Une année en dents de scie

Les rétrospectives, c’est une tradition à ce temps-ci de l’année. Je l’ai fait l’an passé, alors pourquoi ne pas remettre ça cette année ?  Pour moi, l’année 2013 a été synonyme de hauts de de bas, mais à la fin, une chose demeure: la course à pied est une véritable passion que je désire continuer à partager avec vous, fidèles lecteurs.

Voici donc l’année résumée en quelques thèmes.

La consécration. Hopkinton, le 15 avril, 9h55. J’étais dans mon couloir, attendant le départ du Marathon de Boston. Le plus ancien et le plus prestigieux marathon de la planète. Après des années de travail acharné, j’y étais enfin. À ce moment, j’ai éprouvé un très grand sentiment de fierté, probablement ce qu’un athlète de haut niveau peut vivre quand il se retrouve à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques. C’était à la fois simple et magique, je vais m’en rappeler le restant de mes jours.

Mauvaise évaluation. J’ai carrément sous-estimé la difficulté du parcours. Je me disais que je suis un ultrarunner, que les côtes de moumounes comme sur le parcours nous amenant à Boston, ça ne pouvait jamais être si difficile que ça… J’en ai payé le prix. Dans les dernières encablures de la Heartbreak Hill, j’ai crampé. Les 8 derniers kilomètres ont été infernaux.

L’horreur. J’étais arrivé depuis un bon bout de temps. Nous avions quitté les lieux et étions probablement en train de débarquer du métro quand les bombes placées près de l’arrivée ont explosé. Mais l’horreur des événements nous a tous touchés. À l’hôtel, les gens étaient en état de choc, personne ne parlait plus de rien d’autre. La question sur toutes les lèvres: pourquoi ?

La résilience. Celle des coureurs qui retourneront car ils refusent de se laisser intimider. Je fais partie de ceux-là. Celle de la merveilleuse ville de Boston qui a décidé elle aussi de se tenir debout devant l’adversité et de faire un pied-de-nez à ceux qui voudraient lui faire peur. Je ne suis pas un amateur de hockey, mais ce qui s’est passé deux jours plus tard avant le match des Bruins m’a donné les frissons.

La vague. Celle d’amour qui a déferlé de partout. Nos amis, notre parenté, nos collègues. Des personnes avec qui nous n’avions pas eu de contact depuis des années se sont inquiétées pour nous et nous ont demandé, nous ont ordonné même de leur confirmer que nous allions bien. Rien ne m’a jamais fait autant chaud au cœur. Merci à tous, encore une fois !

La bouette. St-Donat, le 29 juin. Le printemps avait été pluvieux, il venait de tomber une trentaine de millimètres de pluie. Devant nous, 58 kilomètres de sentiers. Un parcours déjà considéré comme difficile à la base avait été transformé en véritable soue à cochons. De l’eau jusqu’aux épaules dans la rivière, une traversée interminable du « Vietnam », des descentes impossibles à négocier. À maintes reprises, je me suis promis que « plus jamais ». Et pourtant, j’ai eu du plaisir et serai fort probablement de retour. Faut croire que je suis maso. Ce vidéo de Michel Caron qui a terminé une vingtaine de minutes avant moi est une véritable pièce d’anthologie.

LA blessure. Elle s’est manifestée au lendemain de la tragédie à Lac-Mégantic (question de me donner un peu de perspective). Une semaine plus tard, j’étais sur la liste des blessés. Ça a duré des semaines. Des semaines d’enfer au cours desquelles j’ai dû annuler ma participation à deux courses que je voulais vraiment faire cette année: le 65k du XC Harricana et le Vermont 50.

L’ostéo. Son prénom: Marie-Ève. Sa discipline: l’ostéopathie. Je ne connaissais pas ça, mais on m’avait fait plusieurs suggestions en ce sens, alors je me suis dit que j’essaierais. Elle a sauvé ma fin de saison, un point c’est tout. Sans elle, je ne serais pas allé à New York. Chaque sou que j’ai investi dans ses traitements a été un sou bien investi. Elle me chargerait le double du prix que j’y retournerais sans hésiter.

Lake Placid. Coup de cœur ou coup de foudre ?  Le beau temps a certainement aidé, mais nous sommes tombés sous le charme de cette petite ville du nord de l’état de New York. Là-bas, le sport et le plein-air sont rois. Des montagnes, des sentiers de randonnée, des routes dans un état impeccable… Nous nous promettons évidemment d’y retourner prochainement. Très prochainement.

Le plus bel entrainement. XC Harricana, le 7 septembre. Mon genou m’ayant empêché de m’entrainer convenablement, j’ai troqué le 65k pour le 28k avec dans l’idée de le faire comme un entrainement. Un vrai entrainement là, pas le moment de me tuer à l’ouvrage. Ça a été ma sortie la plus plaisante depuis le Vermont 50 2012. J’ai eu un plaisir inégalé dans la montée du mont Grand-Fonds, les sentiers de quads, la montée de la montagne Noire et tout le reste. Une course à l’organisation impeccable, des sentiers très bien marqués, une super belle expérience avec à la clé, une 15e place complètement inattendue. À répéter un jour, c’est certain.

La bonne décision. À la fin septembre, lors d’un entrainement, ma tendinite au genou est revenue. Je me suis tout de suite arrêté et dans la journée, ai contacté mon ostéo qui a réussi à me traiter dès le lendemain. Quatre jours plus tard, je reprenais l’entrainement. Nous coureurs avons l’habitude d’ignorer les signes que nous envoie notre corps jusqu’à ce que ça devienne insupportable. Ce jour-là, j’ai pris une bonne décision et ça a payé. Je devrais faire ça plus souvent…

Le plaisir entre amis. Mont Orford, le 19 octobre. Des conditions parfaites, une course que je faisais avec des amis dans un endroit superbe. Et beaucoup, beaucoup de plaisir. J’adore accompagner des amis dans une course, même si parfois je me sens un peu inutile. Pour 2014, j’ai déjà deux « accompagnements » de prévus. Et j’ai hâte.

La Grosse Pomme. New York. Ça faisait des années que j’y rêvais. Pas pour les mêmes raisons que Boston où il faut se qualifier. Ha, on peut aussi se qualifier pour New York, mais les standards sont vraiment trop stricts pour moi. J’ai donc dû passer par la loterie et attendre 3 ans avant de pouvoir faire partie du contingent de coureurs qui s’élanceraient du Verrezano-Narrows Bridge en direction de Central Park.

Des spectateurs par centaines de milliers tout au long du parcours, une organisation extraordinaire à la hauteur de cette ville qui n’a pas d’égale à travers le monde. Une expérience unique que je recommande fortement à tout le monde qui en a la chance.

À la fin, un deuxième meilleur temps à vie sur un parcours difficile et la tête remplie de souvenirs.

Pour 2014. Beaucoup de belles courses en vue. Un premier 100 km, peut-être un premier 100 milles. Va définitivement falloir que les genoux et le sciatique se tiennent à carreau !  🙂

Sur ce, un très joyeux Noël à tous ! 🙂

Conclusion dans la Grosse Pomme

Le Marathon de New York est tellement un événement hors normes qu’il “mériterait” peut-être même un récit seulement pour l’après-course. Mais bon, à un moment donné, les récits, faudrait pas abuser…

Je vais donc résumer en disant qu’une fois la ligne d’arrivée franchie, on est loin d’avoir fini. Après avoir reçu la médaille, pris la pose traditionnelle (beau bonhomme, hein ;-)), ramassé le petit lunch offert,  puis m’être protégé du froid avec la couverture d’aluminium (comme à Boston, il y avait une bénévole dont l’unique tâche consistait à coller un bout de scotch tape sur la couverture pour l’aider à tenir), j’ai suivi le flot des coureurs qui marchaient vers le nord du parc. Nous avons marché, marché, marché… Il y avait des bénévoles à tous les 20 pieds qui ne cessaient de nous féliciter et surtout, nous incitaient à continuer à avancer, encore et toujours. Quand un coureur voulait s’arrêter un peu, il se faisait assaillir: ou bien il devait repartir en marchant, ou bien les bénévoles appelaient le service médical. Ils étaient toujours extrêmement gentils, mais ne nous laissaient pas tellement nous reposer. Je présume qu’ils avaient ordre d’éviter la congestion à l’arrivée.

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La photo classique après l’arrivée

À un moment donné, les gens ayant décidé de ne pas utiliser le transport de bagages ont eu le droit de sortir, au niveau de la 76e rue (l’arrivée était situé autour de la 65e). Pour nous qui avions fait transporter des choses, la marche continuait jusqu’aux camions UPS. “Finalement !” que je me suis dit en apercevant les premiers horribles camions bruns. Sauf qu’ils étaient stationnés dans l’ordre inverse des numéros de dossard. Le premier camion, c’était pour les dossards 72000 et plus !  Comme il n’y avait que l’équivalent de 2000 numéros par camion, ça m’a pris une autre éternité avant de réussir à arriver au mien.

C’est là que l’organisation de New York s’est démarquée de Boston: les sacs nous attendaient bien classés dans l’ordre numérique. Aussitôt arrivé, aussitôt récupéré. Rien à voir avec le fouillis total de Boston et son transport de marchandises par autobus scolaires.

Une fois mon linge sec et très laid (règle de base: il faut être prêt à ne pas revoir les choses qu’on fait transporter, ça fait que…) enfilé, j’ai pu reprendre la longue marche vers la sortie… au niveau de la 85e rue. Les retrouvailles avec les familles se déroulaient entre les 61e et 65e rues, sur l’avenue Central Park West. J’ai regardé sur Google par après: c’était encore 2 kilomètres de marche !

L’expérience était un peu surréaliste. Cette très large avenue était pour ainsi dire déserte. Après avoir été entourés par des milliers de spectateurs tout au long du parcours, plus personne. Seulement nous, les coureurs, retournant péniblement vers le sud. Çà et là, des bénévoles et des policiers. J’ai demandé à la blague à un constable qui semblait s’emmerder royalement dans son auto s’il ne me donnerait pas un lift, il m’a répondu par un “No” aussi sec que son air était bête. Quand j’ai raconté l’anecdote à Barbara, elle m’a fait remarquer que je n’étais probablement pas le premier à lui faire le coup. Bon point.

Fait intéressant, les coureurs qui avaient choisi de ne pas faire transporter de linge entre le départ et l’arrivée pouvaient non seulement sortir plus rapidement du parc, mais recevaient également un poncho supplémentaire pour se protéger du froid. Définitivement, New York, c’est la grande classe !

Sur le site web de la course, l’organisation prévient que le délai entre l’arrivée d’un coureur et le moment où il atteint l’aire des retrouvailles est de l’ordre de 45 à 60 minutes. Ils ont raison. Et c’est un minimum. Mais une fois arrivé, j’ai pu retrouver mon fan club. La récompense du coureur !  🙂

Maintenant, quelques nouvelles des autres participants. La course a été remportée par le Kenyan Geoffrey Mutai qui est en passe de devenir une légende. Après le doublé Boston –  New York en 2011, il a remporté Berlin en 2012 avant de récidiver à New York cette année. Son temps à l’arrivée, 2:08:24, était plus de 3 minutes plus lent que le record du parcours qu’il avait établi il y a deux ans. La raison ?  Le vent qui a forcé les coureurs d’élite à courir en peloton durant la majeure partie de la course. Mutai a attaqué dans le dernier quart pour finir détaché.

GeoffreyMutai

Geoffrey Mutai en route vers la victoire

Du côté des femmes, c’est un véritable exploit qu’a accompli la Kenyane Priscah Jeptoo. En effet, elle est demeurée sagement dans le peloton durant la première moitié de la course, passant au demi avec 3 minutes et 22 secondes de retard sur les deux premières qui s’étaient détachées. Puis, elle s’est lancée dans une contre-attaque en solitaire et a rattrapé tout le temps perdu. Avec un tel vent, c’était vraiment remarquable. Ce qui était tout aussi remarquable, c’était sa technique de course. Peu orthodoxe, c’est le moins qu’on puisse dire (on la voit clairement à partir de la 35e seconde de ce petit vidéo) !  Mais bon, on dirait bien que c’est efficace.

Jeptoo

Un style peu orthodoxe, mais bigrement efficace

Côté “participation” maintenant. J’en avais glissé un mot suite à notre visite à l’expo-marathon: Ultramarathonman lui-même était présent. Hé oui, tout comme à Boston, j’ai partagé la route avec Dean Karnazes, 51 ans. Et tout comme à Boston, je ne l’ai jamais vu !  Là-bas, il avait terminé 5 minutes derrière moi. À New York, il m’a pris 6 minutes…

DeanKarnazes

Dean, tu m’écoeures !

Mes amis français du départ, quant à eux, semblent avoir fait la distance au complet ensemble avec leur Tour Eiffel comme couvre-chef. Je ne sais pas s’ils ont gardé le sourire tout le long, mais à l’arrivée, ils semblaient avoir le même air qu’au départ. Un temps de 3:34:05 pour les cousins. 🙂

Francais

Vachement sympas, les mecs !

Vous reconnaitrez peut-être Marc Cassivi, le sympathique (j’ai eu beaucoup de plaisir à courir avec lui lors de l’événement-hommage pour Boston) chroniqueur culturel de La Presse. Remis de la blessure qui l’avait empêché de terminer à Paris au printemps, il a bouclé le parcours en 3:53:13.

MarcCassivi

Je pense que Marc a trouvé les derniers kilomètres un peu pénibles

La dernière mais non la moindre, la fameuse participante numéro 67329 dont j’ai parlé au lendemain de la course: la seule et unique Pamela Anderson, 46 ans. Hé oui, la célèbre “actrice”, connue pour bien d’autres choses que ses talents athlétiques (et ses talents d’actrice !), a terminé son premier marathon peu de temps avant le coucher du soleil, en 5:41:03.

PamAnderson

Soyez honnêtes: dites-moi que vous ne l’auriez jamais reconnue !

Au final, New York est un marathon à faire une fois dans sa vie. Le départ sur le Verrazano Narrows Bridge, la foule immense, l’arrivée dans Central Park… Et pouvoir courir dans les rues de la Grosse Pomme, que demander de plus ?  Avec une organisation rodée au quart de tour, je crois sincèrement que l’expérience en vaut le coût. Des images de cette journée resteront à jamais gravées dans ma mémoire.

Pour les gens qui accompagnent les coureurs, ce n’est malheureusement pas l’idéal. La foule est très dense à peu près partout et les indications n’étaient vraiment pas claires. Ainsi, après avoir attendu de longues minutes pour entrer dans l’aire des retrouvailles, mes accompagnatrices se sont vu refuser l’accès parce qu’elles étaient à une entrée VIP. Sauf que rien n’était indiqué à ce sujet. Même confusion à la sortie, quand nous nous sommes mis à suivre la foule pour finir par nous faire barrer le chemin par la sécurité. Personne ne pouvait nous dire que nous ne pouvions pas passer par là ?  Bref, une organisation hors pair, mais le contrôle de la foule par la police et la sécurité était carrément déficient.

Je dois aussi avouer que le touriste en moi a été un peu déçu. Tout comme le Marathon de Montréal, celui de New York y va dans le pratico-pratique. Certains endroits sont donc évités et plusieurs quartiers résidentiels et sans véritable intérêt sont traversés. Ceci dit, ça donne une excellente idée de la densité de population de cette ville et dans le fond, c’est le “vrai” New York qu’on a pu voir et non une série de cartes postales.

Côté sportif, le parcours est loin d’être facile, bien au contraire. Après Boston, c’est le marathon le plus difficile que j’ai eu à affronter. Rarement plat, exposé au vent, New York représente tout un défi, car y garder une cadence constante tient de l’impossible. En ce qui concerne le contingent de coureurs, il est probablement relativement le plus faible que j’ai pu voir, toutes compétitions confondues. Ce n’est tout simplement pas “normal” que je termine dans le top 3% d’une course. C’est dire le nombre de personnes (comme madame Anderson) qui font de ce marathon leur premier… et fort probablement leur dernier. Sur plusieurs photos, on voyait des pelotons entiers de gens qui marchaient. Est-ce mal ?  Non. Juste différent.

Comme New York.

Marathon de New York: l’avant-course

Le Marathon de New York est un événement très spécial. Tout comme Boston, il nécessite une bonne dose de patience avant que le départ soit donné. Aujourd’hui, un « petit » récit qui raconte tout ce que j’ai dû me taper avant de finalement m’élancer.

J’ai presque 6 heures de sommeil dans le corps, dont une supplémentaire gracieuseté du retour à l’heure normale. C’est amplement suffisant pour moi la veille d’une course. Quand je mets le nez dehors à 4h10, agréable surprise: il fait relativement doux et le vent annoncé ne s’est pas encore levé. Peut-être le fera-t-il plus tard, mais pour l’instant, on est vraiment bien dehors. Définitivement que le combiné short – t-shirt sera de mise pour la course d’aujourd’hui.

15-20 minutes de marche sur les bords du Propect Park me séparent de la station où j’emprunterai le métro en direction du quartier des affaires, d’où je prendrai le traversier pour Staten Island. Comme le métro de New York fonctionne 24 heures par jour, pas de souci à se faire malgré l’heure. Ils disent que New York est la ville qui ne dort jamais. Hé bien, on ne peut pas dire ça de tous ses quartiers car ce matin, à Brooklyn, je la trouve assez engourdie merci.

Chemin faisant, je passe devant un bonhomme en tenue de nuit, confortablement installé sur un banc de parc, une tasse de café à la main. Dans son regard, je lis qu’il pense la même chose que moi: “Mais qu’est-ce qu’il fout là, lui ?”.

Arrivé au métro, agréable surprise: comme nous sommes encore la nuit, la ligne m’amenant à la station Bowling Green s’arrête à la station où je suis (le métro de New York est parfois compliqué). Donc, pas de transfert à faire. Par contre, le prochain train arrivera en gare dans… 19 minutes. J’ai le temps de m’asseoir, je pense. Un marathonien est déjà arrivé, il reste debout et tourne en rond pour tuer le temps. Tu te fatigues pour rien, mon chum… En plus, il est en short et ne semble pas avoir beaucoup de vêtements dans son sac. Si le vent se lève, j’en connais un qui va geler tantôt, moi…. Quand le train daignera finalement par se présenter, nous serons 5 ou 6 marathoniens à le prendre.

À Bowling Green, il y a définitivement beaucoup plus de monde. Et tous vont vers le traversier. Je me dirige vers l’aire d’attente et j’ai un bel aperçu de la journée: des policiers armés et accompagnés de chiens renifleurs nous barrent le chemin. Un policier me demande de déposer mon sac qui contient mes cossins par terre, question que le gentil toutou puisse faire son travail. On dirait que les bananes et les bagels ne l’intéressent pas car il le sent et passe rapidement à autre chose.

L’aire d’attente quant à elle est bondée de monde. Je fais le tour, essayant de me trouver un endroit pour m’installer. Pas moyen de trouver une place. Finalement, je réussis à dénicher un petit coin, le long des fenêtres.  À côté de moi, deux jeunes hommes. Ils ne sont pas des coureurs, alors ils sont très impressionnés par la quantité de gens qui sont assez fous pour se taper une telle course. Et moi, je suis très impressionné par le fait que deux gars pas rapport puissent se trouver ici à 5h20 un dimanche matin !

Nous entamons la conversation. Ils sont vraiment sympathiques, me posent un tas de questions. Quand ils apprennent que j’en suis à mon onzième marathon et que je suis de la première vague, c’est l’avalanche de compliments. “You’re an inspiration, man !”. Bien que je trouve ça un tantinet exagéré, ça fait toujours plaisir à entendre. Je fais exprès pour ajouter que j’ai fait mon premier marathon à 37 ans, question de leur faire comprendre qu’à leur âge (ils ont 30 ans), je ne courais pas non plus. J’ai peut-être semé une graine à quelque part…

Finalement, le départ du traversier de 5h30 est annoncé. Je suis supposé prendre celui de 6h, mais tant qu’à sécher ici…  En plus, ils ne vérifient pas ce détail, le traversier étant ouvert à tous. Je m’installe sur un banc du pont inférieur et essaie de trouver une position confortable. Le bateau a à peine quitté le port que je constate que je me suis assis du mauvais côté: je ne pourrai pas voir la ville. Bah, tant pis. Le vieux lion qui en a vu d’autres ferme les yeux et commence à perdre la carte… jusqu’à ce que la voix d’un bénévole le sorte de sa torpeur.

La raison ?  On nous annonce que nos choses doivent absolument être transportées dans un sac transparent pour avoir le droit de pénétrer dans le village des athlètes. Donc, pour ceux qui seraient pris avec un sac opaque, ils en fournissent qui sont « légaux ». Wow, on peut dire qu’ils n’ont pas oublié grand chose dans l’organisation… Je regarde tout autour, observe les gens. Certains sont nerveux et jasent beaucoup, d’autres cognent des clous comme moi. Côté habillement, certains portent l’ensemble plastifié qui était vendu 10$ à l’expo-marathon, mais la plupart ont fait comme moi et ont apporté leurs choses pour se protéger du froid durant l’attente.

La traversée dure quoi 20, 30 minutes ?  Je ne sais pas trop. À la sortie du bateau, la cohue se dirige vers la sortie. Partout on voit des policiers, des agents de sécurité et des bénévoles. Nous passons devant une fille complètement ivre qui engueule un policier. Personne n’y porte attention, comme si c’était normal. À la sortie, j’ai une autre indication que l’organisation n’a rien laissé au hasard: une très, très longue lignée de toilettes nous attend. Je mettrais ma main au feu qu’il y a plus de toilettes juste ici qu’au départ du Marathon de Montréal.

Nous arrivons aux navettes. Il y a des autobus à perte de vue. Celui que j’emprunte n’est pas aussitôt rempli qu’il s’ébranle, comme si nous étions si pressés. Commence alors un long viraillage sur Staten Island que je ne connais pas du tout. Au bout de 10 minutes, je crois reconnaitre un endroit. C’est certain: nous sommes revenus au point de départ, tout près de l’arrivée du traversier !  Hiiii, pas rassurant !  Va-t-on arriver au village des athlètes pour 9h40 ?

Le soleil commence à se lever tranquillement, mais le ciel est couvert. Pour la course, ça ne me dérange vraiment pas, mais j’aurais volontiers accepté du soleil pour l’interminable attente.

Pendant le trajet, comme je n’ai rien d’autre à faire, je regarde dehors. Je n’ose imaginer les frais en temps supplémentaire que cette journée peut coûter au NYPD. Des policiers, des policiers, encore des policiers. Et que dire des résidents qui sont pognés avec toutes ces rues fermées… seulement pour laisser passer les navettes. Ça doit être l’enfer pour eux.

L’autobus s’arrête, le monde se lève, les portes ouvrent… et personne ne sort. En fait, ça sort extrêmement lentement. La raison: une autre fouille et, une première pour moi à l’extérieur d’un aéroport, le détecteur de métal. Chaque coureur, un à un, est passé au détecteur. On ne lésine vraiment pas sur la sécurité. J’espère qu’ils vont laisser faire pour la fouille à nu. J’ai beau ne pas être pudique, il me semble que ce serait un petit peu exagéré…

Une fois passé la sécurité, constatation brutale: le vent s’est levé et il fait maintenant un froid de canard. Je regarde l’heure: 6h30. Ha ben bout de viarge: il me reste autant de temps à attendre la course que sa durée ! Par ce froid ?  Ça va être tellement plaisant… Heureusement, je n’ai pas lésiné sur les vêtements supplémentaires.

J’arrive au village des athlètes. “Village”, je devrais plutôt dire “ville”, ouais !  Je suis assigné au village Alberto Salazar (il a gagné 3 fois ici), le bleu (il y en a un vert et un autre orangé). Dès que j’y entre, je commence à entendre des annonces qui guident les coureurs. Et ces annonces se font en plusieurs langues, dont le français. Je ne peux pas parler pour les autres, mais le français utilisé y est impeccable. Peut-être ont-ils engagé des traducteurs de l’ONU ?  En tout cas, c’est la grande classe !

À ma droite, que vois-je ?  Hé oui, encore une longue rangée de toilettes, gracieuseté de la compagnie “Royal Flush” (ça ne s’invente pas !). Et personne qui attend. Pourtant, il y a énormément de monde déjà arrivé. J’en profite donc pour aller faire mon numéro deux d’avant-course. En entrant, je constate une chose: mon cabinet n’a de royal que le nom: je situerais son état entre le quelconque et le douteux. On voit qu’il a beaucoup servi: le siège n’a plus de lustre et l’urinoir est usé (oui, oui, usé) à force d’avoir reçu des offrandes. Mais bon, vaut mieux une vielle toilette libre qu’une toilette toute neuve et occupée avec 100 personnes qui attendent, pas vrai ?

Quand je ressors, je me dirige vers l’un des chapiteaux tout près. Les côtés sont refermés par de grands plastiques pour protéger du vent les gens qui se trouvent à l’intérieur. Regard furtif à l’intérieur: pas un pouce carré de libre. Bon, va falloir trouver un autre spot. Juste à côté, on retrouve un véritable convoi de camions UPS. Ce sont eux qui se chargeront de ramener nos affaires à l’arrivée. Je regarde l’horaire: pour la première vague, le dépôt de sac commence à 8h10 et se termine à 8h40. Quoi ?  Il faut laisser nos affaires une heure avant le départ ?!?  Et nous, on va geler comme des cretons pendant tout ce temps ? Sont malades ou quoi ?

Bon, il me reste tout de même énormément de temps, alors aussi bien essayer de se trouver un endroit à l’abri du vent pour commencer la véritable attente. Je continue donc ma progression dans le village pour tomber, ho surprise, sur une autre forêt de toilettes. Tiens, des gens de Dunkin’ Donuts qui distribuent des tuques, bonne idée. Elles sont laides (aux couleurs de Dunkin’ Donuts…), mais ça risque d’être pratique. Je me trouve un espace libre dans l’herbe et m’installe, la tuque me servant de protection comme la fraicheur du sol.

Fort de l’expérience de Boston, j’ai prévu le coup: j’ai amené un livre. Je commence donc ma lecture en mâchouillant un bagel. C’est que le froid commence vraiment à s’installer… J’enfile ma dernière pelure, un chandail laid au possible. Mais au bout d’un certain temps, ça ne suffit plus, alors je me dis que je vais continuer à déambuler, question de me réchauffer un peu. Quitte même à passer quelques minutes dans une toilette. Après tout, il n’y a pas meilleur abri.

En faisant ma tournée, je remarque une chose: il n’y a personne aux kiosques de bouffe et d’eau, mis à part celui de Dunkin’ Donuts qui distribue du café. À celui-là, je ne sais pas pourquoi, mais il y a une longue file d’attente…  😉

J’arrive au couloir de départ. C’est véritablement un couloir, barricadé des deux côtés avec plusieurs entrées distinctes qui sont surveillées par des gens de la sécurité. Je cherche mon entrée, soit celle qui accueillera les coureurs dont les numéros sont compris entre 7000 et 8999. Autre surprise: pour les coureurs de la première vague, il ouvre à 8h20 et ferme à 8h55. Quoi ?  On devra être rentrés dans le couloir 45 minutes avant la course ?  C’est quoi cette affaire-là ?  Quand on pense que dans la grande majorité des courses, personne n’est même arrivé 45 minutes avant le départ…

Après m’être réchauffé quelques minutes dans une toilette (ben quoi, les gens ne pouvaient pas savoir ce que je faisais et il n’y avait personne qui attendait de toute façon) je me sens mieux: j’ai arrêté de grelotter. J’entends les annonceurs nous dire que les camions UPS sont maintenant ouverts, alors je décide d’y aller. Chemin faisant, je songe à mon habillement pour la course. Il fait définitivement trop froid pour le kit de base short – t-shirt, alors je vais faire comme à Philadelphie: porter mon fidèle coupe-vent rouge par-dessus et enlever les manches en cours de route au besoin. Ça avait marché dans le temps, pourquoi pas aujourd’hui ?

On annonce l’ouverture des couloirs. Bon ben, va falloir y aller. En plus, comme il y a des toiles, peut-être sera-t-on à l’abri, qui sait ?  Car à part mon imperméable jetable, je serai habillé comme durant la course pour les 75 prochaines minutes…

Une photo avant de partir ?  Pourquoi pas, pendant qu’on a encore le sourire…

NewYorkAvantDepart

Photo prise avant que je décide d’envoyer promener la règle qui demande que le dossard soit apposé sur le torse. Il fera la course sur ma cuisse gauche, là où je préfère qu’il soit.

Miracle, je ne me fais pas fouiller avant d’entrer dans le couloir, j’ai seulement à présenter mon dossard. Une fois à “l’intérieur”, qu’est-ce qu’on retrouve ?  Hé oui, encore des toilettes. Décidément…  En plus, ils ont tout prévu: il y a même des paquets de 16 rouleaux un peu partout, question que personne ne manque de choses essentielles. Ils n’ont vraiment lésiné sur aucun détail.

Je réussis à trouver un endroit pour m’asseoir et… attendre. J’essaie de tuer le temps en observant les gens. Il y en a qui tournent en rond, s’échauffent (une heure avant la course, vraiment ?). Certains parlent, rient. Et d’autres, comme moi, ne font rien. Les plus faciles à remarquer dans notre groupe sont définitivement les trois amis français qui portent tous un chapeau sur lequel est monté une Tour Eiffel tricolore en peluche. Ils semblent avoir beaucoup de plaisir: ils prennent des photos, cherchent des concurrents aux couleurs d’autres pays, rient beaucoup.

Après un certain temps, l’un d’eux fait remarquer aux autres qu’ils sont les seuls à avoir utilisé l’astuce pour les lacets. Je regarde et effectivement, leurs lacets semblent tenir avec un bidule étrange. Je demande à Jean-Yves (son prénom est écrit sur son chapeau) de quoi il s’agit. Au départ, il semble étonné que je parle français (son expression me laisse croire qu’il se demande s’il n’a pas fait des blagues à mon sujet sans savoir que je comprenais), puis se met à m’expliquer que ce sont des bidules qui se trouvent dans n’importe quel magasin de tissus ou sinon, sur les “caoués”.

Des caoués ?  De quessé ?  “Oui, vous savez, les manteaux de sport…”. Hein ? Des caoués ?  Puis j’allume: des K-way !!!  Effectivement, c’est le genre de bidule à ressort qui pourrait très bien servir à serrer des lacets rapidement. Hum, intéressant. Puis mon nouvel ami se met à me raconter que pour les gels, il les met dans une bouteille et y ajoute de l’eau, question qu’ils puissent s’avaler plus facilement. Ouais, bonne idée… Je vais essayer ça à la maison. D’autres trucs ? Pas pour le moment, il semblerait.

Depuis quelques minutes, les messages qui passent en boucle semblent avoir changé. On nous dit maintenant de faire tous nos besoins avant de partir (je sais, quand on fait de la course, on revient vraiment à la base et ça devient une véritable obsession) car « uriner sur le pont est non seulement désagréable (ils semblent ignorer que tout le monde sait tout de même comment se placer par rapport au vent, surtout les coureurs), mais dangereux pour les autres concurrents ». Dangereux, vraiment ?  C’est comme les pluies acides ? Faudrait pas exagérer ! « Les gens de l’organisation ont le droit de disqualifier toute personne ne respectant pas cette règle ». Ha oui ?  Je plains le pauvre chrétien qui va essayer de m’enlever mon dossard. Ça coûte 358 $ juste en inscription, on doit attendre des heures avant de partir et on se ferait disqualifier pour un petit pipi ?  J’aimerais bien voir ça.

Un coureur passe et demande à la blague si nous sommes Français. Je lui réponds qu’eux le sont, mais moi, je suis Canadien (je laisse tomber l’histoire de Québécois-qui-parle-français, c’est un peu compliqué pour nos voisins du sud). Réponse: “Ho yeah, Canadians are everywhere…”. Heu, ça veut dire quoi, ça ?  Pas certain que je veux avoir la réponse…

Tiens, l’équipe de pacing de 3h15 qui arrive. Car oui, ils sont deux, pas un seul. Comme ça, s’il arrive un pépin à l’un des deux, l’autre pourra finir. Ils ne laissent vraiment rien au hasard, ma parole. 8h55, les portes du couloir se ferment puis peu après, les banderoles entres les différentes sections sont enlevées et nous commençons à avancer. 45 minutes avant le départ ? Déjà ?  Se pourrait-il que nous partions plus tôt que prévu ?

J’allume mon GPS. Il demeure à la “page d’ouverture”. Ben voyons, pourquoi ne cherches-tu pas tes satellites, du con ?  J’attends. Rien. Je l’éteins, puis le rallume. Toujours rien. Merde, est-ce qu’il a choisi ce moment pour me laisser tomber ?  Je recommence le même manège, toujours rien. Et puis, va donc chier, maudit machin à la con !!!  Je le laisse allumé, au cas où il se réveillerait. Au fur et à mesure que nous nous dirigeons vers le Verrazano-Narrows Bridge, je commence à me faire à l’idée que je vais faire cette course “tout nu”, sans chrono. Et puis, ce ne serait peut-être pas la fin du monde après tout ?  Y aller juste au feeling. De toute façon, si je suis le(s) lapin(s), pas de souci, n’est-ce pas ?

Je me défais de mes dernières affaires dans les bacs prévus à cet effet, puis suis la marche vers le départ, 500 mètres plus loin. Nous nous arrêtons tout juste devant les cabines servant pour le péage à la sortie du pont. Nous partirons dans l’autre sens, en direction de Brooklyn. Des autobus à deux étages sont stationnés tout près, ce qui est parfait: ils nous serviront pour nous abriter du vent. Je ne sais pas qui sont les gens qui se retrouvent à l’étage supérieur. Des journalistes ?  Des dignitaires ?  Aucune idée.

L’annonceur nous apprend que le départ des élites femmes sera donné sous peu. Nous avons droit à un petit discours du maire Bloomberg, puis le départ est donné. Malheureusement, il y a trop de monde et je ne les vois pas partir. Dommage.

Bon plus « que » 30 minutes à attendre. La nervosité commence à se faire sentir tout autour et certains prennent le risque de se faire disqualifier en se soulageant là où ils peuvent, soit entre deux autobus. Oui, sous les yeux du chauffeur qui sourit à pleines dents. Il faut ce qu’il faut… À un moment donné, il se forme même une certaine file d’attente pour cet endroit, ça en est presque comique.

Le minutes durent maintenant des éternités. Ça vas-tu finir par finir, cette maudite attente-là ?  Le maire se lance dans un autre discours que je n’écoute pas, puis on nous présente les principaux concurrents. J’en connais quelques uns, dont le Kenyan Geoffrey Mutai, le champion en titre et l’Américain Meb Keflezighi, le gagnant de 2009. Je me demande si ce monde-là sèche ici comme nous depuis plus de 3 heures…  Au fait, comment sont-ils arrivés ici ?

Après tout le bla-bla, comme nous sommes dans les très patriotiques USA, une chorale d’enfants entame l’hymne national américain. Et le petit garçon qui chante le bout en solo tente de monter un petit peu trop haut pour son registre vocal et les fausses notes se mettent à se bousculer dans les haut-parleurs. Ouf, difficile pour mon oreille.

Bon ça y est, il est 9h40. Mon GPS a fini par se réveiller, ce qui fait bien mon affaire. Dans quelques instants, ce sera enfin vrai. Il me semble tellement loin ce jour de mars 2010 où, pour la première fois, je me suis inscrit à la loterie afin de participer à ce fameux marathon. À l’époque, mon record personnel était de 3h38 et je pensais sérieusement que c’était ma meilleure chance de prendre part un jour à un grand marathon car Boston me semblait si loin… On peut dire qu’il a coulé beaucoup d’eau sous les ponts depuis.

L’annonceur égrène maintenant les secondes pendant que je fixe le fameux Verrazano-Narrows Bridge…

Le contraste

Nous sommes à New York depuis à peine plus de 24 heures. Durant ces quelques heures, j’ai été à même de constater pourquoi je tends à me concentrer de plus en plus vers la course en sentiers et délaisser un peu la course sur route.

Pas que le voyage se soit mal déroulé, bien au contraire. Selon notre GPS, nous avons perdu à peine 36 minutes dans la circulation et les détours causés par ses indications nébuleuses. Si on tient compte du fait que nous avons traversé Manhattan d’ouest en est, ce n’est vraiment pas si mal.

Non, ce qui me dérange, c’est toute la logistique dont il faut tenir compte avant de prendre le départ. Ainsi, Barbara et moi sommes allés chercher mon dossard hier. Une quarantaine de minutes de métro et une vingtaine de minutes de marche plus tard, nous étions rendus sur place. Nos sacs ont évidemment été fouillés avant d’entrer à l’expo-marathon et il a fallu faire la file pour présenter des pièces d’identité ainsi que la preuve que j’étais vraiment inscrit. C’est sûr que je serais allé niaiser dans ce coin perdu de la ville juste pour le fun, moi. Enfin… Heureusement, la récupération du dossard en soit n’a pas pris de temps, le nombre de kiosques de distribution étant tout simplement hallucinant. Moi qui croyais avoir vu « beaucoup » de ces kiosques à Boston…

En ce qui concerne l’expo en tant que telle, elle n’était pas si impressionnante. Sur ce point, Boston a définitivement le dessus. Mise à part la boutique Asics qui occupe la majeure partie du plancher, vraiment rien de spécial à signaler. Après avoir fait l’achat de « armwarmers », j’ai fait le plein de gels et de barres énergétiques puis, après m’être assuré que Dean Karnazes n’était pas au kiosque North Face (il était parti depuis un foutu bout de temps !), nous avons levé les feutres.

On m’avait dit que l’organisation à New York, c’est le nec plus ultra. Nous en avons eu une preuve à la sortie: des navettes étaient mises à la disposition des participants et de leurs familles pour les ramener vers les divers hôtels du centre-ville. Vous allez me dire que franchement, des marathoniens, c’est capable de marcher… Oui, bien sûr, mais le quartier autour du Jacob Jovits Convention Center est vraiment moche et se le taper deux fois, bof… En plus, ce n’est pas évident que tout le monde qui accompagne un coureur soit en mesure de marcher autant. Bref, comme il commençait à se faire tard et que nous n’avions pas encore mangé, nous avons profité du « lift » pour nous rapprocher du métro. Car hé non, il n’y en a pas autour du Jovits Center.

Ha manger, le joyeux problème !  Déjà que je n’avais pas vraiment eu le choix de me taper du cr… de McDo au dîner… Comment un coureur peut-il réussir à se sustenter sans se ruiner ni manger de la scrap à New York ?  Disons que ça relève presque de l’exploit. Finalement, ho miracle, nous sommes tombés sur une place qui offrait un grand buffet style « bar à salade pour emporter ». Il y a définitivement un Dieu à quelque part. Ne nous restait plus qu’à nous taper un autre 40 minutes de métro avant de pouvoir manger dans la tranquillité de l’appartement.

Car oui, l’appartement que nous avons loué est relativement tranquille. Je dis « relativement » parce que Brooklyn, ce n’est pas Manhattan, mais ça demeure la grande ville quand même: stationnement dans les rues, du monde partout, circulation incessante, etc.  Pas vraiment mon environnement. Tantôt, j’ai fait le tour de Prospect Park, le parc situé juste en face de notre appart. C’est vraiment chouette, une espèce de mini Central Park. Mais quand tu vois quelqu’un qui a pris la peine d’amener ses poids et haltères dans le parc pour faire ses exercices, tu te dis que tu es définitivement dans un autre monde.

Bon, le dossard, c’était bien beau, mais il va falloir que je me rende au départ. Je suis supposé prendre le traversier pour Statten Island à 6h demain matin. Mais comment savoir combien de temps ça va prendre pour m’y rendre ?  Pas le choix, je devais faire la trajet en métro avant.

Ça a occupé ma matinée, mais ça a été un bon investissement. L’application de calcul de trajets du métro me donnait 37 minutes en me proposant un trajet avec 2 transferts. Hé bien j’ai eu la joie de constater que la dernière ligne qu’il me proposait d’utiliser était fermée la fin de semaine !  Plaisant, n’est-ce pas ?  J’ai donc pris 1h25 pour faire le trajet complet, me donnant le luxe de revenir à Brooklyn avant de retourner à Manhattan. Super efficace, il n’y a pas à dire. J’ai réussi à trouver un autre trajet, plus rapide, pour le retour. Mais mettons que je ne suis pas rassuré et je vais me garder une petite marge de manœuvre.

Bref, en pensant à tout ça, le contraste avec la course en sentiers m’a frappé. En effet, pour le Harricana, nous sommes partis la veille de la course, avons fait les 4 heures de route, nous sommes installés et le lendemain, nous sommes tapés un long voyage de 15 minutes en auto avant d’arriver sur place, cueillir le dossard, puis faire la course. Pas de métro, pas de soirée passée à courir après un dossard, pas de souci de stationnement. Pour courir dans le bois par dessus le marché. Le bonheur.

Ceci dit, je ne voudrais pas que vous vous mépreniez. Je suis très très heureux d’être ici. Faire New York, j’en rêve depuis toujours.  Participer à ce marathon, c’est un privilège. Imaginez: courir les rues de cette ville, la foule omni-présente, l’arrivée à Central Park… Je vais profiter de chaque instant, c’est certain. En plus, la météo annonce un temps splendide. Tout se passera comme dans un rêve… Quand on va finir par finir de partir !

Côté performance, après avoir jonglé avec l’idée de suivre le lapin de 3h10, j’ai décidé  d’y aller au feeling. Je vais partir avec le 3h15 et verrai comment ça se passe. De toute façon, le 3h10 part  dans un groupe de coureurs différent du mien (il y a 4 vagues séparées en 3 groupes chacune), alors je risque de ne jamais le voir de toute façon.

On se dit à demain ?

XC Harricana: suite et fin

Ce soir, conclusion du « dossier » XC Harricana.

Je n’avais pas encore parlé du 65 km, épreuve à laquelle j’aurais tant aimé participé. Finalement, ça a pris beaucoup plus de temps que prévu avant que les premiers arrivent: presque 6 heures !  En fait, quand le gagnant, Florent Bouguin, s’est présenté, nos amis JF et Seb étaient arrivés depuis un petit bout, mais n’avaient pas encore tout à fait repris leurs esprits. Je ne connais pas Florent Bouguin, mais lorsque je l’ai vu, j’ai tout de suite trouvé qu’il avait le look coureur des bois, un peu à la Timothy Olson ou Anton Krupicka, avec la barbe et les cheveux longs. Tout un athlète, en tout cas !

Il a été suivi de peu par Éric Turgeon, que j’ai immédiatement reconnu: c’était celui que j’avais surnommé « le petit crinqué » à St-Donat. Le contraste avec le vainqueur était saisissant: look clean cut avec les cheveux courts et la barbe de 2-3 jours, il est apparu vêtu de seulement une paire de shorts et de ses souliers, son torse parfaitement musclé (vous savez du genre juste assez musclé…) bien en évidence. Un petit peu show off, le monsieur ?  Disons que pour un ultrarunner, il a des tendances plus Dean Karnazes que Scott Jurek… C’était comique de voir les quatre filles admirer le tout, particulièrement Julie et Marie-Claude qui se rinçaient l’oeil alors que leurs chums peinaient à revenir dans le monde des vivants !

Finalement, Sébastien Roulier a terminé en quatrième position. Comme c’est son habitude, il était tout sourire quand on s’est parlés par après. Ce gars-là est tellement gentil, je crois que si j’avais des enfants, je ferais le voyage à Sherbrooke spécialement pour que ce soit lui qui s’occupe de leurs divers bobos !  Il m’a raconté bien candidement qu’il menait au début, mais quand c’est devenu plus technique, il s’est fait reprendre par 5-6 gars. Tiens tiens, ça me rappelle quelqu’un… Serais-je un « mini Sébastien Roulier »  ?  😉  Nous avons également parlé de Boston pour lequel je vais avoir besoin de ses conseils (il y a participé 7 fois) pour savoir comment gérer le foutu parcours. En 2014, comme il aura 40 ans, il sera dans la catégorie des « Masters », alors il a hâte de voir s’il aura des accès privilégiés. Moi, je pense que je vais laisser faire…

Par après, Barbara et moi avons mangé avec un couple de Laval et la dame, sachant que j’avais fait le 28 km « en consolation » du 65 km, s’est mise à me poser un paquet de questions. Elle court des 10 km depuis longtemps et commence à se trouver trop « confortable » là-dedans. Elle voudrait sortir de cette zone de confort et se demandait comment j’avais fait, comment elle pouvait se motiver à passer au 28 km l’an prochain.

Mettons que j’étais un petit peu embêté. J’ai commencé sur la route. Après un 10k à l’automne, j’ai fait un demi au printemps, puis, voyant que j’étais capable de le faire, j’ai couru un marathon à l’automne suivant. Ensuite, après quelques marathons, je me suis intéressé à la course en sentiers et par le fait même, aux ultras. Je n’ai jamais eu à sortir d’une telle zone, alors je ne savais pas trop quoi lui dire.

Je lui ai suggéré de faire un demi sur route, pour voir. Elle avait déjà essayé et n’avait pas aimé. Elle, c’est les sentiers. Ok, à ce moment-là, tout ce que j’ai pu trouver à lui dire, c’était de ne pas se donner le choix: s’inscrire le plus rapidement possible à une épreuve plus longue. Le 22 km à St-Donat, par exemple. Pour moi, il n’y a pas meilleure motivation que d’avoir un objectif et de s’obliger à faire ce qu’il faut pour l’atteindre. À part ça…

En terminant, petit mot sur l’organisation et la course en général. Mis à part un repas très ordinaire, je n’ai que de bons mots. Le site est d’une beauté exceptionnelle et facilement accessible. Les sentiers étaient dans un très bon état, le parcours, bien marqué et les pancartes kilométriques, c’est un gros plus. C’était ma troisième course en sentiers et c’est celle que j’ai trouvée la mieux organisée. Pourtant, les deux autres (Vermont 50 et St-Donat) existent depuis plus longtemps. Mais bon, je n’ai pas fait la grande distance, peut-être que je serais d’un autre avis si je l’avais fait.

Vendredi dernier, j’ai assisté à une conférence sur les ultramarathons en sentiers et Sébastien Côté, le directeur de course du Harricana, était présent. Il a posé des questions reliées aux problèmes d’hydratation qui démontraient un réel souci pour la santé et de la sécurité des coureurs. C’est clair qu’il veut améliorer son événement, encore et encore. Je crois que la course est entre bonnes mains.

Le XC Harricana fera partie de mon calendrier de course l’an prochain. Parfaitement situé dans le temps (3 semaines avant le Vermont 50, 4 semaines avant Oil Creek) , je me promets bien de ne pas manquer le 65 km deux années de suite !  Je verrai alors si c’est vraiment la course la plus difficile du Québec, tel que proclamé dans cet article paru dans La Presse quelques jours avant l’événement.

Je vais pleurer…

Il sera peut-être autour de 9 heures, le 21 avril prochain, quand je serai à l’intérieur le village des athlètes situé dans la cour arrière d’une école secondaire d’Hopkinton, Massachusetts. Ou ça attendra à 10 heures, quand nous serons rendus dans la montée de la rue principale, près de l’église. Mais ça va arriver, c’est écrit dans le ciel: on va nous demander de garder une minute de silence. En mémoire des victimes de l’attentat qui a lieu à l’arrivée du dernier Marathon de Boston, bien évidemment.

À ce moment, je vais cesser de bouger, baisser la tête et repenser à ce qui est arrivé. Je vais songer aux victimes, à la belle innocence de ce sport qui est perdue à jamais, à la bêtise humaine. Je vais sentir l’émotion monter en moi. Je ne sais pas quelle forme ça prendra. Les yeux humides ?  Une larme qui coule sur une joue ?  Plusieurs larmes ? Des sanglots, même ?  Je l’ignore. Mais je vais pleurer, c’est certain.

Toutefois, j’en ai eu la confirmation vendredi, j’y serai. Et nous serons 36000 à montrer aux abrutis de ce monde que nous ne nous laisserons pas intimider.

Des nouvelles de Boston

La semaine dernière, je suis allé voir sur le site du Marathon de Boston, question de savoir quand les inscriptions allaient débuter. Comme les gens qui n’avaient pu terminer l’an passé à cause des événements avaient le privilège de « passer » avant et que ce processus de pré-inscription était en cours, il était seulement indiqué que les inscriptions pour les « autres » allaient se faire en septembre. Heu, pourriez-vous être moins précis ?

Autre petit coup d’œil mardi, puis courriel de confirmation en après-midi: les inscriptions commencent lundi prochain, le 9 septembre (c’est daté du 29 août, yeah right !), pour ceux qui ont devancé les standards par plus de 20 minutes. Puis, comme lors des deux dernières années, une suite de séances d’inscriptions seront ouvertes, s’il reste de la place. Dans mon cas, ma performance à Philadelphie me donne droit d’accès à l’inscription du vendredi 13 septembre. Je préfèrerais utiliser mon temps de Boston, moins bon, mais plus représentatif de mon état de forme. Sauf que vu les événements d’avril dernier, je tiens à être présent, alors mes chances d’être accepté sont meilleures si j’utilise mon record personnel. Et puis, j’y ai droit, alors pourquoi m’en priver ?

Justement, parlant des événements… Les gens qui avaient franchi la moitié de la distance  et qui n’avaient pas pu terminer ont tous été contactés (il y en avait plus de 5000) et il semblerait qu’environ 4500 aient décidé de se prévaloir de leur privilège de ne pas avoir à se qualifier à nouveau. Par contre, ça n’affectera pas vraiment le nombre de places disponibles pour les autres qui avaient à se qualifier car  le nombre maximal de participants  passera de 27000 à 36000 et selon ce que j’ai compris, ça n’aurait même pas rapport avec les événements. Il semblerait en effet que l’organisation tentait depuis plusieurs années de faire grossir le contingent de coureurs à prendre part annuellement au Marathon. Ils ont pu finalement s’entendre avec les plusieurs municipalités impliquées.

Pour ma part, il y a quelque chose qui m’intrigue: comment vont-ils faire ?  Côté logistique, ça va être tout simplement gigantesque à organiser. Juste se rendre à l’expo-marathon et y circuler, l’avant-veille de la course, c’était l’enfer. Et le transport ? 9000 personnes, ça fait 200 autobus jaunes de plus, non ?  Aille, aille !  Est-ce qu’ils vont nous faire partir en navette encore plus tôt, question de sécher encore plus longtemps avant le départ ?  Le village des athlètes, lui ?  Il était rempli à craquer après l’arrivée du troisième convoi à Hopkinton. Je n’ose imaginer la quantité de toilettes bleues qui seront nécessaires. Je pense que l’organisation va devoir réquisitionner tous les « Johnny on the Spot » de la Nouvelle-Angleterre !  Je me demande également combien de vagues il y aura. Passerons-nous de 3 à 4 ?

En tout cas, dès que j’aurai ma confirmation, je crois que je ne niaiserai pas trop longtemps avant de réserver un hôtel…

Mais en attendant, j’ai des bagages à préparer pour un bel entrainement dans Charlevoix, moi ! 🙂

Ultimate XC St-Donat 2013: avant la course

De retour de vacances bien plaisantes et reposantes, loin de toute connexion internet et de la vie dite « normale ». Aujourd’hui, première partie du récit. Le reste viendra au cours des prochains jours.

Comme ça se produit souvent, je suis le premier arrivé derrière l’hôtel de Ville, lieu d’où partiront les autobus qui nous amèneront au départ du 58 km. Il fait 15 degrés et il tombe un petit crachin. Pas de mauvaises conditions pour courir, bien au contraire. Mais les 30-40 millimètres qui nous sont tombés dessus hier m’inquiètent un peu : les sentiers risquent d’être légèrement boueux.

J’aperçois un petit banc à l’abri et vais m’y installer. Peu de temps après, un gars arrive. Il va vérifier si on peut accéder aux locaux de la municipalité (on ne peut pas), puis vient me demander si on peut aller aux toilettes quelque part. « Numéro un ou numéro deux ? » que je lui demande (on est très basic, dans le petit monde des coureurs des bois). Comme c’est un numéro deux, je lui indique le chemin vers des Johnny on the Spot, près de l’église. Il semble incrédule, mais je lui assure qu’il y en a vraiment: j’en reviens.  Se rendant compte qu’il n’a rien à perdre à aller voir, il disparait. Comme il ne reviendra que dans plusieurs minutes, j’en conclus que mes indications n’étaient pas si mauvaises…  😉

Un autre arrive. Ho, il a l’air crinqué celui-là. Plutôt musclé, le petit top noir moulant (il y a des gens comme ça qui remplissent tellement bien un small), il a l’air nerveux : il court un peu partout. Heu, les nerfs bonhomme, on a quand même pas mal de distance à faire, pas la peine de te brûler tout de suite. Ha, les jeunes…

D’autres coureurs arrivent. De mon petit banc, j’observe la faune. Il y en a de tous les styles : des ultrarunners aguerris aux petits nouveaux, des nerveux aux très relaxes. Petit détail : vraiment pas beaucoup de femmes.

Les gens de l’organisation finissent par arriver à 5h40. C’est toujours la même chose : ils nous ordonnent d’être là pour 5h30, mais eux par contre… Bah, c’est ça, le monde de la course en trail, il ne faut pas s’en faire pour si peu. Les gens commencent à déposer leur sac dans une mini-van dont les portes ont été laissées ouvertes. On nous avait dit que les sacs ne devaient pas peser plus de 5 livres, que cette limite serait vérifiée avant l’embarquement et que les sacs trop lourds seraient tout simplement rejetés. Comme j’aurais dû m’en douter, personne ne pèse les sacs.

On ouvre les portes et nous nous engouffrons à l’intérieur, question de nous protéger du temps frisquet et du petit crachin. Un coureur fait remarquer que l’an dernier, tout le monde cherchait l’air climatisé. Comme quoi on n’est jamais content !  🙂  Je m’installe sur une chaise et continue à observer les autres. Plusieurs sont là en gang et jasent. Moi, je regarde leur équipement. C’est fou la disparité à ce niveau. Plusieurs ont des Camelbak, d’autres des bouteilles à la taille. J’aperçois quelques vestes, dont une ou deux comme la mienne. Quant aux souliers, autant de marques que de coureurs.

Le crinqué est vraiment sur les nerfs: il saute sur place comme s’il était pour courir un 100 mètres. Relaxe, relaxe, tu vas finir par le déchirer, ton small !  Comme pour se calmer, il s’en va demander des infos à propos parcours. J’écoute d’une oreille, sachant fort bien qu’il est difficile, technique et fort certainement en piteux état. Pour le reste, on verra bien assez vite.

Petit tour obligatoire aux toilettes. On dirait le stade Molson à la mi-temps d’une partie des Alouettes: la ligne est infinie. Et tout le monde attend pour un numéro deux (la cour d’église, les boys, la cour d’église) car les urinoirs sont libres !  J’avoue que c’est la première fois que je vois ça. Définitivement que les ultras, c’est un monde bien à part !  🙂

Finalement, les autobus jaunes arrivent et la meute se dirige tranquillement en leur direction. J’aperçois Pat. Il n’était pas certain de pouvoir être là, mais il a pu se libérer. Cool !  On échange une bonne poignée de main, quelques mots, il a l’air en forme et de bonne humeur. Ça en fait au moins un (ben non, je blague, je vais très bien)…

Mais là, question existentielle: nous sommes supposés être 123 et il y a seulement 2 autobus. Dans mon temps, il y avait 48 places dans ces machins-là et un petit calcul rapide me dit que… Hé là, pas question que je me tape 30 minutes de bus debout, je vais en avoir bien assez des heures dans les sentiers, moi !

Finalement, on dirait qu’il y a de la place pour tout le monde. Comme j’en ai déjà parlé dans un précédent post, avant le départ des autobus, le directeur de course nous informe que Sophie et Jocelyn étaient rendus au lac à la Truite (je ne sais toujours pas où c’est) à 1h30 et qu’ils seront avec nous au départ tantôt.

Une fois la petite annonce faite, le brouhaha des conversations reprend. Une chose me frappe: c’est la deuxième fois que j’emprunte une navette pour me rendre au départ d’une course, mais l’ambiance est y totalement différente. À Boston, on sentait la nervosité, la fébrilité des gens. Aujourd’hui ?  Juste de la bonne humeur. Le bonheur d’être là, l’anticipation du plaisir à venir.

Je fais donc comme toute le monde: je placotte avec mon voisin. C’est un gars de Trois-Rivières qui était ici l’an passé, mais qui n’a pas d’expérience en course sur route, alors il semble très impressionné du fait que j’ai couru 10 marathons. Ben heu… je pensais que tout le monde commençait par la route avant de se taper des distances de fous comme celle-là, non ?

On arrive dans un coin complètement perdu. Il faut vraiment savoir que le départ sera donné ici. Je ne sais pas si les autobus sont complètement arrêtés quand les premiers coureurs commencent à en descendre et se disperser partout dans le bois pour se soulager. Ça en est comique. Imaginez l’horreur qu’on lirait sur le visage des adultes si deux autobus jaunes remplis d’enfants se vidaient à cette vitesse et que les tout-petits iraient faire leur pipi doré un peu partout comme nous le faisons à ce moment-là. J’en ris juste à y penser. Et comme pour parfaire ma culture personnelle, se présente à moi l’image d’une femme qui s’exécute en se tenant debout. Un peu déstabilisant, je dois avouer. Mais bigrement efficace, ça ne doit certainement pas être la première fois qu’elle fait ça.

De retour des besoins primaires, je croise Pat à nouveau. Il a un grand sourire qui lui fend le visage en deux quand il me lance: « Tu ne vas pas courir avec ça ? » tout en chiffonnant mon imper d’urgence. Pat, il ne faut pas se fier aux apparences: je ne suis pas totalement nono. Je sais bien que courir avec ça sur le dos, je risquerais de mourir avant la première côte. T’inquiète.

Je reviens justement de me débarrasser dudit imper et de mon restant de bagel quand Dan Des Rosiers, le directeur de l’épreuve, commence son briefing d’avant-course. Il nous résume d’une manière plutôt comique les principaux règlements et détails à observer. Voici ceux que j’ai retenus:

  • Le parcours fait 58 km « plus », donc… (l’exactitude en ultra, ça n’existe pas)
  • Le profil du parcours qu’on voit sur le site a été « photoshoppé ». Il n’y aurait en réalité aucune descente, que des montées (bien honnêtement, ça ferait mon affaire, j’aurais même des chances de terminer dans les 10 premiers)
  • Éviter l’erreur que tout le monde fait en trail: suivre le coureur précédent. Ce sont les rubans roses qui montrent  le chemin à suivre, pas le derrière du coureur qui nous précède.
  • À l’aire des drop bags, ce sera à nous et non aux bénévoles de manipuler nos affaires. Ces braves gens ne sont pas payés assez cher pour se taper la manipulation du linge dégueux pendant des heures
  • Le cutoff à la station Chemin Wall (km 41) est de 7 heures. Ça veut dire que nous devons être sortis de la station 7 heures après le départ, sinon nous serons très fortement priés de quitter le parcours
  • Pour ce qui concerne la « marche excessive », le directeur nous donne l’exemple de la fille qui l’an passé s’était installée sur une chaise longue avec des amis à une station d’aide et s’était mise à boire du Red Bull. Cette année, un tel comportement ne sera pas toléré (mettons que dans mon livre, c’est plus que de la « marche excessive »….)

Il parle ensuite du fameux « Vietnam », mais je n’écoute plus vraiment. J’ai juste hâte de partir, surtout que quelques bibittes commencent à me virer autour. Je me place à la hauteur de Pat et Rachel, question d’avoir du monde d’expérience près de moi en début de course et attends.

Je ne vois pas Sophie autour et on ne nous donne pas de nouvelles d’elle et de son compagnon. Bizarre.

Puis, sans autre cérémonie, c’est le décompte et par un simple « GO !!! », la course est lancée. Enfin, mon deuxième ultra vient de commencer !

Vas-tu à Ottawa en fin de semaine ?

Cette question-là, je dois l’avoir entendue dix fois hier, alors que j’étais en visite dans mon ancien département pour le travail. Non, je n’y serai pas, et ça me fait un peu bizarre. Comme il y a deux ans, quand nous étions en voyage à Paris. Imaginez, au moment du départ du Marathon d’Ottawa, nous étions en visite au château de Versailles (probablement l’endroit le plus surévalué que j’ai jamais vu). Il faisait très chaud, le soleil cognant sans merci sur nos têtes. Je n’ai pas pu m’empêcher de glisser à Barbara que j’espérais que la température était plus fraiche autour de la rivière des Outaouais, sinon mes amis allaient souffrir. Hé oui, j’étais à Versailles et je pensais à un marathon. Ma douce était un petit peu découragée…

Il faut dire que le Marathon d’Ottawa, c’est quelque chose. Le plus grand rendez-vous de course à pied au pays, rien de moins. 42000 coureurs au total des épreuves qui sont étalées sur deux jours: les 2, 5 et 10 km le samedi en fin d’après-midi; puis le demi et le marathon le dimanche matin.

Et fait remarquable (j’en ai déjà parlé), le 10 km et le marathon ont la cote “argent” de la Fédération internationale d’athlétisme. Comme les parcours sont très peu accidentés, ça permet d’attirer des coureurs de très haut niveau. Bon an mal an, le vainqueur du 10 km est un marathonien faisant partie de l’élite mondiale qui vient au pays en préparation pour une autre course. Le marathon n’est pas en reste, le vainqueur de l’an passé ayant terminé dans les 2h09. On est loin du 2h37 de Toronto…  Je crois honnêtement que si la course se déroulait en Europe, le contingent de coureurs présents serait probablement du niveau de Rome, Paris, Rotterdam ou Francfort. Pas les Majors, mais presque.

J’ai beaucoup parlé l’an passé de la grande qualité de l’organisation et de l’implication de la population dans ce marathon. Mon point de vue était basé sur mes autres expériences passées, soient Montréal et Mississauga. Maintenant que j’ai ajouté Philadelphie et Boston à ma liste, un fait demeure: Ottawa, c’est la grande classe. Bien évidemment, Boston, ça demeure Boston. Mais en ce qui concerne Philadelphie, notre marathon national n’a rien à lui envier. D’ailleurs, le lendemain de la course là-bas en novembre dernier, alors que nous faisions le tour de la ville en double-decker, le guide a demandé qui avait couru le marathon la veille. Nous sommes deux à avoir levé la main. Après m’avoir demandé combien de marathons j’avais courus (il ne semblait pas croire qu’il était possible de courir 9 marathons dans sa vie…), il m’a demandé si Philadelphie était mon préféré. Je n’ai pas été capable de lui mentir, malgré le fait que je venais de faire la course de ma vie. Que voulez-vous…

Mais bon, j’ai décidé de passer mon tour cette année, préférant conserver une charge d’entrainement plus élevée en vue de St-Donat. J’aurais bien pu le faire comme un entrainement, c’est d’ailleurs la distance que je compte faire dimanche (en sentiers, par contre). Mais je me connais: quand une compétition se pointe, je suis incapable de la prendre à la légère et je me serais fait un petit deux-trois semaines de tapering avant. Compétitif le monsieur ?  Un petit peu, surtout avec lui-même…

Plusieurs amis et connaissances seront toutefois sur place et c’est avec beaucoup d’intérêt que je vais suivre leurs performances. Je vous souhaite à tous beaucoup de succès et surtout, beaucoup de plaisir !

Je m’en voudrais de conclure sans une pensée pour ceux qui se sont entrainés tout l’hiver en vue de cet événement et qui ne pourront pas y être parce qu’ils sont sur la liste des blessés. À ceux-là, je sais très bien que des phrases comme « Il va y avoir d’autres courses » ne vous apporteront aucun réconfort, alors je vous dis seulement que je comprends et compatis avec vous. Je vous souhaite de revenir le plus rapidement possible dans notre merveilleux monde.

Une bonne décision de la part du Boston Athletic Association

Je sais, je suis un peu en retard sur la nouvelle: ce n’est qu’aujourd’hui que j’ai appris que le Boston Athletic Association (l’organisme responsable du Marathon de Boston) avait officiellement décidé de réinviter les coureurs qui n’avaient pas pu terminer le Marathon suite aux événements que l’on sait.

On ne peut qu’applaudir cette décision qui favorisera les pauvres coureurs qui ont été arrêtés à un mille de l’arrivée, sans savoir pourquoi, et qui ont dû vivre dans l’inquiétude en tentant d’éviter de succomber à la panique, endurer le froid, la déshydratation, la faim, etc. Ces personnes auront la priorité lors de l’inscription pour l’édition 2014 et pourront enfin vivre ce que c’est, courir sur Boylston Street avec l’arrivée en vue, les milliers de spectateurs autour tout en se disant « Ça y est, j’ai fait Boston ! ».

Petit bémol cependant. Dans le communiqué, il est précisé que pour être considérés, les coureurs devront avoir été au départ (ça va de soit !) et avoir franchi au moins la moitié du parcours sans pouvoir terminer. Le problème que je vois dans cette règle, c’est que certains qui ont abandonné avant l’arrêt de la course pourraient se faufiler. Pour éviter ça, il faudrait à tout le moins que les coureurs qui faisaient partie de la première vague ne puissent se prévaloir de ce privilège. Car entendons-nous bien, il fallait avoir couru un marathon en environ 3h16 ou mieux pour pouvoir faire partie de cette première vague. Les bombes ayant explosé 4h39 après le premier départ, je doute fort qu’il restait encore de ces compétiteurs sur le parcours à ce moment-là. Si oui, ils devaient être à l’agonie… ou ils avaient triché pour faire partie de la course.

Pour ce qui est de la quantité totale de personnes qui seront admises pour le Marathon, l’organisation n’a pas encore décidé si elle sera augmentée ou non. Peut-être qu’il sera plus difficile pour les autres coureurs de faire partie de la course et ce serait bien dommage, mais en ce qui me concerne, c’était la décision à prendre.

Un gros bravo au B.A.A. !