2014, mieux que 2012 ?

Une autre année qui s’achève. La tradition étant maintenant bien établie, je vous offre aujourd’hui chers lecteurs une petite rétrospective de mon année de course à pied. Avec mes bons et mes moins bons coups.

Tourner en rond – La dernière fois que j’en ai parlé, c’était lors d’une conférence donnée par Joan. Il présentait l’ultramarathon sous toutes ses formes et parmi celles-ci, il y avait la version consistant à courir 50 kilomètres sur une piste. La première réaction des gens quand ils prennent connaissance de telles épreuves se résume généralement à un gros « Ouach ! » ou un « Beurk ! » de dégoût.

Et pourtant, je dois avouer que je n’ai pas détesté l’expérience. Ça a quelque chose de rassurant, courir sur une piste. Les toilettes sont toujours proches, les ravitaillements aussi. Et en hiver, ce n’est pas trop déplaisant de courir sans spinner. Je ne sais pas si je vais récidiver, mais je ne ferme certainement pas la porte.

La victoire – Dès le premier des 500 virages à effectuer durant la course, j’étais seul en tête. Pendant près de 4 heures, je me suis demandé si j’allais tenir le coup, s’il y avait un coureur qui me suivait et attendait que je faiblisse pour m’achever. Comment aurais-je pu savoir que Denis, celui qui m’encourageait à chaque fois que je le dépassais, était mon plus proche poursuivant ?

Puis, dans le dernier tour, on a prononcé les mots magiques: « vainqueur » et « record ». Ça m’a fait vraiment bizarre. On n’était évidemment pas en présence du contingent de coureurs du Marathon de Boston, mais j’ai tout de même savouré cette grande première.

Quant au record, il a tenu le coup lors de l’édition montréalaise des Marathons intérieurs JOGX et il ne sera pas en danger en 2015 pour la simple et bonne raison qu’on n’y tiendra pas d’épreuve de 50 km.

L’attente –  Hopkinton, le lundi 21 avril. Après New York quelques mois plus tôt, je me retrouve encore à attendre le départ d’un grand marathon en gelant comme un creton. Ça durera des heures. À ce moment précis, je me dis « Plus jamais ».

L’émotion – Quand les Japonais tout près ont fini par finir de jacasser, un silence complet s’est installé dans la grande cour de l’école secondaire où tous les coureurs étaient réunis. Les images de l’horreur qui avait secoué Boston et le monde entier me sont revenues en tête. Si j’étais là, c’était pour les victimes, pour montrer à tous les illuminés que cette terre peut porter que jamais, au grand jamais, ils ne me feront reculer.

Je ne sais pas si c’était la rage ou la tristesse, mais j’ai senti une vive émotion monter en moi. Et ai laissé échapper quelques sanglots.

Le parcours – Pourtant je le savais. Ce parcours-là tend un piège au coureur pour le bouffer tout rond par la suite. Je ne cessais de me répéter de prendre ça cool, de relaxer, de demeurer « en dedans ».

Rien à faire. Après avoir eu l’illusion que je pourrais être dans un grand jour (du con !), les premières crampes ont fait leur apparition avant même d’arriver à Newton, au 26e kilomètre. Heureusement, fort d’une expérience acquise à la dure (c’est le moins que l’on puisse dire !), j’ai réussi à gérer ma fin de course relativement convenablement et à terminer avec mon 3e meilleur temps en « carrière ».

Je me demande si un jour, je réussirai à traverser la petite banlieue de Brookline sans souffrir le martyr… Pour ça, va falloir que je refasse la course, ce dont je ne suis pas certain d’avoir envie.

Lapin-accompagnateurMarathon d’Ottawa. Pour la première fois, j’allais accompagner quelqu’un pour un marathon. J’avais bien peur de ne pas être à la hauteur. En effet, que faire et quand le faire ?  Encourager « positivement » ou « botter le derrière » ?  Et si Maggie frappait le mur ?

Disons que j’ai beaucoup appris ce jour-là. Des détails, mais qui peuvent faire toute une différence. Par exemple, les côtes sont beaucoup plus difficiles pour les coureurs moins rapides, car ils n’ont pas le même momentum à la base. Ils doivent donc travailler plus fort durant la montée qui semble alors plus longue pour eux. Aussi, prévoir que les ravitos pourraient être moins bien garnis et surtout, trainer de l’argent la prochaine fois. Quand Maggie a constaté que des Mr Freeze (il faisait chaud) avaient été distribués et qu’il n’en restait plus pour nous, j’ai senti son moral en prendre un coup. Si j’avais pu faire un arrêt au dépanneur à ce moment-là…

Lapin-accompagnateur (bis) – Sylvain, le coureur le plus rapide que j’ai eu l’occasion d’accompagner, faisait sa première incursion dans le monde du demi-marathon (en fait, le Tour du Lac Brome fait 20 kilomètres, mais bon…). J’ai eu l’occasion de me reprendre un peu, m’amusant à déconner avec mon ami, question de lui changer les idées durant l’épreuve.

La prochaine fois, ce sera pour la grande course. Il est prêt, ne reste plus qu’à le convaincre. Je crois même qu’il a le potentiel pour faire Boston dès sa première tentative.

Le feu – Ils étaient (presque) tous bien installés autour quand nous sommes arrivés. Les participants de la course de 120 km de l’Ultimate XC de St-Donat avaient trouvé la nuit particulièrement difficile. Pas tellement encourageant de voir des coureurs de ce calibre avoir le moral dans les talons après avoir complété (en sens inverse) le parcours qui nous attendait. Parmi les sept, seulement deux se joindraient à nous pour les 60 kilomètres restant.

Question de nous enlever le peu de confiance en nous qui nous restait, Joan s’est permis d’ajouter: « Vous allez vous amuser ! ». Moi qui avais trouvé l’épreuve particulièrement pénible 12 mois auparavant…

Les crampes (bis) – Je devrais plutôt dire LA crampe, soit celle qui semblait contracter tous les muscles de mon corps suite à une chute à quelques kilomètres du village de St-Donat. L’espace d’un instant, j’ai cru que jamais je ne me relèverais.

Le sourire – Celui de Luc quand il m’a aidé à me relever. Celui de Luc encore quelques minutes plus tard quand il m’a dit « Allez, on finit ça ensemble ! ». Et celui qu’on avait tous les deux quand on a traversé la ligne d’arrivée, main dans la main. C’est ce que j’aime par-dessus tout de la course en sentiers: on passe des heures et des heures sur le parcours et pourtant, on termine à égalité, la position n’ayant que finalement pas tellement d’importance (nous avons tout de même terminé en 14e place).

Le coup de pied – Celui de Pat. Donné sur le bout pied au sens propre, mais au derrière au sens figuré. En 2-3 phrases, il m’a convaincu que j’étais prêt pour un 100 miles. Il avait crissement raison.

L’imagination – Quelques jours après St-Donat, le travail m’a amené à effectuer un premier de très (trop ?) nombreux déplacements en Abitibi. Les longues heures, la fatigue accumulée, un nouvel environnement, plusieurs obstacles se sont dressés pour m’empêcher de vivre ma passion.

J’ai dû faire preuve d’imagination, mais j’ai trouvé à la fois le temps et les endroits pour courir. J’ai même pu parcourir à fond la caisse des sentiers de quads qui étaient ma foi fort praticables et très agréables.

Un collègue (beaucoup plus jeune que moi) m’a demandé où je trouvais l’énergie pour aller courir après des journées comme on se tapait au boulot. Honnêtement, j’aurais trouvé infiniment plus difficile d’aller m’enfermer dans ma chambre d’hôtel…

La bibitte rare – Dans un monde où les engins à moteur sont pratiquement élevés au niveau des dieux (j’exagère à peine), la perception qu’ont les gens d’un gars maigrichon qui court beau temps mauvais temps, pluie ou neige, varie à l’intérieur de la fourchette allant de l’extra-terrestre à la nuisance publique.

Mes collègues de la place, à force me côtoyer, ont semble-t-il adopté le terme « bibitte rare » pour me décrire. Un être humain en apparence tout à fait normal, mais bon, le soir, il court. Que voulez-vous, personne n’est parfait…

Mais on dirait que ce n’est pas toute la population locale qui ait aussi bien assimilé la présence d’oiseaux rares. En effet, pour la première fois depuis des années, j’ai entendu a un cabochon qui m’a lancé un « Cours Forrest, cours ! » comme je passais tout près. Moi qui croyais que cette race avait quitté la surface de la planète… Puis, le même soir, il y a un autre tata, au volant de son giga-pickup, qui s’est mis à me klaxonner (et ce n’était pas un petit coup de klaxon pour m’avertir de sa présence, c’était la version frénétique des klaxons à répétition ayant l’air de dire: « Tasse-toi de mon chemin ! ») alors que la rue était suffisamment large pour accommoder 5 ou 6 engins du calibre de celui dans lequel il semblait essayer d’exprimer sa virilité. Du con…

Le « froid » abitibien – Un seul mot pour le décrire: exagéré. Vent pour ainsi dire absent, humidité presque aussi rare, les conditions y sont quasi-idéales pour pratiquer des sports en hiver. Pour une même température, je porte une couche de moins de vêtements que dans la région de Montréal.

-20 degrés en Abitibi ?  C’est plus facile à endurer qu’un -10 dans le sud de la province. Je n’ai toutefois pas connu leurs fameux -40…

Lake Placid –  Nous avions tellement aimé, nous y sommes retournés. Un terrain de jeux incroyable pour un fou de la trail qui en a profité au maximum, encore une fois. Le Flume Trail System n’a maintenant plus aucun secret pour moi. Les heures que j’ai passées à l’arpenter dans tous les sens m’ont donné une base inestimable en vue des courses automnales.

La meilleure organisation ? – On dit souvent que ce sont les petits détails qui font la différence. Et l’organisation de l’UT Harricana semble particulièrement attentive à ces petits détails.

Par exemple, la présence de toilettes portables au départ. Ou le marquage des kilomètres sur le parcours. Ces petits riens qui font passer l’expérience de course d’agréable à très agréable.

Savoir s’adapter est également une très belle qualité pour une organisation. 300 coureurs qui finissent par aboutir dans un single track, ce n’est pas jojo. Ainsi, l’épreuve de 80 km ne reviendra pas en 2015 et sera remplacée par un 125 km qui partira de plus loin. Donc, moins de congestion à « subir » avec les coureurs du 65 km.

Ceci dit, nous devrions nous compter extrêmement chanceux que des gens passionnés mettent sur pied des épreuves de grande qualité comme St-Donat, Harricana et Bromont (je compte bien « rendre visite » aux autres ultras de la Belle Province dans un avenir rapproché). Pour avoir vécu l’expérience aux USA, les nôtres n’ont absolument rien à envier, bien au contraire, à nos voisins du sud. Et pourtant, ceux-ci devraient posséder une plus vaste expérience dans le domaine…

La bonne formule pour moi ? –  Après avoir lu le Field Guide to Ultrarunning d’Hal Koerner, j’ai décidé de faire un test à Harricana: j’allais prendre un gel à environ toutes les 30 minutes, sauf dans le cas où je boufferais aux ravitos. Résultat: aucune baisse d’énergie, aucun down pendant les 9h20 que j’ai passées dans les sentiers. J’allais certainement répéter.

Pas le plus rapide, ni le plus habile, mais… – Je suis parti en milieu de peloton, ou à peu près. Dans le single track, j’avais l’impression d’être une nuisance. Je ne comptais plus les coureurs que j’avais dû laisser passer.

Puis, je me suis rendu compte que les autres s’éternisaient aux ravitos, alors que je passais presque en coup de vent. Puis je rattrapais des coureurs, un à un, et ne me faisais jamais reprendre. Je poursuivais mon petit bonhomme de chemin, un point c’est tout. « Keep moving forward » que je ne cessais de me répéter.

Au final, une 13e place sur environ 150 partants, malgré une contracture au mollet droit. Serais-je fait pour les très longues distances ?

L’inconnu – 100 miles. 160 foutus kilomètres. En sentiers, en montagne. Il faut être fou pour faire ça, non ?  Pourtant, quelques minutes avant le départ de l’épreuve-reine du Bromont Ultra, je ne ressentais pour ainsi dire aucune nervosité, même si je me lançais dans l’inconnu. J’allais faire ce que j’aime le plus au monde pendant une journée complète. Quoi demander de mieux ?

La tente médicale – Après les 55 premiers kilomètres, premier passage au camp de base. Sous la tente, deux ou trois coureurs qui se tordent de douleur. Dans ma tête l’épreuve vient à peine de commencer, alors je trouve bizarre de voir autant de concurrents amochés. Du coup, je gagne plusieurs places au classement…

Première expérience – Je n’avais jamais couru à l’obscurité. On dit qu’il faut tester toutes le conditions de course, mais bon, je n’en avais pas eu l’occasion, alors…

En octobre, la nuit dure environ 13 heures. J’aurai passé tout ce temps à parcourir les bois et les chemins de campagne à la lueur de la frontale. Qui serait assez fou pour aller courir dans des sentiers à 3 heures du matin en temps « normal » ?  Personne, probablement. Mais dans le cadre d’une course, on dirait que c’est « normal », justement.

On avance plus lentement, les ombres font parfois (souvent) croire à la présence d’animaux bizarres, on se sent seul au monde, on réussit à se perdre même si on se déplace à la vitesse d’une maman paresseux affolée. Et pourtant, on se sent à sa place. Jamais je n’ai souhaité être ailleurs cette nuit-là.

« T’es deuxième !!! » – Thibault l’air serein, bien installé sur une chaise, une couverture sur les jambes, ses bâtons de marche à ses pieds. Il se retirait de la compétition, les quads fichus. Ces mots sortis de la bouche de ma douce moitié confirmaient ce que je venais de réaliser: il ne restait plus qu’un seul coureur devant moi, Joan, qui n’est tout simplement pas dans ma ligue. Derrière: trois ultramarathoniens aguerris. 56 longs kilomètres me séparaient encore de l’arrivée. Tellement de choses pouvaient encore se produire…

1h15 – C’est l’avance que j’avais sur Pierre, Louis et Martin lors de mon dernier passage au camp de base. À ce moment-là, ça m’est tombé dessus: j’allais vraiment terminer mon premier 100 miles en deuxième position. Wow !

L’équipe de support –  Sans elle, pas de deuxième place, point à la ligne. L’anticipation de voir mon père et ma tendre moitié à chaque poste de ravitaillement m’a littéralement transporté.

Mention spéciale à ma douce qui possède un don: celui de deviner mes besoins. Elle ne court pas et pourtant elle sait. Comment fait-elle pour deviner ?  Aucune idée, mais c’est bigrement efficace !

La belle surprise – Joan, sachant que j’en étais à ma première expérience, a attendu mon arrivée pendant presque deux heures. Je ne sais pas s’il peut savoir à quel point ça m’a fait plaisir…

L’anonymat – Réservé, même dans le monde composé d’introvertis des coureurs longue distance, j’étais peu connu du milieu au moment de prendre le départ. Durant toute la course, j’étais le « coureur inconnu qui avance bien ».

Maintenant, je ne pourrai plus évoluer sous le radar de la même manière. Mon amie Maryse a même tenté de me convaincre que je faisais partie de l’élite de la course en sentiers au Québec. C’est bien gentil de sa part, mais c’est juste que tout est tombé en place pour moi ce jour-là, un point c’est tout. L’élite, moi ?  Jamais de la vie !

L’entrevue – Une première pour moi. Il fallait que ce soit avec 160 kilomètres dans les jambes et 28 heures sans sommeil. Essayant de répondre par autre chose que « Oui » et « Non », les pensées se bousculaient dans ma tête… à la vitesse qu’elles pouvaient bien se bousculer !

J’ai tenté de profiter de l’occasion pour faire la promotion de notre merveilleux sport, de faire comprendre aux lecteurs tout ce que ça implique, etc. Le résultat n’a pas été si mal, mais aurait pu être mieux…

« Félicitations ! » –  Durant toute la journée, le cerveau ralenti par l’alcool (désolé Julie si je n’ai pas toujours été cohérent lors de nos conversations de jour-là !), je ne comptais plus les gens qui me félicitaient quand ils me croisaient. À chaque fois, je remerciais la personne bien humblement, gêné de toute cette attention.

Je suis carrément tombé des nues le lendemain matin lorsque mon voisin, avec qui nous n’avons pas beaucoup de contacts (vous savez, du genre: « Bonjour, bonjour » ou « Pourriez-vous ramasser le courrier pendant nos vacances ? ») m’a crié ses félicitations alors que j’étendais péniblement mes vêtements souillés de la veille sur la corde à linge. Comment savait-il ?  « J’ai lu ça dans le journal ! ».

C’était dans la version papier du journal ?!?  Shit… Avais-je dit des conneries durant l’entrevue ?

La récup –  Longue, très longue. Chevilles et pieds enflés, deux semaines complètement arrêté, reprise pénible ponctuée d’une contracture à l’ischio droit. Comment Scott Jurek a-t-il pu gagner Badwater deux semaines après avoir remporté le Western States ?

Meilleure que 2012 ? – En 2012, j’ai connu un printemps d’enfer en alignant des records personnels sur 10k, le demi et le marathon avec à la clé, une première qualification pour Boston. Ont suivi mon premier ultra, puis un autre record personnel sur marathon à l’automne, 14 pleines minutes plus rapide que mon temps de référence en début d’année.

Et pourtant, je me demande si je n’ai pas connu une meilleure année en 2014. Parce que cette fois-ci, je me suis vraiment dépassé. Ce que j’ai perdu en vitesse, je semble l’avoir gagné en endurance. Et surtout, je me sens dans mon élément, dans le bois, à m’adapter aux différentes conditions, loin du stress de l’effort continu de la course sur route.

Aurais-je trouvé mon créneau ?

2015 – Rien d’officiel pour l’instant, mais tout comme pour Boston jadis, ce sont les grands ultras vers lesquels je porte maintenant mon attention. Et qui dit grands ultras dit courses qualificatives. À suivre…

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Je fais quoi maintenant ?

Un mois. Maintenant un mois depuis que j’ai franchi la ligne d’arrivée à Bromont par cette merveilleuse matinée d’octobre. Et on m’en parle encore. D’ailleurs, ça m’étonne un peu. Les gens savaient que je courais des ultras. Ça faisait longtemps que je disais que je voulais faire un 100 miles, alors pourtant en faire tout un plat ?  Si disais que je voulais le faire, c’est que j’envisageais vraiment de le faire. Ce n’étaient pas seulement des paroles en l’air. Les paroles en l’air, ce n’est pas mon style. Ok, ça m’a pris un léger coup de pied dans les derrière de la part de Pat, mais je l’ai fait.

Maintenant, après pris deux semaines de repos complet (pas vraiment le choix au début, j’avais une entorse à la cheville droite et elle tout comme l’autre étaient ont pris 5 jours à désenfler; jamais la machine à glace d’un hôtel ne m’a été aussi utile !), puis m’être blessé à l’ischio droit lors mon retour, j’ai finalement pu reprendre le collier sans douleur. Alors, maintenant que je suis redevenu fonctionnel, une question se pose: je fais quoi ?

Pour la première fois depuis longtemps, je n’ai pas de plan précis pour les prochains mois. Je ne suis pas inscrit à Boston, ce qui laisse le champ libre pour le printemps. Je ne sais même pas si je ferai un marathon en 2015, ce qui serait une première depuis 2006, l’année où j’ai commencé à courir.

C’est qu’avec les années, je me suis mis à de moins en moins apprécier les compétitions sur route. Toujours surveiller sa cadence, se faire du souci avec le vent, la température et surtout, avec son temps. Ha, le foutu chronomètre, le maître absolu de la course sur route. Celui qui nous sert de comparatif, celui contre lequel on se bat en permanence. Je ne sais pas si c’est parce que je vieillis, mais je commence à en avoir soupé de me battre contre lui.

Ceci dit, l’entrainement sur route demeure nécessaire car il permet de rester affûté, de conserver sa pointe de vitesse, si essentielle pour être confortable à un rythme raisonnable pendant de longues heures.

Ce qui me ramène à la question originale : je fais quoi ?  Pour 2015, je ne veux pas rater le Vermont 100. Il me faudra d’abord pouvoir réussir m’inscrire, mais bon, c’est une autre histoire. Advenant que je puisse y participer, j’axerai ma saison là-dessus.

Comme course préparative, il y aurait le 60k à St-Donat (j’ai résisté à la tentation de m’essayer pour le 120k) ou l’Estrie 50 qui aurait lieu deux semaines avant.

Plus tôt au printemps, il y a évidemment le classique Bear Mountain (50 miles) qui est très populaire ici. Sauf que ça fait longtemps que je regarde du côté du marathon de Burlington et faire les deux la même année ne serait pas une bonne idée. En ce qui me concerne en tout cas. Mais il y a une autre course de 50 miles en avril dans la région de Washnington… À moins que je fasse Sulphur Springs ?  Je tente ma chance pour Massanutten ?

Bref, je ne sais pas. C’est la même chose pour l’automne. Chute du Diable, 120k Harricana, Virgil Crest, Bromont ?  Pas plus d’idée.

Pour le long terme,  c’est plus clair. Mon objectif est de faire les grandes courses, un peu comme Boston et New York sur la route : UTMB, Western States, Leadville, Wasatch, etc. Ajoutez à ça de belles courses comme celle dont m’a parlé un de mes lecteurs: l’Éco-Trail de Paris. Oui oui, une course de 80 kilomètres en sentiers à Paris !  Il faut que je fasse ça un jour, c’est certain.

Et à très court terme : je refais un 50k intérieur ou pas ?

Bref, beaucoup de plaisir en perspective… et encore plein de défis à relever ! J

Calendrier des courses possibles en 2015 (et non, je ne le ferai pas toutes !)

En terminant, comme une image vaut mille mots,  je vous laisse sur quelques clichés pris à Bromont.

Ce n'est pas le baiser du vainqueur, mais c'est ce qui s'en rapproche le plus !  ;-)

Ce n’est pas le baiser du vainqueur, mais c’est ce qui s’en rapproche le plus ! 😉

 

Mon fan numéro 1, mon ami, mon père

Avec mon fan numéro 1, mon ami, mon père

 

Une belle surprise à mon arrivée: Joan m'avait attendu. Définitivement que j'adore le monde de la course en sentiers !

Une belle surprise à mon arrivée: Joan m’avait attendu. Définitivement que j’adore le monde de la course en sentiers !

 

En entrevue avec le Journal de Mourial. Tout ce qui me venait en tête à ce moment: "Essaie de répondre autre chose que Oui ou Non et surtout, arrange-toi pour être compréhensible !". Le photographe est partie 10 minutes avant mon arrivée. Les articles sont ici.

En entrevue avec le Journal de Mourial. Tout ce qui me venait en tête à ce moment: « Essaie de répondre autre chose que Oui ou Non et surtout, arrange-toi pour être compréhensible ! ». Le photographe était parti 10 minutes avant mon arrivée…

 

Une bière à 9h30 le matin. Quoi, une fois n,est pas coutume, non ?

Une bière à 9h30 le matin. Quoi, une fois n’est pas coutume, non ?

 

À mon tour, j'ai attendu ceux qui ont terminé en troisième position: Louis (9) et Pierre (23). Avec nous, Patrick-le-bénévole-qui était-partout et Gilles, un des principaux organisateurs

À mon tour, j’ai attendu ceux qui ont terminé ensemble en troisième position: Louis (2) et Pierre (23). Avec nous, Patrick-le-bénévole-qui était-partout et Gilles, un des principaux organisateurs

 

Pat, maudit que t'avais raison !

Pat, maudit que t’avais raison !

 

 

80k UT Harricana: le deuxième (et dernier !) marathon

Ravito Castor Info-Comm  (41k) à ravito Split BMR 1 (49k)

En quittant le ravitaillement, nous empruntons un chemin de quad qui est plutôt roulant. J’en profite pour rejoindre et dépasser du monde, dont Marline, que je soupçonne être en position de tête chez les femmes du 80k. En ultra, c’est toujours un peu mon but : être au niveau de la première femme. Si je ne me trompe pas, ce mini-objectif est maintenant atteint.

Arrive une section technique. Avant de m’y engouffrer, un bénévole me dit qu’il reste 8 kilomètres avant le prochain ravito. Mais ce sont 8 kilomètres comment ?  Du genre qu’on peut faire en 35  minutes ou du genre à prendre 1 heure à parcourir ?  Pas vraiment la même chose…

Dès les premières enjambées, j’en viens à la conclusion que ce sera probablement la deuxième option : c’est étroit et accidenté. Donc, c’est technique. Obligé de faire une pause-pipi, je me fais rejoindre par deux gars que je viens de dépasser. Rapidement, je me retrouve sur leurs talons et décide de rester là. Nous avançons à peine, faisant de grands bouts à la marche.

Au loin, j’entends crier, mais je n’y porte pas trop attention. Quelques minutes plus tard, le gars devant moi, qui marche depuis un bout, pousse une accélération soudaine. Mais très soudaine. Quelle mouche le pique, celui-là ?

Au moment même où il se met à crier : « Des guêpes ! Des guêpes !!! », je suis au-dessus du nid qui l’a fait décoller et je suis à mon tour assailli. Quelle mouche l’a piqué vous dites ?  Malgré le marathon déjà bien emmagasiné dans mes jambes, j’accélère en malade à mon tour, en gesticulant comme… comme quoi au juste ?  Qu’est-ce qui gesticule beaucoup ? Enfin, je gesticule comme ça. Je ne suis évidemment pas le premier à passer par là et je sens que mesdames étaient déjà en beau maudit au moment de mon arrivée dans leur domaine. Pendant que j’essaie de les chasser tout en courant et en criant, un gars qui a choisi de faire le tour en passant au travers les arbres se fout de ma gueule. Je te souhaite de rencontrer un ours, toi !

Au final, trois piqûres. Pas si pire, à part que ça fait mal en… Mais, un ultra étant un ultra, c’est surtout le mental qui finit toujours par venir nous jouer des tours. Je me mets alors à penser. Et si j’étais allergique ?   Ou si je développais une allergie ?  Là, en pleine forêt. Ça y est, je me vois déjà, gisant sur le sol, paralysé, plus capable de respirer, à des kilomètres à pied des secours les plus proches.

Heureusement, rien de tel ne se produit. Nous nous retrouvons à 7 ou 8 à nous suivre. Au bout d’un certain temps, je trouve que les autres se complaisent pas mal dans leur rythme lent. Mais par où passer ? Et si je passe, vais-je me faire souffler dans le cou si ça devient vraiment technique ?

Un gars ne se pose visiblement pas ces questions-là. Il arrive derrière dans une descente très complexe et décide de forcer le passage, ou à peu près, puis s’envole devant. Plus courtois, je patiente, mais me promets une chose : au ravito, je vais passer tout droit ou à presque, question de ne plus avoir mes partners dans les jambes. Je tâte le réservoir de ma veste pour vérifier : ok, je devrais être correct côté liquide. Et si j’en manque, hé bien tant pis. Je ne resterai pas derrière, un point c’est tout.

Ravito Split BMR 1  (49k) à ravito Montagne Noire (56k)

Je reconnais le coin : c’est le pied de la montagne Noire, une belle section du parcours du 28k. C’est accompagné d’un jeune qui lui aussi fait le 80 kilomètres que j’ai quitté le ravito. Dès qu’on commence la montée, je lui signifie mon intention de la marcher car je la sais très longue. Il poursuit à la course, puis je le rejoins à la faveur d’une pause-pipi.

C’est ensemble que nous allons faire l’ascension. Il en est à son deuxième ultra, son premier ayant été le 80k de la Chute du Diable… il y a deux semaines de cela ! Ouin le jeune, tu n’y vas pas avec le dos de la main morte !  😉   Il me raconte que sa course là-bas a été compliquée par le fait qu’il s’y est perdu. Son temps final: plus de 13 heures !  À cause d’un problème à un genou, il a demandé à l’organisation de faire le 65k ici, mais ça lui a été refusé car il s’y est pris trop tard. Je ne comprends trop pourquoi, mais les organisateurs devaient avoir leurs raisons.

Peu après l’avoir ramené dans le droit chemin alors qu’il allait emprunter une mauvaise direction (pas étonnant qu’il se soit déjà perdu), nous avons notre première cible en point de mire : le gars qui avait forcé le passage dans la section précédente. Nous passons à côté de lui sans ralentir et le laissons sur place. Tiens toi !

Toujours est-il que la montée me semble infiniment plus longue que l’an passé (avec une quarantaine de kilomètres de plus dans les jambes, ça s’explique peut-être un peu). Ça ne m’empêche pas de beaucoup apprécier l’endroit. Je me sens en contact avec la nature sans avoir à regarder où je mets les pieds à chaque fois. Je passerais le reste de la journée à courir ici, moi…

Dans la descente, je continue à jaser avec mon compagnon, mais sans m’en rendre compte, je le distance (!) et je finis par parler tout seul (ce que je fais toujours de toute façon). Il arrive quelques secondes après moi au ravito, au moment même où un bénévole nous annonce : « Vous êtes 17e et 18e. Et il y en a deux ou trois autres qui viennent juste de passer ».

Hein ?!? Nous sommes si bien placés que ça ?  Il y a seulement 16 personnes devant moi ?   Je suis estomaqué.

Ça semble donner un coup de fouet à mon compagnon qui s’envole aussitôt. Bon, je suis 18e.  Ok, pas de stress, il me reste environ 24 kilomètres à faire, il ne faut pas trop négliger les détails dans mon empressement: je dois remplir mon réservoir avant de poursuivre. Tâche qu’un gentil bénévole et moi réussissons de peine et misère à compléter. Il va bien falloir que je trouve un truc un jour pour faire ça plus efficacement, ça en est pathétique. Enfin…  Au moins, je ne m’encombre plus de petites bouteilles de pilules, c’est déjà ça de pris.

Ravito Montagne Noire (56k) au mont Grand-Fonds 1 (64k)

Je viens à peine d’entrer dans le bois que j’entends des cris provenant des bénévoles : « Monsieur, monsieur ! Vous avez oublié vos gants !!! ». J’hésite. Ce sont des gants cheap Running Room, je pourrais bien les laisser là (quand je dis que le mental, en ultra…). Puis je me ravise et retourne les chercher. Ils pourraient servir encore, en haut du mont Grand-Fonds.

Dans mes souvenirs, cette section était relativement facile. Et effectivement, après un petit bout plus technique, j’aboutis sur un sentier assez large et plutôt roulant.

Comme j’avance à un bon rythme, trouvant que pour un gars qui court depuis si longtemps, finalement, je ne suis pas si pire que ça, j’entends des pas derrière. Et ces pas, ils se rapprochent. Ils sont plus plusieurs à se rapprocher de moi. Et ils avancent vite à part ça. Un peu plus et ils jaseraient en me rattrapant, tant qu’à faire !  C’est que je commençais à me faire à l’idée de terminer dans le top 20, moi… Après une 15e place (en fait, une 14e ex-aequo avec Luc) à St-Donat, ça aurait été bien un top 20 ici, particulièrement avec le contingent de coureurs présents.

Je me retourne. À mon grand soulagement, ceux qui causent les bruits de pas portent un dossard vert: ce sont les meneurs du 28 kilomètres qui sont sur le point de me shifter. Dans la mi-vingtaine, le premier se fait suivre une dizaine de mètres derrière par un coureur plus expérimenté qui semble plus frais. On dirait que le vieux taureau laisse le jeune s’énerver avant de l’achever. Je m’écarte du chemin pour leur laisser la place, lançant des encouragements au passage. Ils me distanceront progressivement, jusqu’au point où je ne les reverrai plus. Un troisième me dépassera quelques minutes plus tard, juste avant la longue descente.

Ha, le long chemin de terre qui descend en face de cochon… Le paradis des descendeurs habiles. Quant à moi, bof… Mais comme ce n’est pas trop technique (quoi qu’il faut choisir sur quelles roches on met les pieds, car certaines ont parfois le goût de nous suivre dans la descente), je ne me débrouille pas trop mal. Dès le début, je reprends un coureur et jette un œil à son dossard : un gars du 80k !  Cool, une autre place de gagnée ! Il semble avoir mal aux jambes, alors je le mets en garde : ça descend très longtemps !

Rendu en bas, j’en reprends un autre, un gars du 65k, qui me demande si je sais s’il reste beaucoup de montées. Je le rassure en lui disant que c’est plutôt vallonné d’ici à l’arrivée. Mais un peu plus loin, à 3 kilomètres du mont Grand-Fonds, une bonne montée nous attends. Oups…  Ben là, faut pas trop en demander à la mémoire d’un homme de mon âge !

Pendant que je suis dans la swamp des derniers kilomètres (celle-là est moins agréable), j’entends à nouveau des pas : un quatrième coureur du 28k qui me rejoint. Comme je lui laisse le passage, il me tend la main et on se donne un low five. Demandez-moi pourquoi j’adore l’univers de la course en sentiers…

En haut d’une petite montée, des gens m’encouragent de ne pas lâcher. J’aurais pu la faire en courant, mais je préfère me ménager. Mais je me sens tout de même « l’obligation » de me justifier en précisant que je fais le 80k. Que voulez-vous, un gars compétitif, ça demeure un gars compétitif…

Depuis quelques kilomètres, je vérifie mon chrono à intervalles réguliers. En me basant sur les temps de 2013, j’avais dit à mes supporteurs que dans le meilleur des cas, je prendrais 7 heures pour faire les 65 (64) premiers kilomètres. Et dans le pire, ce serait 9 heures. Honnêtement, je pensais que si tout allait bien, je ferais 7h30, mais j’espérais passer en 7h20, soit le temps de Rachel qui avait terminé en première place chez les femmes.

Or, à l’approche du stationnement, je suis à 7h18 ! Et, bien que la fatigue se soit graduellement installée, j’ai encore du jeu sous la pédale. 16 autres kilomètres ?  La montée de Grand-Fonds ?  Piece of cake. Amenez-les !

Barbara et ma mère m’accueillent alors que je monte le faux-plat menant au pied de la pente de ski. Ma douce moitié ne semble pas revenir de un, me voir arriver si tôt, et de deux, me voir en si belle forme. « Déjà ?!? Tu as l’air super bien !». Heu… oui. Pourquoi tu demandes ça donc ? « Joan vient juste de passer !»

QUOI ?!? Elle a halluciné, ça ne se peut pas. Joan, ça doit faire une bonne heure qu’il est passé. « Non non, il vient juste de passer. Il marchait.» Le gars qui a terminé 3e de l’un des grands 100 milles aux USA il y a à peine quelques semaines, celui qui révolutionne peu à peu le monde de la course à pied par ses méthodes peu orthodoxes, tu me dis qu’il marchait ?  Impossible. Tout simplement impossible. Il n’y a qu’une seule raison qui puisse expliquer ça : il est blessé. Il a probablement dû se trainer jusqu’ici et il va abandonner au chalet. C’est la seule explication logique que je peux trouver à cette incongruité.

Après une petite photo avec ma tendre épouse (photo qui a été supprimée parce que madame trouvait qu’elle était loin d’y être à son meilleur), celle qui endure toutes mes lubies et mes manies depuis si longtemps, et surtout après avoir reçu mon petit bec de bonne chance (on ne peut tout de même pas espérer un gros french quand on sort du bois; par contre, Charlotte est moins regardante et me donne une grosse lichette dont elle a le secret), je repars. Un peu plus loin, mon père m’attend, caméra à la main. Autre moment à immortaliser. 64 kilomètres dans les jambes et prêt à poursuivre, plus que jamais. « On se revoit dans 1h30 – 2h ! »

Une dernière petite montée plutôt abrupte nous amène au niveau des remonte-pente. Normalement, je l’aurais marchée, mais devant autant de spectateurs, mon orgueil prend (encore) le dessus et je la cours, sous les applaudissements nourris. Arrivé en haut, une bénévole, voyant mon dossard, m’indique le chemin à prendre pour le ravito. Je feins d’en avoir ras le pompon et me dirige vers l’arrivée. Elle insiste, je feins encore plus. Elle finit par sourire. Parce qu’elle me trouve drôle ou parce qu’elle est polie ?  J’opterais pour la deuxième proposition.

Sous le petit chapiteau du ravitaillement, 3-4 coureurs. Ils semblent au bout du rouleau. Ils s’assoient, grimacent de douleur. Ils n’ont surtout pas l’air pressés de repartir. On dirait bien que le mur qui se dresse devant nous a un effet très marqué sur leur mental. Joan n’est pas parmi eux. Coup d’oeil vers le haut de la montée: aucune âme qui vive. Si Barbara dit vrai, il est certainement au chalet en train de panser ses blessures. J’espère qu’il n’a rien de grave…

Bien décidé à ne pas laisser filer mon momentum, je ne m’attarde pas plus longtemps.

Ravito Grand-Fonds 1 (64k) à ravito Orignac (73k)

Voici enfin l’Obstacle du parcours: 2 kilomètres de montée pour 300 mètres de dénivellation. Calcul rapide: pente à 15% de moyenne, avec des passages à plus de 30%. Je sens l’adrénaline qui coule à flots dans mes veines. Je sais que la montée ne sera pas facile mais je sais aussi que c’est moi qui vais gagner, pas la foutue montagne. Je pose alors un geste tout à fait contre ma nature et montrant mon état d’esprit: pointant le sommet, je mime le signal montrant le premier essai au football. Et dans ma tête j’entends: « Premier essai, first down, MONTRÉAL ! », comme on entend(ait) si souvent au stade Molson durant les parties des Alouettes. Allez, mont Grand-Fonds, à nous deux !  Montre-moi ce que tu as dans le ventre !

Toute cette motivation, elle venait de ma mémoire. Celle du gars qui avait basculé autour de la 10e place au sommet de cette montagne lors du 28k en 2013. Sauf que je n’avais pas 64 kilomètres dans les jambes à pareille date l’année passée…

Rapidement, mes quads me font savoir qu’ils sont fatigués. Et ça monte, ça monte et ça monte encore. Sans arrêt. Je suis rendu environ au quart quand j’entends une clameur et des cris au micro, en bas. On annonce l’arrivée des deux gagnants de la course, Jeff et Florent. Selon ce que je peux décoder, ils terminent ensemble. J’ai un petit sourire de satisfaction: je ne me serai pas fait reprendre par eux avant de passer une première fois au centre de ski. C’était un autre de mes objectifs aujourd’hui. Un autre réussi.

Gagnants

Jeff et Florent, en route vers la victoire              (Photo: Alexis Berg, grandtrail.net)

Je me retourne. Aussi loin que je peux voir, personne à ma poursuite. Et devant ?  Personne non plus. Au point où je me demande si je suis sur le bon chemin. Je continue toutefois de croiser sporadiquement des petits fanions roses, alors je me dis que je suis probablement correct…

Finalement, la pancarte indiquant 15 kilomètres avant d’arriver. Good, la moitié de la montée est derrière. Mais c’est qu’il en reste autant devant… Et ne voilà ti pas mon dos qui commence à se plaindre à son tour !  Ha ben non, je ne monterai pas en me tenant le bas du dos pour le soulager.   Moi, quand je vois quelqu’un qui monte en se tenant le bas du dos, je sais qu’il est en train de faiblir. Alors c’est contre ma religion de le faire !

Après deux ou trois éternités, la pente s’adoucit. En haut, un photographe m’attend, tout emmitouflé. C’est vrai qu’avec le petit vent qu’il fait… Le cliché qu’il prendra est tout simplement époustouflant. À lui seul, il exprime pourquoi je cours.

Mont Grand-Fonds

Une image vaut mille mots: l’homme face à la nature et surtout, face à lui-même. Merci Alexis Berg (grandtrail.net)

Je lui demande au passage si les meneurs couraient dans cette partie. Je suis rassuré de l’entendre répondre par la négative.

Ok, plus que 14 kilomètres. Coup d’œil au chrono: ouais, ça va être très serré si je veux faire sous les 9 heures. Comme ça descend beaucoup, ça demeure jouable. Il y a bien un kilomètre très technique là-dedans, mais je suis optimiste.

Le sentier au sommet est en fait un chemin de quad ondulé. Très ondulé. Avec de belles grosses roches parsemées çà et là. Et mes jambes qui commencent à demander grâce. Ça se courait bien l’an passé, mais aujourd’hui…

Les kilomètres passent, lentement mais sûrement. Seules les pancartes qui égrènent les kilomètres me confirment que je suis encore bel et bien dans une course. Car je ne vois toujours personne devant et chaque fois que je me retourne, personne derrière. Depuis que j’ai quitté le centre de ski, je suis seul. Pas que je m’en plaigne, j’aime courir seul. C’est juste moins rassurant, en course en sentiers.

Signe que la fatigue s’installe de plus en plus, je suis très tenté de m’arrêter lorsqu’un superbe point de vue s’offre à moi. Allez, ce n’est pas pour deux petites minutes… Mais je résiste et poursuis mon chemin pour arriver à la longue descente sur chemin de terre.

Je la fais prudemment. Vraiment, mais vraiment prudemment. Je ne fais aucunement confiance à mes jambes dans leur état actuel et s’il fallait que je plante face première, je crois que je ne me relèverais pas.

Arrive finalement le ravito. Tout juste après, ce sera la section de single track très technique et je suis découragé de voir l’immense quantité de gens qui entrent dedans avant moi: c’est la course de 10 kilomètres qui bat son plein. Merde, dans le genre mauvais timing…

Le bénévole de service m’annonce qu’un participant du 80k vient tout juste de partir. « Il a 30 secondes d’avance sur vous, tout au plus ». Ha oui ?  Ben il va avoir une minute parce moi, j’ai le goût de prendre 2-3 verres d’eau. À un moment donné, les gels, ça devient collant dans la bouche. C’est dégueux…

Ravito Orignac (73k) à ravito Split BMR 2 (76-77k)

Je me joins à l’immense groupe qui fait la course de 10 kilomètres. À voir le nombre disproportionné de femmes (elles représentent au moins 95% du contingent de coureurs que je vois), j’en conclus qu’il s’agit probablement du dernier tiers du peloton. Je vais devoir m’armer de patience. Encore.

Plus courtoises que les hommes, plusieurs me laissent le passage. Cependant, la filée est tellement looooooongue que ça ne donne pas grand chose. J’essaie de me dire que ce ne sera pas tellement plus long que si j’étais seul de toute façon. Sur 1 kilomètre, je vais perdre quoi ?  2, 3 minutes ?  Sur 9 heures de course, franchement…

Une pancarte kilométrique passe. Et après un très long délai, une autre. Merde, cette section est beaucoup plus longue que 1 kilomètre !

Finalement, nous aboutissons sur un autre chemin de quad. J’enclenche aussitôt la vitesse supérieure, passant d’un côté du sentier à l’autre, zigzagant au travers des coureuses. Comme si un ressort avait accumulé une quantité immense d’énergie et que je devais la libérer. Là, ici et maintenant.

J’arrive au ravito en même temps que ce qui me semble être une pré-adulte qui se tient l’épaule en pleurant. Qu’est-ce qui est arrivé ?  Une chute ?  Une collision avec un arbre ?  Aucune idée. Mais je ne vois pas qu’est-ce qui pourrait la faire sangloter comme une enfant. Évidemment, il arrive qu’on se fasse assez mal pour en avoir les larmes aux yeux. Ou même de tomber dans les pommes. Mais aller jusqu’au point de sangloter ?  Il faut être le moindrement dur à son corps si on veut pratiquer ce sport-là, sinon on risque de trouver le temps long. Je pense que c’est ce qui arrive à cette jeune femme. A-t-elle poursuivi ?  Aucune idée.

Ravito Slit BMR 2 (76-77k) à l’arrivée (80k)

Au moment de repartir, j’entends un bénévole lancer: « 8043 » (nos numéros sont pris en note à chaque ravitaillement, question de s’assurer que nous sommes encore dans la course).  Un numéro commençant par un 8, c’est un participant du 80 kilomètres, ça !  Le bénévole avait dit vrai: j’étais tout près.

Et qui vois-je qui avance en marchant, tout juste devant moi ?  Joan.

J’arrive à sa hauteur et lui mets la main sur l’épaule. Hé, est-ce que ça va ?  Qu’est-ce que tu fais là ?  Il m’explique qu’il s’est tordu un peu une cheville en début de course, mais que c’est tolérable. Ça allait plutôt bien au début, mais ça s’est vite gâté. Pas d’énergie. Rien. Ce qu’on appelle un « jour sans » en cyclisme. Il vit l’équivalent aujourd’hui.

Depuis que je le connais, j’éprouve une grande admiration pour le coureur qu’il est. Mais là, dans un coin perdu de Charlevoix, c’est l’homme que je me mets à admirer. Voyant que ça n’allait pas, ça aurait été facile pour lui d’abandonner lors du premier passage au mont Grand-Fonds. Pour un coureur de son niveau, accepter de se faire dépasser par des coureurs plus faibles et poursuivre malgré tout, c’est tout à son honneur.

Comme je me sens encore bien, je lui souhaite bonne chance en reprenant la course. Il me lance, avec un grand sourire: « Si je te rattrape, je te botte le derrière ! » (il en parle justement ici, dans un bijou de récit; à lire absolument). Il nous avait fait le coup au départ du 60k à St-Donat (lui avait déjà le chemin inverse dans les jambes à ce moment-là) et il faut croire que ça avait marché car je ne l’avais pas revu. Je lui souris en partant, pressé d’en finir.

Tout va bien pour 300 ou 400 mètres, jusqu’à une petite montée. Une petite butte de rien du tout que je grimpe en courant sur la pointe des pieds, propulsé par mes mollets. Ce qui devait arriver arrive: une violente crampe s’abat sur mon mollet droit. Je ne l’ai jamais vue venir et elle fait mal en tab… !

En fait, elle m’a tellement fait mal que je ne peux pas pu réprimer un cri. Ni bouger. Arrive alors Joan, tout sourire. « Qu’est-ce que je t’avais dit, donc ? ». Comme pour me donner une dernière chance d’éviter le châtiment promis, il répète: « Si je te rattrape, je te botte le derrière ». Tu peux y aller mon ami, je ne peux plus avancer.

Il a la gentillesse de me gracier. On marche un bout ensemble, les dames que j’ai dépassées depuis tantôt passant à ce qui me semble maintenant la vitesse de l’éclair, la face en point d’interrogation.

« Tu n’as pas quelque chose contre les crampes là-dedans? », me demande-t-il en pointant ma veste. Ben oui, j’avais oublié !  Je traine des petites pilules anti-crampes, un échantillon que j’avais reçu avec ma trousse du coureur à Boston ou New York. Je les avais amenées, au cas. Mais où sont-elles ?

Nous voilà donc en train de fouiller ma veste. Je finis par trouver. Il y a quatre pilules. Dois-je les prendre toutes ? « Tu as 4 jambes, non ? ». Vu de même… Je les avale donc toutes sans savoir ce qu’elles contiennent, me disant qu’au pire, j’en mourrai en faisant ce que j’aime.

« Tu veux faire quelle distance à Bromont, tu disais ? ». Bon, ça y est, ma mère a réussi à hypnotiser Joan à son premier passage à Grand-Fonds et maintenant, c’est elle qui contrôle ses pensées, ses paroles. Elle me poursuit avec sa sagesse de mère jusque dans le fin fond des bois !  Maman, laisse Joan tranquille, je t’en prie…

Je bredouille une réponse, puis regarde mon chrono. Les 9 heures, c’est foutu depuis un bout. Et quand j’énonce tout haut mes calculs de projection si on termine en marchant, ça semble fouetter mon partner qui lance: « Bon, il faut que ça finisse, cette foutue course-là ! » et il repart en courant.

La douleur semblant vouloir s’estomper un peu, je reprends également la course, lentement. Puis accélère progressivement, au point de commencer à remonter les coureuses qui avaient assisté à mon agonie un peu plus tôt. « La crampe est passée ? » me demande une dame. « Ça tient, ça tient. Mais j’ai hâte de finir ! ».

Je reprends même des coureurs du 65k, preuve que mon rythme n’est pas mauvais.  Rejoindre Joan ?  Oubliez ça !

Après le deuxième passage dans la swamp, j’aperçois enfin le stationnement du centre de ski. Mes supporteurs m’attendent, je leur fais signe que je suis cuit au passage. Mettons que les 16 derniers kilomètres ont laissé des traces.

Dernière petite montée. Ma petite sacrament, ce n’est pas vrai que tu vas m’avoir !  Je la fais en courant, les dents serrées, le feu dans les yeux. Tiens toi ! On annonce mon arrivée: « Un coureur du 80 kilomètres, Frédéric Giguère ! ». Les applaudissements  montent de quelques décibels. Wow, nous sommes les rock stars aujourd’hui !

Je franchis le fil en 9:19:47, ce qui, je l’apprendrai plus tard, me donnera le 13e rang. Après trois semaines, j’ai encore peine à y croire.

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Peu après l’arrivée, accueilli par ma douce moitié et notre adorable toutou. Remarquez en arrière-plan Joan qui sourit à belles dents

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Je devrais peut-être sourire moins, ça me donne autant de rides que feu Claude Blanchard… 😉

80k UT Harricana: le premier marathon

Départ à ravito Geai bleu (8k)

L’obscurité est encore totale quand le départ est donné au son des hurlements. Car il semblerait que nous sommes une meute de loups, alors certains s’en donnent à cœur joie. Pour ma part, je n’ai jamais ressenti (ni même compris) ce besoin de faire monter l’adrénaline en début de course. Ce n’est pas un 100 mètres qui nous attend, c’est 800 fois plus !  Je considère que j’aurai besoin de chaque once d’énergie pour ce long périple. Mais bon, à chacun sa façon de faire, n’est-ce pas ?

Après une centaine de mètres dans le stationnement, nous nous engouffrons dans des sentiers de type « SÉPAQ » : le revêtement est en petit gravier et ils sont assez larges pour accommoder 2 ou 3 personnes. Ça me fait énormément penser au Mont St-Bruno. C’est donc roulant à souhait, mais avec la foule, le rythme est relativement lent. Ça fait bien mon affaire, je ne voulais pas partir trop vite de toute façon.

Cette cadence me donne l’occasion d’admirer la beauté du moment : 300 personnes qui courent ensemble dans la nature, leurs pas guidés par la seule lumière des lampes frontales. Ce que j’aimerais prendre un instantané… si j’avais le moindre talent et/ou intérêt pour la photographie. Autre beauté : la rivière, juste à côté. Je ne peux pas la voir, mais je l’entends. Dans la pénombre, je distingue la vallée, rien d’autre. Je laisse aller mon imagination et « admire » ce paysage pourtant invisible.

J’aperçois un premier panneau kilométrique : il en reste 62 avant l’arrivée… de la course de 65 kilomètres (qui en fait 64, en réalité) !  Après une belle descente, nous traversons la rivière, ce qui annonce une première montée. J’avais prévu marcher toutes les parties ascendantes, mais comme tout le monde court, je fais de même tout en prenant soin de demeurer bien « en dedans ». Je rejoins une fille qui est à bout de souffle. Vraiment, mais vraiment pas une bonne idée de se mettre dans cet état si tôt dans la course. Sait-elle seulement qu’il lui reste presque un marathon et demi à faire avant de terminer ?

Après l’obstacle, le peloton s’est étiré et je peux courir plus librement. Autour du 6e bip de ma Garmin, j’avale un premier gel. En effet, j’ai décidé de faire un essai aujourd’hui: un gel à toutes les 30 minutes pour voir où ça va me mener. Si Hal Koerner et Pat le font, pourquoi pas moi ?  Ok, je vous entends d’ici: ce n’est pas une bonne idée de tester de nouvelles affaires en compétition, et patati et patata… Ben j’ai décidé de prendre la chance, au risque de me planter. Ce n’est tout de même pas la première fois que je prends des gels. Je ne fais qu’augmenter la fréquence, c’est tout.

Côté température, mon choix de vêtements semble avoir été le bon. Mon corps s’est réchauffé rapidement, au point où je dois enlever mes gants. Mais quoi faire avec ? J’ai les poches pleines, plus un centimètre cube d’espace dans ma veste. Bon ben, à la guerre comme à la guerre, ils termineront le voyage dans mes shorts !  Je n’envisage pas les prêter à quelqu’un d’autre de toute façon, pas vrai ?

Au ravito, il n’y a que de l’eau de disponible. Et l’eau est froide en tab… !!! Que voulez-vous, elle est à la température de la pièce…  Mettons qu’on la sent très bien passer à travers les différents boyaux, un peu comme une lampée de gin à cochon. Pas tellement agréable.

Ravito Geai bleu (8k) à ravito Coyota Honda (28k)

Rapidement, on entre dans le vif du sujet : du technique, du vrai. Le sentier est étroit, le sol pas vraiment (et parfois, vraiment pas) dégagé, des racines, des roches, de la boue, des changements de direction brusques et fréquents, alouette. Je me retrouve derrière deux gars qui avancent à un rythme que je trouve convenable, parfait pour mes limitations dans le domaine.

Sauf que je sens assez vite un souffle dans mon cou. Toujours courtois, j’offre le passage. Erreur ! Une longue filée de monde passe, au moins 15 à 20 concurrents. Bout de viarge, ne venez pas me faire croire que tout ce monde-là est plus rapide que moi !  Je décide de m’insérer au travers la lignée. Non mais, il y a des limites !  À être trop gentil, on finit par passer pour niaiseux !

Le pire, c’est que ça ne leur a absolument rien donné : ça n’avance plus. On se suit tous à la queue-leu-leu, lentement. Trop lentement. « Vous devrez vous armer de patience » qu’ils disaient. Ouais ouais, facile à dire. Je suis tenté de me mettre à dépasser du monde, mais ça ne donnerait finalement pas grand-chose. Peut-être si ça se met à monter pour de vrai…

Justement, une petite montée qui se pointe. Et qu’est-ce que le gars qui est 4-5 positions devant moi fait ? Il sort ses bâtons de marche !  Pardon ?  Ici, pour cette petit côte de moumoune-là, il pense avoir besoin de ses bâtons ?  Il va faire quoi en arrivant au mont Grand-Fonds ?  Prendre le chair-lift ?  On n’est pas dans les Alpes, bout de sacrament !

Comme vous pouvez le constater, je ne me suis pas tellement bien armé côté patience. Déjà que ça n’avance pas à mon goût, ce gars-là va réussir à nous ralentir encore plus tout en élargissant l’espace qu’il prend pour se déplacer, réussissant l’exploit de rendre les dépassements encore plus difficiles. Bravo champion !

Je finis par trouver une faille et le laisser derrière… pour me retrouver encore une fois dans le derrière d’une longue filée. Grrrr ! Le coupable ?  Un autre zigoto avec ses bâtons de marche. Je me demande même pourquoi l’organisation les permet. Ils sont interdits à l’Ultimate XC de St-Donat, ils devraient l’être encore plus ici, le parcours étant plus facile côté. En plus, non seulement ses bâtons retardent le gars en question, mais il est également chaussé de souliers de route. Décidément…

Je grogne intérieurement. On ne devrait pas partir en ensemble, les courses de 65 et 80 kilomètres. 300 personnes en même temps sur ce minuscule single track, c’est une mauvaise idée. Ou à tout le moins, il faudrait mettre une sérieuse emphase sur l’étiquette à adopter en sentiers : quand un ou des coureurs plus rapides suivent de près depuis un bout et que c’est dégagé devant soi, on laisse le passage. Le gars devant ne semble même pas se rendre compte qu’il nous bloque. Et comme pour ajouter une couche à ma frustration, le rythme ralenti a fait baisser la température de mon corps et je commence à avoir froid. Non mais, est-ce que ça va avancer un jour ?!?

Un gars finit par en avoir ras le pompon et se met à shifter tout le monde. Je décide de le suivre à la trace. Une fois le retardataire-aux-bâtons dépassé, le champ est libre devant. Ha… Celui qui s’est impatienté demande à son partner s’il le suit. Heu non, c’est moi qui te suis. Le partner en question étant derrière moi, je le laisse passer pour constater… qu’il s’agit de mon sympathique voisin !  Hé oui, je retrouve les deux gars à qui j’ai donné un lift plus tôt. Le monde est petit, il n’y a pas à dire.

Rapidement, nous formons un petit groupe de 5 ou 6 et tout aussi rapidement, je me fais larguer. Ha, moi et mes aptitudes techniques ! J’ai beau les avoir travaillées dans le sentier Rock Garden près de Whiteface, ledit sentier ne faisait que 800 mètres de long. Ici, j’en aurai pour presque 20 kilomètres… Les seuls moments où je rejoins du monde, c’est quand ils s’arrêtent pour se prendre en photo devant un des nombreux magnifiques paysages que nous avons l’occasion de croiser en cours de route, paysages que le soleil levé depuis peu nous permet enfin de voir.

Je finis toutefois par reprendre un gars avant d’arriver au relais (20k). On échange quelques mots, sans plus. On joue au yoyo, mais je sens que dès que ça va monter, je vais le perdre derrière. Au relais, je transmets mon admiration et ma gratitude aux bénévoles qui se les gèlent pour nous. L’un d’eux répond qu’il préfère donner de l’eau que se taper ce qu’on se tape. Je sens par contre que l’autre aimerait bien pouvoir en courir un petit bout.

Je croise la pancarte annonçant qu’il reste 42 kilomètres à faire : plus qu’un marathon… avant d’avoir le droit de parcourir 16 autres kilomètres !  Mais ce qui est foutrement bizarre c’est que ça ne m’impressionne pas du tout. Je les prends un à la fois, sans me soucier du reste. J’ai toute la journée devant moi.

J’arrive au ravito avec un plan bien précis en tête : manger un peu et repartir sans niaiser. Comme j’arrive, je remarque que mes voisins quittent les lieux. Je vais devoir travailler pour les rattraper. Mais la course est encore jeune. D’autres sont arrêtés et ne semble vraiment pas pressés de repartir. Autant de gens qui étaient devant moi et repartiront derrière.

Dans mon plan, j’avais oublié un détail : remplir mon réservoir. Heureusement, le bénévole m’y fait penser. Non mais, tu parles d’une erreur de débutant ! Avec une section de 13 kilomètres devant, je n’aurais fort probablement pas eu assez de réserve pour la compléter. La manœuvre s’avère plutôt complexe, avec le GU Brew et tout, mais à deux, on y parvient. Je me demande comment on pourrait faire une course sans ces chers bénévoles…

Après avoir englouti des bananes et un pita, je décolle.

Ravito Coyota Honda (28k) à ravito Castor Info-Comm (41k)

C’est le ventre bien rempli que je commence cette section qui commence par une longue montée. Ha enfin, ça monte ! Une belle occasion pour rattraper du monde et devancer d’éventuels poursuivants. Détail cependant : elle ne monte pas assez à mon goût. Je passe mon temps à me demander si je dois la courir ou la marcher. Ou alterner entre les deux, je ne sais plus.

Je parviens tout de même à rejoindre certains coureurs que je laisse aussitôt sur place. À la fin d’une partie très rocailleuse (on dirait carrément le fond d’un ruisseau asséché), je croise un gars en vélo de montagne qui me dit qu’il ne reste que 4-5 kilomètres avant le prochain ravito. Ben oui Chose !  Je sais qu’il en reste au moins 8, peut-être 10. À vélo, ça ne change peut-être pas grand-chose, mais à pied… T’aurais pas le goût de descendre de ta monture et venir en faire un petit bout avec moi, question de voir s’il ne reste vraiment que 4 ou 5 kilomètres ?

Une fois rendu en haut, je sors du bois et tombe… sur du monde en habit de camouflage !? Ils font quoi, au juste ?  Et pourquoi sont-ils habillés comme ça ?  Pourrait-il s’agir de policiers en moyens de pression ?  En tout cas, sont bien gentils mais je préfère ne pas trop m’attarder. On ne sait jamais… 😉

Arrive un chemin de terre. Large, en descente et très roulant. Ho yeah, on va pouvoir avancer un peu ! Devant moi, ma première cible : une femme. En tâchant de ne pas trop appuyer, je la rejoins. Deuxième cible : une autre coureuse, à une cinquantaine de mètres. J’ai comme l’impression que les deux se suivent sans vraiment se suivre. Toujours est-il que pour éviter de me retrouver au milieu d’une bataille de chattes, je poursuis ma progression. Définitivement que le terrain est à mon avantage.

Sauf que je trouve que ça va peut-être un tantinet trop bien. Je vois passer un kilomètre en 4:42. Trop vite. Bah, ça descendait tout de même un peu… Kilomètre suivant : encore 4:42. Merde, celui-là était ondulé, autant en montée qu’en descente ! Je vais définitivement trop vite, j’ai encore plus d’un marathon qui m’attend devant…

Je décide donc de calquer ma cadence sur celle de deux gars qui me précèdent. Ça fonctionne un certain temps… jusqu’à ce qu’ils s’arrêtent. Deux choix se présentent à moi: faire semblant de pisser juste pour demeurer derrière ou passer devant. Je passe. Après qu’ils aient recommencé à courir, alors que j’ai 20-30 mètres d’avance sur eux, j’entends : « Heille !  Salut voisin !!! ».

Ha ben, ça parle au maudit ! Encore mes voisins, que je n’ai pas reconnus une fois de plus !   « Ça a l’air de bien aller, ton affaire ! ». Je réponds que oui, mais que j’essaie de me retenir. Constatant que le plus silencieux des deux semble en arracher, je préfère ne pas demeurer avec eux et poursuis mon chemin. Trop vite, bien évidemment.

Arrive le buffet. Car c’est comme ça que je décrirais le ravitaillement Castor Info Comm (est-ce que les ravitos sont commandités ? On dirait bien !). Car en plus des traditionnelles patates et bananes, on y retrouve entre autres des œufs, de la soupe et du lait au chocolat et plein d’autres patentes que la bénévole me fait l’éventail. C’est quand elle arrive aux œufs que je l’arrête, citant la tendance de mes intestins à transformer cette denrée en gaz odorant. De toute façon, comme je n’ai jamais fait d’essai à l’entrainement, je préfère demeurer conservateur (je sais, une belle contradiction  par rapport à ce que j’ai dit tantôt).

Pendant que j’engloutis une banane, je jette un œil autour. On dirait presque l’infirmerie d’un champ de bataille. Plusieurs se réchauffent autour du feu, D’autres sont confortablement installés sur des chaises. On constate les dommages causés pas la distance parcourue et surtout celle qui reste à faire. Le psychologique commence à jouer. Malgré moi, mon côté compétitif se réveille. Ces gens-là étaient tous sur place avant que j’arrive et ils repartiront (s’ils repartent) bien après moi. GOTCHA !

Aussitôt, je regrette cette pensée. Car quand on crache en l’air…

C’est de ta faute, Pat !

J’ai appris qu’il courait en 2008, la semaine avant le Marathon de Montréal. Dans une entrevue accordée à « Salut Bonjour ! », il parlait de cette première pour lui dans la plus longue des distances classiques. Il visait un temps de 4 heures. Pour ma part, comme j’avais fait un 3h43 « en dedans » à ma première expérience l’année précédente, j’étais confiant de pouvoir descendre sous les 3h30. La pluie torrentielle qui était tombée dans les heures précédant la course avait été suivie par une humidité à couper au couteau. Inexpérimenté, j’avais terminé cette course de peine et misère, franchissant la ligne après 3h56 de pure souffrance. Je suppose qu’il a vécu un peu la même chose que moi, une trentaine de minutes derrière.

Je me suis mis à suivre son évolution, comme je le faisais avec d’autres personnes connues qui pratiquent la course. Nous nous croisions de temps en temps dans le cadre d’une course (habituellement au demi Scotia Bank), mais comme je n’avais rien de particulier à lui dire, ce n’était pas parce qu’il était connu que j’étais pour lui parler…

Puis j’ai remarqué qu’il semblait courir moins. À l’époque, je n’avais qu’une seule référence en la matière: SportStats.ca. Je me suis dit qu’il avait probablement ralenti la cadence, faute de temps et/ou de motivation.

Puis un jour, allant faire mon « épicerie » à la boutique Coin des Coureurs du centre-ville, j’ai émis un commentaire sur la grande quantité de gels que j’achetais. L’employé me raconta alors qu’il y avait un monsieur qui était passé et en avait acheté une quantité phénoménale parce qu’il s’en allait faire une course de 100 milles et qu’il préférait « en avoir plus que moins ».

J’avais vaguement entendu parler de ces courses-là. Un jour, j’avais vu un reportage sur le fameux Leadville 100 à la télé américaine, mais je me disais que c’était certainement marginal comme épreuve. Il me semblait toutefois qu’il y avait un 100 milles quelque part dans le Vermont….

Je ne sais pas pourquoi j’ai fait ça, mais je me suis mis en frais de trouver le site de l’événement et ensuite, la liste des participants. Qu’est-ce que je cherchais au juste ?  Quelqu’un que je connaissais ?  Toujours est-il qu’en défilant ladite liste, je suis tombé sur son nom. Hein, lui ?  Merde, il est plus lent que moi dans toutes les courses qu’on fait et il va se taper un 100 milles ?  Non, ce n’était pas possible… Peut-être était-ce quelqu’un qui portait le même nom (ben oui Chose, dans le genre coïncidence…) ?

J’ai approfondi mes recherches et j’ai trouvé d’autre références que SportStats (duh !). Il s’était lancé dans les course plus longues que le marathon classique et à ce moment-là (nous étions en 2011), il avait déjà deux Ultimate XC, un Vermont 50 et un Bear Mountain sous la ceinture. Holly shit !

Je me suis mis à m’intéresser à ce monde si particulier des ultras en sentiers. Et plus je lisais sur le sujet, moins je comprenais. Il fallait que j’en parle à quelqu’un. Mais à qui ?  Je ne connaissais personne d’assez fou pour se lancer dans de telles aventures. Il y avait bien des blogues qui en parlaient, mais à part ça… Toutefois, tous étaient unanimes sur un point: la course en sentiers, c’est le plaisir pur et la camaraderie, rien à voir avec la route. J’avais vraiment le goût d’essayer.

J’ai contacté David Le Porho qui m’a recommandé de commencer par des distances plus courtes, question de voir si j’aimais ça ou pas. Puis, quelques mois plus tard, après avoir complété un Marathon d’Ottawa de rêve qui me permettait enfin de m’assurer une place pour Boston, je suis tombé sur Pat par pur hasard.

Je devais être sur un high, je ne sais pas trop, mais cette fois-là, je lui ai parlé. Sans avoir aucune espèce d’idée sur la performance qu’il venait de réaliser, je l’ai félicité sur le champ (il venait d’établir son record personnel). Après quelques phrases typiques d’après-course échangées avec le grand sourire entre coureurs, je lui ai parlé des ultras. En fait, je lui ai dit que j’envisageais le Vermont 50. Il me l’a recommandé chaudement pour un premier ultra, à cause de l’organisation et de son niveau de difficulté technique relativement faible. Je le cite: « Il est vraiment beau, le Vermont 50. Ça monte et ça descend beaucoup, mais il facile techniquement. La place idéale pour commencer ! ». J’avais ma confirmation. Le surlendemain, j’étais inscrit. Le conseil de David ? Heu…

La suite fait partie de l’histoire, comme on dit. Malgré une météo exécrable, j’ai vécu la plus belle course de ma vie. J’étais définitivement accroc.

J’avais prévu acquérir plus d’expérience en ultra en 2013 et me lancer dans les grande aventure du 100 milles pour le Vermont 100 2014, trois ans après avoir « découvert » l’existence même de cette course. Mais j’ai été ralenti par les blessures et n’ai pas pu participer aux courses que j’aurais voulu.

Sauf que…

Quand c’est rendu que le gars que je voyais comme mon modèle dans le domaine me sermonne gentiment pour me dire que je suis plus que prêt… Quand c’est rendu que ma conjointe me dit que je devrais le faire, que pour un premier essai sur LA distance, pouvoir le faire près de chez soi, c’est toute une chance…

Et puis à un moment donné, si j’attends que les conditions idéales soient toutes réunies (travail, conditions météo, entrainement), je ne le ferai jamais. Au pire, si je suis trop fatigué pour le compléter, j’arrêterai en chemin et me reprendrai une autre fois. Ou je finirai à la marche, DFL (dead fucking last !).

Alors voilà, je plonge. C’est fait: je suis inscrit pour le 160 km du Bromont Ultra.

Et ça, c’est de ta faute, Pat !  🙂

Des choses et d’autres

Ha les vacances… On prend le temps de vivre, de respirer par le nez, de courir (évidemment) et surtout, de mémérer de choses et d’autres sur son blogue !  🙂

L’Abitibi – Comme j’en ai déjà glissé un mot, j’ai pris quelques jours de repos après l’Ultimate XC et à mon retour au travail, tout s’est mis à débouler. Ce qui fait que je me suis retrouvé à Rouyn pour trois semaines et après une petite semaine au bureau, j’y suis retourné la première du mois d’août.

Les gens de l’Abitibi sont extraordinaires. Souriants, accueillants, affables. Travailler avec eux est un pur plaisir car on se sent immédiatement partie intégrante de leur équipe.

On ne peut toutefois pas dire que je sentais que je faisais totalement partie de la famille car mes collègues ont des intérêts un tantinet différents des miens: alors que j’affectionne les moyens de transport à propulsion humaine, eux ont plutôt tendance à préférer les engins à moteur. Inutile de vous dire qu’au début, ils trouvaient un peu bizarre de me voir courir à vive allure dans les chemins de terre reliant le poste à la civilisation. Mais au fil des jours et des semaines, ils se sont habitués à me voir quitter plus tôt et à me dépasser sur la route au volant de leur pick-up ou de leur Suburban.

Il m’est arrivé d’avoir à faire preuve d’imagination pour pouvoir assouvir mon besoin de me défouler. Il ne m’était pas toujours possible de quitter le travail plus tôt, alors j’attendais d’être rendu en « ville » et je me tapais le tour du lac Osisko sur la piste cyclable. Je préférais toutefois les chemins de terre et idéalement, j’aurais emprunté les nombreux sentiers de quatre-roues qu’on retrouve autour du poste. Sauf que nous y avons aperçu un ours dans le coin un bon matin, alors les sentiers…

Des souliers, des souliers et encore des souliersAttention, discussion technique droit devant !   Quand j’ai commencé à courir en sentiers, je me suis procuré des Salomon S-Lab que j’ai beaucoup aimés sauf pour une chose: les lacets. Leur système de serrage des lacets, efficace à première vue, devient rapidement plus lâche avec le temps (lousse, comme on dit), ce qui oblige le coureur à les resserrer fréquemment. Quand on a les pieds étroits comme moi, c’est assez agaçant merci.

Comme je redoutais que mes Montrail Bajada soient trop soft pour les difficultés de l’Ultimate XC, je me suis rendu à la Maison de la course à la recherche de conseils et surtout… de souliers !  Quand le vendeur a dit qu’il ne comprenait pas de quoi je me plaignais à propos des lacets de Salomon, parce que lui, il n’avait jamais eu de problème, la réponse qui m’est venue instantanément a été: « Pour moi, une longue sortie ne consiste pas seulement à monter en haut de ton Pain de sucre pis redescendre ! ».  Merde, j’en ai usé deux paires jusqu’à la corde, je sais de quoi je parle !  Si je dis qu’il se loussent, c’est qu’ils se loussent, calv!  Mais bon, j’ai laissé faire.

L’expert-maison m’a suggéré des New Balance 910 V1. Confortables, semelle avec de bons crampons, je les ai pris. Après deux ou trois sorties au mont Royal et une au mont St-Bruno, ils étaient mûrs pour les vraies affaires: St-Donat.

La course s’est bien déroulée côté comportement, mais quand j’ai constaté leur état à mon retour à la maison, ayoye !  Un bout de semelle était décollé et la « bottine » était brisée sur les deux pieds. À peine 200 kilomètres de course et ils sont finis. Verdict: cossin, patente à gosses, cochonnerie, le terme que vous voulez. Après m’avoir déçu sur la route, New Balance récidive en sentiers. Entre eux et moi, c’est définitivement la fin.

Mon prochain essai: les Saucony Peregrine 4. Il faudra bien un jour que je passe au zero drop, ça aiderait peut-être à élargir mon éventail au niveau choix…

Le dénivelés – Discussion l’autre jour avec René, mon voisin et ami, fervent cyclotouriste. Comme il quittait bientôt pour un voyage à vélo dans les Alpes, il me parlait des dénivelés qui l’attendaient. Au début, les chiffres ne me disaient pas grand chose jusqu’à ce que je fasse le lien avec ce que je connais: les courses en sentiers, bien évidemment.

Je lui ai fait part des dénivelés positifs que j’avais affrontés en ultra (2400 mètres à l’Ultimate XC, 9000 pieds au Vermont 50 et ça, ce n’est même pas considéré comme difficile) et il  semblait un peu incrédule. Je le comprends: une « balade » en montagne de 60 km offrirait un dénivelé comparable à une étape dans les Alpes au Tour de France ?

J’ai vérifié car je mettais moi-même en doute ce que j’avançais. Mais j’ai les chiffres à l’appui ici: le parcours de l’Ultimate XC offre 2418 mètres de montées et 2408 mètres de descente sur 60 km. Un peu comme si on passait tout le parcours sur une pente à 8%, soit à descendre, soit à monter.

Imaginez l’UTMB avec ses 9600 mètres répartis sur 168 km ou encore le Hard Rock avec ses 33992 pieds sur 100 milles… Ouch !  L’Ultimate, n’est pas si ultimate, après tout…  😉

Le Québec, une force en ultra ?   Je commence à y croire. Et sérieusement à part ça !  Déjà que nos représentants avaient fort bien paru à Bear Mountain en mai avec 3 coureurs parmi les 8 premiers, sans compter Rachel qui avait terminé 3e chez les femmes, voilà que coup sur coup, Joan décroche la 3e place et Seb, la 6e au Vermont 100 (un des quatre grands 100 miles en Amérique du Nord) puis Florent arrive au 3e rang à la fameuse Canadian Death Race après avoir mené pendant les trois quarts de l’épreuve.

On ne parle de petites courses locales ici, mais de courses de niveau international. Il y a de quoi être fiers !  Et le sport ne fait que commencer ici, alors on peut se laisser aller à rêver à un avenir encore meilleur, surtout avec la multiplication des courses en sentiers ici depuis 2 ou 3 ans.

Mais pourquoi nos représentants sont-ils si forts ?  J’ai une petite théorie là-dessus: l’adaptabilité. Le climat dans le nord-est américain, et particulièrement au Québec, est réputé difficile: très froid en hiver, relativement chaud en été. Et surtout, en tout temps, une présence incontournable: l’humidité. Il fait toujours humide ici, ce qui nous fait ressentir les hivers encore plus froids et les chaleurs d’été, insupportables. Pourtant, nous courons là-dedans à longueur d’année. Disons que par bouts, il faut vraiment vouloir !  Je me dis donc qu’une fois rendus en compétition, quand ça va mal, les coureurs d’ici serrent tout simplement les dents et se répètent: « Je me suis pas tapé tout ça pour abandonner ! ».

C’est juste une théorie, mais je pense qu’elle a tout de même un certain sens, non ?   🙂

À moitié nu… ou presque – Parlant d’adaptabilité, en revenant de l’Abitibi la semaine dernière, il faisait un vrai temps québécois d’été à Montréal: chaud et humide. Pour ma sortie du samedi, j’ai décidé de faire un mini-Joan de moi. Ok, j’avais mes bouteilles, mes souliers full padés, ma casquette. Il ne fallait tout de même pas y aller trop raide… J’ai toutefois laissé le t-shirt à la maison et suis sorti à moitié nu, portant seulement une paire de shorts.

Le sentiment de liberté que j’ai ressenti est difficile à décrire. C’était la première fois que je courais par une telle température et que j’avais les mêmes sensations que par temps frais. La sueur coulait de partout, mais je sentais que mon corps réussissait à réguler sa température sans problème. C’était le jour et la nuit par rapport à d’habitude. Wow !

À un moment donné, j’ai entendu une jeune femme crier un « Woo hou hou ! » admiratif comme je passais près de chez elle. Quand je me suis retourné et que j’ai vu que ça venait d’une fort jolie personne en bikini qui lavait sa voiture, je me suis dit que je devais rêver ou que finalement, le soleil commençait peut-être à attaquer mon cerveau. Un maigrichon dans la quarantaine qui « exhibe » son torse ainsi, voyons donc… Riait-elle de moi ?

Je me suis rendu compte qu’elle s’adressait à sa petite fille qui jouait dans une piscine pour enfants, juste à côté.

Ok, les choses étaient normales et je pouvais continuer à fond la caisse… avec le sourire !  🙂

Ultimate XC 2014: la conclusion (finalement !)

Ça a continué à être rock’n’roll côté professionnel en juillet et c’est Le dernier kilomètre qui en a souffert. Heureusement, la dernière semaine a été plus tranquille et j’ai finalement réussi à terminer mon récit de St-Donat, avec plus d’un mois de retard. Ma douce moitié me dira que si je n’y allais pas autant dans les détails, peut-être que je serais en mesure de produire plus rapidement. Je ne peux pas dire qu’elle a totalement tort.  Mais que voulez-vous, c’est mon petit côté Paul Houde… 🙂

Station Inter-Centre – Station Chemin Wall (km 42.2) – J’entame la descente pas trop technique, puis arrive dans le vif du sujet : la bouette et le labyrinthe à travers lequel on nous fait passer. Non mais, est-ce qu’il y a vraiment un sentier ici ? J’ai l’impression que Dan et ses amis ont placé des petits rubans roses à travers des arbres, au hasard, et que nous devons les suivre car c’est le seul chemin qui a une chance de nous ramener à la civilisation. Une idée me vient à l’esprit : le fameux Barkley, est-ce comme ça ?  Un parcours qui ne semble suivre aucun chemin tracé, dans lequel on a l’impression d’être perdu ?  Puis je me souviens d’un léger détail : au Barkley, le parcours n’est même pas marqué…

Étant maintenant rendu dans un des points les plus bas de la course, je constate une affaire : il fait chaud en ta… Premier ruisseau à traverser, j’en profite pour me répandre l’eau sur le visage, derrière le cou, sur le reste du corps. Un peu plus loin, deuxième ruisseau, je reprends le même manège. Ça me rafraichit un peu, mais pas tant que ça. Arrive la «rivère», j’ai de l’eau jusqu’aux cuisses. Après une brève hésitation, je plonge au complet dedans. Haaaa… Moi qui dis toujours que je pèse 150 livres mouillé, ce serait peut-être le temps de vérifier.  Quelqu’un a une balance ? Quoi, que dites-vous ?  J’ai perdu la raison ?  Ha oui ?  😉

Cette petite baignade impromptue me fait le plus grand bien et je traverse le Vietnam sans trop de problème. Ha, il est évidemment bouetteux à souhait et les marécages sont bien présents, mais tellement loin de ce qu’ils étaient dans mes souvenirs… Par contre, le squelette est toujours là, ce qui me fait sourire encore une fois. On dirait qu’il a passé l’hiver ici parce qu’à voir son niveau de décoloration…

Éric, un concurrent qui terminera tout juste derrière moi, alors qu'il a littéralement les deux pieds dans le Vietnam

Éric, un concurrent qui terminera tout juste derrière moi, alors qu’il a littéralement les deux pieds dans le Vietnam

J’arrive à la 329, que nous devons traverser en empruntant un tunnel qui passe sous la route. J’ai de l’eau jusqu’aux genoux, rien de dramatique, quand l’envie de me soulager me prend. Drette là, comme on dit. Puis me vient une idée. Non, je ne suis pas pour faire ça… J’ai déjà vu un cycliste professionnel le faire, alors pourquoi pas moi ?  Ici, dans le ruisseau, personne ne me verra… Je fais donc ce que j’ai à faire… sans m’arrêter !  Il faut bien qu’il y ait des avantages à être un homme, non !  😉

Quelques heures avant moi, des concurrents du 38 km sortent du tunnel sous la 329

Quelques heures avant moi, des concurrents du 38 km sortent du tunnel sous la 329

La montée vers la station Chemin Wall se fait tout d’abord à même un ruisseau, puis on se retrouve sur la terre ferme… en plein soleil, bien sûr. Mais le plongeon dans la rivière a fait son effet et je suis revigoré, ce qui rend l’ascension plus facile. À l’approche de la station, un bénévole toujours au poste observe notre arrivée avec des jumelles et crie notre numéro pour que les autres préparent nos drop bags. Encore une fois, l’organisation m’impressionne par son efficacité.

Le ruisseau que nous devons "escalader" après avoir traversé la 329

Le ruisseau que nous devons « escalader » après avoir traversé la 329

Depuis un moment déjà, j’ai pris la décision de ne pas changer de souliers. Mes New Balance, malgré leur fâcheuse habitude de se délacer facilement quand ils sont mouillés, font le travail pour le reste. En plus, j’avais regretté mon move en 2013, la bouette ayant refait son chemin jusqu’à mes pieds en moins de 3 minutes. Je change toutefois de camisole et de casquette. J’en suis rendu à essayer de remettre ma veste d’hydratation en place (c’est toujours tortillé, ces machins-là) quand Luc me poke dans les côtes en passant en coup de vent. J’ai l’impression qu’il ne s’est même pas arrêté… Vais-je le revoir ?

2 ou 3 minutes plus tard, je remercie abondamment les bénévoles de la station et reprends ma route. Coup d’œil au chrono : 5h45. Ça m’a pris 15 minutes de moins pour traverser le Vietnam, preuve que les conditions sont pas mal plus faciles. Mais je me pose sérieusement des questions pour les autres: combien d’entre eux seront en mesure de respecter la coupure fixée à 7 heures ici ?

Station Chemin Wall – Station Lac Lemieux (km 46) – En quittant la station, un bénévole me lance : « Ça a l’air que le bout jusqu’à la prochaine station se fait bien ! ». C’est ce que je me souviens également. Une section qui ne fait même pas 4 kilomètres, piece of cake !

Détail que j’avais oublié cependant : ça monte. Pis ça monte. Et ça monte encore. Même si c’est dans le bois, la chaleur se rend très bien à nous et l’effet de ma baignade s’est dissipé. Je commence à reprendre des coureuses du 38 km, coureuses que j’avais déjà dépassées avant la montagne Noire. Mais des gens du 60 km ?  Nada. Voyons, pourtant ça monte, je devrais en reprendre quelques uns, non ?  Et Luc, il est où, bout de viarge ?

Finalement, après ce qui m’a semblé durer des heures, je sens le terrain qui commence à prendre une pente descendante. J’arrive à la station tout juste après deux participantes du 38 km. Et Luc qui n’est nulle part autour… Est-ce qu’il s’est envolé ?

Alors que je regarde sur la table pour me prendre quelques trucs à bouffer, le bénévole, empruntant un ton admiratif, me demande : « Ho, un coureur du 60 km !  Avez-vous besoin de quelque chose ?  Est-ce que je peux vous aider ?»  Je l’ignorais à ce moment, mais pour le reste de la course, nous serons traités comme des V.I.P. Comme le parcours empruntera les mêmes sentiers que ceux utilisés par les épreuves de 22, puis plus loin, de 11 km, les gens assignés à ces stations me sembleront très impressionnés de constater que des êtres humains (pas toujours sains d’esprit, mais bon) puissent parcourir une telle distance sur leurs deux jambes. Mais que diront-ils quand Joan et Tomas passeront et qu’ils verront « 120 km » écrit sur leur dossard ?

Station Lac Lemieux – Station Lac Bouillon (km 49) – Ha, une belle petite section roulante, parfaite pour reprendre du temps !

Encore une fois, ma mémoire me fait défaut. Oui, c’est une section roulante grâce à son sentier large et descendant. Sauf qu’il fait de plus en plus chaud et on est au soleil en tout temps. Ajoutez à ça une cheville gauche qui commence à en avoir ras le pompon de cogner sur le sol à répétition et on a un bonhomme qui trouve les 3 kilomètres un peu longs à son goût. D’ailleurs, depuis le départ, mon GPS m’indique toujours une distance parcourue plus courte que celle indiquée sur les cartes. Mais j’ai l’impression que tout le retard sera comblé lors de ces seuls « 3 » kilomètres.

À un moment donné, la cheville se plaint tellement que je prends la peine de m’arrêter pour tenter de l’étirer un peu. Pas que ça donne vraiment quelque chose, mais bon… Finalement, j’arrive sur le site d’un chantier de construction et je sais que la station est proche.

Sur place, toujours pas le moindre indice de la présence de Luc. Il s’est volatilisé ma parole !  Une dame, probablement à l’affût de demandes en mariage, offre des douches gratuites à même un 18 litres d’eau. Je suis probablement le 50e de la journée à lui faire la grande demande dans les instants qui suivent ma douche improvisée. Au risque de me répéter, ça fait du bien !!!

Je fais un dernier plein de ma veste, prenant bien soin d’y ajouter une donne dose de GU Brew et me lance à l’assaut des 11 derniers kilomètres en jetant un regard inquiet au chrono: avec la côte de l’enfer et la descente qui la suit, il me sera difficile de faire sous les 8 heures.

Station Lac Bouillon – Station Ravary (km 54.5) – J’entame la section tout juste derrière deux autres concurrents du 60 km. Est-ce que je les ai rejoints ou ce sont eux qui m’ont rattrapé ?  Aucune idée ! Le sentier est large et généralement plat. Comme je suis à leur hauteur, j’entends un lancer à l’autre : « Luc, il court comme s’il était parti en mission ! ». Et comment ! Après un petit problème technique qui m’oblige à m’arrêter, je reprends ma course et réussis à reprendre mes compagnons tout juste avant la côte de l’enfer.

Cette côte n’est ni plus ni moins qu’une pente de ski à grimper. Et vous savez quelle est la principale caractéristique des pentes de ski ?  Elles sont presque toujours tracées sur le versant sud de la montagne, question d’être exposées le plus possible au soleil durant les froids d’hiver. Or, qu’on soit en hiver ou en été, le soleil, il est toujours du même côté à cette heure du jour. Alors…

Petit coup d’œil au chrono, question de comparer mon temps d’ascension à celui de l’année passée (je m’attends à être plus lent, mais bon…) et on entame la montée. Tout en haut de la première face de cochon à grimper, d’autres participants, qui me semblent si petits… Jamais je ne serai capable de les rejoindre.

Hé oui ! Progressivement, je gagne du terrain, ce qui m’encourage. Le soleil me ralentit, mais moins que les autres on dirait. Je reprends plusieurs concurrent(e)s des autres courses qui ont chaque fois la gentillesse de me laisser le passage. Je les remercie à tous coups et leur lance quelques mots d’encouragement.

J’arrive à la courte partie plate entre les deux sections ascendantes, fais quelques pas à la course, puis me lance dans la montée de la deuxième face de cochon. Celle-là est vraiment en plein soleil, pas le moindre arbre pour se protéger. À mi-chemin, qui vois-je devant, montant les mains sur les reins ?  Luc !  Il ne s’est pas envolé après tout, il est seulement quelques dizaines de pieds au-dessus de moi. Ai-je des chances de le rejoindre ?  Il semble rendu près du sommet. Mais quand un gars monte les mains sur les reins, c’est qu’il en arrache, alors peut-être que…

La pente commence à s’adoucir comme j’arrive à sa hauteur. Il me dit tout doucement : « Good job ! », compliment que je lui rends sur le champ. J’aimerais bien qu’on termine ensemble, car pour moi, la course en sentiers, c’est ça : la camaraderie, l’entraide et surtout, la satisfaction de voir les autres terminer. La compétition ?  Oui, il y en a toujours un peu, mais par rapport à la route…

J’hésite cependant. Luc est plus rapide que moi sur route (il m’a pris 4 minutes à New York en novembre dernier) et définitivement plus fort dans le technique. Or, il nous reste une longue descente très technique à faire, puis probablement quelques bons trous de bouette. Comme je ne veux pas le retarder, je décide de prendre un peu d’avance en ne m’éternisant pas à la station d’aide du sommet (un ajout cette année, excellente idée !) et en m’élançant presque immédiatement vers la descente. Je prends tout de même le temps de constater que j’ai mis 2 minutes de moins que l’an passé pour grimper la fameuse côte de l’enfer. Hey, pas mal…

La descente se révèle beaucoup moins difficile que dans mes souvenirs. Ceci dit, je passe quand même proche de me perdre mais heureusement, des concurrentes du 38 km m’indiquent le chemin à suivre, me laissant le passage en prime. Un peu plus loin, j’en rattrape une autre et je crois la reconnaître : c’est Audrey, l’organisatrice en chef du Bromont Ultra. J’entame la conversation pendant que nous nous faufilons entre les arbres. Elle est surprise que je la connaisse, vu qu’elle ne me connaît pas du tout (c’est l’histoire de ma vie), alors je me présente un peu. Je lui dis qu’à moins d’une trop grande charge côté travail, je serai de la partie pour son 160 km en octobre. J’espère vraiment pouvoir y être…

Tout en bas de la descente, la station. Le temps d’attraper de quoi manger et de caler un verre de Gatorade, je suis reparti.

Station Ravary – Station 329 (km 56.5) – Deux petits kilomètres avant la dernière station, c’est rien, non ?

Décidemment, je n’apprendrai jamais car encore une fois, grossière erreur ! Je suis sur le point de dépasser une dame lorsque, alors que j’avance à un bon rythme, mon pied bute sur un obstacle. Une roche ? Une racine ?  Aucune espèce d’idée. J’essaie par tous les moyens de récupérer le déséquilibre qui s’ensuit. Je ne sais pas si c’est à cause des multiples mouvements brusques que je tente durant l’opération, mais toutes les crampes qui étaient en embuscade décident de se montrer. En même temps !

Du coup, j’ai l’impression que tout ce qui peut cramper sous ma ceinture (non mes petits coquins, ÇA ne peut pas cramper !) crampe en même temps: quads, ischios, mollets, name it. Je me retrouve évidemment au sol, incapable de bouger. Ma première pensée ?  « Les 8 heures, c’est foutu ! ». Ma deuxième ?  « Comment je vais me relever de là ? ». Pendant que tout ça me passe par la tête, je crie parce que ça fait mal en ta…

La dame que j’allais rejoindre s’arrête et rebrousse chemin pour s’enquérir de mon état. « Are you broke ? » qu’elle me demande. Heu, « broke », ça ne veut pas dire « cassé », dans le sens de « j’ai pas une cenne » ?  Enfin, l’important, c’est de se comprendre. Je veux lui répondre que seulement ma fierté est atteinte (yeah right) et le seul mot qui me vient est « pride ». Je bredouille donc quelque chose autour du mot «pride». Merde, j’ai quand même 55 km dans les jambes, alors les subtilités de la langue de Shakespeare…

Luc arrive sur les entre-faits.

-Man, est-ce que ça va ?

-Je viens de planter et je suis crampé de partout !

-Ha, moi c’est le festival de la crampe depuis tantôt !

Sa remarque me fait rire et me donne un bon coup de pied au derrière. Pensais-tu être le seul à avoir des crampes, du con ?  Il m’aide à me relever, me donne une tape d’encouragement sur l’épaule, puis repart en courant, ma bonne samaritaine à sa suite. Je reprends en y allant d’un petit jogging et finalement, me rends compte que je peux presque courir normalement.

Cette partie étant assez technique, nous sommes contraints à faire toutes sortes d’acrobaties pour la passer. Et à chaque tronc d’arbre, à chaque roche, bref à chaque mouvement qui sort un peu de l’ordinaire, les muscles menacent de cramper. Et ceux de Luc ne font pas que menacer car je l’entends aligner les « Ouch !», « Ayoye !» et « Haaaaa !» à toutes les 10 enjambées. Et moi de rire comme un débile à chaque fois. La pauvre dame coincée entre nous deux doit bien se demander d’où les deux zigotos qui l’escortent peuvent bien sortir. Du 60 km, madame, du 60 km.

 De façon à ne pas prolonger sa torture mentale, je la dépasse quand j’en ai l’occasion, dans un petit élargissement. En passant à son niveau, je lui dis : « Still going, still going… », comme pour lui prouver que j’ai définitivement perdu la raison.

J’arrive à la station 329 comme Luc finit de prendre quelques gorgées à même une canette de Coke. Je ne fais ni une ni deux et cale le restant. Hum, c’est bon après des heures et des heures dans le bois !  Ça me rappelle mon adolescence et les voyages à vélo que je faisais avec mon père. C’était notre récompense de fin de journée : un bon Coke bien froid.

En haut de la petite butte, Luc s’est arrêté. Il me fait un large sourire et me montre le sentier avec un signe de tête : « Allez, on finit ça ensemble ! »

Station 329 – Arrivée (km 60) – Ma mémoire vient encore s’amuser à mes dépens. Alors que je m’attends à un beau sentier large et facile, nous frappons de bons vieux trous de bouette. Luc lui se souvient : « Il reste encore pas mal de beurre de peanuts ». Ouais, je ne pourrais pas mieux décrire la texture de ce que nous devons traverser.

Nous nous échangeons la tête, cherchant la trajectoire idéale, tout en placotant un peu. Nous parlons de New York, de sa copine Anne qui participe elle aussi à cette course. Arrive finalement la « piste cyclable » tant attendue où les distances restantes seront supposément indiquées à tous les 500 mètres. Après presque 8 heures passées dans les sentiers, à monter et descendre des côtes, à contourner des milliers d’obstacles, les deux quadragénaires ont hâte d’arriver.

Un ami de Luc se joint à nous sur une centaine de mètres, le temps de nous apprendre qu’Anne n’est pas très loin derrière (elle terminera une dizaine de minutes après nous, en première position chez les femmes). Nous traversons la route en deux occasions, prenons la pose pour la postérité et finalement, nous entendons un murmure caractéristique : l’arrivée est proche !

Luc, à droite, et moi, à quelques centaines de mètres de l'arrivée

Luc, à droite, et moi, à quelques centaines de mètres de l’arrivée. Beaux bonshommes, avouez !  😉

Oui, je porte encore mes bidules aux genoux... Je suis encore étonné qu'ils aient tenu toute la course !

Oui, je porte encore mes bidules aux genoux… Je suis encore étonné qu’ils aient tenu toute la course !

Pour la première fois de la journée, nous avons des spectateurs. Les félicitations fusent de toutes parts. Une dernière petite descente et le voilà enfin, le parc des Pionniers.

Nous nous présentons dans le couloir réservé aux coureurs. Je cherche l’arche d’arrivée du regard : « Elle où la maudite arrivée ? ». Luc me la pointe, à l’autre bout du parc. Elle me semble encore loin, mais je ne sens plus l’effort. Je souris à mon partner et lui tends la main. On va terminer comme ça, main dans la main, peu importe l’ordre officiel, pour montrer que nous avons tous les deux vaincu ce damné parcours. Encore une fois.

Après l’arrivée – La suite des événements s’embrouille dans ma tête. Luc et moi nous sommes évidemment donnés le gros bear hug de circonstance, tout contents de notre performance, heureux des ces moments passés ensemble. Notre temps ?  8:11:53. En ce qui me concerne, c’est 20 minutes de mieux que l’année passée, sur un parcours 2 kilomètres plus long. Bon, il était dans un bien meilleur état (ce n’était même pas comparable), mais la chaleur a également eu son rôle à jouer. J’ai été surpris d’apprendre que personne n’avait fait sous les 6 heures, Gareth Davies arrivant premier en 6:07:46 et Florent Bouguin le suivant en 6:16:23. Ils ont été les seuls à faire sous les 7 heures…

Luc s’est presque immédiatement lancé dans le lac alors que moi, pour une raison que j’ignore, j’ai niaisé un peu. Comme si une fois la course terminée, l’urgence de me rafraichir avait disparu. Bizarre.

J’ai placoté avec d’autres coureurs, dont Phil avec qui j’avais fait la connaissance le matin et qui était insatisfait de son temps de 7h16… jusqu’à ce qu’il apprenne qu’il avait terminé troisième !  J’ai aussi échangé avec Pierre, qui avait retrouvé son légendaire sourire et qui sirotait tranquillement une Sleeman’s tout en savourant l’ambiance. J’ai vu Pat arriver dans un temps de 8h40 et surtout, je l’ai vu littéralement garrocher au bout de ses bras le sac qu’il avait porté toute la course et qu’il voulait tester en vue de l’UTMB. On dirait bien que ledit sac n’a pas atteint la note de passage et ne sera pas du voyage…

Je dévorais tranquillement le succulent lunch offert par l’organisation en assistant aux diverses cérémonies quand il est passé près de moi quelques minutes plus tard, pieds nus. Quand je lui ai dit mon temps, il m’a sacré un (gentil) coup de pied et m’a lancé : « T’es super fort !  Je ne veux plus jamais t’entendre me dire que tu n’es pas prêt pour un 100 milles !  Tu es plus que près !!! ». Ok Pat, si tu le dis… La dernière fois qu’il a « ordonné » à quelqu’un de faire une course, c’était à Joan pour Virgil Crest. Il avait raison : Joan a terminé celle-là en troisième position…

Parlant du loup, je me tenais un peu à l’écart pour me changer en vue du retour à la maison quand j’ai entendu une clameur. Surpris au début, je me demandais bien de quoi il pouvait s’agir car les premières femmes étaient arrivées depuis un bout. J’ai vite fait le lien : c’était Joan. Je ne sais pas pourquoi, mais j’étais persuadé que c’était lui, et non Tomas qui avait aussi tenté de revenir (et qui a dû s’arrêter en chemin).

Je me suis tout de suite dirigé (en boitant) vers l’aire d’arrivée. Il avait l’air fatigué, vidé, mais tellement fier de lui !   Et je soupçonne qu’il en avait encore sous la pédale… Je ne pouvais pas partir sans le féliciter. Encore une fois, un gros bravo Joan !

La boucle étant bouclée, j’ai pris le chemin de la maison, la tête remplie de souvenirs de cette superbe journée. 12 mois plus tôt, j’étais à peu près certain de ne plus jamais remettre les pieds à St-Donat. Pourtant, je suis revenu. Et je n’ai jamais regretté.