L’infolettre Ultimate XC

Ça fait bizarre d’écrire sur l’Ultimate aujourd’hui, alors qu’il fait -25 degrés à l’extérieur (le nordet se chargeant d’amener la sensation de froid à -40 degrés), mais bon, on vit au Québec,  alors on est habitués, n’est-ce pas ?

Je disais donc mardi que c’est avec une certaine surprise que j’ai pris connaissance de la dernière infolettre de l’Ultimate XC.

Au début, on y parle de certains ajustements apportés soit à l’horaire, soit aux parcours de certaines épreuves, des ajustements qui permettront une meilleure fluidité dans le déroulement des courses. Là-dessus, rien à dire. Toute organisation qui se respecte sait identifier les situations problématiques et apporte les changements en conséquence en vue des années suivantes. C’est ce qu’on appelle l’expérience. L’organisation de l’Ultimate en étant une de qualité, on ne pouvait s’attendre à moins de leur part.

C’est quand on arrive à la troisième page de sa lecture que l’œil est attiré par un détail: l’écriture du message passe du noir au rouge. Houuu, ça doit être important ! Dès la deuxième phrase, on apprend que « le 60 km est réservé pour l’élite de course en sentier ». Ha oui ?  Je fais partie de l’élite de la course en sentier, moi ? Ha bon…

On poursuit: « Le 60 km du Festival Ultimate XC Kmag n’est pas un parcours ordinaire (duh !) […] nous réduisons le nombre de participants à 96 en 2014, dû au degré de difficulté du parcours (et probablement aussi parce qu’un autobus scolaire compte 48 places). Le seul but de ce parcours est de préparer les athlètes québécois aux grandes courses un peu partout à travers le monde. Si votre intérêt est de pouvoir dire que vous avez complété un ultra; vous seriez mieux servi à considérer une autre course ».

Ok, rien que ça ?  Mais ce n’est pas tout. On y apprend plus loin que pour avoir le droit de participer à la future épreuve de 120 km en 2015, il faudra impérativement avoir complété le 60 km en moins de 10h30 en 2014. Et pour faire le 60 km en 2015, il faudra d’abord s’être « qualifié » en faisant le 38 km en 2014. Je suppose qu’on peut aussi faire le 60 km les deux années, même si ce n’est pas spécifié.

Pour compléter le tout: « Dû à la difficulté des parcours, aucune autre course ne pourra servir de qualificatif,  incluant des 100 miles aux USA. »

Pardon ?!?  Je concède que le parcours n’est pas facile. Beaucoup de montées et de descentes, plusieurs parties très techniques, le Vietnam, la bouette, etc. Ça me sidère encore que 3 gars aient réussi à descendre sous les 6 heures là-dedans en juin dernier. Mais ce n’est pas la fin du monde non plus. On s’entend sur une affaire: 60 km, c’est très court pour un ultra. N’importe quel coureur qui a fait un 100 milles ne sera certainement pas intimidé, peu importe la « facilité » du 100 milles auquel il aura pris part.

Pourtant, si je comprends bien, si par miracle quelqu’un comme Scott Jurek, Dean Karnazes, Kilian Jornet ou Timothy Olson désirait s’inscrire pour le 60 km en 2015, il ne pourrait pas le faire parce qu’il n’aurait pas fait le 38 km en 2014, c’est bien ça ? C’est un ti peu exagéré, à mon humble avis.

De toute façon, suis-je le seul à voir une contradiction entre le fait que le 60 km soit une épreuve de préparation pour les grandes courses internationales et le fait qu’on ne puisse pas utiliser lesdits ultras internationaux comme épreuves qualificatives ?

Bref, je m’attends à certaines rectifications dans ce dossier.

Ceci dit, les inscriptions ouvraient hier et c’est avec une certaine surprise que j’ai constaté que la page de confirmation était assez bien remplie merci. Juste pour le 60 km, 24 personnes étaient déjà inscrites, occupant ainsi la moitié du premier autobus. Je n’ai donc pas trop hésité avant d’ajouter mon nom à la liste. Car il faut bien l’avouer, l’Ultimate XC, ce n’est pas une course ordinaire ! 🙂

Les petites vites de fin d’année

De retour après quelques partys des Fêtes qui, mine de rien, occupent pas mal nos journées de congé. Voici ce qui a retenu mon attention au cours des derniers jours.

Le hasard fait drôlement les choses. Les tirages pour déterminer les participants en vue du Western States 100-Mile Endurance Run et du Hardrock Endurance Run se sont déroulés au cours des dernières semaines.

Dans un cas comme dans l’autre, aucun de nos ultrarunners québécois n’a été pigé. À la quantité de gens qui tentent leur chance (particulièrement pour le Western 100, à peu près l’équivalent du Marathon de Boston au niveau prestige pour les ultramarathons), ce n’est pas tellement surprenant. Par contre, j’ai remarqué une chose du côté du Hardrock: les super-vedettes Kilian Jornet et Timothy Olson font partie de 35 « recrues » dont le nom est sorti du chapeau. Quand même tout un hasard, n’est-ce pas ? Il y a serpent sous mousse.

Ultimate XC St-Donat. C’est avec une certaine surprise que j’ai pris connaissance de la dernière infolettre de l’Ultimate XC. J’y reviendrai au cours des prochains jours, elle mérite un billet à elle seule, celle-là !

Le Frozen Ass Mount Royal. J’étais tombé là-dessus par hasard peu de temps avant le congé des Fêtes: une course de 6 heures au Mont Royal. Ça avait lieu le 29 décembre et ça consistait à faire le plus de fois possible la boucle du sommet qui est d’une longueur de 2.25 km.

Ça m’intéressait, c’était le genre de défi qui m’allumait. En plus, comme première course contre le temps, un 6 heures, ce ne serait pas la mer à boire. Je me suis donc procuré des crampons pour la course et suis même allé m’entrainer sur ladite boucle 10 jours avant. Je me suis élancé devant le chalet, comme durant la compétition, et ai fait le tour 7 fois, sans jamais y aller à fond, mais sans jamais me retenir non plus. Mes temps au tour ont été d’une constance assez surprenante: entre 10:31 et 10:47. Dans la neige et les côtes, j’étais assez surpris de pouvoir tenir un si bon rythme. À la fin, je savais par où passer afin d’obtenir la trajectoire optimale, où la pente était la plus abrupte, où le vent était susceptible de souffler. Mon plan de course était prêt.

Sauf que je me suis blessé au sciatique deux jours plus tard dans la cr… de cassonade et malgré le fait que je puisse encore courir, je me suis dit qu’une course de 6 heures, ce n’était peut-être pas une bonne idée.

Toutefois, j’avais déjà demandé à mon amie Maryse de venir me soutenir moralement durant la cinquième heure de course et comme elle était toujours disponible pour une petite sortie sur la montagne, nous y sommes allés quand même ce jour-là. Il était environ 13h30 quand nous nous sommes retrouvés sur la boucle, il restait donc 90 minutes à la course. Il faisait froid, humide et c’était assez venteux. Les concurrents devaient donc vraiment se geler le c…

Sauf que surprise, nous n’en avons presque pas vus. Je m’attendais à ce que la boucle soit envahie par les coureurs, c’était tout le contraire: un véritable désert (ou à peu près). Il y avait une cinquantaine d’inscriptions, mais au total, je ne sais pas si nous avons vu 5 personnes portant un dossard. Parmi elles, j’ai cru reconnaitre Pablo Espinosa, que j’avais vu au Tourne en rond cet été. On dirait bien que les conditions météo ont refroidi les ardeurs de plusieurs et transformé la compétition en course par attrition.

Pandora 24. Une course de 24 heures, en sentiers, au Québec ?  Quand je suis tombé là-dessus hier, je me suis dit que ça ne pouvait pas vraiment marcher… Je me suis mis à lire un peu plus. Parcours de 10 km, 400 mètres de dénivelé positif. Hum,  intéressant. Ça se déroule la fin de semaine des 26-27 juillet, une semaine après le Vermont 100. Bon, je ne pourrais vraiment pas faire les deux…

Je me suis ensuite mis à réfléchir. Pour finir par faire un 100 milles, je devrai aller chercher de l’expérience en course. C’est pour ça que je voulais faire le 100k du Vermont 100 et non le 100M. Sauf qu’une course qui se fait boucle, ça a un petit quelque chose de rassurant. On sait qu’on est toujours à moins de 10 km de nos affaires, que s’il arrive un pépin, on n’est jamais tellement loin. Aussi, pas de souci pour l’équipe de soutien qui n’a pas à se déplacer d’un point du parcours à un autre. On peut même faire un essai sans équipe de soutien. En plus, dans ce genre de compétition, si on arrête avant la fin, on a tout de même un classement, ce qui n’arrive évidemment pas quand il y a une distance précise à parcourir. Tout ça sans compter qu’il serait moins dispendieux d’aller à Prévost qu’au Vermont.

Bref, depuis hier, j’y songe plus que sérieusement.

L’état du légèrement blessé. Comme j’en ai parlé la semaine dernière (et un peu plus haut), une sortie dans la cassonade hivernale m’avait laissé avec un muscle fessier qui s’amusait à compresser mon sciatique. Je m’étais promis de ne pas courir tant que je sentirais quelque chose. J’ai tenu ma promesse trois jours. Le 25, je suis parti « tout nu » (sans mon GPS) pour une sortie complètement au feeling. Au début, le mal s’est intensifié, pour ensuite se tenir à carreau. J’ai ensuite souffert le martyr en faisant mes étirements d’après-course, mais ça m’avait fait tellement de bien de courir à nouveau…

Le 27, j’avais un rendez-vous en ostéo en après-midi, alors pourquoi ne pas recréer le mal le matin, question d’avoir vraiment quelque chose à guérir ?  Ce que je fis. Après quelques kilomètres dans la neige molle, je croyais bien devoir couper court. Puis, une fois sur une surface acceptable, tout s’est (presque) replacé.

Heureusement car mon ostéo a « callé malade » comme on dit: gastro (en tout cas, ça ressemblait à ça comme symptômes). Et j’ai remarqué dans les heures suivantes que mon mal semblait s’estomper tranquillement. Hum… Donc après ma petite sortie au Mont Royal avec mon amie, je me suis dit qu’hier, je ferais un vrai test: un 34 km dans les rues, au froid, au grand vent.

Test réussi: 4:40/km sans me presser, parfois sur la glace, souvent dans le vent. Aujourd’hui, je ne vais pas plus mal, alors pas de raison d’arrêter. J’ai quand même un 50k à préparer, moi… 🙂

Une année en dents de scie

Les rétrospectives, c’est une tradition à ce temps-ci de l’année. Je l’ai fait l’an passé, alors pourquoi ne pas remettre ça cette année ?  Pour moi, l’année 2013 a été synonyme de hauts de de bas, mais à la fin, une chose demeure: la course à pied est une véritable passion que je désire continuer à partager avec vous, fidèles lecteurs.

Voici donc l’année résumée en quelques thèmes.

La consécration. Hopkinton, le 15 avril, 9h55. J’étais dans mon couloir, attendant le départ du Marathon de Boston. Le plus ancien et le plus prestigieux marathon de la planète. Après des années de travail acharné, j’y étais enfin. À ce moment, j’ai éprouvé un très grand sentiment de fierté, probablement ce qu’un athlète de haut niveau peut vivre quand il se retrouve à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques. C’était à la fois simple et magique, je vais m’en rappeler le restant de mes jours.

Mauvaise évaluation. J’ai carrément sous-estimé la difficulté du parcours. Je me disais que je suis un ultrarunner, que les côtes de moumounes comme sur le parcours nous amenant à Boston, ça ne pouvait jamais être si difficile que ça… J’en ai payé le prix. Dans les dernières encablures de la Heartbreak Hill, j’ai crampé. Les 8 derniers kilomètres ont été infernaux.

L’horreur. J’étais arrivé depuis un bon bout de temps. Nous avions quitté les lieux et étions probablement en train de débarquer du métro quand les bombes placées près de l’arrivée ont explosé. Mais l’horreur des événements nous a tous touchés. À l’hôtel, les gens étaient en état de choc, personne ne parlait plus de rien d’autre. La question sur toutes les lèvres: pourquoi ?

La résilience. Celle des coureurs qui retourneront car ils refusent de se laisser intimider. Je fais partie de ceux-là. Celle de la merveilleuse ville de Boston qui a décidé elle aussi de se tenir debout devant l’adversité et de faire un pied-de-nez à ceux qui voudraient lui faire peur. Je ne suis pas un amateur de hockey, mais ce qui s’est passé deux jours plus tard avant le match des Bruins m’a donné les frissons.

La vague. Celle d’amour qui a déferlé de partout. Nos amis, notre parenté, nos collègues. Des personnes avec qui nous n’avions pas eu de contact depuis des années se sont inquiétées pour nous et nous ont demandé, nous ont ordonné même de leur confirmer que nous allions bien. Rien ne m’a jamais fait autant chaud au cœur. Merci à tous, encore une fois !

La bouette. St-Donat, le 29 juin. Le printemps avait été pluvieux, il venait de tomber une trentaine de millimètres de pluie. Devant nous, 58 kilomètres de sentiers. Un parcours déjà considéré comme difficile à la base avait été transformé en véritable soue à cochons. De l’eau jusqu’aux épaules dans la rivière, une traversée interminable du « Vietnam », des descentes impossibles à négocier. À maintes reprises, je me suis promis que « plus jamais ». Et pourtant, j’ai eu du plaisir et serai fort probablement de retour. Faut croire que je suis maso. Ce vidéo de Michel Caron qui a terminé une vingtaine de minutes avant moi est une véritable pièce d’anthologie.

LA blessure. Elle s’est manifestée au lendemain de la tragédie à Lac-Mégantic (question de me donner un peu de perspective). Une semaine plus tard, j’étais sur la liste des blessés. Ça a duré des semaines. Des semaines d’enfer au cours desquelles j’ai dû annuler ma participation à deux courses que je voulais vraiment faire cette année: le 65k du XC Harricana et le Vermont 50.

L’ostéo. Son prénom: Marie-Ève. Sa discipline: l’ostéopathie. Je ne connaissais pas ça, mais on m’avait fait plusieurs suggestions en ce sens, alors je me suis dit que j’essaierais. Elle a sauvé ma fin de saison, un point c’est tout. Sans elle, je ne serais pas allé à New York. Chaque sou que j’ai investi dans ses traitements a été un sou bien investi. Elle me chargerait le double du prix que j’y retournerais sans hésiter.

Lake Placid. Coup de cœur ou coup de foudre ?  Le beau temps a certainement aidé, mais nous sommes tombés sous le charme de cette petite ville du nord de l’état de New York. Là-bas, le sport et le plein-air sont rois. Des montagnes, des sentiers de randonnée, des routes dans un état impeccable… Nous nous promettons évidemment d’y retourner prochainement. Très prochainement.

Le plus bel entrainement. XC Harricana, le 7 septembre. Mon genou m’ayant empêché de m’entrainer convenablement, j’ai troqué le 65k pour le 28k avec dans l’idée de le faire comme un entrainement. Un vrai entrainement là, pas le moment de me tuer à l’ouvrage. Ça a été ma sortie la plus plaisante depuis le Vermont 50 2012. J’ai eu un plaisir inégalé dans la montée du mont Grand-Fonds, les sentiers de quads, la montée de la montagne Noire et tout le reste. Une course à l’organisation impeccable, des sentiers très bien marqués, une super belle expérience avec à la clé, une 15e place complètement inattendue. À répéter un jour, c’est certain.

La bonne décision. À la fin septembre, lors d’un entrainement, ma tendinite au genou est revenue. Je me suis tout de suite arrêté et dans la journée, ai contacté mon ostéo qui a réussi à me traiter dès le lendemain. Quatre jours plus tard, je reprenais l’entrainement. Nous coureurs avons l’habitude d’ignorer les signes que nous envoie notre corps jusqu’à ce que ça devienne insupportable. Ce jour-là, j’ai pris une bonne décision et ça a payé. Je devrais faire ça plus souvent…

Le plaisir entre amis. Mont Orford, le 19 octobre. Des conditions parfaites, une course que je faisais avec des amis dans un endroit superbe. Et beaucoup, beaucoup de plaisir. J’adore accompagner des amis dans une course, même si parfois je me sens un peu inutile. Pour 2014, j’ai déjà deux « accompagnements » de prévus. Et j’ai hâte.

La Grosse Pomme. New York. Ça faisait des années que j’y rêvais. Pas pour les mêmes raisons que Boston où il faut se qualifier. Ha, on peut aussi se qualifier pour New York, mais les standards sont vraiment trop stricts pour moi. J’ai donc dû passer par la loterie et attendre 3 ans avant de pouvoir faire partie du contingent de coureurs qui s’élanceraient du Verrezano-Narrows Bridge en direction de Central Park.

Des spectateurs par centaines de milliers tout au long du parcours, une organisation extraordinaire à la hauteur de cette ville qui n’a pas d’égale à travers le monde. Une expérience unique que je recommande fortement à tout le monde qui en a la chance.

À la fin, un deuxième meilleur temps à vie sur un parcours difficile et la tête remplie de souvenirs.

Pour 2014. Beaucoup de belles courses en vue. Un premier 100 km, peut-être un premier 100 milles. Va définitivement falloir que les genoux et le sciatique se tiennent à carreau !  🙂

Sur ce, un très joyeux Noël à tous ! 🙂

XC Harricana: suite et fin

Ce soir, conclusion du « dossier » XC Harricana.

Je n’avais pas encore parlé du 65 km, épreuve à laquelle j’aurais tant aimé participé. Finalement, ça a pris beaucoup plus de temps que prévu avant que les premiers arrivent: presque 6 heures !  En fait, quand le gagnant, Florent Bouguin, s’est présenté, nos amis JF et Seb étaient arrivés depuis un petit bout, mais n’avaient pas encore tout à fait repris leurs esprits. Je ne connais pas Florent Bouguin, mais lorsque je l’ai vu, j’ai tout de suite trouvé qu’il avait le look coureur des bois, un peu à la Timothy Olson ou Anton Krupicka, avec la barbe et les cheveux longs. Tout un athlète, en tout cas !

Il a été suivi de peu par Éric Turgeon, que j’ai immédiatement reconnu: c’était celui que j’avais surnommé « le petit crinqué » à St-Donat. Le contraste avec le vainqueur était saisissant: look clean cut avec les cheveux courts et la barbe de 2-3 jours, il est apparu vêtu de seulement une paire de shorts et de ses souliers, son torse parfaitement musclé (vous savez du genre juste assez musclé…) bien en évidence. Un petit peu show off, le monsieur ?  Disons que pour un ultrarunner, il a des tendances plus Dean Karnazes que Scott Jurek… C’était comique de voir les quatre filles admirer le tout, particulièrement Julie et Marie-Claude qui se rinçaient l’oeil alors que leurs chums peinaient à revenir dans le monde des vivants !

Finalement, Sébastien Roulier a terminé en quatrième position. Comme c’est son habitude, il était tout sourire quand on s’est parlés par après. Ce gars-là est tellement gentil, je crois que si j’avais des enfants, je ferais le voyage à Sherbrooke spécialement pour que ce soit lui qui s’occupe de leurs divers bobos !  Il m’a raconté bien candidement qu’il menait au début, mais quand c’est devenu plus technique, il s’est fait reprendre par 5-6 gars. Tiens tiens, ça me rappelle quelqu’un… Serais-je un « mini Sébastien Roulier »  ?  😉  Nous avons également parlé de Boston pour lequel je vais avoir besoin de ses conseils (il y a participé 7 fois) pour savoir comment gérer le foutu parcours. En 2014, comme il aura 40 ans, il sera dans la catégorie des « Masters », alors il a hâte de voir s’il aura des accès privilégiés. Moi, je pense que je vais laisser faire…

Par après, Barbara et moi avons mangé avec un couple de Laval et la dame, sachant que j’avais fait le 28 km « en consolation » du 65 km, s’est mise à me poser un paquet de questions. Elle court des 10 km depuis longtemps et commence à se trouver trop « confortable » là-dedans. Elle voudrait sortir de cette zone de confort et se demandait comment j’avais fait, comment elle pouvait se motiver à passer au 28 km l’an prochain.

Mettons que j’étais un petit peu embêté. J’ai commencé sur la route. Après un 10k à l’automne, j’ai fait un demi au printemps, puis, voyant que j’étais capable de le faire, j’ai couru un marathon à l’automne suivant. Ensuite, après quelques marathons, je me suis intéressé à la course en sentiers et par le fait même, aux ultras. Je n’ai jamais eu à sortir d’une telle zone, alors je ne savais pas trop quoi lui dire.

Je lui ai suggéré de faire un demi sur route, pour voir. Elle avait déjà essayé et n’avait pas aimé. Elle, c’est les sentiers. Ok, à ce moment-là, tout ce que j’ai pu trouver à lui dire, c’était de ne pas se donner le choix: s’inscrire le plus rapidement possible à une épreuve plus longue. Le 22 km à St-Donat, par exemple. Pour moi, il n’y a pas meilleure motivation que d’avoir un objectif et de s’obliger à faire ce qu’il faut pour l’atteindre. À part ça…

En terminant, petit mot sur l’organisation et la course en général. Mis à part un repas très ordinaire, je n’ai que de bons mots. Le site est d’une beauté exceptionnelle et facilement accessible. Les sentiers étaient dans un très bon état, le parcours, bien marqué et les pancartes kilométriques, c’est un gros plus. C’était ma troisième course en sentiers et c’est celle que j’ai trouvée la mieux organisée. Pourtant, les deux autres (Vermont 50 et St-Donat) existent depuis plus longtemps. Mais bon, je n’ai pas fait la grande distance, peut-être que je serais d’un autre avis si je l’avais fait.

Vendredi dernier, j’ai assisté à une conférence sur les ultramarathons en sentiers et Sébastien Côté, le directeur de course du Harricana, était présent. Il a posé des questions reliées aux problèmes d’hydratation qui démontraient un réel souci pour la santé et de la sécurité des coureurs. C’est clair qu’il veut améliorer son événement, encore et encore. Je crois que la course est entre bonnes mains.

Le XC Harricana fera partie de mon calendrier de course l’an prochain. Parfaitement situé dans le temps (3 semaines avant le Vermont 50, 4 semaines avant Oil Creek) , je me promets bien de ne pas manquer le 65 km deux années de suite !  Je verrai alors si c’est vraiment la course la plus difficile du Québec, tel que proclamé dans cet article paru dans La Presse quelques jours avant l’événement.

Le 28 km XC Harricana: de la montagne Noire à l’arrivée

Ha, une montée ! 🙂  Le sentier est étroit, du style single track et la forêt, très dense. Assez loin devant moi, deux gars. Ok, on va voir si on peut les suivre.

Au début, j’avance au même rythme qu’eux, mais la montée est longue, alors je sens qu’ils fatiguent. Ce que ça peut être pratique, un frame de chat !  🙂  Je reprends le premier, un costaud dans les 180 livres. Il souffle fort et me fait signe de passer, un peu avec dépit. Je l’encourage en lui disant qu’il va me shifter dans la descente. J’enligne l’autre, une centaine de pieds devant. Rapidement, je gagne du terrain et le rejoins. Sa cloche à ours fait un tout petit bruit, elle semble aussi fatiguée que lui. Il doit être le seul à en avoir une, d’ailleurs. Autre mot d’encouragement, puis je le laisse lui aussi derrière. La montée est suffisamment longue pour que je ne les aperçoive plus une fois rendu dans la partie roulante… qui ne dure pas.

Deuxième section de montée de la montagne Noire. Dans ma ligne de mire, une autre cible. Je rejoins le gars et on fait un bout ensemble. Il me demande si ça achève, la montée, mais je n’en ai aucune idée. Il a la carte, j’y jette un oeil: ce n’est pas clair. Je lui dis de s’imaginer ce que ce serait si on avait à faire ça dans le cadre du 65 km (nous sommes depuis un bout sur le même parcours), que j’étais supposé le faire, mais comme je me remets d’une blessure… Il me répond que je suis chanceux de m’être blessé parce que le 65k, c’est une « ostie de paire de manches ». Je lui parle alors du Vermont 50, que ça m’avait pris 8h42 et on dirait que ça l’achève car je ne le reverrai plus.

Pas loin du sommet, je rejoins un autre gars, qui a un look latino.. On fait un bout dans le lichens en se suivant. Il me lance un « Hello ! » comme j’arrive à sa hauteur au moment d’embarquer sur un chemin de terre, ce à quoi je réponds: « Ça va faire du bien, un boutte en chemin d’terre, hein ? ». Après 2 ou 3 secondes, j’analyse qu’il n’a probablement rien pigé de mon accent québécois. Bah, tant pis. Je le laisse avant la descente pour arriver bien avant lui au dernier ravito, kilomètre 20. Je réclame aussitôt de la bière, mais je dois me contenter de bananes. 2-3 verres d’eau et c’est reparti. 8 petits kilomètres à faire, piece of cake !  🙂

Cette section commence par du très technique, mais elle devient relativement roulante. Comme je suis maintenant totalement seul, je résiste très bien à la tentation de courir les montées et prends ça relaxe. C’est un entrainement, je ne dois pas l’oublier. Pas le temps de me blesser. Mais les descentes, c’est vraiment frustrant. Non seulement ça va moins vite en descendant, mais je perds mon momentum quand vient le temps de monter par après. Maudite blessure de mes deux !

Je sors du bois et que vois-je ?  Le mont Grand-Fonds et une tabarn… de descente. En terre, avec de grosses roches un peu partout. Et ça descend en face de cochon. Merdeux !  Bon ben, pas le choix… Commence alors un long slalom, un enchainement infini de petits pas pour un, ménager mon genou et deux, ne pas me casser la marboulette. Je m’attends à me faire rattraper par 5-6 gars tellement j’ai l’impression d’y aller lentement. Mais non, je suis toujours seul. Et que dire des gazelles du 65 km ?  Ils sont partis deux heures avant nous et l’organisation s’attend à ce que le gagnant fasse 4h30 (ce qui me semble un tantinet rapide), alors…

Deux kilomètres interminables à descendre. L’enfer. C’est là que je me rassure sur ma décision de faire le 28 km ici et d’annuler ma présence au Vermont 50: c’était la chose à faire. Mon genou n’aurait pas duré de telles distances sur de tels terrains. Quoi que le 50 km du VT50, dans trois semaines…

Après une éternité, j’arrive en bas. Pas facile de reprendre un semblant de rythme après ça. Ok, 4 petits kilomètres. Coup d’oeil au chrono: définitivement que je vais faire sous les 3 heures. Mais tant qu’à faire, j’aimerais bien faire mieux que 6:00/km, donc 2h48. Sauf que je ne sais pas ce qui m’attend…

C’est un sentier de ski de fond qui m’attend. Vallonné, bien roulant… à part quand il y a des trous de bouette. Et il y en a plusieurs. Certains sont couverts de branches de sapin, mais d’autres, non. Mon soulier reste même pris à un endroit, me rappelant de merveilleux souvenirs de St-Donat. Welcome to the swamp !  Ha hiiiiiii !!!

Comme je niaise un peu, le latino me rejoint. Je le félicite (en anglais cette fois) pour sa cadence et tout sourire, il m’offre de terminer ensemble. Toutefois, le manque d’entrainement commence à se faire sentir. J’ai beau ne pas avoir trop poussé, je suis un peu juste. Quand nous arrivons sur le chemin de terre à 2 kilomètres de la fin, je lui dis d’y aller, de ne pas m’attendre. On se reverra à l’arrivée. Je demeure derrière lui, assez près, mais quand arrive le dernier kilomètre je décroche.

Car le dernier kilomètre, c’est une longue montée, juste assez abrupte pour ne pas être un faux-plat. Mais pas moyen de la marcher, il faut la courir. Bande de sadiques ! C’est dans cette montée que je double un gars qui m’avait shifté dans la partie technique (lalalère !). Voilà, nous longeons maintenant le stationnement du centre de ski. Quelques spectateurs nous encouragent. Je cherche Barbara du regard, mais ne la trouve pas. Puis j’entends Maryse crier mon nom. Elle accourt à ma rencontre, me donne un high-five et me dit qu’elle va me rejoindre à l’arrivée (je dois faire un détour, pas elle).

Petit plat bienvenu, puis dernière montée, encore un coup de fierté pour la faire en courant. Il y a des spectateurs, quand même… Je cherche Barbara, ne la trouve toujours pas. Elle est où ? Je traverse la ligne en arrêtant mon chrono, entends l’animateur annoncer mon nom: good, ma puce a fonctionné. Mon temps: 2:44:51. 15 minutes de moins que ce que j’avais prévu, cadence de 5:50/km. Je ne peux pas demander mieux.

En sortant du petit couloir qui nous est attitré, deux personnes m’attendent: Maryse et mon ami latino. Et les deux me tendent les bras. Heu… C’est que Maryse est beaucoup plus jolie, genre… Je décide de me « débarrasser » du mon partner en premier. Il est tout content, me félicite et me remercie. C’est vrai qu’on a fait une foutue belle course !  Puis c’est l’accolade avec Maryse, ma chère amie, qui est tout sourire. Sa course semble s’être bien déroulée et comme à chaque fois à une arrivée, on se félicite chaleureusement. Arrivent Marie-Claude et Julie avec qui j’échange des high fives. Elles aussi semblent de fort belle humeur.

Où est donc Barbara, mon amour ?  La pauvre, comme je lui avais dit que je m’attendais à faire « au moins 3 heures », il fallait qu’elle choisisse ce moment-là pour s’éclipser aux toilettes, pensant qu’elle avait une marge avant mon arrivée. Tu parles d’un timing… Il semblerait que Charlotte me sentait arriver car elle ne voulait rien savoir d’entrer dans le Johnny on the spot. L’instinct animal… Mais ce n’est pas tellement grave. J’embrasse ma chère épouse, celle qui me soutient dans cette activité un peu folle qu’est la course. Si ma blessure a été pénible pour elle, jamais elle ne me l’a fait sentir. Merci pour tout, mon amour.

Bon, le problème avec les courses en sentiers, c’est qu’on n’a aucune idée de ce qui se passe avec les autres concurrents. L’organisation nous tient au courant pour les trois premiers du 65 km (Seb Roulier menait au ravito du 8e kilomètre, mais après ça, son nom n’est plus cité, au point où je me demande s’il ne lui est pas arrivé quelque chose), mais pour les autres… Donc, aucune nouvelle de Seb et JF. Je m’attends à ce qu’ils arrivent 30, peut-être 45 minutes après moi. Mais en sentiers, c’est très difficile à évaluer. En tout cas, j’ai le temps de me changer, ça j’en suis certain. Et je vais le faire parce qu’il ne fait pas chaud pour la pompe à eau !

Une fois changé, nous nous dirigeons tous vers la fin de la « montée du stationnement », derrière le chalet et commençons à attendre. J’en profite pour faire mes étirements. Charlotte étant très entreprenante, il devient facile d’entamer la conversation avec une  fille qui attend elle aussi, juste à côté. Une jeune femme, fin vingtaine, qui attend son chum. Elle est un peu nerveuse car il était premier du 65 km aux dernières nouvelles. Ha oui ?  Son nom ?  « Éric Turgeon ». Connait pas. Il semblerait qu’il était à St-Donat, qu’il menait pendant un long bout de temps avant de tout simplement « casser ». Bien hâte de voir c’est qui, je l’ai certainement aperçu. Quoi que les premiers et moi…

Le temps passe et l’inquiétude monte. 3h15. 3h30. Toujours rien. Finalement, un t-shirt orangé monté sur un colosse semble se pointer à l’horizon. C’est JF.  La blonde du super-coureur-que-je-ne-connais-pas n’en revient pas qu’un gars avec une telle carrure puisse se taper 28 km en montagnes. Impressionnant, en effet.

Toutefois, sa foulée est pénible. Et tout juste derrière lui, nous reconnaissons Seb, tout de gris vêtu. Lui aussi semble en arracher. L’un comme l’autre ne regarde même pas dans notre direction quand les filles crient leurs encouragements. Ils ont l’air grave, ils souffrent. J’avoue ne pas aimer du tout ce que je vois. J’ai déjà souffert en fin de course, souvent. Mais à chaque fois j’étais heureux de voir les miens, de leur faire un sourire. Ça ne semble pas être le cas ici.

Nous nous précipitons vers l’arrivée. Nos deux comparses arrivent. Ils sont vidés, plus rien. Julie essaie d’aller voir JF, mais celui-ci s’éloigne. Marie-Claude tente de parler à Seb, il la repousse. Puis il se penche et commence à émettre de drôles de bruits. Nausées, vomissements ? Merde, ça va mal. Il a les yeux remplis d’eau. Marie-Claude dans tous ses états, peine à retenir ses larmes. Je lui suggère fortement de le garder à l’oeil car je ne suis vraiment pas rassuré par ce que je vois. Je sais, pas tellement rassurant, le gars d’expérience qui a le regard inquiet…

JF s’assoit sur un pare-choc de camion. Ok, il va s’en tirer. Peu à peu, Seb semble reprendre ses esprits. Ouf !  Quand il finit par pouvoir parler, il me lance: « Un sac de Camelbak, man, c’est ça que ça prend ! ». De quessé ?

Il s’avère que le sac de sa veste Alpha d’UltraSpire (la même que la mienne, sauf qu’il a le format pour homme, pas celui pour petit garçon comme moi) a percé dès le début de la course. Et bien évidemment, le trou était dans le bas du sac, question que les deux litres qu’il contenait se déversent gentiment dans le dos de son propriétaire. À chaque station d’aide, Seb a demandé du duct tape, mais personne n’en avait. Il a donc fait la course en ne buvant qu’aux stations. Certains sont capables de le faire (hein Joan ?  ;-)), d’autres, comme moi,  non.

Mais tu parles d’une malchance !  J’ai parcouru des centaines de kilomètres avec cette veste et jamais je n’ai eu de problème semblable. Dans sons cas, je crois qu’il en était seulement à sa deuxième utilisation. Il soupçonne que le coin de sa couverture de survie ait frotté sur le sac, finissant par le percer. Mais bon, j’en prends bonne note: pour le prochain ultra, j’aurai un autre sac soit dans mon drop bag, soit amené par ma super-équipe de support. On peut toujours apprendre des autres…

Mes impressions sur la course et d’autres petites anecdotes suivront bientôt.

Un super bel entraînement

Comme je suis sur mon iPad, je vais y aller au plus court. Des détails suivront sous peu.

J’ai eu un super bel entraînement aujourd’hui au XC Harricana. 28 km dans les côtes et les sentiers de Charlevoix, ma plus longue sortie depuis ma blessure. Des beaux sentiers, bien entretenus et pas trop techniques pour pépère Fred qui a toujours un peu de difficulté quand ça se corse à ce niveau.

Résultat officieux: 2:44:51, bon pour la 15e place à ce qu’il paraît. J’attends avec impatience que SportStats sorte les résultats officiels. Mes genoux ont bien tenu le coup, malgré quelques descentes pas piquées des vers. Je ne regrette toutefois pas d’avoir annulé ma participation au 65 km et au VT50: ils n’auraient tout simplement pas « toughé la run », comme on dit. Et moi non plus ! 🙂

Mon amie Maryse, qui faisait le 10 km avec deux amies, semble avoir adoré l’expérience . Après St-Donat, mettons que la barre n’était pas tellement haute !  Son collègue Seb ainsi qu’un ami de celui-ci nous ont toutefois fait une belle frousse à l’arrivée du 28 km. Ils avaient l’air complètement vidés, pire que moi après mon fameux Montréal 2008… Mais ils sont jeunes et ont retrouvé le sourire rapidement !

On se reconnecte plus tard.

Ultimate XC St-Donat: le Vietnam… et le reste

Hum, ça fait 5 heures que j’avance ?  Donc, mon amie Maryse doit être à la veille de prendre le départ. J’espère que ça ira bien pour elle qui en est à sa première expérience en trail. Dans son cas, je crains surtout la fameuse côte du centre de ski, car à ce que j’ai compris en jasant avec Seb Roulier hier, les sentiers des 11 derniers kilomètres sont relativement faciles (ce que je peux comprendre mal, des fois…). Allez Maryse, on s’envoie des ondes positives, on est ensemble, comme à Ottawa l’an passé !  🙂

En quittant la station, une descente nous attend. Boueuse ?  Bien sûr !  En chemin, on doit traverser des petits ruisseaux. Probablement qu’en temps normal, on peut les franchir en sautant légèrement par dessus, mais bon, on n’est pas en temps normal, alors je dois les traverser avec de l’eau jusqu’aux chevilles. Certains ont même de forts courants… En traversant ce que j’appellerais une rivière, une pancarte: « Bienvenue au Vietnam ». Ha, le voici, le fameux Vietnam. Voyons voir s’il est si pire que ça.

Un trou de boue me semble plus profond que les autres. Hum… pas moyen de le contourner, va falloir passer au travers. Je m’attends à caler jusqu’aux mollets. Erreur:  c’est jusqu’à la taille que je m’enfonce !  Ayoye !  Définitivement que ça n’avancera pas tellement vite au cours des prochaines minutes.

Je progresse donc, du mieux que je peux, dans la soue à cochons. Je continue à boire, le plus souvent possible. Jusqu’à ce que je constate que je commence à siphonner du vide. Plus de GU Brew, merde !  Erreur de débutant: j’ai carrément oublié de vérifier mon niveau de liquide à la dernière station. Mais comme je n’avais fait qu’une douzaine de kilomètres depuis le dernier remplissage, je ne m’en souciais pas vraiment. Sauf qu’à force de boire…

Moment de panique, puis je me calme. J’ai beaucoup bu au cours des deux dernières heures et cette section, bien que laborieuse, n’est longue que de 4 km. En plus, j’ai tout de même calé plusieurs verres à la dernière station, alors je devrais m’en remettre.

Comme j’arrive à la « vraie » rivière, un gars me rejoint (ça ne descendait pas tant que ça, mais c’était technique, alors…). Ho que ça a l’air profond !  Je laisse aller mon pied gauche et touche à… rien !  C’est tellement creux que ma jambe droite plie complètement, sauf que mon pied demeure coincé à une racine. Pas d’appui en bas, coincé en haut sur la rive. Et pour combler le tout, une merveilleuse crampe dans la cuisse et le mollet droits !

L’autre m’offre de l’aide, mais je réussis à me sortir de cette fâcheuse position seul pour me retrouver avec de l’eau jusqu’à la poitrine. La rivière n’est pas large, heureusement !  J’avance à tâtons, cherchant à poser les pieds sur les branches qui jonchent le fond, question de ne pas plonger plus creux, et finis par arriver de l’autre côté. Au bout du compte, ça nettoie son homme et l’eau n’était pas si froide, juste assez pour faire du bien.

Je me masse un peu, question de passer les crampes et laisse aller mon poursuivant. Le Vietnam n’est évidemment pas terminé. On doit maintenant traverser des marais, avec de l’eau passant de la mi-cuisse au nombril, dépendant où on réussit à poser les pieds. L’équilibre est toujours précaire, alors j’essaie de me retenir avec les petits arbres qui longent le « parcours ». Sauf que certains sont déracinés et ne tiennent plus…  J’ai presque l’équivalent d’un marathon dans les jambes et je dois me taper ça.  J’ai vraiment payé pour être ici, moi ?  😉

Mais que vois-je ?  Je ne peux m’empêcher de rire: l’organisation a installé un squelette en plastique portant le t-shirt de l’événement en plein milieu du marais !  Avouez qu’elle est vraiment bonne !

Je finis par sortir de l’eau, mais les petits rubans roses sont toujours installés au-dessus de cette dernière. Shit, devrait-on « théoriquement » toujours avancer dans l’eau ?  Heille, laissez faire !  J’avance donc, dans le semblant de sentier qui longe le ruisseau, en surveillant encore et toujours les rubans roses. Finalement, j’arrive à la traversée de la route 329. Marcher dans deux pieds d’eau qu’ils disaient… Je suis très heureux d’apprendre que mes jambes ne font que deux pieds de long !  Parce que l’eau, elle est jusqu’à ma taille. Et le courant, il est assez fort merci.

Je finis par enfin sortir de l’eau pour emprunter la montée boueuse (duh !!!) qui m’amènera à la station Chemin Wall (km 40.2). Dans la montée, un bénévole avec des jumelles nous regarde arriver et crie les numéros aux autres postés à la station, un peu plus haut. Quand j’arrive sur place, mon drop bag m’attend, devant une chaise. Wow, ça c’est du service !

La bénévole est très, très dévouée. Elle m’offre de m’amener de l’eau pour me rincer les pieds, mais j’hésite: je ne sais pas si je vais changer mes souliers. Ceux que je porte sont complètement détrempés et remplis de boue, d’accord, mais est-ce que ça vaut vraiment la peine si on retrouve autant de boue par après ?  Elle me répond que tous les coureurs qui ont changé leurs souliers ont dit que c’était un pur bonheur. Bon, ok, j’accepte son offre. J’enlève mes souliers et mes bas. Ce que je découvre n’est pas tellement joli. D’accord, mes pieds ne sont pas tellement beaux d’avance, mais le 4e orteil du pied droit est complètement rouge. J’appuie dessus: ouch !  C’est dur et douloureux cette affaire-là !  On dirait qu’il y a une grosse ampoule à l’intérieur, je n’ai jamais vu ça. Bah, tant pis, si ça tient jusqu’à l’arrivée, on verra bien par après.

Tant qu’à faire, aussi bien tout changer: bas (évidemment !), t-shirt, casquette. Ok, je vais garder mes shorts, quand même… Je jette un oeil à la fille à côté de moi et lui demande: « On ne s’est pas vus, tantôt ? ».  Non non, je ne la cruise pas (de toute façon avec l’air que j’ai…). Ben oui, nono, elle fait le 38 km, alors elle a pris un raccourci, ça fait qu’on se retrouve.

Retour à la bénévole, qui m’offre d’aller à nouveau chercher de l’eau pour me rincer les pieds si j’en ai encore besoin, me demande si je désire autre chose. C’est fou à quel point ces gens-là sont serviables. Avez-vous un psychiatre de disponible ?  C’est que je commence à me questionner sur mon état mental… Je la remercie et lui glisse que plusieurs personnes risquent de manquer le cutoff . Ça fait maintenant 6 heures que je suis parti (ouais, presque une heure pour faire 4 km !), il ne reste donc qu’une heure avant la coupure qui se fait ici. Je sais que je suis loin d’être le dernier et demande des nouvelles des premiers, question de me jauger. Selon eux, les tops sont passés il y a seulement une heure et je serais autour de la 15e position.

15e, ha oui ?  De quoi me donner un petit boost. Finalement, le top 10%, c’est peut-être possible, surtout si ça devient plus roulant… Je mange et bois un peu, n’oublie pas de remplir mon réservoir (encore une fois des problèmes avec la petite poudre !) et entame la partie à-peu-près-post-marathon de la course, me sentant presque propre comme un sou neuf.

Ça ne me prend vraiment pas beaucoup de temps avant de me rendre compte que changer mes souliers a été une erreur. Car moins d’une minute après m’être engagé dans la trail, mes pieds sont à nouveau mouillés et la boue reprend progressivement ses droits. De plus, cette paire-là est vraiment usée, au point qu’il n’y a pour ainsi dire plus de crampons sur la partie avant des semelles. Pas l’équipement idéal pour remonter le véritable ruisseau qui coule dans la côte que nous devons grimper.

Suite à la descente je tombe sur deux filles du 38 km carrément arrêtées à une intersection, la face en point d’interrogation. De quessé ?  Elles sont perplexes: elles ne savent pas si elles doivent aller à gauche ou à droite, vu qu’il y a des rubans roses de chaque côté. Avec mon esprit de déduction hors norme, je dis qu’on doit aller à gauche, vu qu’il y a une flèche nous indiquant d’aller dans cette direction.  Et me voilà parti aussitôt.

Peu de temps après, j’arrive à la station Lac Lemieux (km 44). C’était donc le bon chemin. 🙂  On me demande tout de suite si je sais où est la première femme du 58 km. Ils en ont vu du 38, mais pas du 58. Je leur annonce que leur attente tire à sa fin: elle est probablement à 5 minutes derrière moi, 10 tout au plus.

Plus loin, après un peu de boue, je crois voir un mirage: un chemin de terre praticable !  Enfin, on peut avancer !  J’enclenche donc une vitesse supérieure et finis par rejoindre un autre gars. Je lui glisse au passage: « Ça va bien, hein ? », ce à quoi il me répond: « C’est bien d’enfiler les kilomètres ». Effectivement !  C’est le bonheur, enfin je suis dans mon élément: une surface comme à St-Bruno. 🙂

Et question de me motiver encore plus, la station lac Bouillon (km 47) approche. Je sais que mes parents m’y attendront avec du GU Brew tout prêt. Mais j’ai surtout hâte de les voir. J’adore voir mon monde durant une course, c’est fou à quel point c’est motivant.

Après avoir traversé un chantier de construction inoccupé, je les aperçois, bien installés avant la station. Je m’arrête, embrasse ma mère, échange une poignée de main avec mon père. Une mère, ça s’inquiète toujours, alors la mienne me demande si ça va. Je leur dis que « c’est de la cr… de m… ! « , leur parle de mes crampes et de mon orteil « d’une couleur bizarre ». Elle me suggère de faire voir ça par un aide médical, je réponds que je n’ai pas le temps. On remplit mon réservoir, pose pour la photo (finalement, le cell de mon père n’a pas fonctionné, God knows why) et je repars… en prenant soin de mon tromper de chemin en quittant la station. Heureusement qu’il y avait quelqu’un pour m’aiguiller vers le bon endroit, sinon…

Je vois la pancarte du départ du 11 km. J’ai une petite pensée pour Maryse: est-ce que ça a bien été ?  Comment s’est déroulée sa course ?  Et la côte ?  Au moins, je me dis qu’elle n’aura pas vécu la foutue bouette comme moi (ce que je peux être dans le champ, des fois)…

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Mon amie Maryse à l’arrivée. Elle m’a dit qu’elle avait trouvé ça très très dur, mais son beau sourire semble indiquer qu’elle n’a pas totalement détesté…

Je reprends un concurrent du 38 km, puis le laisse dans mon sillage aussitôt. Ça va vraiment bien mes affaires. J’arrive au pied de la montagne. Sur une enseigne: « Côte de l’enfer ». Amenez-la, votre côte !  Dans l’infolettre, l’organisation nous avertissait qu’elle prenait entre 15 et 45 minutes à gravir. Je regarde mon chrono en entamant l’ascension.

Elle est boueuse, mais on a vu pas mal pire. Toutefois, la pente est vraiment, vraiment raide. Il est même parfois difficile d’avancer sans prendre appui sur les mains. Ce que je suis content de ne pas la faire en descendant (quand je pense à Sophie et Jocelyn qui se sont tapés ça…) !  Je rejoins des concurrentes du 38 km et les perds de vue rapidement. Je continue, à un bon rythme. Le souffle est un peu court, mais ça va. Puis j’arrive au bout. C’était ça votre côte de moumoune ?

Heu non, c’est seulement un virage. À ma gauche, une autre face de cochon se présente à moi. OK… Allez, on monte encore !  Mes quads font leur travail. Les jambes font un peu mal, mais c’est très tolérable. Arrive le sommet. Est-ce vraiment le sommet ?  Il y a un indice qui ne trompe pas: les télésièges arrêtent ici, alors la montagne ne peut pas tellement monter plus haut, n’est-ce pas ?

Coup d’oeil au chrono: ça m’a pris 13 minutes. Non !?!  Plus vite que le « minimum » prévu ?   L’élite doit faire ça en moins de 10 minutes, je ne peux pas croire…

Je suis les petits rubans jusqu’à l’entrée du bois où une merveilleuse surprise m’attend: de la cr… de bouette !  Ok, pas de panique, c’est juste une petite section. Erreur. La descente de la montagne commence par un single track très étroit, à flanc de montagne. Je dois avancer les pieds penchés sur le côté, les chevilles sont sollicitées au possible. C’est extrêmement pénible. Devant moi, un gars du 38 km et je n’arrive pas à le rattraper. À un moment donné, c’est carrément un précipice qu’il y a sur ma gauche et pas moyen de prendre appui solidement. C’est débile, cette affaire-là !

Puis, c’est la descente, la vraie. Aussi abrupte que la montée de tout à l’heure, avec de la boue en bonus. Je dois me tenir aux arbres pour ne pas dégringoler, arrêter à tout bout de champ pour essayer de trouver une trajectoire le moindrement potable. Et la plupart du temps, je ne trouve rien. Un gars me rejoint, j’essaie de passer aux mêmes endroits que lui, mais il va trop vite et je finis par le perdre de vue. Maudite descente à la m… !!!

Après une éternité, j’atteins la station Ravary (km 52.5), un autre coureur sur mes talons. Un bénévole nous lance: « 20e et 21e » !  Quoi ?  J’ai perdu 5 places depuis le chemin Wall ?  J’aurais plutôt dit que j’étais « kif-kif », moi (j’ai dépassé pas mal de monde dans la partie roulante)… Je m’informe des premiers: toujours une heure devant. Je commence à douter de cette info, mais bon, je me dis que dans le pire, c’est 1h30.

Moi qui pensais tomber sur du roulant vers la fin, la suite mettra mon moral à dure épreuve. Roche, boue molle et profonde, un véritable calvaire. Je m’accroche aux arbres pour ne pas tomber, j’avance plus lentement qu’une tortue. Je tombe à quelques reprises, invoquant tous les saints de l’église au passage. Je suis officiellement en tab…, je me jure qu’ils ne me reverront plus ici.

Et j’ai une pensée pour Maryse, qui s’est tapée ça comme première course en trail, la pauvre. Dans le genre baptême de feu, c’est difficile de trouver mieux. Ou pire, c’est selon. J’essaie (je dis bien: j’essaie) de me consoler en me disant que les sentiers étaient peut-être dans un meilleur état quand elle est passée. Car nous, les débiles du 58 km, passons après tout le monde.

Un autre coureur arrive derrière. Comment ça se fait que les autres sont si habiles dans la boue et pas moi ?  Je le laisse passer et poursuis en silence. Finalement, je sors de la foutue boue. Un jeune garçon m’avertit que la prochaine station (329, km 54.5) est proche. C’est la dernière, je me permets un bon Coke en plus de l’eau. Quand je dis à la jeune bénévole que ça fait plus de 8 heures que je suis parti, elle passe proche de tomber dans les pommes: elle n’en revient pas qu’on puisse « courir » tout ce temps. Hé oui…

Ha, enfin, le parcours de cross !  C’est roulant, quel bonheur !  Et pour nous encourager, les distances sont maintenant marquées à tous les 500 mètres. Je cours à ce qui me semble être une très vive allure (alors qu’en fait, je vais à peine à 5:00/km !). Devant moi, le dernier qui m’a repris dans la section boueuse. Lentement, mais sûrement, je gagne du terrain sur lui. Arrivé tout près, je songe à lui jaser un peu et lui offrir de terminer ensemble. Puis je me ravise: il ne m’a pas dit un traitre mot d’encouragement tantôt, alors que j’en arrachais, qu’il aille se faire voir. C’est mon derrière qu’il aura dans son champ de vision.

Je le dépasse donc sans laisser sortir le moindre son de ma bouche. Tiens toé !  Je passe les petites pancartes, une à une. La fin est proche !  Dans les 500 derniers mètres, on sent l’effervescence. Il commence à y avoir des spectateurs, chaque personne que je croise lance des encouragements. Mes chevilles font mal, je crains des troubles au niveau des tendons, comme j’en ai déjà eu, mais ça me passe 100 pieds par-dessus la tête: rien ne va m’arrêter !

Petit bonjour au photographe en passant, et finalement, dernière petite descente et je vois l’arrivée. Sur ma droite, ils sont là: mes parents, ma soeur, une de ses amies et Maryse, ce qui m’étonne, vu qu’ils ne se connaissent pas (Barbara n’a pas pu venir, les entités canines zoothérapeutiques comme notre Charlotte étant pour ainsi dire canina non grata au nord de St-Jérôme)… Je donne des high five à tout le monde. On m’annonce au micro: 24e place du 58 km !  Quoi, 24e ?!?  Bah, on s’en fout…

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Un petit bonjour au photographe

Aussitôt la ligne d’arrivée franchie, on m’enlève ma puce électronique (comment elle a fait pour tenir à ma cheville dans cette schnoutte, je l’ignore), me félicite, me donne ma médaille. J’ai à peine le temps de sortir de l’aire d’arrivée que Maryse apparait devant moi. Elle s’est téléportée ou quoi ? On se donne la grosse accolade de coureurs, se félicite mutuellement. Puis ma famille arrive. Autres accolades (mais pas trop, je suis tellement dégueux), autres félicitations. Je suis vraiment chanceux d’avoir tout ce beau monde autour de moi…

Deux ultras derrière la ceinture. Prochaine étape: l’Ultra-trail Harricana, le 7 septembre. J’ai déjà hâte.

En terminant, je vous suggère fortement de visionner ce petit bijou  qui a fait le tour de la petite communauté. Gracieuseté de Michel Caron, un ultrarunner de Sherbrooke. Ça donne une excellente idée de ce par quoi nous sommes passés !  🙂

Ultimate XC: avant le Vietnam

Tel que mon compagnon dans l’autobus me l’avait dit, la course commence en single track ou à peu près. Ce n’est pas l’idéal avec le troupeau au départ, mais 58 km, c’est long, alors pas de quoi s’énerver.

Déjà, la boue commence à faire son apparition. De grandes flaques, parfois remplies d’eau, parfois tout simplement… de la boue. Merde, ça s’annonce mal pour la suite. Si c’est comme ça tout le long, on risque d’avoir bien du plaisir… Plusieurs, dont moi, hésitent, essaient de trouver une trajectoire leur permettant de garder les pieds au sec. Une fille se met à chiâler: « On va se les mouiller de toute façon ! ». Bon point, mais c’est dit sur un ton qui vient me chercher. Je ne sais pas pourquoi, mais sur le moment, je lui souhaite de s’étendre à plat ventre dans la prochaine mare, question de me faire plaisir un peu.

Bon, du calme, ça ne donne rien de se fâcher si tôt. Tel que prévu, je fais les premiers hectomètres derrière Pat et Rachel Paquette, une fille de Victo que je sais très forte. Sauf que dès qu’on frappe la première montée (qui arrive assez rapidement merci), je décide de passer. Le peloton commence vraiment à s’étirer et j’en profite pour dépasser pas mal de monde. Ha, l’avantage d’être bâti sur un frame de chat…

Suit ensuite la première vraie montée. Elle est longue celle-là, trèèèèès longue. Je continue à dépasser du monde, puis je me mets à les distancer, au point de me retrouver fin seul, comme à l’entrainement. Wow, je me demande bien où je suis rendu dans les positions… Mais c’est évidemment beaucoup trop tôt pour penser à ça. Je poursuis mon ascension, dans la boue et les roches.

Arrive la descente: infernale. Ça descend comme dans la face d’un cochon, au point où je dois parfois m’asseoir pour passer d’une roche à une autre. Les fougères cachent les obstacles, rendant le tout encore plus périlleux. J’avance tellement lentement que je finis évidemment par me faire rattraper. Merde, ce que je donnerais pour être moins peureux !

Dans la transition nous amenant à la Montagne Grise, la boue reprend de plus belle. Et quand ce n’est pas la boue, ce sont les roches qui rendent ma progression laborieuse. Je ne compte déjà plus les fois où je me suis enfargé. Arrive (enfin) la montée de ladite Montagne Grise. J’avance à un relativement bon rythme, au point de réussir à recoller ceux qui m’avaient dépassé dans la descente. l’un d’eux me fait signe de passer, mais connaissant mes talents de descendeur, je décide de demeurer derrière.

Bien m’en fait: dans la descente, presque aussi folle que la précédente, je perds rapidement de vue mes compagnons. Et sans surprise, je me fais encore rejoindre par d’autres. Comme je me fais shifter, je glisse au gars: « Je suis tellement pourri dans les descentes ! », ce à quoi il répond: « L’important, c’est arriver vivant… ». Ouais, sage réflexion, le jeune. Je ne suis tout de même pas pour me tuer ici, hein ?

J’arrive à la station Nordet (10.5 km). Ça semble être un refuge pour les randonneurs ou quelque chose du genre. Je joue au gars habitué: j’avale 2-3 morceaux de bananes, cale deux verres d’eau  en vitesse et repars en lançant: « on se revoit à la prochaine descente ! » aux deux qui venaient de me dépasser et semblaient vouloir prendre leur temps à la station.

Hé, j’en ai oublié mon malaise à la jambe droite !  Je m’étais dit qu’après 10 km, je serais fixé. Bonne nouvelle: tout est parfait de ce côté.

Nouvelle section de boue. Je sens un gars qui me suit, on progresse à la même vitesse. Puis dans une descente, il arrive ce qui est rapidement devenu une habitude: il passe devant moi. S’ensuit un bout plus vallonné et miracle, c’est sec !  Je suis mon partenaire à distance, quand il applique les freins, se retourne et me dit: « Je pense qu’on a passé tout droit ! ». Shit, j’ai fait exactement ce que le directeur de course avait dit de ne pas faire: suivre l’autre. On regarde tout autour, pas le moindre ruban rose. Double shit !  Nous rebroussons chemin et j’aperçois assez rapidement où nous avons manqué le virage. Deux coureurs arrivent sur les entre-faits et nous les avertissons: ils s’apprêtaient à faire la même erreur. C’est donc à quatre que nous poursuivrons notre chemin.

Ok, pas trop de dommages, on a vu à temps. Je discute bouette avec les autres à mesure que nous avançons. Elle est vraiment omniprésente, au point de nous empêcher de courir les sections qui devraient être roulantes. Les deux de devant semblent habitués et ont décidé d’y aller « conservateur » en partant. Je demeure donc avec eux, même en montée, question de me ménager un peu moi aussi.

Comme la station suivante (l’Appel, km 17) est située sur les bords d’un lac, après une descente, j’arrive un peu après eux. Mais ce n’est vraiment pas grave. Une surprise nous attend toutefois: les bénévoles assignés à la station sont couverts des pieds à la tête pour se protéger des insectes. Ils portent même le « full face ». Il y a des bibittes, ha oui ?

Pendant que je porte une certaine attention à la table des victuailles (il n’y a pas de patates, juste des chips, bout de v… !), lesdites bibittes se font un devoir de me rappeler qu’en effet, elles sont bien présentes. Sales bestioles !  Dans le genre motivation pour ne pas niaiser sur place… J’avale donc encore des bananes et de l’eau, puis c’est un nouveau départ.

Avant de quitter la station, je demande aux bénévoles s’il y a moins de boue devant. Un coureur qui me précède me dit de m’attendre à pire. Et vlan dans les dents pour le moral !

À la sortie de la station, une pancarte nous dit qu’il nous reste 41 petits kilomètres à faire. Ça fait presque deux heures et demi que nous sommes partis et il reste encore un marathon à faire dans cette schnoutte ?  Ho la la…

Je ne sais pas si j’ai fait 50 pas quand je me retrouve dans le lac de l’Appel, de l’eau jusqu’aux mollets. Le gars derrière moi me dit que l’an passé, on pouvait presque passer à sec. Ça va être beau dans le Vietnam tantôt. Arrive ensuite quoi ? De la boue. L’autre avait raison: c’est encore pire que tantôt. Tout ce qui me vient en tête, c’est l’annonce de KIA d’il y a plusieurs années: « Welcome to the swamp !  Ha hiiiiiii! ». Je ris tout seul, ne cessant de me répéter « Ha hiiiii !!! ». Ça y est, je viens de perdre la raison…

Comme c’est une partie descendante, je me retrouve encore seul. Dans la boue. Ha hiiii !!!  Puis arrive la montée de la Montagne Noire. Rapidement, j’entends des voix devant moi. Ho yeah, des gens à rattraper !  Je monte à rythme constant et me rends compte que c’est une femme qui est devant moi: c’est une concurrente du 38 km. Déception. Je poursuis mon chemin, à l’affût des autres voix, devant. Deux autres concurrentes du 38 km. Je les double et continue à monter, pour finalement arriver dans le derrière d’un gars du 58 km (enfin) qui avance avec deux filles du 38 km. Ils semblent avoir beaucoup de plaisir, alors je demeure avec eux. Je pourrais bien demander le passage, mais je préfère relaxer un peu.

On échange des blagues, genre « Quelqu’un fait le 5 km cross-country avec moi l’an prochain ? » ou « Vous connaissez un bon psy ? ». Une coureuse parle du fait que nous sommes des « coureurs des boues ». Bref, l’atmosphère est plutôt détendue.

Finalement, j’aurais peut-être dû passer… Je finis par le faire peu de temps avant le sommet, puis arrive à la station d’aide bien nommée (Montagne Noire, km 24.4), le point le plus haut du parcours. La vue doit être magnifique… quand il fait beau. Mais pas trop le temps pour ça. J’enlève ma veste d’hydratation pour vérifier le niveau de GU Brew qu’il me reste. J’ai bien fait: c’est presque vide. Je demande alors l’aide d’un bénévole pour l’emplir d’eau, ce qu’il fait de bonne grâce (ils sont extrêmement gentils et serviables, ça en est gênant). Arrive maintenant le moment fatidique: je dois transvider la poudre que je traine avec moi dans le réservoir pour faire mon super-mélange. Sauf que la foutue poudre est dans un petit pot de pilules. Vous savez, les petits pots à l’épreuve des enfants… Mes deux mains étant déjà pas mal occupées à tenir le réservoir à la verticale, disons qu’enligner les petites flèches en même temps, ça tient de l’exploit. Ma femme fait de l’arthrite et nous n’avons pas d’enfant, il n’y aurait pas moyen d’avoir des petits pots faciles à ouvrir ?!?

Je dois donc encore quémander de l’aide, mais il y a d’autres coureurs… Et pendant que j’essaie de me débrouiller, Rachel et deux autres compétiteurs arrivent à la station. Finalement, le bénévole se libère à nouveau et vient me sauver. Je vois alors les autres repartir. Merde, je suis maintenant derrière la première femme…

Une femme du 38 km arrive et annonce aux bénévoles que sa journée est terminée. Elle est souffrante (sa voix indique un bon mal de gorge) et espérait que peut-être… Mais non, ça ne fonctionne pas, alors elle abandonne. Je l’envierais presque… si ce n’était du fait qu’elle doit demeurer sur place, exposée aux bibittes, jusqu’à ce que les derniers soient passés.

Bon, retour à mes affaires, ce n’est pas le moment de se laisser aller. Une fois l’opération remplissage terminée, je remercie le bon samaritain, prends une gorgée d’eau et me voilà reparti. Le groupe n’est pas tellement loin devant, je devrais être en mesure de les rejoindre.

Dès les premières enjambées de cette nouvelle section, encore de la boue. Épaisse, profonde, impossible à éviter. Je n’entends plus les voix du groupe devant, mon moral commence à descendre. Puis, en extirpant pour la xième fois mon pied de la boue, crampe dans l’ischio gauche. Pas foudroyante, mais assez pour faire mal. Cramper à 33 km de l’arrivée, il ne manquait plus que ça !  Merde, merde, merde !!!

Je m’arrête (déjà que je n’avançais pas vraiment de toute façon) et me masse la cuisse, question de faire passer le tout. Mon cerveau tourne à toute vitesse: qu’ai-je fait ou plutôt que n’ai-je pas fait ?  Première évidence: dans mon empressement, j’ai carrément oublié de prendre des bananes à la dernière station. Il est possible que mon niveau en électrolytes soit bas et ça n’a certainement pas aidé. Et deuxièmement, je n’ai pas encore uriné depuis le départ, donc mon hydratation n’est pas à point non plus.

Que faire ?  J’envisage de retourner à la station pour prendre des bananes, puis rejette l’idée. Me reste une chose: boire mon GU Brew, qui est à la fois source d’eau et d’électrolytes. À partir de maintenant, je ne cesserai de me répéter: « Bois, bois, bois, bois… ». J’avale un gel expresso full caféine et espère pour le mieux.

Je poursuis lentement du mieux que je peux en prenant soin de faire des petits pas et de protéger ma jambe gauche. Et je bois. Ça semble fonctionner un peu.  Arrive l’intersection Lac Lézard, l’endroit où les parcours du 38 et du 58 km se séparent temporairement. Un bénévole y est posté, question de nous diriger vers le bon chemin. Je fais mine de prendre le 38 km, question de couper court et je ne sais pas si c’est par gentillesse, mais il semble trouver ça drôle.

Après quelques répliques côté crampes, je sens les sensations revenir peu à peu. Aussi, je suis dans une section un petit peu plus roulante: il y a moins de boue et les dénivelés sont somme toute acceptables.

Puis un miracle se produit: j’aperçois Rachel et ses compagnons au loin. YES !!!  En peu de temps, je suis sur eux. Je les suis un petit bout, puis elle me dit que je peux passer, ce à quoi je réponds: « Je ne dépasserai certainement pas une fille de Victo ! ». Sa réponse: « Hein, comment ça se fait que tu sais ça ?!? ».

Commence alors la conversation. Je me présente, lui apprends que j’ai été élevé à deux rues de chez elle (mais à quelques années de différence), que c’est par ma mère que j’ai appris qu’une fille de mon patelin natal faisait des ultras, etc. C’est fou à quel point on peut jaser quand on passe des heures dans le bois comme ça. Ce n’est pas dans un 10 km sur route qu’on pourrait faire de même !

Au bout d’un certain temps, je remarque une chose: je suis légèrement plus rapide qu’eux. Probablement à cause du fait que nous sommes dans une partie moins technique et moi le gars qui court sur route… En tout cas, je finis par passer. Tout juste avant, nous croisons des randonneurs, un couple dans la cinquantaine. Faire de la randonnée dans de telles conditions, faut le faire !  Finalement, pas certain que c’est moi qui ai besoin d’un psy…

Les crampes semblent être chose du passé, la bonne affaire. Tout juste avant d’arriver à la station Inter-Centre (km 36.3), une montée. Une belle « petite », qui me rappelle beaucoup celle de l’antenne de télécommunication du mont St-Bruno que je me suis tapée si souvent. Je vois quelqu’un qui me précède, j’espère bien le reprendre, mais finalement, la côte n’est pas assez longue et nous arrivons à la station presque en même temps.

Sur place, un coureur est bien installé sur une chaise. Il n’a vraiment pas l’air pressé de repartir. Coup d’oeil à la bouffe offerte: à peu près rien. Chips, bananes, bretzels. Je demande s’il n’y aurait pas des patates à un moment donné, le bénévole me répond qu’il n’y en a pas cette année. Bon, va falloir faire avec… Je prends ce que je peux, avale 2-3 verres d’eau, autant de Gatorade. Coup d’oeil au chrono: un peu plus de 5 heures depuis le départ, il est donc midi.

À la sortie de la station, une pancarte nous indique qu’il nous reste 21.7 km à faire. Bah, la distance d’un demi-marathon, piece of cake. 1h30 et c’est fini !  😉  Il semblerait que je ne suis pas le premier à la sortir, celle-là… Sans blague, je crois que les 8 heures sont encore possibles, malgré les conditions.

Devant moi, en bas de la côte, le fameux Vietnam. À nous deux !

Ultimate XC St-Donat 2013: avant la course

De retour de vacances bien plaisantes et reposantes, loin de toute connexion internet et de la vie dite « normale ». Aujourd’hui, première partie du récit. Le reste viendra au cours des prochains jours.

Comme ça se produit souvent, je suis le premier arrivé derrière l’hôtel de Ville, lieu d’où partiront les autobus qui nous amèneront au départ du 58 km. Il fait 15 degrés et il tombe un petit crachin. Pas de mauvaises conditions pour courir, bien au contraire. Mais les 30-40 millimètres qui nous sont tombés dessus hier m’inquiètent un peu : les sentiers risquent d’être légèrement boueux.

J’aperçois un petit banc à l’abri et vais m’y installer. Peu de temps après, un gars arrive. Il va vérifier si on peut accéder aux locaux de la municipalité (on ne peut pas), puis vient me demander si on peut aller aux toilettes quelque part. « Numéro un ou numéro deux ? » que je lui demande (on est très basic, dans le petit monde des coureurs des bois). Comme c’est un numéro deux, je lui indique le chemin vers des Johnny on the Spot, près de l’église. Il semble incrédule, mais je lui assure qu’il y en a vraiment: j’en reviens.  Se rendant compte qu’il n’a rien à perdre à aller voir, il disparait. Comme il ne reviendra que dans plusieurs minutes, j’en conclus que mes indications n’étaient pas si mauvaises…  😉

Un autre arrive. Ho, il a l’air crinqué celui-là. Plutôt musclé, le petit top noir moulant (il y a des gens comme ça qui remplissent tellement bien un small), il a l’air nerveux : il court un peu partout. Heu, les nerfs bonhomme, on a quand même pas mal de distance à faire, pas la peine de te brûler tout de suite. Ha, les jeunes…

D’autres coureurs arrivent. De mon petit banc, j’observe la faune. Il y en a de tous les styles : des ultrarunners aguerris aux petits nouveaux, des nerveux aux très relaxes. Petit détail : vraiment pas beaucoup de femmes.

Les gens de l’organisation finissent par arriver à 5h40. C’est toujours la même chose : ils nous ordonnent d’être là pour 5h30, mais eux par contre… Bah, c’est ça, le monde de la course en trail, il ne faut pas s’en faire pour si peu. Les gens commencent à déposer leur sac dans une mini-van dont les portes ont été laissées ouvertes. On nous avait dit que les sacs ne devaient pas peser plus de 5 livres, que cette limite serait vérifiée avant l’embarquement et que les sacs trop lourds seraient tout simplement rejetés. Comme j’aurais dû m’en douter, personne ne pèse les sacs.

On ouvre les portes et nous nous engouffrons à l’intérieur, question de nous protéger du temps frisquet et du petit crachin. Un coureur fait remarquer que l’an dernier, tout le monde cherchait l’air climatisé. Comme quoi on n’est jamais content !  🙂  Je m’installe sur une chaise et continue à observer les autres. Plusieurs sont là en gang et jasent. Moi, je regarde leur équipement. C’est fou la disparité à ce niveau. Plusieurs ont des Camelbak, d’autres des bouteilles à la taille. J’aperçois quelques vestes, dont une ou deux comme la mienne. Quant aux souliers, autant de marques que de coureurs.

Le crinqué est vraiment sur les nerfs: il saute sur place comme s’il était pour courir un 100 mètres. Relaxe, relaxe, tu vas finir par le déchirer, ton small !  Comme pour se calmer, il s’en va demander des infos à propos parcours. J’écoute d’une oreille, sachant fort bien qu’il est difficile, technique et fort certainement en piteux état. Pour le reste, on verra bien assez vite.

Petit tour obligatoire aux toilettes. On dirait le stade Molson à la mi-temps d’une partie des Alouettes: la ligne est infinie. Et tout le monde attend pour un numéro deux (la cour d’église, les boys, la cour d’église) car les urinoirs sont libres !  J’avoue que c’est la première fois que je vois ça. Définitivement que les ultras, c’est un monde bien à part !  🙂

Finalement, les autobus jaunes arrivent et la meute se dirige tranquillement en leur direction. J’aperçois Pat. Il n’était pas certain de pouvoir être là, mais il a pu se libérer. Cool !  On échange une bonne poignée de main, quelques mots, il a l’air en forme et de bonne humeur. Ça en fait au moins un (ben non, je blague, je vais très bien)…

Mais là, question existentielle: nous sommes supposés être 123 et il y a seulement 2 autobus. Dans mon temps, il y avait 48 places dans ces machins-là et un petit calcul rapide me dit que… Hé là, pas question que je me tape 30 minutes de bus debout, je vais en avoir bien assez des heures dans les sentiers, moi !

Finalement, on dirait qu’il y a de la place pour tout le monde. Comme j’en ai déjà parlé dans un précédent post, avant le départ des autobus, le directeur de course nous informe que Sophie et Jocelyn étaient rendus au lac à la Truite (je ne sais toujours pas où c’est) à 1h30 et qu’ils seront avec nous au départ tantôt.

Une fois la petite annonce faite, le brouhaha des conversations reprend. Une chose me frappe: c’est la deuxième fois que j’emprunte une navette pour me rendre au départ d’une course, mais l’ambiance est y totalement différente. À Boston, on sentait la nervosité, la fébrilité des gens. Aujourd’hui ?  Juste de la bonne humeur. Le bonheur d’être là, l’anticipation du plaisir à venir.

Je fais donc comme toute le monde: je placotte avec mon voisin. C’est un gars de Trois-Rivières qui était ici l’an passé, mais qui n’a pas d’expérience en course sur route, alors il semble très impressionné du fait que j’ai couru 10 marathons. Ben heu… je pensais que tout le monde commençait par la route avant de se taper des distances de fous comme celle-là, non ?

On arrive dans un coin complètement perdu. Il faut vraiment savoir que le départ sera donné ici. Je ne sais pas si les autobus sont complètement arrêtés quand les premiers coureurs commencent à en descendre et se disperser partout dans le bois pour se soulager. Ça en est comique. Imaginez l’horreur qu’on lirait sur le visage des adultes si deux autobus jaunes remplis d’enfants se vidaient à cette vitesse et que les tout-petits iraient faire leur pipi doré un peu partout comme nous le faisons à ce moment-là. J’en ris juste à y penser. Et comme pour parfaire ma culture personnelle, se présente à moi l’image d’une femme qui s’exécute en se tenant debout. Un peu déstabilisant, je dois avouer. Mais bigrement efficace, ça ne doit certainement pas être la première fois qu’elle fait ça.

De retour des besoins primaires, je croise Pat à nouveau. Il a un grand sourire qui lui fend le visage en deux quand il me lance: « Tu ne vas pas courir avec ça ? » tout en chiffonnant mon imper d’urgence. Pat, il ne faut pas se fier aux apparences: je ne suis pas totalement nono. Je sais bien que courir avec ça sur le dos, je risquerais de mourir avant la première côte. T’inquiète.

Je reviens justement de me débarrasser dudit imper et de mon restant de bagel quand Dan Des Rosiers, le directeur de l’épreuve, commence son briefing d’avant-course. Il nous résume d’une manière plutôt comique les principaux règlements et détails à observer. Voici ceux que j’ai retenus:

  • Le parcours fait 58 km « plus », donc… (l’exactitude en ultra, ça n’existe pas)
  • Le profil du parcours qu’on voit sur le site a été « photoshoppé ». Il n’y aurait en réalité aucune descente, que des montées (bien honnêtement, ça ferait mon affaire, j’aurais même des chances de terminer dans les 10 premiers)
  • Éviter l’erreur que tout le monde fait en trail: suivre le coureur précédent. Ce sont les rubans roses qui montrent  le chemin à suivre, pas le derrière du coureur qui nous précède.
  • À l’aire des drop bags, ce sera à nous et non aux bénévoles de manipuler nos affaires. Ces braves gens ne sont pas payés assez cher pour se taper la manipulation du linge dégueux pendant des heures
  • Le cutoff à la station Chemin Wall (km 41) est de 7 heures. Ça veut dire que nous devons être sortis de la station 7 heures après le départ, sinon nous serons très fortement priés de quitter le parcours
  • Pour ce qui concerne la « marche excessive », le directeur nous donne l’exemple de la fille qui l’an passé s’était installée sur une chaise longue avec des amis à une station d’aide et s’était mise à boire du Red Bull. Cette année, un tel comportement ne sera pas toléré (mettons que dans mon livre, c’est plus que de la « marche excessive »….)

Il parle ensuite du fameux « Vietnam », mais je n’écoute plus vraiment. J’ai juste hâte de partir, surtout que quelques bibittes commencent à me virer autour. Je me place à la hauteur de Pat et Rachel, question d’avoir du monde d’expérience près de moi en début de course et attends.

Je ne vois pas Sophie autour et on ne nous donne pas de nouvelles d’elle et de son compagnon. Bizarre.

Puis, sans autre cérémonie, c’est le décompte et par un simple « GO !!! », la course est lancée. Enfin, mon deuxième ultra vient de commencer !

116 km en 2014 ?!?

Aperçu sur la page Facebook de l’Ultimate XC aujourd’hui (ça date du 19 juin; je sais, je suis encore en retard, mais que voulez-vous, je ne suis pas sur Facebook, bon !): « le 58 km 2013 servira de course qualificative pour le 116 km 2014 ».

Pardon ?!?  Ils prévoient faire une version aller-retour « officielle » pour l’an prochain ?

En fait, je devraient peut-être dire qu’ils prévoyaient ajouter cette distance au programme car tout indique que nos deux courageux n’ont pas réussi. En effet, avant que les autobus quittent St-Donat en direction du départ du 58 km, le directeur de la course nous a annoncé que Sophie et Jocelyn avaient été pointés au lac à la Truite à 1h30 du matin (comme si je savais c’est où, moi… J’habite sur la rive sud, je ne connais pas tous les lacs de ce coin de pays par cœur !  Un kilométrage aurait donné une meilleure idée, il me semble).

Puis après, plus rien. Nous avons fait le voyage en autobus, sommes descendus, avons écouté le briefing plutôt rigolo du même directeur, puis nous sommes partis. Jamais je n’ai vu Sophie, jamais ils n’ont parlé d’elle et de son compagnon. Durant la course, j’ai demandé à plusieurs s’ils étaient au courant de quelque chose. Rien.

Dans les résultats officiels, Jocelyn n’a pas terminé. Quant à Sophie, elle n’était pas officiellement inscrite. Par contre, je l’ai aperçue sur la plage peu de temps après la course et c’était assez évident qu’elle ne s’était pas tapée le retour sur ses deux jambes: elle était propre des pieds à la tête et n’était même pas en tenue de course. Je n’ai malheureusement pas eu l’occasion de lui parler, alors je n’ai pas su le fond de l’histoire.

Mon hypothèse ?  Les deux se sont rendus au départ, mais ont décidé que ce serait de la pure folie de faire le chemin en sens inverse dans de telles conditions. Et on peut les comprendre !  En tout cas, j’ai bien hâte de savoir ce qui s’est passé…

Une question maintenant: si deux athlètes qui en on vu d’autres ont décidé que c’était impossible de le faire cette année, est-ce que l’organisation ira quand même de l’avant avec le 116 km « officiel » pour 2014 ?

À suivre…