nous avons profité du « lift » pour nous rapprocher du métro. Car hé non, il n’y en a pas autour du Jovits Center.

Ha manger, le joyeux problème !  Déjà que je n’avais pas vraiment eu le choix de me taper du cr… de McDo au dîner… Comment un coureur peut-il réussir à se sustenter sans se ruiner ni manger de la scrap à New York ?  Disons que ça relève presque de l’exploit. Finalement, ho miracle, nous sommes tombés sur une place qui offrait un grand buffet style « bar à salade pour emporter ». Il y a définitivement un Dieu à quelque part. Ne nous restait plus qu’à nous taper un autre 40 minutes de métro avant de pouvoir manger dans la tranquillité de l’appartement.

Car oui, l’appartement que nous avons loué est relativement tranquille. Je dis « relativement » parce que Brooklyn, ce n’est pas Manhattan, mais ça demeure la grande ville quand même: stationnement dans les rues, du monde partout, circulation incessante, etc.  Pas vraiment mon environnement. Tantôt, j’ai fait le tour de Prospect Park, le parc situé juste en face de notre appart. C’est vraiment chouette, une espèce de mini Central Park. Mais quand tu vois quelqu’un qui a pris la peine d’amener ses poids et haltères dans le parc pour faire ses exercices, tu te dis que tu es définitivement dans un autre monde.

Bon, le dossard, c’était bien beau, mais il va falloir que je me rende au départ. Je suis supposé prendre le traversier pour Statten Island à 6h demain matin. Mais comment savoir combien de temps ça va prendre pour m’y rendre ?  Pas le choix, je devais faire la trajet en métro avant.

Ça a occupé ma matinée, mais ça a été un bon investissement. L’application de calcul de trajets du métro me donnait 37 minutes en me proposant un trajet avec 2 transferts. Hé bien j’ai eu la joie de constater que la dernière ligne qu’il me proposait d’utiliser était fermée la fin de semaine !  Plaisant, n’est-ce pas ?  J’ai donc pris 1h25 pour faire le trajet complet, me donnant le luxe de revenir à Brooklyn avant de retourner à Manhattan. Super efficace, il n’y a pas à dire. J’ai réussi à trouver un autre trajet, plus rapide, pour le retour. Mais mettons que je ne suis pas rassuré et je vais me garder une petite marge de manœuvre.

Bref, en pensant à tout ça, le contraste avec la course en sentiers m’a frappé. En effet, pour le Harricana, nous sommes partis la veille de la course, avons fait les 4 heures de route, nous sommes installés et le lendemain, nous sommes tapés un long voyage de 15 minutes en auto avant d’arriver sur place, cueillir le dossard, puis faire la course. Pas de métro, pas de soirée passée à courir après un dossard, pas de souci de stationnement. Pour courir dans le bois par dessus le marché. Le bonheur.

Ceci dit, je ne voudrais pas que vous vous mépreniez. Je suis très très heureux d’être ici. Faire New York, j’en rêve depuis toujours.  Participer à ce marathon, c’est un privilège. Imaginez: courir les rues de cette ville, la foule omni-présente, l’arrivée à Central Park… Je vais profiter de chaque instant, c’est certain. En plus, la météo annonce un temps splendide. Tout se passera comme dans un rêve… Quand on va finir par finir de partir !

Côté performance, après avoir jonglé avec l’idée de suivre le lapin de 3h10, j’ai décidé  d’y aller au feeling. Je vais partir avec le 3h15 et verrai comment ça se passe. De toute façon, le 3h10 part  dans un groupe de coureurs différent du mien (il y a 4 vagues séparées en 3 groupes chacune), alors je risque de ne jamais le voir de toute façon.

On se dit à demain ?

Répétition générale

« N’oublie pas qu’il faut que tu fasses de la route demain ! »

C’était ma douce moitié qui jouait le rôle de ma conscience au moment du dodo hier soir. Elle avait raison: il fallait que je fasse un vrai entrainement sur route deux semaines avant le dernier grand rendez-vous de la saison, le Marathon de New York. Pas question d’aller s’épivarder dans le bois comme un petit gars, fallait que j’agisse en adulte, pour une fois.

Pour moi, cette dernière sortie semi-longue avant un marathon sert toujours de répétition générale avant la course. 25 km que je fais à un rythme modéré, près de celui anticipé pour la course (je sais que ce n’est pas ce qu’on est supposé faire, mais c’est ce que je fais, bon), avec l’équipement que je compte utiliser ce jour-là: souliers, casquette, shorts, ceinture d’hydratation, gels, etc. Aussi, contrairement à mes sorties de semaine, pas question de m’arrêter. En effet, quand je reviens du boulot, je dois m’arrêter assez souvent: pour traverser une intersection, passer sous le pont Jacques-Cartier pour aller rejoindre le trottoir piétonnier, me masser les tendons du genou ou simplement pour jaser avec un ami qu’il m’arrive de croiser en chemin. Veux, veux pas, ces petites pauses sont des moments de repos et faussent un peu le rythme véritable qu’on peut tenir sur une certaine distance. Cette fois-ci, je voulais faire comme en course, soit continuer peu importe les circonstances.

Première surprise en me levant: il était 6h30 à peine qu’il ventait déjà à écorner un boeuf. Merde, comment évaluer correctement si une cadence est la bonne dans de telles conditions ?  Deuxième surprise: en me rendant récupérer mes souliers de route au sous-sol, mes quads m’ont fait savoir qu’ils avaient trouvé pas mal difficile la descente du mont Orford hier (j’y reviendrai au cours des prochains jours). J’étais racké d’une course de 11.5 km faite pour le plaisir !  Double merde !

 Je bougonnais en me rendant au bout de la rue en trottinant pour m’échauffer. J’aurais dû aller en sentiers que je me disais. Le foutu vent, il ne nous dérange pas, dans le bois. En plus, il faisait beau, ça devait encore débile dans mon terrain de jeux. J’essayais de demeurer positif, de me dire que si je faisais une bonne sortie dans ces conditions, ce serait très encourageant pour New York… Rien à faire, je voulais être ailleurs.

Je suis parti avec comme objectif de faire du 4:25/km. Ça ne devrait pas être trop difficile, non ?  Ouais, mais le vent, les quads… et le souper arrosé d’hier soir…

J’ai évité d’affronter Éole pendant 5-6 kilomètres, me contentant de zigzaguer dans les petites rues. Mais à un moment donné, il a bien fallu que je me le tape. Sur les bords du fleuve, il était terrible. Je devais le combattre sans cesse, courant à angle pour compenser. Au 7e kilomètre, ma montre a sonné: 4:33. Quoi, un kilomètre en 4:33 dans cette tempête et ce, sans y mettre toute la gomme ? Finalement, ce serait peut-être une bonne sortie…

J’ai réussi à traverser le pont des écluses juste avant qu’il lève et me suis dirigé vers le parc. Le vent était à son apogée, mais je réussissais à tenir un rythme acceptable. En arrivant au récréo-parc, un peu plus à l’abri, ma moyenne était rendue à 4:23. Dans les circonstances, on peut dire que tout allait bien.

Je l’avoue, je n’ai pas respecté ma promesse de ne pas m’arrêter. La raison: Charlotte qui prenait sa marche matinale et voulait absolument un câlin de son « papa ». Et je n’étais pas pour passer à côté de ma femme sans l’embrasser, pas vrai ?  🙂

Il me restait 14 km à faire quand je suis reparti et ils sont passés sans histoire. Au final, une moyenne à 4:21, ce qui est amplement satisfaisant. Les genoux n’ont pas bronché, je crois que je peux leur faire confiance pour dans deux semaines, surtout que je serai en tapering et ne dépasserai plus 16 km au cours des 14 prochains jours.

J’ai donc bien fait de faire de la route. Mais ça ne me tentait tellement pas…

D’autres petites vites

Encore des “Petites vites” cette semaine…

Marathon de Chicago –  Dimanche avait lieu le premier marathon majeur en sol américain depuis les attentats de Boston. Se déroulant sous des mesures de sécurité accrues qui ne semblent toutefois pas avoir importuné les participants, l’épreuve a donné lieu à une autre performance exceptionnelle de la part d’un membre de l’élite mondiale.

En effet, le Kenyan (duh !) Dennis Kimetto y a établi un nouveau record de parcours en signant un temps-canon de 2:03:45, soit la quatrième meilleure performance de tous les temps. Chicago a depuis longtemps la réputation d’être une course très rapide, le parcours y étant plat comme un galette. Paula Radcliffe y a d’ailleurs déjà établi son record du monde en 2002, record qu’elle a ensuite battu à Londres l’année suivante. De plus, l’organisation ne lésine pas sur l’embauche de pacers de haut niveau qui viennent donner un élan à la course en tête de peloton.

Une question que je me pose: la “barrière” des 2h04 semblait infranchissable il y a quelques années à peine. Haile Gebrselassie l’a fait tomber en 2008. Celle des 2h03 ne tiendra plus tellement longtemps. Verra-t-on un jour un homme descendre sous les 2 heures au marathon ?

Marathon de New York – C’est officiel: j’ai maintenant mon numéro de dossard, mon couloir et mon heure de départ pour le Marathon de New York. Comme j’avais entré 3h15 comme temps visé (je vais être très content si je fais ça !), je m’élancerai à 9h40 à partir du septième couloir de la première vague, arborant le numéro 7016.

Tout comme à Boston, mon principal défi sera de passer le temps durant les interminables heures précédant ce merveilleux moment. En effet, je dois prendre le traversier nous amenant à Staten Island à… 6 heures !  De là, des autobus amèneront les coureurs au village des athlètes. J’ai déjà pris ce traversier et si ma mémoire m’est fidèle, je doute que son périple dure plus de 30 minutes. Au pire, en comptant l’attente des autobus et le voyagement, je devrais être rendu sur place à 7 heures. En espérant qu’il ne pleuve pas, sinon l’attente risque d’être encore plus longue !  En tout cas, j’ai appris de mon expérience à Boston: cette fois-ci, j’aurai un livre et tout le nécessaire pour pouvoir m’installer à mon aise.

Mais pour être à 6 heures au départ du traversier, à quelle heure devrai-je prendre le métro à partir de Brooklyn ?  Et à quelle heure devrai-je me lever, moi qui suis d’une lenteur légendaire le matin ?  Je commence à envisager de ne pas me coucher, moi là… Ou de me rendre à pied… Dormir sur place, peut-être ?

Les femmes seraient-elles plus fiables ? – Ok, je l’admets, ce dernier sujet n’a qu’un rapport éloigné à la course. C’est juste qu’une expérience récente lors de la recherche d’un hébergement pour Boston m’a amené à cette conclusion.

Je vous raconte. En 2011, Barbara et moi sommes allés en voyage deux semaines à Paris. Ne voulant pas passer tout ce temps en hôtel et manger dans des restaurants 3 fois par jour, nous avions choisi l’option de louer un appartement. Nous étions passés par le site Abritel et avons été très satisfaits.

Pour Boston cette année, comme mes parents voulaient faire également partie du voyage, l’option de l’appartement nous semblait encore une fois la meilleure: plus économique, elle nous aurait également donné une plus grande liberté et plus de tranquillité. Vous savez, des fois, dans les hôtels… Nous avons donc écrit à deux propriétaires (des hommes), en passant encore une fois par Abritel.

Au bout de deux semaines, toujours pas de réponse. Comme il se faisait assez tard, nous avons préféré ne pas risquer d’autres périodes d’attente et nous rabattre sur l’hôtel.

Soupçonnant une communication déficiente entre Abritel, un site français, et les annonceurs américains, nous nous sommes tournés vers VRBO en vue du Marathon de New York. Nous avons contacté deux propriétaires (des femmes cette fois-ci) et avons reçu des réponses en moins de 24 heures dans les deux cas. Nous avons ensuite parlé au téléphone à la dame de qui nous avons finalement loué. Une femme très gentille, qui nous a fait parvenir des documents qui répondaient à toutes nos questions en plus d’un contrat en bonne et due forme. Très professionnelle, la dame.

Pour Boston 2014, nous nous sommes donc tournés encore une fois vers le site VRBO. Pour le premier appartement qui nous intéressait, le monsieur qui en était le propriétaire n’a jamais daigné nous répondre.

Au bout de quelque temps, Barbara est tombée sur le site de location Airbnb. Sur ce site, non seulement  chaque appartement nous est présenté, mais son propriétaire également avec en prime, son taux et sa vitesse de réponse. Nous avons en avons contacté deux, un homme et une femme.

La femme, Emily, nous a répondu en moins de deux heures. À peine 4 ou 5 heures après lui avoir écrit la première fois, elle avait répondu à toutes nos interrogations et la transaction était conclue. Quant à l’homme, il m’a répondu le lendemain, me disant que vu que sa conjointe et lui habitent l’appartement, ils ne prévoient pas qu’il soit libre aux dates demandées.  Heu, il y a un calendrier de disponibilités sur le site, et c’était écrit qu’il était libre… Aurais-tu oublié de le mettre à jour, genre ?

Bref, à part notre monsieur en France (et encore là, c’est la concierge de l’édifice qui s’est occupée de tout), nous n’avons pas eu de bien bonnes expériences avec les hommes côté location d’appartement pour un voyage. Avec les femmes, par contre, taux de réussite de 100%.

Les femmes seraient-elles donc plus fiables que nous, les cromagnons ?

Il faudrait que je fasse de la route…

New York, c’est dans trois semaines. Théoriquement, je devrais y aller à fond de train sur la route, regarder mon pace, faire des intervalles, apporter les légers correctifs à ma posture, tester si je vais courir avec ma ceinture d’hydratation ou pas. Selon les grands principes, j’aurais dû faire une sortie sur la route hier, puis ma dernière vraie longue (32 km) aujourd’hui. Après, ce serait le début du tapering.

Il y a juste un problème: c’est l’automne et il fait tellement beau… Demandez-moi si j’ai le goût de m’ennuyer sur les interminables kilomètres de bitume. Hier, j’avais une excuse: j’avais une virée de prévue au mont St-Hilaire avec les deux amis que j’accompagnerai la semaine prochaine à Orford pour le Xtrail Asics. Une répétition générale en quelque sorte pour Daniel et Sylvain qui n’ont jamais fait de compétition en sentiers. D’ailleurs, Daniel n’a jamais fait de compétition, point. Mais il m’a beaucoup impressionné dans les descentes. Dans les parties roulantes, ça m’aurait pris tout mon petit change au sommet de ma forme pour le suivre (avec mes genoux toujours sur le bord de lâcher, on oublie ça). Et quand les descentes devenaient le moindrement techniques, je me retrouvais irrémédiablement largué. Heureusement, j’avais le plat et les montées pour me reprendre.  Non mais, c’est supposé être moi, le plus rapide des trois, non ?  😉

Nous avons fait tous les sommets, prenant bien soin d’admirer la vue à chaque fois, puis sommes repartis au moment où la cohue s’épaississait. C’est fou la quantité de monde qu’il peut y avoir à cet endroit à ce temps-ci de l’année. Dans la longue filée de voitures qui attendaient pour entrer quand nous avons quitté, il y avait quelqu’un avec une roulotte !  Je ne sais pas ce qu’il avait l’intention de faire avec ça, ni comment il a seulement pu repartir de là, mais ce n’était vraiment pas une bonne idée !

Aujourd’hui par contre, pas d’excuse. Je devais faire de la route. Mais rien à faire, je ne pouvais me motiver à manger de l’asphalte par une telle journée. Qui sait, peut-être n’aurais-je plus l’occasion d’aller faire le tour de mon terrain de jeux cette année ?  Je ne pouvais tout de même pas manquer ça…  Est-ce que ça pouvait me nuire pour New York ?  Je ne crois pas et bien honnêtement, je m’en balançais un peu: j’avais envie de courir à St-Bruno, je courrais à St-Bruno, un point c’est tout.

Ho que je n’ai pas regretté !  Température parfaite, un merveilleux soleil d’automne qui perçait difficilement les feuilles encore dans les arbres, les couleurs toujours présentes. 33 km de pur bonheur.

Définitivement: la route pouvait encore attendre. On va être pognés ensemble tout l’hiver de toute façon…

Le gros mot à trois syllabes

Quand il est émotif, et ça lui arrive souvent, il arrive que l’être humain moyen fasse usage de jurons. Bizarrement, le répertoire utilisé varie d’un peuple à un autre. Pour les anglophones, la grande majorité des gros mots sont reliés au sexe. Pour nous Québécois qui jadis avons tant été contrôlés par l’Église catholique, la tendance est à faire le ménage du lieu de culte local quand nous sommes fâchés. La plupart du temps, nous nous contentons d’utiliser les mots à une, maximum deux syllabes pour nous exprimer. Mais il y en un, un vrai, qu’on sort seulement pour les grandes occasions. Parce qu’il est long à dire: trois syllabes et que lorsqu’on s’en sert, c’est parce que on vraiment en…

Le soleil se levait à peine hier matin quand il a retenti sur le bord du fleuve, dans mon petit patelin de banlieue. Et vous l’aurez deviné, le grossier personnage qui a osé s’époumoner ainsi, c’était moi. Mon genou droit venait de me jouer exactement la même chanson que son confrère de gauche m’avait jouée en juillet: le coup de la corde de violon. Parce que c’est comme ça que je le sens quand ça arrive: on dirait qu’un de mes tendons derrière le genou est tellement tendu (il me semble que c’est justement le propre d’un tendon d’être tendu, non ?) qu’il m’envoie une note ultra aiguë qui traverse mon système nerveux à vive allure et se retrouve à mon cerveau en moins de deux. Aussitôt, la douleur est si vive que je dois m’arrêter. Et le juron sort tout seul. Blessé à 5 semaines de New York, tab… !!!

Évidemment, j’avais reçu des signes bien avant. Les premiers, c’était pendant que je faisais du vélo avant même que je recommence à courir, au début août. Mais un coureur, ça réussit toujours à se trouver des raisons, à se convaincre que mais non, ce n’est pas ça. Cette fois-là, je me disais que c’était parce que ma jambe droite travaillait trop pour compenser pour la gauche et que tout rentrerait dans l’ordre une fois la gauche guéri. Bien sûr.

Quand j’ai repris la course, comme j’allais lentement et faisais des distances plus courtes, le genou droit se tenait effectivement tranquille. Puis, avec les semaines et l’augmentation de volume, les signes ont commencé à réapparaitre, petit à petit. Au début, je portais un protecteur seulement sur le genou gauche. Puis, quand j’allais en montagne, j’en mettais sur les deux. Depuis deux semaines, je portais un protecteur sur chaque genou à toutes les fois que je courais. Mais non, je n’avais pas de problème…

Contrairement à la première fois, je me suis tout de suite arrêté et suis retourné à la maison en marchant. Je ne me suis pas bourré d’Advil pour continuer malgré tout et ai immédiatement lancé un appel à l’aide à Marie-Ève, l’ostéo qui m’avait remis sur pieds cet été. Par chance, j’ai réussi à avoir un rendez-vous pour cet après-midi. À partir de là, j’aviserai.

Toutefois, une réflexion s’impose pour le long terme. J’aime, j’adore courir, alors je ne veux certainement pas arrêter. Je vais cependant avoir à changer des choses dans mon entrainement. Par exemple, devrais-je améliorer ma routine d’échauffement ?  Courir plus souvent et moins longtemps ?  Consulter un entraineur peut-être ?  Pierre Lequient, un marathonien de mon calibre qui s’est lancé dans les ultras depuis peu a eu une saison de rêve cette année après en avoir engagé un… Peut-être aurais-je besoin de me faire masser ?  Mes blessures sont causées par des muscles qui sont trop contractés et il semblerait que les étirements que je fais religieusement ne sont pas suffisants pour les faire relâcher.

Bref, bien des choses à envisager. Mais après New York !

C’est officiel, plus d’ultras pour cette année

25 kilomètres au mont St-Bruno ce matin. Ce matin, j’étais convaincu à 99%, maintenant je le suis à 100%: les ultras, c’est fini… pour cette année !

Je voulais faire un dernier test, au cas où. Mais la forme n’y est tout simplement pas. Car si on veut faire un ultra, on ne s’en sort pas, il faut courir. Beaucoup. Pendant des semaines (qui m’ont semblé durer des mois et pour ma conjointe qui devait m’endurer, ça a dû sembler des années), je n’ai pas couru du tout et depuis que j’ai repris il y a maintenant une quinzaine de jours, j’ai à peine fait le kilométrage que je fais normalement en une semaine quand je me prépare pour une compétition. Ajoutez à ça que je dois encore faire très attention dans les descentes (il y en a énormément au Vermont 50, alors que pour le Harricana, je l’ignore), que l’an passé, malgré un entrainement très poussé, j’avais terminé pété de partout, et une seule solution s’imposait: déclarer forfait.

Autre détail non négligeable: les frais de déplacement et surtout, d’hébergement. Pour le Vermont 50, c’est deux nuits à l’hôtel (je l’admets, je ne suis pas un vrai ultrarunner, j’ai un petit côté douillet). Je ne me voyais pas nous engager dans ces frais pour devoir abandonner après seulement 19 km de course. Je viens donc d’écrire au directeur de l’épreuve pour lui annoncer que je me retirais. À grand regret. Ils sont supposés me rembourser une partie des frais d’inscription, c’est déjà ça.

Quant au Harricana, les frais engagés étant moindres (nous partagerons un chalet avec mon amie Maryse) et comme je suis tout de même en mesure de courir un peu, je suis maintenant inscrit au 28 km. C’est une course que je compte faire comme une sortie d’entrainement pour le Marathon de New York, sans plus. Et nous allons en profiter pour voir notre amie que nous ne voyons jamais assez souvent.

Je dois avouer que j’ai eu un pincement au cœur lorsque j’ai vu la liste des inscriptions après avoir confirmé la mienne. En effet, deux connaissances qui étaient à St-Donat s’étaient inscrites au 65 km très récemment. Grrr !!!  En plus, j’y aurais retrouvé beaucoup de coureurs d’élite d’ici, des gens avec qui il est toujours plaisant d’échanger. Aussi, si j’avais été au sommet de ma forme, j’aurais beaucoup aimé me comparer avec une athlète de haut niveau comme l’ancienne cycliste Lyne Bessette qui y sera. Ce sera pour une prochaine fois…

Toujours pas changé d’avis

Hé oui, c’est toujours la lune de miel avec la région de Lake Placid. Hier, nous sommes allés faire un tour en « ville » et j’ai pu faire une épicerie type ultrarunner en faisant le plein de gels GU (à 99 cents !!!) et de barres énergétiques. Et comble de bonheur, ils avaient toutes les saveurs et la date de péremption n’était pas la mi-septembre.  Je pourrais m’habituer à ça, moi…

En plus, il me semble que j’aurais tant d’endroits à découvrir, à explorer… Juste à partir des sentiers situés tout près, il y a trois sommets qui sont accessibles et je n’ai pas encore pu y aller. Hier, j’ai fait un essai avec ma compagne quadrupède, mais comme il faisait chaud, elle a fini par me faire savoir qu’elle n’avait vraiment pas envie de se taper l’ascension au complet, alors nous avons rebroussé chemin, sans savoir si le sommet était proche ou non. Ce sera pour une prochaine fois. Ça m’a tout de même permis de faire un entraînement en montée et certains passages n’étaient pas piqués des vers. Pour la descente, disons que j’enviais son centre de gravité situé à 6-8 pouces du sol. Elle passait son temps à se retourner, ayant l’air de dire: « Ben voyons, tu te grouilles le derrière ou pas ? ». Ouais ouais, mademoiselle chose, tu ne disais pas la même affaire en montant !

Pour ce qui est de la course, tout va encore relativement bien. Évidemment, le protecteur que je porte me nuit un peu, mais je ne me vois pas encore courir sans lui. Je ne fais tout simplement pas assez confiance à mes tendons pour ça. Par contre, je fais assez confiance au reste pour me lancer dans un demi en sentiers demain matin. Si le test est concluant, ce sera le 28 km pour moi au Harricana… s’il n’est pas trop tard pour changer d’épreuve. Un 28 km que je ferais relaxe, comme un entraînement en vue de ce qui est devenu l’objectif ultime de la saison: le Marathon de New York pour lequel une seule chose importera: m’amuser en visitant la Grosse Pomme.

Et en attendant, ma tendre moitié à la chance d’avoir un homme qui a réappris à sourire. Et ça, c’est très plaisant. Et ce le sera encore plus le jour où Internet fonctionnera comme du monde. Car honnêtement, il est à ch… ici !

L’air bête

“Ça va pas, hein ?”

Dimanche matin , nous étions dans la voiture. Nous avions un pique-nique avec des collègues de travail et c’est là que nous nous rendions. Quand ça fait 26 ans qu’on est avec la même personne, dont les 23 dernières à vivre ensemble, disons qu’on n’a pas besoin de se parler pour se comprendre.

“Non.”

Depuis la veille, je n’avais qu’une seule chose en tête: mon foutu genou. Et toutes les questions que cette blessure apporte avec elle.  Vais-je pouvoir être au Harricana ?  Au Vermont 50 ?  À New York ?  Vais-je seulement courir à nouveau ?  Quand ???

Et la douleur à la hanche/dos/fesse… Merde, tout allait bien de ce côté avant que Sophie y touche. Est-ce récupérable ?  Ai-je des dommages ?  Moi qui n’avais jamais cru à la chiropractie, j’en étais devenu un fervent défenseur. Plus maintenant. Le doute s’est installé. Et le lien de confiance, à défaut d’être rompu, s’est un peu fragilisé.

Ça fait que je traine un maudit air bête à longueur de journée. Et Barbara qui est tellement compréhensive… Elle pourrait bien me sermonner, me dire que sa situation est 1000 fois pire que la mienne (elle aurait raison), mais non. Elle sait à quel point j’ai besoin de courir pour me sentir bien. Me sentir libre. Me sentir moi-même. Quand on parle de soutien de la part de sa conjointe…

J’essaie de me dire que ce n’est pas la fin du monde, que je ne suis pas le premier à passer par là. Je m’encourage en pensant à Pat qui a été sur le carreau pendant des semaines au printemps, puis qui a réussi à se taper deux courses de 100 milles presque coup sur coup. S’il a réussi à se rétablir à temps, pourquoi pas moi ?  Surtout que les courses que j’ai au programme sont pas mal moins longues que les siennes…

Je pense aussi à ces coureurs professionnels qui ratent des marathons importants pour cause de blessures. Eux, c’est leur job, leur gagne-pain. Moi, c’est juste un passe-temps. Des courses, dans le pire des cas, il va y en avoir d’autres, non ?  Aussi, je suis encore capable de pédaler sans douleur (ou presque). Hier, j’ai fait 60 km, ma plus longue randonnée de vélo depuis des années. Si au moins je peux garder le cardio intact, en attendant…

Mais tout ça, c’est seulement de la belle rationalisation. La réalité, c’est que je me sens comme un pur-sang enfermé dans son enclos. Je piaffe d’impatience, rue dans les brancards (je commence à comprendre d’où viennent ces expressions-là). J’ai fait quelques appels aujourd’hui. J’ai pris un rendez-vous avec une ostéopathe dont on me dit énormément de bien. Elle est spécialisée dans le genou et va certainement m’aider pour ma hanche. J’ai aussi contacté des spécialistes en médecine sportive: pas de place avant octobre !  C’est que je devrais normalement avoir fait deux ultras d’ici là, moi…

Bon, pour se changer les idées un peu, petit mot sur le Vermont 100. Un coureur de chez nous s’est  illustré: Sébastien Roulier, qui en était à sa première course de 100 milles, a terminé en septième position et ce, seulement deux semaines après nous avoir fièrement représentés aux championnats de monde. Toutes mes félicitations Seb !  🙂

Il semblerait toutefois que la course a été très difficile cette année, probablement à cause de l’humidité. En tout cas, le taux d’abandons a été élevé et certains ultrarunners aguerris n’ont pas été en mesure de terminer, alors ça donne une bonne idée.  J’y avais d’ailleurs pensé durant les jours de chaleur accablante que nous avons subie la semaine dernière et j’y songe de plus en plus sérieusement: peut-être (advenant que je puisse recommencer à courir un jour ;-)) que finalement, le Vermont 100, ce n’est pas une bonne idée pour mon premier 100 milles. Comme je tolère très mal la chaleur quand je cours (en fait, je la tolère mal tout le temps: je porte des chemises à manches courtes à longueur d’année), je devrais peut-être m’orienter vers des courses à l’automne.

Dans ma mire: Haliburton Forest (Ontario) en septembre, Virgil Crest (New York) aussi en septembre et Oil Creek (Pennsylvanie) en octobre. Les deux premiers sont de type double aller-retour d’un parcours de 25 milles alors que le troisième est constitué d’une boucle de 50 km à faire trois fois suivi d’une “mini-boucle” de 11 km. J’opterais probablement pour ce dernier, mais j’ai encore bien du temps pour y penser.

3-5-8 !

C’est en mars 2010 que pour la première fois, j’ai payé les frais d’inscription à la loterie en vue de participer au Marathon de New York. À l’époque, je ne voyais vraiment pas comment je pouvais accéder autrement à cette course, une des Marathon Majors, vu que les critères d’admission pour ceux désirant participer en se qualifiant, sans passer par la loterie, étaient encore plus sévères que pour Boston.

Quelques semaines plus tard, c’est avec une certaine nervosité que j’ai “suivi” le tirage sur le site Web de l’événement. Comme vous l’aurez deviné, mon nom n’est pas sorti.

Le manège s’est répété en 2011, mais cette fois-ci, je ne me faisais pas d’illusions. Je me disais qu’au pire, j’aurais à refaire la même chose une année de plus et me retrouver avec une entrée garantie pour 2013 car tous ceux qui participaient à la loterie et dont le nom n’était pas pigé trois années de suite avaient un droit d’accès pour la quatrième année. Bien évidemment, le sort ne m’a pas avantagé en 2011 non plus.

2012, nouvelle politique: vu le très grand nombre de demandes dans toutes les catégories (qualifications par atteinte des standards, inscriptions à la loterie, charité, etc.), l’organisation décida de resserrer encore plus les standards de qualification (!) et d’abolir le privilège donné aux gens qui avaient mordu la poussière trois années de suite à la loterie. Heureusement, une clause grand-père a été instaurée et certaine dernière politique ne serait appliquée qu’à partir de l’édition 2016 du Marathon.

Bref, même après l’annulation de l’épreuve en 2012, j’ai obtenu mon droit d’entrée pour 2013, vu qu’encore une fois, mon nom n’avait pas été tiré. Et à partir du 24 avril dernier, j’avais un mois pour me prévaloir de ce privilège. Après une courte discussion avec ma tendre moitié, à savoir si nous avions envie de nous taper les mesures de sécurité qui seront fort probablement accrues suite aux événements de Boston, nous avons décidé d’y aller. Nous adorons tous les deux New York et avoir la chance de visiter cette ville en courant, je ne pouvais pas passer à coté de ça. Et c’est sans compter le fait que je voulais me faire plaisir en faisant un bras d’honneur aux terroristes.

J’ai donc rempli le formulaire d’inscription. C’est quand est venu le temps de payer que mon coeur a raté quelques pulsations. J’ai dû regarder à 3 ou 4 occasions pour être bien certain que je ne rêvais pas ou que ma presbytie naissante ne me jouait pas des tours. Mais non, je voyais très bien: devant mes yeux, trois chiffres: 3-5-8.  358 $ !!!  Pardon ?!?  Ça va pas ?  On peut avoir des foutues bonnes places pour un spectacle de U2 à ce prix-là (pour les Rolling Stones, on repassera, mais de toute façon, on ne peut pas dire que ça m’intéresse vraiment). Mon amour, il va falloir appeler le conseiller financier: on a besoin d’une deuxième hypothèque !

Hé oui,  l’inscription coûte 347 $ pour les coureurs étrangers comparativement aux Américains qui doivent débourser 255 $ alors que pour les membres du club qui s’occupe de l’organisation, les New York Road Runners, ça revient à la “modique” somme de 216 $. À ce montant s’ajoutent les 11 $ de frais de transaction que tous doivent payer. Voulez-vous bien me dire qu’est-ce qui peut bien coûter si cher dans le processus d’inscription pour qu’ils nous chargent 11 $ ?  Il y a quelqu’un à quelque part qui s’emplit les poches… Et, fait à noter, tous ces frais ne sont pas remboursables (sauf en cas d’annulation de la course et même là, ils gardent le 11 $ !).

On me dit que l’organisation est vraiment, mais vraiment exceptionnelle là-bas. Que Boston, c’est bien, mais New York… Je veux bien, mais à ce prix-là ?  Je serais curieux de savoir qu’est-ce qui coûte si cher. Cette course est tout de même commanditée par une grande banque (ha, c’est ça les frais d’administration…). Et ça demeure “seulement” un marathon. Je concède que la sécurité et le déploiement policier pour une telle épreuve sont hors normes. Mais assez pour charger 150 $ de plus que Boston ?  J’ai bien hâte de constater ça sur place…

Bref, contrairement à Boston, à New York, ils me verront vraiment pour la première et la dernière fois.