80k UT Harricana: le premier marathon

Départ à ravito Geai bleu (8k)

L’obscurité est encore totale quand le départ est donné au son des hurlements. Car il semblerait que nous sommes une meute de loups, alors certains s’en donnent à cœur joie. Pour ma part, je n’ai jamais ressenti (ni même compris) ce besoin de faire monter l’adrénaline en début de course. Ce n’est pas un 100 mètres qui nous attend, c’est 800 fois plus !  Je considère que j’aurai besoin de chaque once d’énergie pour ce long périple. Mais bon, à chacun sa façon de faire, n’est-ce pas ?

Après une centaine de mètres dans le stationnement, nous nous engouffrons dans des sentiers de type « SÉPAQ » : le revêtement est en petit gravier et ils sont assez larges pour accommoder 2 ou 3 personnes. Ça me fait énormément penser au Mont St-Bruno. C’est donc roulant à souhait, mais avec la foule, le rythme est relativement lent. Ça fait bien mon affaire, je ne voulais pas partir trop vite de toute façon.

Cette cadence me donne l’occasion d’admirer la beauté du moment : 300 personnes qui courent ensemble dans la nature, leurs pas guidés par la seule lumière des lampes frontales. Ce que j’aimerais prendre un instantané… si j’avais le moindre talent et/ou intérêt pour la photographie. Autre beauté : la rivière, juste à côté. Je ne peux pas la voir, mais je l’entends. Dans la pénombre, je distingue la vallée, rien d’autre. Je laisse aller mon imagination et « admire » ce paysage pourtant invisible.

J’aperçois un premier panneau kilométrique : il en reste 62 avant l’arrivée… de la course de 65 kilomètres (qui en fait 64, en réalité) !  Après une belle descente, nous traversons la rivière, ce qui annonce une première montée. J’avais prévu marcher toutes les parties ascendantes, mais comme tout le monde court, je fais de même tout en prenant soin de demeurer bien « en dedans ». Je rejoins une fille qui est à bout de souffle. Vraiment, mais vraiment pas une bonne idée de se mettre dans cet état si tôt dans la course. Sait-elle seulement qu’il lui reste presque un marathon et demi à faire avant de terminer ?

Après l’obstacle, le peloton s’est étiré et je peux courir plus librement. Autour du 6e bip de ma Garmin, j’avale un premier gel. En effet, j’ai décidé de faire un essai aujourd’hui: un gel à toutes les 30 minutes pour voir où ça va me mener. Si Hal Koerner et Pat le font, pourquoi pas moi ?  Ok, je vous entends d’ici: ce n’est pas une bonne idée de tester de nouvelles affaires en compétition, et patati et patata… Ben j’ai décidé de prendre la chance, au risque de me planter. Ce n’est tout de même pas la première fois que je prends des gels. Je ne fais qu’augmenter la fréquence, c’est tout.

Côté température, mon choix de vêtements semble avoir été le bon. Mon corps s’est réchauffé rapidement, au point où je dois enlever mes gants. Mais quoi faire avec ? J’ai les poches pleines, plus un centimètre cube d’espace dans ma veste. Bon ben, à la guerre comme à la guerre, ils termineront le voyage dans mes shorts !  Je n’envisage pas les prêter à quelqu’un d’autre de toute façon, pas vrai ?

Au ravito, il n’y a que de l’eau de disponible. Et l’eau est froide en tab… !!! Que voulez-vous, elle est à la température de la pièce…  Mettons qu’on la sent très bien passer à travers les différents boyaux, un peu comme une lampée de gin à cochon. Pas tellement agréable.

Ravito Geai bleu (8k) à ravito Coyota Honda (28k)

Rapidement, on entre dans le vif du sujet : du technique, du vrai. Le sentier est étroit, le sol pas vraiment (et parfois, vraiment pas) dégagé, des racines, des roches, de la boue, des changements de direction brusques et fréquents, alouette. Je me retrouve derrière deux gars qui avancent à un rythme que je trouve convenable, parfait pour mes limitations dans le domaine.

Sauf que je sens assez vite un souffle dans mon cou. Toujours courtois, j’offre le passage. Erreur ! Une longue filée de monde passe, au moins 15 à 20 concurrents. Bout de viarge, ne venez pas me faire croire que tout ce monde-là est plus rapide que moi !  Je décide de m’insérer au travers la lignée. Non mais, il y a des limites !  À être trop gentil, on finit par passer pour niaiseux !

Le pire, c’est que ça ne leur a absolument rien donné : ça n’avance plus. On se suit tous à la queue-leu-leu, lentement. Trop lentement. « Vous devrez vous armer de patience » qu’ils disaient. Ouais ouais, facile à dire. Je suis tenté de me mettre à dépasser du monde, mais ça ne donnerait finalement pas grand-chose. Peut-être si ça se met à monter pour de vrai…

Justement, une petite montée qui se pointe. Et qu’est-ce que le gars qui est 4-5 positions devant moi fait ? Il sort ses bâtons de marche !  Pardon ?  Ici, pour cette petit côte de moumoune-là, il pense avoir besoin de ses bâtons ?  Il va faire quoi en arrivant au mont Grand-Fonds ?  Prendre le chair-lift ?  On n’est pas dans les Alpes, bout de sacrament !

Comme vous pouvez le constater, je ne me suis pas tellement bien armé côté patience. Déjà que ça n’avance pas à mon goût, ce gars-là va réussir à nous ralentir encore plus tout en élargissant l’espace qu’il prend pour se déplacer, réussissant l’exploit de rendre les dépassements encore plus difficiles. Bravo champion !

Je finis par trouver une faille et le laisser derrière… pour me retrouver encore une fois dans le derrière d’une longue filée. Grrrr ! Le coupable ?  Un autre zigoto avec ses bâtons de marche. Je me demande même pourquoi l’organisation les permet. Ils sont interdits à l’Ultimate XC de St-Donat, ils devraient l’être encore plus ici, le parcours étant plus facile côté. En plus, non seulement ses bâtons retardent le gars en question, mais il est également chaussé de souliers de route. Décidément…

Je grogne intérieurement. On ne devrait pas partir en ensemble, les courses de 65 et 80 kilomètres. 300 personnes en même temps sur ce minuscule single track, c’est une mauvaise idée. Ou à tout le moins, il faudrait mettre une sérieuse emphase sur l’étiquette à adopter en sentiers : quand un ou des coureurs plus rapides suivent de près depuis un bout et que c’est dégagé devant soi, on laisse le passage. Le gars devant ne semble même pas se rendre compte qu’il nous bloque. Et comme pour ajouter une couche à ma frustration, le rythme ralenti a fait baisser la température de mon corps et je commence à avoir froid. Non mais, est-ce que ça va avancer un jour ?!?

Un gars finit par en avoir ras le pompon et se met à shifter tout le monde. Je décide de le suivre à la trace. Une fois le retardataire-aux-bâtons dépassé, le champ est libre devant. Ha… Celui qui s’est impatienté demande à son partner s’il le suit. Heu non, c’est moi qui te suis. Le partner en question étant derrière moi, je le laisse passer pour constater… qu’il s’agit de mon sympathique voisin !  Hé oui, je retrouve les deux gars à qui j’ai donné un lift plus tôt. Le monde est petit, il n’y a pas à dire.

Rapidement, nous formons un petit groupe de 5 ou 6 et tout aussi rapidement, je me fais larguer. Ha, moi et mes aptitudes techniques ! J’ai beau les avoir travaillées dans le sentier Rock Garden près de Whiteface, ledit sentier ne faisait que 800 mètres de long. Ici, j’en aurai pour presque 20 kilomètres… Les seuls moments où je rejoins du monde, c’est quand ils s’arrêtent pour se prendre en photo devant un des nombreux magnifiques paysages que nous avons l’occasion de croiser en cours de route, paysages que le soleil levé depuis peu nous permet enfin de voir.

Je finis toutefois par reprendre un gars avant d’arriver au relais (20k). On échange quelques mots, sans plus. On joue au yoyo, mais je sens que dès que ça va monter, je vais le perdre derrière. Au relais, je transmets mon admiration et ma gratitude aux bénévoles qui se les gèlent pour nous. L’un d’eux répond qu’il préfère donner de l’eau que se taper ce qu’on se tape. Je sens par contre que l’autre aimerait bien pouvoir en courir un petit bout.

Je croise la pancarte annonçant qu’il reste 42 kilomètres à faire : plus qu’un marathon… avant d’avoir le droit de parcourir 16 autres kilomètres !  Mais ce qui est foutrement bizarre c’est que ça ne m’impressionne pas du tout. Je les prends un à la fois, sans me soucier du reste. J’ai toute la journée devant moi.

J’arrive au ravito avec un plan bien précis en tête : manger un peu et repartir sans niaiser. Comme j’arrive, je remarque que mes voisins quittent les lieux. Je vais devoir travailler pour les rattraper. Mais la course est encore jeune. D’autres sont arrêtés et ne semble vraiment pas pressés de repartir. Autant de gens qui étaient devant moi et repartiront derrière.

Dans mon plan, j’avais oublié un détail : remplir mon réservoir. Heureusement, le bénévole m’y fait penser. Non mais, tu parles d’une erreur de débutant ! Avec une section de 13 kilomètres devant, je n’aurais fort probablement pas eu assez de réserve pour la compléter. La manœuvre s’avère plutôt complexe, avec le GU Brew et tout, mais à deux, on y parvient. Je me demande comment on pourrait faire une course sans ces chers bénévoles…

Après avoir englouti des bananes et un pita, je décolle.

Ravito Coyota Honda (28k) à ravito Castor Info-Comm (41k)

C’est le ventre bien rempli que je commence cette section qui commence par une longue montée. Ha enfin, ça monte ! Une belle occasion pour rattraper du monde et devancer d’éventuels poursuivants. Détail cependant : elle ne monte pas assez à mon goût. Je passe mon temps à me demander si je dois la courir ou la marcher. Ou alterner entre les deux, je ne sais plus.

Je parviens tout de même à rejoindre certains coureurs que je laisse aussitôt sur place. À la fin d’une partie très rocailleuse (on dirait carrément le fond d’un ruisseau asséché), je croise un gars en vélo de montagne qui me dit qu’il ne reste que 4-5 kilomètres avant le prochain ravito. Ben oui Chose !  Je sais qu’il en reste au moins 8, peut-être 10. À vélo, ça ne change peut-être pas grand-chose, mais à pied… T’aurais pas le goût de descendre de ta monture et venir en faire un petit bout avec moi, question de voir s’il ne reste vraiment que 4 ou 5 kilomètres ?

Une fois rendu en haut, je sors du bois et tombe… sur du monde en habit de camouflage !? Ils font quoi, au juste ?  Et pourquoi sont-ils habillés comme ça ?  Pourrait-il s’agir de policiers en moyens de pression ?  En tout cas, sont bien gentils mais je préfère ne pas trop m’attarder. On ne sait jamais… 😉

Arrive un chemin de terre. Large, en descente et très roulant. Ho yeah, on va pouvoir avancer un peu ! Devant moi, ma première cible : une femme. En tâchant de ne pas trop appuyer, je la rejoins. Deuxième cible : une autre coureuse, à une cinquantaine de mètres. J’ai comme l’impression que les deux se suivent sans vraiment se suivre. Toujours est-il que pour éviter de me retrouver au milieu d’une bataille de chattes, je poursuis ma progression. Définitivement que le terrain est à mon avantage.

Sauf que je trouve que ça va peut-être un tantinet trop bien. Je vois passer un kilomètre en 4:42. Trop vite. Bah, ça descendait tout de même un peu… Kilomètre suivant : encore 4:42. Merde, celui-là était ondulé, autant en montée qu’en descente ! Je vais définitivement trop vite, j’ai encore plus d’un marathon qui m’attend devant…

Je décide donc de calquer ma cadence sur celle de deux gars qui me précèdent. Ça fonctionne un certain temps… jusqu’à ce qu’ils s’arrêtent. Deux choix se présentent à moi: faire semblant de pisser juste pour demeurer derrière ou passer devant. Je passe. Après qu’ils aient recommencé à courir, alors que j’ai 20-30 mètres d’avance sur eux, j’entends : « Heille !  Salut voisin !!! ».

Ha ben, ça parle au maudit ! Encore mes voisins, que je n’ai pas reconnus une fois de plus !   « Ça a l’air de bien aller, ton affaire ! ». Je réponds que oui, mais que j’essaie de me retenir. Constatant que le plus silencieux des deux semble en arracher, je préfère ne pas demeurer avec eux et poursuis mon chemin. Trop vite, bien évidemment.

Arrive le buffet. Car c’est comme ça que je décrirais le ravitaillement Castor Info Comm (est-ce que les ravitos sont commandités ? On dirait bien !). Car en plus des traditionnelles patates et bananes, on y retrouve entre autres des œufs, de la soupe et du lait au chocolat et plein d’autres patentes que la bénévole me fait l’éventail. C’est quand elle arrive aux œufs que je l’arrête, citant la tendance de mes intestins à transformer cette denrée en gaz odorant. De toute façon, comme je n’ai jamais fait d’essai à l’entrainement, je préfère demeurer conservateur (je sais, une belle contradiction  par rapport à ce que j’ai dit tantôt).

Pendant que j’engloutis une banane, je jette un œil autour. On dirait presque l’infirmerie d’un champ de bataille. Plusieurs se réchauffent autour du feu, D’autres sont confortablement installés sur des chaises. On constate les dommages causés pas la distance parcourue et surtout celle qui reste à faire. Le psychologique commence à jouer. Malgré moi, mon côté compétitif se réveille. Ces gens-là étaient tous sur place avant que j’arrive et ils repartiront (s’ils repartent) bien après moi. GOTCHA !

Aussitôt, je regrette cette pensée. Car quand on crache en l’air…

C’est de ta faute, Pat !

J’ai appris qu’il courait en 2008, la semaine avant le Marathon de Montréal. Dans une entrevue accordée à « Salut Bonjour ! », il parlait de cette première pour lui dans la plus longue des distances classiques. Il visait un temps de 4 heures. Pour ma part, comme j’avais fait un 3h43 « en dedans » à ma première expérience l’année précédente, j’étais confiant de pouvoir descendre sous les 3h30. La pluie torrentielle qui était tombée dans les heures précédant la course avait été suivie par une humidité à couper au couteau. Inexpérimenté, j’avais terminé cette course de peine et misère, franchissant la ligne après 3h56 de pure souffrance. Je suppose qu’il a vécu un peu la même chose que moi, une trentaine de minutes derrière.

Je me suis mis à suivre son évolution, comme je le faisais avec d’autres personnes connues qui pratiquent la course. Nous nous croisions de temps en temps dans le cadre d’une course (habituellement au demi Scotia Bank), mais comme je n’avais rien de particulier à lui dire, ce n’était pas parce qu’il était connu que j’étais pour lui parler…

Puis j’ai remarqué qu’il semblait courir moins. À l’époque, je n’avais qu’une seule référence en la matière: SportStats.ca. Je me suis dit qu’il avait probablement ralenti la cadence, faute de temps et/ou de motivation.

Puis un jour, allant faire mon « épicerie » à la boutique Coin des Coureurs du centre-ville, j’ai émis un commentaire sur la grande quantité de gels que j’achetais. L’employé me raconta alors qu’il y avait un monsieur qui était passé et en avait acheté une quantité phénoménale parce qu’il s’en allait faire une course de 100 milles et qu’il préférait « en avoir plus que moins ».

J’avais vaguement entendu parler de ces courses-là. Un jour, j’avais vu un reportage sur le fameux Leadville 100 à la télé américaine, mais je me disais que c’était certainement marginal comme épreuve. Il me semblait toutefois qu’il y avait un 100 milles quelque part dans le Vermont….

Je ne sais pas pourquoi j’ai fait ça, mais je me suis mis en frais de trouver le site de l’événement et ensuite, la liste des participants. Qu’est-ce que je cherchais au juste ?  Quelqu’un que je connaissais ?  Toujours est-il qu’en défilant ladite liste, je suis tombé sur son nom. Hein, lui ?  Merde, il est plus lent que moi dans toutes les courses qu’on fait et il va se taper un 100 milles ?  Non, ce n’était pas possible… Peut-être était-ce quelqu’un qui portait le même nom (ben oui Chose, dans le genre coïncidence…) ?

J’ai approfondi mes recherches et j’ai trouvé d’autre références que SportStats (duh !). Il s’était lancé dans les course plus longues que le marathon classique et à ce moment-là (nous étions en 2011), il avait déjà deux Ultimate XC, un Vermont 50 et un Bear Mountain sous la ceinture. Holly shit !

Je me suis mis à m’intéresser à ce monde si particulier des ultras en sentiers. Et plus je lisais sur le sujet, moins je comprenais. Il fallait que j’en parle à quelqu’un. Mais à qui ?  Je ne connaissais personne d’assez fou pour se lancer dans de telles aventures. Il y avait bien des blogues qui en parlaient, mais à part ça… Toutefois, tous étaient unanimes sur un point: la course en sentiers, c’est le plaisir pur et la camaraderie, rien à voir avec la route. J’avais vraiment le goût d’essayer.

J’ai contacté David Le Porho qui m’a recommandé de commencer par des distances plus courtes, question de voir si j’aimais ça ou pas. Puis, quelques mois plus tard, après avoir complété un Marathon d’Ottawa de rêve qui me permettait enfin de m’assurer une place pour Boston, je suis tombé sur Pat par pur hasard.

Je devais être sur un high, je ne sais pas trop, mais cette fois-là, je lui ai parlé. Sans avoir aucune espèce d’idée sur la performance qu’il venait de réaliser, je l’ai félicité sur le champ (il venait d’établir son record personnel). Après quelques phrases typiques d’après-course échangées avec le grand sourire entre coureurs, je lui ai parlé des ultras. En fait, je lui ai dit que j’envisageais le Vermont 50. Il me l’a recommandé chaudement pour un premier ultra, à cause de l’organisation et de son niveau de difficulté technique relativement faible. Je le cite: « Il est vraiment beau, le Vermont 50. Ça monte et ça descend beaucoup, mais il facile techniquement. La place idéale pour commencer ! ». J’avais ma confirmation. Le surlendemain, j’étais inscrit. Le conseil de David ? Heu…

La suite fait partie de l’histoire, comme on dit. Malgré une météo exécrable, j’ai vécu la plus belle course de ma vie. J’étais définitivement accroc.

J’avais prévu acquérir plus d’expérience en ultra en 2013 et me lancer dans les grande aventure du 100 milles pour le Vermont 100 2014, trois ans après avoir « découvert » l’existence même de cette course. Mais j’ai été ralenti par les blessures et n’ai pas pu participer aux courses que j’aurais voulu.

Sauf que…

Quand c’est rendu que le gars que je voyais comme mon modèle dans le domaine me sermonne gentiment pour me dire que je suis plus que prêt… Quand c’est rendu que ma conjointe me dit que je devrais le faire, que pour un premier essai sur LA distance, pouvoir le faire près de chez soi, c’est toute une chance…

Et puis à un moment donné, si j’attends que les conditions idéales soient toutes réunies (travail, conditions météo, entrainement), je ne le ferai jamais. Au pire, si je suis trop fatigué pour le compléter, j’arrêterai en chemin et me reprendrai une autre fois. Ou je finirai à la marche, DFL (dead fucking last !).

Alors voilà, je plonge. C’est fait: je suis inscrit pour le 160 km du Bromont Ultra.

Et ça, c’est de ta faute, Pat !  🙂

Des choses et d’autres

Ha les vacances… On prend le temps de vivre, de respirer par le nez, de courir (évidemment) et surtout, de mémérer de choses et d’autres sur son blogue !  🙂

L’Abitibi – Comme j’en ai déjà glissé un mot, j’ai pris quelques jours de repos après l’Ultimate XC et à mon retour au travail, tout s’est mis à débouler. Ce qui fait que je me suis retrouvé à Rouyn pour trois semaines et après une petite semaine au bureau, j’y suis retourné la première du mois d’août.

Les gens de l’Abitibi sont extraordinaires. Souriants, accueillants, affables. Travailler avec eux est un pur plaisir car on se sent immédiatement partie intégrante de leur équipe.

On ne peut toutefois pas dire que je sentais que je faisais totalement partie de la famille car mes collègues ont des intérêts un tantinet différents des miens: alors que j’affectionne les moyens de transport à propulsion humaine, eux ont plutôt tendance à préférer les engins à moteur. Inutile de vous dire qu’au début, ils trouvaient un peu bizarre de me voir courir à vive allure dans les chemins de terre reliant le poste à la civilisation. Mais au fil des jours et des semaines, ils se sont habitués à me voir quitter plus tôt et à me dépasser sur la route au volant de leur pick-up ou de leur Suburban.

Il m’est arrivé d’avoir à faire preuve d’imagination pour pouvoir assouvir mon besoin de me défouler. Il ne m’était pas toujours possible de quitter le travail plus tôt, alors j’attendais d’être rendu en « ville » et je me tapais le tour du lac Osisko sur la piste cyclable. Je préférais toutefois les chemins de terre et idéalement, j’aurais emprunté les nombreux sentiers de quatre-roues qu’on retrouve autour du poste. Sauf que nous y avons aperçu un ours dans le coin un bon matin, alors les sentiers…

Des souliers, des souliers et encore des souliersAttention, discussion technique droit devant !   Quand j’ai commencé à courir en sentiers, je me suis procuré des Salomon S-Lab que j’ai beaucoup aimés sauf pour une chose: les lacets. Leur système de serrage des lacets, efficace à première vue, devient rapidement plus lâche avec le temps (lousse, comme on dit), ce qui oblige le coureur à les resserrer fréquemment. Quand on a les pieds étroits comme moi, c’est assez agaçant merci.

Comme je redoutais que mes Montrail Bajada soient trop soft pour les difficultés de l’Ultimate XC, je me suis rendu à la Maison de la course à la recherche de conseils et surtout… de souliers !  Quand le vendeur a dit qu’il ne comprenait pas de quoi je me plaignais à propos des lacets de Salomon, parce que lui, il n’avait jamais eu de problème, la réponse qui m’est venue instantanément a été: « Pour moi, une longue sortie ne consiste pas seulement à monter en haut de ton Pain de sucre pis redescendre ! ».  Merde, j’en ai usé deux paires jusqu’à la corde, je sais de quoi je parle !  Si je dis qu’il se loussent, c’est qu’ils se loussent, calv!  Mais bon, j’ai laissé faire.

L’expert-maison m’a suggéré des New Balance 910 V1. Confortables, semelle avec de bons crampons, je les ai pris. Après deux ou trois sorties au mont Royal et une au mont St-Bruno, ils étaient mûrs pour les vraies affaires: St-Donat.

La course s’est bien déroulée côté comportement, mais quand j’ai constaté leur état à mon retour à la maison, ayoye !  Un bout de semelle était décollé et la « bottine » était brisée sur les deux pieds. À peine 200 kilomètres de course et ils sont finis. Verdict: cossin, patente à gosses, cochonnerie, le terme que vous voulez. Après m’avoir déçu sur la route, New Balance récidive en sentiers. Entre eux et moi, c’est définitivement la fin.

Mon prochain essai: les Saucony Peregrine 4. Il faudra bien un jour que je passe au zero drop, ça aiderait peut-être à élargir mon éventail au niveau choix…

Le dénivelés – Discussion l’autre jour avec René, mon voisin et ami, fervent cyclotouriste. Comme il quittait bientôt pour un voyage à vélo dans les Alpes, il me parlait des dénivelés qui l’attendaient. Au début, les chiffres ne me disaient pas grand chose jusqu’à ce que je fasse le lien avec ce que je connais: les courses en sentiers, bien évidemment.

Je lui ai fait part des dénivelés positifs que j’avais affrontés en ultra (2400 mètres à l’Ultimate XC, 9000 pieds au Vermont 50 et ça, ce n’est même pas considéré comme difficile) et il  semblait un peu incrédule. Je le comprends: une « balade » en montagne de 60 km offrirait un dénivelé comparable à une étape dans les Alpes au Tour de France ?

J’ai vérifié car je mettais moi-même en doute ce que j’avançais. Mais j’ai les chiffres à l’appui ici: le parcours de l’Ultimate XC offre 2418 mètres de montées et 2408 mètres de descente sur 60 km. Un peu comme si on passait tout le parcours sur une pente à 8%, soit à descendre, soit à monter.

Imaginez l’UTMB avec ses 9600 mètres répartis sur 168 km ou encore le Hard Rock avec ses 33992 pieds sur 100 milles… Ouch !  L’Ultimate, n’est pas si ultimate, après tout…  😉

Le Québec, une force en ultra ?   Je commence à y croire. Et sérieusement à part ça !  Déjà que nos représentants avaient fort bien paru à Bear Mountain en mai avec 3 coureurs parmi les 8 premiers, sans compter Rachel qui avait terminé 3e chez les femmes, voilà que coup sur coup, Joan décroche la 3e place et Seb, la 6e au Vermont 100 (un des quatre grands 100 miles en Amérique du Nord) puis Florent arrive au 3e rang à la fameuse Canadian Death Race après avoir mené pendant les trois quarts de l’épreuve.

On ne parle de petites courses locales ici, mais de courses de niveau international. Il y a de quoi être fiers !  Et le sport ne fait que commencer ici, alors on peut se laisser aller à rêver à un avenir encore meilleur, surtout avec la multiplication des courses en sentiers ici depuis 2 ou 3 ans.

Mais pourquoi nos représentants sont-ils si forts ?  J’ai une petite théorie là-dessus: l’adaptabilité. Le climat dans le nord-est américain, et particulièrement au Québec, est réputé difficile: très froid en hiver, relativement chaud en été. Et surtout, en tout temps, une présence incontournable: l’humidité. Il fait toujours humide ici, ce qui nous fait ressentir les hivers encore plus froids et les chaleurs d’été, insupportables. Pourtant, nous courons là-dedans à longueur d’année. Disons que par bouts, il faut vraiment vouloir !  Je me dis donc qu’une fois rendus en compétition, quand ça va mal, les coureurs d’ici serrent tout simplement les dents et se répètent: « Je me suis pas tapé tout ça pour abandonner ! ».

C’est juste une théorie, mais je pense qu’elle a tout de même un certain sens, non ?   🙂

À moitié nu… ou presque – Parlant d’adaptabilité, en revenant de l’Abitibi la semaine dernière, il faisait un vrai temps québécois d’été à Montréal: chaud et humide. Pour ma sortie du samedi, j’ai décidé de faire un mini-Joan de moi. Ok, j’avais mes bouteilles, mes souliers full padés, ma casquette. Il ne fallait tout de même pas y aller trop raide… J’ai toutefois laissé le t-shirt à la maison et suis sorti à moitié nu, portant seulement une paire de shorts.

Le sentiment de liberté que j’ai ressenti est difficile à décrire. C’était la première fois que je courais par une telle température et que j’avais les mêmes sensations que par temps frais. La sueur coulait de partout, mais je sentais que mon corps réussissait à réguler sa température sans problème. C’était le jour et la nuit par rapport à d’habitude. Wow !

À un moment donné, j’ai entendu une jeune femme crier un « Woo hou hou ! » admiratif comme je passais près de chez elle. Quand je me suis retourné et que j’ai vu que ça venait d’une fort jolie personne en bikini qui lavait sa voiture, je me suis dit que je devais rêver ou que finalement, le soleil commençait peut-être à attaquer mon cerveau. Un maigrichon dans la quarantaine qui « exhibe » son torse ainsi, voyons donc… Riait-elle de moi ?

Je me suis rendu compte qu’elle s’adressait à sa petite fille qui jouait dans une piscine pour enfants, juste à côté.

Ok, les choses étaient normales et je pouvais continuer à fond la caisse… avec le sourire !  🙂

Ultimate XC 2014: la conclusion (finalement !)

Ça a continué à être rock’n’roll côté professionnel en juillet et c’est Le dernier kilomètre qui en a souffert. Heureusement, la dernière semaine a été plus tranquille et j’ai finalement réussi à terminer mon récit de St-Donat, avec plus d’un mois de retard. Ma douce moitié me dira que si je n’y allais pas autant dans les détails, peut-être que je serais en mesure de produire plus rapidement. Je ne peux pas dire qu’elle a totalement tort.  Mais que voulez-vous, c’est mon petit côté Paul Houde… 🙂

Station Inter-Centre – Station Chemin Wall (km 42.2) – J’entame la descente pas trop technique, puis arrive dans le vif du sujet : la bouette et le labyrinthe à travers lequel on nous fait passer. Non mais, est-ce qu’il y a vraiment un sentier ici ? J’ai l’impression que Dan et ses amis ont placé des petits rubans roses à travers des arbres, au hasard, et que nous devons les suivre car c’est le seul chemin qui a une chance de nous ramener à la civilisation. Une idée me vient à l’esprit : le fameux Barkley, est-ce comme ça ?  Un parcours qui ne semble suivre aucun chemin tracé, dans lequel on a l’impression d’être perdu ?  Puis je me souviens d’un léger détail : au Barkley, le parcours n’est même pas marqué…

Étant maintenant rendu dans un des points les plus bas de la course, je constate une affaire : il fait chaud en ta… Premier ruisseau à traverser, j’en profite pour me répandre l’eau sur le visage, derrière le cou, sur le reste du corps. Un peu plus loin, deuxième ruisseau, je reprends le même manège. Ça me rafraichit un peu, mais pas tant que ça. Arrive la «rivère», j’ai de l’eau jusqu’aux cuisses. Après une brève hésitation, je plonge au complet dedans. Haaaa… Moi qui dis toujours que je pèse 150 livres mouillé, ce serait peut-être le temps de vérifier.  Quelqu’un a une balance ? Quoi, que dites-vous ?  J’ai perdu la raison ?  Ha oui ?  😉

Cette petite baignade impromptue me fait le plus grand bien et je traverse le Vietnam sans trop de problème. Ha, il est évidemment bouetteux à souhait et les marécages sont bien présents, mais tellement loin de ce qu’ils étaient dans mes souvenirs… Par contre, le squelette est toujours là, ce qui me fait sourire encore une fois. On dirait qu’il a passé l’hiver ici parce qu’à voir son niveau de décoloration…

Éric, un concurrent qui terminera tout juste derrière moi, alors qu'il a littéralement les deux pieds dans le Vietnam

Éric, un concurrent qui terminera tout juste derrière moi, alors qu’il a littéralement les deux pieds dans le Vietnam

J’arrive à la 329, que nous devons traverser en empruntant un tunnel qui passe sous la route. J’ai de l’eau jusqu’aux genoux, rien de dramatique, quand l’envie de me soulager me prend. Drette là, comme on dit. Puis me vient une idée. Non, je ne suis pas pour faire ça… J’ai déjà vu un cycliste professionnel le faire, alors pourquoi pas moi ?  Ici, dans le ruisseau, personne ne me verra… Je fais donc ce que j’ai à faire… sans m’arrêter !  Il faut bien qu’il y ait des avantages à être un homme, non !  😉

Quelques heures avant moi, des concurrents du 38 km sortent du tunnel sous la 329

Quelques heures avant moi, des concurrents du 38 km sortent du tunnel sous la 329

La montée vers la station Chemin Wall se fait tout d’abord à même un ruisseau, puis on se retrouve sur la terre ferme… en plein soleil, bien sûr. Mais le plongeon dans la rivière a fait son effet et je suis revigoré, ce qui rend l’ascension plus facile. À l’approche de la station, un bénévole toujours au poste observe notre arrivée avec des jumelles et crie notre numéro pour que les autres préparent nos drop bags. Encore une fois, l’organisation m’impressionne par son efficacité.

Le ruisseau que nous devons "escalader" après avoir traversé la 329

Le ruisseau que nous devons « escalader » après avoir traversé la 329

Depuis un moment déjà, j’ai pris la décision de ne pas changer de souliers. Mes New Balance, malgré leur fâcheuse habitude de se délacer facilement quand ils sont mouillés, font le travail pour le reste. En plus, j’avais regretté mon move en 2013, la bouette ayant refait son chemin jusqu’à mes pieds en moins de 3 minutes. Je change toutefois de camisole et de casquette. J’en suis rendu à essayer de remettre ma veste d’hydratation en place (c’est toujours tortillé, ces machins-là) quand Luc me poke dans les côtes en passant en coup de vent. J’ai l’impression qu’il ne s’est même pas arrêté… Vais-je le revoir ?

2 ou 3 minutes plus tard, je remercie abondamment les bénévoles de la station et reprends ma route. Coup d’œil au chrono : 5h45. Ça m’a pris 15 minutes de moins pour traverser le Vietnam, preuve que les conditions sont pas mal plus faciles. Mais je me pose sérieusement des questions pour les autres: combien d’entre eux seront en mesure de respecter la coupure fixée à 7 heures ici ?

Station Chemin Wall – Station Lac Lemieux (km 46) – En quittant la station, un bénévole me lance : « Ça a l’air que le bout jusqu’à la prochaine station se fait bien ! ». C’est ce que je me souviens également. Une section qui ne fait même pas 4 kilomètres, piece of cake !

Détail que j’avais oublié cependant : ça monte. Pis ça monte. Et ça monte encore. Même si c’est dans le bois, la chaleur se rend très bien à nous et l’effet de ma baignade s’est dissipé. Je commence à reprendre des coureuses du 38 km, coureuses que j’avais déjà dépassées avant la montagne Noire. Mais des gens du 60 km ?  Nada. Voyons, pourtant ça monte, je devrais en reprendre quelques uns, non ?  Et Luc, il est où, bout de viarge ?

Finalement, après ce qui m’a semblé durer des heures, je sens le terrain qui commence à prendre une pente descendante. J’arrive à la station tout juste après deux participantes du 38 km. Et Luc qui n’est nulle part autour… Est-ce qu’il s’est envolé ?

Alors que je regarde sur la table pour me prendre quelques trucs à bouffer, le bénévole, empruntant un ton admiratif, me demande : « Ho, un coureur du 60 km !  Avez-vous besoin de quelque chose ?  Est-ce que je peux vous aider ?»  Je l’ignorais à ce moment, mais pour le reste de la course, nous serons traités comme des V.I.P. Comme le parcours empruntera les mêmes sentiers que ceux utilisés par les épreuves de 22, puis plus loin, de 11 km, les gens assignés à ces stations me sembleront très impressionnés de constater que des êtres humains (pas toujours sains d’esprit, mais bon) puissent parcourir une telle distance sur leurs deux jambes. Mais que diront-ils quand Joan et Tomas passeront et qu’ils verront « 120 km » écrit sur leur dossard ?

Station Lac Lemieux – Station Lac Bouillon (km 49) – Ha, une belle petite section roulante, parfaite pour reprendre du temps !

Encore une fois, ma mémoire me fait défaut. Oui, c’est une section roulante grâce à son sentier large et descendant. Sauf qu’il fait de plus en plus chaud et on est au soleil en tout temps. Ajoutez à ça une cheville gauche qui commence à en avoir ras le pompon de cogner sur le sol à répétition et on a un bonhomme qui trouve les 3 kilomètres un peu longs à son goût. D’ailleurs, depuis le départ, mon GPS m’indique toujours une distance parcourue plus courte que celle indiquée sur les cartes. Mais j’ai l’impression que tout le retard sera comblé lors de ces seuls « 3 » kilomètres.

À un moment donné, la cheville se plaint tellement que je prends la peine de m’arrêter pour tenter de l’étirer un peu. Pas que ça donne vraiment quelque chose, mais bon… Finalement, j’arrive sur le site d’un chantier de construction et je sais que la station est proche.

Sur place, toujours pas le moindre indice de la présence de Luc. Il s’est volatilisé ma parole !  Une dame, probablement à l’affût de demandes en mariage, offre des douches gratuites à même un 18 litres d’eau. Je suis probablement le 50e de la journée à lui faire la grande demande dans les instants qui suivent ma douche improvisée. Au risque de me répéter, ça fait du bien !!!

Je fais un dernier plein de ma veste, prenant bien soin d’y ajouter une donne dose de GU Brew et me lance à l’assaut des 11 derniers kilomètres en jetant un regard inquiet au chrono: avec la côte de l’enfer et la descente qui la suit, il me sera difficile de faire sous les 8 heures.

Station Lac Bouillon – Station Ravary (km 54.5) – J’entame la section tout juste derrière deux autres concurrents du 60 km. Est-ce que je les ai rejoints ou ce sont eux qui m’ont rattrapé ?  Aucune idée ! Le sentier est large et généralement plat. Comme je suis à leur hauteur, j’entends un lancer à l’autre : « Luc, il court comme s’il était parti en mission ! ». Et comment ! Après un petit problème technique qui m’oblige à m’arrêter, je reprends ma course et réussis à reprendre mes compagnons tout juste avant la côte de l’enfer.

Cette côte n’est ni plus ni moins qu’une pente de ski à grimper. Et vous savez quelle est la principale caractéristique des pentes de ski ?  Elles sont presque toujours tracées sur le versant sud de la montagne, question d’être exposées le plus possible au soleil durant les froids d’hiver. Or, qu’on soit en hiver ou en été, le soleil, il est toujours du même côté à cette heure du jour. Alors…

Petit coup d’œil au chrono, question de comparer mon temps d’ascension à celui de l’année passée (je m’attends à être plus lent, mais bon…) et on entame la montée. Tout en haut de la première face de cochon à grimper, d’autres participants, qui me semblent si petits… Jamais je ne serai capable de les rejoindre.

Hé oui ! Progressivement, je gagne du terrain, ce qui m’encourage. Le soleil me ralentit, mais moins que les autres on dirait. Je reprends plusieurs concurrent(e)s des autres courses qui ont chaque fois la gentillesse de me laisser le passage. Je les remercie à tous coups et leur lance quelques mots d’encouragement.

J’arrive à la courte partie plate entre les deux sections ascendantes, fais quelques pas à la course, puis me lance dans la montée de la deuxième face de cochon. Celle-là est vraiment en plein soleil, pas le moindre arbre pour se protéger. À mi-chemin, qui vois-je devant, montant les mains sur les reins ?  Luc !  Il ne s’est pas envolé après tout, il est seulement quelques dizaines de pieds au-dessus de moi. Ai-je des chances de le rejoindre ?  Il semble rendu près du sommet. Mais quand un gars monte les mains sur les reins, c’est qu’il en arrache, alors peut-être que…

La pente commence à s’adoucir comme j’arrive à sa hauteur. Il me dit tout doucement : « Good job ! », compliment que je lui rends sur le champ. J’aimerais bien qu’on termine ensemble, car pour moi, la course en sentiers, c’est ça : la camaraderie, l’entraide et surtout, la satisfaction de voir les autres terminer. La compétition ?  Oui, il y en a toujours un peu, mais par rapport à la route…

J’hésite cependant. Luc est plus rapide que moi sur route (il m’a pris 4 minutes à New York en novembre dernier) et définitivement plus fort dans le technique. Or, il nous reste une longue descente très technique à faire, puis probablement quelques bons trous de bouette. Comme je ne veux pas le retarder, je décide de prendre un peu d’avance en ne m’éternisant pas à la station d’aide du sommet (un ajout cette année, excellente idée !) et en m’élançant presque immédiatement vers la descente. Je prends tout de même le temps de constater que j’ai mis 2 minutes de moins que l’an passé pour grimper la fameuse côte de l’enfer. Hey, pas mal…

La descente se révèle beaucoup moins difficile que dans mes souvenirs. Ceci dit, je passe quand même proche de me perdre mais heureusement, des concurrentes du 38 km m’indiquent le chemin à suivre, me laissant le passage en prime. Un peu plus loin, j’en rattrape une autre et je crois la reconnaître : c’est Audrey, l’organisatrice en chef du Bromont Ultra. J’entame la conversation pendant que nous nous faufilons entre les arbres. Elle est surprise que je la connaisse, vu qu’elle ne me connaît pas du tout (c’est l’histoire de ma vie), alors je me présente un peu. Je lui dis qu’à moins d’une trop grande charge côté travail, je serai de la partie pour son 160 km en octobre. J’espère vraiment pouvoir y être…

Tout en bas de la descente, la station. Le temps d’attraper de quoi manger et de caler un verre de Gatorade, je suis reparti.

Station Ravary – Station 329 (km 56.5) – Deux petits kilomètres avant la dernière station, c’est rien, non ?

Décidemment, je n’apprendrai jamais car encore une fois, grossière erreur ! Je suis sur le point de dépasser une dame lorsque, alors que j’avance à un bon rythme, mon pied bute sur un obstacle. Une roche ? Une racine ?  Aucune espèce d’idée. J’essaie par tous les moyens de récupérer le déséquilibre qui s’ensuit. Je ne sais pas si c’est à cause des multiples mouvements brusques que je tente durant l’opération, mais toutes les crampes qui étaient en embuscade décident de se montrer. En même temps !

Du coup, j’ai l’impression que tout ce qui peut cramper sous ma ceinture (non mes petits coquins, ÇA ne peut pas cramper !) crampe en même temps: quads, ischios, mollets, name it. Je me retrouve évidemment au sol, incapable de bouger. Ma première pensée ?  « Les 8 heures, c’est foutu ! ». Ma deuxième ?  « Comment je vais me relever de là ? ». Pendant que tout ça me passe par la tête, je crie parce que ça fait mal en ta…

La dame que j’allais rejoindre s’arrête et rebrousse chemin pour s’enquérir de mon état. « Are you broke ? » qu’elle me demande. Heu, « broke », ça ne veut pas dire « cassé », dans le sens de « j’ai pas une cenne » ?  Enfin, l’important, c’est de se comprendre. Je veux lui répondre que seulement ma fierté est atteinte (yeah right) et le seul mot qui me vient est « pride ». Je bredouille donc quelque chose autour du mot «pride». Merde, j’ai quand même 55 km dans les jambes, alors les subtilités de la langue de Shakespeare…

Luc arrive sur les entre-faits.

-Man, est-ce que ça va ?

-Je viens de planter et je suis crampé de partout !

-Ha, moi c’est le festival de la crampe depuis tantôt !

Sa remarque me fait rire et me donne un bon coup de pied au derrière. Pensais-tu être le seul à avoir des crampes, du con ?  Il m’aide à me relever, me donne une tape d’encouragement sur l’épaule, puis repart en courant, ma bonne samaritaine à sa suite. Je reprends en y allant d’un petit jogging et finalement, me rends compte que je peux presque courir normalement.

Cette partie étant assez technique, nous sommes contraints à faire toutes sortes d’acrobaties pour la passer. Et à chaque tronc d’arbre, à chaque roche, bref à chaque mouvement qui sort un peu de l’ordinaire, les muscles menacent de cramper. Et ceux de Luc ne font pas que menacer car je l’entends aligner les « Ouch !», « Ayoye !» et « Haaaaa !» à toutes les 10 enjambées. Et moi de rire comme un débile à chaque fois. La pauvre dame coincée entre nous deux doit bien se demander d’où les deux zigotos qui l’escortent peuvent bien sortir. Du 60 km, madame, du 60 km.

 De façon à ne pas prolonger sa torture mentale, je la dépasse quand j’en ai l’occasion, dans un petit élargissement. En passant à son niveau, je lui dis : « Still going, still going… », comme pour lui prouver que j’ai définitivement perdu la raison.

J’arrive à la station 329 comme Luc finit de prendre quelques gorgées à même une canette de Coke. Je ne fais ni une ni deux et cale le restant. Hum, c’est bon après des heures et des heures dans le bois !  Ça me rappelle mon adolescence et les voyages à vélo que je faisais avec mon père. C’était notre récompense de fin de journée : un bon Coke bien froid.

En haut de la petite butte, Luc s’est arrêté. Il me fait un large sourire et me montre le sentier avec un signe de tête : « Allez, on finit ça ensemble ! »

Station 329 – Arrivée (km 60) – Ma mémoire vient encore s’amuser à mes dépens. Alors que je m’attends à un beau sentier large et facile, nous frappons de bons vieux trous de bouette. Luc lui se souvient : « Il reste encore pas mal de beurre de peanuts ». Ouais, je ne pourrais pas mieux décrire la texture de ce que nous devons traverser.

Nous nous échangeons la tête, cherchant la trajectoire idéale, tout en placotant un peu. Nous parlons de New York, de sa copine Anne qui participe elle aussi à cette course. Arrive finalement la « piste cyclable » tant attendue où les distances restantes seront supposément indiquées à tous les 500 mètres. Après presque 8 heures passées dans les sentiers, à monter et descendre des côtes, à contourner des milliers d’obstacles, les deux quadragénaires ont hâte d’arriver.

Un ami de Luc se joint à nous sur une centaine de mètres, le temps de nous apprendre qu’Anne n’est pas très loin derrière (elle terminera une dizaine de minutes après nous, en première position chez les femmes). Nous traversons la route en deux occasions, prenons la pose pour la postérité et finalement, nous entendons un murmure caractéristique : l’arrivée est proche !

Luc, à droite, et moi, à quelques centaines de mètres de l'arrivée

Luc, à droite, et moi, à quelques centaines de mètres de l’arrivée. Beaux bonshommes, avouez !  😉

Oui, je porte encore mes bidules aux genoux... Je suis encore étonné qu'ils aient tenu toute la course !

Oui, je porte encore mes bidules aux genoux… Je suis encore étonné qu’ils aient tenu toute la course !

Pour la première fois de la journée, nous avons des spectateurs. Les félicitations fusent de toutes parts. Une dernière petite descente et le voilà enfin, le parc des Pionniers.

Nous nous présentons dans le couloir réservé aux coureurs. Je cherche l’arche d’arrivée du regard : « Elle où la maudite arrivée ? ». Luc me la pointe, à l’autre bout du parc. Elle me semble encore loin, mais je ne sens plus l’effort. Je souris à mon partner et lui tends la main. On va terminer comme ça, main dans la main, peu importe l’ordre officiel, pour montrer que nous avons tous les deux vaincu ce damné parcours. Encore une fois.

Après l’arrivée – La suite des événements s’embrouille dans ma tête. Luc et moi nous sommes évidemment donnés le gros bear hug de circonstance, tout contents de notre performance, heureux des ces moments passés ensemble. Notre temps ?  8:11:53. En ce qui me concerne, c’est 20 minutes de mieux que l’année passée, sur un parcours 2 kilomètres plus long. Bon, il était dans un bien meilleur état (ce n’était même pas comparable), mais la chaleur a également eu son rôle à jouer. J’ai été surpris d’apprendre que personne n’avait fait sous les 6 heures, Gareth Davies arrivant premier en 6:07:46 et Florent Bouguin le suivant en 6:16:23. Ils ont été les seuls à faire sous les 7 heures…

Luc s’est presque immédiatement lancé dans le lac alors que moi, pour une raison que j’ignore, j’ai niaisé un peu. Comme si une fois la course terminée, l’urgence de me rafraichir avait disparu. Bizarre.

J’ai placoté avec d’autres coureurs, dont Phil avec qui j’avais fait la connaissance le matin et qui était insatisfait de son temps de 7h16… jusqu’à ce qu’il apprenne qu’il avait terminé troisième !  J’ai aussi échangé avec Pierre, qui avait retrouvé son légendaire sourire et qui sirotait tranquillement une Sleeman’s tout en savourant l’ambiance. J’ai vu Pat arriver dans un temps de 8h40 et surtout, je l’ai vu littéralement garrocher au bout de ses bras le sac qu’il avait porté toute la course et qu’il voulait tester en vue de l’UTMB. On dirait bien que ledit sac n’a pas atteint la note de passage et ne sera pas du voyage…

Je dévorais tranquillement le succulent lunch offert par l’organisation en assistant aux diverses cérémonies quand il est passé près de moi quelques minutes plus tard, pieds nus. Quand je lui ai dit mon temps, il m’a sacré un (gentil) coup de pied et m’a lancé : « T’es super fort !  Je ne veux plus jamais t’entendre me dire que tu n’es pas prêt pour un 100 milles !  Tu es plus que près !!! ». Ok Pat, si tu le dis… La dernière fois qu’il a « ordonné » à quelqu’un de faire une course, c’était à Joan pour Virgil Crest. Il avait raison : Joan a terminé celle-là en troisième position…

Parlant du loup, je me tenais un peu à l’écart pour me changer en vue du retour à la maison quand j’ai entendu une clameur. Surpris au début, je me demandais bien de quoi il pouvait s’agir car les premières femmes étaient arrivées depuis un bout. J’ai vite fait le lien : c’était Joan. Je ne sais pas pourquoi, mais j’étais persuadé que c’était lui, et non Tomas qui avait aussi tenté de revenir (et qui a dû s’arrêter en chemin).

Je me suis tout de suite dirigé (en boitant) vers l’aire d’arrivée. Il avait l’air fatigué, vidé, mais tellement fier de lui !   Et je soupçonne qu’il en avait encore sous la pédale… Je ne pouvais pas partir sans le féliciter. Encore une fois, un gros bravo Joan !

La boucle étant bouclée, j’ai pris le chemin de la maison, la tête remplie de souvenirs de cette superbe journée. 12 mois plus tôt, j’étais à peu près certain de ne plus jamais remettre les pieds à St-Donat. Pourtant, je suis revenu. Et je n’ai jamais regretté.

Ultimate XC 2014: en attendant le Vietnam

Dans les jours qui ont suivi l’Ultimate XC de St-Donat, mon travail m’a amené à prendre la direction de Cadillac, un micro-village situé à peu près à-mi-chemin entre Rouyn-Noranda et Val d’Or. Les journées de travail sont longues et les nuits, courtes. Je réussis tant bien que mal à courir à travers ça, mais j’avoue que je me sentais un peu comme un poisson rouge hors de son bocal quand je suis arrivé en courant à Rouyn par la 117 mercredi soir avec mon t-shirt de Boston sur les épaules. C’est durant les allers-retours en avion entre l’Abitibi et Montréal que j’ai concocté la première partie de mon récit, celle m’amenant aux portes du fameux Vietnam.

Départ – Station Nordet (km 12.5) – Ça a beau être un ultra, il y a toujours un genre de précipitation au départ. Aussitôt, j’entends Pat (qui en a vu d’autres, c’est le moins qu’on puisse dire !) qui me glisse à l’oreille « Pars pas trop vite Fred, pas trop vite ». Ce à quoi je réponds : « Argfdtsv… » ou quelque chose du genre. Et bien évidemment, je pars.

Le parcours allongé nous permet de faire un plus long bout sur du terrain relativement plat en partant. Ceci a pour conséquence d’étirer le peloton, ce qui est une bonne affaire. Ça nous permet également de constater que Dan n’exagérait presque pas quand il disait que les sentiers étaient secs. Ils ne le sont peut-être pas complètement, mais par rapport à juin 2013, c’est le Sahara !

Devant, un arbre déraciné qui nous oblige à nous pencher pour passer. Je me pète la fiole dessus. Et d’aplomb à part ça. Ça commence bien. Du con, penche-toi bout de viarge !  Une fille en profite pour me dépasser. Le macho en moi ressort et je lui lance le défi (silencieux) de me suivre dans la première montée qui arrivera bientôt. Je me garde évidemment bien de lui lancer le même défi pour la descente…

Première ascension de la journée. On se met à la marche et je commence à rejoindre du monde. La fille qui m’a dépassé est une de mes premières « victimes », d’autres suivront. Dans la dernière moitié, ça souffle fort autour de moi. Plusieurs me disent « Good job ! » quand je passe à côté d’eux. Ce à quoi je réponds : « On se revoit dans la descente ! ». Mais que vois-je ?  Devant moi, un gars qui porte des… manches longues !  Ils annoncent 28 degrés, qu’est-ce qu’il fout habillé pour l’hiver ?   Il est déjà trempé de sueurs, ho quelle surprise !  Il va trouver la journée longue s’il garde ça sur le dos (je le reverrai éventuellement en camisole, son t-shirt à manches longues attaché à son Camelbak).

Au sommet, je prends le temps d’admirer le paysage (le temps clair nous le permet), puis bascule dans la descente. Elle est beaucoup moins difficile que dans mes souvenirs. Je me fais évidemment reprendre par quelques uns à qui je lance : « Je vous l’avais dit que vous alliez me rejoindre !», mais je ne me débrouille tout de même pas mal. Et je ne me fais pas trop larguer non plus.

En direction de la montagne Grise, un bénévole très enthousiaste nous encourage. Dans la montée, je reprends du terrain sur les gens qui me précèdent, mais au sommet, j’hésite à passer, question de ne pas être dans leur chemin sur l’autre versant. Encore une fois, je m’en vais voir le paysage, à la surprise de celui qui me suit. Il me dit que c’est sa première fois ici et j’en conclus qu’il n’est pas un habitué des ultras en sentiers. Le paysage, ça fait partie de la course en sentiers. Ce n’est pas un 20-30 secondes qui va faire une grosse différence à la fin…

Je fais une descente prudente et arrive finalement à la station Nordet.

Station Nordet – Station L’Appel (km 19) – Sur place, les bénévoles sont à la hauteur de leur réputation: de très bonne humeur et super serviables. Il n’y a pas grand-chose à manger à cette station : chips (à cette heure matinale, vraiment ?), bretzels et bananes. Je prends 2-3 bretzels et une moitié de banane (c’est fou de constater à quel point je suis moins gesteux sur les bananes durant une course), puis repars.

La section qui suit n’est pas tellement accidentée (tout est évidemment relatif), mais plus technique. Un gars avec qui j’ai joué au yoyo depuis le début me rejoint et je lui offre le passage. Il préfère demeurer derrière un moment, vu que je suis un « vétéran ». Il finira par passer.

Je n’avais pas encore eu vraiment l’occasion d’y penser, mais je constate dans un bout roulant que ma périostite se tient à carreau. Ça, c’est une maudite bonne affaire !  Je protège tout de même ma jambe droite en tâchant d’atterrir sur la gauche lorsque je saute par-dessus un arbre mort ou du haut d’une roche. À date, ça fonctionne, en espérant que ça n’entraine pas d’autres problèmes plus tard.

À la station l’Appel, une femme arrive tout juste après moi et crie : « Je suis la dernière ! ». Tiens, une concurrente du 38 km… Le fermeur de course la suit de près et annonce aux bénévoles qu’il n’y a plus personne. « Hein, plus personne de la JOURNÉE  ?!? » qu’il reçoit comme réponse. Je précise immédiatement que non, il y a quand même pas mal de monde du 60 km derrière moi (il y a pas mal de monde, hein ? ;-)).

Avant de repartir, je prends soin de faire emplir mon sac d’hydratation car on ne peut pas dire que j’économise de ce côté. Et pourtant, toujours pas d’envie pressante de me soulager. Hum… Pour ce qui est de la bouffe, il y a des patates, alors j’en avale (en fait, j’essaie d’en avaler) une et en enfouis deux autres dans mes poches, pour plus tard. Elles seront bienvenues: j’ai le ventre qui commence à gargouiller.

Les bestioles étant bien présentes, je ne m’attarde pas plus longtemps.

Station L’Appel – Station Montagne Noire (km 27.4) – Nous partageons maintenant les sentiers avec les gens du 38 km. Je rejoins très rapidement la dame de dernière place, puis deux autres un peu plus loin. C’est dans une partie technique que je reprends une quatrième personne, une autre femme. Elle me fait part de ses commentaires par rapport à la bouette : elle trouve qu’il y en a pas mal. Je ne peux réprimer un fou rire et lui dis que par rapport à l’année dernière, c’est moins que rien !  Elle se met à me raconter qu’elle était alors inscrite pour le 58 km, mais quand elle a appris qu’elle était enceinte, elle a décidé de laisser tomber.  En m’écoutant lui raconter que je m’étais retrouvé face contre terre (ou contre bouette) une bonne dizaine de fois durant cette journée mémorable, je la sens plus que confortable avec sa décision.

Une fois les retardataires passés, comme la section commençait sur une pente à tendance descendante, j’ai perdu mes comparses du 60 km de vue. Je traverse donc un bout plus roulant complètement seul. Voilà, comme à l’entrainement… Ménageant mes forces pour les heures plus chaudes, j’avance en mode conservation de l’énergie, accompagné du seul bruit de mes pas. Et à ce moment précis, je me sens bien. Ce contact si unique avec la nature, cette si belle journée que je me donne le droit de passer à courir (ou marcher ou grimper ou sautiller…). C’est vrai, à l’entrainement, on a toujours des contraintes de temps : le travail, les millions de bidules à faire avant ou après, etc. Pas ici. C’est MA journée et je vais en profiter pleinement. J’écarte les bras, tourne les yeux vers le ciel en respirant l’air pur… puis m’enfarge dans une roche.

Je rétablis la situation et parviens à éviter le pire. Ok, de retour à nos moutons. Je concède que la course en sentiers, c’est pas mal plus plaisant que la route, mais ça demande une certaine concentration, n’est-ce pas ?

Parlant de concentration, il me semble que ça fait un bout de temps que je n’ai pas vu des petits rubans roses. Je suis dans un chemin de quad, ça roule bien, mais pas de rubans roses. Shit… Je poursuis, inquiet. Merde, suis-je en train de m’éloigner du parcours ?  Je m’arrête, scrute le chemin devant, puis derrière. Rien. Personne non plus qui me rejoint, ni personne du 38 km devant. Merde, merde, merde !  Je fais quoi là ?  Je continue, risquant de m’éloigner encore plus ou je rebrousse chemin, quitte à perdre un peu de temps ?  Je décide de prendre le risque de poursuivre et au bout d’une éternité, j’aperçois finalement un petit ruban par terre. OUF !!!

Arrive finalement la montagne Noire, le Tourmalet  de l’Ultimate XC. Rapidement, je suis sur les talons de deux femmes sympathiques (je suis vraiment sur le bon chemin !) qui ont l’air de bien s’amuser. Nous échangeons quelques plaisanteries puis je passe. Deux ou trois autres dépassements plus tard, j’ai maintenant trois comparses du 60 km en point de mire. Arrivé sur eux, je demeure derrière. Laurent, un des trois, est définitivement plus fort que moi, alors je préfère qu’il reste devant moi. J’en profite pour récupérer un peu.

Je me promène littéralement en queue de peloton. Bon sang, si les descentes et le technique me semblaient un tant soit peu aussi faciles… Je me prends à rêver qu’il existe un classement pour les meilleurs grimpeurs, comme à vélo. Mais bon, ça n’avance vraiment pas… Devrais-je demander le passage ?  Le sentier est très étroit et aucun moyen de dépasser sans que l’autre ne se tasse. Sauf que je crains qu’après le prochain virage, je me retrouve devant un sentier plat et technique et que ceux que je trouvais trop lents se mettent à souffler dans mon cou. Je prends donc mon « mal » en patience et attends le sommet.

Finalement arrivés, la station d’aide est fort occupée. Plusieurs reprennent leur souffle, dont un très fort contingent de participant(e)s du 38 km. C’est le temps de faire le plein, autant en solide qu’en liquide. Les bénévoles s’affairent et sont tous serviables et efficaces. Tous ?  Non. Il y en a un qui résiste. Il est confortablement assis en retrait et tout ce qu’il fait est donner de fausses informations à tous. Il ne cesse de répéter qu’il reste 21.7 km à faire à tout le monde alors que c’est entièrement faux. Premièrement, le parcours pour rejoindre la prochaine station sera plus long pour nous du 60 km que pour ceux faisant le 38 km. De plus, il nous reste pas mal plus que 21.7 km à faire : on n’est même pas rendus à la moitié !

J’argumente avec le monsieur, il s’entête à répéter qu’il ne reste que 21.7 km à tout le monde. Heureusement, il y a des feuilles sur une table montrant les différentes stations et la distance qui sépare chacune d’elles de l’arrivée. Un de mes compagnons d’ascension me demande comment pourrons-nous savoir quel chemin emprunter vu que nous ne ferons pas le même trajet que ceux du 38 km sur cette section (on dirait bien que c’est moi qu’il croit et non pas l’autre). Je le rassure en lui disant que des bénévoles (qui espérons-le seront mieux renseignés) nous indiqueront par où passer selon la couleur de notre dossard. Il n’y a pas d’inquiétude à avoir.

Sur ce, je fais encore le  plein (maudit que c’est compliqué de verser du GU Brew dans la poche de ma veste !) liquide et solide, puis reprends les sentiers.

Station Montagne Noire – Station Inter-Centre (km 38.3) – Dès le début de la descente, j’ai un petit sourire: il y a 12 mois, c’est ici que j’avais été assailli par ma première crampe. Là, toujours rien. La fatigue commence bien à s’installer, mais sans plus.

Après une partie très technique, la descente devient roulante. Pour protéger ma jambe (et éviter de me casser la marboulette), je n’y vais pas à fond. Sauf que ça descend pas à peu près !  Finalement, ça se stabilise un peu et j’atteins l’intersection où les deux parcours se séparent temporairement. Ensuite, c’est toujours roulant et je suis surpris d’apercevoir un concurrent devant. Il n’avance vraiment pas très vite et je me demande même si ce n’est quelqu’un qui aurait été mal dirigé. Qu’à cela ne tienne, le sentier est large et je passe sans trop me poser de questions.

J’ai commencé à ressentir la chaleur au sommet de la Noire, mais là, comme je suis à découvert, je sens le soleil qui commence à joyeusement plomber. Et surtout, je relâche un tantinet ma concentration. Résultat : une autre roche m’envoie valser et cette fois-ci, pas moyen de m’en sauver : je me retrouve à plat ventre par terre.

Première chose à vérifier : tout est ok ?  Check. Deuxième chose à vérifier : le gars que je viens de dépasser m’a vu ? Non. Good, l’honneur est sauf.  Je ne perds pas trop de temps et me remets en marche. Arrive une longue section boisée que j’avais courue avec Rachel et sa gang en 2013. Aujourd’hui, je suis vraiment seul. Heureusement qu’il y a des petits rubans roses, sinon je me remettrais à douter…

Dans cette partie boisée, je sens monter les premières crampes, à l’intérieur des cuisses. Je profite de ma première pause-pipi (qui est de couleur claire, hourrah !) pour me masser un peu, histoire de les faire passer. Ouais, autour de 28 km à faire, ce n’est pas l’idéal de commencer à cramper… Après mon physique, c’est maintenant mon moral qui est atteint. Cette section, si plaisante dans mes souvenirs, semble s’éterniser. J’essaie de me concentrer sur ce que j’ai à faire ainsi sur ce que je ne devrai surtout pas oublier à la prochaine station: faire (encore) le plein d’eau et de bouffe. Comment Joan fait pour courir entre les stations sans prendre d’eau ?  Et par une telle chaleur ???

Finalement, j’entrevois la lumière au bout du tunnel : c’est la montée qui m’amènera à la station Inter-Centre. Enfin ! Petite gorgée de Gu Brew pour célébrer ça… Surprise : je siphonne du vide. J’ai englouti 2 litres de liquide depuis le sommet de la Noire, faut le faire. Vivement la station !

La montée ressemble beaucoup à celle de la tour de télécommunications au mont St-Bruno, à un détail près cependant : celle-ci ne semble pas avoir de fin !  Je la gravis, mètre par mètre, sous un soleil à son zénith. Pour la rendre encore plus difficile, personne devant que je pourrais essayer de rattraper. Je me retourne : personne derrière. C’est au moins ça… Comme seule compagnie, j’ai les mouches à chevreuil qui ont le don de venir prendre un morceau de viande à même la petite partie à découvert de mon cuir chevelu. Non mais, est-ce qu’il y a quelque chose de plus insultant que se faire piquer le derrière de la tête ?

Finalement, j’entends des bruits : le ravitaillement est proche !  Première chose à faire : me vider 2-3 verres d’eau sur la tête. Haaaaa… Puis j’emplis tous mes réservoirs bien comme il faut et prends mes renseignements pour la suite : est-ce vrai que le parcours a été modifié parce que le Vietnam était trop magané ?  Le bénévole me répond en riant, l’air de vouloir dire : « Dream on ! ». Bon…

Comme je suis pour quitter, j’aperçois Luc qui arrive à la station. Dans le monde d’aujourd’hui, nous nous connaissons très bien: amis Facebook, contacts LinkIn, chacun est follower sur le blogue de l’autre. Et pourtant, c’est la première fois qu’on se parle !  Comme il est un trailer aguerri et qu’il a terminé 20 minutes avant moi en 2013, je m’attendais à ce qu’il soit devant. Je lui dis que cette situation ne devrait pas durer tellement longtemps et me lance vers le Vietnam.

Je me sens d’attaque, malgré la chaleur. Ma montre indique 5 heures de course. Sera-t-il possible de descendre sous les 8 heures ?

Ultimate XC 2014: avant le plaisir

Ça faisait longtemps que ça ne m’était pas arrivé, mais depuis samedi, les doigts me démangent. J’ai juste envie de raconter ma journée passée dans les sentiers menant à St-Donat. Et on ne peut pas dire que les autres coureurs (Joan, Pierre et Julie entre autres) me la rendent facile avec leurs récits tout aussi plaisants à lire les uns que les autres… Voici donc la première partie du mien, façon Fred.

Nouveauté cette année à l’Ultimate XC: une version aller-retour de l’épreuve-reine, le 60 km qui fera, vous l’aurez deviné, 120 km. 8 inscrits, 7 au départ (un des courageux s’est retrouvé sur la liste des blessé) qui sera donné à 20h30 vendredi soir. Parmi eux, Joan et Pierre, que je connais bien et que je croise 45 minutes avant l’heure, alors qu’ils s’affairent aux derniers préparatifs de cette véritable expédition.

Détendus et souriants, ils semblent à la fois confiants et un peu nerveux. Toujours « Monsieur Prévoyance », je leur demande comment ils vont s’arranger côté ravitos. L’organisation a prévu les rejoindre à deux points précis sur le parcours, autour des 20e et 40e kilomètres, où ils pourront récupérer certains effets. Évidemment, Joan partira à peu près nu, c’est-à-dire vêtu d’une paire de shorts et de ses souliers… minimalistes, bien évidemment. « Et pour boire ? » que je lui demande. « Il y a les rivières », qu’il me répond. Ben oui, comment n’y aurais pas pensé ? Je regarde Pierre et lui fais part de mon admiration/découragement en hochant de la tête. Celui-ci me répond avec un large sourire et un haussement d’épaules. Joan ajoute: « Aujourd’hui, c’est un test que je fais ». Méchant test, ouais !  Moi qui n’ose même pas faire un petit 10 km autour de chez moi sans mes bouteilles à la ceinture…

La nuit s’annonce fraiche, mais pas froide et surtout, sans pluie. Ils affichent un bel optimisme. Je leur souhaite une bonne nuit, prenant soin d’ajouter que la leur serait probablement meilleure que la mienne. Je les envie un peu et serais même tenté de me joindre à eux si je le pouvais. Mais bon, ce sont des coureurs expérimentés et plus forts que moi, alors les suivre dans la nuit serait de la folie… Je passe donc prendre mon dossard pour le lendemain et retourne à l’hôtel pour préparer mes affaires (dont mon drop bag) et essayer de dormir un peu.

Après une nuit quelconque passée dans la fournaise du Manoir des Laurentides (j’avais un minuscule ventilateur qui brassait l’air chaud comme seul moyen pour me « rafraichir »), je me présente dans le stationnement adjacent à celui de l’hôtel de ville. Évidemment, je suis en avance. Après le traditionnel petit saut au Johnny on the spot du village, une voiture s’arrête près de moi et la jeune fille qui se trouve sur le siège passager me demande où elle doit se rendre pour le départ des autobus. Je me demande bien comment elle a pu savoir que je participais à l’épreuve… Me semble que des gars en shorts de course, camisole, casquette et portant un dossard à 5h10 du matin, il y en a plein dans les rues habituellement, non  ?  😉

Vous savez ce qui m’est passé par la tête comme je lui donnais les indications ?   Que cette demoiselle était foutrement jeune pour faire cette course-là.  Sans blague, elle pourrait fort probablement être ma fille, alors à moins qu’elle possède des qualités physiques vraiment hors du commun, aura-t-elle la maturité (autant physique que morale) nécessaire pour surmonter tous les obstacles qui l’attendent ?  Bon ok, je vous entends d’ici: encore Fred qui joue au grand frère protecteur et patati et patata…  N’empêche que quand je la verrai sur le bord des larmes avant même de partir, mettons que je ne serai pas rassuré.

Je retourne à l’auto et m’y installe pour écouter un peu de musique. Les gens se mettent à arriver. Vers 5h30, je sors et constate que Pat est stationné tout près. Comme de raison, moment idéal pour mettre du placotage à jour. Et de quoi ça placote des coureurs ?  Des bobos. Sa jambe s’est plutôt bien remise de ses malheurs à Ottawa. De mon côté, je parle de ma périostite du côté droit et espère que ça tienne le coup. Il me lance: « Ça va tenir, tu le sais bien ! ». Ouais, il a bien raison…

Je fais la connaissance de Philippe, un gars qui a l’air fort juste à lui voir l’allure. Son numéro étant le 45, le mien 47 et Pat portant le 48, j’en déduis qu’il est près de moi dans l’ordre alphabétique (méchant Sherlock, avouez !). Serait-ce Phil Gauvin ?  Pourquoi ce nom-là me dit quelque chose, donc ?  Ça doit être Face de Bouc, je dois avoir vu passer son nom, je suppose…

En attendant les autobus, j’entends les autres parler du vandalisme qu’il y aurait eu dans le Vietnam. En effet, des petits comiques auraient déplacé les rubans roses indiquant le chemin à suivre. Heureusement que Dan Des Rosiers, le directeur de course, s’est rendu sur place durant la nuit pour guider les 7 courageux dans le secteur. Il s’est rendu compte du méfait et a pu tout réparer. Vous imaginez le désastre qui aurait pu se produire s’il n’avait pas été là ?  7 gars perdus dans la forêt, en pleine nuit… Et les courses de 38 et 60 km complètement bousillées. Non mais, quel espèce de loser peut bien faire une niaiserie pareille ?

Le voyage en autobus se déroule sans incident. L’ambiance est détendue et les gens jasent fort, me rappelant le bruit des autobus scolaires de mon adolescence. Sur la route, j’aperçois le départ du 38 km. Quelques minutes plus tard, nous arrivons au lieu de notre départ.

Sur place nous attendent les coureurs qui ont passé la nuit dans les sentiers. Il y a un feu de camp d’allumé, la plupart sont assis autour, un survêtement sur le dos et une couverture sur les genoux. La boîte d’un pickup est ouverte et un copieux déjeuner est disponible pour eux. Je suis un peu surpris de les voir là, surtout qu’ils m’ont dit la veille qu’ils n’avaient pas l’intention de nous attendre pour repartir. L’organisation leur aurait-elle demandé de le faire ?  Hum…

En descendant, je vais voir Joan qui se tient debout tout en (ho miracle) buvant à même une cruche de jus d’oranges. Il nous apprend que la nuit a été difficile: un coureur a abandonné après 40 km, trois autres (dont Pierre) se sont perdus: ils ont pris par erreur le parcours du 38 km et ont dû emprunter la route pour gagner le point d’arrivée/départ. Courir 10 km sur le bord d’une route en pleine nuit, calv… !  Quant à lui et ses deux compagnons, ils ne sont arrivés que depuis à peine 15 minutes. À ce qu’il comprend, il sera le seul à repartir avec nous. Il termine avec la phrase qui tue: « Vous allez vous amuser ! ». Ouch !

J’avoue être un peu ébranlé. Si Joan a trouvé ça dur, si Pierre ne repart pas, qu’est-ce qui nous attend donc ?  Est-ce pire que l’an passé ?  Avec la chaleur annoncée, aussi bien revenir avec les autobus…

Pour me changer les idées, j’observe tout autour, à l’affût des meilleurs coureurs. Florent Bouguin, deuxième l’année passé et grand gagnant au Harricana quelques mois plus tard est facile à repérer avec sa longue barbe et ses tout aussi longs cheveux. Quant au gagnant de 2012, Gareth Davies, il jase tranquillement avec d’autres coureurs et bien honnêtement, je n’aurais jamais cru qu’il puisse faire partie de l’élite tellement il me semble être un gars « normal ». Et pourtant… Si les sentiers sont dans un bon état et que le mercure tarde à grimper, ces deux-là devraient faire sous les 5h30, à mon humble avis.

Dan Des Rosiers commence son speech. Bonhomme  à la fois sympathique et intense, le directeur de course sait utiliser des formules punchées pour faire image et nous faire rire. Il nous met en garde contre la chaleur et nous enjoint de prévenir les crampes en nous hydratant bien et en prenant des électrolytes. La poutine habituelle pour les habitués, mais les néophytes semblent un peu perdus. Ainsi, quand il parle que des patates bouillies seront disponibles aux ravitos (yes !), un gars à côté de moi se met à rire, croyant à une blague. Heu non mon chum. Je lui dis que c’est très sérieux et qu’il est mieux d’en prendre de temps en temps parce que ça fonctionne plutôt bien… même si ça peut causer certains inconvénients au niveau des sorties d’air au niveau du postérieur !  😉

Le départ sera donné bientôt. Évidemment, tradition oblige, personne ne se réchauffe. Derrière moi se trouvent Joan et un de ses compagnons qui a décidé de tenter le retour. « Tant qu’à être là… »

Devant nous, le connu et l’inconnu à la fois. Passerons-nous une belle journée ou est-ce que ce sera l’enfer avant le temps ?

Ultimate XC St-Donat: fidèle à sa réputation

J’étais à St-Donat hier soir. J’ai croisé Pierre et Joan alors qu’ils se préparaient à prendre le départ du 120 km (ouais, ils allaient se taper le diabolique parcours de 60 km aller-retour). J’aurais bien voulu vous en glisser un mot, chers lecteurs, mais la connexion internet à l’hôtel était tout simplement à ch…

Aujourd’hui, j’ai fait le « demi », soit le 60 km en tant que tel. Par chance, le déluge était tombé mardi et non hier, alors les sentiers étaient dans un état généralement acceptable. Ha, St-Donat, ça demeure St-Donat. Alors de la bouette, il y en aura toujours, mais rien à voir avec l’année dernière. Toutefois, c’est la température qui nous a causé des soucis aujourd’hui, le mercure tapant les 28 degrés. Disons que la Côte de l’Enfer grimpée en plein soleil, autour du 50e kilomètre, portait très bien son nom !  😉

Ça ne m’a pas empêché de passer une superbe journée dans les sentiers et d’améliorer mon temps de plus de 20 minutes par rapport à 2013… malgré un parcours allongé de 2 kilomètres.

On s’en rejase bientôt !

Quand c’est trop sérieux…

Traditionnelle répétition générale ce matin: 25 km au rythme visé pour Boston, pas d’arrêt sauf en cas de « force majeure » (genre Charlotte qui veut dire bonjour à son « papa » adoré). Tout s’est bien passé: du 4:21/km de moyenne (5-6 secondes plus vite que visé, mais bon…), aucun arrêt. Au lendemain d’une sortie tempo de 15 km et d’un souper arrosé, c’était plutôt satisfaisant comme sortie. Maintenant, plus que deux sorties avec côtes/intervalles cette semaine et ensuite, le vrai tapering. Ça augure bien. Mais ça augurait bien l’an passé aussi, alors…

Ce n’est toutefois pas de ça dont je veux vous entretenir aujourd’hui. Je veux plutôt parler de la petite dernière des courses en sentiers de la Belle Province, l’Ultra Trail du Mont Albert (UTMA). Organisé dans le Parc national de la Gaspésie et associé à la Fédération Internationale de Skyrunning, cet événement offre quatre épreuves: le kilomètre vertical (5 km), le Skyrace (22 km), le Skymarathon du Mont Jacques-Cartier (42.2 km) et l’épreuve-reine, l’ultra, d’une longueur de 100 km.

Dès que l’internaute arrive sur le site de l’événement, le professionnalisme de l’organisation transpire. Tout est clair, bien défini. L’horaire de la fin de semaine de course est disponible et détaillé. La description des épreuves, l’information sur l’hébergement, les indications pour se rendre, les règlements, tout est là.

Toutefois, je ne vais peut-être pas me faire des amis avec ce qui suit et ma cote de gars qui fait la promotion de la course en sentiers risque de prendre une tendance bear, mais… maudit que ces gens-là se prennent (ou semblent se prendre) au sérieux !

Attention: je ne dis pas qu’il est mauvais d’être sérieux quand on organise une course en sentiers, bien au contraire. Les gens qui organisent l’Ultimate XC St-Donat ou  l’UT Harricana font ça sérieusement. Mais ils n’oublient pas que le plaisir prime sur tout. Le squelette installé dans les marécages du Vietnam l’an passé, ça venait de gens qui se prenaient au sérieux d’après vous ?  Et que dire des règlements de l’Harricana qui stipulent que « l’esprit de camaraderie est obligatoire » et « prenez le temps de rire et d’observer la nature » ?

Pour moi, c’est ça la course en sentiers. Or, que retrouve-t-on sur le site de l’UTMA ?  Des règlements plus stricts que ceux du Marathon de Boston !  On utilise des mots pompeux comme « jury », « lutte contre le dopage » ou « droit d’image ». Franchement…

On indique également qu’en cas de « force majeure » amenant l’annulation de la course, les frais d’inscription seront remboursés à 50%. Déjà que ce n’est pas tellement fort, ajoutez à ça que les frais de service et de transaction de carte de crédit ne seront pas remboursés, ça ne donne pas tellement envie de s’inscrire…

Mais vous savez ce qui est le plus drôle dans tout ça ?  Car oui, c’est tellement sérieux que ça en est drôle… Parmi le forces majeures, on cite les conditions météo et les catastrophes naturelles (ce qui est bien correct), mais aussi, les événements politiques majeurs tels que la guerre, la révolution et les attentats !  En Gaspésie !  Une révolution en Gaspésie !!!  Come on

C’est sans compter le prix exorbitant demandé pour l’inscription. Pour l’ultra, c’est 250 $ en « pré-vente », puis 275 $ à partir du 14 avril et ensuite, 300 $ en juin. Pour vous donner une idée, le Vermont 100 demande 250 $ quand on veut participer, autant pour les coureurs du 100 km que pour ceux qui font le 100 milles. C’est donc comparable, vous me direz.

Heu, pas vraiment… Au VT100, 18 stations de ravitaillement sont offertes aux participants du 100 km. Au mont Albert ? Un grand total de 3. Et comme le parcours est de type aller-retour, l’organisation en montera 2: une autre du 25e kilomètre, l’autre au point de demi-tour. Sans oublier qu’évidemment, comme la course au mont Albert se déroule dans un parc de la Sépaq, chacun doit en plus assumer des frais d’accès au parc pour la journée.

Bref, je trouve le tout très dispendieux pour ce qui est fourni aux participants. Et je ne vois vraiment pas ce qui pourrait justifier un tel coût d’inscription, désolé. J’ai bien hâte de voir de quoi ça va avoir l’air au niveau participation.

Les petites vites de février

Les courses au grand froid. Plusieurs d’entre nous courons, hiver comme été. Il est donc normal qu’il y ait des compétitions à longueur d’année… et pas seulement à l’intérieur. Ainsi donc, c’est dimanche qu’avaient lieu le Winterman Marathon à Ottawa ainsi que le Demi-marathon hypothermique au parc Jean-Drapeau.

Comme j’en ai déjà glissé un mot, ces épreuves me font toujours un peu peur à cause… du froid, bien évidemment !  De plus, je ne peux être certain pour le Winterman, mais je sais que les îles Ste-Hélène et Notre-Dame sont très exposées au vent et il peut être assez pénible merci d’y courir quand le dieu Éole est de la partie.

Et la journée de dimanche n’est pas demeurée en reste du côté météo, avec une température de -15 degrés et un vent autour de 30 km/h. Ajoutez à ça l’humidité omniprésente en plein milieu du fleuve et j’en ai les frissons juste à y penser. Je sais, on a connu pire cet hiver, mais quand on est à l’entrainement, on a toujours l’option d’arrêter pour se réchauffer ou tout simplement retourner à la maison. En course, ce n’est pas la même chose.

Bref, toutes mes félicitations aux participants, j’ai eu une pensée pour vous pendant que je courais dans les rues enneigées de ma petite banlieue.

La demande est-elle suffisante ?   Les ultramarathons en sentiers, c’est quelque chose de relativement nouveau au Québec. L’Ultimate XC de St-Donat et le XC de la Vallée font figures de pionniers et pourtant, ces épreuves n’existent que depuis quelques années. En 2013, d’autres épreuves ont fait leur apparition, je pense entre autres à la Chute du Diable (50k), à l’UT Harricana (65k) et au Tour du Massif des Falaises (50k).

Déjà, on se retrouvait avec une quantité non-négligeable d’épreuves, assez pour satisfaire l’apprenti ultramarathonien en tout cas. Or, voilà que pour 2014, d’autres épreuves ont fait leur apparition:

  • L’Estrie 50, une course de 50 milles qui empruntera une partie des Sentiers de l’Estrie
  • À St-Donat, une course de 120 km a été ajoutée, sur “invitation” pour cette année, mais sur “qualification” à partir de 2015
  • La Pandora 24, une course de 24 heures qui se déroulera dans les mêmes sentiers que le Tour du Massif des Falaises
  • La Chute du Diable a ajouté une épreuve à sa liste: un 80 km
  • L’organisation de l’UT Harricana offre également un 80 km aux coureurs cette année
  • La Trans Gaspésia, une course par étapes de 260 km
  • J’ai entendu entre les branches qu’il y aurait également un ultra organisé à Bromont cet automne

À mon humble avis, ça fait beaucoup de courses pour un bassin de coureurs relativement réduit. En comparaison, bien que la course sur route demeure beaucoup plus populaire, il n’y a toujours que 4 “vrais” marathons au Québec. On estime qu’il y a environ 300 ultramarathoniens ici, chiffre que je trouve réaliste car même si je cours en sentiers depuis seulement deux ans et n’ai pas fait beaucoup de courses, j’ai l’impression de revoir les mêmes visages à chaque fois. Bref, je m’interroge à savoir si la demande est vraiment là pour une telle quantité d’épreuves… En tout cas, on le souhaite très fort !

Les intervalles.  J’en ai glissé un mot l’an passé, je trouve le Marathon de Boston bien mal placé dans le calendrier. En effet, toujours cédulé le troisième lundi d’avril, il exige que les coureurs fassent la majeure partie de leur entrainement en plein hiver.

Question: avez-vous déjà essayé de faire des intervalles en hiver ?  L’air arctique qui gèle les poumons, on peut s’y faire, mais la neige qui nous fait spinner ?  Et la glace qui transforme chaque virage en entreprise périlleuse ?  D’ailleurs, les experts recommandent de ne pas faire d’intervalles à l’extérieur en hiver, mais plutôt de s’y astreindre soit sur une piste intérieure, soit sur un tapis roulant. Comme aucune de ces solutions ne m’enchante vraiment (je sais, j’ai tourné en rond pendant presque 4 heures dernièrement, mais c’était dans le cadre d’une compétition, bon !), je me retrouve à ne pour ainsi dire pas faire grand chose pour améliorer ma vitesse, à part quelques sprints ici et là, quand la surface le permet. Je me suis aussi lancé dans la neige folle jusqu’aux mollets samedi dernier, m’époumonant à avancer à 6:00/km. Je ne sais pas si ça a aidé, mais c’était bien amusant !

Les côtes. Elles sont essentielles en prévision de Boston, le foutu parcours n’étant jamais plat. Monte, descend, monte descend… Mais bon, il n’y a pas vraiment de côtes dans mon coin et j’hésite toujours à trop m’éloigner de la maison quand il fait froid… Bref, un déménagement à Vancouver commence presque sérieusement à être envisagé !  😉

Le talon. Selon les théories à la mode ces dernières années, la cause principale des blessures répétées chez les coureurs serait… le coussinage trop épais des chaussures de course. En effet, l’être humain serait mécaniquement constitué pour courir. Durant la préhistoire, il pourchassait ses proies sans relâche, en courant pieds nus. Avez-vous déjà couru pieds nus en atterrissant sur le talon ?  Ouch !

Pourtant, c’est ce que l’absorption hors norme que nous procurent les chaussures modernes nous incite à faire. Et à la longue, cette mauvaise habitude finirait par créer des problèmes au niveau musculo-squelettique. Depuis que je cours, je n’ai jamais senti que c’était mon talon qui touchait le sol en premier, j’avais plutôt l’impression que chaque partie de mon pied faisait contact avec le sol en même temps que ses congénères. En regardant mes souliers, je me disais même que je devais faire le tout correctement car le devant de la semelle était toujours la partie qui usait en premier.

Or, les photos du marathon intérieur m’en ont donné un premier aperçu, puis j’en ai eu la confirmation en regardant plus attentivement les semelles de mes souliers de route: à chaque foulée, le premier contact de mes pieds avec le sol se fait par l’extérieur du talon. Pas que l’impact se fasse directement sur le talon, mais disons que ma foulée n’est pas optimale. Si je ne veux pas me retrouver sur les lignes de touche de façon permanente d’ici quelques années, je dois essayer de changer ça. Quand ça fait des années qu’on court d’une façon, et qu’on est rendu dans le milieu de la quarantaine, plus facile à dire qu’à faire.

Mardi de la semaine passée, je pense que je “l’avais”: corps penché légèrement vers l’avant au niveau des chevilles, je combattais constamment la gravité pour garder mon équilibre. Je sentais les quads qui travaillaient, qui me propulsaient vers l’avant sans effort particulier. Et je volais littéralement. Les premiers 5 km ont été avalés en 20:05. Pourtant, les 3 derniers étaient avec vent de face et je me suis tapé la montée vers l’écluse sur ces 5 km. Je n’en revenais pas. C’était si facile, ça allait tellement bien…

Puis je l’ai “perdu”, quelque part dans la neige deux jours plus tard. Pas facile d’utiliser seulement le bout du pied pour se propulser quand ça spinne. Mais je vais le retrouver, je le sens !

Petites vites de début d’année

Question de parler d’autre chose que du temps qu’il fait (avouez que ce n’est vraiment pas évident ces jours-ci, surtout quand le mercure grimpe, puis replonge de 25 degrés en l’espace de quelques heures avant de vouloir remonter en vue de la fin de semaine), voici ce qui a retenu mon attention au cours des derniers jours dans notre merveilleux petit monde des coureurs du froid et de l’humidité.

1- Marathon de Boston: la résilience (encore). Un petit coup d’oeil furtif à la liste des inscrits au prochain Marathon de Boston m’a confirmé ce que je savais déjà: la résilience des coureurs, ce n’est pas de la frime. Qu’il s’agisse de personnes connues ici (Éric Hoziel, Suzanne Gariépy), de coureurs connus  au Québec (Sébastien Roulier) ou ailleurs (Team Hoyt, Amy Rusiecki) ou de connaissances à moi, tous ceux qui étaient là en 2013 seront de retour en 2014.

C’est avec beaucoup de fierté que je me joindrai à eux à Hopkinton le 21 avril au matin.

2- Ultimate XC St-Donat. Les autobus jaunes s’emplissent rapidement !  Plus de la moitié des places sont déjà prises pour chacune des épreuves de 38 et 60 km après seulement une semaine d’inscriptions. Il serait étonnant que ces deux courses-là n’affichent pas “complet” d’ici au printemps.

3- Vermont 100. “Online registration opened on January 6th 2014. And the response was overwhelming !”. Ce sont les mots que l’on retrouve sur le site internet du Vermont 100. Et “overwhelming”, c’est le moins qu’on puisse dire !  J’ignore en combien de temps le 100 milles s’est rempli, mais à peine 4 heures après l’ouverture des inscriptions, il ne restait plus de place et la liste d’attente comptait déjà une trentaine de noms.

Je me demande bien ce que les organisateurs comptent faire pour les prochaines éditions, l’approche “premier arrivé, premier servi” n’étant peut-être pas la meilleure quant une épreuve devient trop populaire. Se voir refuser l’accès à une course pour cause de problème de connexion internet, ça doit être assez frustrant merci ! Je prédis l’instauration loterie pour l’édition 2015.

En ce qui concerne le 100k, la course que j’envisageais faire cette année, il reste encore une vingtaine de places au moment d’écrire ces lignes.

4- Pandora 24. C’est maintenant décidé, je ne serai pas de la fête à Silver Hill Meadow en juillet. Le but de m’inscrire au 100k était d’aller chercher de l’expérience en vue d’un 100 milles. Or, bien que cette course m’aurait été fort utile en ce sens, elle aurait représenté un investissement logistique et monétaire équivalent à la “vraie” course. De plus, je craignais d’éprouver un certain regret à la vue des 100-milers tout autour de moi.

Je mettrai donc le cap sur Prévost cet été. Mon but: effectuer des tests. Voir ce qui marche, ce qui ne marche pas côté alimentation, hydratation, vêtements, chaussures, etc. Le fait de pouvoir avoir accès à mes affaires à tous les 10 km me permettra de pouvoir m’ajuster en cours de route tout en étant pas mal moins exigeant pour l’équipe de support !  Je pourrai également tester ma volonté car après plusieurs heures passées dans les sentiers, il sera probablement tentant de sauter dans l’auto pour retourner à la maison !

Aussi, détail non négligeable, on ne m’a dit que du bien du Massif des Falaises et de l’organisation du Tour en octobre dernier.

5- La fin de saison. Encore une fois, toujours question d’y aller progressivement, pas de Virgil Crest pour 2014. J’envisage plutôt deux courses de 80 km / 50 milles: la Chute du Diable et mon Vermont 50 chéri que j’ai dû laisser tomber en 2013. Mais bon, j’ai encore le temps d’y penser, pas vrai ?

6- Face de bouc. Comme les valeureux Gaulois, je résiste, encore et toujours à l’envahisseur. Mais pour combien de temps encore ?  Maintenant, les réseaux que l’on dit sociaux sont partout et si on les évite, on finit par se priver d’informations très intéressantes. Ainsi, la très grande majorité des épreuves ont leur page Facebook sur laquelle ils publient les dernières informations pertinentes. Les infolettres arrivent souvent plus tard… quand elles arrivent. Dans certains cas, être un irréductible comme moi présente des inconvénients considérables. Par exemple, l’organisation des 6 heures Frozen Ass Mount Royal n’avait même pas de site web, l’inscription se faisant par Facebook uniquement.

Va peut-être falloir que je me fasse à l’idée…