Voudrait-on de Lance dans les sentiers ?

Tout le monde connaît l’histoire de Lance Armstrong: jeune champion cycliste très fougueux à ses débuts, il est mis au plancher par un cancer des testicules alors qu’il vient d’avoir 25 ans. Suivent des traitements de chimiothérapie, une longue réhabilitation, un retour au premier plan dans le cyclisme, 7 victoires consécutives au Tour de France, une première retraite sportive, un autre retour (ponctué d’une troisième place au Tour, quand même), une deuxième retraite, puis une longue enquête sur ses pratiques en matière de dopage. À la fin, l’USADA prouve hors de tout doute qu’il a triché pour obtenir ses principaux titres, demande qu’il en soit déchu et lui colle une suspension à vie.

Ces derniers temps, il a encore réussi à faire parler de lui, d’abord en commettant un délit de fuite (que sa conjointe a couvert en prenant le blâme !), puis en se faisant condamner à rembourser une compagnie d’assurances. D’ailleurs, je me demande bien s’il lui reste assez d’argent pour payer ça, mais bon, ce n’est pas vraiment de mes problèmes.

De toute façon, ce n’est pas de ça dont je veux parler. En effet, il y a quelques semaines, en surfant sur La flamme rouge (les amateurs de vélo reconnaitront d’où m’est venue l’inspiration pour le nom de ce blogue :-)), un de mes sites préférés, je suis tombé sur cette rare entrevue accordée par l’ancien patron du peloton.

C’était peut-être volontaire de sa part (il a toujours été un grand manipulateur), mais jamais il ne m’a paru aussi… vulnérable, je dirais. Il a vieilli, oui, mais surtout, il a perdu ce regard d’acier qui avait le don d’intimider même le plus solide et le plus expérimenté des interlocuteurs. D’ailleurs, si on croit ce qu’il en dit, il regrette cette époque où il a été le roi incontesté des trous du c…

Aujourd’hui, mis à part le fait que ses enfants se font parfois remettre le passé de leur père sur le nez, ce que Lance trouve le plus difficile, c’est de ne plus pouvoir prendre part à aucune espèce de compétition. Effectivement, il est exclu de toute épreuve qui souscrit au code de l’agence mondiale antidopage. Donc, pas seulement des courses cyclistes, mais aussi des épreuves de course à pied, de triathlon, de natation, de boulingrin, etc. Et ce, pour le restant de ses jours.

À la base, je trouve absurde qu’on lui ait retiré tous ses titres. Si plusieurs de ses contemporains ont également avoué avoir été dopés à la même époque, pourquoi retrouve-t-on encore et toujours leurs noms dans les résultats officiels. Pourquoi lui et pas les autres ? Parce que c’était le dernier des cons ?

Tout comme lui, je suis entièrement d’accord à ce qu’il soit puni. Mais de toute compétition ? Pour le reste de sa vie ? Comme il dit, il n’aurait même pas le droit de courir le Marathon de Boston (pour ça, il faudrait d’abord qu’il se qualifie), même si c’était dans le but de le faire au petit trot et d’amasser des fonds pour une bonne cause. Ni tout autre marathon nulle part dans le monde.

Ce n’est pas pour rien qu’on l’a récemment vu essayer de se qualifier pour les championnats du monde du beer mile : il a besoin de compétitionner, c’est dans son ADN. Et comme je vois mal comment un tel événement pourrait être sanctionné par l’AMA…

Suite au visionnement de l’entrevue, je me suis posé la question suivante : est-ce que les ultras sont soumis au code de l’AMA ? Certains le sont. Je sais que Badwater est très strict à ce sujet, probablement que d’autres comme l’UTMB et le Western States le sont aussi. Mais tous ? J’en doute. Le monde de la course en sentiers en général, celui des ultras en particulier, est plutôt du type « artisanal » pour emprunter les mots d’un de mes lecteurs. Ce genre d’épreuve est tellement marginal qu’on ne se donne même pas la peine de faire passer des tests aux gagnants. De plus, les bourses, quand il y en a, sont tellement dérisoires qu’elles ne valent pas le coût de se doper pour aller les chercher. Quant aux retombées publicitaires, bien qu’il y ait certains athlètes qui vivent de leurs commandites, ils demeurent très rares.

Ce qui m’amène à la deuxième question qui a traversé mon esprit : à ce moment-là, est-ce que j’accepterais de partager les sentiers avec Lance Armstrong ?

Ma réponse ? Oui, mais à une condition : qu’il la joue low profile, exactement comme ça s’est passé lors du beer mile. Pas de coup de pub, pas de cirque médiatique annonçant en grandes pompes un autre de ses retours. Il fait comme tout le monde : il s’inscrit (sous un autre nom s’il le faut), paie les frais d’inscription, ne fait pas tout un plat parce qu’il amasse de l’argent pour un cause quelconque (ça ne l’empêche pas de le faire), se présente au départ et se tape les longues heures de course en toute convivialité. Point.

Le monde de la course en sentiers n’a pas besoin de publicité et dans un certain sens, il fuit cette publicité. Un Lance Armstrong qui débarquerait avec ses grands sabots ne serait tout simplement pas le bienvenu.

Un programme ? Quel programme ?

Discussion avec un collègue qui travaille sur le même étage que moi. Marathonien, coureur rapide (il m’a mis 9 pleines minutes dans la tronche à Boston, puis il a fait sous les 3 heures à Détroit), il me parlait des programmes qu’il avait essayés et surtout, de la méthode qui lui a permis de s’améliorer énormément, celle des frères Hanson.

Quand j’ai entendu ça, j’ai tout de suite pensé aux frères du même nom qu’on a pu voir évoluer dans Slapshot. J’avais juste envie de rire à m’imaginer les trois frérots du film pondre un programme d’entrainement pour marathoniens avec leurs grosses lunettes et leurs coiffures dignes des hippies… Mais bon, mon collègue étant pas mal plus jeune, je me suis dit qu’il ne connaissait certainement pas ce grand classique de série B des années ’70, alors j’ai omis de lui en faire part.

Toujours est-il que ladite méthode m’a intrigué et je me suis dit que si un jour je me consacrais à nouveau seulement à la route, peut-être que je lui donnerais un essai. Mais comme c’est loin d’être le cas pour le moment…

La conversation s’est ensuite tournée vers les ultras. Pour un coureur dont la distance-fétiche oscille entre le 10k et le demi-marathon, les ultramarathons demeurent un mystère. Il a lu les livres de Dean Karnazes et ça le fascine. Il me demanda donc quel genre de programme d’entrainement je suivais quand je me préparais en vue d’un ultra.

Un programme ?  Quel programme ?  De quessé ?  J’étais bien embêté de lui répondre.

Car, bien que mes sorties aient une certaine structure, je ne suis aucun programme en particulier. Mise à part la longue sortie du dimanche qui peut aller jusqu’à 50 km (ce qui arrive très rarement), heu… Les lundis et vendredis sont habituellement des journées de repos. En été, quand je suis dans la civilisation, je vais à la montagne les mardis et jeudis (car ce sont les jours où on peut se stationner des deux côtés de la rue) avant de me rendre au travail. Les mercredis sont pour la sortie relaxe. Les samedis ? Heu… intervalles ? Tempo ?  Fartlek ? Ça dépend comment je me sens, ce qui me tente. J’y vais un peu à la « va comme je te pousse ». En hiver ?  Heu… Il m’arrive de me rendre en ville ou au métro en courant. Et je spinne dans la neige, comme tout le monde.

Il existe bien des programmes pour les ultras, mais je ne connais personne qui en suit un !  Ou en tout cas, ça ne se discute jamais entre ultramarathoniens comme que ça se discute entre coureurs sur route.

J’en parlais avec ma tendre moitié et elle a émis une hypothèse fort plausible. Elle qui me suit depuis mes premiers balbutiements sur deux pattes, elle a remarqué que lors des événements de courses en sentiers, les coureurs avaient l’air de « vivre » la course au lieu de la « subir » comme ce qu’on voit souvent sur la route. Pour elle, les ultras sont la place où les gens font ce qu’ils aiment, point. Il y a évidemment une compétition, mais c’est bien secondaire.

Elle a même ajouté que le mot « entrainement » ne s’applique pas vraiment aux ultramarathoniens. Selon elle, « entrainement » sous-entendrait « obligation ». Comme quelqu’un qui irait au gym pour maigrir. Or, elle a remarqué qu’il ne ressortait justement aucun sentiment d’obligation durant un ultra. Les coureurs font leur petite affaire, arrivent avec le sourire aux lèvres, bouffent des trucs, jasent un peu, puis repartent… s’ils en ont envie. Ils sont écoeurés, n’ont plus de plaisir ?  Ils s’arrêtent.

Le même principe s’applique hors compétition. Si je me lève aux petites heures pour aller courir avant de me rendre au travail, ce n’est pas par obligation, pas pour « m’entrainer ». C’est parce que je le veux bien. Le jour où je n’aurai plus envie de le faire, je ne le ferai plus, un point c’est tout. Bien évidemment, je ne dis pas que je trépigne d’impatience à l’idée de sortir de mon lit alors qu’il fait encore noir et que je sais qu’il fait -20 degrés dehors. Mais je sais qu’après, je vais me sentir mieux qu’avant.

Alors un programme ?  C’est trop dur. Je laisse ça aux marathoniens ! 😉

D’autres petites vites de janvier

Le « froid » abitibien, suite et fin – Je sais, j’en fais une obsession. Que voulez-vous, quand on passe des semaines et des semaines dans une région, on finit par trouver que les gens de la place exagèrent un tantinet quand ils parlent de leur coin de pays. Et dans le cas qui me concerne, quand ils font référence au fameux « froid » abitibien. « Il fait frette en Abitibi ! » qu’ils se plaisent à répéter ad nauseam. Ha oui ?

J’en avais déjà parlé, je trouvais que c’était largement exagéré. Mais je me disais que je n’avais pas testé des vraies conditions de janvier. Hé bien voilà, c’est maintenant fait. Mardi de la semaine dernière, coup d’œil à la météo: -22 degrés, -28 degrés ressentis. Ok, ce n’étaient pas les -40 qui font la « fierté » des très sympathiques habitants de la région, mais quand même.

Comme par défi, j’ai décidé de m’habiller pour l’équivalent de -15 ou -17 degrés à Montréal. Premier constat : je me demande bien comment on peut « ressentir » 6 degrés de moins que la température réelle quand le vent ne souffle même pas assez fort pour savoir de quelle direction il provient !  Deuxième constat : après 3 minutes, je me suis rendu à l’évidence: deux épaisseurs au niveau des mains, c’est définitivement trop: j’avais chaud ! J’ai donc poursuivi avec une simple épaisseur, faisant même des bouts les mains à découvert, moi qui gèle très facilement de cette partie du corps (de d’autres parties aussi, mais ça, c’est une autre histoire ! :-)).

De retour à l’hôtel, le préposé à l’accueil m’a demandé si ce n’était pas trop froid pour courir. Trop froid ?  Pfff !!!

(Note: c’est ce soir-là qu’un propriétaire de dépanneur de Rouyn-Noranda a fait feu sur des jeunes qui tentaient de voler son commerce. Par chance, je n’ai pas couru dans ce quartier ce soir-là, le trouvant trop monotone. Mais je suis souvent passé devant ledit dépanneur…)

On n’a plus les préparations qu’on avait – En préparation d’un marathon, j’avais jadis l’habitude de faire le demi Scotiabank et parfois les 20 km du Tour du Lac Brome. Ça me permettait de me tester côté vitesse et de voir si la fatigue commençait à se pointer le bout du nez une fois rendu à l’équivalent de la mi-distance.

Arrive 2015, j’ai deux 100 miles au programme. Pas pour commencer ma saison avec une telle course drette en partant, comme on dit. Il y a bien les 50 miles de Bear Mountain, un classique pour les coureurs d’ici, mais à deux semaines de Massanutten, je trouvais ça un peu serré. J’ai donc jeté mon dévolu sur une autre course de la série The North Face Endurance Challenge, soit celle de Washington. Quatre semaines avant le premier grand rendez-vous de la saison, je trouvais que cette épreuve était vraiment bien placée dans le calendrier. En plus, ça va nous donner l’occasion de visiter une ville qui nous est inconnue.

Une fois l’inscription complétée, je me suis rendu compte du ridicule de la situation : après avoir fait une seule fois un 100 miles dans ma vie, je considère maintenant 50 miles (ce sont 80 foutus kilomètres ça !) comme une « préparation »… alors que je n’ai finalement fait cette distance que deux fois !   Calv… On n’a plus les préparations qu’on avait !

Le grand retour – Dimanche, température froide, vent à écorner un boeuf. Vraiment, mais vraiment pas le goût de me taper les rues en zigzagant pour « contourner » le maudit vent. Disons que je commence à en avoir soupé des petites rues toujours recouvertes du verglas qui nous est tombé dessus au début du mois.

Je sais que Pat ne comprend comment je peux faire pour courir aussi longtemps là-bas en hiver, mais j’ai décidé d’effectuer un grand retour dans mon terrain de jeux: le mont St-Bruno. Ok, il n’y a que 2 pistes totalisant 6 km d’ouvertes pour la course. Ajoutez à ça un 7-8 kilomètres pour aller faire le tour du lac Seigneurial et bon, il faut tout de même repasser à quelques reprises aux mêmes endroits si on veut accumuler une distance appréciable.

Mais je m’en fous. J’étais dans le bois, à l’abri du vent. Je pouvais enfin recommencer à faire quelques montées-descentes, travailler mon jeu de pied pour contourner les arbres, respirer l’air pur. Haaaaa…

Le vidéo, quelques semaines plus tard – Pour ceux qui ne l’auraient pas déjà vu, voici le très beau vidéo officiel de la fin de semaine du dernier Bromont Ultra. Mon bout préféré ?  À 00 :57, quand un père souhaite bonne chance à son fils peu avant le départ de la plus belle course de sa vie. Avertissement cependant: ne clignez pas des yeux, vous risquez de le manquer !

 

Petites vites du début janvier

Gros mois de janvier côté course. Côté travail aussi, mais ça, c’est une autre histoire… Je vous présente aujourd’hui un petit résumé de ce qu’il a l’air jusqu’à maintenant.

« Faites attention, c’est dangereux ! » – Dimanche le 4. Un système de basse pression s’est installé sur le sud de la Belle Province (d’ailleurs, d’où vient ce pompeux surnom ?  Ceux qui le lui ont donné ne l’ont certainement pas vue à Montréal en hiver !). Le mercure oscillant autour du point de congélation, c’est sous forme de pluie verglaçante que les abondantes précipitations s’abattaient sur ses habitants.

Qu’à cela ne tienne, comme pour prouver l’adage « You Quebecers are fucking tough !», j’ai enfilé mes souliers de course et mes crampons pour ensuite m’élancer dans les rues de ma petite banlieue, rues transformées en véritables patinoires.

Les rares piétons que je croisais avançaient à pas de pingouins. Les autres qui avaient osé mettre le nez à l’extérieur essayaient soit d’arranger leur entrée de cour afin de la rendre praticable, soit de déglacer leur voiture. Sans grand succès dans les deux cas, d’ailleurs. En me voyant passer certains me souriaient, d’autres m’envoyaient la main. J’ai aussi eu droit à quelques signes « pouces levé », ce qui ne faisait que m’encourager à poursuivre.

Un monsieur, les yeux exorbités, s’est mis à alterner frénétiquement la direction de son regard entre le sol et moi. Puis il m’a lancé, complètement affolé : « Faites attention, c’est DANGEREUX !!! ». Et moi de lui répondre en riant : « Je ne suis même pas encore tombé ! ». Ça faisait 17 kilomètres que je courais là-dessus, j’avais une légère idée à quel point c’était glissant, mettons. Je pense que j’ai ri pendant 10 minutes. Et je ne me suis jamais retrouvé sur mon postérieur.

Le tapis (bis) – Dans les heures qui ont suivi, le mercure est tombé en chute libre, perdant une vingtaine de degrés au passage. Comme pour ajouter à mon « malheur » de coureur, j’ai dû me rendre à Baie-Comeau pour le travail. Durant la journée, alors que nous étions en installation, il faisait un beau soleil et le temps était sec. Froid, très froid même, mais sec.

Le soir venu toutefois, le vent s’est mis à souffler. -24 degrés, -35 de refroidissement éolien, tout ça aggravé par une merveilleuse humidité provenant du fleuve. Aller courir le soir, dans une ville que je ne connais pas, dans telles conditions ?  Ça a beau être contre mes principes, mais quand j’ai vu que l’hôtel avait un petit gym (c’est en fait une ancienne chambre dans laquelle ils ont pitché 3-4 appareils de torture autant mentale que physique), je me suis dit que ça ferait l’affaire. Une fois n’est pas coutume.

Comme je déteste les tapis roulants, je ne me faisais pas trop d’illusions. Mais au final, je me suis tapé quelques intervalles, ce que je n’aurais pas pu faire dehors. Sauf que maudit que c’est plate, courir sur un tapis !  Ce n’est pas normal d’avoir besoin d’une télé pour se distraire quand on fait du sport.  À tous ceux qui s’astreignent à cette tâche régulièrement, chapeau bien bas.

Le Grand défi – Souper avec un couple d’amis et leurs enfants samedi le 10. Nathalie, enseignante au secondaire, m’avait averti : « Je vais avoir un grand service à te demander. »  Je me demandais bien ce que je pourrais faire pour elle.

Toujours impliquée dans son école, elle et un de ses collègues se sont lancés dans l’aventure de motiver et d’entrainer un groupe d’élèves en vue du Grand Défi Pierre Lavoie – la course au secondaire, course qui consiste à courir pendant 30 heures à relais, sans arrêt.

En début de projet, ils discutaient ensemble et mon « cas » est venu sur le sujet, Nathalie me présentant comme le parrain de sa fille, un gars qui « court beaucoup », glissant au passage une course que j’avais faite dans les sentiers à Bromont. Son collègue, qui avait pris part à la course de 12 km cette fin de semaine-là, de demander : « Frédéric Giguère ?  Tu connais Frédéric Giguère ?!? ». Hein, il y a quelqu’un qui me connaît ?!?  Je veux dire, à part dans le milieu des freaks en mon genre, il y a vraiment du monde normal qui me connaît ?  Le pire, c’est que mon amie, bien qu’on se connaisse depuis une vingtaine d’années, n’était même pas certaine de mon nom de famille !  🙂

Arrive le service qu’elle voulait me demander. Serais-je disponible pour les aider ?  Bien sûr. Pour faire quoi au juste ?  Parler aux étudiants, les motiver, courir avec eux…

Bon, pour ce qui est de parler, surtout si c’est devant un groupe de façon formelle, je vais laisser ça à quelqu’un qui est meilleur que moi là-dedans… comme dans la course d’ailleurs (Joan, c’est de toi que je parle; si tu n’as pas été contacté par un certain Éric, ça ne saurait tarder). Mais courir avec eux pour les motiver les soirs de semaine ou les samedis ?  N’importe quand !

J’attends donc la suite des choses. Contribuer à faire bouger nos jeunes, ce ne sera pas qu’un plaisir, ce sera un honneur. Et tant qu’à y être, les accompagner lors du défi ?  Je ne dis certainement pas non.

Les deux ordis – Dimanche le 11, 18h50. Dans à peine 10 minutes allaient ouvrir la deuxième vague d’inscriptions en vue du Vermont 100, le seul grand 100 miles de l’est du continent. Ignorant combien de places étaient disponibles suite à la première vague à laquelle je n’avais pas accès, j’étais prêt: non seulement l’Internet Explorer de mon ordinateur personnel était déjà à la bonne page, celui de mon ordinateur de bureau y était également, au cas où mon débile léger choisisse ce moment précis pour faire des siennes. Je ne voulais pas prendre de chance.

Après avoir cliqué à répétition sur le bouton « Rafraîchir » à l’approche de l’heure H, j’ai remarqué un changement sur la page d’inscriptions. Enfin !

Déception : les inscriptions n’étaient ouvertes que pour la liste d’attente. Ils avaient rempli le contingent de coureurs juste avec les privilégiés de la première vague ?  Shit…

C’est donc à contrecœur que je me suis mis à remplir le formulaire, question d’au moins inscrire mon nom en haut de la liste d’attente. Puis, avant de confirmer le tout (je ne sais pas pourquoi j’ai fait ça), je me suis tourné vers l’autre ordi pour faire un autre « Rafraîchir ». Et miracle, les inscriptions pour la course étaient ouvertes !!!

Ne comprenant pas trop de quoi il en retournait, je me suis empressé de remplir les petites cases. Mon cœur battait la chamade  et sur le coup, je me suis vraiment senti niaiseux de m’énerver autant juste à l’idée de participer à une course. C’est que j’y tenais vraiment. Mais bout de viarge, c’était juste une course !

Puis, quand j’ai fait « Checkout », c’était confirmé : j’étais inscrit.

Pour la petite histoire, il y a eu un problème avec le système à l’heure où les inscriptions ont été ouvertes, ce qui explique les bizarreries du début. L’organisation s’en est d’ailleurs excusée. Mais le plus important est qu’à 4 heures du matin le 18 juillet prochain, je serai quelque part dans un trou perdu du Vermont, avec 300 de mes congénères. Et jamais je ne souhaiterai être ailleurs à ce moment-là.

Le Dow Jones – Ça fait des années que je ne suis plus la bourse. Mais lundi le 12, j’ai fait une exception. La raison ?  Ma participation à un autre 100 miles prestigieux, le Massanutten Mountain Trails 100, en dépendait.

Quel rapport vous demandez ?  C’est que le processus de sélection du contingent de coureurs pouvant participer à cette épreuve est assez particulier. Ne voulant pas soumettre ces pauvres petites bêtes au stress d’une inscription de type « premier arrivé – premier servi » comme le Vermont 100, l’organisation utilise le principe d’une loterie.

Sauf qu’au lieu de piger les noms des 208 chanceux en faisant un tirage classique, ils procèdent autrement. Ainsi, les fêlés comme moi qui désirent prendre part à cette épreuve ont quelques jours en début janvier pour signifier leur intention. Quand ils le font, ils reçoivent un numéro à 3 chiffres généré aléatoirement, numéro qui sera utilisé pour décider s’ils sont « gagnants » à la loterie ou pas.

Et comment se fait le « tirage » ?   En se basant sur les trois derniers chiffres de l’indice Dow Jones à la clôture des marchés, le 12 janvier. Ce numéro donnait le point de départ où on commençait à sélectionner les participants à partir de la liste des inscrits. En se basant sur d’autres variables, comme si lesdits 3 derniers chiffres ont été attribués ou pas et si le marché était à la hausse ou la baisse, l’organisation sélectionnait les 208 personnes autorisées à s’inscrire officiellement. Les autres se retrouvaient sur la liste d’attente, selon un autre système de priorités.

Compliqué ?  Un peu. Si vous voulez les détails, ils sont expliqués ici. Mais au final, j’ai eu le bonheur de constater que je fais partie de la liste des heureux élus, tout comme mes compagnons Joan, Pierre, Pat et Denis. Et je compte bien me prévaloir de ce privilège le 1er février prochain, lors de l’inscription officielle.

J’ai donc deux 100 miles officiellement inscrits à mon calendrier, moi qui doutais de mes capacités à en faire un il n’y a même pas un an de ça. Va falloir que je me mette à faire un petit peu de dénivelés d’ici là, je pense… 🙂

2014, mieux que 2012 ?

Une autre année qui s’achève. La tradition étant maintenant bien établie, je vous offre aujourd’hui chers lecteurs une petite rétrospective de mon année de course à pied. Avec mes bons et mes moins bons coups.

Tourner en rond – La dernière fois que j’en ai parlé, c’était lors d’une conférence donnée par Joan. Il présentait l’ultramarathon sous toutes ses formes et parmi celles-ci, il y avait la version consistant à courir 50 kilomètres sur une piste. La première réaction des gens quand ils prennent connaissance de telles épreuves se résume généralement à un gros « Ouach ! » ou un « Beurk ! » de dégoût.

Et pourtant, je dois avouer que je n’ai pas détesté l’expérience. Ça a quelque chose de rassurant, courir sur une piste. Les toilettes sont toujours proches, les ravitaillements aussi. Et en hiver, ce n’est pas trop déplaisant de courir sans spinner. Je ne sais pas si je vais récidiver, mais je ne ferme certainement pas la porte.

La victoire – Dès le premier des 500 virages à effectuer durant la course, j’étais seul en tête. Pendant près de 4 heures, je me suis demandé si j’allais tenir le coup, s’il y avait un coureur qui me suivait et attendait que je faiblisse pour m’achever. Comment aurais-je pu savoir que Denis, celui qui m’encourageait à chaque fois que je le dépassais, était mon plus proche poursuivant ?

Puis, dans le dernier tour, on a prononcé les mots magiques: « vainqueur » et « record ». Ça m’a fait vraiment bizarre. On n’était évidemment pas en présence du contingent de coureurs du Marathon de Boston, mais j’ai tout de même savouré cette grande première.

Quant au record, il a tenu le coup lors de l’édition montréalaise des Marathons intérieurs JOGX et il ne sera pas en danger en 2015 pour la simple et bonne raison qu’on n’y tiendra pas d’épreuve de 50 km.

L’attente –  Hopkinton, le lundi 21 avril. Après New York quelques mois plus tôt, je me retrouve encore à attendre le départ d’un grand marathon en gelant comme un creton. Ça durera des heures. À ce moment précis, je me dis « Plus jamais ».

L’émotion – Quand les Japonais tout près ont fini par finir de jacasser, un silence complet s’est installé dans la grande cour de l’école secondaire où tous les coureurs étaient réunis. Les images de l’horreur qui avait secoué Boston et le monde entier me sont revenues en tête. Si j’étais là, c’était pour les victimes, pour montrer à tous les illuminés que cette terre peut porter que jamais, au grand jamais, ils ne me feront reculer.

Je ne sais pas si c’était la rage ou la tristesse, mais j’ai senti une vive émotion monter en moi. Et ai laissé échapper quelques sanglots.

Le parcours – Pourtant je le savais. Ce parcours-là tend un piège au coureur pour le bouffer tout rond par la suite. Je ne cessais de me répéter de prendre ça cool, de relaxer, de demeurer « en dedans ».

Rien à faire. Après avoir eu l’illusion que je pourrais être dans un grand jour (du con !), les premières crampes ont fait leur apparition avant même d’arriver à Newton, au 26e kilomètre. Heureusement, fort d’une expérience acquise à la dure (c’est le moins que l’on puisse dire !), j’ai réussi à gérer ma fin de course relativement convenablement et à terminer avec mon 3e meilleur temps en « carrière ».

Je me demande si un jour, je réussirai à traverser la petite banlieue de Brookline sans souffrir le martyr… Pour ça, va falloir que je refasse la course, ce dont je ne suis pas certain d’avoir envie.

Lapin-accompagnateurMarathon d’Ottawa. Pour la première fois, j’allais accompagner quelqu’un pour un marathon. J’avais bien peur de ne pas être à la hauteur. En effet, que faire et quand le faire ?  Encourager « positivement » ou « botter le derrière » ?  Et si Maggie frappait le mur ?

Disons que j’ai beaucoup appris ce jour-là. Des détails, mais qui peuvent faire toute une différence. Par exemple, les côtes sont beaucoup plus difficiles pour les coureurs moins rapides, car ils n’ont pas le même momentum à la base. Ils doivent donc travailler plus fort durant la montée qui semble alors plus longue pour eux. Aussi, prévoir que les ravitos pourraient être moins bien garnis et surtout, trainer de l’argent la prochaine fois. Quand Maggie a constaté que des Mr Freeze (il faisait chaud) avaient été distribués et qu’il n’en restait plus pour nous, j’ai senti son moral en prendre un coup. Si j’avais pu faire un arrêt au dépanneur à ce moment-là…

Lapin-accompagnateur (bis) – Sylvain, le coureur le plus rapide que j’ai eu l’occasion d’accompagner, faisait sa première incursion dans le monde du demi-marathon (en fait, le Tour du Lac Brome fait 20 kilomètres, mais bon…). J’ai eu l’occasion de me reprendre un peu, m’amusant à déconner avec mon ami, question de lui changer les idées durant l’épreuve.

La prochaine fois, ce sera pour la grande course. Il est prêt, ne reste plus qu’à le convaincre. Je crois même qu’il a le potentiel pour faire Boston dès sa première tentative.

Le feu – Ils étaient (presque) tous bien installés autour quand nous sommes arrivés. Les participants de la course de 120 km de l’Ultimate XC de St-Donat avaient trouvé la nuit particulièrement difficile. Pas tellement encourageant de voir des coureurs de ce calibre avoir le moral dans les talons après avoir complété (en sens inverse) le parcours qui nous attendait. Parmi les sept, seulement deux se joindraient à nous pour les 60 kilomètres restant.

Question de nous enlever le peu de confiance en nous qui nous restait, Joan s’est permis d’ajouter: « Vous allez vous amuser ! ». Moi qui avais trouvé l’épreuve particulièrement pénible 12 mois auparavant…

Les crampes (bis) – Je devrais plutôt dire LA crampe, soit celle qui semblait contracter tous les muscles de mon corps suite à une chute à quelques kilomètres du village de St-Donat. L’espace d’un instant, j’ai cru que jamais je ne me relèverais.

Le sourire – Celui de Luc quand il m’a aidé à me relever. Celui de Luc encore quelques minutes plus tard quand il m’a dit « Allez, on finit ça ensemble ! ». Et celui qu’on avait tous les deux quand on a traversé la ligne d’arrivée, main dans la main. C’est ce que j’aime par-dessus tout de la course en sentiers: on passe des heures et des heures sur le parcours et pourtant, on termine à égalité, la position n’ayant que finalement pas tellement d’importance (nous avons tout de même terminé en 14e place).

Le coup de pied – Celui de Pat. Donné sur le bout pied au sens propre, mais au derrière au sens figuré. En 2-3 phrases, il m’a convaincu que j’étais prêt pour un 100 miles. Il avait crissement raison.

L’imagination – Quelques jours après St-Donat, le travail m’a amené à effectuer un premier de très (trop ?) nombreux déplacements en Abitibi. Les longues heures, la fatigue accumulée, un nouvel environnement, plusieurs obstacles se sont dressés pour m’empêcher de vivre ma passion.

J’ai dû faire preuve d’imagination, mais j’ai trouvé à la fois le temps et les endroits pour courir. J’ai même pu parcourir à fond la caisse des sentiers de quads qui étaient ma foi fort praticables et très agréables.

Un collègue (beaucoup plus jeune que moi) m’a demandé où je trouvais l’énergie pour aller courir après des journées comme on se tapait au boulot. Honnêtement, j’aurais trouvé infiniment plus difficile d’aller m’enfermer dans ma chambre d’hôtel…

La bibitte rare – Dans un monde où les engins à moteur sont pratiquement élevés au niveau des dieux (j’exagère à peine), la perception qu’ont les gens d’un gars maigrichon qui court beau temps mauvais temps, pluie ou neige, varie à l’intérieur de la fourchette allant de l’extra-terrestre à la nuisance publique.

Mes collègues de la place, à force me côtoyer, ont semble-t-il adopté le terme « bibitte rare » pour me décrire. Un être humain en apparence tout à fait normal, mais bon, le soir, il court. Que voulez-vous, personne n’est parfait…

Mais on dirait que ce n’est pas toute la population locale qui ait aussi bien assimilé la présence d’oiseaux rares. En effet, pour la première fois depuis des années, j’ai entendu a un cabochon qui m’a lancé un « Cours Forrest, cours ! » comme je passais tout près. Moi qui croyais que cette race avait quitté la surface de la planète… Puis, le même soir, il y a un autre tata, au volant de son giga-pickup, qui s’est mis à me klaxonner (et ce n’était pas un petit coup de klaxon pour m’avertir de sa présence, c’était la version frénétique des klaxons à répétition ayant l’air de dire: « Tasse-toi de mon chemin ! ») alors que la rue était suffisamment large pour accommoder 5 ou 6 engins du calibre de celui dans lequel il semblait essayer d’exprimer sa virilité. Du con…

Le « froid » abitibien – Un seul mot pour le décrire: exagéré. Vent pour ainsi dire absent, humidité presque aussi rare, les conditions y sont quasi-idéales pour pratiquer des sports en hiver. Pour une même température, je porte une couche de moins de vêtements que dans la région de Montréal.

-20 degrés en Abitibi ?  C’est plus facile à endurer qu’un -10 dans le sud de la province. Je n’ai toutefois pas connu leurs fameux -40…

Lake Placid –  Nous avions tellement aimé, nous y sommes retournés. Un terrain de jeux incroyable pour un fou de la trail qui en a profité au maximum, encore une fois. Le Flume Trail System n’a maintenant plus aucun secret pour moi. Les heures que j’ai passées à l’arpenter dans tous les sens m’ont donné une base inestimable en vue des courses automnales.

La meilleure organisation ? – On dit souvent que ce sont les petits détails qui font la différence. Et l’organisation de l’UT Harricana semble particulièrement attentive à ces petits détails.

Par exemple, la présence de toilettes portables au départ. Ou le marquage des kilomètres sur le parcours. Ces petits riens qui font passer l’expérience de course d’agréable à très agréable.

Savoir s’adapter est également une très belle qualité pour une organisation. 300 coureurs qui finissent par aboutir dans un single track, ce n’est pas jojo. Ainsi, l’épreuve de 80 km ne reviendra pas en 2015 et sera remplacée par un 125 km qui partira de plus loin. Donc, moins de congestion à « subir » avec les coureurs du 65 km.

Ceci dit, nous devrions nous compter extrêmement chanceux que des gens passionnés mettent sur pied des épreuves de grande qualité comme St-Donat, Harricana et Bromont (je compte bien « rendre visite » aux autres ultras de la Belle Province dans un avenir rapproché). Pour avoir vécu l’expérience aux USA, les nôtres n’ont absolument rien à envier, bien au contraire, à nos voisins du sud. Et pourtant, ceux-ci devraient posséder une plus vaste expérience dans le domaine…

La bonne formule pour moi ? –  Après avoir lu le Field Guide to Ultrarunning d’Hal Koerner, j’ai décidé de faire un test à Harricana: j’allais prendre un gel à environ toutes les 30 minutes, sauf dans le cas où je boufferais aux ravitos. Résultat: aucune baisse d’énergie, aucun down pendant les 9h20 que j’ai passées dans les sentiers. J’allais certainement répéter.

Pas le plus rapide, ni le plus habile, mais… – Je suis parti en milieu de peloton, ou à peu près. Dans le single track, j’avais l’impression d’être une nuisance. Je ne comptais plus les coureurs que j’avais dû laisser passer.

Puis, je me suis rendu compte que les autres s’éternisaient aux ravitos, alors que je passais presque en coup de vent. Puis je rattrapais des coureurs, un à un, et ne me faisais jamais reprendre. Je poursuivais mon petit bonhomme de chemin, un point c’est tout. « Keep moving forward » que je ne cessais de me répéter.

Au final, une 13e place sur environ 150 partants, malgré une contracture au mollet droit. Serais-je fait pour les très longues distances ?

L’inconnu – 100 miles. 160 foutus kilomètres. En sentiers, en montagne. Il faut être fou pour faire ça, non ?  Pourtant, quelques minutes avant le départ de l’épreuve-reine du Bromont Ultra, je ne ressentais pour ainsi dire aucune nervosité, même si je me lançais dans l’inconnu. J’allais faire ce que j’aime le plus au monde pendant une journée complète. Quoi demander de mieux ?

La tente médicale – Après les 55 premiers kilomètres, premier passage au camp de base. Sous la tente, deux ou trois coureurs qui se tordent de douleur. Dans ma tête l’épreuve vient à peine de commencer, alors je trouve bizarre de voir autant de concurrents amochés. Du coup, je gagne plusieurs places au classement…

Première expérience – Je n’avais jamais couru à l’obscurité. On dit qu’il faut tester toutes le conditions de course, mais bon, je n’en avais pas eu l’occasion, alors…

En octobre, la nuit dure environ 13 heures. J’aurai passé tout ce temps à parcourir les bois et les chemins de campagne à la lueur de la frontale. Qui serait assez fou pour aller courir dans des sentiers à 3 heures du matin en temps « normal » ?  Personne, probablement. Mais dans le cadre d’une course, on dirait que c’est « normal », justement.

On avance plus lentement, les ombres font parfois (souvent) croire à la présence d’animaux bizarres, on se sent seul au monde, on réussit à se perdre même si on se déplace à la vitesse d’une maman paresseux affolée. Et pourtant, on se sent à sa place. Jamais je n’ai souhaité être ailleurs cette nuit-là.

« T’es deuxième !!! » – Thibault l’air serein, bien installé sur une chaise, une couverture sur les jambes, ses bâtons de marche à ses pieds. Il se retirait de la compétition, les quads fichus. Ces mots sortis de la bouche de ma douce moitié confirmaient ce que je venais de réaliser: il ne restait plus qu’un seul coureur devant moi, Joan, qui n’est tout simplement pas dans ma ligue. Derrière: trois ultramarathoniens aguerris. 56 longs kilomètres me séparaient encore de l’arrivée. Tellement de choses pouvaient encore se produire…

1h15 – C’est l’avance que j’avais sur Pierre, Louis et Martin lors de mon dernier passage au camp de base. À ce moment-là, ça m’est tombé dessus: j’allais vraiment terminer mon premier 100 miles en deuxième position. Wow !

L’équipe de support –  Sans elle, pas de deuxième place, point à la ligne. L’anticipation de voir mon père et ma tendre moitié à chaque poste de ravitaillement m’a littéralement transporté.

Mention spéciale à ma douce qui possède un don: celui de deviner mes besoins. Elle ne court pas et pourtant elle sait. Comment fait-elle pour deviner ?  Aucune idée, mais c’est bigrement efficace !

La belle surprise – Joan, sachant que j’en étais à ma première expérience, a attendu mon arrivée pendant presque deux heures. Je ne sais pas s’il peut savoir à quel point ça m’a fait plaisir…

L’anonymat – Réservé, même dans le monde composé d’introvertis des coureurs longue distance, j’étais peu connu du milieu au moment de prendre le départ. Durant toute la course, j’étais le « coureur inconnu qui avance bien ».

Maintenant, je ne pourrai plus évoluer sous le radar de la même manière. Mon amie Maryse a même tenté de me convaincre que je faisais partie de l’élite de la course en sentiers au Québec. C’est bien gentil de sa part, mais c’est juste que tout est tombé en place pour moi ce jour-là, un point c’est tout. L’élite, moi ?  Jamais de la vie !

L’entrevue – Une première pour moi. Il fallait que ce soit avec 160 kilomètres dans les jambes et 28 heures sans sommeil. Essayant de répondre par autre chose que « Oui » et « Non », les pensées se bousculaient dans ma tête… à la vitesse qu’elles pouvaient bien se bousculer !

J’ai tenté de profiter de l’occasion pour faire la promotion de notre merveilleux sport, de faire comprendre aux lecteurs tout ce que ça implique, etc. Le résultat n’a pas été si mal, mais aurait pu être mieux…

« Félicitations ! » –  Durant toute la journée, le cerveau ralenti par l’alcool (désolé Julie si je n’ai pas toujours été cohérent lors de nos conversations de jour-là !), je ne comptais plus les gens qui me félicitaient quand ils me croisaient. À chaque fois, je remerciais la personne bien humblement, gêné de toute cette attention.

Je suis carrément tombé des nues le lendemain matin lorsque mon voisin, avec qui nous n’avons pas beaucoup de contacts (vous savez, du genre: « Bonjour, bonjour » ou « Pourriez-vous ramasser le courrier pendant nos vacances ? ») m’a crié ses félicitations alors que j’étendais péniblement mes vêtements souillés de la veille sur la corde à linge. Comment savait-il ?  « J’ai lu ça dans le journal ! ».

C’était dans la version papier du journal ?!?  Shit… Avais-je dit des conneries durant l’entrevue ?

La récup –  Longue, très longue. Chevilles et pieds enflés, deux semaines complètement arrêté, reprise pénible ponctuée d’une contracture à l’ischio droit. Comment Scott Jurek a-t-il pu gagner Badwater deux semaines après avoir remporté le Western States ?

Meilleure que 2012 ? – En 2012, j’ai connu un printemps d’enfer en alignant des records personnels sur 10k, le demi et le marathon avec à la clé, une première qualification pour Boston. Ont suivi mon premier ultra, puis un autre record personnel sur marathon à l’automne, 14 pleines minutes plus rapide que mon temps de référence en début d’année.

Et pourtant, je me demande si je n’ai pas connu une meilleure année en 2014. Parce que cette fois-ci, je me suis vraiment dépassé. Ce que j’ai perdu en vitesse, je semble l’avoir gagné en endurance. Et surtout, je me sens dans mon élément, dans le bois, à m’adapter aux différentes conditions, loin du stress de l’effort continu de la course sur route.

Aurais-je trouvé mon créneau ?

2015 – Rien d’officiel pour l’instant, mais tout comme pour Boston jadis, ce sont les grands ultras vers lesquels je porte maintenant mon attention. Et qui dit grands ultras dit courses qualificatives. À suivre…

Une épreuve un peu… différente

Il n’y a rien de plus simple que de courir un mile. On se trouve une piste de 400 mètres (au Québec, c’est peut-être la partie la plus compliquée, surtout à ce temps-ci de l’année) et on y fait 4 tours. Si on veut être puriste, on y ajoute 9 mètres, car le mile américain mesure en réalité 1609 mètres, et le tour est joué.

Jusqu’au milieu du 20e siècle, il y avait une barrière psychologique qui se dressait devant les meilleurs coureurs de demi-fond de la planète : les fameuses 4 minutes. En effet, personne n’avait réussi à parcourir cette distance mythique en moins de 4  minutes jusqu’à ce que Roger Bannister, bien épaulé par des coéquipiers qui lui dictèrent le rythme lors des trois premiers tours, réussisse l’exploit en 1954. Aujourd’hui, le record du monde de la distance est de 3:43:13 et est détenu par le Marocain Hicham El Guerrouj depuis 1999.

Mes lecteurs seront peut-être surpris de me voir m’intéresser à cette distance, vu mon penchant vers l’autre extrêmité du spectre. Rassurez-vous, je n’ai aucune intention de me lancer dans ce que j’appelle les « sprints ». Déjà qu’un 5 km, c’est trop éprouvant pour moi, imaginez un mile

Non, ce qui a attiré mon attention dernièrement, c’est plutôt une version modifiée du mile traditionnel : le beer mile. Quand j’ai vu ça passer sur mon fil Facebook, j’ai fait : « De quessé ? ». Vous savez, quand on parle de bière à un ultramarathonien…

En quoi consiste un beer mile ?  Pas tellement compliqué : avant chaque tour de piste, le coureur/buveur doit avaler une bière. Donc, 4 bières, 4 tours de piste.

Et c’est très sérieux là !  En fait,  les gens qui pratiquent cette « discipline » ne se prennent pas vraiment au sérieux (duh !), mais il existe bel et bien des règlements pour ceux qui seraient tentés de contourner le système et ainsi se donner un avantage.

Par exemple, vous vous dites que ça « boit plus vite » à partir d’un verre. Peut-être, mais c’est interdit. La bière doit se boire directement à la canette ou à la bouteille et le récipient doit contenir au minimum 12 onces (355 mL) de houblon fermenté (ou un dérivé quelconque). Dans le même ordre d’idées, seules des canettes ou bouteilles dites « normales » sont permises. Donc, pas de version avec grande ouverture ou avec trou de « ventilation ». Et évidemment, percer un trou dans le bas de la canette et ouvrir le haut « pour que ça coule plus vite » (un shotgun dans le jargon des buveurs) n’est pas permis non plus.

Certains voudraient ouvrir le récipient contenant le précieux liquide avant la course, question de laisser échapper un peu de gaz ?  Prohibé. Les participants doivent ouvrir leur bière eux-mêmes au début de chaque tour, juste avant de la boire. On se dit que de la bière plus légère serait plus facile à tolérer en course ?  Malheureusement, il y a un taux minimal d’alcool, qui est fixé à 5%. Donc, exit Coors Light, Miller Lite, Canadian 67 et autres sous-produits qui osent porter l’appellation de bière. Vous voulez prendre une bière « pour la route » ? Pas permis non plus. Il faut l’avaler dans la zone de transition située dans les 10 derniers mètres de la piste.

Comme moi, vous avez un foie fragile qui a tendance à retourner facilement la marchandise ?  On a prévu le coup : un tour de pénalité. Comme les « officiels » sont généreux, ils n’obligent toutefois pas le malheureux à également s’envoyer une autre bière derrière la cravate pour que sa « performance » soit acceptée. Ni à se taper autant de tours supplémentaires que le nombre de renvois d’ascenseur. Sachez que la meilleure performance enregistrée par quelqu’un qui n’a pas conservé tout le liquide absorbé est de 7:30. Avec le tour de pénalité, ça fait tout de même 2 kilomètres parcourus à la plus que très honorable cadence moyenne de 3:45/km… sans compter les 4 arrêts pour boire et évidemment, l’autre arrêt imprévu pour…

Vous croyez que tout ça prend source dans l’imagination fertile d’étudiants en manque de façons de boire ?  Vous avez peut-être raison. Mais sachez que ce sont de véritables athlètes qui s’adonnent à cette discipline. À preuve, le record du monde de la spécialité, qui a été établi tout récemment par le Canadien James Nielsen. Son temps ?  4:57.7. Vous pouvez visionner son exploit ici.

Incroyable.

Personnellement, si je m’y étais mis à un plus jeune âge, j’aurais peut-être, je dis bien peut-être, été en mesure de descendre sous les 5 minutes sur un mile « normal ». Aujourd’hui, je pourrais faire quoi, 5:30 ?  Aucune idée. Et je n’ai vraiment pas envie d’essayer, je n’ai pas l’intention de risquer une blessure pour rien.  Quant à boire 4 bières en 5 minutes, over my dead body. I-M-P-O-S-S-I-B-L-E !!!

Hé bien ce gars-là a réussi à faire les deux : courir un mile ET boire 4 bières en moins de 5 minutes. Je suis éberlué. Pour moi, ça sort autant de l’entendement que tenir 20 km/h sur tout un marathon.

À voir la liste des meilleures performances de tous les temps, on constate une quantité incroyable de coureurs (et de buveurs !) qui ont réussi des temps extraordinaires. Je me demande si un coureur d’élite s’est déjà essayé…

En tout cas, il y a bel et bien un athlète célèbre qui a tenté sa chance pour une qualification en vue des championnats du monde (oui, oui, des championnats du monde !) de la spécialité : Lance Armstrong. Résultat ?  Il a fait exactement ce que j’aurais fait à sa place: il a échoué lamentablement en abandonnant à la fin du premier tour. Trop habitué à la Michelob Ultra, mon Lance ?  Pas facile, prendre de la vraie bière, hein ?  😉   Le vidéo de son « exploit » se trouve ici. Remarquez qu’il boit malgré tout sa deuxième bière… mais à une vitesse plus « conventionnelle ».

Des petites nouvelles…

Au cours des dernières semaines, je n’ai, encore une fois, pas eu beaucoup de temps pour pondre un billet sur mon sport préféré. Comme j’en ai déjà glissé un mot, je passe le plus clair de mon temps sur semaine dans l’Abitibi profonde et quand je reviens chez moi les fins de semaine, j’ai plus le goût de passer du temps avec ma douce et notre petite canaille que m’installer à mon ordinateur. Vous me comprendrez certainement.

Ceci dit, ce ne sont pas les sujets qui ont manqué. Parmi eux, il y a eu le mini-débat qui s’est déroulé sur Face de Bouc suite à la parution de cet article signé Daniel Lequin et paru sur RDS.ca. En gros, monsieur Lequin nous raconte qu’il est contre la pratique de cette discipline car elle provoque un stress immense sur l’organisme et en conséquence, les ultramarathoniens en seront inévitablement réduits à jouer au poker s’ils poursuivent la pratique d’une telle activité. Et pour appuyer ses dires, il cite Pierre Lavoie qui a récemment déclaré : « Je ne ferai jamais d’ultra marathon parce que j’ai l’intention de courir toute ma vie».  Ha si Pierre Lavoie le dit, c’est que ça doit être vrai, non ?

Avec tout le respect que j’ai pour l’homme et l’athlète, je dois dire que malheureusement, il est dans le champ. L’argumentation qu’on retrouve dans cet article est d’une faiblesse déconcertante et laisse entrevoir hors de tout doute que ces messieurs ne connaissent absolument rien en quoi consiste un ultramarathon. C’est Joan qui a le mieux résumé ce que je pense à ce sujet, alors je lui laisse la parole ici :

« Mes parents sont professeurs d’éducation physique et cela ne les empêche pas de n’y rien connaître aux ultra-marathons. Qui dit activité marginale, dit incompréhension et idées reçues.

Dans le cas de Pierre Lavoie, c’est la même chose. Ce n’est pas parce qu’il est un athlète de haut niveau qu’il s’y connait spécifiquement en ultra-marathons en sentiers. Il fait même l’erreur d’appliquer son expérience à un sport qui n’a de commun avec le marathon sur route que l’utilisation de ses deux jambes pour se déplacer.

De ma propre expérience en ultra, puisque moi j’en ai, j’ai constaté strictement l’inverse dernièrement: j’ai eu la chance de voir passer l’ensemble des participants à un ravitaillement lors d’un 100-Mile aux États-Unis. J’ai vu de tout: hommes et femmes, jeunes et vieux, grands et petits, minces ou gros, lents et rapides, débutants et confirmés. Et quand je dis coureur confirmé, certains participent à des ultras (de 160km) depuis plus de 20 ans.

D’accord, ma petite histoire n’est pas scientifique, mais citer en exemple un unique ami qui a mal aux genoux, c’est aberrant comme démonstration! Mon père me faisait le même genre de remarques en allant chercher l’anecdote rarissime qui allait dans le sens de ses peurs. Pour lui, c’était le risque cardiaque, et il arrivait toujours à me trouver l’exemple d’un ami d’un ami qui avait eu un truc après avoir couru.

Autre remarque: ce texte commet la même erreur que bien du monde, celle de vouloir qu’il y ait une limite absolue à la distance qu’il est raisonnable de parcourir. C’est un non-sens puisque les limites sont hautement personnelles et n’ont justement rien d’absolu. Pour certains, courir 5 km sera le maximum souhaitable, pour d’autres, seule la traversée d’un continent saura les épuiser.

L’absolu n’existe pas, il appartient à chacun de trouver ses limites sans juger ni se comparer aux autres. »

Voilà. CQFD comme on disait à l’université.

Autre sujet, beaucoup plus positif à mon avis, est ce qui s’est passé cette fin de semaine dans le monde de la course en sentiers. En effet, c’est ce samedi qu’avaient lieu deux épreuves d’importance de ce côté-ci de l’Atlantique, soient la Transmartinique (138 km) et le North Face Endurance Challenge – California (50 miles).

J’ai suivi avec beaucoup d’attention ces deux épreuves et force est d’admettre que je ne me trompais guère récemment lorsque j’affirmais que le Québec, malgré le fait que la pratique de la course en sentiers y soit encore à l’état embryonnaire, se présente de plus en plus comme une force dans le domaine.

Tout d’abord, les représentants de la Belle Province se sont emparé de 3 des 50 premières positions à San Francisco, malgré la présence d’un très fort contingent de coureurs provenant de l’ouest américain.

C’est toutefois à la Transmartinique que nos compatriotes se sont le plus illustrés. En effet, malgré des conditions chaudes et humides qui sont totalement à l’opposé de ce à quoi nous sommes habitués ces derniers temps, nos compatriotes ont pris 3 places dans le top 10, dont une extraordinaire 2e position par Florent Bouguin. Éric Breton a terminé 9e et Joan, ex-aequo 10e.

Pour citer un coureur américain : « You Quebecers are fucking tough ! ». En ultra, c’est drôlement pratique…  🙂

Bravo les gars, on est vraiment fiers de vous !

Mon prochain article ne devrait par tarder et, contrairement à mes habitudes, parlera d’une épreuve beaucoup plus courte en distance… mais tellement divertissante !  À suivre.

 

« Courir, ce n’est pas bon pour les genoux… »

On me la sort régulièrement. Récemment, en l’espace de seulement quelques jours, on me l’a sortie deux fois. Presque à chaque fois, ça vient de la bouche de gens sédentaires, qui ne font pour ainsi dire aucune espèce d’activité physique. Ça se présente sous quelques variantes du style: «Courir, ce n’est pas bon pour les genoux » ou « Dans 10 ans, tu vas être dû pour un beau remplacement de hanche ». Si vous courez, vous en avez certainement déjà entendu des centaines dans la même lignée.

Au début, je me disais qu’ils avaient peut-être raison, que je devrais faire attention.  Puis je me suis mis à penser : combien d’anciens coureurs de haut niveau voient leur qualité de vie diminuée par des articulations douloureuses ou ont dû subir un remplacement quelconque ?  Combien ?  Aucun nom ne me venait en tête. Plusieurs vedettes des années 80 courent encore aujourd’hui: Alberto Salazar, Joan Samuelson, Jacqueline Gareau, les sœur Puntous. Même les légendes des années 70 Bill Rodgers et Frank Shorter lacent régulièrement leurs souliers de course, malgré le fait qu’ils se dirigent vers la fin de la soixantaine. Et que dire des ultramarathoniens Dean Karnazes, Pam Reed ou Marshall Ulrich, pour ne nommer que ceux-là ?

J’ai fait quelques recherches dans le but de trouver les traces d’une étude qui pourrait le moindrement confirmer ce que les gens avancent. Rien. Au contraire, je suis tombé sur des articles comme ceux-ci qui justement, contredisent ces merveilleux préjugés.

Ce qui explique que maintenant, j’avoue que ces phrases-là commencent à me gosser sérieusement. Ça fait des années et des années que les études ont confirmé ce que les gens savaient déjà: la sédentarité, le surpoids et évidemment, le tabagisme, sont de véritables fléaux qui contribuent à diminuer considérablement l’espérance et la qualité de vie de la population (l’alcool ?  Naaaaaah !  ;-)).

Et pourtant, je ne me permets jamais de passer de commentaires déplaisants du genre : «Tu es en train de te scrapper la santé» quand je rencontre quelqu’un qui transporte un gros surpoids ou qui fume.  Même si ce que j’avancerais est totalement vrai, contrairement aux mythes et légendes urbaines que le monde se plait (ou devrais-je dire, se complait) à répéter. Je laisse les gens vivre leur vie comme ils l’entendent, pour la simple et bonne raison que ça ne me regarde pas.

Alors pourquoi, en retour, certaines de ces mêmes personnes (ça demeure une minorité) se permettent-elles des remarques qui sont à la fois intrusives dans ma vie privée tout en étant totalement fausses ?  Est-ce par une espèce de culpabilité ?  Vous imaginez la tête qu’ils feraient si je leur répondais en faisant allusion à leur propre style de vie ?  Pour quel genre d’air bête je passerais, vous pensez ?  Et pourtant, c’est quoi la différence ?

Bref, je ne comprends pas ce comportement. Quelqu’un a une explication ?

Je fais quoi maintenant ?

Un mois. Maintenant un mois depuis que j’ai franchi la ligne d’arrivée à Bromont par cette merveilleuse matinée d’octobre. Et on m’en parle encore. D’ailleurs, ça m’étonne un peu. Les gens savaient que je courais des ultras. Ça faisait longtemps que je disais que je voulais faire un 100 miles, alors pourtant en faire tout un plat ?  Si disais que je voulais le faire, c’est que j’envisageais vraiment de le faire. Ce n’étaient pas seulement des paroles en l’air. Les paroles en l’air, ce n’est pas mon style. Ok, ça m’a pris un léger coup de pied dans les derrière de la part de Pat, mais je l’ai fait.

Maintenant, après pris deux semaines de repos complet (pas vraiment le choix au début, j’avais une entorse à la cheville droite et elle tout comme l’autre étaient ont pris 5 jours à désenfler; jamais la machine à glace d’un hôtel ne m’a été aussi utile !), puis m’être blessé à l’ischio droit lors mon retour, j’ai finalement pu reprendre le collier sans douleur. Alors, maintenant que je suis redevenu fonctionnel, une question se pose: je fais quoi ?

Pour la première fois depuis longtemps, je n’ai pas de plan précis pour les prochains mois. Je ne suis pas inscrit à Boston, ce qui laisse le champ libre pour le printemps. Je ne sais même pas si je ferai un marathon en 2015, ce qui serait une première depuis 2006, l’année où j’ai commencé à courir.

C’est qu’avec les années, je me suis mis à de moins en moins apprécier les compétitions sur route. Toujours surveiller sa cadence, se faire du souci avec le vent, la température et surtout, avec son temps. Ha, le foutu chronomètre, le maître absolu de la course sur route. Celui qui nous sert de comparatif, celui contre lequel on se bat en permanence. Je ne sais pas si c’est parce que je vieillis, mais je commence à en avoir soupé de me battre contre lui.

Ceci dit, l’entrainement sur route demeure nécessaire car il permet de rester affûté, de conserver sa pointe de vitesse, si essentielle pour être confortable à un rythme raisonnable pendant de longues heures.

Ce qui me ramène à la question originale : je fais quoi ?  Pour 2015, je ne veux pas rater le Vermont 100. Il me faudra d’abord pouvoir réussir m’inscrire, mais bon, c’est une autre histoire. Advenant que je puisse y participer, j’axerai ma saison là-dessus.

Comme course préparative, il y aurait le 60k à St-Donat (j’ai résisté à la tentation de m’essayer pour le 120k) ou l’Estrie 50 qui aurait lieu deux semaines avant.

Plus tôt au printemps, il y a évidemment le classique Bear Mountain (50 miles) qui est très populaire ici. Sauf que ça fait longtemps que je regarde du côté du marathon de Burlington et faire les deux la même année ne serait pas une bonne idée. En ce qui me concerne en tout cas. Mais il y a une autre course de 50 miles en avril dans la région de Washnington… À moins que je fasse Sulphur Springs ?  Je tente ma chance pour Massanutten ?

Bref, je ne sais pas. C’est la même chose pour l’automne. Chute du Diable, 120k Harricana, Virgil Crest, Bromont ?  Pas plus d’idée.

Pour le long terme,  c’est plus clair. Mon objectif est de faire les grandes courses, un peu comme Boston et New York sur la route : UTMB, Western States, Leadville, Wasatch, etc. Ajoutez à ça de belles courses comme celle dont m’a parlé un de mes lecteurs: l’Éco-Trail de Paris. Oui oui, une course de 80 kilomètres en sentiers à Paris !  Il faut que je fasse ça un jour, c’est certain.

Et à très court terme : je refais un 50k intérieur ou pas ?

Bref, beaucoup de plaisir en perspective… et encore plein de défis à relever ! J

Calendrier des courses possibles en 2015 (et non, je ne le ferai pas toutes !)

En terminant, comme une image vaut mille mots,  je vous laisse sur quelques clichés pris à Bromont.

Ce n'est pas le baiser du vainqueur, mais c'est ce qui s'en rapproche le plus !  ;-)

Ce n’est pas le baiser du vainqueur, mais c’est ce qui s’en rapproche le plus ! 😉

 

Mon fan numéro 1, mon ami, mon père

Avec mon fan numéro 1, mon ami, mon père

 

Une belle surprise à mon arrivée: Joan m'avait attendu. Définitivement que j'adore le monde de la course en sentiers !

Une belle surprise à mon arrivée: Joan m’avait attendu. Définitivement que j’adore le monde de la course en sentiers !

 

En entrevue avec le Journal de Mourial. Tout ce qui me venait en tête à ce moment: "Essaie de répondre autre chose que Oui ou Non et surtout, arrange-toi pour être compréhensible !". Le photographe est partie 10 minutes avant mon arrivée. Les articles sont ici.

En entrevue avec le Journal de Mourial. Tout ce qui me venait en tête à ce moment: « Essaie de répondre autre chose que Oui ou Non et surtout, arrange-toi pour être compréhensible ! ». Le photographe était parti 10 minutes avant mon arrivée…

 

Une bière à 9h30 le matin. Quoi, une fois n,est pas coutume, non ?

Une bière à 9h30 le matin. Quoi, une fois n’est pas coutume, non ?

 

À mon tour, j'ai attendu ceux qui ont terminé en troisième position: Louis (9) et Pierre (23). Avec nous, Patrick-le-bénévole-qui était-partout et Gilles, un des principaux organisateurs

À mon tour, j’ai attendu ceux qui ont terminé ensemble en troisième position: Louis (2) et Pierre (23). Avec nous, Patrick-le-bénévole-qui était-partout et Gilles, un des principaux organisateurs

 

Pat, maudit que t'avais raison !

Pat, maudit que t’avais raison !

 

 

Bromont Ultra: la longue solitude

T’es blessé ? « Mes cuisses ont détruites. ».  En langage d’ultra, Thibault a les quads trashés. La descente lobotomie les a probablement achevés.

À ce moment précis, je suis déchiré. Autant je suis heureux (et abasourdi) d’être deuxième, autant je souhaiterais que ça ne se passe pas comme ça. J’aurais de loin préféré le rejoindre et le dépasser à la régulière. Mais en même temps, je me dis que c’est ça fait partie de la vie en ultra. Il arrive parfois que ce soit une course qui se fait par élimination. Thibault est jeune, il va rebondir. Je risque de le revoir (devant moi !) au cours des prochaines années.

Je prends des nouvelles de Joan, par principe. On m’apprend qu’il a dormi dans les sentiers, puis sur la table du dernier relais et qu’il a ensuite piqué un roupillon de 15 minutes ici. Il a quitté il y a maintenant 45 minutes de cela. Je lâche un petit « Pfff ! » un peu découragé. Il ne me vient pas en tête une seconde que s’il a dormi, c’est qu’il en avait réellement besoin, qu’il était au bord de l’épuisement. Que ce qui l’avait vraiment motivé à repartir, c’était l’idée qu’un « coureur inconnu qui avance bien » était à sa poursuite. Non, dans ma tête, Joan est tellement fort et son avance est telle qu’il a pu se permettre de dormir en chemin. Jamais je n’envisagerai me mettre à sa poursuite.

Sections 17 et 18 : Ironhill 2 (kilomètre 104) à Parking 7 2 (kilomètre 118)

Ok, pas de panique. T’es deuxième, mais il reste encore le tiers de la course à faire. Les autres ont le temps en masse pour te rattraper.

À la sortie du petit sentier qui fait le lien entre la propriété où se trouve le ravito et la route, une pancarte indique de prendre la droite. Je suis un peu perplexe. J’aurais plutôt dit que je devais aller à gauche. Bah, ce n’est pas la première fois que mon sens de l’orientation me joue des tours aujourd’hui…

Je cours donc à un bon rythme sur le chemin de campagne. Pas de fanions, pas de rubans. J’essaie de me rassurer en me disant qu’ils se font rares sur la route. Mais au bout d’une descente, je crois reconnaître le chemin qui menait au dernier ravito. Un coureur arrive sur ledit chemin et me crie : « C’est qui ? ». C’est Fred !  De toute façon, me connaît-il ?  Est-ce qu’il y a seulement quelqu’un ici qui me connaît ? « Je pense que tu t’es trompé de bord ! ». Je l’apprendrai plus tard, c’était Martin.

Je me rends à l’évidence : je dois rebrousser chemin. Calv… ! En arrivant à l’endroit où j’avais pris la mauvaise direction, je constate qu’un petit comique avait déplacé la pancarte qui m’a ainsi mal dirigé. Tabar… !  Je la replace donc comme il se doit, puis reprends la route en bougonnant. Non mais, c’est qui le cave qui s’amuse à faire des niaiseries comme celle-là ?

Courir sur une route de terre en pleine nuit, est-ce qu’il y a une autre activité dans ce bas monde qui est plus solitaire (bon bon, j’entends Mylène Paquette protester d’ici…) ? Je demeure toutefois aux aguets, à l’affût de chaque fanion, chaque ruban, chaque pancarte. Je ne veux plus faire des centaines de pas pour rien. À une intersection, je retourne même sur mes pas pour m’assurer que j’ai tourné du bon côté.

Après 16 heures de course, ma Garmin m’envoie un premier message : pile faible. Ok. 1 minute plus tard, le même message. J’ai comme compris, espèce de machin ! Veux-tu bien continuer de compter les kilomètres maintenant ? Niet. Comme j’appuie sur Enter, elle rend l’âme. Bah, tant pis. Ai-je vraiment besoin de savoir que je n’avance pas de toute façon, hein ?

Au relais du lac Bromont 2 (kilomètre 113), surprise : c’est maintenant un full ravito en bonne et due forme. Sur place m’attendent Patrick, le bénévole-qui-est-partout, et Mélanie, la conjointe de Joan (qui a manqué l’arrivée de son mari à ce ravito, ce qui me confirme qu’il a une énorme avance sur moi). Patrick m’accueille avec un bel enthousiasme, me fait l’inventaire de tout ce qui est offert et me dit qu’il va aller réveiller Barbara et mon père pour ne pas qu’ils me manquent. Wow, méchant service !

En attendant mon équipe, j’arrête mon choix sur un sandwich au beurre d’arachides. Mon père arrive derrière et se met à me frotter les épaules, comme pour me réchauffer. « Tu n’as pas froid ? ». Heu, non. Je ne dis pas que je crève de chaleur, mais je n’ai pas froid. Il n’en revient pas car lui, il est frigorifié. J’échange ma Garmin pour ma montre (dont j’avais démarré le chrono au départ) et en profite pour changer de frontale qui commence à faiblir. Je vais laisser le soin à mon équipe de soutien de changer les piles. Si j’ai une équipe, aussi bien l’utiliser, non ? Faut pas que ça s’ennuie, ce bon monde-là !  😉

Patrick m’accompagne à la sortie du relais et comme je quitte, il appelle le prochain ravito pour leur annoncer que je pars à l’instant et suis en route. Très, très professionnel. Je suis impressionné.

Bon, encore une section qui est plus difficile que dans mes souvenirs. La partie qui ressemble à St-Bruno passe bien, mais le technique… Et l’estomac qui recommence s’agiter après m’avoir laissé tranquille…  (Soupir)   C’est bizarre, mais l’intersection chemin des Irlandais et O’Connor n’a pas le même effet hilarant sur moi cette fois-ci.

Toujours est-il que j’apprendrai plus tard que seulement sur cette petite section de 5 kilomètres, j’aurais repris 15 minutes à Joan. J’ai peine à y croire Et je suis bien content de ne pas en avoir été averti car j’aurais poussé plus au lieu de la jouer plus safe pour préserver ma deuxième place.

Je sors du bois et arrive au ravito au son des applaudissements. Mon père s’étonne toujours de me voir toujours en forme et de si bonne humeur. « T’as mal nulle part ? ». Il y a bien la périostite qui s’énerve un peu, mais rien pour m’empêcher de continuer. Les quads font mal, mais sans plus. Je ne dis pas que je vais gambader demain, mais ça devrait aller.

Sections 19 et 20 : Parking 7 2 (kilomètre 118) à camp de base (kilomètre 135)

J’avise mon équipe en quittant : la prochaine section est extrêmement difficile, et sera encore pire de nuit. Elle pourrait bien me prendre 4 heures à parcourir. Oui, 4 heures pour faire 17 kilomètres. Je leur conseille donc de prendre un peu de repos, car ça pourrait prendre pas mal de temps avant qu’ils me revoient.

Ok, plus qu’un marathon à faire. 42 « petits » kilomètres et c’est fini. Piece of cake ! En fait, ce sont les 17 prochains qui seront les pires. Après, ça devrait bien se faire.

Tout de suite, j’attaque la première montée de la pente de ski. Je la fais à un bon rythme, question de distancer mes poursuivants. Mon attention ne se porte que sur une seule chose : le prochain fanion rose. C’est tout ce que l’éclairage restreint de ma frontale me permet de voir de toute façon.

Arrive une descente, pas si difficile de jour. Mais de nuit, je dois être prudent. Vaut mieux y aller plus mollo et rester debout que de planter face première avec personne autour pour m’aider à me sortir de là. Sauf que ce sont mes chevilles et mes quads qui prennent les coups. Heureusement, ma nouvelle frontale tient mieux les secousses que je lui impose avec mes enjambées saccadées. Pas certain que l’autre aurait survécu à l’accumulation de mes frustrations contre elle !

Après une succession de montées-descentes parsemées de secteurs vaseux, j’entame une autre montée. Je sens que c’est la dernière grosse, mais j’essaie de ne pas me faire d’illusion. Je monte, monte, monte. Il me semble que ça fait longtemps que je n’ai pas vu de petit fanion… Monte encore. Rien. Ils sont où les petits drapeaux ? Je veux voir un petit drapeau. J’EXIGE de voir un petit drapeau. Juste un, je n’en demande pas tant que ça… Malgré l’évidence, je m’entête : je vais finir par en trouver un. Nada. Calv… !  Encore trompé de chemin durant une montée. Manquer une indication quand on avance à 3-4 km/h, avouez qu’il faut le faire !

Preuve que je commence à être fatigué, je prends alors une décision totalement irrationnelle : pas question de descendre et me scraper les jambes en plus de risquer de me planter. No way. No fucking way ! Je vais continuer à monter et vais certainement retrouver mon chemin. Si je me perds, ben j’appelle au camp de base pour qu’on vienne me chercher. Je ne redescends pas, un point c’est tout !  C’est-tu assez clair ?

Derrière ce déraisonnement se cache quand même une certaine logique (oui oui, je le jure). Ça fait très longtemps que je monte, je devrais atteindre bientôt le sommet des pentes de ski. Et je sens qu’au sommet, je vais me retrouver. Des sommets, il n’y en a pas des centaines, bout de viarge !

Comble de bonheur, mon estomac recommence à se plaindre. Je décide sur le champ d’arrêter les sandwichs. Peut-être sont-ils en cause ?

Tout en haut, je finis par discerner la fin d’un remonte-pente. Il me semble reconnaitre cet endroit. Ce ne serait pas là qu’on s’est tous perdus durant la journée ? Hé oui !  Je finis par retrouver des petits fanions. Good, excellente nouvelle !  Finalement, j’ai emprunté la mauvaise piste, j’ai pris celle juste à côté. J’ai évolué en parallèle avec le parcours et ne me suis pas raccourci. Ma conscience est tranquille.

J’entame la première d’une série de descentes techniques. Au bout d’un certain temps, je sens quelque chose dans mon soulier, comme une petite roche. J’essaie de la faire déplacer en secouant mon pied, elle demeure en place. Je m’arrête donc pour vérifier le tout. Hola, plus moyen d’atteindre mes pieds en me penchant, je vais devoir m’asseoir. Pour ça, je dois trouver une roche ou un tronc d’arbre, parce que si je fais ça par terre, je risque de rester jammé là comme on dit.

Je trouve une grosse roche et m’installe. C’est alors que je me rends compte d’une chose : je suis debout depuis le départ ! J’ai combien de kilomètres de parcourus ?  120 ? 125 ?  Tout ça sans m’asseoir une seule fois. Moi qui passe tout mon temps au travail bien installé sur mon postérieur…

J’entreprends d’enlever mon soulier. Entreprise périlleuse s’il en est une. Un, il faut soutenir l’odeur. Et deux, il faut avoir le cœur solide car ce que je découvre n’est pas tellement joli: l’ongle de mon troisième orteil est noirci et est entouré d’une ampoule qui a un aspect très bizarre. Elle fait le tour de l’ongle et semble être d’une couleur d’un blanc laiteux. Jamais vu ça. Bref, ce n’était pas un petit caillou qui m’achalait.

Bon ben, va falloir faire avec. Je remballe le tout et reprends ma route. On traitera ça demain. Quand je parviens finalement au relais Deltaplane 2(kilomètre 128), c’est pour découvrir 3 cruches dont la disposition ne laisse que très peu de doute sur leur contenu : elles sont toutes les trois renversées sur le côté, donc probablement vides.

Après vérification, elles le sont effectivement. J’ai alors une pensée pour Joan qui compte seulement sur les ravitaillements (et les ruisseaux !) pour s’hydrater. Il devait être en petit crapaud quand il a vu ça. À moins que ce soit lui qui, dans un geste de frustration, les ait mis dans cet état ? D’ailleurs, j’avoue ne pas trop comprendre comment 15 gallons d’eau n’aient pas été suffisants pour fournir quoi, 30 coureurs ?  Des promeneurs se sont certainement servis au cours de la journée, je ne peux pas croire…

Depuis que j’ai quitté les pentes de ski, je suis moins concentré à la tâche. Ce sont  peut-être les heures de solitude qui m’amènent dans cet état. Tout comme Forrest Gump, je pense à mon monde. À Barbara, mon amour, qui subit mes manies et mes entrainements et qui aujourd’hui, malgré la foutue arthrite rhumatoïde qui l’accable, me suit avec un enthousiasme contagieux. Je pense à mon père, mon ami, mon fan numéro 1,  qui est là depuis le départ. À 68 ans, debout depuis presque 24 heures, le bras dans le plâtre, il est quand même toujours là à m’encourager.

Je pense à ma maman qui s’occupe de notre petite Charlotte à la maison (elle ne voulait pas voir son fils se maganer). Je pense à ma sœur qui dort actuellement, mais qui se lèvera pour venir assister à l’arrivée, par un beau dimanche matin.

Je pense à mon amie Maryse qui aurait bien aimé me pacer durant la dernière boucle, mais qui est partie à la chasse. Elle m’avait promis qu’elle m’enverrait des ondes positives, je peux confirmer que je les reçois !  Je pense à Katy, une amie du secondaire, coureuse elle aussi, mais qui est aux prises avec des problèmes de santé. Elle va revenir, c’est certain, mais quand ?  Je pense aussi aux deux sœurs Cloutier, Maggie et Caroline, que j’ai accompagnées à Ottawa et qui sont présentement à Chicago, à quelques heures de prendre le départ du célèbre marathon. Bonne chance les filles ! 🙂

(Pour ceux qui se demanderaient, oui, je pense surtout à des femmes. Ben là, en pleine nuit, tout seul dans le bois, suis-je pour gaspiller ce que mon cerveau peut me fournir en pensées pour des gars ?!? Duh !)

Bon, c’est quoi ça ? Des cochonneries sur mon gros orteil. Autre arrêt sur une autre roche. Autre pied,  même odeur insupportable. Je découvre que le dessus de l’orteil est au vif. Est-ce que je m’attendais vraiment à trouver des cochonneries-là ?   Ha, petit cerveau…

J’aboutis sur la route. Haaaa… Aussitôt, j’empoigne mon téléphone pour avertir Barbara de mon arrivée éventuelle. Il ne faudrait pas qu’elle dorme à points fermés lorsque je me présenterai pour la quatrième fois au camp de base. J’annonce mon arrivée pour dans 10-15 minutes.

Quand est-ce que ça va m’entrer dans la tête ? Dans mes souvenirs, à la sortie des sentiers, on est tout près du parc équestre. Bien sûr que non !  On a encore plein de détours, plusieurs combinaisons route-sentiers à faire. Ha, ça ne finit plus !

25 longues minutes plus tard, après avoir fait fuir un chevreuil, j’aperçois le camp de base. Barbara m’a averti que je dois me faire peser, qu’elle m’attendra là. Je m’y présente en prenant soin de garder mes deux frontales et mon coupe-vent pour monter sur la balance. Juste au cas où je serais un peu juste côté poids…

C’est avec stupeur que je vois 150 livres apparaître. Oups… Merde. J’aurais peut-être dû les enlever, les frontales. J’ai pris deux livres depuis le départ et surtout, quatre depuis le 73e kilomètre. « C’est normal, t’arrête pas de bouffer ! » me lance Barbara. Ouais, bien essayé. Mais surtout, ce ne sont pas des engins à haute précision, ces cossins-là. Ça n’a certainement pas été approuvé par Mesures Canada…

Mais dans le fond, ce qui m’inquiète, c’est que la prise de poids en course peut être un symptôme d’hyponatrémie, une condition médicale très dangereuse, beaucoup plus dangereuse que la déshydratation. Si j’en souffre, ma course est terminée et c’est direction l’hôpital. Pas de zigonnage.

Ma course est maintenant entre les mains de Guylaine, la grande responsable du côté médical. Elle me demande si je vais bien. Oui, parfaitement. Pas de nausées, mes jambes font mal, mais rien qui ne soit pas endurable. Des ampoules ?  Certainement, mais ça ne m’arrêtera pas.

Elle me demande d’enlever mon alliance. Celle-là, je la trouve bonne. L’alliance, c’est un running gag avec Barbara. Je lui dis toujours que je ne peux pas partir courir sans ça, sinon les femmes n’arrêtent pas de me courir après et à la longue, c’est tellement fatigant… Ça fait que je souris, sans trop réagir.

Constatant mon sourire épais, Barbara me réveille: « Elle est sérieuse, Fred. Enlève-la ! ». Oups. Si je voulais donner l’impression d’un gars qui a encore toute sa tête, c’est raté. J’essaie de l’enlever. Il y a bien un petit jeu, mais c’est tout de même coincé… « C’est correct » me dit Guylaine, « On voit que tes doigts ne sont pas trop enflés, ce qui est un symptôme d’hyponatrémie». Je prends soin d’ajouter que j’ai probablement uriné 50 fois depuis le début de la course (j’ai omis ce détail dans mon récit; mais disons que j’ai eu amplement l’occasion de tester ma technique pisse-en-avançant qui m’a probablement fait sauver 15 minutes en tout), ce qui est un bon indice que mes reins fonctionnent bien, non ?

Mon raisonnement semble la convaincre. Je pisse et mon esprit est (presque) clair, alors c’est avec le sourire qu’elle me donne le ok pour continuer. Je me sens comme un enfant à la fin des classes: tellement content que je l’embrasserais sur le champ !  Mais je m’abstiens, au cas où ça la ferait changer d’idée.

Barbara me dit que Joan vogue allègrement presque 2 heures devant moi. Cool, je vais peut-être le croiser en débutant la boucle du lac Gale.

Sections 21 et 22 : le tour du lac Gale 2 (kilomètres 135  à 151)

J’entame la partie plus « facile » du parcours dans la bonne humeur. Plus que 25 petits kilomètres, relativement (je dis bien, relativement) faciles. Si seulement je peux garder ma deuxième place, ce sera parfait. En plus, les chances sont bonnes pour que je termine la boucle à la clarté.

Dans la montée du chemin de terre, je vois deux coureurs s’approcher. Est-ce Joan ? Cool !  On va pouvoir mémérer un peu… Ils approchent à une bonne vitesse, assez pour que je me demande si un coureur qui a 150 kilomètres dans les jambes peut tenir un tel rythme. Joan ?  « Yes ! » que j’ai comme réponse et il passe en coup de vent, accompagné par un coureur sans dossard. A-t-il pris un pacer ?  Joan ?  Naaah !

Ouin bon, pour la jasette, on repassera. Il a probablement envie d’en finir au plus sacrant et il l’avait dit en conférence : dans le dernier tiers d’un 100 miles, il n’est pas le plus agréable des hommes à côtoyer. En plus, comment peut-il savoir que je suis celui qui le « suit » et que son avance est tout simplement insurmontable ?  Bref, je ne lui en tiens vraiment pas rigueur, on aura bien l’occasion de se reparler au cours de la journée.

Un peu plus loin, j’entends des pas derrière. Mais j’ai appris : ce ne sont pas des pas d’un coureur du 160k , il va beaucoup trop vite. Arrivé à ma hauteur, je reconnais Sébastien, l’homme derrière l’UT Harricana. « Sébastien ? ». Il ralentit et on fait un petit bout ensemble. Je me demande s’il sait qui je suis… Puis, après 2-3 minutes, comme ses jambes sont légèrement plus fraîches que les miennes, il s’envole littéralement. Sur le coup, mettons que je l’envie un petit peu… Mais quelle course il fait, donc ? C’est mêlant, leur histoire de courses à relais.

Tout juste avant d’arriver aux sentiers, j’aperçois une bonne dizaine de frontales dans les bois. C’est beau à voir. Les sentiers menant au Balnéa 2 (kilomètre 141) passent plutôt bien. Lentement, mais bien. Sur place, les bénévoles me reconnaissent : « Ça va toujours bien, on dirait ! ». Heu, on s’est déjà vus quelque part ? Moi qui dis toujours que j’ai la mémoire des visages… Je mets ça sur le compte de la fatigue (hum hum).

Soudain, je suis pris d’étourdissements. Bon, c’est quoi cette affaire-là ? Je secoue la tête et met ça (encore) sur le dos de la fatigue. Ok, il ne faut surtout pas que ça paraisse. J’ai besoin de caféine, on dirait que celle contenue dans les gels ne fait plus assez effet. Du café ?  Over my dead body !  Je réclame donc du Coke. On m’en sert… dans une petite maudite canette. C’est quoi, ces canettes-là ?  Est-ce que j’ai l’air d’un nain ?  D’un Lilliputien ?  Donnez-moi une vraie canette, je veux une vraie dose !

Ben non, je demeure poli. Ces gens-là se donnent corps et âme pour nous, ce n’est pas le moment de jouer à la prima dona. Je les remercie et sans plus attendre, je me lance à l’assaut des dernières grandes difficultés du parcours.

Il faut croire que j’ai fini par apprendre parce que cette fois-ci, je m’attends… à ce que mes attentes soient déçues. Encore une montée qui ne finit plus, encore un point de vue superbe qui semble ne plus jamais vouloir s’offrir à moi. Et quand, ça se produit, ce que je vois est plutôt… ordinaire. Je croyais qu’avec le soleil levant, les couleurs d’octobre, le lac, j’aurais droit à ce que la nature a de plus spectaculaire à offrir. Hé non. Avec la brume matinale, tout est gris. Bof… Ok, vivement qu’on en finisse !

Après plusieurs kilomètres en majeure partie descendants, je retrouve mon chemin de terre. J’ai le sourire aux lèvres quand je passe pour une dernière fois devant la maison où deux superbes labernois me regardent passer pour la quatrième fois, la face en point d’interrogation, ayant l’air de dire : « Qu’est-ce qu’il fout encore là, lui ? ».

Pour regagner le camp de base, j’emprunte le bon chemin cette fois-ci (l’indication était pourtant très claire, comment ai-je pu manquer ça tantôt ?). Sur place, Barbara m’annonce que Joan a terminé (ho surprise), mais surtout, que j’ai au moins 1h15 d’avance sur 3 coureurs qui évoluent ensemble en troisième position.

DSCN0284

Au petit jour, cinquième passage au camp de base… par le bon chemin cette fois !

C’est la première fois que je suis informé de l’avance que j’ai sur mes poursuivants. 1h15 ? 75 minutes ?!?  Non !?! J’ai alors une illumination : je peux me contenter de faire ce qui reste en marchant et jamais ils ne me rattraperont. À moins d’un pépin majeur, je vais terminer mon premier 100 miles en deuxième position. HOLY CRAP !!!

Mon père me dit qu’il a tenu ma mère au courant de mon évolution et qu’elle fait dire qu’elle est fière de moi.

Sections 23 et 24 : le mont Oak 2 (km 151 à 160)

En quittant, je demande à la blague à mon père s’il veut faire un petit bout avec moi. Il est étonné de me voir continuer ainsi sans faiblir (je faiblis, je le sens, c’est juste que je ne le montre pas). Il me prend au pied de la lettre et se met à me suivre ! Il est en très bonne forme, là n’est pas le problème, mais s’il fallait qu’il se plante et se fracture l’autre main… Je lui dis que je ne faisais que le niaiser et « accélère ».

En quittant le camp de base pour la dernière fois, on annonce que Joan va bientôt donner le départ de la course de 55 kilomètres. Ça veut donc dire qu’il est arrivé depuis un bout. A-t-il terminé avant le lever du soleil ?

Au bout de 300-400 mètres, le gueling-gueling de ma cloche parvient à se rendre à mon cerveau. Merde, j’ai laissé ma frontale en passant, mais j’ai oublié de me débarrasser de ma foutue cloche. C’est qu’elle m’énerve… Vais-je endurer ça 9 autres kilomètres, dans les interminables spaghettis ?  J’envisage de retourner pour la dropper. Ou de la garrocher au bout de mes bras. Puis je me dis que dans le fond, ça doit faire 12 heures que je l’endure, ce n’est pas pour 1 heure de plus que je vais mourir…

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À l’assaut de la dernière boucle, au son du gueling-gueling de ma cloche à ours

Dans les sentiers, je porte une attention particulière à la douleur que j’ai à la jambe droite. C’est que je traine une périostite depuis le début de l’été, alors je suis habitué à ne pas être confortable dans cette région. Sauf que là, on dirait que la douleur n’est pas vraiment au niveau du tibia, mais plus bas.

Je m’arrête et réussis tant bien que mal à me pencher pour tâter au niveau de la cheville. C’est un peu trop enflé à mon goût. Ça ne m’empêchera pas de terminer, mais je vais devoir prendre un break de course pour quelques jours, voire quelques semaines. Merde !  En automne, arrêter de courir, c’est inhumain. Oui oui, in-hu-main!

Au dernier ravito, j’y suis accueilli par deux très belles femmes (il y a également un monsieur sur place, mais mon esprit l’élimine naturellement, on dirait ;-)). Wow, ça me donne le goût de refaire cette boucle-là ! Vous étiez où durant la journée d’hier et la nuit ?  Problème cependant : après presque 24 heures dans les sentiers, mes manières ont un petit peu perdu de leur lustre. Et comme l’air dans mes intestins tient absolument à sortir, je me retrouve incapable de le retenir. Évidemment, il fallait que ça se fasse dans la version bruyante…

Les dames n’en font pas de cas et commencent à me faire l’inventaire de ce qu’il y a à ma disposition : eau, Gatorade, bouillon de poulet, bretzels, patates, chips… Du Coke, je vous en supplie, je veux du Coke !!! Aussitôt, une autre canette pour nains se retrouve dans mes mains. Je la cale d’un trait, puis commence à piger à deux mains dans le plat de chips (pas moyen d’en avoir au BBQ ? Au ketchup ?) avant d’enfouir le tout dans mes poches (quand je dis que mes manières laissent à désirer…) pour la route, comme on dit. Une des dames me prend aussitôt en pitié et m’offre un « petit » ziploc. En fait, il est tellement « petit » qu’il peut contenir l’équivalent d’un gros sac de chips !  Et je vais trainer ça comment, moi ?

Je ne m’attarde pas plus longtemps. Je sais que mon avance est insurmontable, mais je sens tout de même une certaine urgence à poursuivre. J’ai beau me dire qu’à trois, ils ne peuvent pas aller plus vite que le plus lent, que j’ai 1h15 d’avance, qu’ils ne peuvent pas me rejoindre, rien à faire, je ne peux pas relâcher mon attention. Comme si je savais que le travail n’est pas encore terminé.

Après des milliers de lacets, j’aboutis dans le champ qui me mènera à l’arrivée. Le soleil est radieux, le ciel est d’un bleu immaculé, les couleurs d’automne sont à leur apogée. Quelle superbe journée !

Je marche la partie ascendante, puis reprends la course au niveau des obstacles équestres. Je savoure pleinement ce dernier kilomètre de la plus belle course de mon existence. Des torches ont été plantées sur le bord du chemin de terre. Je dois résister à l’envie d’en prendre une pour terminer. Il me semble que ça ferait une superbe photo…

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J’approche de l’arrivée. L’aventure tire à sa fin.

arrivée 1

Plus qu’une centaine de mètres…

arrivée 2

Heureux, mais le visage porte les traces d’une looooongue journée

J’aperçois l’arche. Voilà c’est fini. Je m’attends à ce qu’on m’annonce, mais je n’entends rien. Bah, pas grave. C’est aussi ça, un ultra…

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Les derniers mètres

Après 24 heures, 20 minutes et 9 secondes, je franchis la ligne d’arrivée. Ça fait des mois, des années même que j’en parle. Je l’ai fait. J’ai couru 100 milles. 100 fucking miles américains. Et j’ai fini deuxième.

Je ne le réalise pas vraiment…