Semaine de loterie

Cette semaine, la fameuse loterie Powerball était partout dans les médias. C’était purement et simplement la folie, au point où nos compatriotes se sont garrochés dans les dépanneurs  situés tout  juste au sud de la frontière. On rapportait jusqu’à une heure d’attente à certains endroits. Attendre une heure pour un billet de loto ?  Wow.

Dans le petit monde des ultras, c’était aussi semaine de loterie. Et dans mon cas, c’était deux fois plutôt qu’une.

Tout d’abord, en arrivant à la maison mardi, je me suis précipité sur les cotes de la Bourse. En fait, tout comme l’an passé à pareille date, c’était seulement la valeur du Dow Jones à la fermeture des marchés qui m’intéressait. La raison ?  Pour savoir si j’allais faire partie du contingent de coureurs qui allait se lancer à l’assaut du diabolique parcours de Massanutten dans 4 mois (j’ai déjà résumé un peu le processus légèrement compliqué de la loterie de cette course ici).

Pour dire la vérité, je n’avais pas vraiment à m’en faire. En effet, si on se fie aux années passées, il n’est jamais arrivé qu’un finisher d’une précédente édition se retrouve le bec à l’eau à la fin du processus d’inscription. C’est qu’il y a tellement de gens qui s’inscrivent à la loterie pour ensuite reculer, qui omettent de payer à temps, qui se retirent pour diverses raisons, etc. que beaucoup de coureurs qui se retrouvent initialement sur la liste d’attente finissent par prendre le départ de la course. Et comme les finishers ont priorité sur ceux qui n’ont jamais terminé l’épreuve quand vient le temps de piger parmi les « perdants » de la loterie pour combler les places laissées vacantes, mes chances (façon de parler) de prendre le départ étaient excellentes de toute façon.

Mais je préférais être fixé tout de suite et je l’ai été : tout comme l’an passé, j’ai été pris au premier tour. Donc, dossier réglé : à la mi-mai, je passerai une journée complète, et même plus, à sacrer après les roches.

Le lendemain matin, au réveil, autres résultats de loterie. Cette fois-ci, c’était en vue de l’UTMB. Bien que cette course me fiche la trouille, j’y tenais beaucoup. Le parcours mythique, les Alpes, l’ambiance à Chamonix…  Barbara et moi nous étions fait un paquet de scénarios quant à savoir ce que nous irions visiter après : la Suisse, le sud de la France, le nord de l’Italie ?  Plein de possibilités.

Puis j’ai vu « Refusé » à côté de mon nom. Flûte-caca-boudin !  Ce sera pour une prochaine fois.

Quelques heures plus tard, j’étais inscrit à l’Eastern States. Oui oui, le 100 miles qui se court en Pennsylvanie, dans la canicule du mois d’août, dans un état où il est mission impossible d’acheter de la bière. Sur un parcours qu’on dit plus difficile que Massanutten. Pensez-vous que ça se soigne ?

Parlant de soigner, j’ai eu un retour du médecin cette semaine, rapport à la torture que j’ai eu à subir (les gens normaux appellent ça des prises de sang) avant les Fêtes. La secrétaire m’a tout simplement dit que « le médecin voulait me revoir d’ici deux mois pour un suivi ». Parait-il que je dois la revoir, mais qu’elle a d’autres suivis urgents à faire avant, alors elle ne veut pas me voir avant une semaine ou deux.

Ça veut dire quoi, ça ?  La secrétaire m’a assuré que vu que ce n’était pas urgent, ça ne pouvait pas être grave. Ha oui ?  Et comment puis-je être certain de ça, moi ?  C’est quoi cette manie qu’ils ont d’en dire juste assez pour nous énerver, mais pas plus ?  Calv… !!!

Bon, revenons à nos moutons. Quand Pat a franchi la ligne d’arrivée à Massanutten en 2013, il était seulement le deuxième Québécois à le faire et le premier en 13 ans. En 2015, Joan a été le troisième à réussir à dompter la bête et, quelques heures plus tard, Pierre et moi l’avons suivi.

J’ai fait un petit survol de la liste des « gagnants » en vue de la course de cette année. En tout, nous sommes 8 Québécois. Ajoutez à ça les 4 qui sont sur la liste d’attente et qui, s’ils sont patients, devraient eux aussi être mesure de prendre le départ. Donc, potentiellement, nous pourrions être 12 de la belle province, soit 3 fois plus que l’an passé.  En tout cas, Gary Knipling n’a pas fini d’entendre parler « some kind of French » sous la tente la veille de la course ! 🙂

Quant à l’UTMB, la présence québécoise y est plus soutenue depuis quelques années et 2016 ne fera pas exception.

La tendance observée ces dernières années semble donc se confirmer: notre sport, bien qu’il serait ennuyant à mourir à suivre à la télé, gagne rapidement en popularité ici. Et cette popularité risque d’être accompagnée d’une émergence de coureurs de haut niveau. Les prochaines années risquent d’être très intéressantes à suivre…

Souvenirs ou cossins ?

Quand j’étais en installation en 2014, les gars avec qui je travaillais s’amusaient à me taquiner parce qu’à chaque jour, je portais un t-shirt à l’effigie d’une course différente.

« On sait ben, tu ne les fais pas ces courses-là, tu fais juste acheter le t-shirt ! »

En fait, je ne faisais « qu’optimiser » mes bagages et portais tout simplement le t-shirt qui allait me servir pour ma course du soir. Comme on dit, quand on travaille dans un poste situé dans l’Abitibi profonde, pourquoi s’encombrer d’une chemise propre ? Mon boss n’allait tout de même pas se téléporter sur place pour me reprocher mon habillement négligé…

Il faut dire qu’avec les années, j’ai ramassé plusieurs souvenirs des différentes épreuves auxquelles j’ai participé. Les t-shirts sont plutôt pratiques et je dois avouer que les fins de semaine, je fais comme si j’étais toujours en installation: on dirait que je n’ai que ça dans ma garde-robe.

Pour le reste, un de mes tiroirs contient d’innombrables souvenirs: médailles, vieux dossards, casquettes, buckles (ha, les buckles…), buffs, etc. Mais à partir du moment où je n’ouvre ce tiroir que pour y insérer d’autres souvenirs, à quel points ceux-ci ne sont-ils tout simplement pas devenus des… cossins ?

Juste pour m’amuser, j’ai étalé les « souvenirs » de mon année 2015 à la course sur le tapis du salon. Voici ce que ça donne:

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Les « souvenirs » de l’année 2015. Absents de la photo: le dossard du Vermont 100 que je ne retrouve plus et le t-shirt du Marathon de Montréal qui a servi pour ma course de ce matin et qui ne pouvait pas être présent 😉

 

Ai-je vraiment besoin de garder tout ça ?  Hum…

2015, une drôle d’année

Les traditions étant les traditions, pas moyen de passer à côté de celle qui en est rendue à sa quatrième édition, soit la revue de ma dernière année dans le merveilleux monde de la course.

Voici donc ce qui m’a « frappé » au cours des 12 derniers mois…

Les femmes de la course – Contrairement aux années précédentes, j’ai cru remarquer qu’elles avaient eu un rôle plus important dans mon activité en 2015. Je ne peux donc tout simplement pas laisser leur apport sous silence.

Tout d’abord, je me dois évidemment de souligner, encore une fois, tout le soutien venant de la part de ma (la plupart du temps) tendre épouse Barbara. Contrairement à bien d’autres qui prétendent soutenir leur homme et qui profitent ensuite de la moindre occasion pour leur ramener ça sur le nez quand ça va moins bien, je sens vraiment qu’elle est derrière moi. Elle me connait mieux que personne et sait que je pourrais difficilement vivre sans mon sport. Or, quand je me suis blessé et aussi quand j’ai eu une grosse baisse de régime en fin d’année, au lieu de me casser les oreilles avec les classiques « Je te l’avais dit » et « Tu en fais trop », elle a cherché avec moi à trouver des solutions. Ajoutez à ça qu’elle a passé une autre nuit blanche à me suivre dans les coins le plus reculés de la Virginie profonde pour ensuite avoir l’immense bonheur d’avoir à me ramasser quand je suis tombé dans les pommes dans la salle de bain…

Donc, très humblement, merci pour tout, mon amour.

Une qui n’a pas eu à passer une nuit blanche, mais presque, et qui a gardé le sourire tout le long, c’est ma « petite » sœur Élise. Prise pour dormir sur le fauteuil de la chambre d’hôtel avant et après la course, elle n’a jamais perdu sa contagieuse bonne humeur tout au long de la journée. Et le sourire, elle l’avait encore par cette belle journée de novembre, quand elle a complété avec brio son premier demi-marathon. Je l’ai dit et le répète, il y a une marathonienne et même une ultramarathonienne dans ma frangine.

Dans un autre créneau, que dire de Fanny, celle pour qui j’ai joué au pacer à Bromont ?  Je l’ai rejointe alors qu’elle avait 124 longs kilomètres dans les jambes. Elle claudiquait, avançait lentement. Mais elle avait un moral d’acier et son esprit était si vif que je me suis trouvé nul de me sentir moche alors que j’avais dormi quelques heures.

Comme le lapin Energizer, elle a avancé, encore et toujours, grugeant lentement, mais sûrement un à un les obstacles qui se dressaient devant elle. Jamais je ne l’ai entendue se plaindre. Une battante, une vraie de vraie. Une inspiration.

Puis, comment oublier Christina, Kathleen et Amy, celles qui m’ont donné tant de fil à retordre en compétition ?

Christina, elle n’avait l’air de rien. Mais elle enfilait les kilomètres en enchainant les petites enjambées à une cadence époustouflante. Au fur et à mesure que la course progressait à Washington, elle s’éloignait de moi, me laissant croire que je n’étais pas vraiment dans une bonne journée. Et pourtant…

De Kathleen, je me rappellerai toujours le fait qu’elle n’arrête jamais, mais jamais de courir, même si elle avance plus lentement que quelqu’un qui marche dans certaines montées.  Et surtout, elle est ce qu’on appelle ici un cr… d’air bête. Autant à Massanutten qu’au Vermont, nous avons fait de longs bouts ensemble et la seule fois qu’elle m’a glissé un mot, c’était pour répondre au « Great job ! » que je lui avais lancé. Elle m’a répondu « You too ! » pour, quelques centaines de mètres plus loin, me dépasser sans me dire un foutu mot. Bout de viarge, elle a parlé plus aux chevaux qu’à moi durant toutes ces heures !

Quant à Amy, bien que son flot incessant de paroles m’ait un peu agacé à Massanutten, la longue jasette qu’on s’est piqué après le Vermont (où elle était directrice de course) m’a fait découvrir une femme charmante et drôle à souhait. Une vraie de vraie trail runneuse, contrairement à l’autre…

Aussi, un petit mot pour Anne, qui aurait bien pu être la première femme à me chicker dans un ultra au Québec. Si ce n’est pas elle, ce sera une autre, car le monsieur ne rajeunit pas et les femmes commencent à pousser pas mal fort ici…

En terminant, bien qu’on ne se soit pas côtoyés en course, j’ai suivi de près (mais à distance) l’impressionnante progression de mon amie Julie cette année. 4 ultras, en plus de plusieurs autres courses pas piquées des vers, c’est toute une saison qu’elle a eue. Et en juin prochain, nous ferons équipe dans le cadre de la Petite Trotte à Joan. J’y reviendrai.

Monsieur dream team – Il a été de tous mes 100 miles, il est sans contredit mon fan numéro un. Homme discret qui n’aime pas être le centre d’attention (c’est génétique, que voulez-vous…), il tient mordicus à faire partie de mon équipe de soutien. Et sa place est réservée à perpétuité (sauf pour les épreuves que je ferai en solo, bien évidemment). Un gros, gros merci pour tout papa.

Mon « entourage » – Bien que la course soit le sujet de ce blogue et que mes interventions Facebook ont presque toutes rapport à ça, c’est seulement quelque chose que je fais, ce n’est pas ce que je suis. Non mais, est-ce qu’il y a quelque chose de plus fatigant que quelqu’un qui parle toujours de la même affaire ?

Ma femme, ma famille, mes amis, mes collègues de travail me permettent d’échanger sur d’autres sujets d’intérêt. En fait, même entre ultrarunners, on parle souvent d’autre chose. Car, il n’y a pas que la course dans la vie, n’est-ce pas ?

« Mes jeunes » – C’est comme ça que je surnommais les étudiants de l’école Gérard-Filion avec qui je courais les lundis. Eux s’entrainaient pour le Grand Défi Pierre-Lavoie et moi, ben, je courais, comme d’habitude.

C’était beau de voir des jeunes motivés par le projet et des profs dévoués les encadrer. Une belle expérience de vie.

Ils nous ont quittés –  Quelques jours avant la course à Washington, j’ai appris le décès de mon oncle Claude, qui n’avait que 70 ans. Je ne le voyais pas tellement souvent, mais c’était toujours un immense plaisir d’être en sa compagnie. Il avait le don de nous faire rire, alternant taquineries et autodérision. Les funérailles ayant lieu le jour où nous partions, nous n’avons pas pu y assister.

Dans les 10 derniers miles, alors que le soleil était à son zénith et que je serrais les dents pour tâcher de terminer, je l’entendais me traiter de débile et rire de moi. J’ai ri tout seul parce que j’étais un peu d’accord avec lui…

Puis, peu avant le Vermont 100, j’ai appris le décès de Christian. Celui-là, je l’ai pris encore plus dur, probablement parce qu’il avait mon âge. Durant la course, dans les moments les plus difficiles, je me rappelais de ses expressions colorées et encore là, je riais tout seul. Deux jours plus tard, à la sortie de l’église de Ste-Julie, je n’ai pas retenu mes larmes. Il me manquait déjà.

Le froid – C’est difficile à croire avec le mois de décembre hyper-clément que nous avons eu, mais l’hiver a été dur dans la partie nord-est du continent. Très dur, même. Jamais vu autant de journées avec des températures descendant sous les -20 degrés, jamais vu un hiver aussi long. Pas les conditions idéales pour se préparer en vue de la saison des ultras, mettons.

La chaleur – Bon, j’ai beau m’en plaindre, mais mon corps vit plutôt bien avec le froid. Malgré les conditions extrêmes, je ne suis jamais allé au bout de ma garde-robe. Je ne protège que très rarement mon visage et n’ai aucun problème à respirer dans le froid. Ha, si mes mains pouvaient être comme le reste de mon corps…

Par contre, la chaleur… Ouch !  Là, c’est plus difficile. Et comme le hasard fait « bien » les choses, il fallait qu’il fasse chaud autant à Washington qu’à Massanutten. Si au moins ça s’était déroulé en fin de saison…  Mais non, c’était en avril et en mai. Dire que j’ai souffert serait un euphémisme.

Un parcours à ma mesure – En banlieue de Washington, sur les bords du Potomac. Deux parcs reliés entre eux par un sentier. Parcours peu technique, relativement rapide. Des boucles, des allers-retours. Un parcours fait pour moi (il le serait encore plus s’il y avait de vraies montées, mais bon…). Je pensais que j’aurais pu faire mieux, mais finalement…

WHAT ?!? – C’est ce qui est sorti de ma bouche. La première fois, alors que j’avais 75 km dans les jambes et que le pauvre bénévole m’annonçait que je devais me taper le foutue boucle de 2.2 miles qu’on s’était tapée plusieurs heures auparavant. Pendant que je bougonnais, les coureurs du 50 km que je venais de dépasser passaient tout droit. Quand j’ai vu Christina sortir de ladite boucle, je me suis résigné : j’y suis allé, la queue entre les jambes, comme si on m’envoyait à l’abattoir.

Puis, une fois l’arrivée franchie, alors que j’envisageais sérieusement de retourner à mon auto pour aller récupérer moi-même mon drop bag, je suis passé à la tente de chronométrage. Comme j’avais eu une course somme toute correcte, je m’attendais à avoir terminé entre les 20e et 30e places. Au mieux, la 15e. Puis, j’ai vu le chiffre : 9e, avec à la clé, une première place dans ma catégorie.

WHAT ?!?

Les roches – Massanutten Mountain Trail 100-Mile Run. Les roches en font sa réputation. J’en ai fait une indigestion, littéralement.

Abandonner ? – En course, j’y avais souvent songé, mais jamais sérieusement. C’était avant de connaitre Massanutten. Il faisait chaud, le parcours très technique faisait que j’avançais à pas de tortue. Je détestais ça profondément. Je voulais juste partir, être ailleurs. Avant même le premier tiers, j’ai songé à abandonner.

Je me suis trainé jusqu’au ravito. Puis jusqu’au suivant. Mon enthousiasme est revenu, avant de repartir. À la mi-parcours, j’étais en mode death walk. La providence a mis Pierre sur mon chemin. Sa présence m’a rassuré, revigoré. Ce n’est que beaucoup plus tard que je resongerai à abandonner, quand, envahi par la fatigue, mon corps ne voulait tout simplement plus avancer.

Le bourbon – Bird Knob, mile 81.6. Je me demande comment je fais pour tenir debout. Le ravito est minuscule et sur place, les bénévoles sont sur le party. Ils nous offrent du bourbon, il me reste tout juste assez d’intelligence pour décliner. Pierre accepte avec plaisir, alors que je me contente d’un concentré de café au chocolat (ou était-ce du chocolat au café ?).

En tout cas, c’est ce que Pierre m’a raconté, car honnêtement, ceci n’est qu’un vague souvenir pour moi.

Pas un pique-nique – Picnic Area, mile 87.9. Je suis au bout du rouleau. J’ignore si c’est la fin ou pas, mais je dois prendre un temps d’arrêt : je dors debout. Le problème est que je ne dors pas une fois couché, alors j’attrape au passage mon partner avant qu’il quitte et nous repartons ensemble.

Quelques centaines de mètres plus loin, mon système digestif me signifie son ras-le-bol. Il refera plusieurs fois des siennes pendant les 3 heures que durera le trajet nous menant au dernier ravito, à peine 9 miles plus loin.

Voulez-vous bien me dire pourquoi ils ont appelé ce ravito Picnic Area ?!?

Les hallucinations – Une dame qui nous fait des grands signes. Un chapiteau. Je les vois, clairement même. Mais Pierre ne les vois pas. J’hallucine, mais le pire est passé. Nous en rions encore.

Le « sprint » –  Nous avons enfin regagné la route. Plus que 6 petits kilomètres. Ma Garmin ayant rendu l’âme, je ne sais pas à quelle vitesse nous allons, mais j’ai l’impression que c’est très vite. Un à un, nous rejoignons des coureurs, les laissant dans notre sillage.

Quelques heures auparavant, je pensais que j’allais mourir. Pourtant, en ce moment, je vole. Et je n’ai jamais pris de repos entre les deux. C’est bizarre, le corps humain.

Mon partner – Nous avons passé 17 heures ensemble. 17 heures à échanger sur tout, à se soutenir, à s’encourager. On dit que pour vraiment connaitre une personne, il faut courir un ultra avec elle. Hé bien, je crois qu’on a vraiment eu la chance de se connaitre tout au long de cette journée et de cette nuit.

J’ai pris le départ de cette course sans trop savoir à quoi m’attendre. Je l’ai terminée avec un ami.

Lapin de cadence – Un rêve devenu réalité 8 ans plus tard. À cause de mon déguisement (ou malgré lui, c’est selon), plusieurs personnes sont venues me parler. Et pendant plus d’une heure, j’ai été leur guide. Une responsabilité que j’assumais pleinement, espérant secrètement avoir contribué un tantinet à la réussite de certains d’entre eux.

Je n’avais juste pas prévu faire les 6-7 derniers kilomètres tout seul…

On s’habitue à tout – St-Donat, la première fois, j’ai détesté. Profondément détesté. Trop technique, trop de bouette, pas moyen de prendre un semblant de rythme. Puis, par masochisme, j’y suis retourné. Bah, pas si pire, que je me disais. J’en ai donc remis une couche cette année.

Ha ben bout de viarge, j’ai même aimé ça !  Comme quoi, on s’habitue vraiment à tout.

Perdu – Mon ami Pierre a la fâcheuse tendance à se perdre quand il court des ultras et j’avoue que nous le taquinons un peu avec ça. Mais cette fois-ci, à St-Donat, c’est moi qui me suis royalement fourvoyé peu après le sommet de la Noire.

Têtu comme une mule, je me suis enfoncé, encore et encore. C’est par une chance incroyable que j’ai fini par retrouver le bon sentier. À ne pas refaire.

Le kyste – Je le trainais depuis longtemps. Des mois, des années ?  Je ne sais pas trop. Il était dans mon dos, alors il ne paraissait pas et ne me dérangeait pas, alors pas de presse à le faire enlever, n’est-ce pas ?

Erreur. Durant les 8 heures que j’ai passées dans les sentiers de St-Donat, le frottement incessant de ma veste d’hydratation a probablement fini par causer une ou plusieurs micro-blessures et ledit kyste s’est infecté. Après quelques jours à l’endurer, j’ai dû me rendre à l’évidence : je ne m’en sortirais pas seul.

On l’a ouvert, vidé, puis on y a installé une mèche que je devais faire changer tous les jours. On m’avait dit que ça durerait 7 à 10 jours, le temps que la plaie se referme. Ça a pris 6 interminables semaines.

Finalement, c’est un chirurgien que j’ai rencontré par hasard la veille du Vermont 100 qui m’en a débarrassé, plusieurs semaines après.

« And you ran a 100 miles with that… » – C’était Amy, après le Vermont 100, alors que je venais de lui expliquer pourquoi je devais retourner au Québec avant le traditionnel barbecue. Tu aurais fait pareil, chère Amy.

« Il est tout mouillé » – L’infirmière qui a effectué le changement de pansement-mèche le lendemain du Vermont. C’est que voyez-vous, j’ai couru 100 miles dans la grosse humidité et pour couronner le tout, je me suis fait arroser non pas par un, mais bien deux orages.

Alors oui, c’est possible qu’il soit mouillé.

Monte, descend, monte, descend… – Dans le milieu, on le dit « facile ». Vrai qu’il n’est pas tellement technique, vu qu’il se passe à 70% sur des chemins de terre. Quand on sait que le record de parcours se situe sous les 15 heures…

Ceci dit, ça n’empêche pas le Vermont 100 d’être tout un test. 100 miles, 161 foutus kilomètres, toujours en montée ou en descente. Aucune de ces montées ne peut se targuer d’être une véritable ascension. Il en va de même pour les descentes, qui se font à peu près toutes à pleine vitesse. Mais c’est l’ensemble, qui est beaucoup plus difficile que la somme des parties, qui fait de ce parcours ce qu’il est : un défi à ne pas sous-estimer.

La cheville – Bang, bang, bang. Des milliers de fois, mes pieds ont frappé le sol. Au bout d’un certain temps, ma cheville en a eu marre. Deux semaines de repos, je la pensais guérie. Erreur. La persistance de ce mal m’a forcé à essayer de changer ma technique de course.

Changement de technique – En course à pied, il faut toujours, toujours y aller graduellement. Ce que je n’ai évidemment pas fait. Des mollets et des tendons d’Achille sollicités au maximum, des malaises qui ne finissent plus de guérir. Je suis maintenant contraint de recommencer à zéro, en espérant que ma cheville me le permette…

Pacer – Étant dans l’impossibilité de compétitionner pour moi-même, je me suis rabattu sur le pacing en fin de saison. Tour à tour, Sylvain, Fanny et ma sœur Élise ont eu à m’endurer, parfois pendant des heures. Je les plains.

Porteur de bière – Mon ami Sylvain était blessé, je me sentais tellement, mais tellement inutile. Quand il m’a réclamé de la bière, j’ai tout d’abord cru à une blague. Constatant son sérieux, je me suis exécuté avec plaisir. Si au moins je pouvais servir à ça…

Réflexion toutefois : 5$, était-ce suffisant pour acheter cette grosse canette de Heineken dans un dépanneur ?

Bénévole –  C’était ma première « vraie » expérience en tant que bénévole dans un ultra. Observer les autres agir, ça nous permet d’en apprendre beaucoup, autant sur eux que sur soi-même, tout en se rendant utile. À refaire.

Courir à travers l’histoire – Rome, Florence. La Place St-Pierre, le Tibre, le Circo Massimo, le Colisée, l’Arno, le Ponte Vecchio, le Duomo, le Palazzo Vecchio.  Des endroits célèbres, « courus » par les touristes. Hé bien moi, j’étais le touriste qui les ai découverts en courant au (très) petit matin, alors qu’il n’y avait personne.

Une manière de découvrir le monde autrement. Je ne l’avais jamais fait, je ne pourrai plus m’en passer. Merci pour le tuyau, Didier.

Ambassadeur – Hé oui, je suis maintenant ambassadeur Skechers. Qui l’eût cru ?

Le down – Retour d’Italie, petite sortie de 10 km en vue du demi avec ma sœur trois jours plus tard. Catastrophe : je fais du 4:23/km de moyenne, de peine et misère. Je mets ça sur le compte du décalage horaire.

Les semaines se suivent et je n’avance toujours pas. La nouvelle technique peut être en cause, mais comme je reviens peu à peu à mes premières amours, il me semble que… Puis, un dimanche, après 11 petits kilomètres à St-Bruno, étourdissements. Je persiste, puis finis par capituler après 18 kilomètres. La semaine suivante, ma « longue sortie » ne fera que 16 misérables kilomètres.

Entre les deux, les sorties plus courtes étaient somme toute convenables. J’en parle aux copains qui ont des propos rassurants. Je consulte tout de même un médecin qui décèle un léger souffle au cœur et commande un bilan médical complet. Une fois « sevré » d’alcool, je me retrouve une aiguille enfoncée dans le bras avant de faire pipi dans le petit pot pour ensuite jouer dans mon caca avec un petit bâton. La joie. J’aurai les résultats d’ici 2 semaines.

Entre temps, j’ai décidé de contrôler ce que je peux contrôler, soit mon alimentation. Donc, moins de sucre et moins d’alcool. Pas de coupure drastique (la vie serait tellement plate et c’est tout de même le temps des Fêtes !), mais un certain contrôle. Ça ne peut pas nuire.

Depuis deux semaines, je sens que je remonte la pente. J’étais peut-être juste fatigué après tout…

Les loteries – L’année a commencé par celle de Massanutten, où j’ai « gagné ». Elle s’est terminée par une « défaite » en vue du Western States (j’avais un gros 3.6% de chance d’être pigé) et un suspens en vue de l’UTMB. Hé oui, j’ai appris tout récemment que mon résultat à Massanutten était admissible pour l’obtention des fameux « points » nécessaires pour avoir le droit de participer à la mythique épreuve.

Mais, tout comme quelques-uns de mes comparses, j’avoue que toutes ces loteries commencent à me peser. Bientôt, on ne pourra plus avoir la moindre idée de notre programme de la saison avec tous ces foutus jeux de hasard…

2016 ? – Le programme se dessine tranquillement. Encore une fois, pas de marathons, à moins que ce soit comme accompagnateur. Les marathons et moi…

Malgré toutes mes belles promesses, je compte retourner à Massanutten. J’ai un compte à régler avec cette course-là et comme je l’ai déjà terminée, j’ai à peu près 100% des chances d’y retourner si c’est ce que je veux.

Ensuite, ce sera la Petite Trotte à Joan, puis, comme je ne suis qu’un être humain, je ne crois pas que ce soit une bonne idée de me faire le Vermont 100 trois petites semaines plus tard. De toute façon, si je suis pris à l’UTMB… Je sais, Joan s’est farci les trois l’an passé, mais je le répète, je ne suis qu’un être humain, moi. Et si ça ne fonctionnait pas du côté des Alpes, ce sera l’Eastern States, qu’on dit très, très difficile. Ok, c’est moins glamour, mais bon, c’est aussi pas mal moins loin !

À l’automne, j’espère bien effectuer un retour à Bromont, mais c’est encore loin. Puis, j’aimerais bien me faire  quelque chose de plus petit en mars ou avril. Un 50 km ou un 50 miles. On verra.

Encore une fois, bien des beaux projets ! 🙂

Bonne année 2016 à tous !

Le colis

« Tu as reçu un colis.»

C’était ma douce au téléphone, alors que je l’appelais juste avant de partir du bureau. Chic, j’allais pouvoir essayer mon cadeau d’avant-Noël dès le lendemain !

« C’est une maudite grosse boîte !  Je ne peux pas croire qu’il y a seulement une paire de souliers là-dedans… »

Double-chic, Arnaud, le représentant Skechers, m’avait fait parvenir plusieurs paires !  J’allais en avoir pour des mois à m’amuser.

Sur le chemin du retour, je me faisais des scénarios : allais-je les tester le lendemain ?  Sur la route ou au mont Royal ?  Qu’est-ce qui serait le mieux ?  Arrivé à la maison, c’est sur une boîte foutrement grosse sur laquelle je suis tombé. Elle devait bien contenir au moins 4 paires de souliers…

Je me suis emparé d’une paire de ciseaux pour couper le ruban adhésif qui tenait la boîte fermée et quand je l’ai ouverte, je suis tombé sur ceci :

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           « Cadeau » de Noël avant le temps

Ha ben bout de viarge : des gougounes !  Et des gougounes de femme avec des talons en plus !  J’avais attendu 3 semaines pour sept foutues boîtes de gougounes. Calv…

Aussitôt, j’ai contacté Arnaud et il m’a assuré en riant qu’il s’occuperait de corriger le tout. Dès le lendemain, je recevais un autre envoi qui contenait ceci:

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                     Le vrai cadeau de Noël 🙂

Haaaaaaaa…

Et, belle surprise, j’avais deux modèles : le GORun 4 (c’est le bleu-pastel aux couleurs années 80) que j’avais essayé en magasin et le GORun Ultra R (c’est l’autre, l’orangé-qui-fait-qu’on-me-voit-arriver-à-2-kilomètres), que je ne connaissais pas.

Pour l’instant, c’est surtout l’Utra R que j’ai essayé. Plus lourd, il est confortable et fait pour la grosse ouvrage, comme on dit chez nous. Sur la route, mais aussi en sentiers « soft » car je n’ai eu aucun problème lors mon essai au mont Royal jeudi. Je ne leur donnerais pas le bon Dieu sans confession dans les roches humides, mais ailleurs… Quant à l’autre, il est tellement léger que je me sentais tout bizarre avec ça dans les pieds. Mettons que je ne suis pas habitué au minimalisme ou à tout ce qui peut lui ressembler. Je vais l’insérer progressivement dans mes sorties, question de ne pas faire comme d’habitude et tout brusquer.

Histoire à suivre… mais ne vous attendez surtout pas à une analyse détaillée contenant tous les termes techniques, incompréhensibles et inintéressants qu’on retrouve souvent dans les critiques de souliers. Ce n’est pas le style de la maison. Je préfère être inintéressant à ma façon !  😉

D’autres petites vites

  1. Demi-marathon des microbrasseries

Je trouve un peu injuste d’en parler dans le cadre d’une « petite vite », mais en même temps, ma petite soeur a tellement bien fait ça que j’aurais peut-être manqué de mots (mais si, ça m’arrive !) pour faire un récit complet de toute façon.

Un récit de quoi ?  De son premier demi-marathon, bien sûr ! Ça se passait le dimanche suivant notre retour d’Italie, dans le cadre du Demi-marathon des microbrasseries à Bromont.

C’était une merveilleuse journée ensoleillée, mais un peu froide à mon goût, surtout qu’avec le petit vent… Pour vous dire, je suis certain que le Johnny on the spot dans lequel je me suis installé tremblait de tous bords tous côtés pendant que je faisais ce que j’avais à faire avant le départ. Je ne me souviens pas avoir déjà grelotté à ce point avant une course. Mais je me suis rappelé pourquoi je ne voulais plus faire ni Boston, ni New York…

Heureusement, nous avions accès à nos autos pour espérer garder un tant soit peu de chaleur. Mais je dois avouer que la partie réchauffement a été légèrement escamotée.

Sur la ligne, nous étions quatre: ma soeur Élise, son amie Mimi, mon ami Sylvain qui faisait sa plus longue sortie depuis son marathon, et votre humble maigrichon-chiâleux. Le plan était que j’accompagne les deux filles pour la course et que Sylvain s’amuse en nous jasant car il n’avait pas envie d’y aller à fond.

Comme tout bon plan, il dû être rajusté dès la première montée, une véritable face de cochon de 600-700 mètres de longueur, le genre de côte qu’on ne voit habituellement pas en course sur route. Suivant son plan de marcher les côtes les plus difficiles, Élise s’est mise à la tâche. C’est qu’elle a un bon pas, la frangine… Et Mimi a décroché. Nous l’avons attendue, mais dès la montée suivante, elle a dit à son amie d’y aller, qu’elles n’étaient pas du même calibre ce jour-là. Le côté compétitif semblant une tare familiale, Mimi n’a pas eu à le répéter deux fois… Les deux se sont embrassées, puis nous étions repartis, à trois.

Pour le reste, je dois avouer qu’Élise m’a beaucoup impressionné. Elle a gardé un rythme constant, semblant toujours demeurer « en dedans ». En plus, elle était d’une bonne humeur contagieuse. Petit à petit, nous grugions du terrain, faisant du bunny chasing, car oui, il y avait des lapins de cadence. Ça m’étonnait un peu, vu que le parcours, très accidenté, ne se prêtait guère à l’exercice.

Parlant du 0parcours, plusieurs sections empruntaient certaines routes de campagne que nous avions foulées dans le cadre du Bromont Ultra. Je ne comptais plus les fois où je disais: « Ha oui, on est passés par ici… » pour ensuite ajouter: « Mais on virait par là ! » quand un sentier se présentait à la route.

Ainsi donc, quelques kilomètres après avoir dompté le lapin de 2h15, nous avions celui de 2h10 en point de mire. Je n’ai pas pu réprimer un sourire quand, dans la dernière grosse montée, j’ai entendu ma compagne de route « rugir » pour poursuivre à la course alors que le lapin s’était mis à marcher. De qui tient-on cet esprit compétitif, donc ? De notre père ou de notre mère ?  🙂

C’est seulement dans le dernier kilomètre que je l’ai sentie faiblir un peu, mais jamais je n’ai douté qu’elle tiendrait le coup. À l’arrivée, ce sont des parents pas mal fiers de leur progéniture qui nous ont accueillis après 2h08 de course. Sur un tel parcours, ça équivaut à moins de 2 heures sur le plat, j’en suis certain.

Sylvain dans tout ça ?  Il a eu l’air de s’amuser comme un gamin, allant parfois devant, parfois derrière. Il avait pris de l’avance pour nous réserver un verre de bière (c’était tout de même le demi-marathon des microbrasseries !) autour du 17e kilomètre, mais comme ma partner a refusé l’offre, j’ai fait de même. On était un team !  🙂

Je dois aussi dire que c’était ma plus longue sortie depuis que j’essaie de changer ma technique de course et mes tendons d’Achille me suppliaient d’arrêter, alors la bière ne me disait pas grand chose. Une fois n’est pas coutume, comme on dit !

Et Mimi ?  Elle a terminé avec le sourire, 25 minutes plus tard, se contentant de faire la distance à son rythme.

Mes impressions au final: c’est une future marathonienne que j’ai côtoyé, je n’en doute pas une seconde. En fait, je dirais même qu’elle a plus l’âme d’une ultramarathonienne: très efficace dans les montées, tenace comme dix, je la verrais très bien s’esquinter dans le bois avec son idiot de grand frère. En tout cas, j’ai mon pacer pour le prochain Vermont 100 !  🙂

« Est-ce qu’il y a des côtes aussi pires que ça ? »

Cette question, elle est venue de mon ami Sylvain après la course. Lui, le gars qui avec qui j’ai fait Orford il y a deux ans. Lui, un de mes lecteurs les plus fidèles. Il me demandait si dans le cadre d’un ultra, il y avait des côtes aussi pires que celles qu’on venait de se taper. Si lui se demandait ça, j’osais à peine m’imaginer ce que peut penser le commun des mortels…

Heu… Comment dire ?  Le Demi des microbrasseries, c’est un parcours très difficile… pour une course sur route. Pour une course en sentiers ou un ultra, ce n’est pas de la petite bière,  c’est une insulte à la petite bière ! Car, si effectivement le Bromont Ultra empruntait certains tronçons où ma sœur a fait ses premières enjambées dans le monde des demi-marathons, il nous faisait aussi monter et descendre le mont Brome à six reprises, par trois versants.  Sans oublier le mont Gale, qui ne donne pas sa place lui non plus, à deux occasions. Alors, les côtes qu’on retrouve sur la route, elles étaient plus des mises en appétit qu’autre chose.

Tout ça pour dire que lorsqu’on parle ultramarathons, les gens sont très impressionnés par les distances. Mais, et c’est un peu triste, ils n’ont aucune espèce d’idée du terrain que nous devons affronter. Et pourtant, si ça prend plus de 24 heures pour faire 100 miles, ce n’est pas juste à cause de la distance parcourue.

À Massanutten, il y a une section où ça monte sur 5 kilomètres… sans arrêt !  En tout, ce sont autour de 6000 mètres d’ascension (et bien sûr, tout autant de descente) que ce parcours nous propose. À Bromont, c’est sensiblement la même chose. Alors si vous faites un petit calcul simple, ça revient à passer toute la course dans une pente à 7.5%, soit en montée, soit en descente. Et comme il y a toujours des bouts plus plats…

Imaginez des courses comme l’UTMB, le Hardrock ou le Grand Raid de la Réunion qui présentent dans les 10000 mètres de dénivelés…

Ambassadeur, moi ?

Celle-là, elle m’est un peu tombée dessus par hasard. Suite à l’insistance d’un ami auprès du représentant de la compagnie Skechers, je me suis retrouvé ambassadeur de la marque… sans même l’avoir déjà portée !

Au cours des prochains jours, je recevrai ma première paire, le modèle de route GORun 4. Un essai en boutique a piqué ma curiosité, j’ai bien hâte de les battre à plate couture. Ironiquement, je suis plus « connu » (c’est un bien grand mot) pour ce que je fais en sentiers plutôt que sur la route où je n’ai pas « compétionné pour moi » depuis Boston 2014, alors ça fait un peu bizarre. Mais on m’assure que le nouveau modèle de trail sera disponible au printemps. À voir.

Ceci dit, ce genre de situation me rend un peu mal à l’aise, car je perds par le fait même mon objectivité. Et comme je ne parle pas souvent d’équipement sur ce blogue (je trouve ça tellement, mais tellement ennuyeux de m’éterniser sur les détails techniques; non mais, on s’en câlisse-tu de la foutue drop !), j’aurais l’air de quoi si je me mettais à vanter ces souliers à tour de bras ?

Bref, je vais probablement en glisser un mot de temps en temps et si j’en parle encore dans un an, c’est parce qu’ils font l’affaire. Car ils auront beau ne pas me coûter cher, si je ne les aime pas, je ne les porterai pas. Point.

Nouvelle technique de course

Blessure à répétition à la cheville oblige, j’ai entrepris de changer ma technique de course, car je suis à peu près persuadé que mon attaque-talon est la cause de mes maux.

Mais bon, à 45 ans, désapprendre pour réapprendre à courir, c’est beaucoup, beaucoup de travail. Et le corps se rebelle contre ça. Théoriquement, je devrais diminuer mon volume pour faire une telle transition, mais le problème est que le reste de mon corps a besoin de sa dose d’endorphines pour me permettre de continuer à vivre presque convenablement en société. Je dois donc essayer de ménager la chèvre et le chou. Sans trop de succès.

Je m’attendais à souffrir des mollets et durant les 2-3 premières semaines, c’était effectivement le cas. Big deal. Mais depuis, ce sont les tendons d’Achille qui ont pris la relève et là, aille, aille ! Parfois, ça va bien, mais parfois…

Ajoutez à ça les milliers de trucs qu’on lit un peu partout qui font que courir devient aussi compliqué que frapper une balle de golf. Et puis il y a la vitesse, qui n’est plus au rendez-vous: j’ai facilement perdu une bonne quinzaine de secondes au kilomètre. J’essaie de me dire que ça va revenir une fois la transition complétée, mais être patient, ce n’est pas toujours facile. Surtout quand ça concerne MA course.

Depuis peu, j’essaie d’appliquer un conseil que Joan m’a donné: me concentrer à ne pas faire de bruit. Bizarrement, le pied droit obéit, mais pas le gauche. Ça adonne bien, c’est justement de ce côté que la cheville est récalcitrante…

Bref, à suivre !

Débarrassé !

Voilà, c’est fait: le kyste qui m’a tellement fait ch… cet été est maintenant chose du passé, gracieuseté de l’intervention de François, que j’avais rencontré au Vermont 100. Enfin !!! Comme j’ai tendance à produire de ces machins sans trop savoir comment (c’était le quatrième que je faisais enlever), j’anticipe de retourner sur sa table d’ici quelques années.

Et cette fois, je me promets bien de ne pas attendre qu’une infection vienne me jouer des tours avant de passer sous le bistouri !  Sauf que me connaissant, ce ne sera jamais le bon moment: il va y avoir telle course ici, tel voyage là…

Deux nombres: 3.6 et 410

Inscription en vue du Western States, LE 100 miles original. La demande pour participer à cette épreuve est tellement forte que l’organisation se permet d’exiger que le coureur ait participé à l’une des épreuves qualificatives au cours de la dernière année. Par chance, j’en ai complété deux cette année,  Massanutten et le Vermont 100.

Ça n’a pas empêché 3524 personnes de s’inscrire à la loterie qui déterminera les 270 « chanceux » lors du tirage qui aura lieu samedi. Par souci de justice, le nombre de billets de tirage attribué à chaque participant est lié de manière exponentielle au nombre d’années que celui-ci a « perdu » à ladite loterie. Or, comme j’en suis à ma première année, je n’ai qu’un seul billet de tirage et selon les études statistiques publiées sur le site, j’aurais 3.6% de chance que mon nom soit tiré. Je pense que je ne réserverai pas mes billets d’avion tout de suite…  😉

Nous sommes 12 Québécois inscrits au total, dont mes amis Stephane, Vincent, Joan, Seb et Simon. Sans oublier Fanny, qui vit en Alberta. Ce serait cool de la revoir là-bas !  🙂

Ceci dit, et je ne suis pas le seul à le penser, je trouve l’organisation de cette course un peu beaucoup au-dessus de ses affaires. Tout d’abord, le prix d’entrée est astronomique: 410 $ US. Hé, c’est plus cher que le Marathon de New York !  En plus, et Pat l’a vécu l’an dernier, ils se permettent de charger lesdits frais dès que notre nom est pigé et pas moyen de se faire rembourser en tout ou en partie si on n’est dans l’impossibilité de se présenter. Et par le fait même, pas de liste d’attente pour permettre que des gens qui aimeraient participer puissent prendre la place de ceux qui ne peuvent pas. On encaisse l’argent et si vous n’êtes pas là, hé bien tant pis !

Un peu ordinaire, si vous voulez mon avis…

Des petites vites

Beaucoup de choses à raconter ces derniers temps, mais malheureusement, pas tellement de temps pour le faire. Je dois donc me résoudre aujourd’hui à y aller en mode « petites vites », sinon certaines histoires seront perdues à jamais. Et ce serait tellement dommage… 😉

« C’est le lapin… »

Avant-veille de notre départ pour l’Italie, je suis à mon poste habituel du mardi matin, soit le mont Royal. Tradition oblige, je m’arrête quelques instants sur le belvédère face au chalet, même si ce ce jour-là, la météo n’est vraiment pas propice aux grands spectacles, contrairement à ce qu’elle était quelques jours auparavant. En effet, le ciel est gris, il y a de la brume et même les édifices du centre-ville, pourtant tout près, sont difficiles à distinguer. Alors pour les monts St-Hilaire et St-Bruno, on repassera…

Toujours est-il que pendant que j’admire le non-paysage, je me rends compte que trois dames (à partir de quel âge doit-on abandonner le terme « fille » pour le remplacer par le mot « dame » ?  C’est qu’elles sont tout de même plus jeunes que moi, je dirais…) en tenue de course me jettent des regards furtifs tout en murmurant entre elles.

Bon, qu’est-ce que j’ai, au juste?  Je suis trop vieux pour avoir des substances verdâtres qui me pendent au bout du nez et comme je porte des shorts de course (règle numéro un: il fait plus de 5 degrés, je cours en shorts), pas de risque que ma braguette soit à découvert. Alors, qu’est-ce que c’est ?

J’entreprends de recommencer à courir quand, passant près d’elles, j’entends clairement: « C’est le lapin… Oui, c’est le lapin.. ». Ha ben, du monde qui vient de mon coin de banlieue… Mais suis-je si reconnaissable (tes genoux, du con, il n’y a pas grand monde qui court avec des machins aux genoux !) ?

Au passage, l’une d’elles me demande si j’étais le lapin à la Course des 7. Une petite jasette s’ensuit et j’apprends qu’elle habite à un coin de rue de chez moi. Et pourtant, bien que son visage me semble familier, je ne l’aurais jamais parié. C’est fou à quel point on ne connait pas ses voisins…

Avant de repartir, je lui ai suggéré de jeter un œil à son édition du lendemain du journal local…

L’entrevue

En fait, c’est l’édition de la semaine suivante qu’il aurait fallu qu’elle regarde, mais bon, je ne pouvais pas le savoir.

Car, comme mes amis Face de bouc le savent depuis un bout de temps, on retrouvait ma face en gros plan dans un article du Reflet (dans la version papier, ça faisait presque peur), notre hebdo local. Le sujet ?  Les ultras, bien évidemment.

Pour faire une longue histoire courte, les gens des loisirs de la ville ont parlé de moi aux gens du Reflet et après quelque temps, un journaliste m’a contacté. L’entrevue, qui devait durer une quinzaine de minutes à l’origine, en a duré au moins le double et aurait pu se prolonger encore très longtemps. Pas volubile de nature, je suis difficile à arrêter quand j’entreprends le sujet. J’ai tâché de faire de mon mieux pour être à la fois instructif et précis dans mes réponses. Surtout que, contrairement à ma première expérience dans le domaine, je ne venais pas de tout juste terminer un 160 kilomètres à la course, alors je n’avais pas d’excuse pour dire des idioties !  🙂

Les ultras faisant partie de ma vie depuis quelques années, je m’étonne toujours un peu de voir (ou entendre) des personnes tomber à la renverse quand je parle des distances parcourues. Ben oui, il m’est arrivé de faire plus de 100 miles à pied, je ne suis pas le seul, vous savez…

N’empêche, j’aime toujours quand on me demande quelque chose du genre: « Vous faites ça en combien de jours ? ». Ma réponse, toujours la même: « On part tous en même temps et c’est le premier qui arrive qui gagne. Des fois, oui, on part un matin et on termine le lendemain. ». Ça a toujours un effet bœuf ! 🙂

Monsieur Penven, le journaliste qui a mené l’entrevue, a été hyper-sympathique et très intéressé durant notre entretien. Aussi, il a plutôt bien synthétisé ce que je lui ai raconté afin que ce soit accessible aux gens dits normaux. Il y a bien quelque petites erreurs factuelles dans l’article, mais dans l’ensemble, je suis très satisfait du résultat. Si ça peut aider à promouvoir notre sport et permettre aux épreuves locales de continuer à exister…

Maintenant, c’est rendu que les dames Témoins de Jéhovah qui nous rendent parfois visite le samedi matin m’appellent notre « vedette du Reflet »…

Course à Florence

J’ai déjà raconté mon expérience de course à Rome, je ne peux pas garder sous silence celle que j’ai vécu à Florence, quelques jours plus tard.

Ha, Florence… Moins spectaculaire que Rome, la capitale de la merveilleuse Toscane est d’une beauté inégalée (quoi que Sienne ne donne pas sa place non plus). Autre occasion que je ne pouvais, que je ne devais absolument pas manquer.

6 heures du matin encore une fois donc, je me suis élancé. Après avoir longé l’Arno de par ses deux rives (le traversant entre autres par un Ponte Vecchio entièrement désert), je me suis un peu perdu en cherchant la Piazzale Michelangelo, les indications n’étant pas tellement claires. Quand c’était rendu qu’on annonçait un terrain de camping et un autodrome, j’ai reviré de bord, comme on dit chez nous.

J’ai terminé en sillonnant le labyrinthe des rues pavées formant la ville historique, tâchant de passer à travers chaque place connue, devant chaque église ou monument. Visiter une ville à la course avant qu’elle soit envahie, ha…

Territoires inconnus

Je l’avoue bien candidement, je ne lis pas beaucoup. On dirait que ça prend une occasion spéciale pour que je me donne le « droit » de le faire: les vacances, avant le dodo la veille d’une course, les longs voyages en avion (qui n’arrivent vraiment pas souvent), etc.

Ainsi donc, avant de partir en voyage, je n’avais pas encore terminé la lecture de Territoires inconnus, le livre de Pat, que j’avais amorcée lors du lancement. L’avion n’était pas atterri que j’avais passé au travers.

Comme je ne suis vraiment pas objectif, je ne m’éterniserai pas dans une longue tirade dithyrambique. Je vais plutôt me contenter de dire que Pat s’y livre avec une belle simplicité et authenticité hors du commun. Pas de détours, pas de faux-fuyants. Comme ce qu’il est quand on a la chance de le côtoyer le moindrement.

Pour apprendre à connaitre l’homme et aussi, l’ultramarathonien. Car les deux sont indissociables. À lire absolument.

Bromont Ultra, presque six semaines plus tard

J’avais mis la touche finale à ce billet jeudi dernier et avais prévu le publier vendredi soir ou durant la fin de semaine. Or, ça me semblait tellement futile suite aux événements de Paris que je ne voyais vraiment pas pourquoi je le ferais. Maintenant, je tente, tant bien que mal, de revenir à la « normale ». Amis français, si ce billet peut vous changer un tant soit peu les idées, vous m’en verrez plus que ravi. Mon coeur est avec vous, plus que jamais.

Cheville tendre oblige, je suis passé d’un rôle principal à celui de soutien au dernier Bromont Ultra qui s’est déroulé les 10 et 11 octobre derniers. Je dois avouer que l’expérience m’a ouvert les yeux sur la somme colossale de travail qui est requise pour mener à bien une telle entreprise. J’avais beau le savoir dans mon for intérieur, ce n’est jamais la même chose quand on le vit.

Récit d’une fin de semaine en trois actes.

Acte I : le montage

J’ai reçu un courriel me demandant de participer au montage quelques jours avant la date prévue. Comme je savais déjà que j’allais faire les quarts de travail de 16h à 20h le samedi, puis de minuit à 8h le dimanche au ravito principal, j’ai été un peu surpris de voir qu’on réclamait ma présence pour d’autres tâches. Mais bon, j’avais donné des disponibilités pour le vendredi en après-midi, alors je n’étais pas pour me défiler.

Ce qu’il y a de plaisant dans de telles circonstances, c’est que lorsqu’il n’y a plus de travail à faire, hé bien on s’en va, un point c’est tout. Donc, après avoir marqué le stationnement avec des piquets et des cordes, installé des pancartes, monté et déplacé des tentes, tout ça sous la pluie, mes deux compagnons et moi nous sommes retrouvés à ne rien faire. Il faut dire qu’il y avait beaucoup, beaucoup de monde sur place et la fourmilière était vraiment efficace. Déjà, à seulement sa deuxième année d’existence, l’organisation ne donne pas sa place côté logistique. Donc, après avoir erré un peu sur le chemin menant à l’arrivée, me rappelant la dernière fois où j’y avais posé les pieds 12 mois auparavant, je suis retourné à la maison. Deux grosses journées m’attendaient.

Acte II : le ravito

Cours ou cours pas ?  C’était la question existentielle en ce samedi matin. Comme j’aurais à pacer Fanny sur une trentaine de kilomètres le dimanche matin, la raison me commandait de me tenir tranquille. Mais il faisait si beau…

Peine perdue, je suis allé faire un tour. 10-12 km maximum, mais il fallait que je courre. Mon équilibre mental en dépendait.

Puis, coup d’œil aux résultats préliminaires avant de partir: Seb était passé en tête au 35e kilomètre. Et qui suivaient, 20 minutes derrière ?  Mes amis Louis, Pierre et Martin. J’aurais pu être là. J’aurais être là. Quelle torture !

Ce que j’ai vu sur la route de Bromont ne m’a fait aucunement regretter mon choix de courir. Le soleil était éclatant, les couleurs de l’automne, à leur apogée. Les montagnes m’appelaient, s’il avait fallu que je sois « à jeun »…

À mon arrivée, je me suis rendu au ravito principal où Pat et Joan fixaient au loin, attendant (im)patiemment le premier passage de Seb, au kilomètre 72. Je me suis joint à eux et ai découvert ce qui allait être ma réalité pour les prochaines heures: l’attente. Comme d’autres courses se déroulaient en même temps, c’était difficile de savoir si c’était bien lui qui arrivait quand quelqu’un se présentait tout en haut de la butte qui surplombe le parc équestre.

Puis, il est arrivé. C’était comme l’euphorie dans notre petite troupe. Il est passé en coup de vent et honnêtement, s’il n’avait pas eu à se soumettre à la pesée, pas certain qu’il se serait arrêté. En fait, il est passé tellement vite que François (son équipe de support au grand complet) l’a tout simplement raté.

Recommença ensuite l’attente. Comme mes amis avaient 20 minutes de retard au 35e kilomètre, je m’attendais à au moins 45 minutes de retard ici, sinon une heure. Je piaffais d’impatience, j’avais trop hâte de les voir. Je voulais, je devais savoir s’ils allaient bien. Après un certain temps, n’en pouvant plus, je suis parti en sens inverse à leur rencontre.

Après une éternité, Pierre et Martin se sont présentés au bas du chemin de terre arrivant du lac Gale. Louis les suivait, pas trop loin derrière. J’étais énervé comme un gamin. Comment ça va ?

« Comme après 70 kilomètres » me répondit Pierre qui n’avait pas son sourire habituel. C’est vrai qu’ils étaient dans la partie la plus difficile d’un ultra, soit celle où on commence à accuser le coup sans être rendu à la moitié.

Après leur avoir demandé de quoi ils pensaient avoir besoin, je suis parti à pleine vitesse pour retourner au ravito, question d’essayer de leur préparer le tout. J’avais un sentiment d’urgence, je tenais absolument à me rendre utile. À ce moment-là, j’ai compris pourquoi les bénévoles dans les ultras sont si dévoués : ils attendent des heures avant qu’un coureur daigne se pointer le nez, alors quand il y en a un qui arrive, on veut tout faire pour lui faciliter la vie, comme si on voulait se « racheter » pour le temps qu’on a passé à ne rien faire.

Par la suite, ça a été un peu plus rock’n’roll. Les coureurs se sont mis à arriver plus regroupés et naturellement, les tâches se sont séparées. Julia, la fille de Pat, prenait en note les heures d’arrivée. Pat et Joan s’affairaient aux drop bags et moi, je me suis retrouvé à transporter des chaises, à couper patates et bananes ainsi qu’à diriger les coureurs.

Sauf qu’à un moment donné, avec les équipes de soutien (sans compter l’équipe médicale), on commençait à joyeusement se piler sur les pieds. Pour certains accompagnateurs, ça paraissait qu’ils en étaient à leur première expérience: disons que l’efficacité n’était pas vraiment au rendez-vous. Beaucoup de conversations pas tellement pertinentes se déroulaient, auxquelles s’ajoutaient les coureurs du relais qui venaient piger dans les victuailles réservées aux coureurs des 80 et 160 kilomètres. Bref, c’était le bordel, au point où, à un moment donné, Pat a dû élever la voix et demander à tous ceux qui n’avaient pas d’affaire là de sortir, limitant le nombre de membres d’une équipe de support à une personne. Disons que ça a fait effet.

J’ai aussi été à même de constater une chose: moi qui croyais que j’étais lent aux ravitos, j’ai pu me consoler en observant les autres agir. Et j’en suis venu à la conclusion qu’en règle générale, plus un coureur est lent, plus il prend du temps à un ravito. Certains sont demeurés là une bonne quinzaine de minutes, ce qui est beaucoup trop long. Nous avons même dû en insister pour que quelques-uns finissent par partir, leur rappelant que plus ils tardaient, moins ils auraient le goût de relancer la machine.

Ça n’a pas été le cas de Fanny, celle que j’allais pacer plus tard, et avec qui j’ai fait connaissance alors qu’elle embarquait sur la balance. Après un petit câlin, elle a pris quelques trucs et s’est envolée. Je n’ai malheureusement pas pu la revoir au 80e kilomètre car mon capitaine, sentant que le rush achevait, m’a envoyé au dodo, ajoutant au passage que vu que la nuit serait tranquille, je n’avais pas à me dépêcher pour revenir.

Ainsi donc, après avoir mangé un peu, je me suis retrouvé dans mon sac de couchage que j’avais déroulé dans le RAV4. Étonnamment, j’étais foutrement bien, mis à part le fait que pour la première fois de ma vie, j’aurais vraiment souhaité mesurer 5 pouces de moins. Pas évident de dormir quand on est obligé de toujours garder ses jambes repliées. Mais j’ai tout de même réussi à perdre la carte 2 ou 3 heures.

De retour au ravito vers 2h, c’était le calme plat. Tout le monde était évidemment passé depuis belle lurette et mise à part la progression de Seb en tête de course, il n’y avait pas grand-chose d’autre que le suivi des coureurs à faire. Car, dans la nuit froide, il était important de ne pas les « perdre » et de savoir qui était toujours en course et qui avait dû quitter.

On me raconta d’ailleurs l’anecdote d’un coureur qui avait débuté sa deuxième boucle les yeux dans le vide, en chancelant. Joan avait prédit « qu’il ne ferait pas long » et effectivement, des gens l’ont retrouvé quelques centaines de mètres plus loin, couché dans le sentier. Évanoui ou endormi, on ne le sait pas trop, mais avec la froideur de la nuit, heureusement que quelqu’un était là car c’est l’hypothermie qui l’attendait.

Nous avons donc passé ce qui m’a semblé de longues heures à attendre. Il y a eu le départ du 80 kilomètres à 3h qui nous a un peu changé les idées, départ suivi de près par l’abandon de Vincent (après 4 kilomètres de course !) sur cheville foulée. Aussi, un coureur que nous avions « perdu » s’est présenté. Il s’était égaré, en avait ras le pompon et avait fini par retrouver le camp de base. Il s’est emparé de ses affaires et est parti sans dire un mot ou presque. Le parcours avait eu raison de lui.

Puis, ce furent les spéculations autour de l’arrivée de Seb. Son équipe, maintenant composée de François et de la blonde son pacer (dont j’oublie les noms) attendaient avec nous sous la tente. Après une éternité à voir passer sporadiquement des coureurs qui faisaient le relais, nous avons vu deux lampes frontales se pointer au loin.

C’étaient eux !  Branle-bas de combat, Seb s’en venait !  Après des heures, nous aurions enfin quelque chose d’utile à faire !!! Et que fit Seb en arrivant dans la tente ? « Du Coke !!! ». Il voulait du Coke. Il en a calé 2 ou 3 verres, puis est reparti en trombe pour sa dernière boucle de 8-9 km. Son pacer, qui venait à peine de s’asseoir, a laissé échapper un léger soupir de découragement, ayant l’air de dire : « Déjà ?!? ». Et voilà, après toute cette anticipation, nous avions une autre heure à tuer avant qu’il se passe à nouveau quelque chose.

Je l’ai pour ainsi dire passée à jaser avec son équipe de soutien et aussi, à me préparer pour ma matinée. Car j’anticipais le moment où Fanny allait m’appeler pour que j’aille la rejoindre au kilomètre 124. J’avais vraiment hâte.

Tout comme Joan l’an passé, Seb a eu droit à une haie d’honneur pour son arrivée, après un peu plus de 21 heures passées dans les sentiers. Tous les bénévoles et spectateurs présents se sont massés pour l’accueillir. C’est vraiment cool comme façon d’accueillir le grand gagnant. Son plus proche poursuivant allait arriver presque 5 heures plus tard…

Tout sourire et l’air pas trop fatigué comme c’est son habitude, il donnera quelques entrevues avant d’aller prendre une douche bien méritée. Comme on dit dans le milieu: great job !

Une fois la commotion terminée, j’ai commencé à sérieusement m’inquiéter pour Fanny dont je n’avais aucune nouvelle. Finalement, après avoir multiplié les contacts par radio, Pat a fini par apprendre qu’elle poursuivait son petit bonhomme de chemin, lentement mais sûrement.

Autre inquiétude: alors que Seb avait terminé depuis belle lurette, on nous apprenait que Bruno venait de quitter le ravito Balnéa (kilomètre 143). Or, pas de nouvelles de Martin et Pierre. Je me doutais que Louis en arrachait après l’avoir vu quitter péniblement pour son deuxième tour, mais les deux autres ?  Selon mes calculs et les temps de passage à la mi-parcours, ils auraient dû être passés depuis un bout de temps… J’étais persuadé qu’ils s’étaient perdus, surtout qu’ils n’étaient plus en deuxième place, eux les ultramarathoniens aguerris. Pour moi, ça n’avait pas de sens.

À force d’argumenter, mon raisonnement a fini pas faire son chemin dans la tête de Pat et Guylaine et voilà, j’avais semé un mini-vent de panique dans l’équipe. Fallait les retrouver !

Finalement, mes amis se sont effectivement perdus quelques minutes, mais ils ont surtout poursuivi en mode plus relaxe et quand Bruno les a rattrapés, ils n’ont pas poussé la note pour le suivre. Cette idée de nous inquiéter de même, aussi…  😉

À 6h, je reçus un appel de Fanny qui approchait du ravito « Chez Bob ». Elle prévoyait arriver au kilomètre 124 à 8 heures, je l’ai assurée que je serais là bien avant, au cas où…

Acte III: le pacing

J’étais bien sûr au Lac Bromont avant 8 heures. Le soleil se levait doucement sur une autre belle journée, j’allais faire une trentaine de kilomètres dans des sentiers, que pouvais-je demander de plus à la vie ?

Je me préparais tranquillement en jetant parfois un oeil à la route, d’où arrivaient les coureurs. À chaque fois qu’il y en avait un qui se présentait, j’espérais que ce soit elle, mais non. Un en particulier, Patrice (ben non, pas celui que vous connaissez…) est arrivé en boitant lourdement. La cheville complètement fichue, ce serait son dernier arrêt. Tout de suite, je lui ai offert de s’intaller dans le RAV4, question de ne pas frigorifier en attendant que sa douce moitié vienne le chercher. Je me suis également occupé d’avertir l’organisation de son DNF. Il était tellement reconnaissant que ça en était gênant…

Un autre coureur était là depuis un bout, sa blonde étant arrivée (elle allait le pacer) en même temps que lui. Elle avait pris le temps de se changer, de s’échauffer et de le masser. Quand je dis que ce n’est pas tout le monde qui passe en coup de vent à un ravito…

Fanny est arrivée comme ils partaient. M’attendant à ce qu’elle prenne 4-5 minutes, je terminais d’ajuster mes affaires et j’étais en train d’annoncer à Patrice que malheureusement, je devais l’évincer (j’avoue que ça me fendait le coeur de le faire et par après, je me suis dit que j’aurais pu juste lui demander de verrouiller les portes du RAV4 avant de partir, du con…) quand je l’ai entendue me lancer: « Je repars tout de suite, je ne veux pas manquer le cut-off ! ».

Hein ?  Déjà ?  Wo-ho, elle ne niaise pas avec le puck celle-là !  Je sens que je vais l’aimer…

Je suis donc parti à sa poursuite, un peu tout croche et ma Suunto neuve (que je ne connaissais pour ainsi dire pas du tout) pas encore prête pour l’action.

Pat m’avait dit: « Elle n’est peut-être pas la plus rapide, mais elle est vraiment tough ! ». Je dois avouer qu’il n’avait pas tort, bien au contraire. Pendant près de 6 heures, ce petit bout de femme qui mesure 5 pieds et pèse 100 livres, qui n’avait pas dormi depuis plus de 30 heures, avançait, encore et toujours, sans jamais se plaindre. Toute une force de caractère !

À la voir progresser, il était évident qu’elle avait mal. « Une ampoule » qu’elle me disait. À part ça, rien. Une vraie de vraie. On a jasé de tout et de rien. De course, évidemment, mais de la vie aussi. Quand elle m’a appris qu’elle était végétalienne, ma curiosité était piquée. Pour la première fois, j’allais avoir l’occasion de savoir c’était quoi, la vie d’un végétalien. Elle pensait peut-être que j’entretenais seulement la conversation pour la distraire, mais non, ça m’intéresse vraiment. C’est bien beau lire Scott Jurek, mais ce n’est pas comme échanger ouvertement sur le sujet.

Je dois avouer que j’ai appris bien des choses intéressantes et comme je le pensais, ce qu’elle trouve le plus difficile, c’est la partie « sociale » de ce mode de vie qui est la plus problématique. En effet, quand les parents et amis ne sont pas végétaliens, on fait quoi quand on est invité à souper ?

Quant au « pourquoi », je dois avouer que son argumentaire était solide et je ne pouvais rien lui opposer. À part que merde, c’est bon, de la viande et du fromage…

Nos discussions n’ont pas empêché le parcours de se dresser devant nous tel un véritable mur. À plusieurs reprises, je me suis dit: « Ha oui, cette partie-là… ». Les gens « normaux » et même les coureurs sur route ne peuvent imaginer ce que les ultramarathoniens doivent affronter comme terrain. J’avais envie de rire, quelques heures plus tôt, quand l’ami de Seb s’était étonné de voir que ce dernier avait pris 2 heures pour parcourir une section de 13 kilomètres. Hé oui, même Seb doit marcher par bouts… 🙂

Malheureusement pour Fanny, le chili absorbé au souper avait décidé de littéralement se transformer en courant d’air intestinal. Moi qui suis déjà plutôt actif de ce côté en temps normal, la fréquence de mes backfires était hallucinante. Au point où elle a fini par me lancer: « Je n’ai jamais vu quelqu’un qui pète comme toi ! ». Heu, comme première impression, on a déjà vu mieux, pas vrai ?  😉

Par contre, je m’arrangeais toujours pour être derrière elle quand ça se produisait. En fait, j’ai passé le plus clair du temps derrière, sauf quand le sentier était assez large pour qu’on puisse évoluer côte à côte. Je ne sais toujours pas si c’était la bonne chose à faire, mais je ne voulais pas qu’elle sente de la pression pour avancer et qu’elle risque une blessure à essayer de me suivre si je tentais de lui donner un rythme plus rapide devant.

Petit à petit, des coureurs du 80 km se sont mis à nous rattraper. À les voir aller, je me disais que dans mes meilleurs jours, j’aurais pu finir dans les 3 premiers. Puis, dans la section autour du mont Gale, ce fut au tour de ceux du 25 km. Et dans ce cas-là, pas question d’un top 3, ni même d’un top 10: de véritables fusées sont passées à côté de nous !  Je suis vraiment fait pour les longues distances, il n’y a pas à dire…

Le seul endroit où elle a perdu un peu de temps a été au ravito du Balnéa où elle a pris le temps d’aller aux toilettes. J’en ai profité pour m’empiffrer de wraps au poulet (ben quoi, je suis omnivore, j’ai le droit !) qui étaient écoeurants comme on dit si bien ici. Fanny, tu manques quand même quelque chose…  🙂

Par la suite, même si c’était la troisième fois que je me tapais cette partie de parcours, j’ai commis l’ultime erreur du pacer: encourager faussement ma coureuse en lui disant que la montée du mont Gale achevait. En fait, ça ne finissait tout simplement plus et à la fin, je ne me croyais plus moi-même quand je pensais que le sommet approchait. À me rappeler l’an prochain: le mont Gale ne finit pas, le mont Gale ne finit pas, le mont Gale ne finit pas…

Une fois rendus en haut, ce fut la longue descente et finalement, le chemin nous ramenant au camp de base. J’essayais de courir pour l’inciter à faire de même, mais après plus de 30 heures de course, il y a des limites à ce que le corps puisse accomplir.

En arrivant au centre équestre, tout de suite après la descente, sa famille l’attendait. L’ayant reconnue au loin, ils se sont tous mis à crier et elle m’a avoué: « Je vais me mettre à devenir émotive s’ils n’arrêtent pas ». Je lui ai donné un « câlin de côté », comme pour lui dire qu’elle pouvait se laisser aller un peu, elle en avait bien le droit.

Mais, bien que mon travail de pacer s’arrêtait là (sa cousine allait l’accompagner pour la dernière boucle de 8-9 km), ce n’était pas fini pour elle et elle est retournée en mode « finissons la job ». Pendant qu’elle était aux toilettes, je vérifiais le contenu de son sac d’hydratation et avant même que je m’en rende compte, elle était repartie. Ouais, c’est une vraie de vraie !

Je ne sais pas combien de temps ça lui a pris pour faire ladite boucle, mais ça m’a semblé très long. Heureusement que je la savais accompagnée, parce sinon, je me serais vraiment inquiété. Et comme j’étais retourné chercher mon auto (à la course, c’étaient deux petits kilomètres par la route) entre-temps, j’avais perdu contact avec sa famille, alors j’étais seul pour l’attendre à une centaine de mètre de l’arrivée…

Puis, au loin, je l’ai reconnue. Les membres de sa famille s’étaient rendus à sa rencontre, au moins 500 mètres avant l’arrivée. Je me suis précipité à leur rencontre et c’est en groupe que nous l’avons accompagnée jusqu’au fil, ses parents insistant pour que je termine à côté d’elle. C’est après 33 heures et 5 minutes d’effort, 55 minutes avant la coupure qu’elle franchira la ligne, en 16e position, deuxième femme à réussir le 160 kilomètres du Bromont Ultra.

Ça terminait de belle façon une fin de semaine vraiment pas comme les autres…

Mes impressions au final ?  Être de « l’autre bord » nous permet d’apprécier et de comprendre le travail incroyable que doivent se taper les membres de l’organisation. Ça nous permet également voir les dessous de ce qui se passe durant une telle épreuve. En plus, comme j’ai eu la chance de jouer de double rôle de pacer et de bénévole, je dois avouer que c’est très gratifiant de savoir qu’on a pu aider de quelconque façon des gens à réussir un tel défi. Immanquablement, des liens se créent. Juste la petite conversation que j’ai eue avec Benjamin, qui était sur un nuage après avoir complété son premier 100 miles valait la courte nuit et les heures passées à attendre.

Je compte bien récidiver un jour… mais je préfère courir !  🙂

Rome quasiment à moi tout seul

Le voyage en Italie était prévu depuis belle lurette. Comme ma cheville me jouait et rejouait des vilains tours à répétition, j’avais décidé de faire ma pause annuelle durant ces deux semaines de vacances. Ainsi, je ferais une pierre, deux coups: ça me permettrait de passer plus de temps avec ma douce tout en trimballant moins de bagages. Et vu que je serais en Italie, je me disais que la bonne humeur serait au rendez-vous de toute façon, course pas.

Toutefois, mon ami Didier m’avait glissé que par un beau matin, il avait fait « le footing de sa vie » dans les rues de Rome avant que celles-ci ne soient envahies par les touristes et les Romains qui transforment cette merveilleuse ville en véritable enfer une fois le jour venu.

Avant de partir, j’ai décidé que je ferais deux petites entorses à ma pause: une à Rome, l’autre à Florence. Mais ce ne seraient que des petites sorties faciles, sans chrono ni GPS. Et pas de longues affaires, question de ne pas trainer avec moi ma panoplie de bouteilles, de gels et tout le tralala.

Ainsi donc, dimanche le 25, 6 heures du matin, je sors de l’appartement que nous avons loué dans l’ouest de la ville. Comme le soleil ne se lève qu’autour de 7h30, j’ai ma frontale, mais étonnamment, je vois la lumière du jour qui pointe derrière le dôme de la basilique St-Pierre. Je regarde ma montre, elle indique 7 heures. Hein ?

Ha non, ne me dites pas qu’il et déjà 7 heures… Déjà trop tard, la ville va être bordélique quand je vais y arriver !  Puis j’analyse la situation. Mon iPad ne peut pas s’être trompé de même… Et j’ai une illumination: le retour à l’heure normale se faisant une semaine plus tôt en Europe par rapport à l’Amérique du Nord, j’ai bénéficié d’une heure supplémentaire de sommeil sans même le savoir. Cool !  🙂

Pour une raison que j’ignore, les cartes de la ville de Rome ne présentent à peu près jamais la ville au complet. Ainsi donc, même si notre appartement est situé tout près d’un métro, on ne retrouve le quartier sur aucune carte. Je me fierai donc à St-Pierre (la basilique, pas le saint en tant que tel) pour me guider vers la ville et à partir de là, je me retrouverai bien. J’ai tout de même sur moi une carte ainsi que 7 euros, au cas où.

Je m’élance donc dans les rues désertes, empruntant parfois les trottoirs asphaltés pour éviter les rares véhicules que je croise. Je regarde tout de même où je mets les pieds car pour une raison que j’ignore, les surfaces (particulièrement les trottoirs) sont dans un état lamentable. Quelqu’un peut m’expliquer comment il peut y avoir autant de nids-de-poule sur une surface fréquentée seulement par des piétons et dans un endroit où il n’y a pour ainsi dire jamais d’hiver ?

Premier imprévu: ma course commence en descendant, ce qui fait que je perds St-Pierre de vue. Je progresse donc sur le boulevard en suivant mon sens de l’orientation et me rassure quand je croise une à une les stations de métro qui, je le sais, m’amènent dans la bonne direction.

Deuxième imprévu: j’ai oublié de m’amener une bouteille d’eau. Oups. Je ne cours jamais « allège », comme on dit. Bon ben pas le choix, va falloir que je fasse avec. Au pire, je m’arrêterai pour en acheter une à quelque part.

Mais bon, où ?  C’est qu’il n’y a crissement rien ici et honnêtement, le quartier est foutrement moche. C’est laid, sale et, pour bien dire, pas tellement rassurant pour un maigrichon qui court tout seul. Elle est où, votre si merveilleuse ville ?

Comme je me pose la question, j’aperçois une indication vers le musée du Vatican. Parfait !  J’emprunte cette direction et aboutis à l’entrée. Et que vois-je ?  Des gens qui attendent en file !  Quoi, il est 6h15 – 6h20 et vous attendez pour entrer dans un musée qui ouvre ses portes à 10 heures ? Wow !

Ok, objectif Place St-Pierre. J’entreprends de contourner le Vatican et chemin faisant, je me bidonne en pensant que ça n’arrive vraiment pas souvent qu’on se retrouve à faire le tour d’un pays durant une petite sortie matinale !

Sauf que malgré la présence évidente du mur agissant comme frontière, mon sens de l’orientation me joue des tours et je me retrouve sur un autre boulevard anonyme. Et comme à chaque fois que je me perds, je m’entête à poursuivre. Mais après un certain temps, je dois me rendre à l’évidence: le coin ne me dit rien, il n’y a pas l’ombre du moindre monument/musée/ruine connu(e) dans le coin. Pas de station de métro en vue et pas moyen de retrouver mon boulevard sur la carte. Ouais, ça ne va pas bien mon affaire…

J’entre dans un commerce de fleurs (ne me demandez pas pour quelle raison il est ouvert, je n’en ai aucune idée) pour faire ce que je ne fais jamais: demander mon chemin. Moi qui ne parle pas un traitre mot d’Italien…

À force de gesticuler en lui montrant ma carte, le gars finit par (sembler) me comprendre et me dit le nom du boulevard sur lequel on se trouve. Non mais, est-ce que je m’en fous du nom du boulevard ?  Je suis capable de le lire aux intersections, tu sais. Si tu te perds à Montréal, Chose, et je te dis que tu es sur Amherst, est-ce que tu vas être plus avancé ? Je veux savoir je suis, pas comment ça s’appelle !

D’autres simagrées sont nécessaires pour que finalement, il s’empare de ma carte en me montre où devrait se trouver ledit boulevard, quelque part au sud du Vatican. Car, comme je le disais, la carte n’est pas complète et je me suis tellement gourré que j’en suis « sorti ».

Je le remercie et retourne sur mes pas. Finalement, j’avais tourné une centaine de mètres avant de me retrouver sur la Place St-Pierre. Et quand j’y arrive, le spectacle qui s’offre à moi est à couper le souffle. L’immense place est vide. Des milliers et de milliers de chaises sont alignées, en plusieurs sections. Dans quelques heures, elles seront toutes occupées pour la grande messe qui sera célébrée par François lui-même. Mais pour le moment, c’est le silence qui règne. Je pivote sur moi-même, me laissant imprégner par la beauté de l’endroit. Puis je m’éloigne en direction du Tibre, le sourire aux lèvres (sourire qui s’amplifie à la vue d’un « vrai » zouave), incapable m’empêcher de me retourner à plusieurs reprises chemin faisant.

Arrivé au fleuve, je trouve un endroit pour descendre à la piste cyclable qui le longe. Je compte bien faire un petit bout là-dessus pour me rendre à ma prochaine destination, le Circus Maximus.

J’aime beaucoup courir sur le bord de l’eau, je trouve que ça a un côté apaisant. Mais le Tibre, c’est, comment dirais-je ? Brun. Son eau est sale et disons que ses abords ne sont pas en reste: des détritus qui trainent partout, des graffiti sur les murs… Heureusement, la piste cyclable y est fort praticable et dans un assez bon état. Je m’y engage donc, m’émerveillant à chaque enjambée que je suis vraiment en train de courir en plein cœur de Rome. Comme d’autres, d’ailleurs, car quelques coureurs font comme moi et à voir leur allure, la plupart d’entre eux font également partie de la gente touristique.

Arrivé au niveau de l’île Tibérine, un véritable petit bijou, je quitte la piste pour me diriger vers le cirque que Barbara et moi avons traversé la veille, tout comme des milliers d’autres personnes. Aujourd’hui, je dois partager ce vaste terrain de jeu avec un chien qui s’en donne à cœur joie en enfilant les sprints sur le « terre-plein » central. Tout autour de nous, le néant. Ça ne m’empêche pas de ressentir l’intensité qui pouvait régner ici-même, il y a des siècles de ça et à ce moment précis, je souhaite que Rome puisse réussir son pari d’accueillir  les Jeux olympiques de 2024. Ce site serait incroyable pour y tenir certaines épreuves comme le saut en longueur ou le lancer du poids. Pas toutes les épreuves d’athlétisme, mais quelques-unes triées sur le volet, comme à Athènes en 2004 ?  Pourquoi pas ?

M’extirpant de mes rêveries, je me dirige vers l’ultime étape: le Colisée. Ha, le Colisée… Je ne sais pas pourquoi, mais il m’a toujours fasciné. C’est la première chose que nous sommes allés voir en arrivant ici, je devais y retourner, ne serait-ce que pour dire que j’avais couru tout autour.

Ce que j’ai évidemment fait, non sans avoir également pris le temps de m’arrêter pour y toucher. Puis, coup d’œil à ma montre: 7h30. Certains groupes de touristes avaient commencé leurs visites.

La petite sortie matinale était déjà terminée. Didier avait raison courir au petit matin dans une grande ville qui dort toujours, c’est magique…

Le silence

4 degrés, un petit vent. Il faisait toujours nuit. En me dirigeant vers la montagne, je me disais que ce serait peut-être ma dernière sortie matinale dans ces sentiers. En effet, le voyage approche à grands pas et à notre retour, l’automne, le vrai, pourrait être bien installé. Et puis, je dois l’avouer, courir à la noirceur sur le Mont Royal, ce n’est pas ce qu’il y a de plus rassurant. Même à 4 degrés.

Étant toujours en « apprentissage » d’une nouvelle technique de course (je soupçonne ma bonne vieille attaque talon d’être la grande responsable de mes problèmes répétés à la cheville, alors…), je n’étais pas en mode « tempo », bien au contraire. Comme à chaque fois que je cours depuis le Marathon de Montréal, je me concentrais sur une seule chose : atterrir sur la plante du pied, tout en tâchant d’ignorer les gémissements répétitifs de mes mollets me demandant grâce à chaque enjambée. Plus facile à dire qu’à faire, après des années à courir de la même façon.

Toujours est-il qu’après avoir atteint le sommet et en avoir fait deux fois la boucle par le chemin Olmsted, j’ai fait ce que je fais toujours : je suis allé voir la ville qui s’éveillait.

À toutes les fois que je vais sur le belvédère en face du grand chalet, il y règne une espèce d’effervescence. Les gens trouvent ça beau, prennent des photos de groupe, des selfies, parlent de tel édifice ou de telle montagne au loin, etc.

Ce matin, rien de tout ça. C’était le silence complet. Les 12-15 personnes qui étaient sur place semblaient garder une forme de respect envers le magnifique spectacle qui s’offrait à nous. Les rayons du soleil levant éclairaient la ville et les feuillages colorés de l’automne avec un angle parfait. Nous demeurions immobiles, subjugués.

Certains arrivaient, d’autres partaient, mais tous semblaient être sous l’emprise d’une force invisible les obligeant à demeurer muets et simplement admirer.

Je suis reparti en remerciant (encore une fois) le ciel d’être devenu dépendant aux endorphines. Dire qu’à l’instant même, j’aurais pu être entassé dans un quelconque train de banlieue ou pire, coincé dans la circulation…

Le porteur de bière

Rue du parc Lafontaine, déjà plus de 20 kilomètres de parcourus. L’ambiance est bonne, la température parfaite. Les demi-marathoniens y vont d’un dernier effort, Sylvain et moi courons côte à côte, à un rythme qui me semble idéal pour le reste de la course.

« Ma bandelette est en train de jammer, va peut-être falloir que j’arrête… »

Hein ?  De quessé ?  Ça allait bien, non ?  Je me dis que ça va passer. Si ça ne passe pas et qu’il doit abandonner, je fais quoi ?  Je continue ?  À quelle vitesse ?  Heu, je suis un ti peu fourré, moi là… Ça va passer, ça va passer.

La foule est dense et bruyante sur Rachel à l’approche de l’entrée du parc. Ce genre de cris me donne toujours une dose d’adrénaline et cette fois ne fait pas exception. Puis, nous prenons la gauche sur De la Roche direction nord et c’est maintenant le désert. Plus personne, plus rien.

« Il faut que j’arrête. »

Ainsi, tout juste avant la marque du demi-marathon, Sylvain s’immobilise, s’assoit sur le trottoir et commence à se masser la cuisse, au niveau de la bandelette. Et là, je me sens vraiment, mais vraiment inutile. On fait quoi pour encourager un gars qui est blessé ?  Au lieu de dire des niaiseries ou des banalités, je choisis le silence.

La gang de la Maison de la course passe. Patrick s’inquiète de voir Sylvain ainsi, ce dernier le rassure : après le massage, il devrait être bon pour repartir. Ce qu’il fera, 3-4 minutes plus tard, nous amenant à la pancarte du demi-marathon en 2 heures. Pourra-t-on faire 4 heures ?  Rien n’est moins certain. Quand un malaise comme ça se présente en course, c’est rarement pour s’en aller par après.

Sur papier, la deuxième partie du marathon est vraiment poche. Constituée de trois allers-retours formant une croix (dans le genre chemin de croix…), elle risque d’être difficile sur le moral des participants. Et quand nous empruntons St-Joseph vers l’ouest, ça me frappe de plein fouet: je vois des participants qui reviennent, d’autres qui partent vers le nord. Tout le monde a l’air de faire de la distance pour faire de la distance, un véritable calvaire (pour demeurer dans le thème). Ajoutez à ça une partie du boulevard qui est en construction, puis un petit détour cucul où le seul spectateur présent nous applaudit à partir de son balcon au deuxième étage… C’est la grande joie, il n’y a pas à dire. Et Sylvain qui ne va pas mieux…

Peu après avoir quitté St-Joseph pour prendre la direction du nord, tout juste avant le 25e kilomètre, nous arrivons aux abords du parc Laurier. Qui est là ?  Maggie, bien sûr !  Sa sœur Caroline, avec qui nous avions fait un long bout à Ottawa l’an passé est maintenant avec elle, accompagnée de son fils. Sylvain en profite pour prendre une pause et les mettre au courant de ses malheurs. Tant qu’à faire, j’applique du Voltaren sur ma cheville, pour voir si ça lui fait un effet ou pas. Un autre test.

Pendant que je badigeonne mon articulation, j’entends mon protégé parler que ça va lui prendre de la bière pour terminer et que ce sera ma prochaine mission quand on sera rendus au 27e kilomètre.

Je crois bien sûr qu’il blague. Je lui ai glissé en début de course que j’avais eu un grand regret quand j’avais accompagné Maggie: ne pas avoir trainé un bon vieux 2$ sur moi qui m’aurait permis de lui acheter un Mr Freeze quand elle aurait tant aimé pouvoir en manger un. J’ai donc pris un 5$ avant de partir, au cas où.

Quand nous reprenons la route, il persiste: je vais vraiment avoir à arrêter dans un dépanneur pour acheter de la bière. Nah, il me niaise, c’est certain… Jouant le jeu, je lui dis qu’il va devoir choisir sa sorte et que je n’arrêterai certainement pas pour de la Laurentides ou de la O’Keefe (est-ce que ça existe encore, ces « bières »-là ?). Il acquiesce et après quelques échanges, arrête son choix sur de la bière plus douce, genre Stella Artois ou Heineken. Merde, c’est qu’il a vraiment l’air sérieux…

Cette petite discussion semble le distraire un peu, mais ne l’empêche pas d’être obligé de prendre une autre pause, au point d’eau situé 1.5 km plus loin. Me sentant toujours aussi inutile, je demande aux bénévoles s’il n’y aurait pas de l’aide médicale. Peut-être qu’un physio pourrait donner un coup de main, non ?

En voulant bien faire, je déclenche un mini-mouvement de panique. Le bénévole à qui je m’adresse se met dans tous ses états et se lance dans un chiâlage en règle contre le personnel médical « qui n’est jamais là quand il y a une urgence » pour ensuite courir à leur recherche comme si c’était une question de vie ou de mort. Heu, il n’est pas tombé raide par terre, il a juste mal à la cuisse !

D’autres bénévoles inquiets s’approchent alors du « patient » qui tente de les rassurer. Puis arrivent les filles de l’équipe médicale, qui, heureusement, sont plus calmes et comprennent bien la situation quand on la leur explique. La journée semble tranquille, elles en profitent pour jaser un peu. C’est nous qui leur apprenons que seuls les marathoniens passent par là. Quand même un peu surprenant.

Pendant ce temps, je garde un œil sur un dépanneur tout près. Était-il vraiment sérieux ? Le 27e kilomètre est juste là…

Autre reprise de la course, ça va mieux, on dirait. Le paysage sur Christophe-Colomb n’est pas si mal, nous reprenons les coureurs qui nous ont dépassés pendant le dernier arrêt et il semble avoir oublié son idée saugrenue, puis repaf, ça jamme encore.

Ha, si j’étais physio ou quelque chose du genre, je servirais à quelque chose. Au lieu de ça, mon ami doit s’astreindre à faire la cigogne ou une version verticale de la danse du bacon, je ne sais pas trop, pour tenter d’étirer le muscle récalcitrant.  Le lapin de 4 heures se pointe, nous lançant des encouragements au passage. Il n’est pas épuisé, il est blessé !

Peu après avoir recommencé à avancer, nous parvenons à Jarry pour ensuite emprunter de la Roche direction sud, question de revenir vers le Plateau. À la vue d’un dépanneur, je reçois l’ordre officiel: ma mission est d’y entrer et d’en ressortir avec deux petites canettes de bière. Il était vraiment sérieux.

Je m’exécute donc. Entrer dans un dépanneur pendant un marathon, avec le dossard et tout le kit, faut quand même le faire !

Celui que j’ai « choisi » est une insulte pour tous les trous que j’ai pu rencontrer dans ma vie. Sale, les tablettes à moitié vides sur lesquelles la marchandise semble crouler sous la poussière, déprimant au possible. Mais tout au fond, un réfrigérateur à bière. Je m’y dirige au pas de course. Je cherche, cherche, cherche. Mes yeux ne voient seulement que des grosses bouteilles (genre pour alcoolos) et des grosses canettes. Rien en petit format, mis à part les six-packs et autres caisses de 12 et 24. Je ne suis tout de même pas pour acheter un six-pack ! De toute façon, je n’ai que 5$.

Je ressors donc les mains vides à la même vitesse à laquelle je suis entré, sous le regard en point d’interrogation du proprio de l’endroit, et retrouve le parcours. Installé sous la pancarte du 30e kilomètre, mon alcoolique anonyme est encore pris à se masser.

« Il y a juste des grosses ! » que je crie en arrivant, comme si je venais de sortir du Café Cléopâtre. « On va se rapprocher du Plateau, il va ben y avoir des petites plus loin… » que je reçois comme réponse. Puis, il y a ajustement dans les instructions: la prochaine fois, je ressors avec ce qu’il y a, grosse ou petite. C’est qu’il n’en démord pas…

Donc, un kilomètre plus loin, autre dépanneur, autre entrée en catastrophe en risquant de tout casser. Au moins, l’endroit est un peu mieux… Mais toujours la même variété au niveau des formats. J’arrête donc mon choix sur une grosse Heineken. En fait, c’est une très grosse: elle me semble pas mal plus imposante que celles de 500 mL qu’on voit souvent. Une 710 ou 750 mL, peut-être ?

Enfin, assez perdu de temps. Je cours vers la sortie et garroche au passage mon billet de 5$ sur le comptoir sans attendre le change. La commis, toute surprise, me dit « Ho… Thank you ! » en souriant.

Cette fois-ci, Sylvain ne s’est pas arrêté et je ne le vois même plus. Je me mets donc en frais de le rattraper. Vous vous imaginez ce qui peut passer par la tête des pauvres coureurs qui me voient les dépasser à pleine vitesse une grosse canette de bière à la main ?  Non mais, il s’en  va où, ce con-là ?  Et comme pour en ajouter, je ne peux m’empêcher de rire tout en courant. Qui a dit que la course, c’était « plate » ?

Chemin faisant, un léger détail me vient à l’idée: il est interdit de boire de l’alcool sur la place publique.  Je peux toujours faire le fanfaron et courir avec ça tant qu’elle n’est pas ouverte, mais si on en boit… Il y a quand même pas mal de policiers, ce serait vraiment con de se faire coller une contravention.

Finalement arrivé à sa hauteur, je tends mon butin à mon « chef ». Il me laisse les honneurs. Et je me fais avoir: en l’ouvrant, je suis aspergé. Ben oui, beau nono, à courir de même…

J’avoue que ça fait très bizarre de boire de la bière en courant. Pas certain d’aimer ça, mais on a beaucoup de plaisir à le faire. Nous n’oublions évidemment pas notre vieux chum Chris au passage, qui aurait certainement approuvé.

En nous voyant arriver, Maggie est découragée: « Ha non, vous l’avez vraiment fait ! ». Heu oui. Pas le choix, les ordres sont les ordres. Mais bon, c’était un peu pour dire qu’on l’avait fait. Après quelques photos, on lui donne ce qu’il reste, puis on repart. Plus que 10 kilomètres. « Il reste juste 45 minutes !» que j’annonce, sachant que c’est le temps que prend habituellement Sylvain pour couvrir cette distance. Évidemment, il sait que je ne suis pas sérieux. En fait, je m’attends à ce que ça prenne 1 heure.

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Chris aurait certainement approuvé !

Avant de décoller, je confirme que je serai à Bromont. Pas question de jouer à la moumoune avec un petit malaise comme celui-là. Maggie s’étonne : « Tu vas vraiment faire 160 kilomètres en étant blessé ?!? ». Ben… tant qu’à être blessé de toute façon, aussi bien l’être en partant, non ?

À peine 100 mètres plus loin, autre arrêt-massage. Tant et si bien que Maggie et Caroline nous rejoignent et j’en profite pour prendre une dernière gorgée. Hé, il n’en reste presque plus !  « C’est parce que je n’ai pas le droit de boire de l’alcool en public, ça fait que je veux m’en débarrasser au plus vite ! ». La belle excuse…

Au passage sous la bannière de départ du 10 km, je vérifie le chrono : 3h16. Sylvain est maintenant en souffrance permanente et a de la difficulté à avancer. C’est certain qu’on ne fera pas sous les 4 heures. Il décide sur le champ de ne plus arrêter car c’est pire par après: ça le fait figer.

De retour sur St-Joseph, pour un looooong aller-retour, le dernier. Nous croisons des coureurs qui vont à toute vitesse en sens inverse, pompés par l’odeur de l’arrivée qui approche… pour eux !  Après un certain temps, je remarque un groupe portant des t-shirts rouges faciles à reconnaitre : ce sont des Étudiants dans la course. Nous en en avons vu quelques-uns depuis le départ et à chaque fois, je vérifiais si Pierre était parmi eux.  Négatif. Mais cette fois-ci…

Hé oui, c’est bien lui !  Je ne fais ni une, ni deux et traverse le terre-plein pour aller à sa rencontre. « Hey, Partner !!! ». La surprise suivie d’un large sourire marquent son visage si expressif. « Comment ça va ? ». Je lui explique un peu les problèmes de mon protégé (les siens semblent très bien aller), puis on se donne rendez-vous à l’arrivée.

De retour à mon « mouton » qui poursuit son chemin de croix juste à la force du mental. Un entraineur de la Maison de la course le reconnait et fait un bout avec nous. Malheureusement, ça ne lui donne pas les ailes escomptées. Puis, comme nous n’avançons pas trop vite, je décide de me donner le luxe d’arrêter aux toilettes au point d’eau du 35e kilomètre.

En sortant, surprise : Sylvain est très loin devant. J’enclenche la vitesse supérieure pour le rattraper. Vraiment, mais vraiment pas facile quand ça fait des heures qu’on garde un rythme plus lent. Il me semble que ça allait mieux avec une bière à la main… Je finis par le rejoindre, au prix de longs efforts. Comme quoi avancer, toujours avancer, c’est ça qui est payant. Je vais m’en rappeler lors de mon prochain ultra. Keep moving forward.

Juste avant Pie IX, nous devons nous taper une (autre) petite boucle merdique pour revenir sur St-Joseph. Le nouveau parcours, bien que moins emmerdant que l’ancien, offre lui aussi son lot de passages difficiles pour le moral. Je plains honnêtement mon ami de souffrir ici.

Puis, comme pour faire écho à mes pensées, ma cheville fait un beau « Couick ! ». La douleur me déséquilibre pour 2-3 enjambées, un peu comme le ferait une crampe. Ouch ! Maintenant, je la sens à chaque enjambée. Ho, elle n’est pas drôle, celle-là !  C’est endurable, mais limite, comme on dit.

Ok, pas vraiment le moment de me plaindre, je ne suis pas ici pour ça, mais bien pour soutenir mon poulain. Sur Pie IX, j’essaie de le distraire en lui offrant de la bouffe (je fais des tests de ce côté en vue de Bromont, quoi que finalement…), mais il la refuse. Puis, l’air dans mes intestins tenant à tout prix à sortir, je ne peux faire autrement que le laisser aller, et… Deux dames à côté sourient quand je dis « C’est lui ! », mais bon, les blagues pipi-caca, ça a ses limites…

5 kilomètres à faire. Sylvain me demande si j’ai déjà vécu des douleurs à ce point d’un marathon (ho que oui !) et comment j’ai fait pour passer au travers. Bon, je ne peux pas savoir à quel point il souffre, mais je lui raconte mes pires : Montréal 2008 et 2011 (la fois où j’ai cru que j’allais mourir; sur Pie IX, justement), Boston 2013. Mais il m’est aussi arrivé de terminer « juste fatigué », lors de mes deux meilleures courses, entre autres. Bref, je lui dis que quand ça fait mal, on serre les dents et on endure en priant pour ça finisse au plus sacrant !

Au kilomètre 38, je lui suggère un exercice pour se donner de petits objectifs : dédier chacun des kilomètres restants à quelqu’un de cher. Ma proposition : un pour Maggie, un pour chacun de leurs 2 enfants et le dernier pour notre ami Chris qui nous regarde, là-haut. Tentative de faire passer son cerveau en mode « émotif », question de lui faire oublier le mal. J’avoue que les résultats seront assez mitigés. J’aurai essayé.

Tiens, notre tata à moto qui nous redépasse. Il ne klaxonne plus, vu qu’il a de la place en masse pour passer. Mais il roule vite pas à peu près. Il va facilement à 50-60, peut-être même plus. Est-ce qu’il sait qu’il est aux commandes d’un engin lourd et puissant au travers de coureurs qui sont sur la fin d’un marathon et qui pourraient se mettre à tituber ou changer de direction à tout moment ?  Si au moins c’était un jeune adulte, je dirais que c’est un problème de lobe frontal sous-développé, mais non, c’est un bonhomme dans la cinquantaine/soixantaine. Une seule conclusion s’impose alors : c’est un maudit sans-dessein et il n’a pas d’affaire dans un tel événement. Problème de cerveau au complet sous-développé, peut-être ?

Ok, j’avoue que ma mauvaise humeur est aussi causée par l’état de ma cheville. Depuis qu’elle a craqué, chaque foulée est douloureuse. Ça court toujours, je ne songe pas une seconde à arrêter. Mais serai-je capable de tenir le coup sur 160 kilomètres à Bromont ? Bah, en y allant lentement…

Puis, j’ai un flash : Washington. Dans les 15 derniers miles, j’y ai couru à pleine vitesse, en serrant les dents. C’était dur, mais je tenais le coup, reprenant au passage plusieurs coureurs. Serais-je capable de faire ça, ici et maintenant ?  La réponse est évidente : non. Pourtant, j’ai « seulement » 39 kilomètres relativement faciles de parcourus alors que là-bas, j’en avais plus de 60. Même après 75 kilomètres, je tenais encore le coup, alors…

Nous recroisons l’entraineur de la Maison de la course. Je profite du fait que Sylvain soit momentanément accompagné pour me lancer à pleine vitesse dans une descente. Un dernier test, pour voir… Je dois me rendre à l’évidence : je ne serai jamais en mesure de faire un 100 miles dans trois semaines. Merde.

St-Joseph, tel que prévu, dure une éternité. Ce parcours est vraiment, mais vraiment à ch… Puis, au 41e kilomètre, rue Brébeuf. Enfin !!!  Tout au bout, le parc Lafontaine et son arrivée.

Et qui retrouve-t-on sur Brébeuf ?  La petite troupe à Maggie ! Sylvain veut s’arrêter pour les saluer, je le pousse à poursuivre. Il ne faut pas que sa jambe fige si près du but…

À 500 mètres de l’arrivée, je le serre par les épaules. Tu l’as, mon ami, tu l’as : tu es un marathonien. Ça, personne ne pourra jamais te l’enlever. Je pointe les index en direction du ciel, regarde Chris qui est certainement en train de prendre une (autre) bière à notre santé là-haut, son sourire si caractéristique lui fendant le visage. Salut mon ami !

En bon pacer, je laisse la place à mon protégé. Il ne veut rien savoir et insiste pour qu’on termine ensemble. Nous le ferons donc, en 4:18:39.

Un nouveau membre vient d’entrer dans la confrérie. Bienvenue, mon chum ! 🙂