2014, mieux que 2012 ?

Une autre année qui s’achève. La tradition étant maintenant bien établie, je vous offre aujourd’hui chers lecteurs une petite rétrospective de mon année de course à pied. Avec mes bons et mes moins bons coups.

Tourner en rond – La dernière fois que j’en ai parlé, c’était lors d’une conférence donnée par Joan. Il présentait l’ultramarathon sous toutes ses formes et parmi celles-ci, il y avait la version consistant à courir 50 kilomètres sur une piste. La première réaction des gens quand ils prennent connaissance de telles épreuves se résume généralement à un gros « Ouach ! » ou un « Beurk ! » de dégoût.

Et pourtant, je dois avouer que je n’ai pas détesté l’expérience. Ça a quelque chose de rassurant, courir sur une piste. Les toilettes sont toujours proches, les ravitaillements aussi. Et en hiver, ce n’est pas trop déplaisant de courir sans spinner. Je ne sais pas si je vais récidiver, mais je ne ferme certainement pas la porte.

La victoire – Dès le premier des 500 virages à effectuer durant la course, j’étais seul en tête. Pendant près de 4 heures, je me suis demandé si j’allais tenir le coup, s’il y avait un coureur qui me suivait et attendait que je faiblisse pour m’achever. Comment aurais-je pu savoir que Denis, celui qui m’encourageait à chaque fois que je le dépassais, était mon plus proche poursuivant ?

Puis, dans le dernier tour, on a prononcé les mots magiques: « vainqueur » et « record ». Ça m’a fait vraiment bizarre. On n’était évidemment pas en présence du contingent de coureurs du Marathon de Boston, mais j’ai tout de même savouré cette grande première.

Quant au record, il a tenu le coup lors de l’édition montréalaise des Marathons intérieurs JOGX et il ne sera pas en danger en 2015 pour la simple et bonne raison qu’on n’y tiendra pas d’épreuve de 50 km.

L’attente –  Hopkinton, le lundi 21 avril. Après New York quelques mois plus tôt, je me retrouve encore à attendre le départ d’un grand marathon en gelant comme un creton. Ça durera des heures. À ce moment précis, je me dis « Plus jamais ».

L’émotion – Quand les Japonais tout près ont fini par finir de jacasser, un silence complet s’est installé dans la grande cour de l’école secondaire où tous les coureurs étaient réunis. Les images de l’horreur qui avait secoué Boston et le monde entier me sont revenues en tête. Si j’étais là, c’était pour les victimes, pour montrer à tous les illuminés que cette terre peut porter que jamais, au grand jamais, ils ne me feront reculer.

Je ne sais pas si c’était la rage ou la tristesse, mais j’ai senti une vive émotion monter en moi. Et ai laissé échapper quelques sanglots.

Le parcours – Pourtant je le savais. Ce parcours-là tend un piège au coureur pour le bouffer tout rond par la suite. Je ne cessais de me répéter de prendre ça cool, de relaxer, de demeurer « en dedans ».

Rien à faire. Après avoir eu l’illusion que je pourrais être dans un grand jour (du con !), les premières crampes ont fait leur apparition avant même d’arriver à Newton, au 26e kilomètre. Heureusement, fort d’une expérience acquise à la dure (c’est le moins que l’on puisse dire !), j’ai réussi à gérer ma fin de course relativement convenablement et à terminer avec mon 3e meilleur temps en « carrière ».

Je me demande si un jour, je réussirai à traverser la petite banlieue de Brookline sans souffrir le martyr… Pour ça, va falloir que je refasse la course, ce dont je ne suis pas certain d’avoir envie.

Lapin-accompagnateurMarathon d’Ottawa. Pour la première fois, j’allais accompagner quelqu’un pour un marathon. J’avais bien peur de ne pas être à la hauteur. En effet, que faire et quand le faire ?  Encourager « positivement » ou « botter le derrière » ?  Et si Maggie frappait le mur ?

Disons que j’ai beaucoup appris ce jour-là. Des détails, mais qui peuvent faire toute une différence. Par exemple, les côtes sont beaucoup plus difficiles pour les coureurs moins rapides, car ils n’ont pas le même momentum à la base. Ils doivent donc travailler plus fort durant la montée qui semble alors plus longue pour eux. Aussi, prévoir que les ravitos pourraient être moins bien garnis et surtout, trainer de l’argent la prochaine fois. Quand Maggie a constaté que des Mr Freeze (il faisait chaud) avaient été distribués et qu’il n’en restait plus pour nous, j’ai senti son moral en prendre un coup. Si j’avais pu faire un arrêt au dépanneur à ce moment-là…

Lapin-accompagnateur (bis) – Sylvain, le coureur le plus rapide que j’ai eu l’occasion d’accompagner, faisait sa première incursion dans le monde du demi-marathon (en fait, le Tour du Lac Brome fait 20 kilomètres, mais bon…). J’ai eu l’occasion de me reprendre un peu, m’amusant à déconner avec mon ami, question de lui changer les idées durant l’épreuve.

La prochaine fois, ce sera pour la grande course. Il est prêt, ne reste plus qu’à le convaincre. Je crois même qu’il a le potentiel pour faire Boston dès sa première tentative.

Le feu – Ils étaient (presque) tous bien installés autour quand nous sommes arrivés. Les participants de la course de 120 km de l’Ultimate XC de St-Donat avaient trouvé la nuit particulièrement difficile. Pas tellement encourageant de voir des coureurs de ce calibre avoir le moral dans les talons après avoir complété (en sens inverse) le parcours qui nous attendait. Parmi les sept, seulement deux se joindraient à nous pour les 60 kilomètres restant.

Question de nous enlever le peu de confiance en nous qui nous restait, Joan s’est permis d’ajouter: « Vous allez vous amuser ! ». Moi qui avais trouvé l’épreuve particulièrement pénible 12 mois auparavant…

Les crampes (bis) – Je devrais plutôt dire LA crampe, soit celle qui semblait contracter tous les muscles de mon corps suite à une chute à quelques kilomètres du village de St-Donat. L’espace d’un instant, j’ai cru que jamais je ne me relèverais.

Le sourire – Celui de Luc quand il m’a aidé à me relever. Celui de Luc encore quelques minutes plus tard quand il m’a dit « Allez, on finit ça ensemble ! ». Et celui qu’on avait tous les deux quand on a traversé la ligne d’arrivée, main dans la main. C’est ce que j’aime par-dessus tout de la course en sentiers: on passe des heures et des heures sur le parcours et pourtant, on termine à égalité, la position n’ayant que finalement pas tellement d’importance (nous avons tout de même terminé en 14e place).

Le coup de pied – Celui de Pat. Donné sur le bout pied au sens propre, mais au derrière au sens figuré. En 2-3 phrases, il m’a convaincu que j’étais prêt pour un 100 miles. Il avait crissement raison.

L’imagination – Quelques jours après St-Donat, le travail m’a amené à effectuer un premier de très (trop ?) nombreux déplacements en Abitibi. Les longues heures, la fatigue accumulée, un nouvel environnement, plusieurs obstacles se sont dressés pour m’empêcher de vivre ma passion.

J’ai dû faire preuve d’imagination, mais j’ai trouvé à la fois le temps et les endroits pour courir. J’ai même pu parcourir à fond la caisse des sentiers de quads qui étaient ma foi fort praticables et très agréables.

Un collègue (beaucoup plus jeune que moi) m’a demandé où je trouvais l’énergie pour aller courir après des journées comme on se tapait au boulot. Honnêtement, j’aurais trouvé infiniment plus difficile d’aller m’enfermer dans ma chambre d’hôtel…

La bibitte rare – Dans un monde où les engins à moteur sont pratiquement élevés au niveau des dieux (j’exagère à peine), la perception qu’ont les gens d’un gars maigrichon qui court beau temps mauvais temps, pluie ou neige, varie à l’intérieur de la fourchette allant de l’extra-terrestre à la nuisance publique.

Mes collègues de la place, à force me côtoyer, ont semble-t-il adopté le terme « bibitte rare » pour me décrire. Un être humain en apparence tout à fait normal, mais bon, le soir, il court. Que voulez-vous, personne n’est parfait…

Mais on dirait que ce n’est pas toute la population locale qui ait aussi bien assimilé la présence d’oiseaux rares. En effet, pour la première fois depuis des années, j’ai entendu a un cabochon qui m’a lancé un « Cours Forrest, cours ! » comme je passais tout près. Moi qui croyais que cette race avait quitté la surface de la planète… Puis, le même soir, il y a un autre tata, au volant de son giga-pickup, qui s’est mis à me klaxonner (et ce n’était pas un petit coup de klaxon pour m’avertir de sa présence, c’était la version frénétique des klaxons à répétition ayant l’air de dire: « Tasse-toi de mon chemin ! ») alors que la rue était suffisamment large pour accommoder 5 ou 6 engins du calibre de celui dans lequel il semblait essayer d’exprimer sa virilité. Du con…

Le « froid » abitibien – Un seul mot pour le décrire: exagéré. Vent pour ainsi dire absent, humidité presque aussi rare, les conditions y sont quasi-idéales pour pratiquer des sports en hiver. Pour une même température, je porte une couche de moins de vêtements que dans la région de Montréal.

-20 degrés en Abitibi ?  C’est plus facile à endurer qu’un -10 dans le sud de la province. Je n’ai toutefois pas connu leurs fameux -40…

Lake Placid –  Nous avions tellement aimé, nous y sommes retournés. Un terrain de jeux incroyable pour un fou de la trail qui en a profité au maximum, encore une fois. Le Flume Trail System n’a maintenant plus aucun secret pour moi. Les heures que j’ai passées à l’arpenter dans tous les sens m’ont donné une base inestimable en vue des courses automnales.

La meilleure organisation ? – On dit souvent que ce sont les petits détails qui font la différence. Et l’organisation de l’UT Harricana semble particulièrement attentive à ces petits détails.

Par exemple, la présence de toilettes portables au départ. Ou le marquage des kilomètres sur le parcours. Ces petits riens qui font passer l’expérience de course d’agréable à très agréable.

Savoir s’adapter est également une très belle qualité pour une organisation. 300 coureurs qui finissent par aboutir dans un single track, ce n’est pas jojo. Ainsi, l’épreuve de 80 km ne reviendra pas en 2015 et sera remplacée par un 125 km qui partira de plus loin. Donc, moins de congestion à « subir » avec les coureurs du 65 km.

Ceci dit, nous devrions nous compter extrêmement chanceux que des gens passionnés mettent sur pied des épreuves de grande qualité comme St-Donat, Harricana et Bromont (je compte bien « rendre visite » aux autres ultras de la Belle Province dans un avenir rapproché). Pour avoir vécu l’expérience aux USA, les nôtres n’ont absolument rien à envier, bien au contraire, à nos voisins du sud. Et pourtant, ceux-ci devraient posséder une plus vaste expérience dans le domaine…

La bonne formule pour moi ? –  Après avoir lu le Field Guide to Ultrarunning d’Hal Koerner, j’ai décidé de faire un test à Harricana: j’allais prendre un gel à environ toutes les 30 minutes, sauf dans le cas où je boufferais aux ravitos. Résultat: aucune baisse d’énergie, aucun down pendant les 9h20 que j’ai passées dans les sentiers. J’allais certainement répéter.

Pas le plus rapide, ni le plus habile, mais… – Je suis parti en milieu de peloton, ou à peu près. Dans le single track, j’avais l’impression d’être une nuisance. Je ne comptais plus les coureurs que j’avais dû laisser passer.

Puis, je me suis rendu compte que les autres s’éternisaient aux ravitos, alors que je passais presque en coup de vent. Puis je rattrapais des coureurs, un à un, et ne me faisais jamais reprendre. Je poursuivais mon petit bonhomme de chemin, un point c’est tout. « Keep moving forward » que je ne cessais de me répéter.

Au final, une 13e place sur environ 150 partants, malgré une contracture au mollet droit. Serais-je fait pour les très longues distances ?

L’inconnu – 100 miles. 160 foutus kilomètres. En sentiers, en montagne. Il faut être fou pour faire ça, non ?  Pourtant, quelques minutes avant le départ de l’épreuve-reine du Bromont Ultra, je ne ressentais pour ainsi dire aucune nervosité, même si je me lançais dans l’inconnu. J’allais faire ce que j’aime le plus au monde pendant une journée complète. Quoi demander de mieux ?

La tente médicale – Après les 55 premiers kilomètres, premier passage au camp de base. Sous la tente, deux ou trois coureurs qui se tordent de douleur. Dans ma tête l’épreuve vient à peine de commencer, alors je trouve bizarre de voir autant de concurrents amochés. Du coup, je gagne plusieurs places au classement…

Première expérience – Je n’avais jamais couru à l’obscurité. On dit qu’il faut tester toutes le conditions de course, mais bon, je n’en avais pas eu l’occasion, alors…

En octobre, la nuit dure environ 13 heures. J’aurai passé tout ce temps à parcourir les bois et les chemins de campagne à la lueur de la frontale. Qui serait assez fou pour aller courir dans des sentiers à 3 heures du matin en temps « normal » ?  Personne, probablement. Mais dans le cadre d’une course, on dirait que c’est « normal », justement.

On avance plus lentement, les ombres font parfois (souvent) croire à la présence d’animaux bizarres, on se sent seul au monde, on réussit à se perdre même si on se déplace à la vitesse d’une maman paresseux affolée. Et pourtant, on se sent à sa place. Jamais je n’ai souhaité être ailleurs cette nuit-là.

« T’es deuxième !!! » – Thibault l’air serein, bien installé sur une chaise, une couverture sur les jambes, ses bâtons de marche à ses pieds. Il se retirait de la compétition, les quads fichus. Ces mots sortis de la bouche de ma douce moitié confirmaient ce que je venais de réaliser: il ne restait plus qu’un seul coureur devant moi, Joan, qui n’est tout simplement pas dans ma ligue. Derrière: trois ultramarathoniens aguerris. 56 longs kilomètres me séparaient encore de l’arrivée. Tellement de choses pouvaient encore se produire…

1h15 – C’est l’avance que j’avais sur Pierre, Louis et Martin lors de mon dernier passage au camp de base. À ce moment-là, ça m’est tombé dessus: j’allais vraiment terminer mon premier 100 miles en deuxième position. Wow !

L’équipe de support –  Sans elle, pas de deuxième place, point à la ligne. L’anticipation de voir mon père et ma tendre moitié à chaque poste de ravitaillement m’a littéralement transporté.

Mention spéciale à ma douce qui possède un don: celui de deviner mes besoins. Elle ne court pas et pourtant elle sait. Comment fait-elle pour deviner ?  Aucune idée, mais c’est bigrement efficace !

La belle surprise – Joan, sachant que j’en étais à ma première expérience, a attendu mon arrivée pendant presque deux heures. Je ne sais pas s’il peut savoir à quel point ça m’a fait plaisir…

L’anonymat – Réservé, même dans le monde composé d’introvertis des coureurs longue distance, j’étais peu connu du milieu au moment de prendre le départ. Durant toute la course, j’étais le « coureur inconnu qui avance bien ».

Maintenant, je ne pourrai plus évoluer sous le radar de la même manière. Mon amie Maryse a même tenté de me convaincre que je faisais partie de l’élite de la course en sentiers au Québec. C’est bien gentil de sa part, mais c’est juste que tout est tombé en place pour moi ce jour-là, un point c’est tout. L’élite, moi ?  Jamais de la vie !

L’entrevue – Une première pour moi. Il fallait que ce soit avec 160 kilomètres dans les jambes et 28 heures sans sommeil. Essayant de répondre par autre chose que « Oui » et « Non », les pensées se bousculaient dans ma tête… à la vitesse qu’elles pouvaient bien se bousculer !

J’ai tenté de profiter de l’occasion pour faire la promotion de notre merveilleux sport, de faire comprendre aux lecteurs tout ce que ça implique, etc. Le résultat n’a pas été si mal, mais aurait pu être mieux…

« Félicitations ! » –  Durant toute la journée, le cerveau ralenti par l’alcool (désolé Julie si je n’ai pas toujours été cohérent lors de nos conversations de jour-là !), je ne comptais plus les gens qui me félicitaient quand ils me croisaient. À chaque fois, je remerciais la personne bien humblement, gêné de toute cette attention.

Je suis carrément tombé des nues le lendemain matin lorsque mon voisin, avec qui nous n’avons pas beaucoup de contacts (vous savez, du genre: « Bonjour, bonjour » ou « Pourriez-vous ramasser le courrier pendant nos vacances ? ») m’a crié ses félicitations alors que j’étendais péniblement mes vêtements souillés de la veille sur la corde à linge. Comment savait-il ?  « J’ai lu ça dans le journal ! ».

C’était dans la version papier du journal ?!?  Shit… Avais-je dit des conneries durant l’entrevue ?

La récup –  Longue, très longue. Chevilles et pieds enflés, deux semaines complètement arrêté, reprise pénible ponctuée d’une contracture à l’ischio droit. Comment Scott Jurek a-t-il pu gagner Badwater deux semaines après avoir remporté le Western States ?

Meilleure que 2012 ? – En 2012, j’ai connu un printemps d’enfer en alignant des records personnels sur 10k, le demi et le marathon avec à la clé, une première qualification pour Boston. Ont suivi mon premier ultra, puis un autre record personnel sur marathon à l’automne, 14 pleines minutes plus rapide que mon temps de référence en début d’année.

Et pourtant, je me demande si je n’ai pas connu une meilleure année en 2014. Parce que cette fois-ci, je me suis vraiment dépassé. Ce que j’ai perdu en vitesse, je semble l’avoir gagné en endurance. Et surtout, je me sens dans mon élément, dans le bois, à m’adapter aux différentes conditions, loin du stress de l’effort continu de la course sur route.

Aurais-je trouvé mon créneau ?

2015 – Rien d’officiel pour l’instant, mais tout comme pour Boston jadis, ce sont les grands ultras vers lesquels je porte maintenant mon attention. Et qui dit grands ultras dit courses qualificatives. À suivre…

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Lapin privé à Ottawa

Bon, je sais que le Marathon d’Ottawa est chose du passé depuis quatre longues semaines, alors un récit après un si long délai, bof…  Mais bon, vaut mieux tard que jamais, pas vrai ?

Voici donc, en version « 100 commentaires », le récit de mon expérience de lapin privé à Ottawa, une première pour moi dans un marathon. Expérience que j’ai adorée et serais prêt à recommencer demain matin.

  1. Pour la proximité des hôtels, Philadelphie peut aller se rhabiller. Le Holiday Inn où Maggie a passé la nuit, est situé à 600 mètres du départ… et ce n’est même pas l’hôtel le plus rapproché !
  2. Maggie, c’est Marie-Hélène, une ancienne collègue de travail. Son surnom provient du fait qu’elle était la plus jeune parmi nous. Hier, le « bébé » a célébré ses 40 ans…
  3. Qu’est-ce qu’on fait quand les gens qui ne connaissent pas la course (les employés de l’hôtel) nous achalent parce qu’on a mis un imperméable jetable question de se protéger du froid alors qu’il fait beau dehors ?  On les envoie promener ?
  4.  Pourquoi suis-je toujours celui qui tombe sur les bonshommes bizarres qui me racontent leur vie de façon incohérente ?  À 6 heures du matin, avant un marathon…
  5.  Maggie partageait une chambre équipée d’une cuisinette avec sa soeur Caroline (qui en sera également à son premier marathon) qui était accompagnée de son conjoint Xavier. Les enfants et les grands-partents ont dormi ailleurs (ne me demandez pas où)
  6.  Je croise Pat dans le lobby, il semble en pleine forme. Quand je lui apprends que le standard pour Boston à son âge vénérable est de 3h25, je sens un certain intérêt (il croyait que c’était 3h20). Sauf qu’il n’a pas encore pu faire de vraies longues distances cette année, alors il ne sait pas où il se situe côté endurance. Avec l’été qui l’attend, il va le savoir assez vite !
  7. Question: si Pat peut faire 3 courses de 100 milles cet été, qu’est-ce qui m’empêcherait d’en faire une alors que mon volume d’entrainement est (pour le moment) supérieur au sien ?
  8.  Les parents de Maggie et Caroline viennent nous voir avant le départ.

    Caro et Maggie

    Caroline et Maggie, moins d’une heure avant le départ de leur premier marathon

  9. Rencontre avec la gang de Team in Training. Plusieurs en sont à leur premier marathon et sont visiblement nerveux. Quand on me demande si c’est mon premier, je me demande comment répondre la vérité sans avoir l’air d’un frais chié.
  10. C’est jusqu’à ce que je me mette à jaser avec Gillian, la coach du groupe, qui en sera à son 21-22e (je ne sais plus) marathon en plus d’avoir fait 22-23 (là non plus, je ne sais plus) demis. La vue de son visage quand je lui apprends que j’ai couru des intervalles la veille en plus de prendre de la bière du vin au souper vaut 1000 $.
  11. Question: comment peut-on savoir le nombre de demis qu’on a faits quand on est rendu à plus de 20 marathons ?  Au fait, j’ai couru combien de demis ?  Le lac Brome, est-ce que ça compte pour un demi ?  Et le 28 km à Harricana, ça compte pour quoi ?
  12. L’incontournable: l’hymne national. Il fait le même effet à tous: on s’en balance !
  13. J’aperçois David Le Porho, tout sourire. Il viserait 2h20 selon ce que j’ai entendu.
  14. Nous nous installons derrière le lapin de 4h45 avant le départ. Nous sommes accompagnés par Chantal, Sylvie et Caroline, toutes de Team in Training. Je me sens un peu comme le coq dans la basse-cour. Ou comme le chien dans un jeu de quilles, c’est selon.
  15. Maggie est fébrile, mais c’est parce qu’elle me le dit que je le sais parce que son non-verbal indique tout le contraire.
  16. Le départ est donné. Maggie sort son téléphone intelligent pour poster sur Face de Bouc. Le coq se sent vieillir de quelques années…
  17. 5 minutes plus tard, nous franchissons enfin la ligne de départ. C’est parti !

    AuDepart

    Le départ pour la longue aventure !

  18. Le premier kilomètre se fait très (trop ?) lentement. Des messieurs profitent des premiers buissons pour se soulager. Je ne suis pas pour les laisser seuls…
  19. Premier point d’eau au 2e kilomètre. Il est fermé !!!  Un point d’eau fermé ?  C’est quoi cette affaire-là ?
  20. Le parcours longe le canal Rideau. C’est vraiment beau, surtout avec la brume matinale. C’est plaisant accompagner quelqu’un, on peut faire du tourisme au lieu d’être concentré sur ses affaires. Je devrais faire ça plus souvent… mais pas à Montréal !
  21. Les maisons sur le bord du canal sont également magnifiques et tellement bien entretenues…
  22. Début de marathon = convivialité. On fait un bout avec ce qui semble être une famille: un père, sa fille, son gendre, des amis. Le bonhomme est vraiment comique, il nous fait bien rire. Sa fille en a honte, mais elle n’a pas l’air en mesure de courir assez vite pour s’en « débarrasser ».
  23. Après le premier point d’eau, miracle: le Gatorade est à l’orange !  J’aime vraiment Ottawa !
  24. Maggie et moi nous détachons des trois autres. Je lui rappelle qu’un marathon, c’est long et que partir trop vite, c’est mortel. Quand les autres nous rattrapent, elle leur raconte qu’elle s’est faite chicaner. Ben quoi, c’est ma job, non ?
  25. Les filles « suivent la parade » au lieu de courir les tangentes. Je leur fais remarquer qu’un marathon, c’est déjà assez long comme ça, pas besoin de prendre des détours. Mais bon, on dirait que ce n’est pas tout le monde qui est compétitif comme moi.
  26. Un brouillard recouvre la ville depuis le lever du jour. Il est encore là et j’espère qu’il attende à midi pour se dissiper.
  27. Brouillard = humidité. Il y a même de la buée qui sort de la bouche des coureurs, nous donnant l’impression de suivre des fumeurs.
  28. Autour du 6e kilomètre, la cadence se stabilise à 6:16/km sur ma Garmin. À ce rythme, la cible de 4h30 est fort envisageable.
  29. Je trouve que Sylvie souffle beaucoup pour quelqu’un en début de marathon. Elle est capable de parler avec nous, mais on voit que c’est plus difficile. Ça n’augure pas bien pour la suite.
  30. Autour du 8e kilomètre le quartier dans lequel on se retrouve ne me dit strictement rien !  Pourtant, ne suis-je pas déjà passé par ici moi ?
  31. Les 10 km sont atteints en 1:03:35, ce qui nous donne sous les 4h30 comme cadence. So far, so good.
  32. Encore envie de me soulager, décidément…  Pourquoi c’est toujours de même quand j’accompagne quelqu’un ?
  33. Je trouve un autre buisson accueillant, puis reviens au groupe en expliquant ma théorie: quand j’agis ainsi, je le fais par galanterie. Oui mesdames. En effet, pendant que je me soulage dans un endroit naturel, je laisse la place aux dames qui doivent impérativement utiliser les toilettes. Logique, non ?
  34. C’est drôle, je ne sens pas que ma théorie soit totalement soutenue par mes compagnes de course…
  35. J’ai faim. Pourquoi c’est toujours de même quand j’accompagne quelqu’un ?  C’est vrai, quand je fais ma course, je suis correct, mais avec quelqu’un d’autre, j’ai toujours faim. Heureusement, j’ai mes bretzels !
  36. Avis à tous: ne jamais faire des économies de bout de chandelle avec les ziplocs. Celui dans lequel j’ai mis mes bretzels ne ferme pas à moitié et à chaque fois que j’en prends, il en tombe par terre. C’est gossant à la longue !
  37. Autour du 13e kilomètre, c’est le moment des comparaisons entre la laideur de ce qui nous entoure (rien, en fait) et l’usine Five Roses à Montréal. Cette dernière l’emporte finalement haut la main.
  38. 14e kilomètre atteint en 1h30, j’annonce que nous sommes encore dans le rythme pour 4h30 (en fait c’est plutôt 4h31, mais je laisse tomber ce détail). Maggie me demande comment je peux savoir ça, je lui réponds que 14, c’est le tiers de 42, non ?  Suis-je le seul à savoir ça ?
  39. On dirait bien…
  40. Long détour sur les bords de la rivière Outaouais. Vraiment la partie la plus ennuyeuse du parcours.
  41. Maggie me demande comment je vis le tapering habituellement, car elle a trouvé le sien très difficile. Elle était d’une humeur exécrable, etc. Heu personnellement, non pas si pire. Les hormones peut-être ?
  42. Heureusement, ma question n’a pas été trop mal prise…  😉
  43. Petite montée… Je me rends compte qu’elles sont beaucoup plus difficiles pour les gens qui vont moins vite car ils ne sont autant pas entrainés par leur élan que les coureurs plus rapides. Mon Dieu que ces petites montées doivent être faciles pour les coureurs d’élite !
  44. Peu avant de traverser au Québec, autour du 20e kilomètre, j’aperçois la table de ravito réservée aux coureurs d’élite. Curieux, je m’y rends et ramasse une bouteille à moitié vide (ou à moitié pleine, je m’en fous un peu).
  45. Le contenu: un liquide vert. Et quand je dis vert, c’est vraiment vert, genre crème de menthe. Il FAUT que je goûte à ce que se tape un coureur d’élite. Verdict: bof, ça ne goûte pas grand chose, finalement…
  46. Maggie s’empare de bâtons enduits de vaseline et m’avertit que les manoeuvres à venir ne seront pas des plus élégantes.
  47. En effet: elle entreprend d’étendre le tout au niveau de son aine, sous son cuissard. Drôle de gymnastique, mais bon, en course, j’ai pas mal tout vu. Depuis qu’une fille a fait pipi debout juste à côté de moi…
  48. Chantal nous suit presque au pas, Caroline joue au yo-yo au gré des ravitaillements, mais nous avons définitivement perdu Sylvie.
  49. Passage au demi: 2:15:07. Le rythme est toujours égal.
  50. Question d’encourager ces dames, je leur dis que j’ai presque toujours un passage à vide entre les 22e et 26e kilomètres d’un marathon, alors si ça leur arrive, il n’y a pas à s’en faire, ça finit par passer.
  51. Ce qui ne passe pas par contre, c’est encore l’appel des buissons…  Ceux que je choisis cette fois sont infestés de maringouins. Hé, lâchez mon monsieur, vous autres !
  52. Petit blagueur, je raconte cette super-anecdote à mon retour dans le groupe, question d’amener une certaine distraction. Résultat ?  Bof…  😉
  53. Côté paysage, Hull, on repassera…
  54. Je fais un petit check de ma partner et lui demande comment ça va. Elle me répond qu’elle sent la fatigue s’installer dans les jambes, mais le reste va. So far, so good. Ma job est tellement facile… Je me garde cependant bien de lui dire que la cadence a légèrement ralenti.
  55. Je lui suggère de se lancer dans le poker car son non-verbal ne laisse rien paraitre.
  56. Petite discussion sur les descentes. Elle est incapable de les faire autrement qu’en freinant. J’essaie de lui montrer ma technique, l’encourage à essayer. Rien à faire, elle a un blocage.
  57. Suivre des cours de descente avec moi, faut vraiment être mal pogné !  🙂
  58. Tiens, une rue plutôt chouette avec des pubs et des petits restos, ça fait changement. Une autre affaire que j’avais manquée la dernière fois ! Il faudrait bien que je revienne ici à un moment donné…
  59. Je sens que Maggie commence à faiblir, vivement l’apparition de sa famille, de l’autre côté de la rivière.
  60. Retour à Ottawa via le pont Alexandria. Un vieux pont, étroit et bien pittoresque. Quand je suis passé dessus en voiture un peu plus tôt, le brouillard était tellement épais que je ne voyais pas à 50 pieds devant. Maintenant, le soleil est bel et bien sorti, ce qui m’inquiète pour la suite.
  61. Tel que prévu, nous sommes attendus du côté ontarien. Maggie fait des grands signes, mais comme je n’ai vu que ses parents qu’une seule fois, je ne les reconnais pas. Elle par contre…  Une petite photo pour la postérité.

    RetourOttawa

    Enfin de retour en Ontario !

  62. Le meneur du demi nous dépasse et prend la direction du centre-ville. Il ne semble pas aller si vite, tellement que j’ai l’impression que je pourrais le suivre. Maggie me dit d’oublier ça.
  63. Sussex Drive, l’endroit où on passe dans les deux sens. Je surveille de l’autre côté au cas où je verrais quelqu’un que je connais. Nous croisons le lapin de 3h30, je me dis donc que Pat est probablement déjà passé.
  64. Malheureusement, il suit pas loin derrière. Je lui crie un encouragement, il me répond que sa jambe est fichue. Merde !  Ce que je souhaiterais pouvoir me séparer en deux pour aller le soutenir un peu… Il nous raconte ce qui lui est arrivé ici.
  65. Voyons, me semblait que c’était chouette ici, non ?  Qu’est-ce qui se passe, donc ?  J’allume : tout le côté nord de Sussex est en construction,  rendant l’environnement moche et inhospitalier.
  66. 28 km, nous sommes légèrement plus lents que 4h30, mais pas si mal.
  67. Changement par contre: Maggie arrête pour boire en marchant au point d’eau et demeure Chantal et Caro, ce qu’elle n’a jamais fait depuis le début. Je sens que mon travail va bientôt commencer pour vrai.
  68. Comme je m’y attendais, les deux autres partent et nous laissent derrière.
  69. Maggie me dit qu’elle ne se sent pas si mal, mais n’avance plus. Constat : ses réserves de glycogène sont vides et elle fonctionne maintenant uniquement sur ses graisses. Ma diplomatie légendaire m’empêche toutefois d’utiliser ce terme quand je parle à une femme et je me garde bien de lui parler du fameux mur.
  70. « Quoi, tu me dis que tous les glucides que j’ai absorbés depuis trois jours sont maintenant partis ? ». Heu… oui. Tu as mangé des pâtes pendant trois jours ?!?
  71. « As-tu pris des gels depuis le début ? » que je demande. Réponse : « C’est mon troisième ! ». Ouais, pour un gars qui était supposé la garder à l’œil, pas fort mon affaire…
  72. Le parcours fait une grande boucle avant de nous ramener sur Sussex. Je sais que cette boucle peut paraître très longue car on n’y retrouve à peu près aucun spectateur.
  73. La vue sur la rivière Outaouais est magnifique, mais Magie est dans sa bulle. J’essaie de l’encourager en lui pointant les gens qui marchent alors que nous courons. Elle me répond qu’elle a juste envie de se joindre à eux…
  74. Je lui donne alors le conseil des ultras: se fixer des petits objectifs. Premier objectif : se rendre à la pancarte devant. Une fois rendus, se rendre à la toilette. Puis à la pancarte, puis… Il faut fractionner la course en petits morceaux, question de la rendre un tant soit peu digestible.
  75. On dirait bien que le tout demeure indigeste…
  76. Elle me fait part d’étourdissements.
  77. Shit, c’est quoi ça ?  Je fais le tour des symptômes que je connais et ça ne me dit rien. « As-tu froid ? » Négatif. « Est-ce que tu transpires ? »  Franchement, demander à une femme si elle transpire…  Et je pousse l’audace jusqu’à vérifier. Affirmatif. Ok, ce n’est pas un coup de chaleur. Ouf !  Je lui dis de me tenir au courant, que ça va peut-être passer. (Je faisais erreur, les étourdissements sont un symptôme du coup de chaleur; heureusement, elle n’en sera pas victime)
  78. 32e kilomètre, plus que 10. Un 10k, tout le monde est capable de faire ça, non ?
  79. En bon porteur d’eau, je prends un verre supplémentaire à chaque ravito. La première fois que je lui en offre un, elle me demande : « Tu ne le veux pas ? ». Je lui rappelle mon rôle et rapidement, elle s’y habituera. Enfin, je suis un peu utile !
  80. Au 34e kilomètre, des emballages de Mr Freeze jonchent le sol. Malheureusement, il n’en reste plus…   Reminder pour moi : toujours me trainer un peu d’argent, pour ce genre d’urgence. Un dépanneur ou une pharmacie, ça ferait la job, non ?
  81. Pause-marche. Je la sers contre moi pour la réconforter. Les kilomètres semblent s’étirer de plus en plus…
  82. Des pancartes d’encouragement sont installées un peu partout. La meilleure ?  « Because 42.3 km would be insane »
  83. Je me souviens alors de ce qu’a fait Dusty, le fidèle pacer de Scott Jurek, lors du Badwater en 2005: je dis à Maggie qu’on va partir à telle pancarte et juste essayer de se rendre à la suivante.
  84. À la pancarte donnée, nous repartons. Une fois la pancarte-cible atteinte, nous courons toujours. Sa détermination est belle à voir. Je ne sais pas si elle a songé à abandonner, mais jamais elle ne m’en a parlé.
  85. Devant nous, deux filles. Il est clair qu’elles sont dans la même situation que nous: l’une est débutante et l’autre l’encourage. Son approche est légèrement plus « agressive » que la mienne, si on peut dire. Je me demande si Maggie apprécierait…
  86. Personnellement, j’arracherais la tête de quelqu’un qui m’agresse de même !
  87. Retour sur Sussex, la « boucle de la mort » est enfin terminée.
  88. 37e kilomètre, je montre ma main grande ouverte à Maggie et lui dis: « Il en reste 5, juste 5, comme les doigts de la main. On est rendus… ». Je sens que ça fait image.
  89. On entre dans le centre-ville, qui est beaucoup moins animé que lorsque j’étais passé ici en route vers mon premier Boston. Les spectateurs désertent au fur et à mesure que leurs coureurs passent et je trouve ça un peu triste pour ceux qui auraient bien besoin d’encouragements.
  90. Je sais que nous allons croiser sa famille bientôt, mais n’ose pas lui en parler au cas où elle serait déçue. J’aurais peut-être dû, car Maggie choisit ce moment pour marcher un peu.
  91. Antoine, son plus vieux, apparait.
  92. Un peu plus loin, Sylvain et le plus jeune (Émile) nous attendent. Elle leur réclame un câlin.
  93. La vérité sort de la bouche des enfants: « Ouach maman, t’es toute mouillée ! »
  94. Ils font un bout avec nous, Sylvain demande si je fais bien ça. Maggie répond que je suis parfait (je suis tout à fait en désaccord avec ça, mais bon…), ce à quoi j’ajoute: « Elle ne m’a sacré que 3 ou 4 baffes depuis le début ».

    38eKM

    Avec Sylvain et Émile. Maggie garde le sourire, plus que 4 kilomètres à faire !

  95. Une fois revenus juste tous les deux, elle me demande: « Est-ce que je t’ai vraiment donné des claques  ? ».  Il est vraiment temps que ça finisse…
  96. 39 km, trois doigts. Les coureurs du demi sont maintenant avec nous et plusieurs peinent. Je dis à Maggie qu’elle est tellement meilleure qu’eux, mais elle est ailleurs.
  97. Elle m’annonce: au 40e kilomètre, on prend une dernière pause. Et directement sous la bannière, on se remet à la marche. Le lapin de 4h45 en profite pour nous dépasser.
  98. 200 au 300 mètres plus loin, on repart. C’est dur un marathon…
  99. On traverse le canal une dernière fois, on passe le 41e kilomètre, puis la pancarte annonçant le dernier kilomètre. Le fameux dernier kilomètre. Je lui dis de le savourer, on le vit qu’une seule fois, le dernier kilomètre de son premier marathon.
  100. Au loin, l’arrivée. Je prends soin de me tenir un pas derrière et lui laisse la ligne. Elle la franchit les bras dans les airs, avec le sourire. Résultat final: 4:45:41.

 

XC Harricana: suite et fin

Ce soir, conclusion du « dossier » XC Harricana.

Je n’avais pas encore parlé du 65 km, épreuve à laquelle j’aurais tant aimé participé. Finalement, ça a pris beaucoup plus de temps que prévu avant que les premiers arrivent: presque 6 heures !  En fait, quand le gagnant, Florent Bouguin, s’est présenté, nos amis JF et Seb étaient arrivés depuis un petit bout, mais n’avaient pas encore tout à fait repris leurs esprits. Je ne connais pas Florent Bouguin, mais lorsque je l’ai vu, j’ai tout de suite trouvé qu’il avait le look coureur des bois, un peu à la Timothy Olson ou Anton Krupicka, avec la barbe et les cheveux longs. Tout un athlète, en tout cas !

Il a été suivi de peu par Éric Turgeon, que j’ai immédiatement reconnu: c’était celui que j’avais surnommé « le petit crinqué » à St-Donat. Le contraste avec le vainqueur était saisissant: look clean cut avec les cheveux courts et la barbe de 2-3 jours, il est apparu vêtu de seulement une paire de shorts et de ses souliers, son torse parfaitement musclé (vous savez du genre juste assez musclé…) bien en évidence. Un petit peu show off, le monsieur ?  Disons que pour un ultrarunner, il a des tendances plus Dean Karnazes que Scott Jurek… C’était comique de voir les quatre filles admirer le tout, particulièrement Julie et Marie-Claude qui se rinçaient l’oeil alors que leurs chums peinaient à revenir dans le monde des vivants !

Finalement, Sébastien Roulier a terminé en quatrième position. Comme c’est son habitude, il était tout sourire quand on s’est parlés par après. Ce gars-là est tellement gentil, je crois que si j’avais des enfants, je ferais le voyage à Sherbrooke spécialement pour que ce soit lui qui s’occupe de leurs divers bobos !  Il m’a raconté bien candidement qu’il menait au début, mais quand c’est devenu plus technique, il s’est fait reprendre par 5-6 gars. Tiens tiens, ça me rappelle quelqu’un… Serais-je un « mini Sébastien Roulier »  ?  😉  Nous avons également parlé de Boston pour lequel je vais avoir besoin de ses conseils (il y a participé 7 fois) pour savoir comment gérer le foutu parcours. En 2014, comme il aura 40 ans, il sera dans la catégorie des « Masters », alors il a hâte de voir s’il aura des accès privilégiés. Moi, je pense que je vais laisser faire…

Par après, Barbara et moi avons mangé avec un couple de Laval et la dame, sachant que j’avais fait le 28 km « en consolation » du 65 km, s’est mise à me poser un paquet de questions. Elle court des 10 km depuis longtemps et commence à se trouver trop « confortable » là-dedans. Elle voudrait sortir de cette zone de confort et se demandait comment j’avais fait, comment elle pouvait se motiver à passer au 28 km l’an prochain.

Mettons que j’étais un petit peu embêté. J’ai commencé sur la route. Après un 10k à l’automne, j’ai fait un demi au printemps, puis, voyant que j’étais capable de le faire, j’ai couru un marathon à l’automne suivant. Ensuite, après quelques marathons, je me suis intéressé à la course en sentiers et par le fait même, aux ultras. Je n’ai jamais eu à sortir d’une telle zone, alors je ne savais pas trop quoi lui dire.

Je lui ai suggéré de faire un demi sur route, pour voir. Elle avait déjà essayé et n’avait pas aimé. Elle, c’est les sentiers. Ok, à ce moment-là, tout ce que j’ai pu trouver à lui dire, c’était de ne pas se donner le choix: s’inscrire le plus rapidement possible à une épreuve plus longue. Le 22 km à St-Donat, par exemple. Pour moi, il n’y a pas meilleure motivation que d’avoir un objectif et de s’obliger à faire ce qu’il faut pour l’atteindre. À part ça…

En terminant, petit mot sur l’organisation et la course en général. Mis à part un repas très ordinaire, je n’ai que de bons mots. Le site est d’une beauté exceptionnelle et facilement accessible. Les sentiers étaient dans un très bon état, le parcours, bien marqué et les pancartes kilométriques, c’est un gros plus. C’était ma troisième course en sentiers et c’est celle que j’ai trouvée la mieux organisée. Pourtant, les deux autres (Vermont 50 et St-Donat) existent depuis plus longtemps. Mais bon, je n’ai pas fait la grande distance, peut-être que je serais d’un autre avis si je l’avais fait.

Vendredi dernier, j’ai assisté à une conférence sur les ultramarathons en sentiers et Sébastien Côté, le directeur de course du Harricana, était présent. Il a posé des questions reliées aux problèmes d’hydratation qui démontraient un réel souci pour la santé et de la sécurité des coureurs. C’est clair qu’il veut améliorer son événement, encore et encore. Je crois que la course est entre bonnes mains.

Le XC Harricana fera partie de mon calendrier de course l’an prochain. Parfaitement situé dans le temps (3 semaines avant le Vermont 50, 4 semaines avant Oil Creek) , je me promets bien de ne pas manquer le 65 km deux années de suite !  Je verrai alors si c’est vraiment la course la plus difficile du Québec, tel que proclamé dans cet article paru dans La Presse quelques jours avant l’événement.

Marshall Ulrich – Running On Empty

C’était un cadeau d’anniversaire de la part de mes beaux-parents. Mais vue sa nature, je savais que c’était ma tendre moitié qui en avait fait l’achat: c’était un livre de course. En fait non, c’était un livre à propos d’un être humain qui court, nuance très importante. Quand je l’ai vu, je suis parti à rire. J’ai lui ai demandé si elle savait qui était Marshall Ulrich, l’auteur. Elle l’ignorait.

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Qui est Marshall Ulrich ?  C’est tout simplement Monsieur Badwater. Il détient le record pour le nombre de participations (21, et il y sera encore à la mi-juillet), le nombre de courses complétées (18) ainsi que le temps le plus rapide sur le parcours original, celui de 146 milles (il a été ramené à “seulement” 135 milles il y a plusieurs années). Sachant qu’elle craint comme la peste que je décide de me lancer dans cette folle aventure un jour, j’ai trouvé très drôle qu’elle me procure un livre écrit par le grand maître de cette épreuve.

Parmi les autres exploits d’Ulrich, on compte le “Badwater Quad”, c’est-à-dire DEUX allers-retours de ce parcours infernal, un Badwater en mode pleinement autonome (soit sans aucune aide externe, il transportait lui-même tout ce dont il avait besoin: eau, nourriture, vêtements, etc.), l’ascension des plus hauts sommets de tous les continents et plein d’autres.

Dans Running on Empty, il nous raconte ce qu’il identifie comme ce qu’il a vécu de plus difficile au niveau performance athlétique: sa traversée des États-Unis à la course… à l’âge de 57 ans. Traverser le continent à pied, c’est déjà un exploit en soit. Mais le but initial n’était pas seulement “de le faire”. Nah, ça aurait été trop facile. Il fallait battre le record du monde, rien de moins… Le record à ce moment-là était de 46 jours, 8 heures et 36 minutes, soit une moyenne de 66.1 milles (106 kilomètres) par jour. Officiellement, Ulrich visait les records “Maîtres” (40 ans et plus) et “Grands Maîtres” (50 ans et plus), mais dans son for intérieur, il voulait le record absolu.

Charlie Engle, un (futur ex-) ami, et lui se sont lancés dans cette aventure un peu folle le 13 septembre 2008, quand ils sont partis de l’Hôtel de Ville de San Francisco direction New York dans la bonne humeur, avec comme objectif de faire 70 milles (113 km !) par jour. Rapidement, les deux compagnons se sont séparés, chacun y allant à son rythme.

La cadence infernale des premiers jours fit son oeuvre. Les deux athlètes devaient passer de très longues heures à avancer sur la route, combattant la chaleur et le vent. Les nuits de sommeil étaient courtes et le moral descendait lentement mais sûrement. Les blessures se mirent à faire leur apparition. Charlie dut abandonner après seulement 17 jours. Quant à Marshall, il fut terrassé par LA blessure qui fait trembler tous les coureurs: la fameuse fascite plantaire (ce petit vidéo montre assez bien ce que nos deux comparses ont dû subir).

Pendant que le temps continuait à avancer,  il passa une imagerie par résonance magnétique. Évidemment, le médecin lui suggéra de tout arrêter. Évidemment Ulrich, qui avait “diminué” la cadence à 60 milles par jour, demanda s’il ne pouvait pas se limiter à 40 milles à la place. Il continua ainsi, les bobos s’accumulant, mais la fascite se tenant à l’écart. Progressivement, il réussit à retourner à son rythme de 60 milles par jour. Et arriva finalement à New York, en 52 jours et 12 heures, battant au passage les records chez les Maîtres et bien évidemment, les Grands Maîtres.

Son récit nous raconte les coulisses de cet exploit. Il nous parle de toute la logistique nécessaire à la réussite, des tensions qui ne pouvaient faire autrement que de se développer entre les divers intervenants. Car il ne faut pas se leurrer, une grosse équipe de soutien est tout simplement indispensable pour que l’athlète puisse continuer à avancer, encore et toujours. Et au fil des jours, des semaines, les membres de cette équipe se sont épuisés à la tâche, faisant éclater les conflits.

L’aspect monétaire était évidemment non-négligeable. Cette aventure avait été financée par une compagnie de production de films qui en retour, reçut la permission de filmer les deux coureurs pour en faire un documentaire, Running America  (nos voisins du sud peuvent être tellement originaux quand ils s’y mettent… On peut visionner le trailer ici). Or, comme c’était Charlie qui avait réussi à obtenir le financement et qu’il a dû quitter, chaque dollar dépensé par la suite par Ulrich et son groupe fut scruté à la loupe. Et quand des amis commencent à se quereller à propos d’argent…

Ulrich nous raconte aussi ses états d’âme, les difficultés qu’il a eu à surmonter, autant physiques que psychologiques ou émotionnelles, pour se rendre à destination. À tous les jours, il voulait arrêter. À tous les jours, sa femme, qui était à ses côtés durant toute la “course”, voulait qu’il arrête. Mais ils ne s’en sont jamais parlé et il a continué. Sans vraiment en avoir la prétention, ce livre est finalement une belle histoire d’amour.

Bien qu’inspirant à bien des égards, ce bouquin m’a amené la conclusion suivante: “Jamais de la vie !”. À chaque page, on sent la souffrance et quand il arrive à New York, un seul sentiment ressort: le soulagement, ce qu’on peut constater en regardant le trailer d’ailleurs. Pas la joie d’avoir accompli quelque chose de grandiose, juste un gros “Enfin, c’est fini !”. Pas de quoi donner le goût de faire de même…  Bref, si (je dis bien si) l’idée me prend un jour de traverser le pays à la course, ce ne sera pas avec l’idée de battre des records. C’était beaucoup trop dur juste à le lire, alors j’imagine à peine ce que ça peut être le vivre…

Un autre élément que j’ai retenu dans tout ça: l’alimentation. Contrairement à Scott Jurek, Marshall Ulrich croit que l’être humain est omnivore. Et il a avalé à peu près n’importe quoi durant son périple: fruits, légumes, viande, desserts, fast food, barres énergétiques, boissons gazeuses, Red Bull, café, etc. Tout sauf… de l’eau !  Pourquoi ?  Pour la simple et bonne raison qu’il voulait que tout ce qu’il avale contienne des calories.

Au final, une lecture très intéressante et aussi, très instructive. C’est un must absolu pour tout coureur qui désirerait “essayer ça un jour”. Je la recommanderais à tous les coureurs longue distance, question de se rassurer un peu: non, vous n’êtes pas les seuls “fous” sur cette terre !  Quant aux gens “normaux”, pas certain qu’ils comprendraient pourquoi un être humain s’inflige une telle torture, malgré toutes les belles explications…

Courir ferait vieillir ?!? Nah…

Dimanche dernier, j’étais à mon ordi, à compléter mon dernier “post”. Je regardais en l’air à la recherche d’une formulation qui avait le moindrement d’allure pour bien exprimer ma pensée. Mon regard s’est arrêté sur la photo d’un jeune homme.

Le “jeune” en question, c’était moi à l’arrivée de mon premier marathon en 2007. À l’époque, j’avais fait l’achat des photos officielles et c’est sur la 5×7 que nous avons décidé d’encadrer avec mon dossard que mes yeux se sont arrêtés. D’ordinaire, c’est en se regardant sur des photos récentes qu’on se rend compte qu’on vieillit. Mais là, je voyais bien que j’avais l’air pas mal plus jeune dans ce temps-là, même si ça fait à peine 5 ans et demi. Hum…

Après avoir complété mon texte, j’ai fait un peu de cyber-flânage. Je me suis retrouvé sur YouTube et suis tombé sur ceci. Un superbe petit vidéo, bien réalisé, sur la dernière édition du Badwater 135. Cette épreuve me fascine et me fascinera toujours. Plusieurs en rêvent, mais moi, pas vraiment. La chaleur extrême, un parcours (qui semble) monotone et un coût prohibitif pour y participer font que j’ai beaucoup d’autres courses à faire avant de faire celle-là. Mais je ne peux pas m’empêcher d’être fasciné…

À un moment donné, on voit passer à l’écran les vétérans de cette pure folie qui apportent leur grain de sel. J’ai évidemment reconnu Dean Karnazes, beaucoup moins flamboyant que les images de lui qu’on voit un peu partout. Puis Pam Reed, qui a même déjà gagné là-bas en battant tous les hommes.  Une chose m’a frappé: je savais qu’elle était début-cinquantaine, mais la dame qui est apparue à l’écran semblait avoir au moins 60 ans.

J’ai regardé à nouveau la photo du “jeune homme”. Double hum… Ma femme et ma mère auraient-elles raison après tout ?  Est-ce que la course ultra-distance pourrait causer vieillissement prématuré chez ceux qui en font la pratique ?

Pour en avoir le coeur net, j’ai essayé de trouver des “pièces à conviction”, soient des exemples d’athlètes qui courent des ultramarathons depuis des années.  En observant leurs photos, j’allais bien voir s’ils semblaient plus vieux que leur âge…

Premier “cas”: madame Pam Reed. Sur ce cliché pris en 2011, elle avait 50 ans.

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Pam Reed

Ici, le fameux Dean Karnazes, qui allait avoir 50 ans au moment où il a pris la pose.

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Dean Karnazes

Le grand Scott Jurek, 39 ans ici.

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Scott Jurek

Finalement, Debbie Livingston, que j’ai rencontrée au Vermont 50. Bien qu’inconnue, je sais qu’elle a une cinquantaine d’ultramarathons à son actif, alors ça donne une bonne idée. Elle avait 37 ans sur cette photo.

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Debbie Livingston

Mon opinion ?  Définitivement que les dames semblent plus vieilles que leur âge. Quand aux deux hommes, s’ils ont vieilli prématurément, ça ne saute pas aux yeux (bien que je soupçonne Karnazes d’avoir légèrement altéré la couleur de ses cheveux…). Je dirais même que Jurek est pas mal bien conservé pour un gars qui va taper la quarantaine. Vous ne trouvez pas qu’il a presque l’air d’un adolescent ?

J’ai fait quelques recherches sur le sujet et à part un forum où la question était discutée, je n’ai rien trouvé qui apportait des preuves d’un vieillissement prématuré qui aurait été causé par l’abus des longues distances. Il faut dire qu’une étude sur ce sujet serait très compliquée à mener car plusieurs autres paramètres entrent en ligne de compte quand vient le temps d’évaluer les causes du vieillissement d’une personne: la génétique, l’environnement, le stress, la maladie, etc.

Il y a aussi une différence entre avoir l’air plus vieux et vieillir réellement. Par exemple,  il est bien connu que les gens plus gras nous semblent souvent plus jeunes, pour la simple et bonne raison que leur visage est plus rond et que leurs rides paraissent moins, sinon pas du tout. Pourtant, je ne gagerais pas que leur espérance de vie soit supérieure à celle des gens minces. Et bien évidemment, les ultramarathoniens sont rarement gras… De plus, les longues heures passées à l’extérieur, parfois par temps froid, souvent par temps chaud et au soleil, doivent certainement entrer en ligne de compte si on pense vieillissement de la peau. Or, qu’est-ce qu’on regarde pour évaluer l’âge d’une personne ?  Son visage, soit la partie du corps d’un coureur la plus exposée aux intempéries.

Mon avis au final ?  Les êtres humains sont tous différents. Selon moi, certaines personnes pourraient souffrir à long terme de faire des ultra-distances alors que d’autres vont en bénéficier. Pour certains, courir 10 et 15 km par semaine serait mauvais alors que pour d’autres, en faire 200 ne leur ferait que du bien. La seule façon d’avoir une bonne idée des effets positifs/négatifs de la course très longue distance sur le corps serait de faire une expérience sur plusieurs années avec des couples de jumeaux identiques: une moitié du couple ferait de la course ultra-distance et l’autre moitié vivrait une vie plus “normale”.  Essayez de trouver des volontaires, maintenant…  🙂

Donc, comme rien n’est prouvé, je vais continuer de faire ce que j’aime et advienne que pourra.  Au pire, ma tendre moitié héritera plus tôt et pourra ensuite s’enfuir avec un petit jeune !  😉

Marathon vs ultramarathon: Scott Jurek était-il si fort ?

En faisant quelques petites recherches sur Scott Jurek pour mon dernier article, je suis tombé sur ceci écrit par un autre blogueur. En tant que marathonien, l’auteur avance que un, courir un marathon est plus difficile qu’un ultra et que deux, les exploits de Scott Jurek sont surévalués.

En résumé, son argumentation tient sur le fait que les grands marathoniens courent seulement deux, au gros maximum trois marathons par an à cause des dommages engendrés par une course à l’organisme qui a besoin de beaucoup de temps pour récupérer. En contre-partie, Jurek a gagné le Western States 100 et le Badwater 135 à deux demaines d’intervalles, ce qui n’arriverait jamais au niveau marathon. Il remet donc largement en question la force de l’opposition à laquelle Jurek devait faire face. Il met également en doute l’effort consenti par Jurek lors de ces courses car si logiquement elles étaient si difficiles, il n’aurait jamais été capable de performer de telle façon en deux occasions aussi rapprochées.

Ma réponse,  comme celle de bien de ses lecteurs, est la suivante: bien que je respecte son opinion et que ses arguments tiennent d’une certaine façon la route, il ne sait tout simplement pas de quoi il parle. C’est vrai que la compétition est moins forte en ultra et c’est normal: il y a beaucoup moins de coureurs qui en font. Les plus « gros » ultras ont rarement un contingent de plus de 600 participants (nous étions 320 au Vermont 50) alors qu’un marathon de cette taille serait considéré comme « petit », « très petit » même. Moins de participants, donc probabilité moindre que les plus talentueux y soient. C’est aussi simple que ça. Donc, quand quelqu’un aux capacités extraordinaires comme Jurek se présente, ses chances de gagner sont effectivement augmentées. En ce sens, je suis un peu d’accord avec lui.

Ceci dit,  il parle carrément au travers de son chapeau en ce qui concerne la difficulté des épreuves. Pour lui, un ultra, ça se fait en « joggant » et on a juste une chose à faire: endurer. Pour le marathon, ce ne serait pas la même chose car le coureur va à la vitesse maximale qu’il peut tenir sur 42.2 km. Hé bien, j’ai des petites nouvelles pour lui: un marathon, c’est de la petite bière par rapport à un ultra. Et celui que j’ai fait, c’était « seulement » un 50 milles, dans des sentiers à peu près dénués de roches et de racines. Bien que plutôt nanti côté dénivlé (9000 pieds en montant, autant en descendant, ça fait tout de même 2.75 km ça !), le Vermont 50 n’est pas considéré comme difficile dans le milieu. Et pourtant, pour faire cette course-là, je me suis entrainé comme jamais, j’ai appris à monter et à descendre dans des sentiers sinueux. Pour moi, une sortie de 32 km sur route était rendue de la routine alors que pour l’entrainement du marathon, c’est le « peak » du programme.

Après la course, mes quadriceps étaient complètement finis, j’avais mal aux épaules, aux bras. Quelques semaines plus tard, à l’expo-marathon de Philadelphie, je me suis arrêté quelques instants pour écouter une conférence. Quand je me suis rendu compte que la dame donnait des conseils sur comment se comporter si ça commençait à aller mal autour du 20e mille, j’ai souri et ai poursuivi mon chemin. Le marathon le dimanche a été mon plus facile depuis mon premier et pourtant, j’y ai battu mon record personnel. Courir 42 km sur un terrain presque plat, sur une surface parfaite ?  Piece of cake  (je ne dirais toutefois pas ça aujourd’hui, mais ça, c’est une autre histoire) !

Je dirais donc ceci à monsieur Smith qui a écrit l’article: prenez le départ d’un ultra, essayez de le terminer et si par après votre opinion n’est pas changée, alors je la respecterai complètement.

Scott Jurek – Eat and Run

La veille d’une course, j’aime bien lire durant les heures précédant le moment où je me mets au lit. Je préfère lire sur un sujet autre que la course, question de ne pas avoir des « révélations » durant ma lecture et être tenté de faire des essais le lendemain. Les essais, on garde ça pour l’entrainement.

Ainsi donc, je me promenais tranquillement dans une librairie de Philadelphie la veille du marathon, question de trouver une petite occupation pour la soirée à venir. Après avoir jeté mon dévolu sur The Best of American Sports Writing 2012, je me suis mis à fouiner dans la section « course », au cas où je tomberais sur quelque chose d’intéressant… pour plus tard.

Un livre a vite attiré mon regard: Eat & Run – My Unlikely Journey to Ultramarathon Greatness de Scott Jurek.

Eat & Run cover

Qui est Scott Jurek ?  Tout simplement le plus grand ultramarathonien de notre époque. Dean Karnazes, celui qui s’est auto-proclamé « UltraMarathon Man », est beaucoup plus connu et médiatisé, en partie à cause de ses nombreux exploits un peu « exotiques »: 50 marathons en 50 jours dans les 50 états américains, courir 24 heures sans arrêt sur un tapis roulant installé au-dessus de Times Square, etc. Mais dans la communauté des ultras, il n’est pas apprécié de tous car en plus d’être très porté sur l’auto-promotion, ce qui est contraire à la nature même de la course très longue distance, il n’a jamais été pas le meilleur du groupe, loin de là.

Le meilleur, c’est (c’était, en fait) Scott Jurek. Son palmarès parle de lui-même. Il comprend entre autres:

  • 7 victoires au Western States 100
  • 2 victoires au Badwater 135 (dont la première seulement 2 semaines après le Western States !)
  • 1 victoire au Hardrock 100 (la seule année où il a participé)
  • 3 victoires au Spartathlon (246 km entre Athènes et Sparte)

Sans compter d’innombrables victoires et places d’honneur dans des ultramarathons disputés un peu partout. Il va sans dire que j’étais très intéressé à en savoir plus sur cet homme.

Comme toute bonne biographie, celle-ci nous ramène au tout début, quand Jurek était enfant. Il raconte sans pudeur une enfance parfois difficile où il devait composer avec une mère atteinte de sclérose en plaques, maladie pas tellement connue à l’époque, et un père autoritaire. L’argent ne coulait vraiment pas à flot et la petite maison du fond d’un rang de la campagne de Proctor au Minnesota était souvent inconfortable pour le jeune Scott.

Son physique frêle et sa grande timidité en firent une cible facile pour l’intimidation à l’école. Pas tellement habile dans les sports traditionnels, il réalisa un jour lors d’une course qu’il avait un don: bien que moins rapide que les autres, il pouvait tenir un rythme acceptable plus longtemps qu’eux. Beaucoup plus longtemps. C’est ainsi que le ski de fond, puis la course en forêt, devinrent pour lui une façon de s’exprimer. Ou de s’évader, c’est selon.

Au fil des chapitres, on découvre un homme humble, gentil à l’extrême. Dès sa première victoire au Western States 100, il prit une habitude pour le moins… surprenante. En effet, il se faisait un devoir de demeurer à l’arrivée pour accueillir chacun des autres participants qui terminaient la course. Ainsi donc, au Hardrock 100 où la limite de temps pour compléter le parcours est de 48 heures (!), comme il avait pris à peine plus de 26 heures pour le faire, il est demeuré à l’arrivée pendant près de… 22 heures !  On ressent même son malaise quand il s’excuse presque de s’être absenté quelques minutes… pour aller prendre une douche.

Tout au long de l’ouvrage, cette gentilesse transpire. Étant moi-même limite-bonasse avec ceux que j’aime, j’ai partagé son désarroi quand son meilleur ami a cessé de lui adresser la parole sans raison particulière. Ayant déjà vécu quelque chose de semblable, je savais ce qui lui passait par la tête. Et bien que tout soit revenu dans l’ordre avec l’amie en question, j’en porte encore les cicatrices aujourd’hui. Je suis certain que c’est la même chose pour lui.

Évidemment, quand on lit sur un athlète de haut niveau, on est toujours à la recherche de petits trucs. On veut savoir « comment ils font ». Pour Jurek, tout passe par l’alimentation (avec un titre semblable, on n’en attendait pas moins !). Comme il adore faire la cuisine, chacun des chapitres se termine par une recette. Au début, je les lisais, mais je me suis vite fatigué de le faire. Quand même…

La particularité de ces recettes ?  Aucun ingrédient ne provient directement ou indirectement d’un animal.  C’est que Jurek est un végétalien strict. Oui oui, végétalien, avec un « l ». Cet homme-là a accompli tous ses exploits sans ingurgiter le moindre gramme de produit animal. Courir 100 milles juste en mangeant du gazon ?  Ça a l’air que ça se fait !  Comme probablement bien des gens, j’étais sceptique au début, mais à force de le lire, il a presque réussi à me convaincre des bienfaits de consommer seulement de la nourriture provenant des plantes (de la bouffe de gerbille, comme disait son grand ami Dusty). Mais bon, le mot « bean » revenait un peu trop souvent à mon goût et de toute façon, je ne me vois vraiment pas finir ma vie sans jamais manger à nouveau les brochettes de boeuf de ma tendre moitié, alors je vais laisser faire…

Autre fait saillant de ce bouquin: on en apprend sur la vie d’un ultramarathonien de haut niveau. En fait, on apprend une chose: elle n’est pas tellement différente de la nôtre. Pouvez-vous croire que le plus grand athlète de ce sport ait été obligé de s’endetter et de coucher dans une tente pour avoir l’occasion de participer à toutes ces courses ?  Physiothérapeute, il devait travailler comme tout le monde pour arriver à joindre les deux bouts. Quand, après plusieurs années à remporter les courses les plus prestigieuses à répétition, les commanditaires ont fini par se montrer le bout du nez, ça a été pour payer certaines dépenses. Ce n’est que quelques années plus tard qu’il a enfin réussi à sortir sa tête hors de l’eau… ce qui a coïncidé avec le moment où sa femme a demandé le divorce.

Les derniers chapitres du livre sont consacrés au deuil et aux nombreuses remises en question qui l’ont assailli suite au décès de sa mère. Pourquoi court-il ?  A-t-il le goût de continuer ?

La lecture m’a beaucoup fait réfléchir sur la course, la vie en général. Autant on y retrouve plein de petits trucs sur la course, autant il fait travailler l’esprit. Et le coeur. Je le recommanderais fortement à tous, que vous soyez un coureur aguerri ou quelqu’un qui ne court pas du tout.